Dictionnaire de maximes;
« Les maximes , et les axiomes , a dit « Chamfort, sont l'ouvrage des gens d'es- « prit, qui ont travaillé à F usage des es- « prits médiocres ou paresseux. Le pares- « seux s'accommode d'une maxime, qui « le dispense de faire , lui-même , les ob- « servations qui ont mené Fauteur de la « maxime au résultat dont il fait part à « son lecteur. Le paresseux, et Fhomme « médiocre, se croient dispensés d'aller « au-delà, et donnent à la maxime une « généralité que Fauteur, à moins qu'il « ne soit lui-même médiocre (ce qui ar- « rive quelquefois), n'a pas prétendu lui « donner. L'homme supérieur, saisit tout « d'un coup les ressemblances , les diffé- « rences, qui font que la maxime est plus « ou moins applicable à tel ou tel cas , ou « ne F est pas du tout. »
Ce qui est vrai des maximes , en parti-
culier, Test bien davantage encore d'une collection de maximes, sentences et réflexions. On aime à retrouver les mêmes sujets traités par différens auteurs ; on compare leurs idées , leurs sensations ; on cherche à deviner la tournure de leur esprit, à la manière dont ils les ont exprimées; on examine le point de vue sous lequel chacun d'eux a envisagé les mêmes objets; et ce travail, quand il est appliqué à la morale, devient d'une grande utilité, puisqu'il a pour résultat de l'insinuer plus facilement dans l'âme , et de la graver plus profondément dans l'esprit.
Tel est le but du livre que nous offrons au public. La liste des écrivains et des moralistes, de tous les temps, et de tous les pays , qui en ont fourni les matériaux , présente une réunion imposante d'hommes recommandables par leurs vertus et par leurs écrits. Les uns, sont connus par leur amour pour la sagesse et la vérité; les autres , par leur respect pour la religion , dont ils étaient les organes; et tous, par
cet intérêt sacré qui porte l'homme supérieur, ou l'écrivain philosophe, à proposer et à défendre les principes éternels de la religion , de la morale et de la vertu ; sources du bonheur et de la félicité.
Ce livre aura encore un autre genre d'utilité. Aux heureux du siècle, il procurera des momens agréables, en exerçant leur esprit , en le nourrissant ; et souvent aussi, en les débarrassant d'une portion de ce temps qui , quelquefois , leur paraît si lourd. Aux malheureux, il offrira des consolations : ils y apprendront l'art si difficile, et pourtant si nécessaire, de la résignation philosophique ou religieuse, seul remède aux maux inévitables qui affligent l'espèce humaine. Aux hommes mûrs, pour lesquels la vie intellectuelle et la méditation ont des charmes, il rappellera leurs études et leurs lectures, et les ramènera, pour ainsi dire, dans la société des sages et des philosophes, dont les écrits ont fait les délices de leur jeunesse. Aux jeunes gens, enfin, la lecture attentive de
cet ouvrage, pourra faire contracter l'habitude de rendre et d'enfermer leur pensée dans le moins grand nombre de mots possible, et d'arriver à cette heureuse concision, qui, sans exclure la clarté, fait le charme du style et^du langage.
Heureux Fauteur de ce recueil, si les préceptes de morale et de philosophie pratique qu'il y a réunis, peuvent contribuer à inspirer à ses lecteurs cet amour de la sagesse et de la vertu, qui seul peut conduire au bonheur!
(Décembre 1827. )
u. cr. Cj. Qem^eamr).
%bti&#emmL
La véritable grandeur est celle qui n'a pas besoin de l'abaissement des autres. 0* Daru.
En quelque situation de la vie que l'on puisse se trouver, l'abaissement ne doit jamais aller jusqu'à blesser les lois de l'honneur ou de la vérité. Il serait alors l'effet de la bassesse et de la lâcheté.
Malesherbes.
On respecte dans l'abaissement ceux qui se sont respectés dans la grandeur. JS . Bonaparte,
L'orgueil est un des vices le plus jaloux de se venger des abaissement qu'il éprouve. Roubaud.
L'élévation ou l'abaissement des états dépend du courage d'esprit de ceux qui les gouvernent.
JV. Bonaparte.
L'homme sage et simple ne s'abaisse point, ni ne se soucie d'abaisser les autres. Girard.
L'homme le plus fier est quelquefois forcé de s'abaisser quand la fortune l'abandonne.
Avant d'attaquer un abus, il faut voir si l'on peut ruiner ses fondemens. Vauvenargues.
Les abus inévitables sont des lois de la nature.
Vauvenargues.
Tout abus naît d'une erreur -, tout crime , ou public, ou particulier, n'est qu'un faux calcul de l'esprit. Thomas.
L'abus d'autorité est le plus grand des abus , puisqu'il intéresse tout un peuple. Malesherbes.
Quand les abus sont accueillis par la soumission , bientôt la puissance usurpatrice les érige en lois.
Malesherbes.
2\£tion0.
Le motif seul fait le mérite des actions des hommes , et le désintéressement y met la perfection.
La Bnifère.
Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses , à qui elles doivent une grande partie de la louange et du blâme qu'on leur donne. La Rochefoucauld.
11 y a peu d'hommes capables de faire de bonnes actions sans témoins. Sénèque.
Nos actions sont comme les bouts -rimes, que chacun fait rapporter à ce qu'il lui plaît.
La Rochefoucauld.
Nos actions ne sont jamais ni, si bonnes ni si vicieuses que nos volontés. F'auvenargues .
Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions , si le monde voyait tous les motifs qui les produisent. La Rochefoucauld.
Les médians font quelquefois de bonnes actions. On dirait qu'ils veulent voir s'il est vrai que cela fasse autant de plaisir que le prétendent les honnêtes gens. Chamfort.
Les meilleures actions s'altèrent et s'affaiblissent par la manière dont on les fait, et laissent même douter des intentions. La Bruyère.
Une belle action est celle qui a de la bonté , et qui demande de la force pour la faire.
Montesquieu.
On doit se défier de ce qui est 'éclatant, quelque bon qu'il soit-, les actions qui échappent nonchalamment et sans bruit de la main de l'ouvrier ont bien plus de grâce que celles qui paraissent étudiées.
Montaigne.
L'homme ne se propose le repos que pour s'affranchir de la sujétion et du travail 5 mais il ne peut jouir que par l'action et n'aime qu'elle.
Vauvenargues.
Les actions sont toujours plus sincères que les paroles. Scudéri.
Il est toujours dangereux , et souvent odieux , de chercher à trop approfondir les actions des hommes.
Dussault,
Sbwrottl.
C'est une triste vérité , mais consolante dans l'infortune, qu'il est rare qu'on atteigne une certaine intelligence ou un bonheur solide , par une autre route que celle de l'adversité. Weiss.
L'adversité fait beaucoup de coupables et d'imprudens. V auvenargues .
Le courage est la lumière de l'adversité.
Vauvenargues.
L'adversité est notre mère ; la prospérité n'est que notre marâtre. Montesquieu,
L'adversité est le creuset où la vertu s'épure , et la pierre de touche où l'amitié s'éprouve.
Le temps de l'adversité est la saison de la vertu.
Young.
Uya plus de force à soutïtir patiemment les adversités, qu'à s'en délivrer par la mort.
Plutarque.
L'adversité est le terme inévitable de la prospérité. |
Mirabeau.
Ce n'est pas être un grand homme que de n'avoir pas le courage de supporter l'adversité.
JV. Bonaparte.
L'adversité, qui abat les cœurs faibles, grandit les
âmes fortes. Oe de Ségur.
L'adversité élève les caractères qu'elle ne dégrade pas. Qe de Ségur.
2lffUcti(m.
Il y a dans les afflictions diverses sortes d'hypocrisie. Dans l'une , sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous-mêmes -, nous regrettons la bonne opinion quelle avait de nous , nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre
considération. Ainsi les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivans. Je dis que c'est une espèce d'hypocrisie , à cause que, dans ces sortes d'afflictions, on se trompe soi-même. Il y a une autre hypocrisie qui n'est pas si innocente, parce qu'elle en impose à tout le monde : c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et imm#^;elle douleur. Après que le temps , qui consume tout , a fait cesser celle qu'elles avaient en effet , elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs , leurs plaintes et leurs soupirs 5 elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader , par toutes leurs actions , que leur déplaisir ne finira qu'avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d'ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui mènent à la gloire , elles s'efforcent de se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable affliction. Il y a encore une autre espèce de larmes qui n'ont que de petites sources qui coulent et se tarissent facilement. On pleure pour avoir la réputation d'être tendre -f on pleure pour être plaint -, on pleure pour être pleuré '5 enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas. La Rochefoucauld.
Une affliction arrive rarement seule. Boëce.
Si la tendresse attendrit l'âme, une profonde affliction l'endurcit. /.-/. Rousseau.
Une affliction publique , patiemment supportée , remporte le prix qui sert pour orner le diadème de la constance. Montaigne.
C'est s'affliger plus qu'il ne faut que de s'affliger avant qu'il en soit besoin. Sénèque.
Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce n'est souvent que l'intérêt et la vanité qui les causent. La Rochefoucauld.
On perd quelquefois des personnes qu'on regrette plus qu'on n'en est affligé , et d'autres dont on est affligé et qu'on ne regrette guère.
La Rochefoucauld.
S'il est vrai que nos joies sont courtes , la plupart de nos afflictions ne sont pas longues.
Vauvenargues.
Peu d'affligés savent feindre tout le temps qu'il
faut pour leur honneur. Vauvenargues.
