C>4 DICTIONNAIRE
Le bonheur des grands et des riches dépend presque toujours d'eux-mêmes 5 celai de la multitude dépend de ceux qui la gouvernent. Chamfort.
Il est des jours heureux , il n'est point de vie heureuse -, ce serait un songe enchanteur sans réveil.
Duclos.
Tous les hommes se réunissent dans le désir d'être heureux. La nature nous a fait à tous une loi de notre propre bonheur. Tout ce qui n'est point bonheur nous est étranger : lui seul a un pouvoir marqué sur notre cœur -, nous y sommes tous entraînés par une pente rapide, par un charme puissant, par un attrait vainqueur 5 c'est une impression ineffaçable de la nature qui Fa gravé dans nos cœurs ; il en est le charme et la perfection. Saint-Evremont.
Une des choses qui nous donnent le plus de fausses idées du bonheur, c'est l'exagération des poètes qui nous peignent, par exemple, les transports momentanés de l'amour comme une durée , et nous font par là concevoir une idée de bonheur qui ne peut exister. Voilà le fantôme qui séduit la plupart des hommes , et surtout des jeunes gens. Helvétius.
En fait de bonheur, c'est souvent l'exception qui flatte. Fontenelle.
On doit entendre par le mot bonheur, un état ,
une situation telle qu'on en désirât la durée sans changement-, et en cela le bonheur est différent du plaisir, qui n'est qu'un sentiment agréable , mais court etpassager, et qui ne peut jamais être un état. La douleur aurait bien plutôt le privilège d'en pouvoir être un. Fontenelle.
Un grand obstacle au bonheur, c'est de s'attendre à un trop grand bonheur. Fontenelle.
Le bonheur est l'absence des peines , comme la santé est l'absence des maladies. C'est un état de calme qui n'avertit pas de même que le plaisir ou la douleur ; aussi, sans les regrets , on ne saurait pas que l'on a été heureux. M. de Lévis.
Depuis que le monde existe, on fait des commentaires sur le bonheur, on le définit, on l'apprécie-, et je vois assez communément que les gens les plus heureux sont ceux qui n'y ont jamais pensé , qui seraient fort embarrassés si on leur dem^idait ce que c'est que le bonheur, et qui en jouissent sans le connaître. La Bruyère»
Regarde au devant de toi -, là tu trouveras la source du vrai bonheur, source intarissable , si tu la creuses toujours. Marc-Aurèle.
Le bonheur n'est point une sensation fugitive :
c'est un sentiment si doux de l'existence , que , plus nous l'éprouvons, plus nous souhaitons de prolonger sa durée. M. Droz.
Le bonheur ne nous est guère sensible en cette vie que par l'absence du mal. Nous n'avons pas de biens réels et positifs. Nicole.
On a du plaisir quand on en veut avoir : c'est l'opinion seule qui rend tout difficile, qui chasse le bonheur devant nous; et il est cent fois plus aisé d'être heureux que de le paraître. J.-J. Rousseau.
Il n'est point de route plus sûre pour aller au bonheur que celle de la vertu. Si l'on y parvient , il est plus pur, plus solide et plus doux par elle ; si on le manque , elle seule peut en dédommager.
J.-J. Rousseau.
Le bonheur ne tient pas aux lieux, ni aux choses , mais à la personne. Sénèque.
Quels sont les élémens du bonheur ? Une bonne conscience } de l'honnêteté dans les projets -, de la droiture dans les actions ; du mépris pour les biens fortuits ; de la liaison , de l'ensemble , de l'uniformité dans la conduite. Sénèque.
On n'est heureux ni par la fortune , ni par les dignités, ni par le savoir, ni par les plaisirs du monde,
ni par la solitude; mais on est heureux par le témoignage d'une conscience sans reproche : c'est là que se trouvent la paix, le plaisir solide de l'âme, le bonheur; et dans cette matière nos écrivains sacrés se sont montrés bien plus éclairés que tous les sages de l'antiquité. Ce bonheur est au pouvoir de tous, et il n'est au pouvoir de personne de nous le ravir; il est indépendant de tous les accidens de la vie humaine; il reste dans nous, quand tout périt autour de nous. L'homme vertueux peut bien souffrir, mais, dans le calme de son âme pure, il ne voudrait pas changer sa destinée contre celle des médians qui sembleraient être les plus heureux des mortels ; et les chaînes dont il pourrait être chargé lui seraient plus douces que toutes les couronnes du vice triomphant. M. Frayssinous,
C'est Tétat qui fait le bonheur. Une infinité d'hommes sont dans des états qu'ils ont raison de ne pas aimer; un nombre presque aussi grand sont incapables de se contenter d'aucun état. Les voilà donc presque tous exclus du bonheur, et il ne leur reste pour ressource que des plaisirs , c'est-à-dire , des momens' semés çà et là, sur un fond triste qui en sera un peu égayé. Celui qui voudrait fixer son état, non par la crainte d'être pis, mais parce qu'il serait content, mériterait le nom d'heureux : mais que ces sortes d'hommes sont rares ! 11 est vrai qu'une grande partie de notre bonheur ne dépend pas de nous ; telle
est, par exemple, la santé : mais il est faux que notre bonheur ne dépende point du tout de nous , car nous pouvons quelque chose à notre bonheur par notre façon de penser : mais le mal est que la plupart ne pensent que comme il plaît à ce qui les environne -, ils n'ont pas un certain gouvernail qui leur puisse servir à tourner leurs pensées d'un autre côté.
Comme il n'y a qu'une partie de notre bonheur qui puisse dépendre de nous -, il faut que les caractères ou faibles, ou paresseux, ou impétueux, ou violens, ou sombres , ou chagrins, y renoncent tous. Il en reste quelques-uns doux et modérés, et qui admettent jplus volontiers les idées ou les impressions agréables \ ceux-là peuvent travailler à se rendre heureux : afin que le sentiment du bonheur puisse entrer dans l'urne , ou qu'il y puisse séjourner, il faut avoir nettoyé la place , et chassé tous les maux imaginaires.
Nous sommes d'une habilité infinie à en créer, et quand nous les avons une fois produits , il nous est très-difficile de nous en défaire. Assez souvent aux maux réels nous ajoutons des circonstances imaginaires qui les aggravent; par exemple, de croire que nous serons inconsolables dans certaines afflictions , au lieu de prévoir que l'on s'en consolera. Un grand obstacle au bonheur, c'est de s'attendre à un trop grand bonheur. Nous regardons ordinairement les biens que nous font la nature ou la fortune,
connue des dettes qu'elles nous paient-, et par conséquent nous les recevons avec une espèce d'indifférence. Les maux au contraire nous paraissent des injustices, et nous les recevons avec impatience et avec aigreur. Il faudrait rectifier des idées si fausses : les maux sont très-communs , et c'est ce qui doit naturellement nous échoir ; les biens sont très-rares , et ce sont des exceptions flatteuses faites en notre faveur à la règle générale : on dédaigne de sentir les petits biens , et on n'a pas le même mépris pour les maux médiocres.
Il faudrait d'abord examiner les titres de ce qui prétend ordonner de notre bonheur : peu de choses soutiendront cet examen. Pourquoi cette dignité que je poursuis m'est- elle si nécessaire? c'est qu'il faut être élevé au-dessus des autres; et pourquoi le faut-il ? c'est pour recevoir leurs respects et leurs hommages qui me flatteront sensiblement : mais comment me flatteront-ils, puisque je ne les devrai qu'à ma dignité et non pas à moi-même ? Il faut raisonner ainsi des autres idées qui ont pris une place importante dans notre esprit.
Le plus grand secret pour le bonheur, c'est d'êlre bien aveo soi : naturellement tous les accidens fâcheux qui tiennent du dehors , nous rejettent vers nous-mêmes ; et il est bon d'y avoir une retraite agréable , mais elle ne peut l'être si elle n'a été préparée par les mains de la vertu. Il reste un souhait sur une chose dont on n'est pas le maître, c'est
7o DICTIONNAIRE
d'être placé par la fortune dans une condition médiocre : sans cela, et le bonheur et la vertu seraient trop en péril. Fontenelle.
Nous jugeons trop du bonheur sur les apparences; nous le supposons où il est le moins , nous le cherchons où il ne saurait être-, la gaîté n'en est qu'un signe très-équivoque. Un homme gai n'est souvent qu'un infortuné qui cherche à donner le change aux autres, et à s'étourdir lui-même. Ces gens si rians , si ouverts , si sereins dans un cercle , sont presque tous tristes et grondeurs chez eux , et leurs domestiques portent la peine de l'amusement qu'ils donnent à leurs sociétés. Le vrai contentement n'est ni gai, ni folâtre-, jaloux d'un sentiment si doux , en le goûtant on y pense , on le savoure , on craint de l'évaporer. Un homme vraiment heureux ne parle guère et ne rit guère -, il resserre , pour ainsi dire, le bonheur autour de son cœur. Les jeux bruyans, la turbulente joie voilent les dégoûts et l'ennui. Mais la mélancolie est amie de la volupté -, l'attendrissement et les larmes accompagnent les plus douces jouissances, et l'excessive joie elle-même arrache plutôt des pleurs que des ris.
/.-/. Rousseau*
Le bonheur des méchans est une calamité pour
les gens de bien. Publius Sjrus.
Il n'est personne qui ne cherche à se rendre heu-
reux : mais parviendra-t-on au bonheur par tous les mouvemens qu'on se donne? Celui qui sait se contenter est bientôt satisfait. Sentence chinoise.
11 manque beaucoup au bonheur de celui qui n'a point été malheureux. Bon Massias.
Bonté.
La bonté est cette disposition aimante qui porte à contribuer au bonheur d'autrui. Elle est le germe de toute grandeur morale. Weiss.
Rien n'est plus rare que la véritable bonté-, ceux mêmes qui croient en avoir, n'ont d'ordinaire que de la complaisance ou de la faiblesse.
La Rochefoucauld.
Bien qu'être bon soit une bonne chose , si est-ce que , quand la bonté est accompagnée de quelque autre vertu, comme de vaillance ou de justice -, autrement c'est un corps sans âme , ou pour le moins tourne à mépris et à mo^fierie. Montaigne.
Celui-là est bon, qui fait du bien aux autres : s'il souffre pour le bien qu'il fait , il est très-bon ; s'il souffre de ceux à qui il a fait ce bien , il a une si grande bonté qu'elle ne peut être augmentée que dans le cas où ses souffrances viendraient à croître-, et , s'il en meurt , sa vertu ne saurait aller plus loin : elle «st héroïque, elle est parfaite. La Bruyère.
La bonté est un goût à faire du bien et à pardonner le mal. Vauvenargues,
La vraie bonté est invincible, parce qu'elle ne se lasse point. Sénèque.
Il ne faut pas que la bonté se montre, mais il faut quelle se laisse voir. Platon.
Calomnie.
Celui dont la calomnie n'attaque que les discours est bien innocent dans ses actions. Malesherbes.
11 faut se résoudre à payer toute sa vie quelque tribut à la calomnie. Voltaire.
Tel trait de calomnie est plus cruel que le poignard d'un assassin -, et ce trait sans doute est d'autant plus redoutable, qu'il peut être lancé par la main du plus faible comme du plus puissant de vos ennemis. Les lois sont le plus souvent aussi impuissantes pour vous en venger que pour vous en défendre. 11 n'est qu'un abri sûr, c'est l'obscurité qui vous cache aux regards de l'envie. Il en est un moins sûr peut-être , mais plus noble , plus digne d'un cœur généreux ; c'est une vertu active qui vous tienne sans cesse sous la garde de l'opinion publique. Diderot.
Nos institutions politiques et civiles n'auraientelles gardé tant de ménagemens avec la calomnie , que pour laisser aux hommes vicieux un moyen de plus de la confondre avec cette espèce de censure dont ils ont tant de raisons d'attendre une trop juste sévérité? Diderot,
Tu prêtes une oreille crédule à la calomnie : tu as donc un méchant cœur, ou la simplicité d'esprit d'un enfant. Ménandre.
La calomnie blesse un noble caractère jusque dans sa modestie , dont elle le force de sortir.
M. Lacretelle aîné.
On n'est pas à couvert de la calomnie, même par l'inviolabilité du malheur. M. Lacretelle aîné.
En fait de calomnie , tout ce qui ne nuit pas , sert à celui qui est attaqué. Cardal de Retz.
La vertu elle-même n'échappe pas aux traits de la calomnie 5 l'insecte ronge les belles roses du printemps , souvent même avant que leur tendre bouton soit épanoui 5 c'est dans le matin de la jeunesse, à l'heure des douces rosées , que les souffles contagieux sont les plus fréquens. Shakspeare.
€avactève.
11 y a une différence frappante entre un bon caractère, un caractère moral, un beau caractère, et
un grand caractère.
Un bon caractère est celui dont, par un bienfait de la nature, les goûts, les affections, les habitudes, n'ont rien de malfaisant; un caractère moral suppose que les sentimens, les idées, les ac-
DE MAXIMES. -j5
lions d'un homme, ont une direction marquée et constante vers l'ordre et la règle. L'un a un mérite négatif, l'autre un mérite positif. On naît avec un bon caractère ^ on forme un caractère moral. Le premier est le résultat des circonstances -, le second un effet de l'art : un bon caractère est souvent un caractère faible-, un caractère moral peut fort bien ne pas être noble.
Un beau caractère est celui dont le désintéressement forme le trait distinctif. Un beau caractère est étranger à toutes les petites passions, à toutes les considérations personnelles-, son mouvement naturel le porte toujours à s'oublier -, il n'est sensible qu'à la beauté des actions -, il vit de bienveillance-, il consiste dans une harmonie ravissante des sentimens avec l'idéal de la générosité-, mais un beau caractère peut être un caractère faible, et manquer de l'énergie nécessaire pour faire de belles actions.
Un grand caractère est ce qu'il y a de plus parfait et de plus rare. En lui se réunissent le beau et le sublime. La force de la volonté, fût-ce une force de fer, ne constitue pas le grand caractère ; mais il n'y a pas de grand caractère sans la force de la volonté. L'énergie dans un homme ne garantit ni la nature de son but, ni celle de ses moyens. Un caractère élevé , noble , généreux , n'est pas encore un grand caractère, car il peut manquer de force et de fermeté -, mais il n'y a pas de grand caractère
sans élévation d'âme , car elle seule décide de la grandeur du but et repousse la bassesse des moyens. M. Ancillon.
L'âge , la maladie , l'ivresse , changent , dit-on , le caractère : on se trompe \ la maladie et l'âge peuvent l'affaiblir , en suspendre les fonctions , quelquefois le détruire , sans jamais le dénaturer. Il ne faut pas confondre avec le caractère, ce qui part de la chaleur du sang, de la force du tempérament ; presque tous les hommes , quoique de caractères différens ou opposés, sont courageux dans le jeune âge, et timides dans la vieillesse. On ne prodigue jamais tant sa vie que lorsqu'on en a le plus à perdre. Que de guerriers dont le courage s'écoule avec le sang! N'en a-t-on pas vu qui , après avoir mille fois bravé le trépas , tombés dans une maladie de langueur, éprouvaient dans un lit toutes les affres de la mort? Duclos.
Le caractère est aux âmes ce que la physionomie et la variété dans les traits sont au visage. Duclos,
Ne pouvoir supporter tous les mauvais caractères qui sont dans le monde, c'est n'être pas d'un bon caractère ; il faut , dans le commerce , des pièces d'or et de la monnaie, La Bmyère.
Il y a , on ne peut le nier , quelques grands ca-
raelères dans l'histoire moderne; et Ton ne peut comprendre comment ils se sont formés. Ils y semblent comme déplacés; ils y sont comme des cariatides dans un entresol. Chamfort.
Rien n'est plus dangereux dans la société qu'un homme sans caractère, c'est-à-dire, dont l'âme n'a aucune disposition plus habituelle qu'une autre. On se fie à l'homme vertueux , on se défie du fripon. L'homme sans caractère est indifféremment l'un ou l'autre, sans qu'on puisse le deyiner. Il ne peut être regardé comme ami ni comme ennemi; c'est une espèce d'anti-amphibie , s'il est permis de s'exprimer de la sorte , qui n'est bon à vivre dans aucun élément. Cela me rappelle cette loi de Solon, qui déclarait infâmes tous ceux qui ne prenaient point de parti dans les séditions : il sentait que rien n'était plus à craindre que les caractères et les hommes non décidés. D'Alembert.
Le défaut de caractère donne à l'esprit une facilité de conviction toujours prête , à l'humeur une sérénité singulière. Aussi les hommes aimables de la société sont-ils presque toujours des hommes sans caractère. Il n'y a de tempêtes que dans les âmes vastes et profondes; ces petits ruisseaux clairs et toujours guéables ne sauraient en éprouver. Mais dans les choses graves de la vie, cette médiocrité est funeste. Alors ces caractères doux et frivoles de-
viennent communs et incapables. Leur religion est de la dévotion, leur honneur du scrupule, leur politique de l'intrigue; le plaisir leur tient lieu de bonheur , et leur amour de la gloire n'est qu'un vain goût de renommée. M. f^alerj.
Il faut avoir un caractère. Si on en éprouve les inconvéniens , on en recueille aussi les avantages. Tout ce qui est sincère plaît dans un sens , même en choquant dans un autre. Tout ce qui est de nature a de la puissance \ tout ce qui donne une physionomie attire et retient l'attention.
M. Lacretelle aîné.
Le rapport des caractères forme souvent la parenté la plus intime. Publias Sjfus.
Il est rare qu'on fasse une peinture bien exacte des caractères extrêmement bons ou extrêmement mauvais : la faveur exalte les uns , et la haine déprime les autres. Richardson.
€M\>xi\L
Si l'on réduisait la célébrité à sa valeur réelle , on lui ferait perdre bien des sectateurs. Duclos.
Célébrité : l'avantage d'être connu de ceux qui ne vous connaissent pas. Chamfort.
DE HAXIMEa 7)
HLiémmce.
La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner faU'edion des peuples.
La Rochefoucauld.
Cette clémence, dont on fait une vertu, se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble. La Rochefoucauld.
La clémence est la gloire d'un règne. La vie est si malheureuse d'elle-même, qu'il ne faut pas, s'il se peut, laisser passer dans l'accablement des jours si briefs. La mortalité nous rend faibles, et, dans cette fragilité, on fait aisément des fautes; il faut donc se porter à l'indulgence, et excuser les faiblesses du genre humain. Bossuet.
La clémence vaut mieux que la justice.
Vauvenargues .
La clémence enchaîne les cœurs avec des liens
qui ne se rompent jamais. Malesherbes.
Les rois ont tant à gagner par la clémence , elle est suivie de tant d'amour, ils en tirent tant de gloire, que c'est presque toujours un bonheur pour eux d'avoir occasion de l'exercer. Montesquieu.
La vraie clémence consiste , non à pardonner,
8o DICTIONNAIRE
mais à oublier : il y a des pardons qui offensent ; ils gravent l'injure au lieu de l'effacer, et tuent la reconnaissance en l'exigeant. Cte de Se'gur.
C<ntr.
Chacun dit du bien de son cœur, et personne n'en ose dire de son esprit. La Rochefoucauld.
La langue du cœur est universelle ; il ne faut que de la sensibilité pour l'entendre et la parler.
Duclos.
L'esprit est toujours la dupe du cœur.
La Rochefoucauld.
Tous ceux qui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur cœur. La Rochefoucauld*
Si ce n'est point un crime de ne pouvoir régler les mouvemens de son cœur, c'est du moins un trèsgrand malheur. Duclos.
Il arrive bien difficilement qu'on soit malheureux pour ne pas savoir ce qui se passe dans le cœur des autres -, mais il est impossible qu'on ne le soit , si l'on ignore ce qui se passe dans son propre cœur. Marc-Aurèle.
L'on est plus sociable et d'un meilleur commerce par le cœur que par l'esprit. La Bmyère.
DE MAXIMES. »i
Quelle mésintelligenee entre l'esprit et le cœur !
le philosophe vit mal avec tous ses préceptes , et le
politique , rempli de vues et de réflexions, ne sait
pas se gouverner. La Bruyère.
Le cœur est la source de toutes les erreurs dont nous avons besoin 5 il ne nous refuse rien dans cette matière-là. Fontenelle.
Il ne faut pas s'étonner de l'avidité de notre cœur à désirer de nouvelles félicités. Comme le monde n'en a que défausses , elles laissent toujours du vide dans nos âmes , afin que toujours elles aient quelque chose à souhaiter. Pascal.
L'on n'est estimable que par le cœur, et l'on n'est heureux que par lui ; car notre bonheur ne dépend que de la manière de le sentir. S aint-Év remont.
€ciève.
La colère , dans les vieillards, est le seul vice de la jeunesse qui se ranime par l'extinction des autres.
Duclos.
Il n'y a point de passion qui ébranle tant la sincérité du jugement que la colère, Fontenelle.
La colère est un des principaux obstacles à la
tranquillité de la vie et à la santé du corps : elle offusque le jugement et aveugle la raison ; elle fait perdre quelquefois, dans un moment, des amis qu'on a employé des années entières à acquérir ; elle découvre bien souvent les pensées du cœur, et plus qu'on n'eût voulu. Diderot.
Il n'est passion qui nuise plus au raisonnement que la colère. Aucun ne ferait doute de punir de mort le juge qui par colère aurait condamné son criminel. Pourquoi est - il non plus permis aux pères et aux pédans de fouetter les enfans , et de les châtier étant en colère ? Ce n'est plus correction, c'est vengeance. Le châtiment tient lieu de médecine aux enfans \ et souffririons -nous un médecin qui fût animé et courroucé contre son patient ?
Montaigne.
La colère est entièrement contre la nature -, et il est aisé d'en être convaincu, si l'on prend garde que lorsqu'elle revient souvent et qu'on s'en fait une habitude , elle change tout le visage , et éteint et amortit si bien toute sa beauté , qu'il n'en reste plus aucune marque, et qu'elle ne revient plus.
Marc-Awèle.
La colère n'est qu'une aversion subite et violente, enflammée d'un désir aveugle de vengeance.
Vauvenargues.
La colère est ce malaise ou ce désordre que nous
ressentons après avoir reçu quelque injure, et qui est accompagné d'un désir présent de nous venger.
Locke.
€cnwpi(à$cmce.
La complaisance est nécessaire dans la société , mais elle doit avoir des bornes : elle devient une servitude quand elle est excessive.
La Rochefoucauld.
La complaisance est une monnaie à l'aide de laquelle tout le monde peut, au défaut de moyens essentiels, payer son écot clans la société. On vous en ti^nt toujours compte ; mais l'excessive complaisance nous attire des mépris et nous fait passer pour des dupes. 11 faut, afin que la complaisance ne perde rien de son mérite , lui associer le jugement et la prudence. Voltaire.
Les esprits légers sont disposés à la complaisance.
Vxl uvenargues .
€onûana.
Rien ne flatte plus notre orgueil que la confiance des grands, parce que nous la regardons comme un effet de notre mérite , sans considérer qu'elle ne vient souvent que de vanité ou d'impuissance de garder le secret. La Rochefoucauld.
L'envie d'être plaint ou^ d'être admiré, fait souvent la plus grande partie de notre confiance.
La confiance plaît toujours à celui qui la reçoit : c'est un tribut que nous payons à son mérite , c'est un dépôt que l'on commet à sa foi; ce sont des gages qui lui donnent un droit sur nous , et une sorte de dépendance où nous nous assujettissons volontairement. La Rochefoucauld.
On se confie le plus souvent par vanité , par envie de parler, par le désir de s'attirer la confiance des autres, et pour faire échange de secrets.
La Rochefoucauld.
L'on peut avoir la confiance de quelqu'un sans en avoir le cœur : celui qui a le coeur n'a pas besoin de révélation ou de confiance , tout lui est ouvert. La Bruyère.
Toute confiance est dangereuse si elle n'est pas entière : il y a peu de conjonctures où il ne faille tout dire ou tout cacher. On a déjà trop dit de son secret à celui à qui l'on croit devoir en dérober une circonstance. La Bruyère.
• Cfltwtmc*.
La conscience fournit une preuve de l'immortalité de notre âme. Chaque homme a au milieu du
coeur un tribunal où il commence par se juger soimême, en attendant que l'arbitre souverain confirme la sentence. Si le vice n'est qu'une conséquence physique de notre organisation, d'où vient cette frayeur qui trouble les jours d'une prospérité coupable? Pourquoi le remords est-il si terrible, qu'on préfère souvent de se soumettre à la pauvreté et à toute la rigueur de la vertu , plutôt que d'acquérir des biens illégitimes ? Pourquoi y a-t-il une voix dans le sang, une parole dans la pierre? Le tigre déchire sa proie et dort-, l'homme devient homicide et veille. Il cherche les lieux déserts, et cependant la solitude l'effraie ; il se traîne autour des tombeaux, et cependant il a peur des tombeaux. Son regard est inquiet et mobile 5 il n'ose fixer le mur delà salle du festin, dans la crainte d'y voir des caractères funestes. Tous ses sens semblent devenir meilleurs pour le tourmenter : il voit au milieu de 1» nuit des lueurs menaçantes -, il découvre le goût du poison jusque dans les mets qu'il a luimême apprêtés; son oreille, d'une étrange subtilité, trouve le bruit où tout le monde trouve le silence -, et , en embrassant son ami , il croit sentir sous ses vêtemens un poignard caché.
M. de Chateaubriand .
C'est un grand pouvoir que celui de la conscience -, il ne se fait pas moins sentir lorsqu'il ôte toute crainte à l'innocent , qu'en offrant sans cesse aux yeux du coupable tous les supplices qu'il a mérités. Cicéron.
La bonne conscience est seule au-dessus de la crainte. Bios.
Je préfère le témoignage de ma conscience à tous les discours qu'on peut tenir de moi. Cicéron.
Rien ne me paraît si louable que ce qui se fait sans ostentation et sans témoins : non que les regards du public soient à éviter, car les belles actions demandent à être connues-, mais enfin, le plus grand théâtre qu'il y ait pour la vertu , c'est la conscience. Cicéron.
On parle souvent de la conscience : il serait peut-être plus à propos de parler des consciences -y car on en voit de toutes sortes , de toutes tailles , de toutes qualités, de toutes saisons-, il en est de sévères , de douces , de fières , de commodes, de clairvoyantes , d'aveugles , de larges , d'étroites , d'impérieuses, de silencieuses 5 elles vanenï comme les temps, les lieux, les lois, les intérêts, les circonstances et les partis ; elles se ressemblent si peu qu'on conçoit à peine qu'elles soient de la même famille , et qu'elles portent le même nom.
C" de Ségur..
Celui qui a une mauvaise conscience est souvent sans danger, mais jamais sans crainte.
Publias Syrus.
Une conscience trop coupable ne croit plus à la clémence. Shakspeare.
La conscience est la voix de l'âme , les passions sont la voix il 11 corps. /.-/. Rousseau.
Le meilleur de tous les casuistes est la conscience , et ce n'est que quand on marchande avec elle , qu'on a recours aux subtilités du raisonnement. J.-J. Rousseau.
La conscience est un juge placé dans l'intérieur de notre être ; il éclaire assez notre âme pour la mettre à portée de distinguer le bien du mal , la vertu du vice, et la vérité de l'erreur.
C" de Sêgur.
Il y a un juge plus éclairé , plus sévère et plus juste que les lois et les mœurs; c'est le sentiment intérieur qu'on appelle la conscience. Ce sentiment parle à tous les hommes qui ne se sont pas , à force de dépravation , rendus indignes de l'entendre.
Duclos.
La conscience des mourans calomnie leur vie.
Vauveiiargues .
La conscience est le meilleur livre de morale que nous ayons \ c'est celui que l'on doit consulter le plus souvent. Pascal.
C<miiit&
11 faut autant de discrétion pour donner un conseil, que de docilité pour le suivre : rien n'est si tyran-
nique qu'un ami qui prend avantage de son expérience , qui propose tous ses avis comme des lois et d'un air de maître, et qui veut forcer l'esprit par l'autorité, plutôt que de le gagner parle discours. D'un autre côté , un bon conseil perd sa force dans la bouche d'un amitrop-complaisant-, quand il s'exprime avec force , il pique davantage notre cœur -, il réveille mieux notre attention. Les remèdes salutaires sont rarement de bon goût , et les médecins les plus doux ne sont pas les meilleurs. Nous devons nous regarder comme des malades tant que nous avons besoin de conseil : eh î qui n'en a pas besoin ? Si l'avis est bon , pourquoi le rejeter parce qu'il n'est pas donné de bonne grâce? il faut voir si l'on en peut tirer quelque avantage, avant que de le rejeter. Cependant la soumission aux conseils dautrui ne doit pas être aveugle , il est juste de se réserver la liberté de raisonner sur ce qu'il dit ; mais il ne faut le contredire que pour nous instruire mieux-, il faut se rendre à la raison dès qu'elle paraît. Saint-Évremont.
Les conseils durs ne font point d'effet : ce sont comme des marteaux qui sont toujours repoussés par l'enclume. Helvétius.
Ne donne pas à tes amis les conseils les plus agréables, mais les plus avantageux. Solon.
Les conseils faciles à pratiquer sont les plus utiles.
Vauvenargues.
On ne donne rien si libéralement que ses conseils.
La Rochefoucauld.
Conseiller, c'est donner aux hommes des motifs
d'agir qu'ils ignorent. Vauvenargues.
Rien n'est moins sincère que la manière de demander et de donner des conseils. Celui qui en demande paraît avoir une déférence respectueuse pour les sentimens de son ami , bien qu'il ne pense qu'à lui faire approuver les siens, et à le rendre garant de sa conduite; et celui qui conseille paie la confiance qu'on lui témoigne d'un zèle ardent et désintéressé, quoiqu'il ne cherche le plus souvent, dans les conseils qu'il donne, que son intérêt ou sa gloire.
La Rochefoucauld.
On ne fait pas beaucoup de grandes choses par conseil. Vauvenargues.
Il n'y a pas quelquefois moins d'habileté à savoir profiter d'un bon conseil , qu'à se bien conseiller soi-même. La Rochefoucauld.
Il est injuste d'exiger des hommes qu'ils fassent , par déférence pour nos conseils, ce qu'ils ne veulent pas faire pour eux-mêmes. Vauvenargues.
Il y a dans les meilleurs conseils de quoi déplaire; s'ils viennent d'ailleurs que de notre esprit, c'est assez pour être rejetés d'abord par présomption et par
humeur, et suivis seulement par nécessité ou par
réflexion. La Bruyère.
On donne des conseils , mais on n'inspire point de conduite. La Rochefoucauld.
Les conseils qu'on croit les plus sages sont souvent les moins proportionnés à notre état.
Vauvenargues.
Le conseil, si nécessaire pour les affaires, est quelquefois , dans la société , nuisible à qui le donne, et inutile à celui à qui il est donné. Sur les mœurs, vous faites remarquer des défauts, ou que l'on n'avoue pas, ou que l'on croit des vertus-, sur les ouvrages , vous rayez les endroits qui paraissent admirables à leur auteur, où il se complaît davantage, où il croit s'être surpassé lui-même. Vous perdez ainsi la confiance de vos amis, sans les avoir rendus ni meilleurs ni plus habiles. La Bruyère.
La jeunesse a besoin de conseils , et n'est pas toujours disposée à les bien recevoir. La vieillesse aime à donner des conseils , et n'est pas toujours attentive à les bien placer. B. Franklin.
J'ai souvent ouï dire qu'il est plus sûr d'écouter et de recevoir un conseil que de le donner.
Imitation de J.-C.
Les conseils qui flattent les passions sont presque toujours les seuls qu'on écoute. Cte de Se'gur.
C'est une étrange sorte de biens que les conseils : l'avare même en est prodigue ; chacun les donne libéralement -, presque personne n'aime à les recevoir et encore moins à en profiter 5 et si , parfois , on demande un conseil pour la forme , c'est au fond un compliment ou une approbation* qu'on veut recevoir. Cte de Ségur.
On ne demande guère conseil que pour s'affermir dans une résolution qu'on a déjà prise.
Bon Massias.
€on$ilfévati(m.
Un des spectacles les plus curieux serait de pénétrer les motifs secrets sur lesquels chacun appuie ses titres à la considération. Weiss.
Il est si vrai que la considération tient beaucoup plus à l'état social qu'aux talens, que de deux hommes de lettres même , celui qui est de beaucoup inférieur en mérite à l'autre , mais qui est en même temps le plus riche , est ordinairement celui à qui on marque le plus d'égards. D'Alembert.
La considération fait plus d'heureux que la gloire.
Duclos.
La considération n'enivre pas celui qui en jouit ,
et n'humilie pas celui qui l'accorde. Fontenelle,
C0u#<îktt(W*
Les consolations nous viennent plutôt des autres que de nos propres réflexions. Duclos.
Les consolations indiscrètes ne font qu'aigrir les violentes afflictions. J.-J. Rousseau.
Nous nous consolons souvent par faiblesse des maux dont la raison n'a pas la force de nous consoler. La Rochefoucauld.
Nos consolations sont une flatterie envers les affligés. Vauvenargues.
Quand nous sommes dans l'affliction à cause de la mort de quelque personne pour qui nous avons de l'affection , ou pour quelque autre malheur qui nous arrive, nous ne devons pas chercher de la consolation dans nous-mêmes, ni dans les hommes, ni dans tout ce qui est créé; mais nous devons la chercher en Dieu seul. Pascal.