Ce n'est guère par vertu ou par force d'esprit que l'on sort d'une grande affliction. L'on pleure amèrement et l'on est sensiblement touché ; mais l'on est ensuite si faible ou si léger que l'on se console.
La Bruyère.
Il n'y a qu'une affliction qui dure , qui est celle qui vient de la perte des biens. Le temps, qui adoucit toutes les autres, aigrit celle-ci. La Bruyère.
2lmbitt<m.
L'ambition, ce désir insatiable de s'élever audessus et sur les ruines même des autres -, ce ver qui pique le cœur et ne le laisse jamais tranquille-, cette passion qui est le grand ressort des intrigues et de toutes les agitations des cours , qui forme les révolutions des Etats , et qui donne tous les jours à l'univers de nouveaux spectacles ; cette passion qui ose tout, et à laquelle rien ne coûte, rend malheureux celui qui en est possédé. M as sillon.
L'ambitieux ne jouit de rien : ni de sa gloire, il la trouve obscure -, ni de ses places , il veut monter plus haut-, ni de sa prospérité, il sèche et dépérit au milieu de son abondance 5 ni des hommages qu'on lui rend , ils sont empoisonnés par ceux qu'il est obligé de rendre lui-même -, ni de sa faveur , elle devient amère , dès qu'il faut la partager avec ses concurrens -, ni de son repos , il est malheureux à mesure qu'il est obligé d'être plus tranquille.
M as sillon.
L'ambition nous rend faux , lâches , timides , quand il faut soutenir les intérêts de la vérité. On n'est pas capable de droiture , de candeur , d'une certaine noblesse qui inspire l'amour de l'équité , et qui seule fait les grands hommes , les bons sujets . les
ministres fidèles et les magistrats illustres. Ainsi on ne saurait compter sur un cœur en qui l'ambition domine : il n'a rien de sûr , rien de fixe , rien de grand-, sans principes, sans maximes, sans sentiment, il prend toutes les formes, il se plie sans cesse au gré des passions d'autrui , prêt à tout également , selon que le vent tourne, ou à soutenir l'équité, ou à prêter sa protection à l'injustice. On a beau dire que l'ambition est la passion des grandes âmes ; on n'est grand que par l'amour de la vérité, et lorsqu'on ne veut plaire que par elle. Massillon.
Lorsque l'ambition s'empare de l'âme, elle y étouffe tout autre sentiment 5 dès qu'elle parle , la nature se tait. Cte de Ségur.'
On passe souvent de l'amour à l'ambition , mais on ne revient guère de l'ambition à l'amour.
La Rochefoucauld.
L'ambition ardente exile les plaisirs dès la jeunesse pour gouverner seule. Vauvenargues .
La plus grande ambition n'en a pas la moindre apparence , lorsqu'elle se trouve dans l'impossibilité absolue d'arriver où elle aspire.
La Rochefoucauld.
Les favoris de la fortune ou de la gloire, malheureux à nos yeux , ne nous détournent point de l'ambition. La Rochefoucauld*
io DICTIONNAIRE
L'ambition prend aux petites âmes plus facile- ; ment qu'aux grandes, comme le feu prend plus aisément aux chaumières qu'aux palais.
Chamfort.
Eussiez-vous tous les trésors du Nouveau-Monde ,
si vous avez encore de l'ambition et des désirs ,
vous resterez pauvre. Young.
L'ambition ne connaît point de bornes : elle craint autant de voir quelqu'un devant elle que derrière.
Sénèque.
Un ambitieux , ne voulant de bien qu'à lui seul , tâche de persuader qu'il en veut à tous , afin que tous lui en fassent. La Brujère.
Un ambitieux a autant de maîtres qu'il y a de gens qui lui sont utiles. La Bnijère.
L'ambitieux dédaigne ses succès , et sa gloire lui fait pitié. Est-ce là tout ? s'écria César, monté sur le trône de l'univers. Young.
Pauvres humains î nous attachons des idées de grandeur à l'ambition , et nous ne voyons pas qu'elle naît de la faiblesse. S'affranchir des erreurs communes , se créer de sages principes, et, faire plus , oser les suivre , voilà ce qui prouve de la force. Mais avoir besoin d'éblouir le vulgaire , devancer , en rampant, d'autres hommes, et leur disputer des
DE MAXIMES. n
hochets , cela supposerait une grande âme ? Il y a souvent de la folie dans nos raisonnemens , et de la niaiserie dans notre enthousiasme. M. Droz.
On peut ranger les ambitieux sous trois classes : les uns ne songent qu'à s'élever eux-mêmes , espèce commune et méprisable -, les autres , avec les mêmes vues , font entrer clans leurs moyens l'élévation de la patrie, ambition plus noble, plus raffinée, et peut-être plus violente -, d'autres enfin embrassent le bonheur et la gloire de tous les hommes dans l'immensité de leurs projets, c'est l'ambition des philosophes qui veulent éclairer l'esprit ou corriger les mœurs. L'ambition est donc quelquefois un vice, et quelquefois une vertu. Bacon.
2lme.
L'âme est jetée dans le corps pour y faire un séjour de peu de durée. Elle sait que ce n'est qu'un passage à un séjour éternel , et qu'elle n'a tjue le peu de temps que dure la vie pour s'y préparer. Les nécessités de la nature lui en ravissent une très -grande partie, et il ne lui en reste que trèspeu dont elle puisse disposer. Pascal.
La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps -, et, quoique l'on paraisse éloigné des pas-
i2 DICTIONNAIRE
sions , on n'est pas moins en danger de s'y laisser emporter, que de tomber malade quand on se porte bien. La Rochefoucauld.
Les plaies du corps ne sont rien en comparaison de celles de l'âme. Fénélon.
Il est indubitable que l'âme est mortelle ou immortelle. Cela doit mettre une différence entière dans la morale ; et cependant les philosophes ont conduit la morale indépendamment de cela. Quel étrange aveuglement! Pascal.
Tous les hommes cherchent la paix de l'âme , mais ils ne la cherchent pas où elle est.
Fénélon.
Il y a une certaine union d'âme qui s'aperçoit au premier instant, et qui produit bientôt l'intimité.
J.-J. Rousseau.
Les défauts de l'âme sont comme les blessures du corps j quelque soin qu'on prenne de les guérir, la cicatrice paraît toujours , et elles sont à tout moment en danger de se rouvrir.
L'aliment de l'âme, c'est la vérité et la justice.
Fénélon.
La paix de l'âme consiste dans le mépris de tout ce qui peut la troubler. J.-J. Rousseau*
DE MAXIMES. i3
Il y a des rechutes dans les maladies de l'âme comme dans celles du corps. Ce que nous prenons pour notre guérison n'est le plus souvent qu'un relâche ou un changement de mal.
La Rochefoucauld.
Lorsque notre âme est pleine de sentimens , nos discours sont pleins d'intérêt. V auvenargues .
Une grande âme est au-dessus de l'injure, de l'injustice , de la douleur, de la moquerie , et elle serait invulnérable si elle ne souffrait par la compassion. La Bruyère.
Avoir un ami, c'est avoir un autre soi-même. Quand l'un est absent, l'autre le remplace. Si l'un est riche , l'autre ne manque de rien. Si l'un est faible, l'autre lui donne des forces. Et pour dire quelque chose de plus, celui qui meurt le premier, renaît dans la constante estime, dans le souvenir tendre, dans les continuels regrets de l'autre. Quant au mort , il semble que ce soit une douceur, et pour le survivant un mérite.
CicérOTl, trad. de l'abbé d'Olivet.
Pour nous faire des amis , il faut ne s'attacher qu'à des caractères décidés et capables de constance. Il y en a peu, et il n'est pas aisé de les
connaître sans en avoir fait l'épreuve. Mais cette épreuve , il n'y a que dans le cours de l'amitié qu'on puisse la faire. Ainsi la liaison se forme avant que d'avoir pu se connaître ; et le parti pris , il n'y a plus d'examen. Cicéron.
Ne comptez sur aucun ami dans le malheur. Mettez toute votre confiance dans votre courage, et dans les ressources de votre esprit. Faites-vous , s'il se peut , une destinée qui ne dépende pas de la bonté trop inconstante et trop peu commune des hommes. Si vous méritez des honneurs, si vous forcez le monde à vous estimer, si la gloire suit votre vie , vous ne manquerez ni d'amis fidèles , ni de protecteurs , ni d'admirateurs.
Vauvenargues.
On aime quand on est ami, mais quand on aime on n'est pas ami pour cela. L'ami est toujours utile -, celui qui aime peut quelquefois nuire.
Séjièque.
Entre'bien des causes qui peuvent nous empêcher d'avoir un ami , l'une des principales est de rechercher un grand nombre d'amis. C'est ressembler à ces courtisanes qui se livrent à tout le monde et ne s'attachent à personne. J^t arque.
Ce qui s'oppose surtout à ce qu'on puisse avoir un grand nombre d'amis, c'est que l'amitié naît des rapports qui se trouvent entre ceux qui la contrac-
DE MAXIMES. i5
tent. Comment pourrait - elle naître entre des gens de mœurs différentes , de caractères opposés, et qui n'auraient rien de commun dans leur manière de vivre? Elle suppose conformité de pensées, d'opinions, d'affections, de volonté, comme si c'était une seule âme qui fût partagée entre plusieurs corps.
Plutarque.
Ne te hâte ni de faire des amis nouveaux , ni de
quitter ceux que tu as. Solon.
Pour conserver un ami, il faut devenir soi-même capable de l'être. /.-/. Rousseau.
L'ami véritable donne son cœur sans réserve , sans condition , et uniquement parce qu'il aime. Il a la sincérité , la délicatesse, les transports, la fidélité du sentiment. Le faux ami n'aime que relativement à son propre intérêt -, et si la cupidité le lui conseille, il deviendra ingrat et parjure.
J.-J. Rousseau.
Chacun se dit ami ; mais fou qui s'y repose. Rien n'est plus commun que le nom, Rien n'est plus rare que la chose.
La Fontaine.
Il y a peu d'amis à toute épreuve. Tel pour nous
a risqué toute sa fortune , qui ne risquerait pas un
ridicule. Helvétius.
Un ami vrai est une chose si avantageuse, même
pour les grands seigneurs , afin qu'il dise du bien d'eux , et qu'il les soutienne en leur absence même, qu'ils doivent tout faire pour en avoir un. Mais qu'ils choisissent bien 5 car, s'ils font tous leurs efforts pour un sot, cela leur sera inutile, quelque bien qu'il dise d'eux -, et même il n'en dira pas de bien, s'il se trouve le plus faible ; car il n'a pas d'autorité, et ainsi il en médira par compagnie.
Pascal. Il y a des gens qui regardent leurs amis comme des victimes dévouées à leur réputation.
Saiiit-Evremont.
Les amis importuns font souhaiter d'être indifférent, les impérieux nous tyrannisent, les jaloux nous incommodent. Saint-Evremont.
Mettons tant de soins dans le choix d'un ami , que nous ne commencions jamais à aimer celui que nous pourrions haïr un jour. Cicéron.
Les grands et les gens en place souffrent à peine des amis , ils ne veulent que des complaisans.
Duclos.
Il serait à désirer que les bons amis s'attendissent pour mourir ensemble le même jour. Fénélon.
Celui qui compte dix amis n'en a pas un.
Malesherbes.
DE MAXIMES. i7
Quand nos amis nous ont trompés , on ne doit que de l'indifférence aux marques de leur amitié, mais on doit toujours de la sensibilité à leur malheur. La Rochefoucauld.
Il est plus honteux de se défier de ses amis que d'en être trompé. La Rochefoucauld.
L'amour-propre nous augmente ou nous diminue les bonnes qualités de nos amis, à proportion de la satisfaction que nous avons d'eux, et nous jugeons de leur mérite par la manière dont ils vivent avec nous. La Rochefoucauld.
Nous nous plaignons quelquefois légèrement de nos amis pour justifier par avance notre légèreté.
Voulez -vous juger d'un homme, observez quels sont ses amis. Fénélon.
L'homme entièrement seul est celui qui n'a point d'ami. Le monde n'est pour lui qu'un vaste désert, un lieu d'exil et de tristesse qu'il partage avec les animaux errans. Bacon.
Il y a peu de vices qui empêchent un homme d'avoir beaucoup d'amis , autant que peuvent le faire de grandes qualités. Chamfort.
Si nos amis nous rendent des services , nous pensons qu'à titre d'amis ils nous les doivent, et nous
i8 DICTIONNAIRE
ne pensons pas du tout qu'ils ne nous doivent pas leur ajnitié. V auvenargues .
Il faut avoir pour ses anciens amis les mêmes égards que dans l'amitié commençante.
Confucius.
Un ami malheureux est plus propre qu'un autre à soulager les peines que nous éprouvons.
Fénélon.
C'est assez pour soi d'un fidèle ami ; c'est même
beaucoup de l'avoir rencontré-, on ne peut en avoir
trop pour le service des autres. La Bruyère.
Il est doux de voir ses amis par goût et par estime ; il est pénible de les cultiver par intérêt : c'est solliciter. La Bruyère.
On ne doit pas se faire des ennemis de ceux qui , mieux connus , pourraient avoir rang entre nos amis. On doit faire choix d'amis si sûrs et d'une probité si exacte que, venant à cesser de l'être, ils ne veuillent pas abuser de notre confiance , ni se faire craindre comme nos ennemis. La Bruyère.
On aime son ami sans intérêt vulgaire , on l'aime pour en être aimé 5 il fait partie de notre famille , un ami est un frère que nous avons choisi. M. Droz.
Un ami est , pour ainsi dire , d'une autre nature que le reste des hommes. Ceux-ci nous dissimulent nos défauts, ou nous en font apercevoir avec mali-
DE MAXIMES. iy
gnité : un ami nous en parle sans nous blesser 5 il nous reproche nos fautes , et dans le monde il saii les excuser. M. Droz.
Qu'un ami véritable est une douce chose !
La Fontaine.
amitié.
L'amitié est faite pour le sage -, les cœurs vils et corrompus n'y ont aucun droit. L'homme puissant a des esclaves, l'homme riche a des flatteurs, l'homme de génie a des admirateurs, le sage seul a des amis.
Thomas.
Ce que nous appelons ordinairement amitiés , ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité , par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En la parfaite et vraie amitié , elles se mêlent et confondent l'une en l'autre d'un mélange si universel ^ qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Elle n'a point à se régler au patron des amitiés molles et régulières auxquelles il faut tant de précautions , de longues et préalables conversations.
Montaigne.
Il est plus ordinaire de voir un amour extrême qu'une parfaite amitié. • La Bruyère.
Celui qui a eu l'expérience d'un grand amour néglige l'amitié , et celui qui est épuisé sur l'amitié n'a encore rien fait pour l'amour. Za Bruyère.
Rien ne ressemble mieux à une vive amitié que ces liaisons que l'intérêt de notre amour nous fait cultiver. La Bruyère.
L'ami lié est à l'estime ce qu'une fleur est à la tige qui la produit. M. Droz.
Combien d'hommes ont manqué d'amitié plutôt que d'amis ! Sénèque.
Il n'y a rien de plus incertain et de plus fragile que les amitiés humaines : il faut des années pour les former., et il ne faut quelquefois qu'un moment pour les détruire 5 et ce qu'un instant a détruit, un siècle ne le rétablirait pas. Les amitiés fondées sur l'honneur et sur la vertu ne sont pas susceptibles de ces inconvéniens. J.-J. Rousseau.
Combien de gens profanent le nom et l'usage de l'amitié ! Dans les uns , ce n'est que Fart du mensonge et de l'intérêt 5 dans les autres , un stratagème pour parvenir plus sûrement à leurs fins.
/.-/. Rousseau.
Oui , c'est la vertu qui fait naître l'amitié , et c'est la vertu qui la rend durable.
Cicéroil, trad. de l'abbé ^TOlivet.
Persuadez -vous bien qu'après la vertu , qui est la base de l'amitié, et qui tient le premier rang, il n'est rien de si précieux que l'amitié.
Cicêron, idem.
L'amitié est un besoin pour l'âme , chacun cherche et veut des amis, tout le monde se plaint de la rareté d'un tel trésor; et cependant l'orgueil nous éloigne de sa recherche. Une foule d'hommes, par vanité, semblent se mettre tellement à l'enchère qu'ils paraissent dédaigner l'amitié qu'on leur offre.
Cte de Ségur,
Dans toutes les affaires humaines , l'amitié se montre fidèle, excepté dans les intérêts de l'amour et les affaires du cœur. Shakspeare.
Depuis que le mariage a reçu , sous l'influence du christianisme, toute sa dignité et toute sa dou" ceur, il ne peut plus y avoir entre un homme et un homme de ces amitiés si célèbres dans l'antiquité païenne. La femme est l'amie naturelle de l'homme , et toute autre amitié est faible ou suspecte auprès de celle-là. M. de Bonald.
L'amitié aime l'égalité, elle rend égaux ceux qu'elle unit. Publius Syrus.
L'amitié qui nous cache nos défauts nous sert moins que la haine qui nous les reproche. Que de gens en place se sont perdus de réputation et de fortune , faute des secours de l'amitié l Bacon.
L'amitié est le mariage de l'âme , et ce mariage est sujet au divorce. C'est un contrat tacite entre deux personnes sensibles et vertueuses. Je dis sen-
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sibles ; car un moine, un solitaire peut n'être point méchant, et vivre sans connaître l'amitié. Je dis vertueuses-, car les méchans n'ont que des complices; les voluptueux ont des compagnons de débauche ; les intéressés ont des associés ; les politiques assemblent des factieux ; le commun des hommes oisifs a des liaisons -, les princes ont des courtisans -, les hommes vertueux ont seuls des amis. Voltaire.
Tous les hommes parlent de l'amitié , et presque tous profanent ce nom en le prodiguant à des liaisons qui sont le fruit du hasard et l'ouvrage d'un jour. La moindre conformité de goût et d'inclination rapproche des caractères opposés. Dans la ferveur de ces unions naissantes , on voit dans ses amis tout ce qu'on voudrait qu'ils fussent; mais bientôt l'illusion se dissipe , et on les voit tels qu'ils sont en effet. D'autres choix ne sont pas plus heureux, et l'on prend le parti de renoncer à l'amitié ; ou , ce qui est à peu près la même chose , d'en changer à tout moment l'objet. /.-/. Barthélémy.
L'amitié est une âme qui habite deux corps , un cœur qui habite deux âmes, Aristote.
Lorsqu'on a sujet de se plaindre d'un ami, il faut s'en détacher peu à peu , et dénouer plutôt que rompre les liens de l'amitié. Caton.
Ceux qui croient que l'amitié n'est point une passion ne la connaissent nas, Cicéron.
Dans le cas même où l'amitié balance le devoir, elle tient rarement contre l'ambition on la crainte.
Duclos.
L'amour se fait sentir, mais l'amitié se mérite parce qu'elle est le fruit de l'estime. Duclos.