La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans leur cœur.
La Rochefoucauld.
11 y a deux sortes de constance en amour : Tune vient de ce que Ton trouve sans cesse dans la personne que l'on aime de nouveaux sujets d'aimer , et l'autre vient de ce que l'on se fait un honneur d'être constant. La Rochefoucauld.
La constance est une fermeté raisonnable dans nos sentimens. ï^mivenargues.
Le don de souffrir avec constance les malheurs qui nous arrivent , est préférable à la faveur d'être toujours heureux. Sénèque.
La vraie constance ne consiste pas à vouloir fermement ce que nous avons justement et sagement résolu -, elle consiste à vouloir toujours ce que veulent la raison et la justice. Saint-Evremont.
Cimwmtûm.
Dans la conversation, on doit éviter l'affectation et encore plus la négligence. L'art de s'y bien conduire marque la décence des mœurs. L'abrégé de la bienséance et de la politesse consiste également à garder notre dignité et celle des personnes avec lesquelles nous conversons. Bacon.
La conversation est un bien particulier à l'homme, de même que la raison. C'est le lien de la société 5
c'est par elle que s'entretient le commerce de la vie civile , que les esprits se communiquent leurs pensées, que les cœurs expriment leurs mouvemens , que les amitiés se commencent et se conservent. Saint-Evremont.
La conversation ressemble aux voyages qu'on fait sur l'eau : on s'écarte de la terre sans presque le sentir, et l'on ne s'aperçoit qu'on a quitté le bord que quand on en est déjà bien loin.
Chamfort.
Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c'est qu'il n'y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut dire , qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit. Bien écouter, et bien répondre , est une des plus grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.
La Rochefoucauld.
On parle peu , quand la vanité ne fait pas parler.
La Rochefoucauld.
L'art de la parenthèse est un des grands secrets de l'éloquence dans la conversation. Chamfort.
La confiance fournit plus à la conversation que l'esprit. La Rochefoucauld.
La plus charmante conversation lasse l'oreille d'un homme occupé de quelque passion.
Vauvenargues .
DE MAXIMES. g5
La conversation devient plate à proportion que ceux avec qui on la tient sont plus élevés en dignité. Helvétius.
Le talent de parler tient le premier rang dans l'art de plaire; c'est par lui seul qu'on peut ajouter de nouveaux charmes à ceux auxquels l'habitude accoutume les sens. C'est l'esprit qui non-seulement vivifie le corps , mais qui le renouvelle en quelque sorte-, c'est par la succession des sentimens et des idées qu'il anime et varie la physionomie : et c'est par les discours qu'il inspire , que l'attention , tenue en haleine , soutient long-temps le même intérêt sur le même objet.
/.-/. Rousseau.
Le ton de la bonne conversation est coulant et naturel; il n'est ni pesant ni frivole; il est savant sans pédanterie , gai sans tumulte , poli sans affectation, galant sans fadeur, badin sans équivoque. Ce ne sont ni des dissertations , ni des épigrammes ; on y raisonne sans argumenter ; on y plaisante sans jeux de mots ; on y associe avec art l'esprit et la raison, les maximes et les saillies, l'ingénieuse raillerie et la morale austère. On y parle de tout, pour que chacun ait quelque chose à dire ; on n'approfondit point les questions , de peur d'ennuyer : on les propose comme en passant, on les traite avec rapidité : la précision mène à l'élégance ; chacun dit son avis , et l'appuie en peu de mots ; nul n'at-
taque avec chaleur celui d'autrui ; nul ne défend opiniâtrement le sien-, on discute pour s'éclairer, on s'arrête avec la dispute 5 chacun s'instruit, chacun s'amuse , tous s'en vont contens 5 et le sage même peut rapporter de ces entretiens des sujets dignes d'être médités en silence. J.-J '. Rousseau.
La conversation ne doit être ni trop étudiée , ni trop négligée. Le pédantisme n'est pas moins dans l'affectation du style que dans l'étalage de l'érudition. C'est un abus de la conversation d'y raisonner de la plupart des choses sur les règles de l'art. Un grand parleur fatigue, un homme taciturne ennuie ; il faut saisir le moment de parler et non pas le chercher : cette inquiétude donne de la mauvaise grâce *à tout ce que vous dites. Bacon.
La conversation est la communication de nos faiblesses. Voltaire.
Cmtroge.
Le vrai courage est une des qualités qui supposent le plus de grandeur d'âme. J'en remarque de beaucoup de sortes : un courage contre la fortune, qui est philosophie 5 un courage contre les misères , qui est patience 5 un courage à la guerre, qui est valeur 5 un courage dans les entreprises , qui
est hardiesse \ un courage fier et téméraire, qui est audace*, un courage contre l'injustice, qui est fermeté:, un courage contre le vice , qui est sévérité} un courage de réflexion, de tempérament, etc.-, mais il n'est pas ordinaire qu'un même homme assemble tant de qualités. Vauvenargues.
Un grand courage ne se dément jamais ; sa force se connaît dans un lit aussi bien que dans une bataille. Séncque.
Le véritable courage est très-opposé à la témérité qui n'examine rien. Fontenelle.
Le courage n'est pas un instinct aveugle : ce n'est pas l'amour du danger , ce n'est pas une manie qui fait chercher ce que tout le monde redoute; c'est la science de distinguer ce qui est mal d'avec ce qui ne l'est pas. Le courage s'occupe très-sérieusement de sa propre conservation $ mais il sait souffrir ce qui n'a que l'apparence du mal. Sénèque.
C'est par le courage et la patience qu'on lasse la fortune qui se plaît à nous persécuter.
Le courage agrandit l'esprit. Vauvenargues.
Le vrai courage trouve toujours quelque ressource contre l'adversité. Fénélon.
Le courage a plus de ressources contre les disgrâces que la raison. Vauvenargues.
Le courage des nations policées paraît bien moins exalté que celui des peuples sauvages-, l'on ne voit que chez ces derniers cette constance à souffrir, que les douleurs les plus atroces ne sauraient ébranler ; cette fermeté qui les porte à défier les bourreaux, et à chanter au milieu des tourmens.
M. de Lévis.
Le terme du courage est l'intrépidité dans le péril. Vauvenargues.
Le courage de l'esprit, infiniment plus rare que la valeur, suppose des vertus bien plus éminentes.
Diderot,
Le plus terrible des courages est celui qu'impose la nécessité. Bon Massias.
Le courage n'est souvent que la peur, ou la victoire que la peur remporte sur elle-même.
Bon Massias.
Il vaut mieux se fier au courage qu'à la fortune.
Publius Syrus.
Le vrai courage consiste à résister à son ressentiment. Fénélon.
Quand on a un vrai courage , on est libre partout.
DE MAXIMES. gg
Le courage est bon à quelque chose -, il flatte l'amour-propre et diminue les maux. Voltaire.
Courtinm.
Les courtisans sont des pauvres enrichis par la mendicité. Chamfort.
La plupart des courtisans sont haïs sans profit, et pour le plaisir de l'être. Ce sont des lézards, qui, à ramper, n'ont gagné que de perdre leur queue. Chamfort.
Qu'un heureux courtisan possède la faveur de son roi , et jouisse tant qu'il lui plaira des délices de son bonheur-, mais que l'exemple de tant de chutes le porte à se défier de la fermeté de son assiette-, que pour être au haut de la roue , il ne lève pas toujours les yeux, mais qu'il les abaisse quelquefois; qu'il regarde le lieu auquel il a commencé de s'élever, et qu'il considère le premier degré de sa fortune comme un précipice où il peut à tous momens retomber. Saint-Evremont.
Qui est plus esclave qu'un courtisan assidu, si ce n'est un courtisan plus assidu? La Bruyèie.
Les courtisans n'emploient pas ce qu'ils ont d'es-
ioo DICTIONNAIRE
prit , d'adresse et de finesse , pour trouver les expédiens d'obliger ceux de leurs amis qui implorent leur secours, mais seulement pour leur trouver des raisons apparentes, de spécieux prétextes, ou ce qu'ils appellent une impossibilité de le pouvoir faire ; et ils se persuadent d'être quittes par là en leur endroit de tous les devoirs de l'amitié ou de la reconnaissance. La Bruyère.
Les courtisans ressemblent à ces jetons dont on se sert pour compter ; ils changent de valeur au gré de celui qui les emploie. Solon.
Les courtisans sont toujours ennemis du mérite qui les blesse , et de la supériorité qui les humilie.
Oe de Se'gur.
Coutume
L'empire de la coutume est bien plus vaste que celui de la nature : il s'étend sur les mœurs , sur tous les usages -, il répand la variété sur la scène de l'univers : la nature y répand l'unité, elle établit partout un petit nombre de principes invariables ; ainsi le fond est partout le même, et la culture produit des fruits divers. Voltaire.
La coutume fait tout, jusqu'en amour.
Vauvenargues.
La coutume entraîne la nature; mais quelquefois aussi la nature la surmonte', et retient l'homme dar\s son instinct, malgré toute la coutume, bonne ou mauvaise. Pascal.
Les pères craignent que l'amour naturel des enfans ne s'efface. Quelle est donc cette nature sujette à être effacée ? La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Pourquoi la coutume n'est-elle pas naturelle ? J'ai bien peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume , comme la coutume est une seconde nature. Pascal.
Crime.
Le crime n'est jamais plus dangereux que sous le masque de la vertu. Duclos.
11 faut demeurer d'accord, à l'honneur de la vertu, que les plus grands malheurs des hommes sont ceux où ils tombent par leurs crimes.
La Rochefoucauld.
Pour rendre les hommes meilleurs, il faut les
éclairer ; le crime est toujours un faux jugement.
Duclos.
Il s'en faut bien que l'innocence trouve autant
de protection que le crime. La Rochefoucauld .
io2 DICTIONNAIRE
Le crime a ses momens de bonheur, et la vertu ses jours de calamité. M. Michaud.
Le crime qu'on commet avec un sentiment de plaisir , est pire que celui qu'on commet avec un sentiment de douleur. Marc-Aurele.
Les crimes sont les véritables malheurs : toutes les autres disgrâces sont de petites afflictions dont on peut être consolé. Sénèque.
Le méchant a beau fuir la peine de son crime , il la porte avec lui. Fontenelle.
Les hommes , sur la conduite des grands et des
petits indifféremment , sont prévenus , charmés ,
enlevés par la réussite : il s'en faut peu que le
crime heureux ne soit loué comme la vertu même.
* • La Bruyère.
C'est une politique bien impie que de commettre hardiment les plus grands crimes, pourvu qu'ils soient utiles. Fontenelle.
Ceux qui sont incapables de commettre de grands crimes n'en soupçonnent pas facilement les autres.
Saint- Evremont.
Nous oublions aisément nos crimes , lorsqu'ils ne sont sus que de nous. Helvétius.
DE MAXIME8. rod
11 y a dos crimes dont la honte retombe sur celui même qui les punit. Sénèque.
La honte du crime diminue dans la même proportion que l'audace de le commettre s'accroît.
Sénèque.
L'autorité' doit punir le crime : elle le doit aux médians plus encore qu'aux bons, parce qu'elle doit la justice avant la vengeance. M. de Bonald.
Qu'un crime ait ou non du succès, il est toujours un crime; mais s'il ne réussit pas, il est de plus une sottise. Que de sots, à ce compte, chez le peuple le plus renommé par son esprit !
M. de Bonald.
Laisser le crime en paix , c'est s'en rendre complice.
Crébillon, Ainsi que la vertu , le crime a ses degrés.
Racine.
Quelque crime toujours précède les grands crimes.
Racine.
io4 DICTIONNAIRE
Défaut*.
Si nous n'avions pas de défauts , nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer chez les autres. La Rochefoucauld.
Quelque aveugle que soit l'amour- propre, on connaît bientôt ses défauts quand l'intérêt s'en mêle.
Duclos.
On peut aimer ceux en qui on reconnaît de grands défauts. Il y aurait de l'impertinence à croire que la perfection seule a le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent quelquefois les uns aux autres , autant que pourrait faire la vertu.
p^auvenargues.
La fortune nous corrige de plusieurs défauts que la raison ne saurait corriger. La Rochefoucauld.
Nous avouons nos défauts pour réparer par notre sincérité le tort qu'ils nous font dans l'esprit des autres. La Rochefoucauld.
Le trop d'attention qu'on a à observer les défauts d'autrui , fait qu'on meurt sans avoir eu le temps de connaître les siens. La Bruyère.
DE MAXIMES. io5
Appliquez-vous à supporter patiemment les défauts et les infirmités des autres, quelles qu'elles soient, parce qu'il y a aussi bien des choses en vous que les autres ont à supporter. Imitation deJ. C.
Les défauts des autres vous frappent : faites encore plus d'attention à leurs bonnes qualités. C'est ainsi que vous ménagerez l'amitié ; c'est ainsi que vous préviendrez la haine. Maxime chinoise.
Chacun a son défaut où toujours il revient; Honte ni peur n'y remédie.
La Fontaine.
11 n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts. La Rochefoucauld.
3)i#im
Les amans seraient trop heureux que leurs désirs fussent entretenus par des obstacles continuels -, il n'est pas moins essentiel pour le bonheur de conserver des désirs que de les satisfaire. Duclos.
Malheur à celui qui n'a plus de désirs! il perd, pour ainsi dire , tout ce qu'il possède.
J.-J. Rousseau.
La nature nous rendant toujours malheureux en
io6 DICTIONNAIRE
tous états , nos désirs nous figurent un état heureux, parce qu'ils joignent à l'état où nous sommes les plaisirs de l'état où nous ne sommes pas-, et quand nous arriverions à ces plaisirs , nous ne serions pas heureux pour cela , parce que nous aurions d'autres désirs conformes à notre nouvel état. Pascal.
* Avant que de désirer fortement une chose , il
faut examiner le bonheur de celui qui la possède.
Saint- Ev remont.
Nous ne désirerions guère de choses avec ardeur, si nous connaissions parfaitement ce que nous désirons. La Rochefoucauld.
Baxrtm
Dans les mêmes positions, les devoirs ne sont pas les mêmes pour tous les hommes , et il est demandé davantage à celui qui a plus r*eçu.
M. de Bonald.
La passion du devoir, la plus rare de toutes les passions , est aussi la plus ardente et la plus active , parce qu'elle n'est pas , comme les autres , ralentie par les dégoûts, les incertitudes ou les remords : aussi la passion du devoir est la seule qui ait fait de grandes choses, des choses qui durent.
M. de Bonald.
11 est aisé pour tout le monde de faire son devoir, lorsqu'on n'est pas poussé à s'en éearter.
Richavdson.
Béxwtiott.
La dévotion est une croyanee qu'on vaut mieux qu'un autre. Montesquieu.
La dévotion trouve , pour faire de mauvaises actions, des raisons qu'un simple honnête homme ne saurait trouver. Montesquieu.
La plupart des amis dégoûtent de l'amitié , et la plupart des dévots dégoûtent de la dévotion.
La Rochefoucauld.
Approfondissez la plupart des dévots : vous trouverez des hommes inquiets , critiques , ardens , toujours occupés du dehors , âpres et roides dans tous leurs désirs , délicats par des réflexions excessives , pleins de leurs pensées , impatiens dans les moindres contradictions , en un mot des ardélions spirituels , incommodés de tout , et presque toujours incommodes. Fénélon.
J'appelle la dévotion une maladie du cœur, qui donne à l'âme une folie dont le caractère est le plus aimable de tous. Montesquieu.
io8 DICTIONNAIRE
La dévotion est un opium pour l'âme : elle égaie, anime et soutient quand on en prend peu -, une trop forte dose endort, ou rend furieux, si elle ne vous tue. /.-/. Rousseau.
Que d'abus dans la dévotion! Les uns la font consister uniquement dans la multiplicité des prières , les autres dans le grand nombre des œuvres extérieures. Quelques-uns la mettent dans le dessein continuel de faire son salut, quelques autres dans de grandes austérités. Toutes ces choses sont bonnes -, elles sont même nécessaires jusqu'à un certain degré ; mais on se trompe si on y place le fonds et l'essentiel de la véritable jrtété. Fénélon.
Il n'y a rien de bien qui n'ait un excès blâmable , même la dévotion, qui peut tourner en délire.
J.-J. Rousseau.
Un homme qui se dit dévot ressemble à un roturier qui se dit marquis ; il s'arroge une qualité qu'il n'a pas 5 il croit valoir mieux que son prochain.
Voltaire.
La dévotion est le dernier de nos amours.
Saint - Ev remont.
Je ne doute point que la vraie dévotion ne soit
la source du repos -, elle fait supporter la vie et rend
la mort douce : on n'en tire pas tant de l'hypocrisie.
La Bruyère.
Itoitmtr.
Il n'y a que les personnes qui ont de la fermeté , qui puissent avoir une véritable douceur-, celles qui paraissent douces n'ont d'ordinaire que de la faiblesse , qui se convertit aisément en aigreur.
La Rochefoucauld.
La douceur est une vertu presque inconnue, parce qu'elle est humble sans éclat. La Roche.
La douceur se fait aimer dans les hommes comme dans les animaux. Isocrate.
La douceur n'est souvent qu'une vanité de se faire aimer de tout le monde. La Roche.
La douceur des formes niexclut pas la force du caractère : ainsi le câble flexible résiste à la fureur des flots , et préserve du naufrage. M. de Lévis.
La douceur est un fond de complaisance et de bonté. V auvenargues .
La douceur est une espèce de parfum qui plaît au cœur, mais qui l'affadit quelquefois. Saadi.
Mo DICTIONNAIRE
Il n'y a rien de plus intéressant que l'extrême douceur jointe à l'extrême souffrance.
/.-/. Barthélémy.
Plus fait douceur que violence.
La Fontaine.
Douleur.
La douleur muette médite des choses pires que la douleur plaintive. Publias S jnis.
La douleur est fière , et rend fier le cœur qu'elle remplit. Shakspeare.
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(économie.
La trop grande économie fait plus de dupes que la profusion. Vauvenargues.
L'économie est fille de l'ordre et de l'assiduité.
M . de Lévis.
L'économie est un grand revenu. Cicéron.
L'économie tient un milieu entre l'avarice et la
prodigalité -, mais elle doit l'y tenir si ferme qu'elle
ne penche pas du côté de l'avarice, dont elle est
proche parente. La Bruyère.
L'économie est la mère de la libéralité. Sénèque.
L'économie est vertu , besoin dans la pauvreté 5 elle est sagesse da*s la médiocrité, et vice dans l'opulence. Fontenelle.
La sordide avarice et la folle prodigalité, tempérées l'une par l'autre , produisent la sage économie-, c'est une vertu qui tire son origine de deux vices. La Bruyère.
ii2 DICTIONNAIRE
L'homme sensé, quelque riche qu'il soit, a de l'économie. ***
Celui qui sait rendre son dérangement utile , est au-dessus de l'économie. Vauvenargues.
On fait mal sa cour aux économes par des présens.
Vauvenargues.
Sans l'économie , il n'y a point de richesses assez grandes : avec elle , il n'y en a pas de trop petites.
Sénèque.
Ctotmttoît.
Il n'est rien de plus important dans l'éducation que de chercher à ses enfans des maîtres irrépréhensibles dans leur conduite, au-dessus du reproche dans leurs mœurs , instruits par une grande expérience. Une bonne éducation est la source et la racine d'une vie vertueuse. Plutarque.
C'est la bonne éducation qui seule peut conduire à la vertu , qui seule est capable de procurer le bonheur. Les autres biens ont toute la fragilité de la nature humaine, et méritent bien peu d'être recherchés. Une brillante origine est un avantage, mais que Ton tient de ses pères 5 la richesse est
DE MAXIMES. n3
honorée , mais elle appartient à la fortune 5 souvent elle est enlevée à ceux qui la possèdent, et transportée à ceux qui ne songeaient pas même à l'espérer. Plutarque.
De tous nos biens l'éducation seule est divine, seule elle est immortelle. L'intelligence et la raison, voilà les deux choses qui, dans la nature de l'homme , tiennent le premier rang. L'intelligence a l'empire, la raison lui sert de ministre. La fortune ne peut la réduire aux fers, la délation ne saurait la perdre , la maladie la détruire , la vieillesse l'altérer. L'intelligence seule en vieillissant se rajeunit. Le temps, qui enlève tout, ne fait qu'ajouter à la vieillesse de nouvelles connaissances. Il n'est rien que la guerre ne ravage , n'entraîne comme un torrent : elle ne peut ravir l'éducation qu'on a reçue. Plutarque.
L'éducation demande le plus grand soin, parce qu'elle influe sur toute la vie : rien de plus facile que de façonner une âme encore tendre 5 rien de plus difficile que de déraciner des vices qui se sont accrus avec nous. Sénèque.
C'est un excès de confiance dans les parens d'espérer tout de la bonne éducation de leurs enfans , et une grande erreur de n'en attendre rien et de la négliger. La Bruyère.
n4 DICTIONNAIRE
L'éducation devrait être regardée partout comme une partie principale de la législation. Les peuples modernes s'occupent assez de l'instruction , qui ouvre l'esprit , et trop peu de l'éducation , qui forme le caractère. Les anciens y pensaient plus que nous: aussi chaque peuple avait un caractère national qui nous manque. Nous livrons l'esprit à l'école , et le caractère au hasard. Cle de Ségur.
L'éducation qu'on donne d'ordinaire aux jeunes gens, est un second amour-propre qu'on leur inspire. La Rochefoucauld.
Quand il serait vrai , ce que plusieurs disent, que l'éducation ne donne point à l'homme un autre coeur ni une autre complexion, qu'elle ne change rien dans son fond, et ne touche qu'aux superficies , je ne laisserais pas de dire qu'elle ne lui est pas inutile. La Bruyère.
L'éducation est à l'âme ce que la propreté est au corps. Phocjlide.
L'éducation n'est qu'un exercice raisonné et suivi.
M. de Lévis.
Citerne. — CË^rïtfte.
Gnathon ne vit que pour soi , et tous les hommes ensemble sont à son égard comme s'ils n'étaient
DE MAXIMES. u5
point. Non content de remplir à une table la première place , il occupe lui seul celle de deux autres : il oublie que le repas est pour lui et pour toute la compagnie ; il se rend maître du plat , et fait son propre de chaque service : il ne s'attache à aucun des mets, qu'il n'ait achevé d'essayer de tous; il voudrait pouvoir les savourer tous tout à la fois -, il ne se sert à table que de ses mains-, il manie les viandes, les remanie, démembre, déchire, et en use de manière qu'il faut que les conviés, s'ils veulent manger, mangent ses restes : il ne leur épargne aucune de ses malpropretés dégoûtantes, capables d'ôter l'appétit aux plus affamés -, les jus et les sauces lui dégouttent du menton et de la barbe : s'il enlève un ragoût de dessus un plat, il le répand en chemin dans un autre plat et sur la nappe, on le suit à la trace : il mange haut et avec grand bruit, il roule les yeux en mangeant; la table est pour lui un râtelier : il écure ses dents , et il continue à manger. Il se fait, quelque part où il se trouve, une manière d'établissement, et ne souffre pas d'être plus pressé au sermon ou au théâtre que dans sa chambre. 11 n'y a dans un carrosse que les places du fond qui lui conviennent; dans toute autre, si on veut l'en croire, il pâlit et tombe en faiblesse. S'il fait un voyage avec plusieurs , il les prévient dans les hôtelleries , et il sait toujours se conserver dans la meilleure chambre le meilleur lit : il tourne tout à son usage; ses valets, ceux
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d'autrui , courent dans le même temps pour son service : tout ce qu'il trouve sous sa main lui est propre, bardes, équipages : il embarrasse tout le monde, ne se contraint pour personne , ne plaint personne , ne connaît de maux que les siens, que sa réplétion et sa bile ^ ne pleure point la mort des autres, n'appréhende que la sienne, qu'il rachèterait volontiers de l'extinction du genre humain. La Bruyère.
On entend et on doit entendre par égoïsme un continuel sacrifice des autres à soi -, mais ce sacrifice des autres à soi est le propre de toutes les passions , de tous les vices. Les passions , en nous faisant placer tout notre bonbeur dans la possession de leur objet, nous font tout sacrifier pour l'obtenir. Les vices , qui sont des inclinations basses et déréglées de notre âme , nous font aussi tout immoler à nos goûts et à nos habitudes. 11 semble donc que l'égoïsme fait le fonds de toutes les passions , de tous les vices , de toutes nos mauvaises actions et de tous les mouvemens coupables de notre cœur.
M . Lacretelle aîné.
L'égoïsme voit quelque avantage dans la probité , et il en a ; mais il en a tout juste ce qu'il en faut pour ne pas être réputé en manquer.
11 croit ses principes la sagesse même -, mais il sent qu'ils doivent être odieux, et il n'est empressé ni à les étaler ni à en affecter de contraires ; différent en ceci du cynique et de l'hypocrite.
11 n'a pas dans les manières la grossièreté que l'on devrait attendre d'un homme occupé de lui seul; il sent au contraire le besoin de cacher la dureté de son âme sous des dehors prévenans; mais sa politesse n'est ni l'envie de plaire, ni celle de servir; elle se réduit à ces frivoles attentions qui coûtent peu et qui n'engagent à rien.
Il aime les plaisirs , mais il en redoute les suites ; il n'est pas débauché.
L'argent doit être sa passion dominante ; mais il le recherche pour en user , et non pour l'accumuler et l'enfouir comme l'avare.
Ce qui le touche le plus dans les dignités et les places, ce sont les avantages réels qui en résultent; et il ne les recherche pas avec l'emportement de l'ambition.
Il est habituellement froid et indifférent pour tout ce qui ne le regarde pas ; il devient cruel dès que son intérêt l'exige, mais sa cruauté éclate bien plus par des refus que par des violences ; il use sans pitié de ses droits , mais il n'est pas sûr d'attaquer impunément ceux des autres.
Une seule pensée l'occupe dans tous les inslans et dans toutes les circonstances; c'est l'utilité qu'il peut tirer des choses , des lieux et des hommes : elle l'occupe dans un désastre public; elle l'occupe au pied du lit de mort de son père; au moment où le vieillard expire, son imagination parricide entre en possession de l'hérédité.
L'égoïste peut prendre de l'amour ; mais il ne se marie pas ; il ne voit dans le mariage que des embarras qu'il redoute et des plaisirs qu'on trouve ailleurs. Il se mariera pourtant, si vous voulez le rendre riche et puissant • alors sa femme et ses enfans devront bien s'occuper de son bonheur; et pour récompense, ils lui deviendront si nécessaires, cju'il ne leur accordera aucune autre occupation. ,
Voilà comment il est père ; voici comme il est ami. Vous épanchez dans son sein un cœur dévoré de chagrins-, s'il a éprouvé quelques-uns de ces chagrins , il se dira , avec une satisfaction intime : J'ai été dans cette situation -là, et je n'y suis plus. C'est ainsi qu'il tirera un plaisir pour lui-même de la douleur dont il est confident. Et voilà tout ce que vos peines auront remué dans son âme.
Il ne voit dans tout ce qu'on appelle belles actions, que des traits de dupe, qu'un homme prudent ne fait pas , et dont celui qui les éprouve peut s'acquitter avec des mots -, daus les parens , que des gens de qui on attend des successions , et avec qui malheureusement on les partage ; dans tous les hommes , que des êtres plus ou moins semblables à lui, et par conséquent de qui il ne faut rien attendre: tel est l'égoïste. M. Lacretelle aîné.
La vieillesse de l'égoïste est triste 5 il n'a ni compagnon, ni successeur, ni espoir. Il remplit maus-
sadement son cercle étroit , comme le limaçon sa coquille -, le passé est pour lui un vide , le présent un désert , et l'avenir le néant. Cte de Ségur.
L'égoïste est un triste fou qui se trompe -, il s'isole , se prive d'appui et s'égare, sans compagnon , sans guide , dans le labyrinthe de la vie. Cle de Ségur.
Quand l'infortune est générale dans un pays , l'égoïsme devient universel. Montesquieu.
Quelquefois la destinée punit deux égoïstes en les liant l'un à l'autre. M. de Lévis.
La faiblesse est égoïste , ne comptez pas sur son assistance. M. de Lévis.
La femme égoïste est un monstre \ la nature ne l'avait faite que pour autrui. Fontenelle.
Le plus parfait égoïsme est de n'en pas avoir -, si ce nrest pas par vertu, que ce soit par calcul. Souvent un petit sacrifice qu'on fait , en rapporte un plus grand. On est humilié de la préférence qu'un homme se donne sur les autres : on cherche à s'en venger. N'épargnons pas, dira -t -on, cet homme qui ne songe qu'à lui ; allons au secours , dira-t-on, de cet homme qui ne songe qu'aux autres. Le prince de Ligne.
€lhwtwn.
Il y a Une élévation qui ne dépend pas de la fortune : c'est un certain air qui nous distingue , et qui semble nous destiner aux grandes choses 5 c'est un prix que nous nous donnons imperceptiblement à nous-mêmes -, c'est par cette qualité que nous usurpons les déférences des autres hommes, et c'est elle d'ordinaire qui nous met plus audessus d'eux que la naissance, les dignités et le mérite même. La Rochefoucauld.
Il y a du mérite sans élévation , mais il n'y a point d'élévation sans quelque mérite.
La Rochefoucauld.
L'élévation est au mérite ce que la parure est aux belles personnes. La Rochefoucauld.
Ce qui est arrogance dans les faibles est élévation dans les forts 5 comme la force des malades est frénésie, et celle des sains est vigueur.
V auvenargues .
l\ n'y a au monde que deux manières de s'élever : ou par sa propre industrie , ou par l'imbécillité des autres. La Bruyère.
Du même fond d'orgueil dont on s'élève fière-
ment au-dessus de ses intérieurs, l'on rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi.
La Bruyère.
La véritable élévation est une disposition sublime de l'âme ; son effet est de donner de grandes vues à l'esprit, et d'inspirer au cœur de nobles sentimens. Fénélon.
<&lo$e.
Les contemporains prodiguent les éloges ; la postérité seule fait justice. Duclos.
Rien ne flatte plus un homme faible et ne l'entretient mieux dans son état de faiblesse que les éloges qu'on lui donne sur sa fermeté. Duclos.
Il n'y a guère d'éloges dont on pût deviner le héros , si le nom n'était en tête. Duclos.
Qui peut se vanter des éloges qu'il reçoit , quand Homère a chanté les grenouilles et les rats ; Virgile, le moucheron; Glaucus, l'injustice; le philosophe Favorin, la fièvre quarte; Sénèque, l'empereur Claude; et Lucien, l'âne ? Érasme,
La vérité simple et exacte devrait être la base et l'âme de tous les éloges ; ceux qui sont outrés et sans vraisemblance , font tort à celui qui les reçoit, et à cdkri qui les donne. D'Alembert*
i22 DICTIONNAIRE
L'on gagne à mourir d'être loué de ceux qui nous survivent, souvent sans autre mérite que celui de n'être plus : le même éloge sert alors pour Caton et pour Pison. La Bruyère.
Laisse les autres faire ton éloge , et si tu ne te connais pas les qualités qu'ils célèbrent en toi , sois convaincu que ce sont des flatteurs. Démocrate.
Aucun éloge ne doit paraître mieux mérité que celui qui sort de la bouche d'un ennemi.
CLe de Ségur.
On finit par croire aux éloges que l'on achète ou que l'on se fait. Sénèque.
(&loq\tence.
La véritable éloquence n'a rien d'enflé ni d'ambitieux ; elle se modère et se proportionne aux sujets qu'elle traite et aux gens qu'elle instruit 5 elle n'est grande et sublime que quand il faut l'être.
Fénélon.
L'éloquence est très-bonne en elle-même -, il n'y a que l'usage qui peut en être mauvais, comme de flatter les passions du peuple, ou de contenter les nôtres. Fénélon.
Le véritable usage de l'éloquence est de mettre la vérité en son jour, et de persuader aux autres ce
qui leur est véritablement utile, c'est-à-dire la justice et la vertu. Fénélon.
Le but de l'éloquence est de persuader la vérité et la vertu. Fénélon.
L'éloquence produit la réputation , et la réputation attire la fortune. Fénélon.
Il ne faut pas faire à l'éloquence le tort de penser qu'elle n*est qu'un art frivole , dont un déclamateur se sert pour imposer à la faible imagination de la multitude et pour trafiquer de la parole : c'est un art très-sérieux qui est destiné à instruire , à réprimer les passions, à corriger les moeurs, à soutenir les lois, à diriger les délibérations publiques, à rendre les hommes bons et heureux. Fénélon.
L'éloquence est un art de dire les choses de telle façon, i° que ceux à qui l'on parle puissent les entendre sans peine et avec plaisir -, 20 qu'il s'y sentent intéressés , en sorte que l'amour - propre les porte plus volontiers à y faire réflexion. Elle consiste donc dans une correspondance qu'on tâche d'établir entre l'esprit et le cœur de ceux à qui l'on parle d'un côté, et de l'autre les pensées et les expressions dont on se sert; ce qui suppose qu'on aura bien étudié le cœur de l'homme pour en savoir tous les ressorts, et pour trouver ensuite les justes proportions du
discours qu'on veut y assortir. Il faut se mettre à la place de ceux qui doivent nous entendre, et faire essai sur son propre cœur du tour qu'on donne à son discours, pour voir si l'un est fait pour l'autre, et si l'on peut s'assurer que l'auditeur sera comme forcé de se rendre. Il faut se renfermer le plus qu'il est possible dans le simple naturel ; ne pas faire grand ce qui est petit, ni petit ce qui est grand. Ce n'est pas assez qu'une chose soit belle 5 il faut qu'elle soit propre au sujet, qu'il n'y ait rien de trop, ni rien de manque.