L'amitié n'a point d'équivalent. Malesherbes.
L'amitié la plus vraie entre âmes nobles , est celle qui a pour ncend le lien respectable des bienfaits et de la reconnaissance. TVeiss.
Ce qui nous rend si changeans dans nos amitiés , c'est qu'il est difficile de connaître les qualités de l'âme, et facile de connaître celles de l'esprit.
La Rochefoucauld.
Ce que les hommes ont nommé amitié , n'est qu'une société, qu'un ménagement réciproque d'in térëts , et qu'un échange de bons offices 5 ce n'est enfin qu'un commerce , où l'amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner.
La Rochefoucauld.
L'amitié ne remercie ni ne se laisse remercier.
Fénélon.
On ne déguise si subtilement tous les motifs d'a^ mour-propre dans l'amitié , que pour s'épargner la honte de paraître se rechercher soi-même dans les autres. Fénélon.
L'amitié est une bienveillance réciproque, qui rend deux êtres également soigneux du bonheur l'un de l'autre. Platon.
Chaque vertu ne demande qu'un homme , la seule amitié en veut deux. La Bruyère.
L'amitié doit se contracter à frais communs. C'est une union de biens et de maux, une société de pertes et de gains , un commerce de dangers et de bonne fortune. La Bruyère.
Rien n'est si délicat que l'amitié : sa sensibilité est extrême ; un rien l'affecte ; les plus légères atteintes peuvent lui devenir mortelles -, la réserve la blesse, la défiance la tue. Young.
Le charme de l'amitié , comme celui de l'amour, n'est guère que pour la jeunesse. J'ai vu quelques vrais amans , je n'ai guère vu de vrais amis passé trente ans. Diderot.
Toute amitié dont on peut s'expliquer le motif mérite- t-elle encore ce nom trop souvent profané ? Ce n'est qu'une liaison de convenance, d'intérêt, de goût; c'est un commerce de services plus ou moins généreux , plus ou moins équitable. Diderot.
Une grande diversité dans l'esprit , le caractère ,
les prétentions -, un grand rapport dans les besoins imaginaires ou réels , voilà ce qui forme sans doute entre les hommes les liens les plus durables.
Diderot.
Ce n'est qu'à force d'indulgence et de raison que les hommes parviennent à se supporter mutuellement ; il n'y a point d'amitié qui puisse subsister long-temps sans cette espèce d'appui. Diderot.
Combien peu d'hommes, combien peu d'amis pourraient se montrer l'un à l'autre tels qu'ils se voient au fond du cœur sans se brouiller pour la vie ! Diderot.
Un caractère liant et facile, une conversation douce, sont les premiers assaisonnemens de l'amitié. L'humeur triste et sévère a bien quelque gravité 5 mais l'amitié veut plus d'aisance et de liberté , de douceur et d'indulgence. Cicéron.
L'attachement peut se passer de retour, jamais l'amitié. Elle est un échange, un contrat comme les autres, mais elle est le plus saint de tous. Le mot d'ami n'a point d'autre corrélatif que lui - même. Tout homme qui n'est pas l'ami de son ami , est trèssûrement un fourbe ; car ce n'est qu'en rendant ou feignant de rendre l'amitié qu'on peut l'obtenir.
/.-/. Rousseau.
Rien n'a tant de poids sur le cœur humain que
la voix de l'amitié bien reconnue ; car on sait quelle ne nous parle jamais que pour notre intérêt. On peut croire qu'un ami se trompe , mais non qu'il veuille vous tromper. Quelquefois on résiste à ses conseils, mais on ne les méprise jamais.
/.-/. Rousseau.
Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Les âmes humaines veulent être accouplées pour valoir tout leur prix 5 et la force unie des amis , comme celles des lames d'un aimant artificiel , est incomparablement plus grande que la somme de leurs forces particulières. Divine amitié ! c'est là ton triomphe I
/.-/. Rousseau.
Les épanchemens de l'amitié se retiennent devant un témoin , quel qu'il soit. Il y a mille secrets que trois amis doivent savoir , et qu'ils ne peuvent se dire que deux à deux. J.-J. Rousseau.
La communication des cœurs imprime à la tristesse je ne sais quoi de doux et de touchant qui n'est pas le contentement, et l'amitié a été spécialement donnée aux malheureux pour le soulagement de leurs maux et la consolation de leurs peines.
J.-J. Rousseau.
2tm<mr.
Amour ! désir inné ! âme de la nature ! principe inépuisable d'existence! puissance souveraine qui
peut tout , et contre laquelle rien ne peut ; par qui tout agit, tout respire et tout se renouvelle ! Divine flamme ! germe de perpétuité répandu dans tout avec le souffle de la vie ! précieux sentiment qui peut seul adoucir les cœurs féroces et glacés , en les pénétrant d'une douce chaleur! cause première de tout bien, de toute société, qui réunis sans contrainte et par tes seuls attraits les natures sauvages et dispersées ! Source unique et féconde de tout plaisir, de toute volupté , amour! comment ne t'aurai t-on pas divinisé ! . . . Buffon.
L'amour est de tous les sentimens de l'homme celui qui semble appartenir de plus près et le plus exclusivement à la nature ; et cependant ne diraiton pas aussi qu'il est dans un certain sens et jusqu'à un certain degré dépendant de l'éducation ? Ne le voyons-nous pas différent de lui-même , varier avec le temps, les lieux, les gouvernemens, et même avec les rangs divers de la société? Combien cet élan brutal de l'homme sauvage vers le sauvage objet de son désir, élan qui cependant est l'amour primitif, a déjà subi et doit peut-être subir encore de métamorphoses , suivant les différentes formes de notre civilisation ! Ne voyons-nous pas l'amour tout autre en Orient qu'en Occident , tout autre chez les Grecs que chez les Romains, tout autre chez les Français, au temps de la chevalerie, que sous la régence? Prenons à la même époque et dans le
même pays deux hommes élevés l'un dans l'ignorance et la simplicité rustique , l'autre dans tous les genres de connaissances, de recherches et de délicatesses qui appartiennent à ce qu'on appelle les gens du monde ; supposons entre ces deux hommes toutes les données pareilles , même âge , même force , même vivacité , même caractère , et cherchons si tous les deux subjugués par une passion violente en éprouveront les mêmes impressions. Que de biens et de maux attendent l'homme de la société , qui ne seront jamais connus de l'homme de la nature! Celui-ci n'a qu'un sentiment, l'autre en éprouve mille. Les objets dont ils sont épris se refusent-ils à leur amour :1e premier, après avoir épuisé tous les artifices de la galanterie, n'abandonnera l'espoir de réussir que pour celui de se venger *, le second sera bientôt distrait par le travail , ou consolé par le vin. La coupe du plaisir, au contraire , leur est-elle présentée : le paysan s'y désaltère , l'autre s'y enivre ; et , bien ou mal traité , c'est à l'homme du monde qu'il appartient de mieux connaître et de mieux analyser cet être moitié réel, moitié factice, ce tissu des affections les plus contraires, ce mélange incompréhensible de fureur et de tendresse, de confiance et de soupçon, de ruse et de candeur, d'espoir dans l'angoisse, et d'inquiétude dans le succès; enfin ces peines mêlées de délices , et ces délices mêlées de peines que l'on appelle amour. Boufflers.
L'amour nous attaque plus dangereusement clans nos momens de faiblesse , c'est-à-dire , dans l'excès de la prospérité ou de l'adversité 5 car alors notre cœur n'est jamais en défense. Bacon.
L'amour est le meilleur et le plus doux de tous les moralistes. Il modère toutes les passions, excepté celle qu'il inspire -, il corrige les vices et les travers, il réforme le cœur-, il compose les dehors : qui le croirait ! il met un frein à l'amour-propre. Bacon.
En amour, il n'y a point de traité de paix 5 il n'y a que des trêves. M. de Lévis.
L'amour peut faire oublier l'amitié, mais non consoler de sa perte. Bon Massias.
Il n'est rien de si commun que de parler d'amour, il n'est rien de si rare que d'en bien parler. Le cœur qui le sent le définit bien mieux que l'esprit qui l'imagine. Demandez à un amant ce que c'est que l'amour : sentir et désirer , vous répondra-t-il en deux mots ; mais ses yeux , sa physionomie , tout en lui vous expliquera sa définition. Un homme d'esprit pourra vous répondre la même chose, sans vous éclairer de même. En un mot , un amant qui parle d'amour vous en fait éprouver les mouvemens; l'homme d'esprit ne vous les fait qu'envisager.
Cardinal de Bernis.
3o DICTIONNAIRE
Amour ! amour ! quand tu nous tiens , On peut bien dire, adieu prudence I
La Fontaine.
L'amour habite dans les plus belles âmes , comme
le ver dévorant s'attacfie au bouton de la plus belle
rose. Shakspeare.
Il y a des symptômes d'amour aussi sûrs que des symptômes de maladie. On a chaud , on a froid en même temps. On est du même sentiment ; on se rencontre dans la façon de juger. On approuve les mêmes choses -, on aime les mêmes gens j on aime les lieux où l'on a commencé à s'aimer , et tout cela sans qu'on s'en doute. Le prince de Ligne.
L'amour commence par l'amour ; et l'on ne saurait passer de la plus forte amitié qu'à un amour faible. La Bruyère.
L'amour qui naît subitement est le plus long à guérir. La Bruyère.
Tant que l'amour dure , il subsiste de soi-même , et quelquefois par les choses qui semblent le devoir éteindre : par les caprices , par les rigueurs , par l'éloignement , par la jalousie. L'amitié , au contraire , a besoin de secours -, elle périt faute de soins, de confiance et de complaisance. La Bruyère.
Les amours meurent par le dégoût , et l'oubli les enterre. La Bruyère.
DE MAXIMES. 3i
L'amour ressemble à l'amitié 5 il en est, pour ainsi dire , la folie. Sénèque.
il n'y a qu'un moyen assuré pour détruire une passion aussi violente que l'amour : c'est de se séparer de la personne qui en est l'objet. Sa présence est un aliment qu'on fournit à un feu mal éteint.
/.-/. Rousseau.
C'est la force de la passion qui fait beaucoup plus souvent des dupes en amour que la faiblesse de l'esprit. /.-/. Rousseau.
L'amour est privé de son plus grand charme quand l'honnêteté l'abandonne. /.-/. Rousseau.
Lorsque les amans se demandent une sincérité réciproque pour savoir l'un de l'autre quand ils cessent de s'aimer \ c'est bien moins pour vouloir être avertis quand on ne les aimera plus , que pour être assurés qu'on les aime , lorsqu'on ne leur dit point le contraire. Fontenelle.
L'amour , aussi bien que le feu , ne peut subsister sans un mouvement continuel; il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre. ***
Il n'y a point de passion qui nous excite plus à quelque chose de noble et de généreux qu'un honnête amour. L'amour a une chaleur qui sert de cou-
rage à ceux qui en ont le moins. Saint-Évremont.
L'indulgence qu'on a pour les femmes qui font l'amour , est moins une grâce à leur péché qu'une justice à leur faiblesse. Saint-Evremont.
En amour, il n'y a que les commencemens qui soient charmans. Je ne m'étonne pas qu'on trouve du plaisir à recommencer souvent.
Le prince de Ligne.
Pour les personnes raisonnables , l'amour ne doit être qu'un accident.
Le malheur des cœurs qui ont aimé est de ne rien trouver qui remplace l'amour. Duclos.
L'amour est un sentiment aveugle qui ne suppose pas toujours du mérite dans son objet. Duclos.
Il est difficile de définir l'amour : ce qu'on en peut dire est que , dans l'âme, c'est une passion de régner -, dans les esprits , c'est une sympathie ; et dans le corps , ce n'est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce qu'on aime, après beaucoup de mystères. La Rochefoucauld.
L'amour est confiant dans ses désirs , et timide dans ses plaisirs. Duclos.
Si Ton juge de l'amour par la plupart de ses efFets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié.
La Rochefoucauld.
L'amour ne dépend pas de l'estime , mais dans bien des occasions l'estime dépend de l'amour.
Duclos.
L'amour ne s'occupe que du présent ; il cherche
le plaisir actuel, oublie les maux passés, et n'en
prévoit pas pour l'avjenir. Duclos.
Si les faiblesses de l'amour sont pardonnables , c'est principalement aux femmes , qui régnent par lui. Vauvenargues.
Il n'y a qu'une sorte d'amour , mais il y en a mille différentes copies. La Rochefoucauld.
Il en est du véritable amour comme de l'apparition des esprits : tout le monde en parle , mais peu de gens en ont vu. La Rochefoucauld.
L'amour, aussi bien que le feu , ne peut subsister sans aliment continuel : il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre.
La Rochefoucauld.
L'amour a des dédommagemens que l'amitié n'a pas. Montesquieu.
L'amour est , de toutes les passions, la plus forte,
3/f DICTIONNAIRE
parce qu'elle attaque à la fois la tête , le cœur et
le corps. Voltaire.
L'amour flatte pour perdre, et, sous une apparence de douceur, cache les plus affreuses amertumes. Fénélon.
Le cruel amour, pour tourmenter les mortels, fait souvent qu'on n'aime guère la personne dont on est aimé. Fénélon.
^tmour-propre.
Le grand ennemi de la paix entre les hommes, c'est l'amour-propre. C'est cet amour excessif de soi-même, qui veut tout ramener et tout soumettre à soi 5 qui ne veut rien céder, qui veut que tout lui cède \ et qui , dans chacun , se soulève contre l'amourpropre d'autrui; c'est ce principe de dissensions, d'animosités , de discordes , qu'il s'agit de détruire en soi et de tempérer dans les autres. Or, à qui cela peut-il être moins difficile qu'à celui qui sous le ciel ne voit rien qui mérite d'être vivement disputé 5 qui, loin de contester à personne aucun avantage, se voit lui-même tel qu'il est- faible , calamiteux , indigent, périssable-, misérable, en un mot, sous tous les rapports de la condition mortelle ?
Qu'est-ce en effet qui émeut en nous l'amourpropre, l'esprit de domination et d'orgueil? N'est-
ce pas l'importance qu'on attache à la vie , et aux prospérités dont on y peut jouir? Et qu'est-ce que la vie et ses prospérités , aux yeux de l'homme tout occupé de son éternel avenir ? Marmontel.
L'amour-propre est un instrument utile, mais dangereux : souvent il blesse la main qui s'en sert , et fait rarement du bien sans mal. J.-J. Rousseau.
L'amour-propre est le plus souple et le plus ingénieux des protées; il se plie à tout, tire parti de tout, et ne dédaigne rien. Compagnon de l'enfance, il grandit avec l'homme , mais ne vieillit pas comme lui; car il survit à ses passions et semble hériter de ses goûts. Dans la jeunesse, son thème favori est la grâce ; dans l'âge mûr, la raison ; dans la vieillesse, l'expérience. Par lui l'homme médiocre prétend au jugement, l'homme d'esprit au génie, et l'homme supérieur se croit universel. Lorsque les qualités manquent , il cherche à faire prendre le change sur les défauts. L'avarice s'appelle économie, la profusion générosité, la colère vivacité, la brusquerie franchise. Celui qui tirait autrefois vanité de sa force et de sa bonne santé , vous entretient aujourd'hui avec complaisance de sa délicatesse, et même de ses souffrances-, il en trouve la cause dans un excès de sensibilité ; enfin , tel qui cachait son âge à quarante ans , l'augmente à quatrevingts. M. deLévis.
L'amour-propre , toujours maître des hommes , corrompt les forts par l'orgueil , et les faibles par la vanité. Cu de Se'gur.
Si l'amour-propre égare*par la flatterie fait commettre bien des fautes, souvent aussi il retient par la crainte de la honte , et devient la sauvegarde de l'honnêteté. M. de Lévis.
C'est par amour-propre que l'on aime tant les gens modestes. M. de Lévis.
L'amour-propre se mêle à presque tous nos sentimens, ou du moins l'amour de nous-mêmes-, mais, pour prévenir l'embarras que feraient naître les disputes qu'on a sur ces termes, j'use d'expressions synonymes qui me semblent moins équivoques. Ainsi je rapporte tous nos sentimens à celui de nos perfections et de notre imperfection. Ces deux grands principes nous portent de concert à aimer, estimer, conserver, agrandir et défendre du mal notre frêle existence. C'est la source de tous nos plaisirs et déplaisirs , et la cause féconde des passions qui viennent par l'organe delà réflexion.
Vauvenargues.
Avoir trop bonne opinion de soi , c'est une petitesse honteuse , qui tôt ou tard rend malheureux.
J.-J. Rousseau.
L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs. La Rochefoucauld.
Quelque découverte que Ton ait faite dans le pays
de l'amour-propre , il y reste encore bien des terres
inconnues. La Rochefoucauld.
L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde. La Rochefoucauld.
* Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions.
La Rochefoucauld.
L'amour-propre est un ballon gonflé de vent dont il sort des tempêtes quand on y fait une piqûre.
Voltaire.
L'amour-propre persuade aisément à chacun que
ce qu'il fait par décence , on le lui rend par justice.
Duclos.
Tout homme dont l'amour-propre est dirigé de
manière à contribuer au bonheur de la société est
digne d'estime ^ comme celui qui tend à la troubler,
mérite "hotre mépris. TVeiss.
On voudrait , par amour-propre r avoir le plaisir de se voir parfait -, on se gronde de ne l'être pas ; on est impatient , hautain et de mauvaise humeur contre soi et contre les autres. Fénélon.
L'amour-propre est le plus dangereux ennemi de la raison -, c'est lui qui enfle l'orgueilleux , qui rend l'avare insatiable , qui échauffe le bilieux, et qui as-
soupit le paresseux. Il tient en main le gouvernail des actions humaines. Fontenelle.
L'amour-propre des sots excuse celui des gens d'esprit, mais il ne le justifie pas. M. de Le'vis.
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Il faut beaucoup d'art et de prudence pour punir utilement. Rollin.
Le plus grand art d'un habile homme est de savoir cacher son habileté. De Guibert.
Le plus grand art est de cacher l'art. Diderot.
L'art, dès qu'il veut dominer, gâte la nature, au lieu de l'embellir. Bacon,
Las de la vie, nous l'offrons à la mort ; veut-elle la prendre, nous invoquons l'art pour la lui disputer. Saint-Évremont.
Quand on excelle dans son art , et qu'on lui donne toute la perfection dont il est capable , l'on en sort en quelque manière ; et l'on s'égale à ce qu'il y a de plus noble et de plus relevé. La Bruyère.
Les dons de la nature valent mieux que les dons
DE MAXIMES. 3g
de l'art : cependant Fart est nécessaire pour faire fleurir les talens. Un beau naturel négligé ne porte jamais de fruits mûrs. Vauvenargues.
Tant d'établissemens en faveur des arts ne font que leur nuire. En multipliant indiscrètement les sujets, on les confond-, le vrai mérite reste étouffé dans la foule , et les honneurs dus au plus habile sont tous pour le plus intrigant. /.-/. Rousseau.