L'éloquence est une peinture de la pensée-, et ainsi ceux qui, après avoir peint, ajoutent encore, font un tableau au lieu d'un portrait, Pascal.
L'éloquence est le médecin des esprits : c'est la lyre d'Amphion qui entraîne après lui les forêts et les rochers-, c'est le caducée de Mercure, qui lui donne l'empire sur le ciel , la terre et les enfers , par la force de la persuasion. Celui qui a le don de 4'éloquence est un conquérant qui commande sans armes , et n'a pas besoin de gardes. Thomas.
L'éloquence agit plus sur le cœur que sur l'esprit \ elle gouverne les volontés , enflamme les désirs , maîtrise l'homme et le conduit à son gré -, elle éclaire moins qu'elle ne domine -, elle instruit moins qu'elle ne commande. Le Batteux.
DE MAXIMES. i25
L'éloquence est au sublime ce que le tout est à la partie. La Bruyère.
Il faut qu'il y ait dans l'éloquence de l'agréable et du réel -, mais il faut que cet agréable soit réel.
Pascal.
La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut, et à ne dire que ce qu'il faut.
La Rochefoucauld.
Deux études sont importantes, l'éloquence et la vérité-, la vérité, pour donner un fondement solide à l'éloquence, et bien disposer notre vie; l'éloquence , pour diriger la conduite des autres hommes et défendre la vérité. Vauvenargues.
En la vraie éloquence, je veux que les choses surmontent , et qu'elles remplissent de façon l'imagination de celui qui écoute, qu'il n'ait aucune souvenance des mots. Un rhéteur du temps passé disait que son métier était, des choses petites les faire paraître et trouver grandes. Montaigne.
La nature rend les hommes éloquens dans les grands intérêts et les grandes passions. Quiconque est vivement ému voit les choses d'un autre œil que les autres hommes. Tout est pour lui objet de comparaison rapide et de métaphore, sans qu'il y prenne garde : il anime tout, et fait passer dans ceux qui l'écoutent une partie de son enthousiasme.
Voltaire.
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Celui qui séduit un juge par les prestiges de son éloquence , me paraît plus coupable que celui qui le corrompt à prix d'argent. Cicéron.
C'est en vain que l'orateur se flatte d'avoir le talent de persuader les hommes , s'il n'a acquis celui de les connaître. D'A gués seau.
L'étude de la morale et celle de l'éloquence sont nées en même temps, et leur union est aussi ancienne dans le monde que celle de la pensée et de la parole.
On ne séparait point autrefois deux sciences qui , par leur nature, sont inséparables : le philosophe et l'orateur possédaient en commun l'empire de la sagesse-, ils entretenaient un heureux commerce, une parfaite intelligence entre l'art de bien penser et celui de bien parler -, et l'on n'avait pas encore imaginé cette distinction injurieuse aux orateurs, ce divorce funeste à l'éloquence, de l'esprit et de la raison, des expressions et des sentimens, de l'orateur et du philosophe.
S'il y avait quelque différence entre eux, elle était tout à l'avantage de l'éloquence : le philosophe se contentait de convaincre, l'orateur s'appliquait à persuader.
L'un supposait ses auditeurs attentifs, dociles, favorables; l'autre savait leur inspirer l'attention, la docilité, la bienveillance.
L'autorité des mœurs, la sévérité du discours, l'exacte rigueur du raisonnement , faisaient admirer le philosophe : la douceur d'esprit ou naturelle ou étudiée, les charmes de la parole, le talent de l'imagination, faisaient aimer l'orateur.
L'esprit était pour l'un , et le cœur était pour l'autre. Mais le cœur se révoltait souvent contre les vérités dont l'esprit était convaincu-, l'esprit, au contraire, ne refusait jamais de se soumettre aux sentimens du cœur; et le philosophe, roi légitime, se faisait souvent craindre comme un tyran; au lieu que l'orateur exerçait une tyrannie si douce et si agréable, qu'on la prenait pour la domination légitime.
Ce fut dans le premier âge de l'éloquence, que la Grèce vit autrefois le plus grand de ses orateurs jeter les fondemens de l'empire de la parole sur la connaissance de l'homme et sur les principes de la morale. D'A gués s eau.
Les anciens n'ont connu que l'éloquence judiciaire et politique : l'éloquence morale, c'est-à-dire, l'éloquence de tout temps, de tout gouvernement, de tout pays, n'a paru sur la terre qu'avec la loi évangélique. Cicéron défend un client. Démosthène combat un adversaire, ou tâche de rallumeri'amour de la patrie chez un peuple dégénéré : l'un et l'autre ne savent que rallumer les passions , et fondent toutes leurs espérances de succès sur le trouble
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qu'ils jettent dans les cœurs. L'éloquence de la chaire a cherché les siens dans une région plus élevée. C'est en combattant les mouvemens de l'âme qu'elle prétend séduire -, c'est en apaisant toutes les passions , qu'elle s'en veut faire écouter. Dieu et la charité, voilà son texte, toujours le même, toujours inépuisable. Il ne lui faut ni les cabales d'un parti, ni des émotions populaires , ni de grandes circonstances pour briller. Dans la paix la plus profonde , sur le cercueil du citoyen le plus obscur, elle trouvera ses mouvemens les plus sublimes; elle saura intéresser pour une vertu ignorée 5 elle fera couler des larmes pour un homme dont on n'a jamais entendu parler. Incapable de crainte et d'injustice, elle donne des leçons aux rois , mais sans les insulter-, elle console le pauvre, mais sans flatter ses vices. La politique et toutes les choses de la terre ne lui sont point inconnues ; mais ces choses qui faisaient les premiers motifs de l'éloquence antique, ne sont pour elle que des raisons secondaires ; elle les voit des hauteurs où elle domine, comme un aigle aperçoit, du sommet de la montagne, les objets abaissés de la plaine. M. de Chateaubriand.
Il y a deux sortes de beautés dans l'éloquence ; l'une consiste dans les pensées belles et solides, mais extraordinaires et surprenantes : Lucain, Sénèque et Tacite, sont remplis de ces sortes de beautés.
L'autre, au contraire, ne consiste nullement dans les pensées rares*, mais dans un certain air naturel, dans une simplicité facile, élégante et délicate, qui ne bande point l'esprit, qui ne lui présente que des images communes , mais vives et agréables -, et qui sait si bien le suivre dans ses mouvemens, qu'elle ne manque jamais de lui proposer sur chaque sujet les parties dont il peut être touché, et d'exprimer toutes les passions et les mouvemens que les choses qu'elle représente y doivent pro- • duire : cette beauté est celle de Térence et de Virgile , et l'on voit par là qu'elle est encore plus difficile que l'autre , puisqu'il n'y a point d'auteurs dont on ait moins approché que de ces deux-là.
Nicole,
L'éloquence est le talent de faire passer avec rapidité, et d'imprimer avec force dans l'âme le sentiment profond dont on est pénétré. Ce talent sublime a son germe dans une sensibilité rare pour le grand et pour le vrai.
Rien n'est plus favorable à l'éloquence que les vérités de la religion : elles nous offrent le néant et la dignité de l'homme -, mais plus un sujet est grand, plus on exige de ceux qui le traitent; et les lois de l'éloquence de la chaire compensent par leur rigueur l'avantage de l'objet. La difficulté d'annoncer d'une manière frappante, et cependant naturelle, des vérités que leur importance a rendues communes *, la forme sèche et didactique ,
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si ennemie des grands mouvemens et des grandes idées ; l'air d'apprêt qui décèle un orateur plus occupé de lui-même que du Dieu qu'il représente; enfin le goût des ornemens frivoles qui outragent la majesté du sujet-, toutes ces choses sont autant d'écueils en ce genre. D'Alembert.
Pour acquérir la perfection de l'éloquence, il faut avoir un fonds de bon sens et de bon esprit, l'imagination vive, la mémoire fidèle, la prestance agréable , le son de la voix net , la prononciation correcte, le geste noble, une assurance honnête et une grande facilité de parler : les quatre dernières qualités se peuvent acquérir par les préceptes de Fart et par un long exercice ; les autres sont des dons de la nature que l'art peut polir , mais qu'il ne saurait donner. Ces talens, qui embrassent beaucoup de choses, n'achèvent pas néanmoins un orateur : l'étude et le commerce du monde peuvent faire tout le reste. Avant que d'entreprendre de parler en public, il faut que la lecture des auteurs qui ont quelque réputation , et particulièrement les originaux en chaque science , ait enrichi notre esprit : il faut que la conversation des savans et le conseil d'un censeur honnête, habile, et de nos amis, nous enseignent l'usage, et nous apprennent à le régler sur le goût de notre siècle. Il est bon aussi que l'entretien des personnes qui forment la bonne compagnie, et la lecture des meilleurs ou-
DE MAXIMES. i3i
vrages du temps, aient poli nos mœurs et notre langage. Lorsqu'un homme possède ces avantages , il peut hasarder d'entrer dans la carrière des orateurs , et mettre leurs préceptes à exécution.
Lorsque le choix du sujet dépend de l'orateur, il le doit prendre susceptible de force et d'ornement ; il doit mettre de l'ordre dans son dessein , et de la liaison dans ses pensées; et, s'il est possible, il ne faut pas que son discours dure plus d'une heure. Sa diction doit être pure, et propre à son sujet ; riche et ornée sans fard ; forte et serrée sans sécheresse; convenable à celui qui parle, au lieu, au temps et aux auditeurs. On ne saurait trop éviter les mots qui ne sont plus en usage. Ayons plus besoin de nous rendre intelligibles que de paraître doctes : parlons de sorte que le peuple nous entende : fuyons néanmoins les expressions populaires, aussi bien que celles qui sentent le phébus : évitons cette enflure asiatique ennemie du bon sens et de la vérité. Qu'un orateur se souvienne toujours que c'est à la vérité seule qu'il doit immoler les premières productions de la chaleur de l'esprit : qu'il surmonte un sot orgueil qui l'empêche de prendre de bons conseils , et qu'il se défie de l'amour aveugle que tous les hommes ont pour leurs propres ouvrages. Sa narration doit être exacte, claire, serrée; elle doit couler majestueusement comme les grands fleuves. La grandeur des choses qu'elle traite, et non pas la grandeur des mots dont elle
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se sert , doit l'aire son élévation. Il lui est permis de s'écarter quelquefois de son sujet pourvu qu'il ne s'égare pas, et qu'il y revienne avec plus de force et d'agrément. Ses comparaisons doivent être justes et courtes j ses métaphores suivies et naturelles -, ses citations choisies et peu fréquentes , et moins encore dans une langue étrangère que dans sa langue. 11 doit éviter les équivoques, les pointes, les jeux de mots, comme des ornemens indignes de la véritable éloquence : il faut que les passions soient amenées , et que les mouvemens soient ménagés avec discrétion, et mêlés d'une grande variété : il faut enfin que les figures en soient disposées avec délicatesse, et que l'art en soit caché avec adresse. Saint -Èvremont.
L'éloquence est née au sein de la liberté du besoin de la gloire. M. Lacretelle aîné.
L'éloquence n'est jamais plus imposante, que lorsqu'elle mêle les belles émotions de l'âme aux grandes pensées de l'ordre public.
M. Lacretelle aîné.
Il y a un art de manier la persuasion qui varie selon les caractères qu'il s'agit de gagner. On déploie les foudres de l'éloquence contre le peuple qu'il faut terrasser; on se munit de ses artifices contre des esprits insidieux. C'est l'éloquence de la politique et des affaires qui manque souvent aux
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plus habiles orateurs; ils possèdent tous les tours, mais ils n'ont pas le manège qui est le talent de les appliquer. An lieu de saisir le faible de leurs parties, ils s'attachent aux ressorts de leur art, puissans par eux-mêmes, mais trop usés pour réussir toujours. L'éloquence est bonne en public, et la raison suffit en particulier. Le succès de l'éloquence dépend des dispositions de l'auditeur qu'il faut toujours consulter. Des expressions synonymes dans leur sens naturel ne le sont pas dans leur effet : c'est ainsi que deux traits également aiguisés ne pénètrent pas aussi avant l'un que l'autre, quoiqu'ils soient lancés avec la même force, et d'une pareille distance. Bacon.
€nfant. - €n{ance.
Les enfans sont hautains , dédaigneux , colères , envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérans, menteurs, dissimulés; ils rient et pleurent facilement ; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très-petits sujets ; ils ne veulent point souffrir de mal , et aiment à en faire : ils sont déjà des hommes.
La Bruyère.
Les enfans n'ont ni passé ni avenir; et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent.
La Bruyère.
i34 DICTIONNAIRE
Le caractère de l'enfance paraît unique; les mœurs de cet âge sont assez les mêmes, et ce n'est qu'avec une curieuse attention qu'on en pénètre la différence : elle augmente avec la raison , parce qu'avec celle-ci croissent les passions et les vices, qui seuls rendent les hommes si dissemblables entre eux, et si contraires à eux-mêmes. La Bruyère.
11 n'y a nuls vices extérieurs et nuls défauts qui ne soient aperçus par les enfans ; ils les saisissent d'une première vue , et ils savent les exprimer par des mots convenables; on ne nomme point plus heureusement : devenus hommes, ils sont chargés à leur tour de toutes les imperfections dont ils se sont moqués. La Bruyère.
La paresse , l'indolence et l'oisiveté , vices si naturels aux enfans , disparaissent dans leurs jeux , où ils sont vifs , appliqués , exacts , amoureux des règles et de la symétrie, où ils ne se pardonnent nulle faute les uns aux autres, et recommencent euxmêmes plusieurs fois une seule chose qu'ils ont manquée : présages certains qu'ils pourront un jour négliger leurs devoirs , mais qu'ils n'oublieront rien pour leurs plaisirs. La Bruyère.
Les enfans commencent entre eux par l'état populaire, chacun y est le maître; et, ce qui est bien naturel, ils ne s'en accommodent pas long -temps,
DE MAXIMES. i33
et passent au monarchique. Quelqu'un se distinguet-il, ou par une plus grande vivacité, ou par une meilleure disposition du corps, ou par une connaissance plus exacte des jeux différens et des petites lois qui les composent; les autres lui défèrent, et il se forme alors un gouvernement absolu qui ne roule que sur le plaisir. La Bruyère.
C'est perdre toute confiance dans l'esprit des enfans, et leur devenir inutile, que de les punir des fautes qu'ils n'ont point faites, ou même sévèrement de celles qui sont légères. Ils savent précisément et mieux que personne ce qu'ils méritent, et ils ne méritent guère que ce qu'ils craignent : ils connaissent si c'est à tort ou avec raison qu'on les châtie, et ne se gâtent pas moins par des peines mal ordonnées que par l'impunité. La Bruyère.
Notre tendresse pour nos enfans est indépendante de la réflexion; nous les aimons parce qu'ils sont nos enfans : leur existence fait partie de la nôtre, ou c'est plus que la nôtre. Le bonheur qu'on leur doit résulte de tout ce qui leur est utile , de tout ce qui les intéresse; il naît de leur santé , de leur gaîté, de leurs amusemens ; on leur sait gré de leurs plaisirs. M. Droz.
J'ai vu des pères qui, à force d'aimer leurs enfans , ne les aimaient pas. Que veux-tu dire ? me deman-
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dera-t-on. Je vais me faire entendre. Ils veulent que leurs enfans soient tout de suite des merveilles en tout-, ils les accablent de travaux excessifs. Les petits malheureux , excédés de fatigue , rejettent cet excès d'instruction et n'en profitent pas. Distribuée avec modération , l'eau nourrit les plantes ; prodiguée avec excès , elle les étouffe. Il en est de même de l'esprit : un travail mesuré contribue à son accroissement-, il est abattu par l'excès du travail. Donnez du relâche aux enfans , et songez que notre vie entière est une succession de travail et de repos. Plutarque.
Qu'on fasse horreur aux enfans de prononcer des paroles indécentes. « Le discours, disait Démocrite , est l'ombre des actions. » Plutarque.
Je crois que les pères ne doivent pas être trop durs et trop revêches. Il est bon qu'ils aient souvent de l'indulgence pour les fautes de leurs enfans. Ils ne doivent pas oublier qu'ils ont été jeunes euxmêmes. Plutarque.
On instruit les enfans à craindre et à obéir : l'avarice, ou l'orgueil, ou la timidité des pères, leur enseignent l'économie et la soumission. On les excite encore à être copistes -, à quoi ils ne sont déjà que trop^ enclins : nul ne songe à les rendre originaux , entreprenans, indépendans. V auvenargues \
DE MAXIMES. i37
Les ennemis ont leur utilité , ils vous montrent vos fautes , ils vous disent des vérités $ ce sont des maîtres qu'on ne paie pas. Plutarque.
Les bons ménagers font profit de tout, de leurs ennemis comme de leurs amis. Xénophon.
Votre plus grand ennemi n'est pas toujours celui à qui vous avez fait le plus de mal ; il peut être généreux : mais si vous avez été offensé par un lâche , soyez sûr qu'il voudra éternellement votre perte ; car il craint votre ressentiment , et la crainte ne pardonne pas. M. de Lévis.
Nos véritables ennemis sont avec nous. Déracinons de nos cœurs l'ambition, l'avarice et la jalousie ; nous rétablirons l'ordre et l'harmonie qui doivent régner dans la société , et tous les hommes seront amis. Fénélon.
Nos ennemis approchent plus de la vérité dans les jugemens qu'ils portent de nous, que nous n'en approchons nous-mêmes. La Rochefoucauld.
Il n'y a personne qui ait plus d'ennemis dans le
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monde qu'un homme droit , fier et sensible , disposé à laisser les personnes et les choses pour ce qu'elles sont , plutôt qu'à les prendre pour ce qu'elles ne sont pas. Chamfort.
Vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient être un jour nos amis , et vivre avec nos amis comme s'ils pouvaient devenir nos ennemis , n'est ni selon la nature de la haine, ni selon les règles de l'amitié 5 ce n'est point une maxime morale, mais politique.
La Bruyère.
Ctttuti
L'ennui est entré dans le monde par la paresse ; elle a beaucoup de part dans la recherche que font les hommes des plaisirs , du jeu, de la société. Celui qui aime le travail a assez de soi-même.
La Bruyère.
L'ennui est une espèce de déplaisir qu'on ne saurait définir : ce n'est ni chagrin, ni tristesse-, c'est une privation de tout plaisir , causé par je ne sais quoi dans nos organes ou dans les objets du dehors , qui, au lieu d'occuper notre âme, produit un malaise ou dégoût, auquel on ne peut s'accoutumer. L'ennui est l'ennemi le plus dangereux de notre être et le tombeau de nos passions : la douleur a quelque chose de moins accablant , parce que , dans
DE MAXIMES. i3«>
les intervalles, elle ramène le bonheur et l'espérance d'un meilleur état : en un mot , l'ennui est un mal si singulier , si cruel , que l'homme entreprend souvent les travaux les plus pénibles , afin de s'épargner la peine d'en être tourmenté.
Le chevalier de Jaucourt.
C'est un grand tort à un écrivain d'être ennuyeux. On ennuie dans un ouvrage d'esprit , de morale ou de raisonnement, toutes les fois qu'on ne réveille pas l'esprit par des idées neuves. Dans les histoires et les romans , les faits tiennent lieu de pensées et d'esprit. Helvétius.
La vraie philosophie nous met au-dessus des grandeurs-, mais rien ne nous met au-dessus de l'ennui qu'elles causent. ***
C'est un des grands secrets de la vie que de savoir adoucir nos ennuis \ et si nous ne pouf ons nous défaire de nos douleurs, d'en affaiblir au moins les atteintes. Saint-Évremont,
L'ennui est une maladie dont le travail est le remède -, le plaisir n'est qu'un palliatif.
M. de Lévis.
L'honnête homme ennuyeux l'est bien plus qu'un
autre -, car non-seulement il faut qu'on le supporte,
mais encore qu'on prenne sur soi de l'écouter avec
des égards , et même avec l'air de la bienveillance.
Anonjme.
i4o DICTIONNAIRE
L'ennui est une maladie inconnue à nos petites villes , parce que chacun y est pressé et entassé dans sa condition, et n'a pas moyen d'être mieux. Souvent on s'ennuie parce que l'on ne sait ce que l'on a à faire. Nicole.
On ne s'ennuie jamais de son état quand on n'en connaît pas de plus agréable. De tous les hommes du monde , les sauvages sont les moins curieux , tout leur est indifférent : ils ne jouissent pas des choses, mais d'eux ; ils passent leur vie à ne rien faire , et ne s'ennuient jamais. J.-J. Rousseau.
On s'ennuie presque toujours avec les gens avec qui il n'est pas permis de s'ennuyer.
La Rochefoucauld.
On se plaint de l'ennui, et tout le monde envie le sort des hommes les plus sujets à cette espèce de malheur. L'ennui est la maladie des gens heureux , des hommes riches , puissans , inoccupés ; or il estévident qu'on ne cherche , toute sa vie , que le moyen de parvenir à un tel état , et que le repos est toujours l'espoir et le but du travail.
Oe de Ségur.
Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient-, mais nous ne pouvons pardonner à ceux que nous ennuyons. La Rochefoucauld.
Si l'on examine bien les effets de l'ennui , on trou-
vera qu'il fait manquer à plus de devoirs que l'intérêt. La Rochefoucauld.
L'ennui est le mal contre lequel on cherche le plus de médecins et de remèdes -, mais on ne peut que pallier les effets de son poison par le secours d'autrui : pour en guérir, il faut porter en soi l'antidote. Cu de Ségur.
Ctttri*.
L'homme de bien voit l'envie , s'attend à l'ingratitude, et suit sa conscience et son cœur.
Malesherbes.
On fait souvent vanité des passions, même les plus criminelles-, mais l'envie est une passion timide et honteuse que l'on n'ose jamais avouer.
La Rochefoucauld.
L'envie qui parle et qui crie , est toujours maladroite ; c'est l'envie qui se tait qu'on doit craindre.
Rivarol.
Ceux qui font bien mériteraient seuls d'être enviés, s'il n'y avait encore un meilleur parti à prendre, qui est de faire mieux -, c'est une douce vengeance contre ceux qui nous donnent cette jalousie.
La Bruyère.
I/envie est plus irréconciliable que la haine.
ifa DICTIONNAIRE
Le bonheur dont nous jouissons dans autrui , est peut - être le seul qui n'excite point l'envie.
La Harpe.
Sur toutes les scènes du monde, les spectateurs
envient les acteurs , et les acteurs les spectateurs.
L'envieux est malheureux de son malheur, et du bonheur d'autrui. Fontenelle.
Notre envie dure toujours plus long - temps que le bonheur de ceux que nous envions.
La Rochefoucauld.
La vanité peut se rencontrer avec un bon naturel , mais l'envie suppose toujours de la méchanceté dans le cœur. Youug.
L'envie ne saurait se cacher. Elle accuse et juge sans preuve ; elle grossit les défauts \ elle a des qualifications énormes pour les moindres fautes -, son langage est rempli de fiel, d'exagération et d'injure; elle s'acharne avec opiniâtreté et avec fureur contre le mérite éclatant. En un mot elle est aveugle, emportée , insensée et brutale. V auvenargues .
L'envie punit toujours le cœur qui la conçoit,
elle l'afflige d'une inquiétude continuelle , sans espérance de soulagement. Saint-Evremont.
L'envie décèle la médiocrité -, les grands caractères ne connaissent que les rivalités. M. de Lévis.
L'envie, toujours maligne et haineuse, n'est jamais bonne à rien; ou plutôt il n'est aucun bien à quoi elle ne mette obstacle : mais surtout elle est une bien fâcheuse compagne, une bien mauvaise conseillère pour celui qui l'écoute, file lui rend tristes, désagréables, odieuses, les choses les plus utiles qu'il entend; car c'est toujours ce qu'il y a de mieux, dit qui plaît le moins à l'envieux. Celui qui porte envie à la richesse, à la réputation, à la beauté, n'est envieux que des avantages d'autrui : mais porter envie à des choses bien dites, c'est s'envier à soimême son propre bien et s'en affliger; caria lumière appartient à ceux qui la voient; et les bons discours à ceux qui les écoutent , s'ils veulent les recevoir. Plutarque.
Les envieux sont les plus malheureux des hommes ; on ne sent ordinairement que les maux qu'on éprouve soi-même; mais l'envieux s'afflige également de ses propres malheurs , et du bien qui arrive aux autres. Théophraste.
Évite de rien faire qui puisse t'attirer l'envie.
Pjthagore.
L'envie est le ver rongeur du mérite et de la gloire : on l'étouffé en cherchant moins la réputation de la vertu que la vertu même, en cédant au hasard ou à la Providence le succès de nos actions. Le moyen encore d'imposer silence à la
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jalousie, c'est de ne rechercher que des dignités onéreuses. Il se mêle alors un peu de compassion à la malignité du public. Aussi les bons politiques ne parlent-ils que des peines attachées à leur ministère ; ces njiaintes affectées apaisent les cris de l'envie. Bacon.
L'envie est une peine de l'âme, causée par la considération d'un bien que nous désirons, lequel est possédé par une autre personne qui , à notre avis , n'aurait pas dû l'avoir préférablement à nous.
Locke.
L'envie est la rouille des vertus ; elle les ternit et les ronge. Bon Massias.
L'envie, qui a des yeux louches pour voir Je bien , a des poumons d'airain pour publier le mal.
M. Lemontey.
Crmtr.
Une erreur source de toutes les erreurs , et qui semble commune à tous les hommes , c'est de juger le mot au lieu de la chose : ce qu'ils ont condamné sous une dénomination, ils l'approuvent sous une autre. Malesherbes.
Il semble que l'esprit humain ne peut contenir
DE MAXIMES. i45
qu'un certain nombre de vérités , mais qu'il a toujours une place pour l'erreur. Malesherbes.
Personne ne veut être plaint de ses erreurs.
Wauvenargues .
Il n'y a peut-être point de vérité qui ne soit à quelque esprit faux matière d'erreur.
Vauvenargues.
L'erreur est la nuit de l'esprit, et le piège de
l'innocence. Vauvenargues.
Les demi-philosophes ne louent l'erreur que pour faire les honneurs de la vérité. Vauvenargues.
Quelque temps après qu'une erreur a disparu, les hommes ne conçoivent pas comment on l'a pu croire. On se moque aujourd'hui des Egyptiens qui adoraient leur dieu sous la figure d'un oignon ; on rit de la sottise de ces moines qui se disputaient entre eux sur la propriété et l'usufruit de la soupe qu'ils mangeaient : nous apprêtons à rire à nos neveux sur bien d'autres absurdités pour le moins aussi ridicules ! Cependant il vient à la tête de peu de gens sensés de se demander : « Que croyons-nous « de plus raisonnable que les Egyptiens, ou les na- « tions les plus barbares ? » Helvétius.
Il est de l'homme de se tromper , et d'un fou de persévérer dans son erreur. Cicéron.
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Les hommes sentent mieux le besoin de guérir leurs maladies que leurs erreurs. Cte de Ségur.
€&yét(mce.
L'homme ne se rebute point de l'espérance : toujours crédule et toujours trompé, il ne sort d'une erreur que pour retomber dans une autre ; l'expérience ne le corrige point : il veut voir l'instant qu'il n'a point vu. Young.
L'espérance anime le sage , et leurre le présomptueux et l'indolent qui se reposent témérairement sur ses promesses. Vauvenargues.
L'espérance est le seul bien qui reste aux malheureux. Ménandre.
L'espérance est le seul bien qui soit commun à tous les hommes : ceux qui n'ont plus rien la possèdent encore. Thaïes,
L'espérance est une excellente compagne. Si elle ne nous conduit pas toujours où elle nous a promis, néanmoins ells #e nous abandonne point, et elle ne cesse de nous prodiguer des paroles consolantes. Saadi.
L'espérance est le pain des malheureux.
D'jamy.
DE MAXIMES. i47
Ou vante les temps passés , parce que l'imagination se nourrit de regrets comme d'espérance. ***
L'espérance, toute trompeuse qu'elle est, sert au moins à nous mener à la fin de la vie par un chemin agréable. La Rochefoucauld.
Les espérances les plus ridicules et les plus hardies ont été quelquefois la cause de succès extraordinaires. Vauvenargues.
L'espérance est le plus utile ou le plus pernicieux des biens. Vauvenargues.
Celui qui vit d'espérance , court risque de mourir de faim : il n'y a point de profit sans peine.
B. Franklin.
L'espérance fait plus de dupes que l'habileté.
Vauvenargues .
L'espérance est une divinité qui n'a ni temples
ni autels que dans nos cœurs. Fénélon.
L'espérance est un emprunt fait au bonheur.
RivaroL
L'espérance est le songe d'un homme éveillé-, c'est le pavot qui endort nos peines : c'est une jeune étourdie qui n'a que de l'imagination sans jugement, et qui croit tout ce qu'on lui dit, pourvu qu'il lui plaise. J.-J. Rousseau.
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L'espérance est la plus utile de toutes les affections de l'âme , parce qu'elle entretient la santé par le repos de l'imagination. Un homme qui a des espérances pour de longues années , fournit ordinairement une grande carrière : s'il n'avait sans cesse devant les yeux un projet à remplir , son terme serait proche, et sa vie s'éteindrait avec ses désirs. L'espérance est une espèce de joie qui, semblable à l'or en feuilles, se développe et s'étend sur tous les momens de la vie. Bacon.
L'espérance est ce contentement de l'âme que chacun trouve en soi-même, lorsqu'il pense à la jouissance qu'il doit probablement avoir d'une chose qui est propre à lui donner du plaisir.
Locke.
L'homme qui se laisse conduire par l'espérance voyage avec la pauvreté. D'jamy.
L'espérance est la rêverie d'un homme qui veille.
A ris tôt e.
On peut tout enlever aux hommes , pourvu qu'on
leur laisse l'espérance. Cle de Ségur.
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Il est bon , plus souvent qu'on ne pense , de savoir ne pas avoir d'esprit, Malesherbes.
La beauté ne fait pas toujours naître l'amour, et peut n'exciter qu'une admiration froide-, l'esprit, joint à une figure piquante, est toujours sûr de son effet. Duclos.
L'esprit s'use comme toutes choses : les sciences sont son aliment ; elles le nourrissent et le consument. La Bruyère.
L'esprit s'aiguise à la ville , il s'attendrit aux champs. Malesherbes.
On peut déplaire avec beaucoup d'esprit , lorsqu'on ne s'applique qu'à le faire briller aux dépens des autres. ***
Les gens d'esprit n'en ont jamais moins que lorsqu'ils veulent en avoir. Duclos.
L'esprit devient subtil quand l'âme est petite.
Malesherbes.
Les gens d'esprit seraient presque seuls , sans les
sots qui s'en piquent. Vauvenargues.
L'esprit ne saurait jouer long-temps le personnage du cœur. La Rochefoucauld.
Les défauts de l'esprit augmentent en vieillissant comme ceux du visage. La Rochefoucauld.
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Ce n'est point un grand avantage d'avoir l'esprit vif, si on ne l'a juste. La perfection d'une pendule n'est pas d'aller vite , mais d'être réglée.
Vauvenargues .
On ne plaît pas long-temps quand on n'a qu'une sorte d'esprit. La Rochefoucauld.
L'esprit sert quelquefois à faire hardiment des sottises. La Rochefoucauld.
On est quelquefois un sot avec de l'esprit, mais on ne l'est jamais avec du jugement.
La Rochefoucauld.
L'esprit est à la raison ce qu'est le fard à la beauté-, il frappe au premier coup d'œil , déplaît au second , et flétrit à la longue. Weiss.
Lorsqu'on ne veut rien perdre ni cacher de son esprit, on en diminue quelquefois la réputation.
Vauvenargues.
L'esprit est une finesse de raison qui s'évapore , et qui est d'autant plus faible et plus sujette à s'évanouir , qu'elle est plus délicate et plus épurée.
Fléchier.
L'esprit consiste bien moins à en montrer beaucoup qu'à en faire trouver aux autres : qui sort de votre entretien content de soi, l'est de vous parfaitement. Les hommes n'aiment point à admirer; ils veulent l'être : ils cherchent moins à être
DE MAXIMES. i5i
instruits et même réjouis, qu'à e*tre goûtés et applaudis. La Bruyère.
Le meilleur usage qu'on puisse faire de son esprit est de s'en défier. Fénélon.
L'esprit ne consiste que dans le bon sens.
Fénéloji.
Peu d'esprit avec la droiture ennuie moins à la
longue, que beaucoup d'esprit avec des travers.
Les hommes d'une imagination forte parlent avec
une autorité despotique ; les ignorans et les faibles
écoutent avec une admiration servile ; les bons
esprits examinent. Voltaire.
Le bon esprit consiste à faire valoir celui des autres. La Bruyère.