Nous attribuons trop à l'art : ni nos biens ni nos maux essentiels n'ont reçu leur être de lui. Comme
il ne nous a pas donné la santé, la beauté, les grâces, la vigueur d'esprit et de corps, il ne peut non plus nous soustraire aux maladies , aux guerres , au vice , à la mort. Vauvenargues.
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L'athéisme étant une proposition comme dénaturée et monstrueuse, difficile aussi , et malaisée d'établir en l'esprit humain, pour insolent et déréglé qu'il puisse être 5 il s'en est vu assez par vanité et par fierté de concevoir ces opinions non vulgaires et réformatrices du monde, en affecter la profession par contenance , qui , s'ils sont assez fous , ne sont pas assez forts pour l'avoir plantée en leur conscience. Pourtant ils ne lairront de joindre leurs mains vers
4o DICTIONNAIRE
le ciel , si vous leur attachez un bon coup d'épée en la poitrine ; et quand la crainte ou la maladie aura abattu ou appesanti cette licencieuse ferveur d'humeur volage , ils ne lairront pas de revenir, et se laisser tout discrètement manier aux créances et exemples publics. Autre chose est un dogme sérieusement digéré -, autre chose ces impressions superficielles, lesquelles, nées de la débauche d'un esprit débauché, vont nageant témérairement et in- * certainement à la fantaisie : hommes bien misérables et écervelés , qui tâchent d'être pires qu'ils ne peuvent. Montaigne.
Se déprendre , et du tout rejeter et sentiment et appréhension de déité, chose attachée à la moelle de nos os , il y faut une monstrueuse et enragée force d'âme, et telle qu'il est très -malaisé d'en trouver. Quoique s'y soient étudiés et efforcés ces grands et insignes athées , qui , d'une très-haute et furieuse audace, ont voulu secouer de dessus eux la déité..., mais les plus habiles qui s'y sont évertués , n'en ont pu du tout venir à bout. Charron.
Le spectacle de la nature, si vivant, si animé, pour ceux qui reconnaissent un Dieu , est mort aux yeux de l'athée -, et dans cette grande harmonie des êtres , où tout parle de Dieu d'une voix si douce, il n'aperçoit qu'un silence éternel.
Bayle a très-bien prouvé que le fanatisme est plus
pernicieux que l'athéisme 5 et cela est incontestable : mais ce qu'il n'a eu garde de dire, et qui n'est pas moins vrai , c'est que le fanatisme, quoique sanguinaire et cruel , est pourtant une passion grande et forte qui élève le cœur de l'homme, qui lui fait mépriser la mort, qui lui donne un essor prodigieux , et qu'il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus sublimes vertus ; au lieu que l'irréligion , et en général l'esprit raisonneur et philosophique, arrache à la vie , efféminé, avilit les âmes , concentre toutes les passions dans la bassesse de l'intérêt particulier, dans l'abjection du moi humain , et sape ainsi à petit bruit les vrais fondemens de toute société : car ce que les intérêts particuliers ont de commun est si peu de chose , qu'il ne balancera jamais ce qu'ils ont d'opposé. Si l'athéisme ne fait verser le sang des hommes , c'est moins par amour pour la paix, que par indifférence pour le bien -, comme que tout aille , peu importe au prétendu sage , pourvu qu'il reste en repos dans son cabinet. Ces principes ne font pas tuer les hommes, mais ils les empêchent de naître, en détruisant les mœurs qui les multiplient, en les détachant de leur espèce , en réduisant toutes leurs affections à un secret égoïsme, aussi funeste à la population qu'à la vertu. L'indifférence philosophique ressemble à la tranquillité de l'Etat sous le despotisme : c'est la tranquillité de la mort, elle est plus destructive que la guerre même.
4a DICTIONNAIRE
Un déiste est un homme qui , dans sa courte existence , n'a pas eu le temps de devenir athée.
M . de Bonald.
Il serait à souhaiter que les savans réunissent toutes leurs forces pour terrasser le monstre de l'athéisme , et ne souffrissent pas qu'un mal qui ne tend à rien moins qu'à l'anarchie universelle et au renversement de la société , fît parmi eux de plus grands progrès. Leibnitz.
L'athée a-t-il un véritable intérêt à ne pas reconnaître un Dieu? Pourquoi n'est-il donc athée qu'au fond du cœur? sans doute qu'il n'ose faire une profession publique de son impiété. Il serait athée tout haut, s'il ne craignait le peuple et les magistrats -, il croit donc qu'il n'y a point de Providence. Mais une preuve que l'athéisme n'est pas enraciné dans le cœur, c'est la démangeaison de le répandre. Quand on ne se méfie pas de ses opinions , on n'a pas besoin de leur chercher de l'appui et des défenseurs ; on veut convaincre les autres , afin de se persuader soi-même. Bacon.
Il n'y a rien de bon dans l'athéisme. Ce système est fort mauvais , dans le physique et dans le moral. Un honnête homme peut fort bien s'élever contre la superstition et le fanatisme; il peut détester la persécution ; il rend service au genre humain s'il répand les principes humains de la tolérance : mais
quel service peut-il rendre s'il répand l'athéisme? Les hommes en seront-ils plus vertueux, pour ne pas reconnaître un Dieu qui ordonne la vertu ? Non, sans doute. Voltaire.
La conscience est un flambeau inextinguible , qui échauffe les bons et brûle les méchans, en éclairant également les uns et les autres. L'athée s'efforce vainement d'étouffer ce flambeau divin , qu'il ne saurait méconnaître sans impudence, ni reconnaître sans confusion. B. Franklin.
2toar*.
L'avare ne possède pas son bien, c'est son bien qui le possède. Bion.
C'est une grande sottise d'être avare pour faire tôt ou tard des prodigues. De Jaucourt.
Les hommes ne haïssent l'avare que parce qu'il n'y a rien à gagner avec lui. Voltaire.
L'avare est réellement pauvre -, son or appartient à son imagination, qui n'en veut rien céder à ses besoins. Sénèque.
Les avares sont comme les mines d'or qui ne produisent ni fleurs ni feuillages. Voltaire.
On est avare , mais on ne voit point son avarice ; elle est couverte de prétextes spécieux 5 elle s'appelle bon ordre , économie , prévoyance des besoins.
Fénélon.
Les avares qui se refusent tout , et qui ne pensent qu'à thésauriser, forment la classe la moins nombreuse -, mais ceux qui aiment la dépense et le luxe forment une sorte d'avares infiniment plus nombreuse 5 car on est avare de plus d'une manière , puisqu'on l'est autant de fois qu'on désire des choses différentes dont l'argent est le prix. * Nicole.
L'avare dépense plus mort , en un seul jour, qu'il ne faisait vivant en dix années, et son héritier , plus en dix mois , qu'il n'a su faire lui-même en toute sa vie. La Bruyère.
Il y a des gens qui sont mal logés , mal couchés , mal habillés, et plus mai nourris-, qui essuient les rigueurs des saisons , qui se privent eux-mêmes de la société des hommes , et passent leurs jours dans la solitude ; qui souffrent du présent , du passé et de l'avenir , dont la vie est comme une pénitence continuelle , et qui ont ainsi trouvé le secret d'aller à leur perte par le chemin le plus pénible -, ce sont les avares. La Bruyère.
Un avare n'est bon à personne, encore moins à lui-même. Publius Syrus.
L'indigent manque de peu, l'avare manque de
tout. Publius Sjrrus.
L'argent irrite, maû> ne rassasie point le désir de l'avare. Publius Sjrus.
L'avare ne songe au pauvre que pour ne point le devenir, et au riche que pour accroître ses richesses.
Bon Massias.
L'avare est privé des biens qu'il possède autant que de ceux qu'il n'a pas. Publius Syrus.
Les avares, comme les ambitieux, ne sont jamais satisfaits de ce qu'ils ont obtenu. Richardson.
Zlvavice.
L'avarice est la dernière et la plus absolue de nos passions. F'auvenargues.
L'avarice est plus opposée à l'économie que la libéralité. La Rochefoucauld.
L'extrême avarice se méprend toujours ; il n'y a point de passion qui s'éloigne plus souvent de son but, ni sur qui le présent ait tant de pouvoir, au préjudice de l'avenir. La Rochefoucauld.
L'avarice juge comme l'ambition, avec cette dif-
/tC> DICTIONNAIRE
feren.ce, que l'une est agitée par l'espérance, et
l'autre par la crainte. Duclos.
L'avarice est la plus vile, mais non pas la plus malheureuse de nos passions. Duclos.
L'avarice annonce le déclin de Page et la fuite précipitée des plaisirs. Vauvenargues.
L'âge et les réflexions guérissent d'ordinaire les autres passions , au lieu que l'avarice semble se ranimer et prendre de nouvelles forces dans la vieillesse. Massillon.
L'avarice et l'ambition sont plus mécontentes de ce qu'elles n'ont pas , qu elles ne sont satisfaites de ce qu'elles possèdent. Fénélon.
La pauvreté manque de beaucoup de choses , l'avarice manque de tout. La Bruyère.
L'avarice ravit aux autres pour se refuser à ellemême. Sénèque.
L'avarice produit souvent des effets contraires : il y a un nombre infini de gens qui sacrifient tout leur bien à des espérances douteuses et éloignées -, d'autres méprisent de grands avantages à venir pour de petits intérêts présens. La Rochefoucauld.
L'avarice est une extrême défiance des événemens qui cherche à s'assurer contre les instabilités de la fortune par une excessive prévoyance , et manifeste cet instinct avide, qui nous sollicite d'accroître, d'étayer , d'affermir notre être. Basse et déplorable manie , qui n'exige ni connaissances , ni vigueur d'esprit , ni jeunesse ; et qui prend par cette raison, dans la défaillance des sens, la place des autres passions. V^auvenargues .
Tout homme pécunieux est avaricieux à mon gré.
Montaigne.
L'avarice ternit toute la gloire : on a dit qu'il y avait d'illustres scélérats , mais on n'a pas dit qu'il y eût d'illustres avares. Voltaire.
L'avarice est un tyran bien cruel : elle ordonne d'amasser et défend l'usage de ce qu'on amasse ; elle irrite le désir et interdit la jouissance.
Plutarque.
Quand on n'agit que par le bas motif de l'amour de l'argent , on ne met jamais dans ses actions aucune vérité , ni dans son zèle aucun véritable attachement. J.-J. Rousseau.
L'avarie^ est dans l'homme un oubli de l'honneur et de la gloire , quand il s'agit d'éviter la moindre dépense. TJiéophraste.
avenir.
Que chacun examine sa pensée, il la trouvera toujours occupée au passé et à l'avenir ; nous ne pensons presque point au présent-, et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer l'avenir. Le présent n'est jamais notre but : le passé et le présent sont nos moyens -, le seul avenir est notre objet. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre-, et nous disposant toujours à être heureux , il est indubitable que nous ne le serons jamais, si nous n'aspirons à une autre béatitude qu'à celle dont on peut jouir en cette vie- Pascal.
L'incertitude de l'avenir est un plus grand bien qu'on ne s'imagine. La vie n'est déjà que trop courte: combien la vue du terme l'abrégerait - elle davantage ! Notre amour naturel pour notre conservation nous fixerait avec horreur à cet instant qui doit finir nos jours : au lieu que la nature en nous le cachant laisse un grand espace à notre espérance, et nous épargne un spectacle qui répandrait la frayeur sur toute notre vie. Combien de gens sont enlevés dès leur jeunesse ou dans la vigueur de leur âge! Ils mourraient mille fois avant le terme, s'ils savaient leur fin si prochaine; mais ils espèrent tous atteindre à l'âge le plus reculé , et ils ne perdent leur erreur qu'avec la vie : ceux même de qui la
DE MAXIMES. fe
vieillesse est une espèce de prodige , ne sauraient encore discerner leur dernier moment. Où est celui que la mort ne surprend pas dans des projets , qui en auraient encore enfanté de nouveaux, si un plus long âge avait permis l'accomplissement des premiers?
Lamolte.
Dans ce monde on ne saurait être en patience ce qu'on y est : on anticipe toujours sur ce qu'on fera. Le présent n'est qu'un instant, et les hommes n'y veulent pas borner toutes leurs vues ; ils les étendent le plus qu'il leur est possible , et ils gagnent quelque chose sur l'avenir , car l'avenir est le grand leurre des hommes : c'est ce qui avait mis dans les siècles passés les astrologues si fort à la mode ; et quoiqu'on en soit désabusé, on ne se désabusera jamais de tout ce qui regarde l'avenir ; il a un charme trop puissant. Les hommes sacrifient ordinairement tout ce qu'ils ont à une espérance -, et tout ce qu'ils avaient, et ce qu'ils viennent d'acquérir, ils le sacrifient encore à une autre espérance. On dirait qu'ils cherchent à s'ôter des mains ce qu'ils tiennent \ on ne se soucie guère d'être heureux dans le moment où l'on est : on remet à l'être dans un temps qui viendra , comme si ce temps qui viendra devait être autrement fait que celui qui est déjà venu . Fontenelle.
Il faut l'avouer, le présent est pour les riches, l'avenir pour les vertueux et les habiles.
• La Bruyère.
5o DICTIONNAIRE
Il n'y a plus de paix pour l'homme qui s'inquiète de l'avenir, qui se rend malheureux même avant le malheur, qui prétend s'assurer jusqu'à la fin de sa vie la possession des objets auxquels il attache son bonheur. Le repos est perdu pour un tel homme ; l'attente de l'avenir lui enlèvera même le présent dont il pourrait jouir. Le regret et la crainte des pertes sont deux états également douloureux pour l'âme. Sénèque.
Beauté.
Tous les sujets de la beauté ne connaissent pas leur souverain. Vauvenargues.
le
La beauté est une lettre de recommandation dont crédit n'a pas de durée. ***
Il ne sert de rien d'être jeune sans être belle, ni d'être belle sans être jeune. La Rochefoucauld.
La beauté est une pièce de grande recommandation au commerce des hommes. Elle se présente au devant, séduit et préoccupe notre jugement avec une grande autorité et merveilleuse impression. C'est le premier moyen de conciliation des uns aux autres , et n'est homme si barbare et si rechigné qui ne se sente aucunement frappé de sa douceur. La beauté de la taille est la seule beauté des hommes : les autres beautés sont pour les femmes.
Montaigne.
La beauté du corps est un grand don de la nature , et sert à l'homme d'une sorte de recommandation de l'homme: elle a, comme l'aimant, une certaine vertu secrète qui attire l'admiration des mortels.
Oxensliern .
La beauté de l'esprit donne de l'admiration, celle
de l'âme procure* l'estime, et celle du corps inspire l'amour. L'esprit , il est vrai , peut causer des passions , mais le corps recueille le profit des passions que l'esprit a 'inspirées. Fontenelle.
Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles , et l'harmonie la plus douce est le son de la voix de celle que l'on aime. La Bruyère.
L'agrément est arbitraire ; la beauté est quelque chose de plus réel et de plus indépendant du goût et de l'opinion. La Bruyère.
L'excellence de l'h omme ne consiste pas dans sa bonne mine. La vertu , les qualités du cœur et de l'esprit, voilà sa véritable beauté. Saadi.
Quelque haut qu'une beauté porte la tête, elle touche des pieds à la terre. Pend-Attar.
Men.
Le vrai bien consiste en ce qui est honnête, et le mal en ce qui est honteux. Marc-Aurèle.
Dès que l'homme s'imagine que la vie est le souverain bien, il dégrade son âme. Platon.
Le premier pas vers le bien est de ne pas faire le mal. J.-J. Rousseau.
DE MAXIMES. il
Le véritable bien ne se trouve que dans le repos de la conscience. Sénèque.
Les biens qui nous viennent de la prospérité se font souhaiter, mais ceux qui viennent de l'adversité attirent l'admiration. Sénèque.
Dire également du bien de tout le monde est une petite et une mauvaise politique. ï^auvenargues.
Le meilleur de tous les biens , s'il y a des biens , c'est le repos , la retraite et un endroit qui soit son domaine. La Bruyère.
On fait souvent du bien pour pouvoir impunément faire du mal. La Rochefoucauld.
Assez de gens méprisent le bien, mais peu savent le donner. La Rochefoucauld.
Bienfaisance.
Je sais que la bienfaisance n'est pas toujours un sentiment pur. Mais celui qui , dans le bienfait qu'il a reçu, cherche une intention vicieuse, commence par en être indigne; et, quand même l'intention du bienfaiteur serait l'espérance qu'on lui suppose d'un échange de bons offices , ou d'un retour de bien-
5f DICTIONNAIRE
veillance, ce motif n'est pas généreux, mais il est juste et naturel. Exiger dans la bienfaisance un désintéressement absolu, c'est la morale des ingrats.
Je conviens cependant que plus d'un bienfaiteur, soit en exagérant le prix de ses bienfaits , soit en exigeant de celui qui les a reçus une servile dépendance , lui en fait souvent une si lourde chaîne , qu'il le dispense de la chérir. Je conçois même que , pour un coeur noble et sensible , le seul reproche du bienfait en rende le poids accablant : heureux s'il peut s'en délivrer en s'acquittant, et le plus tôt possible ! mais quand même il n'est pas en son pouvoir de s'acquitter, il lui reste encore dans sa dure position un moyen de remplir avec bienséance le devoir qu'il s'est imposé : c'est de se tenir dans les bornes d'une réserve sage et modeste, sans froideur, sans éloignement, attentif à ne laisser échapper rien d'humiliant pour l'homme vain qui abuse de l'avantage , et de marquer, par une conduite mesurée et décente , qu'il lui est redevable , mais qu'il ne lui est pas vendu. C'est ainsi qu'il conciliera ce qu'il doit à son bienfaiteur, et ce qu'il se doit à lui-même*, et que, dans sa conduite et dans ses sentimens , le juste et l'honnête seront d'accord. Car ces deux qualités morales, qui dans nos actions devraient toujours aller ensemble et se trouver d'accord , ne le sont pas toujours -, et les concilier fut , dans les anciennes écoles , l'un des points les plus délicats.
Marmontel.
Il faut un goût bien délicat pour être vraiment
bienfaisant. Ce goût est peut-être plus rare encore
que celui des arts. Malesherbes.
C'est un grand plaisir que de rencontrer les yeux de celui à qui Ton vient de donner. La Bruyère.
La bienfaisance est plus commune que la reconnaissance 5 c'est notre orgueil qui en est la cause : celui qui donne , jouit de la supériorité qu'il croit avoir sur celui qui reçoit. Cle de Se'gur.
Une éducation dont les principes ne tendent point à la bienfaisance, quelque brillante qu'elle soit d'ailleurs , est mauvaise -, la seule qualité de bienfaisant emporte avec elle toute l'étendue des devoirs de la morale. Dumarsais,
La bienfaisance ressemble à l'amour : pour enivrer l'âme de ses faveurs les plus douces, elle a besoin comme lui de l'ombre du mystère.