Il est encore plus facile de juger de l'esprit d'un homme par ses questions que par ses réponses.
M. de Lévis.
L'esprit est un talent précieux , lorsqu'il sert d'organe à la raison : mais s'il usurpe sa place , c'est une vraie maladie de l'âme. Young.
L'esprit est la connaissance des causes , des rapports et des effets. L'esprit de profondeur remonte aux causes ; celui d'étendue embrasse les rapports 5 celui de finesse consiste à juger promptement des
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effets. L'esprit est l'aptitude à penser, et la pensée elle-même. Duclos.
L'esprit consiste à distinguer en quoi les objets qui diffèrent se ressemblent , et le jugement en quoi les objets qui se ressemblent diffèrent.
Locke.
Il n'y a qu'un imprudent qui risque d'avoir de l'esprit devant les gens qu'il ne connaît pas.
Helvétius.
Les hommes laids , en général , ont plus d'esprit 5 parce qu'ils ont eu moins d'occasions de plaisirs , et plus de temps pour étudier. Helvétius.
Les gens du monde aiment les gens qui orît plusieurs sortes d'esprit, parce qu'ils croient avoir plus d'analogie avec eux. Helvétius.
L'esprit a ses besoins, qui sont peut-être plus étendus que ceux du corps. Il veut savoir, et tout ce qui peut être connu lui est nécessaire.
Fontenelle.
A mesure qu'on a plus d'esprit , on trouve qu'il y a plus d'hommes originaux. Les gens du commun ne trouvent pas de différence entre les hommes.
Pascal.
Comme notre esprit se fortifie par la communia cation des esprits vigoureux et réglés , il ne se peut dire combien il perd et s'abâtardit, par le con-
DE MAXIMES. i53
tinuel commerce en fréquentations que nous avons avec les esprits bas et maladifs. 11 n'est contagion qui s'épande comme celle-là. Montaigne.
Quand on court après l'esprit, on attrape souvent la sottise. Montesquieu.
Les gens qui ont beaucoup d'esprit tombent souvent dans le dédain de tout. Montesquieu.
On peut avoir l'esprit très -juste, très -raisonnable, très -agréable, et très -faible en même temps.
Nicole.
L'extrême délicatesse de l'esprit est une espèce de faiblesse 5 on sent vivement les choses , et l'on succombe à ce sentiment si vif. Nicole.
Il y a des esprits qui n'ont que de la surface sans fond ; il y en a qui ont du fond sans surface ; il y en a enfin chez lesquels ces deux avantages sont réunis. Les premiers trompent le monde et se trompent souvent eux-mêmes. Le monde se trompe dans les seconds, mais ils ne se trompent pas eux-mêmes : il n'y a que les derniers qui ne trompent ni les autres, ni eux-mêmes. Nicole.
Un homme qui n'a de l'esprit que dans une certaine médiocrité, est sérieux et tout d'une pièce : il ne rit point, il ne badine jamais, il ne tire aucun
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fruit de la bagatelle ; aussi incapable de s'élever aux grandes choses que de s'accommoder même par relâchement des plus petites , il sait à peine jouer avec ses enfans. La Bruyère.
0*ttme.
Il faut qu'un honnête homme ait l'estime publique, sans y avoir pensé , et pour ainsi dire , malgré lui. Celui qui l'a cherchée donne sa mesure.
Chamfort.
Il n'y a point d'homme qui se croie , en chacune de ses qualités , au-dessous de l'homme qu'il estime le plus. La Rochefoucauld.
J'ai vu, dans le monde, qu'on sacrifiait sans cesse l'estime des honnêtes gens à la considération , et le repos à la célébrité. Chamfort.
L'estime est un aveu intérieur du mérite de quelque chose -, le respect est le sentiment de la supériorité d'autrui. Vauvenargues.
Non-seulement on s'estime avant tout 5 mais on estime encore toutes les choses que l'on aime, comme la chasse, la musique , les chevaux, etc. ; et ceux qui méprisent leurs propres passions ne le font que par réflexion , et par un effort de raison -, car l'instinct les porte au contraire. Vauvenargues.
DE MAXIMES. i55
On est rarement maître de se faire aimer ; on l'est toujours de se faire estimer. Cette estime est le vrai principe de la considération qui .n'est pas toujours attachée aux dignités. Fontenelle.
On n'est jamais autant estimé par un autre que par soi - même. Sénèque.
Nul ne peut être heureux , s'il ne jouit de sa propre estime. J.-J. Rousseau.
Celui qui ne désire pas l'estime de ses contemporains en est indigne. Le grand Frédéric.
L'estime que les talens font naître, fortifie la haine ou l'amour. De Lingré.
L'estime de soi-même est une des premières conditions du bonheur. Duclos.
L'estime de ses contemporains est un bien plus réel que l'admiration de la postérité.
N. Bonaparte.
Les sots admirent tout dans un auteur estimé.
Voltaire.
L'amour de soi est un sentiment ; l'amour-propre
une opinion; par l'un on s'aime, par l'autre on
s'estime. /../. Rousseau.
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Plus l'homme vain s'estime lui-même , moins il estime ses semblables, qui le lui rendent bien.
Chamfort.
€tutr*.
Un des grands avantages de l'étude est de suppléer à la stérilité de l'esprit qui se rencontre en bien des hommes. Elle lui fait tirer d'ailleurs ce qui lui manque : elle étend ses connaissances et ses lumières par des secours étrangers , porte plus loin ses vues , multiplie ses idées , les rend plus, variées , plus distinctes, plus vives. Elle lui apprend à envisager les vérités par plusieurs faces-, lui découvre la fécondité des principes , et l'aide à en tirer les conséquences les plus éloignées : car enfin , nous naissons dans les ténèbres de l'ignorance, et la mauvaise éducation y ajoute beaucoup de faux préjugés. L'étude dissipe les premiers et corrige les autres : elle donne à nos pensées et à nos raisonnemens de la justesse et de Inexactitude : elle nous accoutume à mettre de Tordre et de l'arrangement dans toutes les matières dont nous avons à parler ou à écrire : l'étude nous présente pour guides et pour modèles les hommes les plus éclairés et les plus sages de l'antiquité , qu'on peut appeler en ce sens, avec Sénèque,les maîtres et les précepteurs du genre humain. En nous prêtant leur discerne-
ment et leurs yeux, elle nous fait marcher avec sûreté à la lumière que portent devant nous ces guides choisis, qui, après avoir passé par l'examen rigoureux de tant de siècles et de tant de peuples, et avoir survécu à la ruine de tant d'empires, ont mérité, par un suffrage unanime, d'être pour tous les âges suivans les arbitres souverains du bon goût, et les modèles achevés de ce que la littérature a de plus parfait. Mais l'utilité de l'étude ne se borne pas à ce qu'on appelle science : elle donne aussi de la capacité pour les affaires et pour les emplois.
De plus , l'étude fait acquérir l'amour du travail : elle en adoucit la peine ; elle sert à arrêter et à fixer la légèreté de l'esprit, à vaincre l'aversion pour une vie sédentaire et appliquée , et pour tout ce qui assujettit-, elle retire de l'oisiveté et de la débauche -, elle remplit utilement les vides de la journée qui pèsent si fort à tant de personnes : elle met en état de juger sainement des ouvrages qui paraissent, de lier société avec des gens d'esprit, de prendre part aux entretiens les plus savans , de fournir de son côté à la conversation , ou sans cela on demeurerait muet -, de la rendre plus utile et plus agréable, en mêlant les faits aux réflexions, et relevant les uns par les autres. Rollin.
L'étude est la nourriture des jeunes «gens et la consolation des vieillards. Elle est un sûr préservatif contre l'ennui, parce que le temps s'écoule
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agréablement avec elle : elle nous empêche d'être à charge à nous-mêmes et inutiles aux autres -, elle nous procure la compagnie des gens de bien, et beaucoup d'amis. Sénèque.
Regarder la jeunesse non comme un âge destiné par la nature au plaisir et au relâchement, mais comme un temps que la vertu consacre au travail et à l'application ; négliger le soin de ses biens , de sa fortune , et faire de tout ce que les hommes chérissent le plus, un digne sacrifice à l'amour de la science et à l'ardeur de s'instruire ; devenir invisible pour un temps, se réduire à une captivité volontaire, et s'ensevelir tout vivant dans une profonde retraite, pour y préparer de loin des armes victorieuses : voilà ce qu'ont fait les Démosthène et les Cicéron. D'Aguesseau.
Apprenez comme si vous ne saviez rien , et craignez surtout d'oublier ce que vous avez appris.
Cojifucius, L'étude la plus utile est celle de soi-même : les peines et les travaux des écoles ne doivent servir à cette dernière étude que comme des degrés.
/.-/. Rousseau.
Étudiez, non pour savoir plus, mais pour savoir
mieux que les autres. Sénèque.
L'étude est. par elle-même, de toutes les occupations, celle qui procure à ceux qui s'y attachent
DE MAXIMES. i59
les plaisirs les plus attrayans, les plus doux et les plus honnêtes de la vie-, plaisirs uniques, propres en tout temps, à tout âge et en tous lieux.
Le chevalier de Jaucourt.
Les lettres n'embarrassent jamais dans la vie : elles forment la jeunesse, servent dans l'âge mûr, et réjouissent dans la vieillesse ; elles consolent dans l'adversité, et elles rehaussent le lustre de la fortune dans la prospérité -, elles nous entretiennent la nuit et le jour 5 elles nous amusent à la campagne, et nous délassent dans les voyages. Cicéron.
L'étude est la plus solide nourriture de l'esprit. C'est la source de ses plus belles lumières ; c'est l'étude qui augmente les talens de la nature , mais c'est la conversation qui les met en œuvre et qui les polit ; c'est le grand livre du monde qui apprend le bon usage des autres livres, et qui peut faire d'un homme savant un homme aimable et utile à la société. Saint-Êvremont.
L'étude réunit tous ces avantages qu'elle distrait des peines , adoucit les souffrances , diminue les besoins, console des pertes, en même temps qu'elle augmente les jouissances de l'amour-propre.
M. de Le'vis.
Ceux qui ont consacré leur vie à l'étude , et qui en ont employé tous les instans à s'enrichir de nouvelles connaissances , ne peuvent être accusés d'avoir
abandonné l'utilité commune. La patrie leur doit au contraire de grands avantages : les lumières qu'ils ont communiquées ont éclairé leurs concitoyens , les ont rendus meilleurs et plus propres à servir l'état.
Cicéron.
Crimpli*
Rien n'est si persuasif que l'exemple d'un prince ; il fait en quelque sorte disparaître le péril quand il le partage. Duclos.
La route des préceptes est longue; celle des exemples est plus courte et plus sûre. Sénèque.
L'exemple est un corrupteur qui met adroitement notre raison dans ses intérêts. Young.
Rien n'est si contagieux que l'exemple , et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n'en produisent de semblables. Nous imitons les bonnes actions par émulation , et les mauvaises par la malignité de notre nature , que la honte retenait prisonnière , et que l'exemple met en liberté. La Rochefoucauld.
Le mauvais exemple des grands est contagieux aux petits. Fontenelle.
de maximes. 161
La leçon des exemples instruit beaucoup plus que celle des préceptes. Saint-Evrcmont.
Les mauvais princes nuisent plus par l'exemple que par leurs fautes mêmes. Cicéron.
(expérience.
L'expérience tient une école où les leçons coûtent cher -, mais c'est la seule où les insensés peuvent s'instruire. B. Franklin.
Combien les meilleurs conseils sont-ils peu utiles , si nos propres expériences nous instruisent si rarement ! Vauvenargues.
La raison a besoin de l'expérience; mais l'expérience est inutile sans la raison. Le roi Stanislas.
L'expérience raisonnée est la seconde et la meilleure éducation. Lamotte.
11 faut que la jeunesse achète son expérience.
L'expérience ne nous éclaire souvent que pour nous donner des regrets : c'est un trésor que nous amassons, sans en jouir. M. Lacretelle aîné .
i6a DICTIONNAIRE
La misanthropie et l'égoïsme sont ordinairement les tristes fruits de l'expérience ; mais lorsqu'on les a recueillis , on doit être assez sage pour se retirer dans la solitude. On n'est plus fait dès-lors pour la soeiété. Anonyme*
DE MAXIMJCS. ,(,;
La faiblesse est le seul dëfaut que l'on ne saurait corriger. La Rochefoucauld.
/ Les personnes faibles ne peuvent être sincères.
La Rochefoucauld.
La faiblesse est plus opposée à la vertu que le
vice. Jja Rochefoucauld.
Ce qui m'étonne le plus , est de voir que tout le monde n'est pas étonné de sa faiblesse. On agit sérieusement, et chacun suit sa condition, non pas parce qu'il est bon en effet de la suivre , mais comme si chacun savait certainement où est la raison et la justice. Pascal.
La raison est presque inutile à la faiblesse.
Vauvenargues.
il y a plus de faiblesse que de raison à être humilié de ce qui n*)us manque , et c'est la source de toute bassesse. Vauvenargues.
Nul homme n'est faible par choix.
Vauvenargues.
Il y a des faiblesses , si on l'ose dire , inséparables
de notre nature. Vauvenargues.
La plus grande de toutes les faiblesses est de craindre de paraître faible. Bossuet.
Il faut avoir bien de la vanité pour ne pas connaître sa faiblesse. Saint-Evremont.
La faiblesse a bien des étages. Il y a très-loin, chez les gens faibles , de la velléité à la volonté ; de la volonté à la résolution ; de la résolution au choix des moyens; du choix des moyens à l'application.
Cardal de Retz.
Les effets de la faiblesse sont inconcevables, et je maintiens qu'ils sont plus prodigieux encore que ceux des passions. Il n'en est pas qui assemble plus souvent les contradictoires. Cardal de Retz.
Rien n'est si commun que d'ériger sa faiblesse en système , et de mettre ses goûts sur le compta de sa raison. M. Lemontey.
La faiblesse aime les partis mitoyens , qui cependant offrent toujours le plus de périls.
CLC de Ségur.
On fait d'un homme faible tout ce qu'on veut , en
frappant son imagination , ou en touchant son cœur.
Duclos.
La force des femmes est dans leur faiblesse.
Fontenelle.
.L'orgueil et la vanité ne pardonnent pas à l'amitié
la connaissance qu'elle acquiert de leurs faiblesses.
Saint - Êvrembnt.
Ce qui caractérise le mieux la faiblesse, c'est l'extrême mobilité avec laquelle on la voit passer successivement de la peur à l'espérance, et de l'espoir au découragement. C" de Ségur.
Les faiblesses des grands hommes sont celles de l'humanité. Plutarque.
Les hommes faibles sont plus dangereux que les méchans. ***
L'homme puissant a-t-il des faiblesses, personne n'ose prendre sur soi de lui en parler, et dès-lors il se persuade facilement que tout le monde les ignore.
Anonyme.
Rien de plus impérieux que la faiblesse qui se sent appuyée de la force. iV. Bonaparte.
lat
Un fat est celui que les sots croient un homme de mérite. La Bruyère,
L'impertinent est un fat outré. Le fat lasse, ennuie, dégoûte, rebute : l'impertinent rebute, aigrit, irrite, offense; il commence où l'autre finit.
La Bruyère.
Le fat est entre l'impertinent et le sot : il est composé de l'un et de l'autre. La Bruyère.
iwi DICTIONNAIRE
Si le fat pouvait craindre de mai parler , il sortirait de son caractère. La Bruyère.
11 y a des hommes qui, sans y penser, se forment une idée de leur figure, qu'ils empruntent du sentiment qui les domine-, et c'est peut-être par cette raison qu'un fat se oroit toujours beau.
V auvenargues .
Tout le monde dit d'un fat qu'il est un fat , personne n'ose le lui dire à lui-même : il meurt sans le savoir, et sans que personne se soit vengé.
La Bruyère.
Tu te trompes, Philémon, si avec ce carrosse brillant, ce grand nombre de coquins qui te suivent, et ces six bêtes qui te traînent, tu penses que l'on t'en estime davantage. L'on écarte tout ce* attirail , qui t'est étranger, pour pénétrer jusqu'à toi, qui n'es qu'un fat. La Bruyère.
Saute*.
Nous oublions aisément nos fautes, lorsqu'elles ne sont sues que de nous. La Rochefoucauld.
Ne dites jamais : Cette faute est légère, je puis me la permettre sans danger. Ne dites jamais : Cet acte de vertu est peu considérable, je puis l'omettre sans inconvénient. Sénèque. 0
Ce qui fait voir que les hommes connaissent mieux leurs fautes qu'on ne pense, c'est qu'ils n'ont jamais tort quand on les entend parler de leur conduite : le même amour-propre qui les aveugle d'ordinaire, les éclaire alors, et leur donne des vues si justes , qu'il leur fait supprimer ou déguiser les actions qui peuvent être condamnées.
La Rochefoucauld.
On ne vit point assez pour profiter de ses fautes : on en commet pendant tout le cours de sa vie -, et tout ce que l'on peut faire à force de faillir , c'est de «lourir corrigé. La Bmyère.
Les fautes des sots sont si lourdes quelquefois, et si difficiles à prévoir, qu'elles mettent les sages en défaut, et ne sont utiles qu'à ceux qui les font.
La Bruyère.
C'est raison qu'on fasse si grande différence entre les fautes qui viennent de notre faiblesse, et celles qui viennent de notre malice : car en celles-ci, nous nous sommes bandés en notre escient contre les règles de la raison que nature a empreintes en nous 5 et en celles-là , il semble que nous puissions appeler à garant cette même nature, pour nous avoir laissés en telle imperfection et défaillance. Montaigne.
On devient en fort peu de temps maître de soi , lorsqu'on se sert des fautes et des imperfections
i08 DICTIONNAIRE
des autres, comme d'un miroir fidèle pour découvrir les siennes. Oxenstiem.
La haine a sans cesse les yeux ouverts sur nos fautes, mais l'amour et l'amitié sont toujours aveugles sur nos imperfections. Richardson.
Il ne faut pas être timide de peur de faire des fautes 5 la plus grande faute de toutes est de se priver de l'expérience. Vauvenargues.
Qui voudra se former au grand , doit risquer de faire des fautes , et ne pas se laisser abattre , ni craindre de se découvrir; ceux qui pénétreront ses faibles, tâcheront de s'en prévaloir, mais ils le pourront rarement. Vauvenargues.
Personne n'est sujet à plus de fautes que ceux qui n'agissent que par réflexion. Vauvenargues.
Il faudrait qu'on nous pardonnât au moins les fautes qui n'en seraient pas sans nos malheurs.
Vauvenargues.
Ce n'est pas aux fautes qu'en veulent la plupart des hommes, mais à ceux qui les commettent.
Sénèque.
Quand on voit quelqu'un faire des fautes , il faut
toujours se demander à soi-même , comme Platon :
« Ne lui ressemblé -je pas ? » Plutarque,
11 y a des fautes qui n'excluent pas les meilleurs
sentimens, et qui ne s'allient pas avec les mauvaises actions. Les personnes à qui il échappe beaucoup de fautes , ne sont ni les plus estimables ni les moins aimables. M. Lacretelle aîné.
Quand vous verrez votre frère commettre une faute, même une faute grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui; car vous ignorez combien de temps vous persévérerez dans le bien.
Imitation de J.-C.
11 est, à mon sens, d'un plus grand homme de savoir avouer sa faute , que de savoir ne la pas iaire. Cardal de Retz.
On recommence ses fautes quand on les oublie.
Cte de Ségur.
Javmv.
Tout est grand dans le temple de la faveur, excepté les portes , qui sont si basses qu'il faut y entrer en rampant. M. de Le'vis.
Il y a des gens à qui la faveur arrive comme aux autres un accident : ils en sont surpris les premiers. Rivarol.
L'on voit des hommes que le vent de la faveur
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pousse d'abord à pleines voiles -, ils perdent en un moment la terre de vue, et font leur route-, tout leur rit, tout leur succède; action, ouvrage, tout est comblé d'éloges et de récompenses ; ils ne se montrent que pour être embrassés et félicités. Il y a un rocher immobile qui s'élève sur une côte, les flots se brisent au pied; la puissance, les richesses, la violence, la flatterie, l'autorité, la faveur , tous les vents ne rébranlent pas ; c'est le public où ces gens échouent. La Bruyère.
La faveur met l'homme au-dessus de ses égaux, et sa chute au-dessous. La Bruyère.
La santé , comme la fortune , retirent leurs faveurs à ceux qui en abusent. Saint- Évremont.
La faveur fait rarement de bons choix,
Marmontel.
Les femmes s'attachent aux hommes par les faveurs qu'elles leur accordent, et les hommes guérissent par ces mêmes faveurs. La Bruyère.
On acquiert la faveur du prince avec peine ; or la conserve avec inquiétude -, on la perd avec désespoir. Montesquieu.
L'homme en faveur est toujours agonisant.
Sénèque.
on
1)K MAXIMES. i;i
Jcmme.
Les femmes guérissent de leur paresse par la vanité ou par l'amour. La paresse, au contraire, dans les femmes vives, est le présage de l'amour.
La Bruyère.
Une femme insensible est celle qui n'a point encore vu celui qu'elle doit aimer. La Bruyère.
Je requiers d'une femme mariée, au-dessus de toute autre vertu, la vertu économique. C'est la maîtresse qualité , et qu'on doit chercher avant toute autre chose comme le seul douaire qui sert à ruiner ou à sauver nos maisons. Je vois avec dépit en plusieurs ménages, monsieur revenir tout maussade, et tout marmiteux du tracas des affaires environ midi , que madame est encore à se coiffer et attifer en son cabinet. C'est à faire aux reines , et encore ne sais-je. Montaigne.
11 est ridicule et injuste que l'oisiveté de nos femmes soit entretenue de notre sueur et travail.
Montaigne.
La plus utile et la plus honorable science et occupation à une mère de famille, c'est la science du ménage. Montaigne.
Je ne décide point quel est le premier mérite
i72 DICTIONNAIRE
d'une femme; mais, dans l'usage ordinaire, la première question que l'on fait sur une femme que Ton ne connaît point , c'est , est-elle belle ? La seconde, a- 1- elle de V esprit? Il arrive rarement qu'on fasse une troisième question. Fontenelle.
Les femmes sont comme les princes-, souvent elles accordent à l'importunité ce que la faveur n'aurait pas obtenu. M. de Lévis.
Sans la femme, l'homme serait rude, grossier, solitaire, et il ignorerait la grâce, qui n'est que le sourire de l'amour. La femme suspend autour de lui les fleurs de la vie, comme ces lianes des forêts qui décorent le tronc des chênes de leurs guirlandes parfumées. M. de Chateaubriand.
Les femmes n'ont point de plus grands ennemis que les femmes. Duclos.
Le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire l'amour, c'est de faire l'amour.
La Rochefoucauld.
Plus les femmes ont hasardé, plus elles sont prêtes à sacrifier encore. Duclos.
La sévérité des femmes est un ajustement et un fard qu'elles ajoutent à leur beauté.
La Rochefoucauld.
DE MAXIMES. i:3
Les caractères sérieux, chez les femmes, suppléent quelquefois à l'âge. Duclos.
Lés femmes et les jeunes gens ne séparent pas leur estime de leurs goûts. , Vauvenargues.
Les femmes ne peuvent pas comprendre qu'il y ait des hommes désintéressés à leur égard.
Vauvcnargues.
Les femmes n'ont point de sévérité complète sans aversion. La Rochefoucauld.
L'esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur esprit que leur raison.
La Rochefoucauld.
La plupart des honnêtes femmes sont des trésors cachés , qui ne sont en sûreté que parce qu'on ne les cherche pas. La Rochefoucauld .
Les femmes qui aiment, pardonnent plus aisément les grandes indiscrétions que les petites infidélités.
Ce qui fait que les femmes sont peu touchées de
l'amitié, c'est qu'elle leur paraît fade après l'amour.
La Rochefoucauld '.
De toutes les passions violentes , celle qui sied le moins mal aux femmes, c'est l'amour.
La Rochefoucauld.
La femme, chez les sauvages, est une bête de
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somme i dans l'Orient un meuble , et chez les Européens un enfant gâté. Duclos.
Une belle femme qui a les qualités d'un honnête homme est ce qu'il y. a au monde d'un commerce plus délicieux : l'on trouve en elle tout le mérite des deux sexes. La Bruyère.
Les femmes sont extrêmes 5 elles sont meilleures ou pires que les hommes. La Bruyère.
A un homme d'esprit il ne faut qu'une femme de sens : c'est trop de deux esprits dans une maison.
M. de Bonald.
Peu de femmes ont assez de raison pour sentir le besoin qu'elles ont d'être gouvernées -, et ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que ce sont celles qui le sentent qui pourraient le plus s'en passer. Les enfans ne savent pas qu'ils ont besoin de lisières , lors même qu'ils sont tombés. M. de Lévis.
Pourquoi les femmes ne cultiveraient -elles pas les arts et les sciences ? elles perfectionnent la raison, et l'esprit donne des grâces. Il a été un temps en France où les hommes pensaient déroger, et les femmes sortir de leur état, en osant s'instruire : les uns ne se croyaient nés que pour la guerre ou pour l'oisiveté, et les autres que pour la coquetterie. Eh î pourquoi rougiraient- elles du mérite de la science?
DE MAXIMES. i75
l'esprit orné est une beauté de plus : c'est un nouvel empire. V oit aire.
Les femmes sont des maîtresses pour les jeunes gens , des compagnes pour les hommes mûrs , et des nourrices pour les vieillards. Oxenstiem.
Rien n'est plus triste que la vie des femmes qui n'ont su être que belles, car rien n'est plus court que le règne de la beauté; il n'y a qu'un fort petit nombre d'années de différence entre une belle femme, et une qui ne l'est plus. Fontenelle.
La société dépend des femmes. Tous les peuples qui ont le malheur de les enfermer sont insociables.
Voltaire.
La nature, en donnant ta-nt de grâces et de finesse aux femmes, a voulu leur accorder une indemnité pour le génie, qu'elle a exclusivement réservé à l'homme. M. de Lévis.
Les vertus des femmes sont difficiles , parce que la gloire n'aide pas à les pratiquer. Vivre chez soi ; ne régler que soi et sa famille; être simple , juste et modeste, sont des vertus pénibles, parce qu'elles sont obscures : il faut avoir bien du mérite pour n'être vertueuse qu'à ses propres yeux, fontenelle.
Les femmes sont semblables à la vigne -, elles ne
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sauraient se tenir debout ni subsister par ellesmêmes ; elles ont besoin d'un appui , encore plus pour leur esprit que pour leur corps -, mais souvent elles entraînent cet appui et le font tomber.
Nicole.
L'esprit de société et d'agrément est communément le partage des femmes. Il semble, généralement parlant , qu'elles soient faites pour adoucir les mœurs des hommes. Voltaire,
Tous les raisonnemens des hommes ne valent pas un sentiment d'une femme. Voltaire.
La femme doit se renfermer dans son ménage , doit plaire à son mari , gagner sa confiance s et le charmer , moins par sa beauté que par sa vertu.
Fénélon.
La science des femmes, comme celle des hommes, doit se borner à s'instruire par rapport à leurs fonctions : la différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études. Fénélon.
La femme a tout contre elle : nos défauts , sa timidité , sa faiblesse ; elle n'a pour elle que son art et sa beauté. N'est-il pas juste qu'elle cultive l'un et l'autre ? Mais la beauté n'est pas générale ; elle périt par mille accidens 5 elle passe avec les années; l'habitude en détruit l'effet. L'esprit seul est la véritable ressource du sexe -, non ce bon esprit auquel
ou donne tant de prix dans le monde , et qui ne sert à rien pour rendre la vie heureuse ; mais l'esprit de son état , l'art de tirer parti du noire , et de se prévaloir de nos propres avantages. /.-/. Rousseau.
Le monde est le livre des femmes j quand elles y lisent mal , c'est leur faute , ou que quelque passion les aveugle. J.-J. Rousseau.
La présence d'esprit, la pénétration, les observations fines, sont la science des femmes 5 l'habileté de s'en prévaloir est leur talent. /.-/. Rousseau.
Femme, amante, fille, sœur, épouse, mère, aïeule : dans ces six mots est ce que le cœur humain renferme de plus doux, de plus extatique, de plus sacré , de plus pur, de plus ineffable.
Bon Massias.
La femme est un mets digne des dieux, quand le diable ne l'assaisonne pas. Shakspeare.
Les femmes ne sont si malheureuses au déclin de leurs charmes , qu'en oubliant que la dignité de mère est destinée à remplacer la beauté d'épouse.
M. Lacretelle aîné.
Ce n'est pas dans les affaires d'état , c'est dans celles de sa famille qu'une femme doit montrer son esprit et sa prudence. Théophraste.
Après avoir bien dit , lu, écrit et entendu sur les
femmes, quel est le résultat de bien et de mal sur leur compte , sans vouloir être piquant ou galant? Le voici , de bien bonne foi : elles sont plus aimables que nous , plus jolies , plus sensibles , plus essentielles , et valent mieux que nous. Toutes les imperfections que nous leur reprochons , ne font pas autant de mal qu'un seul de nos défauts ; et encore nous en sommes la cause par notre despotisme , notre injustice et notre amour-propre.
Le prince de Ligne.
JievU.
La fierté prend sa source dans la médiocrité ; c'est une ruse qui la cache. M as sillon.
La fierté dans l'extérieur , dans la société , est l'expression de l'orgueil ; la fierté dans l'âme est de la grandeur. Voltaire.
La fierté du cœur est l'attribut des honnêtes gens -, la fierté des manières est celle des sots ; la fierté de la naissance et du rang est souvent la fierté des dupes. Duclos.
Notre vanité , et la trop grande estime que nous avons de nous-mêmes , nous fait soupçonner dans les autres une fierté à notre égard qui existe quelque-
fois , et qui souvent n'y est pas : une personne modeste n'a point cette délicatesse. La Bruyère.
La fierté dans les manières est le vice des sots.
Boileau.
On ne peut avoir à la fois la connaissance de soimême et la fierté. Saint- Êvremont.
La fierté vient de l'âme *, elle est plus souvent un mérite qu'un défaut : c'est une compagne assez ordinaire des grandes vertus 5 elle sied au malheur, et relève le courage ; elle est ennemie de toute bassesse -, et si on l'aime rarement , au moins on l'admire presque toujours , lorsqu'elle ne se montre ni trop raide ni trop âpre. Cte de Se'gur.
La fierté résiste plus que l'orgueil.
O de Ségur.
La plus subtile de toutes les finesses, est de savoir bien feindre de tomber dans les pièges qu'on nous tend -, et l'on n'est jamais si aisémenf trompé que quand on songe à tromper les autres.
Les plus habiles affectent toute leur vie de Mâmer
les finesses, pour s'en servir en quelque grande occasion , et pour quelque grand intérêt.
La Rochefoucauld,
L'usage ordinaire de la finesse est la marque d'un
petit esprit ; et il arrive presque toujours que celui
qui s'en sert pour couvrir un endroit, se découvre
en un autre. La Rochefoucauld.
Les finesses et les trahisons ne viennent que du manque d'habileté. La Rochefoucauld.
C'est avoir fait un grand pas dans la finesse, que de faire penser de soi que l'on n'est que médiocrement fin. La Bruyère.
La finesse n'est ni une trop bonne ni une trop mauvaise qualité -, elle flotte entre le vice et la vertu : il n'y a point de rencontre où elle ne puisse, et peut-être où elle ne doive être suppléée par la prudence. La Bruyère.
La finesse emploie des termes qui laissent beaucoup à entendre. Vauvenargues.
Un homme sensé méprise les petites finesses dont on s'aide pour «n imposer. Il les laisse à ceux qui craignent a être approfondis , qui cherchent à se maintenir par des amitiés ménagées, ou par des froideurs concertées , et attendent toujours qu'on les prévienne. Vauvenargues.
La finesse est l'occasion prochaine de la fourberie -, de l'une à l'autre le pas est glissant : le mensonge seul en fait la différence-, si on l'ajoute à la finesse , c'est fourberie. La Bruyère.
Ce qui nous donne tant d'aigreur contre ceux qui
nous font des finesses, c'est qu'ils croient être plus
habiles que nous. La Rochefoucauld.
• On peut être plus fin qu'un autre, mais non pas
plus fin que tous les autres. La Rochefoucauld.
Il s'en faut bien que ceux qui s'attrapent à nos finesses , ne nous paraissent aussi ridicules que nous nous le paraissons à nous-mêmes , quand les finesses des autres nous ont attrapés. La Rochefoucauld.
liattevie.
Les hommes sont si sensibles à la flatterie , que , lors même qu'ils la reconnaissent, ils ne laissent pas d'en être dupes. Vauvenargues.
Si nous ne nous flattions pas nous-mêmes , la flatterie des autres ne nous pourrait nuire.
La Rochefoucauld.
La flatterie est une fausse monnaie qui n'a de
cours que par notre vanité. La Rochefoucauld.
i82 DICTIONNAIRE
La flatterie est recueil contre lequel viennent se briser les maximes les plus sages , les principes les plus vrais , les conseils les plus utiles. Fénélon*
On croit quelquefois haïr la flatterie , quand on ne hait ô^ue la manière de flatter.
La flatterie n'a tant de charmes que parce qu'elle nous paraît confirmer le jugement de notre amourpropre. M. deLévis.
Le flatteur dit à la colère , venge-toi : à la passion , jouis : à la peur , fuyons : au soupçon , crois tout. Plutarque.
Quand , par hasard , la flatterie ne réussit pas , ce n'est pas sa faute -, c'est celle du flatteur.
M. de Lévis.
Les flatteurs trouvent leur compte avec les grands, comme les médecins auprès des malades imaginaires. Ceux-ci paient pour des maux qu'ils n'ont pas \ ceux-là pour des vertus qu'ils devraient avoir.
La Rochefoucauld^
Nous nous perdons autant par nos propres flatteries que par celles des autres. Sénèque.
Se livrer aux perfides insinuations du flatteur , c'est boire du poison dans une coupe d'or.
Démophile^
DE MAXIMES. i83
La flatterie est un commerce honteux qui n'est utile qu'au flatteur. Théophraste.
Le flatteur n'a pas assez bonne opinion de soi ni des autres. La Bruyère.
Une des punitions de la flatterie envers les grands, est d'en Êiire une servitude. M . Lacretelle aîné.
La flatterie est de tous les poisons celui qui donne le plus de vertiges. Cle de Se'gur.
La flatterie grossière offense un homme délicat au lieu de lui plaire, et elle est ordinairement punie par le mépris; mais quand c'est une main habile qui l'a préparée, et qui a su épargner la pudeur de celui qui est flatté et contenter sa vanité , il faut avoir beaucoup d'esprit pour la rejeter.
Fontenelle.
De tous les usuriers, la flatterie est celui qui fait les plus gros profits; quand les grands manquent de vertus , elle leur en prête , et se voit payée largement en pensions, en faveurs, en places et en cordons. CLe de Ségur.
La flatterie était autrefois un vice, à présent elle est du bon ton. Publius Sjrus.
Le flatteur n'adresse point la louange de droit fil;
mais il vient de loin, tournant à l'entour, en faisant ses approches pas à pas , et sans bruit , tant qu'il vient à manier son homme, comme Ton fait une bête sauvage qu'on veut apprivoiser. Plutarque.
La flatterie produit quelquefois ce bien , qu'en louant les grands des vertus qu'ils n'ont pas , elle leur impose, pour ainsi dire, l'obligation de les acquérir , ou du moins d'en prendre le masque.
Anonyme,
Jovtune.
Le grand avantage des talens paraît, en ce que la fortune sans mérite est presque inutile.
Moins on veut mériter sa fortune, plus il faut se donner de peine pour la faire. J^auvenargues.
La fortune tourne tout à l'avantage de ceux qu'elle favorise. La Rochefoucauld.
Non-seulement la fortune est aveugle, mais elle rend souvent aveugles ceux qu'elle caresse.
CicéroTi.
La fortune ne paraît jamais si aveugle qu'à ceux à qui elle ne fait pas de bien. La Rochefoucauld.
\\ faut gouverner la fortune comme la santé, en
DE MAXIMES. i85
jouir quand elle est bonne, prendre patience quand elle est mauvaise, et ne faire jamais de grands remèdes sans un extrême besoin. La Rochefoucauld.
L'on voit des hommes tomber d'une haute fortune , par les mêmes moyens qui les y avaient fait monter. La Bruyère.
La fortune se sert quelquefois de nos défauts pour nous élever, et il y a des gens incommodes dont le mérite serait mal récompensé , si on ne voulait acheter leur absence. La Rochefoucauld.
C'est lorsqu'un homme jouit de toutes les faveurs de la fortune qu'il devrait songer comment il en supportera les revers. Térence.
La fortune semble avoir fait une société cruelle avec la mort : elle nourrit délicatement les victimes qu'elle lui destine ; quand elle les a engraissées de ses dons , elle les envoie parées de fleurs au sacrifice. Young.
La fortune et le cortège qui l'entoure , fait de la vie une représentation au milieu de laquelle il faut qu'à la longue l'homme le plus honnête devienne comédien malgré lui. Chamfort.
11 y a une sorte de plaisir attaché au courage qui
se met au-dessus de la fortune : mépriser l'argent, c'est détrôner un usurpateur. Chamfort.
Les fortunes promptes en tout genre sont les moins solides, parce qu'il est rare qu'elles soient l'ouvrage du mérite. Les fruits mûrs, mais laborieux de la prudence , sont toujours tardifs.
Vauvenargues.
Il faut une sorte d'esprit pour faire fortune, et surtout une grande fortune. Ce n'est ni le bon, ni le bel esprit, ni le grand, ni le sublime, ni le fort , ni le délicat : je ne sais précisément lequel c'est, et j'attends que quelqu'un veuille m'en instruire.
La Bruyère.
Faire sa fortune n'est pas le synonyme de faire son bonheur; l'un peut cependant s'accroître avec l'autre. Helvétius.
Conduisez-vous avec la fortune comme avec les mauvaises payes ; ne dédaignez pas les plus faibles à-comptes. M. de Lévis.
Se contenter d'une fortune médiocre est la meilleure preuve de philosophie ; toutes les autres semblent douteuses. Celui qui sait vivre de peu , donne seul une haute garantie de la probité et du courage qu'il saurait conserver dans des situations difficiles. Celui-là seul a mis, autant qu'il est possible, sa
vertu , son repos , son bonheur, à l'abri des vicissitudes du sort et des caprices de ses semblables.
M. Droz.
La fortune met au jour nos vertus et nos vices , comme la lumière fait paraître les objets.
Sénèque.
On ne saurait prévoir les coups de la fortune. Ce qu'on a pris long-temps bien de la peine à amasser, elle l'enlève en un instant. Elle détruit la prospérité qui semblait la mieux établie, et n'a pas d'époque marquée pour exercer ses caprices. Plutarque.
Tant que nous jouissons d'une vie paisible, tant que nous ne sommes agités d'aucune crainte , nous n'attribuons pas à la fortune notre prospérité ; mais dès que nous sommes tombés dans le malheur , c'est elle que nous accusons de tous nos maux.
Ménandre.
L'intérêt des hommes a fait une déesse de la fortune. Publias Syrus.
Une grande fortune est pour son possesseur un grand esclavage. Publias Syrus.
Il est plus facile d'acquérir de la fortune que de la conserver. Publius Syrus,
La fortune est semblable au verre : plus elle est brillante , plus elle est fragile. Publius Syrus.
i88 DICTIONNAIRE
Les fortunes sont inégales , parce que les hommes ont reçu de la nature des facultés différentes , et en ont tiré parti plus différemment encore. De cette inégalité de fortunes résultent des intérêts distincts et des fonctions diverses ; les avantages de la richesse, l'aiguillon de la pauvreté, l'émulation réciproque, et l'harmonie du tout. B. Franklin.
Comme la fortune a l'éclat du verre, elle en a la fragilité. P. Corneille.
La fortune ne donne rien , elle ne fait que prêter pour un temps. La Bruyère.
La fortune est inconstante -, elle redemande à ses favoris ce qu'elle semble leur donner pour toujours. La Bruyère.
La fortune est inconstante , elle redemande bientôt ce qu'elle a donné. Publius Syrus.
La fortune ne viendra- 1 - elle jamais les deux mains pleines ? Ne fera-t-elle jamais un don qu'elle ne le fasse acheter par un revers ? Tantôt elle donne l'appétit à l'homme, et lui refuse l'aliment : c'est le sort du pauvre en santé. Tantôt elle le place au milieu d'un festin et lui ôte le désir : c'est le sort du riche, qui possède l'abondance et n'en jouit pas.
Shakspeare.
La fortune , insensiblement, aveugle les hommes , et les met dans l'impossibilité de résister aux revers qui les attendent tôt ou tard. De là ces catastrophes et ces chutes terribles dont l'histoire nous offre tant d'exemples. Anonyme.
Les hommes d'une trempe assez forte pour résister aux revers de la fortune sont assez rares ; mais il en est bien moins encore que la fortune n'ait pas corrompus. Anonyme.
Tout le monde adore la fortune, et tout le monde s'en plaint. Nous attribuons ses faveurs à notre mérite; nous la rendons coupable de nos fautes.
Cte de Ségur.
go DICTIONNAIRE
(foénétazité.
S'il est vrai , comme on se plaît à le dire , que la générosité n'ait d'autre principe que l'intérêt , il faut convenir que c'est un intérêt bien entendu que d'acquérir , au prix de quelques morceaux de métal , la jouissance profonde , ineffable, qu'on goûte en consolant un malheureux. Malesherbes.
La générosité souffre des maux d'autrui , comme si elle en était responsable. J^auvenargues.
Le pauvre qui se montre reconnaissant d'un bienfait laisse croire que s'il eût été riche, il se fût montré généreux.
Lorsqu'on est officieux et bienfaisant pour ses parens ou ses amis , on se croit généreux 5 quoique d'ailleurs dur et indifférent pour le reste des hommes : et l'on n'est pas même charitable ; qualité cependant bien en-deçà de la générosité , qui est le comble et la perfection de toutes les vertus sociales. La générosité est un degré de perfection ajouté aux vertus par-dessus celui que prescrit indispensablement la loi : ce n'est pas être généreux 5 c'est simplement remplir son devoir. L'abbé Yvon.
Ce qui paraît générosité n'est souvent qu'une ambition déguisée qui méprise de petits intérêts , pour aller à de plus grands. La Rochefoucauld.
La générosité consiste à se priver soi-même pour donner aux autres. T. Moore.
Qui n'est pas généreux est bien près d'être injuste.
M. Rojou.
La générosité est la plus belle et la plus aimable des qualités dont l'âme humaine puisse être ornée 5 c'est ce besoin d'estime et d'amour, et cette passion des hauts faits qui font que nous mettons notre bonheur à nous sacrifier pour les autres , et £. donner toujours à nos bienfaits et à nos services un caractère particulier de grandeur ou de délicatesse.
M. Lacretelle aîné.
La générosité de certaines gens consiste à donner, avec l'arrière-pensée de recevoir au double.
M. Lacretelle aîné.
On n'est entièrement généreux que lorsqu'on est entièrement désintéressé. Bon Massias.
Il faut être juste avant d'être généreux.
BQn Massias.
Le génie consiste, en tout genre, à concevoir
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plus vivement et plus parfaitement son objet -, et de là vient qu'on trouve dans les bons auteurs quelque chose de si net et de si lumineux, qu'on est d'abord saisi de leurs idées. Vauvenargues.
Dans les arts , dans les sciences , dans les affaires, le génie semble changer la nature des choses 5 son caractère se répand sur tout ce qu'il touche, et ses lumières s'élançant au-delà du passé et du présent, éclairent l'avenir : il devance son siècle, qui ne peut le suivre-, il laisse loin de lui l'esprit qui le critique quelquefois avec raison , mais qui , dans sa marche égale, ne sort jamais de l'uniformité delà nature. Diderot.
Le génie est une sorte d'inspiration fréquente ,
mais passagère; et son attribut est le don de créer. Il s'ensuit que l'homme de génie s'élève et s'abaisse tour à tour , selon que l'inspiration l'anime ou l'abandonne. Il est souvent inculte, parce qu'il ne se donne pas le temps de perfectionner -, il est grand dans les grandes choses , parce qu'elles sont propres à réveiller cet instinct sublime, et à le mettre en activité -, il est négligé dans les choses communes , parce qu'elles sont au-dessous de lui , et n'ont pas de quoi l'émouvoir. Si cependant il s'en occupe avec une attention forte, il les rend nouvelles et fécondes , parce que cette attention qui couve les idées, les pénètre, si j'ose le dire, d'une chaleur
DE MAXIMES. uj3
qui les vivifie et les fait germer, comme le soleil l'ait germer l'or dans les veines du rocher.
Marmontel.
Le génie ressemble à ces terres vastes où il y a des endroits peu soignés et peu cultivés ; dans une si grande étendue tout ne peut être peigné. Il n'y a que les petits esprits qui prennent garde à tout -, c'est un petit jardin qu'ils tiennent aisément peigné.
Helvétius.
Ce sont les grands génies qui enfantent les grands desseins. Fonîenelle.
On ne peut contrefaire le génie.
Vauvenargues .
La nature forme les hommes de génie comme elle forme au sein de la terre les métaux précieux, bruts, informes, pleins d'alliage et de matières étrangères. L'art ne fait pour le génie que ce qu'il fait pour ces métaux : il n'ajoute rien à leur substance 5 il les dégage de ce qu'ils ont d'étranger, et découvre l'ouvrage de la nature. D'Alembert.
Une expression de génie n'est pas un mot nouveau dicté par la singularité ou par la paresse 5 c'est la réunion nécessaire et adroite de quelques termes connus pour rendre avec énergie une idée nouvelle; c'est la seule manière d'innover qui soit permise en écrivant. D'Jlembert.
Un homme peut avoir une littérature immense,
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avoir du goût, et être un critique des plus éclairés 5 il y a une grande dislance de tout cela au génie. La science et l'esprit conduisent un artiste, mais ne le forment en aucun genre. Voltaire.
Il sera difficile désormais qu'il s'élève des génies nouveaux, à moins que d'autres mœurs, une autre sorte de gouvernement , ne donnent un tour nouveau aux esprits. Il sera impossible qu'il se forme des savans universels , parce que chaque science est devenue immense : il faudra nécessairement que chacun se réduise à cultiver une petite partie du vaste champ que le siècle de Louis XIV a défriché.
Voltaire.
Si le génie était toujours accompagné de la patience et de l'amour du travail , les sciences et les arts feraient bien plus de progrès parmi nous.
Anonyme.
Comme toutes les forces delà nature, le génie n'a qu'une énergie relative ; tout dépend du point de comparaison : on peut déterminer en quoi consiste la perfection absolue de la volonté -, on ne peut et l'on ne doit pas affirmer qu'il soit impossible d'y atteindre. M. Ancillon.
t&ioire.
La gloire est l'unique récompense des belles actions ; tous les autres avantages passent , ou même
DE MAXIMES. tg5
sont mêlés d'amertume : la gloire reste, quand elle est pure. Voltaire.
La gloire ne consiste pas à éterniser son nom , mais ses vertus \ un nom qui passe à la postérité la plus reculée n'est qu'une longue infamie, s'ily transmet la mémoire des vices et des crimes de celui qui l'a porté : un grand nom n'est une véritable gloire que quand il rappelle avec lui le souvenir , l'admiration, le respect et l'amour que mérite celui qui a su l'illustrer. Sacy.
On doit entendre par la véritable gloire , l'honneur qui se forme de la constante admiration que tous les hommes , même les plus vicieux , témoignent pour les vertus éminentes et pour les talens extraordinaires et utiles à la société, et l'hommage sincère qu'ils sont forcés de leur rendre. 11 n'y a point de nations policées qui n'aient été touchées de la gloire : elles n'auraient pas pris tant de soin de conserver dans leur histoire la mémoire de leurs exploits, si elles n'avaient été persuadées que par là elles augmentaient l'estime et la considération des autres peuples. C'est donc une erreur manifeste que de la faire naître de l'orgueil, de l'ambition, du faste, de la puissance ou de l'intrigue. Si ces choses imposent quelquefois aux hommes jusqu'à leur arracher quelques démonstrations d'admiration et de respect , ces démonstrations sont vaines , elles sont
forcées et passagères. En un mot , la gloire pure et légitime dont brillent la plupart des grands hommes pendant leur vie , et qui immortalise leur mémoire ; cette gloire naît du suffrage public, c'est-à-dire, du concours de tous les témoignages que chacun rend aux vertus distinguées et aux talens reconnus. La gloire est l'éclat qui est propre et essentiel à la vertu, sitôt qu'elle est en état de briller à nos yeux : aussi un grand homme qui sait qu'elle est inséparable de la vertu connue, acquiert la gloire sans la rechercher , et la possède sans la mépriser : il fait tout ce qu'il peut pour la mériter, et rien pour l'obtenir. L'ambitieux court sans cesse après la gloire qui le fuit • le héros et le sage ne courent qu'après la seule vertu. Sacj.
La gloire est une récompense morale accordée par la société aux actions et aux vertus d'éclat.
Duclos.
L'amour de la gloire fait les grandes fortunes entre les peuples. V auvenargues .
La gloire des grands hcmmes se doit toujours mesurer aux moyens dont ils se sont servis pour l'acquérir. La Rochefoucauld.
Nous avons si peu de vertu, que nous nous trouvons ridicules d'aimer la gloire. P'auvenargues .
Celui qui recherche la gloire parla vertu, ne demande que ce qu'il mérite. Vauvenargues.
Le malheur ajoute un nouveau lustre à la gloire des grands hommes. Féntlon.
La gloire met souvent un honnête homme aux mêmes épreuves que la fortune -, c'est-à-dire, que l'une et l'autre l'obligent, avant de le laisser parvenir jusqu'à elles, à faire ou à souffrir des choses indignes de son caractère. L'homme intrépidement vertueux les repousse alors également l'une et l'autre, et s'enveloppe ou dans l'obscurité ou dans l'infortune, et quelquefois dans l'une et dans l'autre.
Chamfort.
La gloire serait la plus vive de nos passions sans son incertitude. J^auvenargues.
La gloire remplit le monde de vertus,, et, comme un soleil bienfaisant, elle couvre toute la terre de rieurs et de fruits. Vauvenargues.
On a beaucoup déclamé contre la gloire -, cela est naturel : il est beaucoup plus aisé d'en dire du mal que de la mériter. • Thomas,
Voulez -vous savoir ce que peut le sentiment de la gloire ? ôtez-la de dessus la terre 5 tout change : le regard de l'homme n'anime plus l'homme-, il est seul dans la foule : le passé n'est rien, le présent se
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resserre, l'avenir disparaît-, l'instant qui s'écoule périt éternellement , sans être d'aucune utilité pour l'instant qui doit suivre. Thomas.
De toutes les rêveries du monde, la plus reçue et la plus universelle est le soin de la réputation et delà gloire que nous éprouvons jusqu'à quitter les richesses, le repos, la vie, la santé, qui sont biens effecluels et substantiaux , pour suivre cette vaine image et cette simple voix qui n'a ni esprit ni prise.
Montaigne.
La gloire et l'intérêt , quelquefois tous les deux ensemble, quelquefois l'un aux dépens de l'autre, sont les deux grands ressorts qui font mouvoir les hommes, et les gens de lettres ne sont pas exempts de payer ce tribut à l'humanité. Quoique leurs travaux mènent rarement à la fortune, plusieurs d'entre eux ne laissent pas de s'y méprendre, et de s'engager dans une carrière si noble par un motif qui ne l'est pas. D'Alembert.
Nous sommes tous entraînés par l'amour de la gloire, et les plus estimables des hommes en sont le plus vivement pénétrés. Les philosophes eux-mêmes ont soin de mettre leur nom à la tête des ouvrages qu'ils écrivent sur le mépris de la gloire : ils veulent être loués , ils veulent être célébrés , lors même qu'ils paraissent mépriser la louange et l'estime des hommes. Cicéron.
C'est par un amour désordonné de la gloire que
certaines gens la calomnient auprès de leurs rivaux.
Ils veulent les en dégoûter, et jouir seuls de ses
charmes sans combattre pour elle. Plutarque.
Quand un guerrier souhaite la gloire, c'est la guerre qu'il désire. Sénèque.
L'indifférence pour la gloire ne peut être que jouée. Elle est incompatible avec l'élan du génie qui fait voler à la victoire. Le prince de Ligne.
La véritable gloire est comme le vrai mérite : celle qui s'ignore est ordinairement la plus grande et la plus solide. M. Valéry.
Il y a des hommes sur qui la gloire ne tient pas.
M. Necker.
6*ût
Le goût peut se gâter chez une nation *, ce malheur arrive d'ordinaire après les siècles de perfection. Les artistes , craignant d'être imitateurs , cherchent des routes écartées ; ils s'éloignent de la belle nature que leurs prédécesseurs ont saisie ; il y a du mérite dans leurs efforts -, ce mérite couvre leurs défauts : le public, amoureux des nouveautés , court après eux-, il s'en dégoûte bientôt, et il en
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paraît d'autres qui font de nouveaux efforts pour plaire ; ils s'éloignent de la nature encore plus que les premiers : le goût se perd , on est entouré de nouveautés qui sont rapidement effacées les unes par les autres; le public ne sait plus où il en est, et il regrette en vain le siècle du bon goût qui ne peut plus revenir; c'est un dépôt que quelques bons esprits conservent alors loin de la foule.
Il est de vastes pays où le goût n'est jamais parvenu : ce sont ceux où la société ne s'est point perfectionnée; où les hommes et les femmes ne se rassemblent point -, où certains arts, comme la sculpture ; la peinture des êtres animés , sont défendus par la religion. Quand il y a peu de société, l'esprit est rétréci , sa pointe s'émousse , il n'a pas de quoi se former le goût. Quand plusieurs beaux- arts manquent, les autres ont rarement de quoi se soutenir, parce que tous se tiennent par la main, et dépendent les uns des autres. C'est une des raisons pourquoi les Asiatiques n'ont jamais eu d'ouvrages bien faits presque en aucun genre , et que le goût n'a été le partage que de quelques peuples de l'Europe.
V oit aire.
Le goût est un heureux don de la nature, qui se perfectionne par l'étude et l'exercice. Duclos.
La jeunesse change ses goûts par l'ardeur du sang, et la vieillesse conserve les siens par l'accoutumance. La Rochefoucauld.
Le goût est le sentiment du beau. Duclos.
Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts , qu'il est extraordinaire de voir changer les inclinations. La Rochefoucauld.
Il y a beaucoup plus de vivacité que de goût parmi les hommes; ou, pour mieux dire, il y a peu d'hommes dont l'esprit soit accompagné d'un goût sûr et d'une critique judicieuse. La Bruyère.
Le bon goût vient plus du jugement que de l'esprit. La Rochefoucauld.
On renonce plus aisément à son intérêt qu'à son goût. La Rochefoucauld.
Il y a dans l'art un point de perfection , comme de bonté ou de maturité dans la nature : celui qui le sent et qui l'aime a le goût parfait-, celui qui ne le sent pas et qui aime en-deçà ou au-delà , a le goût défectueux. Il y a donc un bon et un mauvais goût, et l'on dispute des goûts avec fondement. ^
La Brujèrer
Les hommes qui ne cherchent dans les plaisirs du goût que des sensations physiques, dégradent leur âme, et finissent leur inutile existence dans les infirmités et l'abrutissement. Il faut que les plaisirs du goût servent à rendre plus vifs d'autres plaisirs. M. Droz.
Le goût, ce bon sens de l'éloquence, n'est point aussi vulgaire qu'on l'a prétendu -, il peut être exercé, mais il ne saurait s'apprendre-, car il tient, comme la raison , à quelques facultés élevées de l'âme. Aussi chez les premiers peuples littéraires, à Athènes , à Rome, en France , le goût et les mœurs se sont-ils toujours corrompus aux mêmes époques.
M. Valéry, Le bon n'est que le beau mis en action ; l'un tient intimement à l'autre, et ils ont tous deux une source commune dans la nature bien ordonnée. Il s'ensuit que le goût se perfectionne par les mêmes moyens que la sagesse , et qu'une âme bien touchée des charmes de la vertu doit à proportion être aussi sensible à tous les genres de beautés.
J.-J. Rousseau.
Le goût est en quelque manière le microscope du jugement-, c'est lui qui met les petits objets à sa portée , et ses opérations commencent où s'arrêtent celles du dernier. Que faut- il donc pour le cultiver? s'exercer à voir ainsi qu'à sentir, et à juger ^^li beau par inspection , comme du bon par senti- ^roent. /.-/. Rousseau.
C'est surtout dans le commerce des deux sexes que le goût, bon ou mauvais, prend sa forme-, sa culture est un effet nécessaire de l'objet de cette société. Mais quand la facilité de jouir attiédit le désir de plaire, le goût doit dégénérer-, et c'est là ,
DE MAXIMES. 2o3
ce me semble, une raison des plus sensibles pourquoi le bon goût tient aux bonnes mœurs.
J.-J. Rousseau.
^ranteitr.
11 y a dans le monde deux sortes de grandeurs : il y a des grandeurs d'établissement, et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d'établissement dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains états, et y attacher certains respects ; les dignités et la noblesse sont de ce genre. Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des hommes , parce qu'elles consistent dans des qualités réelles et affectives de l'âme ou du corps, qui rendent l'un ou l'autre plus estimable; comme les sciences, la lumière, l'esprit, la vertu , la santé, la force.
Nous devons quelque chose à l'une et à l'autre de ces grandeurs -, mais comme elles sont de nature différente, nous leur devons aussi différens respects. Aux grandeurs d'établissement, nous leur devons des respects d'établissement, c'est-à-dire de certaines cérémonies extérieures, qui doivent néanmoins être accompagnées d'une reconnaissance intérieure de la justice de l'ordre politique-, et ce serait une petitesse d'esprit, et une espèce de folie, que de refuser ces devoirs. Mais pour les respects
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naturels, qui consistent dans l'estime, nous ne les devons qu'aux grandeurs naturelles, et nous devons, au contraire, le mépris et l'aversion aux qualités contraires à ces grandeurs naturelles. Il n'est pas nécessaire parce qu'un tel homme est un grand seigneur , que je l'estime, mais il est nécessaire que je le salue. S'il est en même temps rera- • pli de probité , je rendrai ce que je dois à l'une et à l'autre de ces qualités. Fontenelle.
Un homme de mérite élevé aux grandeurs , tâche de consoler l'envie et d'échapper à la malignité. Mais malheureusement celui qui a le moins à prétendre , est toujours celui qui exige le plus. Moins il soutient la grandeur par lui-même , plus il l'appesantit sur les autres. 11 s'incorpore ses terres, ses équipages , ses aïeux et ses valets , et, sous cet attirail, il se croit un colosse. Proposez-lui de sortir de son enveloppe , de se dépouiller de ce qui n'est pas à lui, osez le distinguer de sa naissance et de sa place , c'est lui arracher la plus chère partie de son existence-, réduit à lui-même, il n'est plus rien. Étonné de se voir si haut , il prétend vous inspirer le respect qu'il s'inspire à lui-même. 11 s'habitue avec ses valets à humilier des hommes libres , et tout le monde est peuple à ses yeux. Marmontel.
La grandeur n'est jamais absolue ; elle ne croît et ne décroît que par comparaison : le même bâti-
DE MAXIMES. 2o5
ment, sur un fleuve, est un vaisseau -, sur la mer, il n'est plus qu'une barque. Sénèque.
La servitude la plus gênante de la grandeur, est de ne pouvoir en descendre. Sénèque.
Pour se désabuser de la grandeur, il faut la voir de près : on cesse bientôt de la désirer et de la craindre. La vraie grandeur de l'homme est dans le cœur. Thomas.
C'est une marque certaine de grandeur d'âme, lorsque les honneurs rendent un homme meilleur.
Saadi.
Il n'y a de vraie grandeur pour le souverain que celle qui est fondée sur ses propres forces.
Voltaire.
On peut se faire aimer de tous en ne perdant rien de sa grandeur, et l'on peut au contraire s'en attirer la haine , en ne pensant qu'à être grand.
Fénélon.
Rien n'est parfait sur la terre , et toute grandeur
a son côté faible. M. Lemontej.
11 est bien rare que les grands n'abusent pas de leur grandeur. Buclos.
La grandeur est comme certains verres qui grossissent tous les objets. Fénélon.
2o6 DICTIONNAIFxE
La grandeur morale est la seule véritable ; la raorr, qui détruit tout, la conserve et la couronne.
Young.
Les grands dédaignent les gens d'esprit qui n'ont que de l'esprit-, les gens d'esprit méprisent les grands qui n'ont que de la grandeur ; les gens de bien plaignent les uns et les autres , qui ont ou de la grandeur ou de l'esprit sans nulle vertu.
La Bruyère.
Jjabttuta.
L'habitude, qui flétrit certaines impressions, en rend d'autres infiniment plus vives. Diderot.
Beaucoup d'habitudes sont essentielles, utiles, qui n'ont cependant en elles-mêmes que peu ou point d'intérêt. De ce nombre sont certaines habitudes d'exercice, d'ordre, de propreté, de soin, de complaisance , qui tiennent à des détails ou pénibles, ou monotones, ou minutieux. Il est bon de s'habituer à faire machinalement tout ce qu'il est utile de faire , et qu'on ne ferait point d'ailleurs sans peine ou sans effort. Diderot.
L'attrait de l'habitude vient de la paresse naturelle à l'homme, et cette paresse augmente en s'y livrant -, on fait plus aisément ce qu'on a déjà fait; la route, étant frayée, devient plus facile à suivre. Aussi on peut remarquer que l'empire de l'habitude est très-grand sur les vieillards et sur les gens indolens, très-petit sur la jeunesse et sur les gens vifs. Ce régime n'est bon qu'aux âmes faibles , et les affaiblit davantage de jour en jour. La seule habitude utile aux enfans , est de s'asservir sans peine à la
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nécessité des choses -, et la seule habitude utile aux hommes, est de s'asservir sans peine à la raison. Toute autre habitude est un vice.
/.-/. Rousseau.
On commence à pratiquer la vertu par amourpropre , on continue par honneur, on persévère par habitude. Charron.
Un homme n'est pas vicieux parce qu'il a eu une faiblesse ; il n'est pas vertueux parce qu'il a fait une bonne action : c'est l'habitude des vertus ou des vices qui imprime le caractère de sagesse ou de libertinage , de crime ou de probité.
Cu de Ségur.
L'habitude inspire à la longue l'amour du vice comme de la vertu. Sénèque.
L'habitude se change en nature , et l'on fait à la longue avec plaisir ce qu'on faisait d'abord par nécessité. Sénèque,
L'habitude des penchans bons ou mauvais fait le caractère, comme l'habitude des moûvemens gracieux ou désagréables fait la physionomie.
Cle de Ségur.
L'habitude nous poursuit dans toutes les positions ; elle ne nous quitte quelquefois pas même à l'approche de la mort. Cle de Ségur.
Ce sont les souvenirs qui donnent tant de prix
à l'habitude. Duclos.
ijain^
La haine se condamne quelquefois à louer, pour acquérir le droit de déchirer. Malesherbes.
La haine des faibles n'est pas si dangereuse que leur amitié. J^auvenargues.
La haine n'est pas moins volage que l'amitié.
Trauvenargues .
La haine fait tout blâmer dans les personnes qu'on
hait, et y noircit jusqu'aux vertus. Duclos.
Plus notre haine est injuste, plus elle est opiniâtre,
Sénèque.
Lorsque notre haine est trop vive , elle nous met au-dessous de ceux que nous haïssons.
La Rochefoucauld.
11 est indigne d'un honnête homme de se servir
des débris d'une amitié qui finit , pour satisfaire une
haine qui commence. Fénélon.
Se regarder scrupuleusement soi - même , ne regarder que légèrement les autres, c'est le moyen d'éviter la haine. Confucius.
2io DICTIONNAIRE
Le terme où la haine meurt dans le cœur d'un honnête homme, est l'instant où l'infortuné fond sur celui qui en est l'objet. La Rochefoucauld.
Les haines sont si longues et si opiniâtres, que le plus grand signe de mort dans un homme malade , c'est la réconciliation. La Bruyère.
11 n'y a pas de haine plus dangereuse que celle que produit la honte d'un bienfait qui rend insolvable. Sénèque.
11 y a des gens qui haïssent, non pour le mal qu'ils ont reçu, mais pour celui qu'ils ont fait-, et dont la haine se nourrit du mal qu'ils veulent faire encore. M. Lacretelle aîné.
Nous sommes presque toujours coupables de la haine qu'on nous porte. Sénèque.
fyi&Xûixt.
Une des choses les plus capables d'intéresser l'homme et de l'instruire en charmant ses loisirs , c'est bien sans doute la lecture des ouvrages historiques. En liant le présent au passé , en développant la chaîne des nations et des siècles, l'histoire fait passer en quelque sorte sous nos yeux les peuples
DE MAXIMES. 2n
divers avec leurs mœurs et leurs lois , leurs époques de gloire et leurs époques de décadence. Nous aimons à remonter à leur origine, à connaître leurs fondateurs , à les suivre dans leurs progrès , à rechercher les causes de leur élévation comme celles de leur chute , à comparer les rôles qu'ils sonj venus jouer chacun à leur tour sur le théâtre du monde-, et, lorsqu'il est témoin de toutes ces scènes si variées, si rapides et souvent si tragiques, le lecteur réfléchi, le chrétien surtout, s'élève naturellement vers celui qui , du trône «immobile de son éternité, tient dans ses mains les rênes du monde, marque à chaque nation sa place comme à chaque individu, fait mourir les empires les plus anciens pour en créer de nouveaux , et seul est immuable au milieu de ces perpétuelles agitations.
M. Frajssinous.
L'histoire n'est trop souvent que l'oraison funèbre
des peuples morts, et la satire ou le panégyrique
des peuples vivans. M. de Bonald.
Beaucoup de gens lisent dans l'histoire et écrivent sur l'histoire ; très-peu lisent et écrivent l'histoire.