M. Droz.
Tel est l'attrait de la bienfaisance, que si nous refusons de la pratiquer, nous aimons encore ce qui peut nous en retracer l'image. Un roman nous émeut-, des scènes pathétiques nous attendrissent au théâtre; mais, laissant la réalité pour l'apparence, nous n'embrassons que l'ombre du plaisir.
M. proz.
Rien n'est plus conforme à la nature de l'homme que la bienfaisance-, mais elle doit connaître des lois. Prenons garde si nos bienfaits ne nuisent point aux autres , et ne tournent pas contre ceux même qui en sont l'objet -, si notre libéralité ne l'emporte pas sur nos moyens, et si nos présens répondent au mérite de ceux qui les reçoivent; car c'est là le fondement de la justice , à laquelle toutes nos actions doivent être subordonnées. Cicéron.
La bienfaisance est le sommaire de toutes les vertus. Saadi.
La bienfaisance est expliquée par le mot même. Vouloir et faire constamment du bien -, employer à cela sa fortune , son crédit et ses soins 5 y trouver du plaisir, et n'avoir pas besoin d'autre récompense, c'est être bienfaisant. En ceci l'homme bienfaisant ressemble à l'homme généreux. Mais en quoi ils diffèrent, c'est que le premier ne sert les hommes qu'avec les faveurs qu'il a reçues de la fortune , et que le second les sert de toutes les facultés de son âme. Son génie , son courage , ses espérances , ses plaisirs , sa vie même -, il donne tout , et ne regrette rien. M. Lacretelle aîné.
La bienfaisance , ainsi que les autres vertus , ne vieillit jamais ; elle s'améliore avec l'âge , et devient une habitude. Cu de Ségur.
Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde : On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
La Fontaine.
iUntfatt
Un bienfait qui se fait trop attendre est gâté quand il arrive. Oœenstiern.
Les bienfaits qui ne ramènent pas un ennemi , ne servent qu'à l'aigrir. Duclos.
L'auteur d'un bienfait est celui qui en recueille le fruit le plus doux. Duclos.
Souvent l'obligé oublie le bienfait , parce que le bienfaiteur s'en souvient. Malesherbes.
Il n'y a rien qui vieillisse sitôt qu'un bienfait.
Aristote.
Oublie les injures, jamais les bienfaits.
Confucius.
L'ingratitude même ne doit pas nous empêcher
de faire du bien, car il vaut mieux encore que les
bienfaits se perdent dans les mains des ingrats que
dans les nôtres. Saadi.
Tous les bienfaits ne partent pas de la bienfaisance. Duclos.
Le bienfaiteur est quelquefois aussi éloigné de la bienfaisance, que le prodigue Test de la générosité.
Duclos.
L'ingrat ne jouit qu'une fois du bienfait, dont l'homme reconnaissant jouit toujours. Sénèque.
Reconnais les bienfaits par d'autres bienfaits, mais ne te venge jamais des injures. Confucius.
Les bienfaits ne sont jamais perdus , quelque part qu'on les place -, ni les bienfaiteurs inconnus , en quelque lieu qu'ils se cachent. Saadi.
Que vos bienfaits soient de nature à persuader à celui qui en est l'objet que c'est vraiment lui que vous avez eu en vue. S'ils sont honorables, qu'ils soient publics \ s'ils ne font que secourir son indigence, n'ayez pour témoin que votre conscience. Serait-ce trop exiger de vous que celui même que vous obligez ignorât le nom de son bienfaiteur ?
Dumarsais.
Tel que soit un bienfait, et quoi qu'il en coûte , lorsqu'on l'a reçu à ce titre , on est obligé de s'en revancher, comme on tient un mauvais marché quand on a donné sa parole. V ' auvenargues .
Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir des bienfaits et des injures, ils haïssent même ceux qui les ont obligés, et cessent de haïr
DE MAXIMES. 5g
ceux qui leur ont fait des outrages. L'application à récompenser le bien et à se venger du mal , leur paraît une servitude à laquelle ils ont peine à se soumettre. La Rochefoucauld.
C'est le propre d'une âme grande et vertueuse d'envisager moins le fruit des bienfaits , que les bienfaits mêmes , et de chercher encore un homme de bien à la suite d'une foule de méchans. Quel mérite y aurait-il à être bienfaisant, si jamais on n'était trompé ? La vertu consiste à répandre des bienfaits qui ne reviennent pas, mais dont l'homme bienfaisant et généreux recueille le fruit au moment même.
Sénèque.
11 est faux qu'il faille perdre un grand nombre de bienfaits , pour réussir une seule fois à les bien placer : il ne s'en perd aucun. La perte suppose un calcul , et la bienfaisance ne calcule pas -, elle ne fait qu'avancer des fonds : s'ils lui rentrent, c'est un pur gain ; s'ils ne rentrent pas , il n'y a pas de perte. Sénèque.
Ne verse pas les bienfaits sur les méchans , c'est semer sur les vagues de la mer. Phocylide.
N'oublie jamais les bienfaits que tu as reçus , oublie promptement ceux que tu as accordés.
Publius Sjrus.
On reçoit soi-même un bienfait lorsqu'on en accorde à un homme qui en est digne. Publius Sjrus.
C'est accorder en partie un bienfait que de le refuser avec grâce. Publias Sfrus.
Il est essentiel , dès l'entrée dans le monde , de s'imposer la loi de choisir avec soin et discernement ses bienfaiteurs ; car il n'y a rien de plus pénible que d'avoir des obligations à un homme qu'on n'estime pas. ' Anonyme.
HKmMilkrttt.
La modeste et douce bienveillance est non-seulement une vertu, un devoir, un sentiment, un plaisir ; elle est encore souvent une puissance qui donne plus d'amis que la richesse, et plus de crédit que le pouvoir. Cte de Ségur.
La bienveillance est la qualité la plus attirante , la plus aimable. Sans elle le mérite n'inspire qu'un froid respect, et le plus beau talent qu'une stérile admiration. La où elle brille , on peut être presque assuré que la plupart des vices sont absens, vaincus ou chassés. Cle de Ségur.
Compatir aux erreurs des hommes, être indulgent pour leurs faiblesses , former leurs esprits , traiter doucement leurs maladies morales , les éloigner de l'oisiveté en encourageant leurs travaux, s'occuper activement de tout ce qui peut perfectionner le genre
humain, secourir avec constance et courage les opprimés contre l'injustice, éclairer le pouvoir sur les abus de ses agens , opposer l'esprit d'ordre et d'union à l'esprit de discorde et de parti , consoler les infortunés , calmer les passions aigries , concilier par la tolérance les opinions opposées , adoucir les forts , soutenir les faibles , et donner à tous le double exemple de l'amour pour une sage liberté et du dévouement aux lois et au gouvernement sous lequel nous vivons ; enfin contribuer de tous nos moyens à rendre heureux les hommes que la nature fit égaux et frères -, tels sont les devoirs doux et sacrés de la bienveillance. CLe de Ségur.
La bienveillance plaît à tous , même aux rois ; comme nous ils ont besoin d'être heureux.
Voltaire.
La vanité repousse la bienveillance , la modestie l'attire. Sénèque.
La voix de la bienveillance est plus séduisante encore que la flatterie. Duclos.
La bienveillance se croit toujours heureuse.
Publias Sjrrus.
i3<ml)eur.
On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine. La Rochefoucauld.
Le plus grand avantage pour le bonheur est une espèce d'équilibre entre les idées et les affections, entre l'esprit et le caractère. Duclos.
Le bonheur et le malheur des hommes ne dépend pas moins de leur humeur que de leur fortune.
La Rochefoucauld.
La religion chrétienne, qui ne semble avoir pour objet que la félicité de l'autre vie , fait encore notre bonheur dans celle-ci. Montesquieu,
Tout homme tend invariablement au bonheur, et s'il est si rare , c'est que , outre les imperfections de notre nature, on le cherche ordinairement où il n'est point. Weiss.
Le bonheur est plus dans le sentiment que dans la position , plus dans la manière de voir que dans les choses mêmes. Weiss.
Un homme heureux n'excite la jalousie que des insensés ; chaque jour de calme peut être la veille d'une tempête. Sénèque.
A force de travailler pour augmenter notre bonheur, nous le changeons en misère.
J.- J.Rousseau.
N'entretenez pas de votre bonheur un homme plus malheureux que vous. Pythagore.
C'est jouir du bonheur que de voir sans envie le
bonheur des autres, et avec satisfaction le bonheur
commun. Bossuet.
Dieu a créé tous les hommes pour être heureux, et il leur en a donné les moyens. Si donc on les voit si souvent éloignés du but de la Divinité , c'est qu'ils se font illusion sur le choix des moyens , et qu'ils s'écartent ainsi du chemin qui doit les conduire au bonheur. Epictète.
Le propre du bonheur, c'est de durer toujours , et de ne pouvoir être traversé par aucun obstacle. Tout ce qui n'a point ces deux caractères n'est pas le bonheur. Epictète.
Le bonheur ne donne jamais ce que son nom promet. Young.
Combien peu d'hommes savent supporter le bonheur ! Young.
Le bonheur et le plaisir sont deux manières d'être affecté qui n'ont rien de commun. Tout homme peut éprouver des plaisirs vifs ; mais peut-être que l'âme et le cœur rendent seuls capables de goûter le bonheur, et dès-lors tous ceux qui ne sont pas doués d'une sensibilité vive ne peuvent y prétendre.
Duclos.