M. de Bonald.
L'histoire est la science des faits. L'histoire naturelle comprend les faits de la matière. L'histoire civile contient les actions des hommes , les exemples mémorables et les vicissitudes des choses hu-
maines. Supputer les époques et concilier les faits avec les temps , dévoiler le caractère et les mojuvemens des passions , rapporter les succès et les obstacles des grandes entreprises , suivre le fil des actions et leurs secrets ressorts , développer ce chaos nettement et d'un style simple ou énergique, sans aucun soupçon de crainte ou de partialité , tel est le rôle d'un historien, qui est peut-être encore à remplir-, tant il y a d'obscurité sur les temps passés, et de danger à traiter les affaires de son siècle.
Bacon.
Les premiers fondemens de toute histoire sont les récits des pères aux enfans , transmis ensuite d'une génération à une autre -, ils ne sont , tout au plus , que probables dans leur origine, quand ils ne choquent pas le sens commun; ils perdent un degré de probabilité à chaque génération. Avec le temps, la fable se grossit et la vérité se perd. Voltaire.
Tous les faits principaux de l'histoire doivent être appliqués à la morale et à l'étude du monde ; sans cela, la lecture est inutile. Voltaire.
Un des grands vices de l'histoire est qu'elle peint beaucoup plus les hommes par leurs mauvais côtés que par les bons -, comme elle n'est intéressante que par les révolutions, les catastrophes : tant qu'un peuple croît et prospère dans le calme d'un paisible gouvernement, elle n'en dit rien; elle ne corn-
DE MAXIMES. 2i3
mence à en parler que quand, ne pouvant plus se suffire à lui-même, il prend part aux affaires de ses voisins, ou les laisse prendre part aux siennes-, elle ne l'illustre que quand il est déjà sur son déclin : toutes nos histoires commencent où elles devraient finir. Nous avons fort exactement celles des peuples qui se détruisent -, ce qui nous manque est celle des peuples qui se multiplient; ils sont assez heureux et assez sages pour qu'elle n'ait rien à dire d'eux : et en effet, nous voyons, même de nos jours , que les gouvernemens qui se conduisent le mieux , sont ceux dont on parle le moins. J.-J. Rousseau.
L'histoire montre bien plus les actions que les hommes , parce qu'elle ne saisit ceux-ci que dans certains momens choisis, dans leurs vêtemens de parade. Elle n'expose que l'homme public qui s'est arrangé pour être vu. Elle ne le suit point dans sa maison, dans son cabinet, dans sa famille, au milieu de ses amis ; elle ne le peint que quand il représente 5 c'est bien plus son habit que sa personne qu'elle peint, /.-/. Rousseau.
L'étude de l'histoire ne peut être que pour quelques savans privilégiés, l'art de vérifier les dates-, mais elle doit être pour tous l'art d'observer et de juger les hommes. CLe Ferrand,
L'histoire renferme l'expérience du monde et la raison des siècles ; c'est un maître impartial dont
nous ne pouvons réfuter les raisonnemens , appuyés sur des faits ; il nous montre le passé pour nous annoncer l'avenir : c'est le miroir de la vérité.
Cte de Ségur.
L'histoire est le roman des faits , et le roman l'histoire des sentimens. L'histoire apprend que la vertu n'a rien à gagner avec les hommes -, que sur cent , à peine s'en trouve-t-il un vertueux par inclination -, qu'ils sont tous faux , perfides , etc. Le roman nous présente des modèles de fidélité, de droiture. Helvétius.
L'histoire est le témoin des temps , la lumière de la vérité , la vie de la mémoire , l'école de la vie , la messagère de l'antiquité. Cicéron.
Partout l'histoire s'est pliée aux mœurs et à l'esprit des temps. Un peuple a-t-il voulu primer dans son pays comme les Athéniens $ se rendre uniquement guerrier comme les Spartiates , conquérant comme les Romains , maître de la mer et du commerce comme les Carthaginois -, l'histoire a trouvé juste et grand tout ce qu'il a fait pour atteindre au but de son ambition. Le système de son gouvernement, ses lois, sa politique, sa morale même, tout a été soumis à la raison d'état. Les crimes nécessaires ou seulement utiles à sa grandeur , à sa puissance , se sont érigés en vertus. L'histoire, ainsi que les nations déprédatrices et conquérantes , semble avoir pris
DE MAXIMES. n5
pour règle d'équité le mol de Breimus: vœvictis!
Maimontel.
La vie des héros a enrichi l'histoire, et l'histoire a embelli la vie des héros : ainsi je ne sais qui sont plus redevables , ou ceux qui ont écrit l'histoire a ceux qui leur ont fourni une si noble matière, ou ces grands hommes à leurs historiens.
La Bruyère.
L'histoire des nations est un ramas de crimes , de folies et de malheurs, parmi lesquels on voit quelques vertus, quelques temps heureux $ comme on découvre des habitations répandues çà et là dans des déserts sauvages. Voltaire.
L'histoire est un appel des erreurs contemporaines aux jugemens de la postérité. Clede Ségur.
fyomme.
Les hommes ne vivraient pas long-temps en société , s'ils n'étaient les dupes les uns des autres.
La Rochefoucauld.
Combien d'hommes ressemblent à ces arbres déjà forts et avancés, que Ton transplante dans les jardins, où ils surprennent les yeux de ceux qui les voient placés dans de beaux endroits où ils ne les ont point vus croître, et qui ne connaissent ni leurs commencemens ni leurs progrès ! La Brujère.
Les hommes et les affaires ont leur point de pers-
pective. Il y en a qu'il faut voir de près pour en bien juger, et d'autres dont on ne juge jamais si bien que lorsqu'on est éloigné. La Rochefoucauld.
Il arrive souvent qu'un homme ne l'emporte sur les autres que parce que la fortune le favorise, et nous attribuons ses succès à son mérite -, si la fortune lui eût été contraire , nous l'eussions regardé comme un sot. Plaute.
Il est plus aisé de connaître l'homme en général, que de connaître un homme en particulier.
La Rochefoucauld.
L'homme passe sa vie à raisonner sur le passé ,
à se plaindre du présent, à trembler pour l'avenir.
Rivarol.
L'homme s'ennuie du bien , cherche le mieux , trouve le mal, et s'y soumet, crainte de pire.
M. de Lévis.
L'homme ne peut trop se mépriser, l'homme ne peut trop s'estimer. Le secret est de ne pas se méprendre , et de placer à propos le mérite et l'estime.
Young.
Les fils dont l'industrieuse araignée ourdit sa
toile, sont des câbles auprès des liens qui attachent
Thomme au bonheur et à la vie. Young.
Un mécontentement éternel poursuit et tourmente l'homme. Le monarque et le berger se plai-
gnent également de leur sort, et du trône à la chaumière les soupirs se répondent. Young.
Les plus grands hommes ont leur côté faible: summi homines, homines tamen. Il ne faut les juger que par leurs#qualités supérieures , comme , en littérature, nous jugeons Corneille par Cinna, et non par Agésilas ; Racine par Phèdre elAthalie, et non par Alexandre ; et Voltaire par OEdipey et non par les Lois de Minos. ***
Il y a une grande différence entre la connaissance de l'homme et la connaissance des hommes. Pour connaître l'homme , il suffit de s'étudier soimême-, pour connaître les hommes, il faut les pratiquer. Duclos.
Les hommes sont si accoquinés à leur être misérable, qu'il n'est si rude condition qu'ils n'acceptent pour s'y conserver. Montaigne.
Quand je me confesse à moi religieusement, je trouve que la meilleure bonté que j'aie a quelque teinture vicieuse. L'homme en tout et partout, n'est que rapiècement et bigarrure. Montaigne.
Les hommes sont nés les uns pour les autres. Il
uffrir.
Marc-Aurèle>
faut donc ou les enseigner ou les souffrir
11 ne faut point juger des hommes par ce qu'ils ignorent, mais par ce qu'ils savent, et par la manière dont ils le savent. Vauvenargues .
Il ne faut pas juger des hommes comme d'un tableau ou d'une figure , sur une seule et première vue : il y a un intérieur et un cœur qu'il faut approfondir : le voile delà modestie couvre le mérite, et le masque de l'hypocrisie cache la malignité. 11 n'y a qu'un très-petit nombre de connaisseurs qui discerne , et qui soit en droit de prononcer. Ce n'est que peu à peu , et forcés par le temps et les occasions, que la vertu parfaite et le vice consommé viennent enfin à se déclarer. La Bruyère.
L'homme honnête peut seul aimer les hommes en sûreté , peut seul en sûreté les haïr.
Confucius.
L'homme est immortel selon l'institution de sa nature , il est mortel selon sa corruption.
Sa crainte prouve sa misère et sa mortalité -, ses désirs sans bornes prouvent son immortalité.
Nicole.
Quand l'homme honnête voit un homme vertueux, il cherche à se conformer à ce modèle : il sait même profiter du spectacle du méchant, en cherchant s'il n'a pas avec lui quelque ressemblance.
Confucius.
L'homme est si misérable , que l'inconstance avec
laquelle il abandonne ses desseins, est, en quelque sorte, sa plus grande vertu-, parce qu'il témoigne par là qu'il y a encore en lui quelque reste de grandeur qui le porte à se dégoûter des choses qui ne méritent pas son amour et son estime. Nicole.
A voir comment en usent les hommes, on serait porté quelquefois à penser que la vie humaine et les affaires du monde sont un jeu sérieux, où toutes les finesses sont permises pour usurper le bien d'autrui, à nos périls et fortunes ; et où l'heureux dépouille en tout honneur le plus malheureux ou le moins habile. Vauvenargues.
Quand on connaît bien les hommes et qu'on veut les faire servir à ses desseins , on ne doit pas compter sur un appui aussi frivole que celui des discours et des promesses. Vauvenargues.
Ijmmmr.
Ce qu'on appelle honneur en général , n*a presque point d'objet certain : les hommes le placent où ils veulent , selon leur fantaisie , et il y a peu de choses honorables qui ne puissent devenir hon^ teuses par un autre tour d'imagination; de sorte que quoiqu'il ne dépende pas de l'opinion de nous faire aimer l'honneur, et que cette inclination soit
naturelle , il dépend néanmoins de l'opinion de l'attacher à une chose plutôt qu'à une autre. Nicole.
On peut distinguer dans ce qu'on appelle honneur, celui qui se tire de l'opinion publique, et celui qui dérive de l'estime de soi-même. Le premier consiste en vains préjugés plus mobiles qu'une onde agitée-, le second a sa base dans les vérités éternelles de la morale. L'honneur du monde peut être avantageux à la fortune \ mais il ne pénètre point dans l'âme, et n'influe en rien sur le vrai bonheur. L'honneur véritable , au contraire , en forme l'essence ; parce qu'on ne trouve qu'en lui ce sentiment permanent de satisfaction intérieure, qui seul peut rendre heureux un être pensant.
/.-/. Rousseau.
L'honneur qui se vend est toujours payé plus cher qu'il ne vaut. Duclos.
Le trafic de l'honneur n'enrichit pas.
Vauvenargues.
L'honneur est l'instinct de la vertu , et il en fait
le courage. Voltaire.
Une fois que l'on a rompu la barrière de l'honneur et de la bonne foi , cette perte est irréparable.
L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir. La Rochefoucauld.
11 en est de l'honneur comme de la neige, qui ne peut jamais reprendre son éclat, quand elle Ta perdu. Duclos.
L'honneur est comme l'œil , qui ne saurait souffrir la moindre impureté sans s'altérer ; c'est une pierre précieuse, dont le moindre défaut diminue beaucoup le prix. Bossuet.
Ce qu'est le salut pour l'autre vie, l'honneur l'est pour celle-ci 5 il est la ressource du sage dans les disgrâces qui lui arrivent. Duclos.
L'honneur gâte tout, en amour, dès qu'il y entre. D'abord c'est l'honneur des femmes qui est contraire aux intérêts des amans 5 et puis du débris de cet honneur- là les amans s'en composent un autre qui est fort contraire aux intérêts des femmes. Voilà ce que c'est que d'avoir mis l'honneur d'une partie dont il ne devait pas être. Fontenelle.
L'honneur se sent, et ne se raisonne pas : encore moins peut-il se commander. CLe Ferrand.
L'honneur des hommes et celui des femmes sont deux plantes d'espèces tout-à-fait différentes : l'une croît au grand jour, l'autre ne fleurit qu'à l'ombre.
M. Jouj.
Le véritable honneur n'est autre chose que la gêné-
reuse résolution de faire en toute occurrence ce qui peut distinguer avantageusement du commun des hommes. L'honneur affecte les hommes de tous les états : celui qui ne désire pas s'élever au-dessus de sa sphère, désire au moins s'attirer de la considération entre ses égaux. B. Franklin.
Le sentiment de l'honneur est le besoin de l'estime des hommes avec qui l'on vit. L'institution de l'honneur est née de l'insuffisance des lois , pour remplir le but de la société. M. Lacretelle aîné.
L'honneur (non pas celui des monarchies , mais celui de la société humaine) veut que les hommes s'imposent , entre eux , de ces actions où la loi craindrait de se compromettre , en les prescrivant.
M. Lacretelle aîné.
Les honneurs deviennent une flétrissure, lorsqu'un indigne en est revêtu. Publias Sjrus.
i)urojmtt£
L'humanité est un sentiment réfléchi; l'éducation seule le développe et le fortifie. Helvétius.
On ne peut être juste, si Ton est humain.
J^auvenargaes.
L'humanité est la première des vertus.
Vauvenargues.
11 n'y a ni vertu , ni vrai courage , ni gloire solide,
sans l'humanité. Fénélon.
Malheur à qui ne sait pas sacrifier un jour de plaisir aux devoirs de l'humanité \ J.-J. Rousseau.
Une femme et des enf ans' augmentent l'humanité chez les hommes. Bacon.
fyummr.
Notre humeur met le prix à tout ce qui nous vient de la fortune. La Rochefoucauld.
Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune. La Rochefoucauld.
Il y a plus de défauts dans l'humeur que dans l'esprit. La Rochefoucauld.
On peut dire de l'humeur des hommes comme de la plupart des bâtimens , qu'elle a diverses faces , les unes agréables , et les autres désagréables.
La Rochefoucauld.
Les fous et les sottes gens ne voient que par leur humeur. L,a Rochefoucauld.
La fortune et l'humeur gouvernent le monde.
La Rochefoucauld.
Le calme ou l'agitation de notre humeur ne dépend pas tant de ce qui nous arrive de plus considérable dans la vie , que d'un arrangement commode ou désagréable de petites choses qui arrivent tous les jours. La Rochefoucauld.
L'humeur est comm# la mauvaise herbe qui mange tout, et empêche tout ce qui est bon, en plantes et en semences , de se produire , et , par conséquent, de se reproduire et de profiter. Cette comparaison est si juste , que je vois les gens les meilleurs , les plus justes , quelquefois les plus aimables, les plus délicats, les plus honnêtes, hors de la possibilité de paraître ce qu'ils sont. Toutes leurs bonnes qualités sont interceptées par leur humeur-, c'est comme s'ils n'en avaient pas.
Le prince de Ligne.
Ce qu'on appelle humeur est une chose trop négligée parmi les hommes ; ils devraient comprendre qu'il ne leur suffit pas d'être bons, mais qu'ils doivent encore paraître tels, du moins s'ils tendent à être sociables , capables d'union et de commerce , c'està-dire être des hommes. L'on n'exige pas des âmes malignes qu'elles aient de la douceur et de la souplesse ; elle ne leur manque jamais , et elle leur sert de piège pour surprendre les simples et pour faire valoir leurs artifices : l'on désirerait de ceux qui
DE MAXIMES. i?r>
ont un bon cœur, qu'ils lussent toujours plians, faciles, complaisans, et qu'il fût moins vrai quelquefois que ce sont les médians qui nuisent, et les bons qui font souffrir. La Bruyère.
L'esprit ne nous garantit pas des-sottises de notre humeur. Vauvenargues.
L'humeur est une inégalité qui dispose à l'impatience. Vauvenargues.
fyypocvizu.
L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ; oui, comme celui des assassins de César, qui se prosternaient à ses pieds pour l'égorger plus sûrement. Couvrir sa méchanceté du dangereux manteau de l'hypocrisie, ce n'est point honorer la vertu , c'est l'outrager en profanant ses enseignes -, c'est ajouter la lâcheté et la fourberie à tous les autres vices -, c'est se fermer pour jamais tout retour vers la probité. Il y a des caractères élevés qui portent jusque dans le crime je ne sais quoi de fier et de généreux, et q«i laissent voir au dedans encore quelque étincelle de ce feu céleste , fait pour animer les belles âmes. Mais l'âme vile et rampante de l'hypocrite est semblable à un cadavre où Ton ne retrouve plus ni feu , ni chaleur , ni retour à la vie.
J.-J . Rousseau.
L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. La Rochefoucauld.
L'hypocrisie n'est pas une passion, mais le masque de toutes les passions. Bon Massias.
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3irie*.
La. manière de former les idées est ce qui donne un caractère à l'esprit humain. L'esprit qui ne forme ses idées que sur des rapports réels est un esprit solide-, celui qui se contente des rapports apparens est un esprit superficiel ; celui qui voit les rapports tels qu'ils sont est un esprit juste-, celui qui les apprécie mal , est un esprit faux -, celui qui controuve des rapports imaginaires qui n'ont ni réalité ni apparence, est un fou-, celui qui ne compare point est un imbécile. L'aptitude plus ou moins grande à comparer des idées et à trouver des rapports , est ce qui fait dans les hommes le plus ou moins d'esprit.
Les idées simples ne sont que des sensations comparées. Il y a des jugemens dans les simples sensations , aussi bien que dans les sensations complexes , que j'appelle des idées simples. Dans la sensation , le jugement est purement passif; il affirme qu'on sent ce qu'on sent. Dans la perception ou idée , le jugement est actif; il rapproche , il compare, il détermine des rapports que le sens ne détermine pas. Voilà toute la différence, mais elle est grande. Jamais la nature ne nous trompe -, c'est toujours nous qui nous trompons. J.-J. Rousseau.
Nos idées ne viennent pas des sens , mais par les sens. Cette distinction est capitale. A ceux qui me demanderont d'où elles viennent, je demanderai à mon tour d'où part la voix de la conscience. Peutêtre faudra- t-il reconnaître qu'il y a un autre monde que l'univers physique, et que de cet univers où habite la vérité même , descend une lumière qui éclaire l'intelligence de tout homme venant en ce monde. Or, les idées ne sont que les rayons de cette clarté divine. Les sensations représentent les matériaux d'un monument-, la réflexion, le temps pendant lequel l'architecte les examine -, et la pensée , le trait de génie qui les place dans l'édifice. Lorsque les pierres tirées des entrailles de la terre sont accumulées devant la place qui attend le monument futur, ne faut-il pas que l'image du palais tout construit existe déjà dans l'esprit de l'architecte pour qu'il puisse ranger ces pierres dans l'ordre qui leur convient, les faire monter en colonnes , les arrondir en voûtes , et deviner les proportions de l'ordre ionique ou corinthien ? Deux pierres élevées l'une auprès de l'autre dans les airs, et formant un angle, annoncent une idée. Le temple ne pourrait pas être construit sans les pierres 5 mais ce ne sont pas les pierres qui font le temple , c'est la pensée.
Ed. AlleiZ y Essai sur l'homme.
Nos idées sont plus imparfaites que la langue.
Vauvenargues.
Une nouvelle idée vient de la comparaison de deux ehoses que Ton n'a pas encore comparées.
llclvétius.
Les hommes ont les mêmes idées dans les situations semblables. Lévesque.
L'art de conduire les hommes n'est autre que celui d'associer leurs idées. Cardal de Retz.
Les idées gouvernent le monde. Bacon.
La mesure du bonheur ou du malheur de l'homme, c'est l'idée qu'il en a. Oxenstiern.
J^novance.
L'ignorance n'est un obstacle ni au bien ni au mal j elle est seulement l'état naturel de l'homme.
J.-J. Rousseau.
l/ignorance n'a jamais fait de mal , l'erreur seule est funeste > et Ton ne s'égare point parce qu'on ne sait pas , mais parce qu'on croit savoir.
J.-J. Rousseau.
L'ignorance et le mépris des devoirs produisent le même effet : l'une part d'une éducation fausse , l'autre vient du défaut absolu d'éducation. Duclos.
Notre ignorance nous ferait pitié, si notre vanité ne. nous en dérobait la connaissance. Fontenelle.
23o DICTIONNAIRE
Il y a trois sortes d'ignorance : ne rien savoir , savoir mal ce qu'on sait, et savoir autre chose que ce qu'on doit savoir. Duclos.
C'est la profonde ignorance qui inspire le ton dogmatique. Celui qui ne sait rien croit enseigner aux autres ce qu'il vient d'apprendre lui- même 5 celui qui sait beaucoup pense à peine que ce qu'il dit doit être ignoré , et parle plus indifféremment.
La Bruyère.
La cause la plus ordinaire et la plus naturelle de l'ignorance est l'amour du repos -, car il en coûte pour devenir habile , et il n'y a que l'ignorance qui soit aisée. Une seconde cause est le défaut d'émulation : ce défaut peut venir de ce que les personnes distinguées par le rang et par la naissance ne mettent point les sciences en honneur. Les suites de l'ignorance sont d'une extrême conséquence ; l'oisiveté en est le premier fruit , et de l'oisiveté naissent tous les vices. Saint-Évremont.
L'ignorance est incapable d'entendre les choses élevées-, on n'est propre à rien quand on n'a pas cultivé son esprit. Phocjlide.
Les grands crimes n'ont guère été commis que par de célèbres ignorans. Voltaire.
C'est le comble de l'ignorance que d'être orgueilleux. Fojitenelle.
DE MAXIMES. 23i
L'ignorance vaut mieux que cette fausse science
qui lait que l'on s'imagine savoir ce qu'on ne sait
pas. Amauld de Port-Royal.
L'ignorance est la plus grande maladie du genre humain. Voltaire.
Nous préférons l'ignorance qui précède la science, à l'ignorance qui la suit. Montaigne.
L'esprit aime à s'abandonner à ses ignorances.
Bossuet.
Le plus noble prix de la science est le plaisir
d'éclairer l'ignorance. L'abbé de Saint-Pierre.
11 n'y a d'ignorans que ceux qui veulent l'être.
Platon.
Sous la constitution la plus libre , un peuple ignorant est toujours esclave. Condorcet.
Dieu, et les rois, sont mal loués et mal servis par les ignorans. Voltaire.
L'entiçre ignorance s'ignore elle-même.
Montaigne.
Notre première et notre plus grande ignorance
est de nous ignorer. Plutarque.
11 y a deux sortes d'ignorance : nous commençons par la première, nous finissons .par la seconde.
M. Ancillon.
L'ignorance raisonnée, ou la conviction de l'impossibilité où se trouve l'esprit humain de dépasser certaines limites, est la science de l'homme.
M. Ancillon.
3lUt£t0tt#.
Le moment où l'on perd les illusions de la jeunesse , laisse souvent des regrets ; mais quelquefois on hait le prestige qui vous a trompé. (Test Armide qui brûle et détruit le palais où elle fut enchantée.
Chamfoi
La nature a voulu que les illusions fussent poi les sages comme pour les fous , afin que les premiers ne fussent pas trop malheureux par leur propre sagesse. Chamfort.
On se livre aux illusions sans danger, si l'on a formé sa raison, si l'on pense avec sagesse que la situation où l'on est placé par le sort a des avantages que nulle autre ne pourrait offrir. L'imagination embellit alors quelques heures de la vie, sans la troubler jamais. M. Droz.
Celui qui souhaiterait réellement des illusions aurait au-delà de ses vœux. Fontenelle.
De toutes les illusions , la plus agréable, c'est l'espoir d'occuper de soi après qu'on n'existe plus.
DE MAXIMES. i'S5
Cette fumée de gloire n'est pas déraisonnable, et peut faire faire de grandes choses.
Le prince de Ligne. Les illusions superstitieuses ne conviennent ni à nos mœurs ni à nos lumières; c'est sur des bases plus solides qu'il faut fonder la société humaine , et c'est dans la nature et la vérité qu'il faut chercher les principes des lois d'où dépendent le bonheur des hommes. Mais ne nous y trompons pas-, tant que . les lumières ne seront pas généralement répandues , et que toutes les vérités utiles ne seront pas devenues les préjugés des peuples , il se mêlera toujours quelques superstitions dans les opinions comme dans les affections de la multitude. Tâchons au moins que ces illusions soient utiles. M. Suard.
Le cœur est la source ordinaire des illusions de l'esprit. Nicole,
On se fait des illusions pour jouir, sans vertus , du calme de la conscience. Saint- Lambert.
Tant que le cœur conserve des désirs, l'esprit garde des illusions. • Chateaubriand.
Le philosophisme , qui détruit toutes les illusions , est une mort anticipée. V La Harpe.
Nos sages et doctes aïeux ont brûlé religieuse-
ment des gens dont le crime était d'avoir eu des illusions , et de le dire. Condorcet.
Ayons recours aux illusions pour nous défendre contre les vérités affligeantes, comme nous prenons un manteau pour nous garantir des frimas.
Anonyme.
On a grand tort de blâmer les illusions du bel âge. Passe encore si la vérité les remplaçait ; mais non : de tristes erreurs leur succèdent pour l'ordinaire. Si nous voyons , à vingt-cinq ans , tout en beau , si nous croyons tous les hommes bons et vertueux , nous en somnjes quelquefois dupes, j'en conviens-, mais aussi nous faisons plus de frais pour leur plaire, nous tenons davantage à leur estime , notre conduite en vaut mieux , et en général nous avons moins à nous en plaindre. À quarante ans, au contraire, nous nous exagérons presque toujours les torts de la société, et des individus qui la composent ; notre confiance est détruite ; mais si nous avons lieu d'être mécontens des autres, oserions-nous répondre que nous ne les avons jamais repoussés par nos manières dédaigneuses, ou par notre excessive réserve ? Oserions-nous répondre que nous n'avons pas , de notre côté , des reproches graves à nous faire ? Anonyme.
Jmaamatùnt.
Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! 11 perd .
pour ainsi dire , tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère , et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux. En elfet, l'homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu'il désire, qui le soumet à son imagination , qui le lui rend présent et sensible , qui le lui livre en quelque sorte, et, pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l'objet même : rien n'embellit plus cet objet aux yeux du possesseur; on ne se figure point ce qu'on voit; l'imagination ne pare plus rien de ce qu'on possède-, l'illusion cesse où commence la jouissance. J.-J. Rousseau.
L'imagination est le don de concevoir les choses d'une manière figurée, et de rendre ses pensées par des images. Ainsi l'imagination parle toujours à nos. sens -, elle est l'invention des arts et l'ornement de l'esprit. Vauvenargues .
L'imagination est le meilleur et le plus utile de nos sens-, celui-là fait la fonction des autres-, il commence là où les autres finissent , et va beaucoup au-delà. Il n'a pas besoin que l'objet vienne le chercher : il va le saisir où il est, même où il n'est pas; il le trouve toujours, il se moque de la nature, et fait toucher et voir dans les plus grandes distances.
Thomas.
C'est le lot des esprits rares d'allier la justesse avec l'imagination. Hehétius.
Respecte et cultive ton imagination , car tout dépend d'elle ; afin qu'elle n'engendre point dans ton esprit des opinions contraires à la nature , et indignes de la raison. Marc-Aurèle.
Tous nos plaisirs sont fugitifs , et tous sont réels. Faculté merveilleuse , l'imagination réveille les plaisirs passés , charme l'instant qui s'écoule , et voile l'avenir, ou l'embellit d'espérances. M. Droz.
L'imagination ressemble tantôt à ces magiciennes qui transportaient sur des bords enchantés les héros objets de leur amour, tantôt à leurs ennemies, qui multipliaient autour de lui les périls. Livrée à ses caprices, peut-être nous ferait-elle redouter mille maux chimériques, aussi féconde pour enfanter des tourmens qu'elle est ingénieuse à créer des plaisirs. La raison, qui ne peut la suivre toujours, doit lui montrer du moins quels sentiers le bonheur l'invite à parcourir. M. Droz.
Les imaginations fortes sont contagieuses.
Mallebranche.
L'imagination des sots n'atteint pas à l'esprit, celle des sages n'atteint pas au génie.
Condorcet.
L'imagination est comme la messagère qui entretient la correspondance de l'entendement et de la volonté. Les sens sont à ses ordres pour lui rapporter les objets 5 elle en rend compte à la raison qui, après les avoir examinés, les renvoie à la volonté, pour en décider en dernier ressort. Il ne faut donc pas s'étonner si l'imagination a tant d'empire sur nos pensées et nos actions. Comme elle a des ministres infidèles , et qu'elle-même est une interprète fort équivoque , elle devient la source de nos erreurs et de nos crimes. Bacon.
L'imagination agit sur nos sens -, elle tient les rênes du mécanisme de l'homme, en sorte que tel mouvement doit cesser, dès que l'image qui Ta occasioné disparaît : l'homme qui se promenait s'arrête tout à coup, parce qu'il est saisi d'une idée qui enchaîne, pour ainsi dire, ses pas, en captivant son imagination. Bacon,
Sans l'imagination , de quoi l'homme jouirait-il , puisque le passé n'est plus, que le présent coule incessamment de l'avenir dans le passé , et que l'avenir n'est point encore? Du passé, du présent et de l'avenir, cette fée bienfaisante crée une réalité mensongère sur laquelle repose et se berce doucement la frêle humanité. Bon Massifs.
Le grand secret de ceux qui entrent dans les
emplois est de saisir d'abord l'imagination des hommes par une action que quelques circonstances leur rendent particulières. Cardal de Retz.
Les imaginations vives aiment mieux de loin que de près. Duclos.
Les personnes qui ont l'imagination vive grossissent les objets -, elles prennent les saillies de leur imagination, ou les sentimens qu'elles ont de leurs dispositions , pour le fond de leur cœur. Ainsi , quelque sincères qu'elles soient, elles se trompent souvent elles-mêmes : il n'y a que la connaissance du détail de leurs actions qui puisse donner une véritable idée de leur caractère. Nicole.
L'imagination est la folle de la maison-, elle ne cesse de faire du bruit et d'étourdir -, l'esprit même est entraîné par elle 5 il ne peut s'empêcher de voir les images qu'elle lui présente. Fénélon.
Les hommes d'une imagination forte parlent avec une autorité despotique; les ignorans et les faibles écoutent avec une admiration servile ; les bons esprits examinent. Voltaire.
En toute chose l'habitude lue l'imagination, il n'y a que les objets nouveaux qui la réveillent. Dans ceux que l'on voit tous les jours , ce n'est plus
DE MAXIMES. a3g
l'imagination qui agit, c'est la mémoire -, et voilà la raison de l'axiome : ab assuetis nonfitpassio , car ce n'est qu'au feu de l'imagination que les passions s'allument. J.-J. Rousseau.
Rien ne nuit tant à l'imagination que de lui donner un but , de la soumettre à un système. Elle en contracte de la froideur et de l'affectation.
M. de Baranle.
L'imagination va toujours plus loin que la réalité.
Cte de Se'gur.
Il est nécessaire de se tenir en garde contre l'imagination : elle nuit presque toujours au jugement et à la mémoire. Par elle, les chimères remplacent les réalités, et trop souvent nous entraînent, d'erreur en erreur, de folie en folie, jusqu'à notre ruine totale. . Anonyme.
Jttigttttitute.
Tel homme est ingrat , qui est moins coupable de son ingratitude que celui qui lui a fait du bien.
La Rochefoucauld.
L'ingratitude doit exciter plus de mépris que de chagrin ; la plus cruelle situation pour une âme élevée, est d'avoir à se plaindre de ceux à qui l'on doit. Duclos.
L'ingratitude la plus odieuse, mais cependant
*4e DICTIONNAIRE
la plus commune et la plus ancienne , est celle des enfans envers leurs pères. V auvenargues .
Le trop grand empressement qu'on met à s'acquitter d'une obligation , est une espèce d'ingratitude. La Rochefoucauld.
On ne trouve guère d'ingrats tant qu'on est en état de faire du bien. . La Rochefoucauld.
L'ingratitude consiste à oublier , à méconnaître , ou reconnaître mal les bienfaits-, et elle a sa source dans l'insensibilité , l'orgueil ou l'intérêt. Duclos.
On s'irrite contre les ingrats , parce que l'on veut de la reconnaissance par amour-propre. Fénélon.
Il vaut mieux s'exposer à l'ingratitude que de manquer au malheur. La Brujère.
L'ingratitude ne décourage pas la bienfaisance , mais elle sert de prétexte à Fégoïsme. M. deLévis.
Il y a beaucoup moins d'ingrats qu'on ne croit , car il y a bien moins de généreux qu'on ne pense. Celui qui tait la grâce qu'il a reçue , est un ingrat qui ne la méritait pas ; celui qui publie celle qu'il a faite la tourne en injure. S aint-Év remont.
Tout le monde déteste l'ingrat-, chacun se croit
offensé par sa conduite ; parce qu'elle tend à refroidir la générosité , et on le regarde comme l'ennemi commun de tous ceux qui ont besoin de secours.
Cicéron.
L'ingratitude est le crime des sociétés comme des
individus. Sénèque.
Une erreur des ingrats, c'est de croire que l'usufruit d'un bienfait doit être gratuit, tandis qu'ils paient à leurs créanciers des intérêts , sans préjudice du capital. Les bienfaits ont aussi leurs intérêts : on a plus à payer quand on paie plus tard. 11 y a de l'ingratitude à rendre un bienfait sans arrérages.
Sénèque.
L'ingratitude serait plus rare , si les bienfaits à usure étaient moins communs. On aime ce qui nous fait du bien 5 c'est un sentiment si naturel ! L'ingratitude n'est pas dans le cœur de l'homme, mais l'intérêt y est : il y a moins d'obligés ingrats , que de bienfaiteurs intéressés. Si vous me vendez vos dons , je marchanderai sur le prix ; mais si vous feignez de donner pour vendre à votre mort, vous usez de fraude. C'est d'être gratuits qui les rend inestimables. J.-J. Rousseau.
L'ingratitude est une furie au cœur de marbre.
Shakspeare.
L'ingratitude de nos propres enfans, n'est-ce pas
comme si la bouche mordait la main qui lui porte
la nourriture ? Shakspeare.
Le plus ingrat des hommes est celui qui n'a jamais fait d'ingrats.
Naudé.
L'orgueil et la vanité sont ingrats.
L'ingratitude, fille de l'intérêt et de la vanité, est le vice des petites âmes. Condorcet.
On se plaint des ingrats qu'on n'a pas faits , pour se défendre des ingrats que l'on ne veut pas faire.
Naudé.
3ttju#tta.
Ceux qui commettent une injustice , seraient les premiers à la détester s'ils en souffraient.
Publius Sjrus.
On n'est pas moins injuste en ne faisant pas ce qu'on doit faire , qu'en faisant ce qu'on ne doit pas faire. Marc-Aurèle.
Même aux yeux de l'injuste, un injuste est horrible.
Boileau.
Les hommes sont si injustes , qu'à leurs yeux ,
être malheureux , c'est avoir tort. La Harpe.
Faire une injustice, c'est être impie.
Marc-Aurèle.
Une injustice qu'on voit et qu'on tait , on la
commet soi-même. J.-J. Rousseau.
Toutes les injustices ont été mises en lois.
M. Lanjuinais.
En politique , l'injustice est dangereuse par ellemême. C* FerrancL
On Supporte la rigueur, on se révolte contre l'injustice. Lévesque.
Les caractères les plus doux, lorsqu'ils sont persécutés par l'injustice, deviennent souvent les plus intraitables : la raison en est, sans doute, que leur résolution ayant été mûrie par la réflexion, devient par cela même inébranlable. Richardson.
Une injustice faite à un seul , est une menace faite à tous. La Harpe,
De la' force à l'injustice , il n'y a qu'un pas.
Condorcet.
Se plaindre d'une injustice, c'est presque toujours en provoquer une nouvelle! Anonyme.
Jtttuvittce.
L'innocence est le premier charme de la beauté, et rien ne retrace l'innocence comme le remords.
Duclos.
L'innocence est une santé précieuse de l'âme ;
c'est une ressource et une consolation dans les plus affreuses douleurs. Fénélon.
C'est le dernier degré de l'opprobre, de perdre avec l'innocence le sentiment qui la fait aimer.
J.-J . Rousseau.
C'est enhardir et absoudre le crime, que de condamner l'innocence. Bossuet.
L'accord de l'amour et de l'innocence semble être le paradis sur la terre. C'est le bonheur le plus doux , et l'état le plus délicieux de la vie.
/.-/. Rousseau.
L'innocence est la félicité du malheureux.
Publius Syrus.
L'innocence est toujours environnée de son propre
éclat. Publius S y rus.
Il s'en faut bien que l'innocence trouve autant de protecteurs que le crime. La Harpe.
Un coupable puni est un exemple pour la multitude, un innocent condamné est l'affaire de tous les honnêtes gens, Mirabeau.
3tt£*tt#Mité.
L'excès de la douleur produit quelquefois l'insensibilité, surtout dans les premiers momens. Le cœur,
Irop vivement frappé, est étourdi de 4a grandeur de ses blessures; il demeure d'abord sans mouvement, et, s'il est permis de s'exprimer ainsi , le sentiment se trouve noyé pendant quelque temps dans le déluge de maux dont Famé est inondée. Mais , le plus souvent, l'espèce d'insensibilité que quelques personnes font paraître , au milieu des souffrances les plus grandes , n'est simplement qu'extérieure. Le préjugé, la coutume, l'orgueil, ou la crainte de la honte, empêchent la douleur d'éclater au dehors , et la renferment tout entière dans le cœur. Nous voyons par l'histoire, qu'à Lacédémone, les enfans fouettés au pied des autels jusqu'à effusion de sang , et même quelquefois jusqu'à la mort , ne laissaient pas échapper le moindre gémissement. Il ne faut pas croire que ces efforts fussent réservés à la constance des Spartiates.' Les barbares et les sauvages , avec lesquels ce peuple si vanté avait plus d'un trait de ressemblance, ont souvent montré une pareille force , ou , pour mieux dire, une semblable insensibilité apparente. Diderot.
Celui que l'expérience a rendu insensible , prouve assez qu'elle n'a fait que développer une disposition qui d'avance existait en lui. De Lingrée.
L'insensibilité à la vue des misères est dureté ; s'il y entre du plaisir, c'est cruauté. V 'auvenargues \
On est ordinairement insensible quand on veut
a46 DICTIONNAIRE
paraître plus compatissant pour les autres que pour
soi-même. Duclos.
Ou ne peut être sensible au plaisir, et insensible à la douleur. Oxenstiern.
L'insensibilité de l'égoïsme prend souvent le nom de philosophie. Condorcet.
L'âme déchirée d'une vive douleur, se réjouit de nouvelles douleurs \ elle espère que leur excès lui donnera la mort. ou l'insensibilité. J.-J. Rousseau.
Nous honorons quelquefois l'insensibilité du nom de courage. ***
3tttër&
L'intérêt parle toutes sortes de langues , et joue toutes sortes de personnages, même celui de désintéressé. La Rochefoucauld.
L'intérêt, qui aveugle les uns, fait la lumière des autres. La Rochefoucauld.
L'intérêt ferait nier les propositions de géométrie les plus évidentes , et croire les contes religieux les plus absurdes, Helvétius.
Nous nous persuadons souvent d'aimer les gens
DE MAXIMES. a47
plus puissans que nous, et néanmoins c'est l'intérêt seul qui produit notre amitié -, nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons faire , mais pour celui que nous en voulons recevoir. La Rochefoucauld.
L'intérêt met en œuvre toutes sortes de vertus et de vices. La Rochefoucauld.
Le bon naturel qui se vante d'être si sensible, est souvent étouffé par le moindre intérêt.
La Rochefoucauld.
L'intérêt, que l'on accuse de tous nos crimes, mérite souvent d'être loué de nos bonnes actions.
La Rochefoucauld.
L'intérêt bien entendu, c'est-à-dire guidé par la raison, est plus favorable à la vertu qu'au vice; parce que les vices lui sont moins utiles que les vertus. Anonyme.
L'intérêt est la fin de 1 amour -propre ; la générosité en est le sacrifice. Vauvenartiues.
C'est à notre cœur à régler le rang de nos intérêts, et à notre raison de les conduire.
ï^auvenavgues.
Comptez rarement sur Testime et sur la confiance d'un homme qui entre dans tous vos intérêts, s'il ne vous parle aussitôt des siens. Fauven argues.
L'intérêt nous console de la mort de nos proches, comme l'amitié nous consolait de leur vie.
L'intérêt est la règle de la prudence.
L'intérêt général de la société est la loi des souverains. Fénélon.
Aucune passion n'aveugle autant que l'intérêt : il empêche de voir l'évidence. Cu de Ségur.
Les intérêts particuliers font aisément oublier l'intérêt public. Montesquieu.
3nt0lir<mt — Sntolinmc*.
L'intolérant est celui qui oublie qu'un homme est son semblable, et qui le traite comme une bête cruelle , parce qu'il a une opinion différente de la sienne. La religion sert de prétexte à celte injuste tyrannie , dont l'effet est de ne pouvoir souffrir une façon dépenser différente de la sienne; tandis que sa véritable source vient de l'aveuglement, de la présomption , et de la méchanceté du cœur humain. Elle est si grande cette méchanceté , que tout homme de lettres, qui cherche ici-bas le repos, doit sans cesse prier Dieu de lui faire trouver grâce auprès des intolérans; ceux de cet ordre ne sont pas d'ordinaire les plus habiles , et les plus zélés ne sont pas toujours
les plus gens de bien -, mais les gouverneurs des États doivent tenir pour bons sujets tous les habitons pacifiques. Un seul est notre docteur, savoir , Jésus- Christ ; et nous sommes tous frères, dit l'Ecriture.
L'intolérant doit être regardé dans tous les lieux du monde comme un homme qui sacrifie l'esprit et les préceptes de sa religion à son orgueil 5 c'est le téméraire qui croit que l'arche doit être soutenue par ses mains; c'est presque toujours un homme sans religion, et à qui il est plus facile d'avoir du zèle que des mœurs. Le Chever de Jaucourt.
L'intolérance est une passion féroce qui porte à haïr et à persécuter ceux qui sont dans l'erreur. Mais, pour ne pas confondre des choses fort diverses, il faut distinguer deux sortes d'intolérance : l'ecclésiastique et la civile.
L'intolérance ecclésiastique consiste à regarder comme fausse toute autre religion que celle que l'on professe, et à le démontrer sur les toits, sans être arrêté par aucune terreur, par aucun respect humain -, au hasard même de perdre la vie.
L'intolérance civile consiste à rompre tout commerce et à poursuivre, par toutes sortes de moyens violens, ceux qui ont une façon de penser sur Dieu, et sur son culte , autre que la nôtre.
Le Chever de Jaucourt.
Une déclaration de tolérance n'est au fond qu'un
2Do DICTIONNAIRE
acte d'intolérance ; il ne faut pas plus de permission pour penser que pour respirer. T. Pajne.
Il faut être tolérant pour les intolérans mêmes, et ne haïr que les persécuteurs.
Le Cardal de Belloy.
Si je faisais une religion, je mettrais l'intolérance au rang des sept péchés mortels. Voltaire.
Si un intolérant s'expliquait nettement sur ce qu'il est , quel est le coin de la terre qui ne lui fût fermé? et quel est l'homme sensé qui osât aborder le pays qu'habite l'intolérant?
Le CliesT de Jaucourt.
L'intolérance est une faiblesse d'esprit.
Vauven argues .
Il faut être bien fort , ou bien fou, pour oser être
intolérant. Voltaire.
Si l'on rompt tout lien avec celui qu'on appelle impie , on rompra aussi avec celui qu'on appellera avare, impudique, ambitieux, colère, vicieux. On conseillera une rupture aux autres, et trois ou quatre intolérans suffiront pour déchirer toute la société.
Le Chevnr de Jaucourt.
DE MAXIMES. i5i
La jalousie est l'aliment et le poison de l'amour. C'est elle qui fait les amans délicats et les maîtresses emportées. Quand elle est douce et modérée , on ne l'entend se plaindre qu'avec retenue, on ne la voit soupçonner qu'avec précaution : aussi enfant que l'amour , elle se joue avec lui , et le corrige en badinant : c'est sous cette forme, c'est sous ces traits, qu'il faut l'admettre dans un commerce tendre. Fuyez-la quand , sur les pas des furies , elle se précipite un poignard à la main, quand elle gémit, quand elle crie auprès du tombeau qu'elle a creusé, et qu'elle mêle son sang avec celui qu'elle a fait répandre. Astrée inquiète, est bien plus aimable que Médée furieuse. Il faut être délicat, et jamais jaloux. La délicatesse est toujours tendre ; la jalousie est souvent cruelle. Le Cardal de Bernis.
Quelle passion , quelle triste et cruelle passion que celle de la jalousie! D'abord ressemblante à l'amour dont elle a reçu la naissance , elle est douce , tendre et timide; honteuse d'elle-même, elle se cache et dévore en secret le fiel qui la consume. Mais tout à coup elle se dresse et s'élance , comme un serpent gonflé de son propre venin. Et qu'est-ce qui l'irrite?
bien souvent on l'ignore. D'autant plus redoutable que Fapparence la plus faible et l'indice le plus léger en est le germe le plus imperceptible -, et qu'une fois jeté dans l'âme , ce germe empoisonné change tout en poison. MarmonteL
Il faut plus craindre la jalousie de ses amis, que les ruses de ses adversaires. Publius Syrus,
Dans les hommes, la jalousie est plus sombre , plus fière et plus humiliante : dans les femmes d'un caractère superbe et violent , elle éclate par des fureurs ; mais c'est pour les femmes timides , tendres et délicates, qu'elle est un supplice cruel et digne de pitié. MarmonteL
La jalousie est , parmi les passions , ce qu'est parmi les maladies la rage , la plus inconcevable dans son principe , la plus difficile à guérir , la plus terrible dans ses effets.
Ce n'est que d'un extrême amour que peut naître une extrême jalousie. L'homme qui aime ainsi , abandonne à l'objet qu'il adore toutes les affections , toutes les facultés , tout le bonheur de son être. Le soupçon ou la certitude, pour lui c'est la même chose 5 le soupçon ou la certitude qui lui ravit cet objet l'arrache à lui-même, et par le plus profond, le plus sensible de tous les déchiremens. La vengeance de Nessus, le supplice de Prométhée, en offrent à peine une assez vive image. Diderot.
Le tempérament a beaucoup de part à la jalousie , et elle ne suppose pas toujours une grande passion : c'est cependant un paradoxe qu'un violent amour sans délicatesse. La Bruyère.
Celles qui ne nous ménagent sur rien, et ne nous épargnent nulles occasions de jalousie, ne mériteraient de nous aucune jalousie -, si l'on se réglait plus par leurs sentimens et leur conduite , que par son cœur. La Bruyère.
L'émulation et la jalousie ne se rencontrent guère que dans les personnes de même art, de mêmes talens et de même condition, Les plus vils artisans sont les plus sujets à la jalousie. Ceux qui font profession des arts libéraux ou des belles-lettres ; les peintres, les musiciens, les orateurs, les poëtes, tous ceux qui se mêlent d'écrire, ne devraient être capables que d'émulation. La Bruyère.
La jalousie dure plus long-temps que l'amour. On est déjà bien détaché l'un de l'autre; on est déjà attaché ailleurs \ on s'imagine avoir encore des droits. C'est que l'amour-propre est le dernier qui s'en va. Le grince de Ligne.
La jalousie, quand elle est furieuse, produit plus de crimes que l'intérêt et l'ambition. Voltaire.
La jalousie se nourrit dans le doute-, elle de-
vient fureur, ou elle finit, sitôt qu'on passe du
La Rochefoucauld.
doute à la certitude.
On croit que la jalousie marque beaucoup d'amour, mais l'expérience prouve que l'amour le plus violent est ordinairement le moins soupçonneux.
Duclos.
Il y a une certaine sorte d'amour, dont l'excès empêche la jalousie. La Rochefoucauld.
11 n'y a que les personnes qui évitent de donner de la jalousie, qui méritent qu'on en ait pour elles.
La jalousie ne prouve qu'un amour faible , un sot orgueil , le sentiment forcé de son peu de mérite, et quelquefois un mauvais cœur. Duclos.
La jalousie naît toujours avec l'amour , mais elle ne meurt pas toujours avec lui.
La Rochefoucauld.
Il y a dans la jalousie plus d'amour-propre que d'amour. La Rochefoucauld.
C'est au besoin d'intérêt que tient le charme qu'aura toujours le jeu pour les hommes désoeuvrés, pour les âmes oisives -, et , soyons vrais , s'il est contre l'ennui de meilleur spécifique, il n'en est
pas au moins qui soit tout à la fois d'un usage plus facile, et d'un effet plus merveilleux.
Cette lutte d'adresse et d'attention, cette lutte ingénieuse contre les coups du hasard • que tantôt l'on prévient, que tantôt l'on répare; cette lutte enfin , où les succès et les revers se succèdent et se renouvellent si souvent, n'est-elle pas comme un abrégé de toutes les agitations de la vie ? On y passe sans cesse de la crainte à l'espérance , et l'on conçoit que la succession rapide de ces senti mens, peut bercer très-long-temps l'activité naturelle de notre imagination , et qu'elle la berce d'autant plus agréablement, qu'il ne lui en coûte, pour ainsi dire, ni peine ni fatigue.
Montrer l'attrait du jeu, n'est-ce pas en faire voir tout le danger ? Il n'est point d'habitude plus entraînante que celle d'un amusement tout à la fois si attachant et si frivole. Un joueur commence par se dégoûter de toute autre occupation , et finit , le plus souvent, par se rendre incapable de tout autre intérêt. Diderot.
Une tenue d'Etats , ou les chambres assemblées pour une affaire très-capitale , n'offrent point aux yeux rien de si grave et de si sérieux qu'une table de gens qui jouent un grand jeu : une triste sévérité règne sur leurs visages ; implacables l'un pour l'autre, et irréconciliables ennemis pendant que la séance dure, ils ne reconnaissent plus ni liaisons,
a56 DICTIONNAIRE
ni alliance, ni naissance, ni distinctions. Le hasard seul, aveugle et farouche divinité, préside au cercle, et y décide souverainement : ils l'honorent tous par un silence profond, et par une attention dont ils sont partout ailleurs incapables *, toutes les passions, comme suspendues , cèdent à une seule : le courtisan alors n'est ni doux, ni flatteur, ni complaisant , ni même dévot. La Bruyère.
Mille gens se ruinent au jeu , et vous disent froidement qu'ils ne sauraient se passer de jouer : quelle excuse ! Y-a-t-il une passion , quelque violente ou honteuse qu'elle soit , qui ne pût tenir ce même langage ? Serait -on reçu à dire qu'on ne peut se passer de voler, d'assassiner, de se précipiter ? Un jeu effroyable, continuel, sans retenue, sans bornes, où l'on n'a en vue que la ruine totale de son adversaire \ où l'on est transporté du désir du gain, désespéré sur la perte, consumé par l'avarice ; où l'on expose sur une carte, ou à la fortune du dé, la sienne propre, celle de sa femme et de ses enfans -, est-ce une chose qui soit permise , ou dont Ton doive se passer ? Ne faut-il pas quelquefois se faire une plus grande violence , lorsque , poussé par le jeu jusques à une déroute universelle , il faut même que l'on se passe d'habits et de nourriture, et de les fournir à sa famille ? La Bruyère.
Le jeu nous plaît , en général , parce qu'il attache
notre avarice, c'est-à-dire l'espérance d'avoir plus. 11 flatte notre vanité par l'idée de la préférence que la fortune nous donne, et de l'attention que les autres ont sur notre bonheur. Il satisfait notre curiosité, en nous procurant un spectacle. Enfin, il nous donne les plaisirs différens de la surprise. Les jeux de hasard nous intéressent plus particulièrement, parce qu'ils nous présentent sans cesse des événemens nouveaux, prompts et inattendus. Les jeux de société nous plaisent encore, parce qu'ils ont une suite d'événemens imprévus , qui ont pour cause l'adresse jointe au hasard. Montesquieu.
Le jeu occupe et flatte l'esprit par un usage facile de ses facultés-, il amuse par l'espérance du gain. Pour l'aimer avec passion , il faut être avare ou accablé d'ennui-, il n'y a que peu/d'hommes qui aient une aversion sincère pour le jeu. La bonne compagnie prétend que la conversation, sans le secours du jeu , empêche de sentir le poids du désœuvrement : on ne joue pas assez.
Le Chever de Jaucourt.
L'intérêt du jeu manquant de motif dans l'opulence, ne peut jamais se changer en fureur, que dans un esprit mal fait. J.-J. Rousseau.
Le goût du jeu, fruit de l'avarice et de l'ennui, ne prend que dans un esprit et dans un cœur vides.
J.-J, Rousseau.
Le jeu est pour la société ce que les spectacles sont pour une grande ville pi y a trois heures dans la journée qu'on pourrait employer plus mal. Que de gens sans mérite et sans occupation, qui ne tiendraient à rien dans la société, si le jeu ne les y introduisait pas î Fontenelie.
L'amour du jeu vient d'une ridicule confiance aux événemens de la fortune : il y a cependant des joueurs avares, et qui ne sont confians qu'au jeu; mais ils ont, comme on dit , un jeu timide et serré.
F ' auvenargues .
Des commencemens souvent heureux remplissent l'esprit des joueurs de l'idée d'un gain trèsrapide , qui paraît toujours sous leurs mains : cela détermine. Vauvenargues.
La joie est un plaisir que l'âme goûte , lorsqu'elle considère la possession d'un bien présent ou à venir comme assurée-, et nous sommes en possession d'un bien, lorsqu'il est de telle sorte en notre puissance que nous pouvons en jouir quand nous voulons. Un homme blessé ressent de la joie lorsqu'il lui arrive le secours qu'il désire , avant même qu'il en éprouve l'effet. Le père qui chérit vivement la prospérité de ses enfans, est en possession de ce bien , aussi long-temps que ses enfms prospèrent ;
car il lui suflît d'y penser pour ressentir de la joie.
Locke.
Il n'y a point de joie humaine qui soit durable ; la grandeur, les richesses, les victoires, et tout ce qui excite les plus violens désirs , n'est pas capable , après quelque temps , de surmonter les moindres chagrins. Ce n'est qu'une émotion passagère qui est bientôt suivie d'insensibilité, et souvent même de dégoût. Essais de Morale.
La joie du cœur est la vie de l'homme , la joie de l'homme rend sa vie plus longue. Ecclésiaste.
La joie de l'âme fait les beaux jours de la vie, en quelque saison qu'on soit. Socrate.
Une joie tumultueuse annonce un bonheur médiocre et court. Plutarque.
La première joie est celle du cœur. Sénèque.
On s'accoutume à sa félicité propre, on y devient comme insensible ; mais on éprouve toujours de la joie d'être cause de celle d'autrui.
M as sillon.
Ne faites pas votre joie du malheur d'autrui.
Max. latine.
La joie est une agréable émotion de l'âme qui
jouit d'un bien qu'elle croit le sien. Descartes.
Jugement.
Il semble, à nous entendre parler, qu'il y ait comme trois classes de sentimens, les uns justes, les autres injustes , et les autres humains 5 trois classes de jugemens, les uns faux, les autres vrais, et les derniers humains. Cependant il n'en est point ainsi : tout jugement est vrai ou faux ; tout sentiment juste ou injuste -, et il faut nécessairement que ce que nous appelons jugement ou sentiment se réduise à Tune ou l'autre de ces classes. Nicole.
Ceux qui veulent tout définir ne confondent pas le jugement et l'esprit juste ; ils rapportent à ce dernier l'exactitude dans le raisonnement, dans la composition, dans toutes les choses de pure spéculation j la justesse dans la conduite de la vie, ils l'attachent au jugement. J^auvenargues .
C'est mal juger, dans bien des cas, que de juger seulement d'après soi. Condillac.
Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement.
La Rochefoucauld.
On s'est trompé lorsqu'on a cru que l'esprit et le jugement étaient deux choses différentes ; le juge-
mont n'est que la grandeur de la Lumière de l'esprit.
La Rochefoucauld.
Qu'il est difficile de proposer une chose au jugement d'un autre sans corrompre son jugement par la manière de la lui proposer! Si l'on dit : Je le trouve beau, je le trouve obscur, on entraîne l'imagination à ce jugement, ou on l'irrite au contraire. Il vaut mieux ne rien dire 5 car alors il juge selon ce qu'il est, c'est-à-dire selon ce qu'il est alors , et selon que les autres circonstances dont on n'est pas auteur l'auront disposé \ si ce n'est que €e silence ne fasse aussi son effet, selon le tour et l'interprétation qu'il sera en humeur d'y donner, ou selon qu'il conjecturera de l'air du visage ou du ton de la voix : tant il est aisé de démonter un jugement de son assiette naturelle, ou plutôt tant il y en a peu de fermes et de stables. Pascal.
Le jugement n'est autre chose que la faculté de connaître en quoi les objets semblables différent.
Locke.
Le crime provient d'un faux jugement. Duclos.
Tout jugement, quand il est universel, est nécessairement vrai- Cicéron.
On montre moins d'esprit que peu de jugement, lorsqu'on veut disputer sur tout. Bacon.
Les hommes de jugement ont souvent beaucoup
d'esprit , et les hommes d'esprit ont parfois peu de jugement. M. Lacretelle aîné.
C'est le caractère d'un esprit libre de juger ce qu'il honore. La Harpe.
La charité consiste à juger bonnement d' autrui , sévèrement de soi-même. Nicole.
On ne peut juger du mérite d'un -homme qu'après sa mort. Solon.
C'est le jugement qui nous fait apercevoir les ressemblances et les différences. Condillac.
Le jugement fait la gloire de l'homme. Cette qualité est indispensable dans le chef de famille, pour se conserver le respect qu'une honnête femme doit lui rendre, et qu'elle doit souhaiter de lui voir rendre par tout le monde. Richardson.
3u#tia.
Le nom sacré de la justice, qu'un magistrat hypocrite met à la tête de ses discours , n'est regardé que comme une vaine préface qui ne sert qu'à annoncer qu'il va être injuste. D'Aguesseau.
C'est une entreprise téméraire de prétendre allier
une justice apparente, avec une justice véritable.
D'Aguesscau.
Le principal avantage de la justice et de la bonne
loi, c'est de rendre la force inutile. Plutarque.
On déshonore la justice quand on n'y joint pas Ja douceur, les égards et la condescendance : c'est mal faire le bien. Fénélon.
Tour se soustraire à la force , on a été obligé de se soumettre à la" justice. La justice ou la force, il a fallu opter entre ces deux maîtres, tant nous étions peu faits pour être libres. Vauvenargues.
Faire dépendre la justice des conventions humaines, c'est détruire toute morale. Cicéron.
La justice est un rapport des actions des particuliers au bien public. Helvétius.
L'amour de la justice n'est , chez la plupart des hommes, que la crainte de souffrir l'injustice.
La Rochefoucauld.
La justice n'a plus lieu quand la force lui manque.
Helvétius.
Il est juste que ce qui est juste soit suivi : il est
nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La
justice sans la force est impuissante. La puissance
sans la justice est tyrannique. La justice sans la force
est contredite , parce qu'il y a toujours des médians : la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force , et pour cela faire , que ce qui est juste soit fort , et que ce qui est fort soit juste. Pascal.
Une circonstance essentielle à la justice que l'on doit aux autres, c'est de la faire promptement et sans différer : la faire attendre c'est injustice.
La Bruyère.
II faut convenir que de toutes les règles de la morale , celles qui concernent la justice ont été le plus altérées par l'influence des opinions reçues -, et la raison en est simple : ce sont les premiers principes moraux dont nos institutions sociales durent s'emparer, et il n'est point de législateur qui ne les ait fait plus ou moins plier au système particulier de ses vues , de ses projets , de son ambition personnelle.
Ce que le vulgaire des hommes entend aujourd'hui par justice , n'est que l'obligation positive de ne jamais s'écarter des lois convenues ou formellement établies. Diderot.
Tu veux qu'on te rende justice -, sois juste.
Ménandre.
Toutes les vertus sont comprises dans la justice \
si tu es juste , tu es homme de bien. Théognis.
Pourquoi représente-t-on toujours la justice avee
une épée et même une balance ? Je voudrais qu'on lui mît quelquefois un voile. Il est souvent de la justice de ne pas faire justice.
Le prince de Ligne.
On ne persuade pas aux hommes d'être justes , on les y contraint. La justice est un combat : elle ne s'établit pas sans effort, et c'est pour cette raison qu'il a été dit : « Heureux ceux qui souffrent persé- « cution pour la justice ! » M. de Bonald.
La justice est avant l'utilité \ ou plutôt il n'y a point d'utilité sans la justice. M. Lacretelle aîné.
Le premier prix de la justice est de sentir qu'on la pratique. /.-/. Rousseau.
La justice, en général, est une vertu qui nous fait rendre à Dieu, à nous-mêmes , et aux autres hommes ce qui leur est dû à chacun } elle comprend tous nos devoirs-, et être juste de cette manière , ou être vertueux , ne font qu'une même chose.
Le Chever de Jaucourt.
La justice est la bienfaisance des rois.
Cardal Maury.
Une âme noble rend justice même à ceux qui la lui refusent. Condorcet.
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Il n'y a rien qui convienne mieux à la vie de l'homme que la libéralité, notamment aux princes , lesquels doivent moins craindre d'être vaincus par les armes, que par la magnificence. Cicéron.
La libéralité, dont la bonté n'est pas la source, est une profusion qui conduit à l'avarice , et qui ne peut subsister que par elle : mais quand elle naît de la bonté, elle ne connaît point de voies légitimes pour fournir à ses désirs, qu'une sage économie. Fontenelle.
Il y a je ne sais quoi d'héroïque dans la plus grande libéralité aussi bien que dans la plus grande valeur ; et ces deux vertus ont de la conformité, en ce que la première élève l'âme au-dessus de la considération du bien; comme la seconde pousse le courage au-delà du ménagement de la vie : mais avec ces beaux et généreux mouvemens , si elles ne sont toutes deux bien conduites, l'une deviendra ruineuse, et l'autre funeste. Oxenstiern.
Il ne faut pas confondre la libéralité avec la pro-
digalité, quoiqu'elle^ paraissent avoir ensemble un grand rapport -, Tune est une vertu, et l'autre un excès vicieux. La prodigalité consiste à répandre, sans choix, sans discernement, sans égard à toutes les circonstances. Cet homme prodigue , qu'on appelle d'ordinaire généreux, trouvera bientôt qu'il a sacrifié en vaines dépenses, à des sots, des fripons, des flatteurs, et même à des malheureux volontaires, tous les moyens d'assister à l'avenir d'honnêtes gens. S'il est beau de donner, quel soin ne doit-on pas prendre de se conserver en situation de faire toute sa vie des actes de libéralité ?
Le Chever de Jaucourt.
De toutes les affectations , la plus difficile est celle
de la libéralité. Oxenstiern.
La libéralité de l'indigent est nommée prodigalité.
Vauvenargues.
La libéralité consiste moins à donner beaucoup,
qu'à donner à propos. La Bruyère.
A le prendre exactement , un roi , en tant que roi, n'a rien proprement-, il se doit soi-même à autrui. Le prince ayant à donner, ou pour mieux dire à payer, et à rendre à tant de gens , selon qu'ils ont desservi , il en doit être loyal dispensateur. Mais si la libéralité d'un prince est sans discrétion et sans mesure, je l'aime mieux avare. L'immodérée largesse est un moyen faible à lui acquérir bien-
veillance -, car elle rebute plus de gens qu'elle n'en pratique ; et si elle est employée sans respect de mérite, fait vergogne à qui la reçoit, et se reçoit sans grâce. Les sujets d'un prince excessif en dons , se rendent excessifs en demandes ; ils se taillent non à la raison, mais à l'exemple, et qui a sa pensée à prendre, ne l'a plus à ce qu'il a prins.
Montaigne,
Ce qu'on nomme libéralité n'est le plus souvent
que la vanité de donner, que nous aimons mieux
que ce que nous donnons. La Rochefoucauld.
La libéralité est une branche de la générosité ; la bonté , un goût à faire du bien et à pardonner le mal 5 la clémence une bonté envers nos ennemis.
Vauvenargues.
Lorsque la libéralité n'est que l'envie de se montrer libéral, ou de se délivrer d'une compassion importune , elle manque le plus souvent au devoir qu'elle croit remplir. * Marmontel.
mené.
La liberté politique bien analysée, est une fable convenue, imaginée par les hommes qui gouvernent, pour endormir les gouvernés.
N. Bonaparte.
La liberté est vraiment le seul bien -, si on le
perd, tout e^t perdu avec lui-, si on le conserve, tout est sauvé. La Haq)e.
La liberté est incompatible avec la faiblesse.
V auvenargues .
Le premier soupir de l'enfance est pour la liberté. V auvenargues .
Les Romains pouvaient ôter la vie à leurs enfans , mais non la liberté. Helvétius.
L'amour de la liberté est une des plus dangereuses passions du cœur humain, et il arrive de cette passion comme de toutes les autres-, elle trompe ceux qui la suivent, et au lieu de la liberté véritable, elle leur fait trouver le plus dur et le plus honteux esclavage. Fénélon.
Il en est de la liberté comme de l'innocence et de la vertu, dont on ne connaît le prix qu'autant qu'on en jouit sol -même, et dont le goût se perd sitôt qu'on les a perdues. /.-/. Rousseau.
Est-ce un bien pour l'homme que la liberté, si elle peut être trop grande et trop étendue, telle enfin qu'elle ne serve qu'à lui faire désirer quelque chos% , qui est d'avoir moins de liberté ?
La Bruyère.
La liberté n'est pas oisiveté , c'est un usage libre
du temps, c'est le choix du travail et de l'exercice; être libre, en un. mot, n'est pas ne rien faire, c'est être seul arbitre de ce qu'on fait, ou de ce qu'on ne fait point-, quel bien en ce sens que la liberté?
La Bruyère.
L'amour de la liberté est un sentiment si naturel, que de toutes les injustices auxquelles nous sommes si sensibles , la plus cruelle de toutes est celle qui ose attaquer ce reste de liberté que nous ont laissé nos institutions sociales. Diderot,
L'amour de 1# liberté rend les hommes indomptables et les peuples invincibles. B. Franklin.
La liberté se détruit plus souvent par ses excès , que par ses ennemis. Cte de Ségur.
Des âmes faibles peuvent regretter la liberté, mais les âmes fortes peuvent seules la conserver.
Cu de Ségur.
La liberté est au-dessus de toiîtes les richesses.
Goldoni.
Par le degré de liberté se mesure la richesse d'un
État. M. Villemain.
£oi$.
Les lois absurdes s'abolissent d'elles-mêmes.
D'A gués seau.
Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires, celles que l'on peut éluder, la législation.
Montesquieu.
Le plus grand vice des fois, c'est qu'elles puissent rester sans exécution. Duclos.
Les faibles veulent dépendre afin d'être protégés. Ceux qui craignent les hommes aiment ies lois.
Vauvcnargucs .
Il ne faut point faire par les lois ce qu'on peut faire par les mœurs. Montesquieu.
La vieillesse des lois est sacrée , comme celle des hommes est vénérable. Malesherbes.
Le renversement des lois peut 4tre nécessaire pour le maintien de l'autorité royale ; à combien de monarchies cette terrible maxime n'a-t-elle pas été funeste ! Malesherbes.
Les lois, qui sont la plus belle invention de la raison, n'ont pu rendre les peuples plus tranquilles et plus polis , sans diminuer leur liberté.
Vauvenargues.
Il n'y a point de violence ni d'usurpation qui ne s'autorise de quelques lois. Vauvenargues.
L'homme est un être borné , sujet à l'ignorance et à l'erreur, comme toutes les intelligences finies.
Les faibles connaissances qu'il a , il les perd encore comme créature sensible -, il devient sujet à mille passions. Un tel être pouvait à tous les instans oublier son Créateur 5 Dieu Fa rappelé à lui par les lois de la religion. Un tel être pouvait à chaque instant s'oublier lui-même -, les philosophes l'ont averti par les lois de la morale : fait pour vivre dans la société , il y peut oublier les autres : les législateurs l'ont rendu à ses devoirs,, par les lois politiques et civiles.
Montesquieu.
Recommandez au peuple* l'observation des lois,
et non l'étude des sciences. Confucius.
Pour bien gouverner un peuple , il faut peu de juges et peu de lois. Il y a peu d'hommes capables d'être juges. La multitude des lois est pernicieuse; on ne les entend plus, on ne les garde plus. Dès qu'il y en a tant , on s'accoutume à les révérer en apparence, et à les violer sous de beaux prétextes. La vanité les fait faire avec faste, l'avarice et les autres passions les font mépriser. On s'en joue parla subtilité des sophistes qui les expliquent comme chacun le demande pour son argent. De là naît la chicane, qui est un monstre né pour dévorer le genre humain. Fénélon.
Le courage, l'habileté et le besoin, fonttoutes les lois. Voltaire.
La multitude des lois est, dans un Etat, ce qu'est
le*grand nombre de médecins, signe de maladie et de faiblesse. Voltaire.
Le dernier degré de la perversité est de faire servir les lois à l'injustice. Voltaire.
La loi dont on abuse , sert à la fois au puissant d'arme offensive et de bouclier contre le faible , et le prétexte du bien public est toujours le plus dangereux fléau du peuple. Ce qu'il y a de plus nécessaire, et peut-être de plus difficile, dans le gouvernement, c'est une intégrité sévère à rendre justice à tous , et surtout à protéger le pauvre contre la tyrannie du riche. Le plus grand mal est déjà fait, quand on a des pauvres à défendre et des riches à contenir. C'est sur la médiocrité seule que s'exerce toute la force des lois ; elles sont également impuissantes contre les trésors du riche et contre la misère du pauvre -, le premier les élude , le second leur échappe ; l'un brise la toile , et l'autre passe au travers. J.-J. Rousseau.
Interpréter la loi, c'est presque toujours la corrompre. Voltaire.
Des lois sont justes , non quand elles sont observées par tous , mais quand elles ont été faites pour tous. Sénèque.
11 faut peu de lois pour les hommes vertueux.
Ce n'est pas la loi qui règle leur conduite ; mais
leur conduite qui sert de modèle à la loi.
Théophraste.
Il manque toujours aux lois des hommes ce qui appartient à celles de la nature, l'inflexibilité.
J.-J. Rousseau.
L'esprit universel des lois de tous les pays est de favoriser toujours le fort contre le faible, et celui qui a , contre celui qui n'a rien. J.-J. Rousseau.
Mettre la loi au-dessus de l'homme est un problème insoluble en politique. /.-«/. Rousseau.
L'effet de la multiplicité des lois, est que l'on juge comme s'il n'y en avait pas : c'est-à-dire suivant le bon sens et l'équité , quand on est encore conduit ou inspecté par les mœurs publiques ; suivant l'intrigue ou l'intérêt, quand il n'y a plus de mœurs publiques. Cle Ferrand.
Là où les lois n'ont été que la volonté des plus forts, toutes les volontés des hommes puissans peuvent devenir des lois. M. de Ronald.
Il y a des lois pour la société des fourmis et pour celle des abeilles-, comment a-t-on pu penser qu'il n'y en avait pas pour la société des hommes , et qu'elle était livrée au hasard de leurs inventions? Ces lois , quand elles sont oubliées de la société pu-
hlique , se retrouvent dans la constitution de la société domestique. M. de Bonald.
La loi est la reine de tous les mortels et immortels.
Plutarque.
Toute loi équivoque est injuste, parce qu'elle frappe sans avertir. Toute loi qui n'est pas claire , nette, précise, est vicieuse.
Le Chevfr de Jaucourt.
La nécessité fait la loi, et ne la reçoit pas.
Max. latine.
La vertu est pour l'homme la véritable loi de la
nature. L'abbé de St. -Pierre.
A quoi servent les lois sans les mœurs ? Horace.
Si les lois sont mauvaises , l'homme social est plus méchant et plus malheureux que l'homme de la nature. Diogène.
Ce que Ton appelle loi naturelle , n'est que celle de l'intérêt et de la raison. N. BonapaHe.
gcwm$e.
Les louanges sont une espèce de marchandise qu'il faut bien peser avant que d'en accepter -, c'est un commerce où l'adulation s'enrichit : elles sont triviales, quand celle-ci est basse 5 elles sont déli-
cates , quand celle-ci est adroite et subtile. Un adulateur ingénieux épiera les traces de votre amourpropre , qui est le plus grand de tous les flatteurs, et ne manquera pas de vous louer , par le titre qui vous chatouille davantage. Bacon.
Une louange peu commune et placée à propos, a toujours un grand sel, et flatte bien agréablement celui qui la mérite. • Bacon»
La louange et le blâme sortent souvent par la même bouche , pour la même personne , et sur le même objet. Addisson*
Les louanges que nous donnons , se rapportent toujours par quelque chose à nous-mêmes.
Massillon.
Il y a des gens dont la haine et le mépris font plus d'honneur que les louanges et l'amitié.
Oxenstiern.
C'est le mérite de ceux qui louent qui fait le prix des louanges.
La forme des louanges est souvent aussi dégoûtante que le fond ; c'est toujours la même matière jetée dans le même moule. Duclos.
C'est offenser les hommes que de leur donner des louanges qui marquent les bornes de leur mé-
rite-, peu de gens sont assez modestes pour souffrir sans peine qu'on les apprécie. Vauvenargues.
La louange est une flatterie délicate , habile et cachée $ qui satisfait différemment celui qui la donne et celui qui la reçoit. La Rochefoucauld.
Nous aimons quelquefois jusqu'aux louanges que nous ne croyons pas sincères. fauve nargues.
On ne loue, d'ordinaire, que pour être loué.
La Rochefoucauld,
Il y a des reproches qui louent , et des louanges
qui médisent. La Rochefoucauld.
C'est une maxime inventée par l'envie , et trop légèrement adoptée , qu'il ne faut point louer les hommes avant leur mort. Vauvenargues.
La modestie qui semble refuser les louanges , n'est en effet qu'un désir d'en obtenir de plus délicates. La Rochefoucauld.
Il faut mériter les louanges et les fuir. Fénélon.
Nous recevons de grandes louanges avant d'en mériter de raisonnables. Vauvenargues.
Le désir de mériter les louanges qu'on nous donne fortifie notre vertu ; et celles que l'on donne à l'es*-
prit, à la valeur et à la beauté , contribuent à l'augmenter < La Rochefoucauld.
Les hommes ne louent que malgré eux , et ils mêlent toujours à la louange le plus de blâme qu'ils peuvent. Young.
Il y a tant de bassesse dans la plupart des louanges , qu'elles avilissent plus ceux qui les donnent , qu'elles n'honorent ceux qui les reçoivent.
M. de Lévis.
La louange, si désirée et si prodiguée sur la terre, n'est point, et ne peut être, une'chose indifférente $ elle est ou utile ou funeste; elle est tour à tour ce qu'il y a de plus noble, ou de plus vil. Thomas.
Peu de gens sont assez sages pour préférer le blâme qui leur est utile , à la louange qui les trahit.
La Rochefoucauld.
Il y aurait une espèce de férocité à rejeter indifféremment toutes sortes de louanges : l'on doit être sensible à celles qui nous viennent des gens de bien, qui louent en nous sincèrement des choses louables.
La Bruyère.
On ne loue point une femme ni un auteur médiocre, comme eux-mêmes se louent.
Vauvenargues^
Les hommes ne louent jamais gratuitement et sans
intérêt. Saint -Évremont*
DK MAXIMES.
Que veulent dire les hommes? Ils refusent les louanges à ceux qui vivent en même temps qu'eu», et ils désirent avec empressement d'être loués de ceux qui vivront après, et qu'ils ne verront jamais. C'est comme si nous nous affligions de n'avoir pas été loués de ceux qui sont morts long-temps avant que nous soyons venus au monde. Marc-Awèle.
11 ne faut pas se hâter de regarder comme un flatteur celui qui donne des louanges. La louange convient à l'amitié, elle sait l'employer dans l'occasion, comme elle sait aussi faire usage du reproche : ou plutôt l'humeur chagrine, le penchant à blâmer, est contraire à l'amitié, et empoisonne le commerce de la vie. L'ami qui voit avec quelle bienveillance on le loue sans réserve sur ce qu'il a fait de bien , prend ensuite en bonne part les conseils de son ami. 11 n'a pas de peine à lui laisser la permission de le reprendre, assuré que c'est par nécessité qu'il lui fait des reproches , et que c'est avec plaisir qu'il lui accorde des louanges. Plutarque.
La louange languit auprès des grands noms.
Bossue t.
£uxe.
Une méprise très-commune, c'est de confondre le luxe avec le goût. Aussitôt que celui-ci se fait
28o DICTIONNAIRE
remarquer et s'attire des éloges dans une nation puissante , le luxe vient en usurper le nom. Certains riches se l'attribuent naïvement -, sans en donner d'autres preuves que des dépenses magnifiquement bizarres. Il n'est pas rare de voir dans des appartemens surchargés de dorures , au lieu de tableaux de choix, de misérables copies qui en occupent richement la place 5 car le luxe s'allie et compose souvent avec l'avarice. Le luxe stupide est la manie des petites âmes -, manie si forte , qu'ayant une fois éclaté, elle ne disparaît que lorsqu'une ruine absolue l'y force. C'est le dernier sacrifice de la vanité, car il est au-dessous de l'orgueil. Sans vouloir prendre parti entre les adversaires et les apologistes du luxe , il faut qu'il soit bien pernicieux de sa nature , puisqu'il est aussi dangereux de le proscrire d'un État , que de l'y faire naître. Une loupe est une difformité 5 mais on ne l'extirpe pas sans danger pour la vie. Duclos.
Le luxe n'est pas aisé à définir ; mais ses effets sont faciles à reconnaître. L'état florissant d'un peuple, sa considération au dehors, la prospérité de son commerce , l'activité et le succès de ses manufactures, peuvent nous éblouir, et nous faire confondre les limites qui séparent un luxe condamnable, d'avec les commodités honnêtes. Les malheurs des peuples, la chute des empires, prouvent les dangers qui menacent toute société où le luxe aug-
mente. Le luxe serait incontestablement funeste chez une nation où la science de l'économie est toute nouvelle 5 mais il s'accorderait avec les véritables intérêts du pays , s'il ne se montrait que chez ceux dont la fortune est véritablement augmentée : alors l'argent entre en circulation, l'industrie est excitée, le bien-être se partage également entre tous les citoyens. Malheureusement le luxe ne s'arrête point dans la maison des riches. 11 se répand comme une maladie contagieuse. Il infeste la capitale et les provinces, et il corrompt jusqu'aux générations futures. M. Suard.
Le luxe des grands corrompt le peuple dans l'abondance, et l'aigrit dans la misère.
Montesquieu.
Toute espèce de luxe est un crime envers la société, tant qu'il existe un homme dans le besoin.
UAlembert.
Le luxe est une divinité bizarre à laquelle on sacrifie le nécessaire , pour en obtenir le superflu.
Duclos.
C'est pour les autres, et non pour soi, qu'on aime le luxe; on ne se revêt de pourpre que pour se montrer : personne ne mangerait seul dans de la vaisselle d'or. Il faut à ces folies des témoins et des admirateurs. Elles veulent un théâtre-, les cacher, c'est les guérir. Sénèque.
Le luxe , la magnificence , les arts , tout ce qui fait la splendeur d'un État , en fait la richesse 5 et ceux qui crient contre ce qu'on appelle le luxe, ne sont guère que des pauvres de mauvaise humeur.
Voltaire.
Le luxe, disent certaines gens, fait la splendeur des Etats -, mais peut-on nier que les bonnes mœurs ne soient essentielles à la durée des empires , et que le luxe ne soit diamétralement opposé aux bonnes mœurs? Que le luxe soit un signe certain des richesses ; qu'il serve même , si l'on veut , à les multiplier : que faudra-t-il conclure de ce paradoxe si digne de nos jours, et que deviendra la vertu quand il faudra s'enrichir à quelque prix que ce soit ?
J.-J. Rousseau.
Le luxe, dans nos sociétés vaines, est un moyen d'égalité ou de rapprochement entre les diverses classes, et son action paisible, et pour ainsi dire domestique, est plus puissante que l'autorité des lois, ou les combinaisons de la politique.
M. Valéry.
Le luxe n'est souvent qu'une recherche inquiète de perfection ; le faste, au contraire , est un étalage insolent et sans goût de la richesse 5 voilà pourquoi le faste se trouve presque toujours avec la sottise, et le luxe avec les délicatesses de l'esprit, et l'élévation des sentimens. M. de Bonald.
La nature ne nous laisse manquer de rien -, mais ,
par notre luxe , nous nous sommes fait plus de besoins, et conséquemment plus de misères, qu'elle ne nous a fait de présens. Le roi Stanislas.
Le luxe engendre plus de besoins qu'il n'en peut satisfaire. M . Labouisse.
L'expérience des siècles prouve que le luxe annonce la décadence des empires. Bacon.
Le luxe, fils de l'orgueil et de la vanité, est indestructible comme eux. Mirabeau.
Nous mettons du luxe jusque dans notre misère.
M as sillon.
Puisque le désir de s'enrichir, et celui de jouir de ses richesses, sont dans la nature humaine dès qu'elle est en société -, puisque ces désirs soutiennent, enrichissent, vivifient toutes les grandes sociétés -, puisque le luxe est un bien, et que par lui-même il ne fait aucun mal , il ne faut donc , ni comme philosophe, ni comme souverain, attaquer le luxe en luimême. Le Chever de Jaucourt.
Le luxe n'est excusable , que dans un pays où personne ne peut mourir de faim , ou de froid.
J.-X. Rousseau.
JH<tll)mr.
Les malheurs sont tout l'apanage de l'humanité. Il y en a pour tous les états de la vie 5 personne ne peut s'y soustraire , ni se flatter de s'en mettre à l'abri ; il est peut-être même plus sage de préparer son âme à l'adversité , que de s'occuper à la prévenir. On voit des gens des plus estimables , sur la liste de ces noms sacrés que l'envie a persécutés , que leur mérite a perdus , et qui ont laissé aux remords de leurs persécuteurs le soin de leur propre vengeance. Les malheurs développent souvent en nous des sentimens , des lumières , des forces , que nous ne connaissions pas, faute d'en avoir eu besoin. L'infortune fait sur les grandes âmes, ce que la rosée fait sur les fleurs, si je puis me servir de cette comparaison; elle anime leurs parfums 5 elle tire de leur sein les odeurs qui embaument l'air.
Le CheveT de Jaucourt.
La plus affreuse situation n'est pas tant d'avoir épuisé le malheur, que d'y être plongé , et de n'oser recourir à la plainte. Duclos.
On a mille remèdes pour consoler un honnête
homme et pour adoucir son malheur, mais on n'en trouve pas un, pour alléger celui du méchant.
La Bruyère.
Le malheur est une chose sacrée; on ne devrait permettre qu'à la bienveillance et à l'amitié d'approcher des malheureux pour adoucir leurs peines ; il faudrait, surtout, éloigner l'infortune des regards de l'envie , car le malheur d'autrui est le seul bonheur de l'envieux. Cu de Ségur.
> Le malheur est moins difficile à supporter que l'extrême bonheur : l'un vous fortifie, et l'autre vous énerve. C" de Se'gur.
Si chacun faisait tout le bien qu'il peut faire , sans s'incommoder, il n'y aurait pas de malheureux.
Du clos.
Ceux qui croient avoir du mérite, se font un honneur d'être malheureux ; pour persuader aux autres, et à eux-mêmes , qu'ils sont dignes d'être en butte à la fortune. La Rochefoucauld.
Nous querellons les malheureux , pour nous dispenser de les plaindre. V auvenargues .
Le malheur dépend moins de ce qu'on souffre , que de l'impatience avec laquelle on augmente son malheur. Fénélon.
Le mortel heureux contracte une dette avec le malheur. Young.
En plaignant les autres , nous nous consolons nous-mêmes : en partageant leurs malheurs , nous sentons moins les nôtres. Young.
11 faut de la prudence pour éviter le malheur, et du courage pour le soutenir. /.-/. Rousseau.
Né dans une condition obscure , élevé dans l'humiliation , j'ai eu pour maître le malheur; et il m'a beaucoup appris. Confucius.
L'avantage qu'il y a d'être malheureux, c'est qu'on sait compatir aux maux d'autrui. Fénélon.
Quelques hommes sont doués d'une telle fermeté, que le malheur ne peut les ébranler. Il glisse , pour ainsi dire , sur leurs âmes stoïques \ et le choc des événemens contre eux, leur fait peut-être éprouver une sorte de volupté , en leur donnant le sentiment de leur force et de leur indépendance. Plus souvent , on voit des hommes dont l'imagination mobile échappe aux idées tristes ; oubliant sans regret, espérant sans effort, toujours légers, toujours frivoles , ils éloignent le malheur , par l'insouciance etlagaîté. M. Droz.
Le malheur nous rend plus sages : on dirait que
le bon sens et la bonne fortune sont incompatibles 5 la prospérité ôte à l'homme le jugement. Sénèque.
Le sage prévoit tous les malheurs qui lui peuvent arriver. Quand ils surviennent, il travaille à les alléger, autant qu'il est possible-, et, s'il ne peut en diminuer le poids, il se résigne à les supporter.
Plut arque.
Tu es homme, et tu tombes dans le malheur! Qu'y a-t-il d'étonnant ? N'est-ce pas un événement auquel tous les hommes sont exposés ? Plutarque.
Accuser les autres de ses malheurs , c'est le fait d'un ignorant : les rejeter sur soi , c'est commencer à s'instruire : n'en accuser , ni les autres , ni soimême c'est être sage. Épictète.
Le plus malheureux des hommes est celui qui ne sait pas supporter le malheur. Bias.
Le malheur est bon à deux choses : à éprouver les amis , et à épurer la vertu. Il en est de l'homme de bien comme des plantes aromatiques : plus elles sont broyées , plus elles exhalent leurs parfums. B. Franklin.
Le malheur trouve à la fin celui devant qui il a souvent passé. Publius Syrus.
La crainte d'un malheur incertain fait souvent
une impression plus funeste , que la certitude d'un
malheur arrivé. Shakspeare.
Se ressouvenir d'un malheur, c'est l'éprouver une seconde fois. Publius Sjrus.
Il est quelque chose de plus cruel que le malheur -, c'est de se l'entendre reprocher. Publius Sjrus.
Il n'est pas un mortel qui n'ait son malheur, et son défaut. Simonide.
Le malheur et la pauvreté ramènent à l'égalité.
CLe Daru.
Malheur à celui qui fait payer à ses semblables le tribut qu'ils doivent à la douleur, à la mort !
Lord Chesterjield.
Pour l'homme vertueux, le malheur même a des charmes... Eh ! n'est-ce donc rien que le baume des consolations de l'amitié, et le calme ineffable d'une bonne conscience ? Anonyme.
Mavia&e.
Rien de plus contraire à l'esprit du mariage, que de s'imaginer qu'on se marie pour son plaisir. Le plaisir est sans doute un attrait que la nature attache au devoir qu'elle impose. C'est par là qu'elle invite
tous les êtres vivans à régénérer leur espèce. L'amour est le réparateur des ravages de la mort; et ce n'est pas la moindre des merveilles qui éclatent dans l'ordre universel.
Mars, dans cet ordre sublime et sage, l'erreur, l'égarement du vice , est de prendre pour l'intention finale, et pour l'objet de la nature, ce qui n'en est que le moyen. On se marie pour être père et mère, et non pour être amans ; en cessant d'être amans, on ne cesse donc pas de devoir êlre père et mère.
Heureux cependant les époux , dont le chaste et fidèle amour ne cesse de prêter à leur devoir de nouveaux charmes! Mais il faut bien entendre quel est cet amour vertueux ; car celui qui n'est qu'une fièvre , un délire, une frénésie , ou celui qui , moins insensé , mais plus dissolu , ne connaît la pudeur que pour l'insulter, l'innocence que pour se faire un triomphe de la séduire 5 l'amour d'Ovide ou celui de Sapho , n'est pas digne d'entrer dans le lit nuptial ; pour lui, ce qui est permis et légitime est sans attraits -, l'hymen n'a pas de plus dangereux ennemi ; aussi chez les anciens Favait-on banni de son temple.
MannonteL
Le meilleur mariage expose à des hasards , et comme une eau pure et calme commence à se troubler aux approches de l'orage -, un cœur timide et chaste ne voit point sans quelque alarme le prochain changement de son état, J.-J. Rousseau.
29o DICTIONNAIRE
C'est l'âme, et non pas le corps, qui rend le mariage indissoluble. Publias Sjrus.
Deux époux destinés par la nature à vivre ensemble, doivent se convenir, et ne voir Fuit dans l'autre rien qui répugne au sentiment affectueux et tendre qui naturellement doit naître de leur union. Mais ils ne se flatteront pas d'une harmonie inaltérable sans dessein de s'en imposer-, la seule envie de se plaire aura dissimulé , avant le mariage , bien des diversités de goûts, d'humeur, de caractère. Aucun des deux n'est constamment égal et semblable à lui-même -, aucun des deux n'est toujours complaisant. Tant pis même si l'un d'eux avait cet excès de mollesse. Rien de plus méprisable dans un homme , rien de plus insipide dans une femme , quelquefois même rien de plus dangereux , qu'une volonté sans ressort. Mais si les contrariétés en étaient dures et tranchantes, l'un ou l'autre en serait blessé. Ils doivent donc s'attendre que pour émousser les pointes , pour en adoucir l'âpreté, la complaisance d'un côté , l'indulgence de l'autre , seront des conciliatrices habituellement nécessaires. Ce sont les compagnes inséparables de l'hymen; et c'est à les entretenir, que doit contribuer surtout la nécessité d'être perpétuellement et indissolublement unis.
Marmontel.
Une femme, des enfans, autant d'otages qu'un homme donne à la fortune-, un père de famille ne
peut être mâchant ni vertueux impunément. Celui qui vit dans le célibat , devient aisément philosophe et nidifièrent sur l'avenir qui ne doit point l'intéresser; mais un père qui doit se survivre dans sa race , tient à cet avenir par des liens éternels.
Bacon.
Dieu lui-même a ordonné le mariage , et a béni les époux. Il n'a pas trouvé bon que l'homme fût seul ; plus l'homme et la femme s'attacheront l'un à l'autre, plus l'un et l'autre seront heureux.
B. Franklin.
La plus douce des sociétés devrait être celle du mariage , auquel la religion même imprime son caractère pour en rendre les nœuds plus forts et plus heureux-, rien cependant n'est plus ordinaire que de voir des personnes , qui ne pouvaient vivre sans s'unir, se négliger, s'oublier, se haïr même, lorsque leur union est formée. Le roi Stanislas.
La puissance des maris est une puissance de protection et d'amour-, on en abuse, quand elle dégénère en tyrannie. M. Labouisse.
Ce n'est point se marier , c'est négocier , que de prendre une femme pour son bien ; ce n'est point se marier , c'est se contenter , que de prendre une femme pour sa beauté-, ce n'est point se marier, c'est radoter, à certain âge, que de prendre une jeune femme pour avoir de la société-, se marier, c'est
choisir avec discernement, à loisir, par inclination f et sans intérêt, une femme qui vous choisisse de même. Dufresny.
Les aigreurs , comme les douceurs du mariage, se tiennent secrètes par les sages. Montaigne.
Lorsqu'il y a dans le monde peu de nations barbares , et que presque toutes sont policées , les hommes y regardent à deux fois avant de se marier , et ne veulent point avoir des enfans, à moins qu'ils ne prévoient qu'ils auront de quoi fournir à leur subsistance. Bacon.
Il y a de bons mariages , mais il n'y en a point de délicieux. La Rochefoucauld.
Comme un des grands objets du mariage, est d'ôter toutes les incertitudes des conjonctions illicites, la religion y imprime son caractère, et les lois civiles y joignent le leur , afin qu'il ait toute l'authenticité possible. Montesquieu.
Ce qu'il se voit si peu de bons mariages est signe de son prix et de sa valeur \ à le bien façonner et le bien prendre , il n'est point de plus belle pièce en notre société. Nous ne pouvons nous en passer , et Talions avilissant ; il en advient ce qui se voit aux cages ; les oiseaux qui en sont dehors n'y veulent
DE MAXIMES. ag3
plus rentrer, et d'un pareil soin, en sortir ceux qui sont dedans. Montaigne.
Un homme libre et qui n'a point de femme, s'il a quelque esprit, peut s'élever au-dessus de sa fortune, se mêler dans le monde , et aller de pair avec les honnêtes gens ; cela est moins facile à celui qui est engagé ; il semble que le mariage met tout le monde dans son ordre. La Bruyère.
Le mariage est le bien le plus général et le plus étendu de la société ; mais il s'en faut bien que ce soit toujours celui qui unit le plus sincèrement un homme avec une femme. J.-J. Rousseau.
Méhioance.
La médisance est un mal inquiet qui trouble la société, qui jette la dissension dans les cités, qui désunit les amitiés les plus étroites , qui est la source des haines et des vengeances , qui remplit tous les lieux où elle entre de désordres et de confusion ; partant ennemie de la paixr de la douceur et de la politesse. Enfin c'est une source pleine d'un venin mortel : tout ce qui en part en est infecté, et infecte tout ce qui l'environne >ses louanges même sont empoisonnées , ses applaudissement malins , son silence criminel , ses gestes, ses mouvemens, ses re-
gards, tout a son poison, et le répand à sa manière.
M as sillon.
La médisance est une petitesse dans l'esprit, ou une noirceur dans le cœur; elle doit toujours sa naissance à la jalousie , à l'envie , à l'avarice , ou à quelque autre passion -, elle est la preuve de l'ignorance et de la malice. Médire sans dessein, c'est bêtise -, médire avec réflexion , c'est noirceur. Que le médisant choisisse , qu'il opte , il est insensé ou méchant. Duclos.
On est d'ordinaire plus médisant par vanité, que par malice. La Rochefoucauld.
La plus haute vengeance de la médisance est le mépris ou l'oubli. Bacon.
On répète les médisances , en citant leur auteur, • pour s'en donner le plaisir sans danger. Voltaire.
La haine impuissante se soulage par la médisance.
Lamoihe-Le-Vajer.
Témoigner publiquement son repentir d'une médisance, c'est lui donner plus de force et de publicité. Fontenelle.
La médisance est une pente secrète de l'âme à penser mal de tous les hommes , laquelle se manifeste par les paroles. Théophraste.
DE MAXIM LS. ii'
Mémoire.
Un homme qui n'a que de la mémoire, est comme celui qui possède une palette et des couleurs; mais qui pour cela n'est pas peintre. Maleskerbes.
La mémoire est le dépôt universel des pensées et des paroles ; quelques trésors qu'on amasse , si l'on manque de mémoire pour les conserver, ils sont perdus. Thomas.
Quel trésor que la mémoire! Elle rend l'existence aux siècles qui ne sont plus, donne un nouveau corps aux êtres évanouis, ranime leurs fantômes, et fait passer dans l'imagination les couleurs et la vie de l'objet ; fait redire au présent les destins du passé. Que l'univers s'anéantisse , et laisse l'homme seul clans un espace désert, l'homme, par la force de cette faculté merveilleuse, pourra retirer l'univers de la nuit des temps, et de l'abîme du néant.
Le Tourneur.
La mémoire, comme les livres qui restent longtemps renfermés dans la poussière , demande à être déroulée de temps en temps; il faut, pour ainsi dire, en secouer les feuillets, afin de la trouver en état au besoin. Sénèque.
Il n'est pas au pouvoir des hommes de perdre la mémoire. Tacite.
La vie à venir pourrait n'être que la mémoire de la vie présente ^ elle se composerait de souvenirs délicieux , ou d'amers repentirs. J^oltaire.
Une mémoire active et fidèle double la vie.
Mirabeau.
On tirerait des conséquences utiles, de savoir que la mémoire est la même chose que le jugement et l'imagination. On pourrait déterminer quelles réflexions ou jugemens ferait un homme en conséquence des faits qu'il a dans la mémoire , et quelle sorte de réflexions arriverait en conséquence d'une érudition vaste et profonde. Helvétîus.
La mémoire conserve le précieux dépôt de l'imagination et de la réflexion. Il serait superflu de s'attacher à peindre son utilité non contestée. Nous n'employons dans la plupart de nos raisonnemens , que des réminiscences , c'est sur elles que nous bâtissons : elles sont le fondement et la matière de tous nos discours. L'esprit que la mémoire cesse de nourrir, s'éteint dans les efforts laborieux de ses recherches". S'il y a un ancien préjugé contre les gens d'une heureuse mémoire, c'est parce qu'on suppose qu'ils ne peuvent embrasser et mettre en ordre tous leurs souvenirs, parce qu'on présume
que leur esprit, ouvert à toutes sortes d'impressions, est vide, et ne se charge de tant d'idées empruntées, qu'autant qu'il en a peu de propres : mais l'expérience a contredit ces conjectures par de grands exemples. Et tout ce qu'on en peut conclure avec raison, est qu'il faut avoir de la mémoire en proportion de son esprit, sans quoi , on se trouve nécessairement dans un de ces deux vices, le défaut, ou l'excès. Vauvenargues.
Ce n'est pas seulement pour acquérir de l'érudition que la mémoire est utile-, elle l'est encore pour la conduite de la vie. C'est le souvenir des événemens passés, qui fournit des exemples pour délibérer sagement sur les événemens à venir.
Plutarque.
Il y a beaucoup de profit à vivre avec des gens qui n'ont pas de mémoire. Chaque fois qu'on leur dit quelque chose d'agréable, ils l'oublient-, l'impression reste : elle redouble toutes les fois qu'on recommence, et l'on recommence autant de fois qu'on veut. Le prince de Ligne.
Mm&on$e.
Le mensonge consiste à s'exprimer, de propos délibéré, en paroles ou en signes, d'une manière fausse, en vue de faire du mal, ou de causer du
dommage, tandis que celui à qui on parle a droit de connaître nos pensées , et qu'on est obligé de lui en fournir les moyens, autant qu'il dépend de nous. Il paraît de là, que l'on ne ment pas toutes les fois qu'on parle d'une manière qui n'est pas conforme, ou aux choses, ou à nos propres pensées, et qu'ainsi la vérité logique, qui consiste dans une simple conformité de paroles avec les choses, ne répond pas toujours à la vérité morale. Il s'ensuit encore, que ceux-là se trompent beaucoup, qui ne mettent aucune différence entre mentir, et dire une fausseté. Mentir, est une action déshonnête et condamnable; mais on peut dire une fausseté indifférente : on en peut dire une qui soit permise, louable, et même nécessaire : par conséquent une fausseté que les circonstances rendent telle, ne doit pas être confondue avec le mensonge , qui décèle une âme faible, ou un caractère vicieux.
Il ne faut donc point accuser de mensonge, ceux qui emploient des fictions ou des fables ingénieuses pour l'instruction , et pour mettre à couvert l'innocence de quelqu'un, comme aussi pour apaiser une personne furieuse, prête à nous blesser; pour faire prendre quelques remèdes utiles à un malade; pour cacher les secrets de l'État , dont il importe de dérober la connaissance à l'ennemi ; et autres cas semblables, dans lesquels on peut se procurer à soimême, ou procurer aux autres, une utilité légitime, et entièrement innocente.
DE MAXIMES. 2i)()
Concluons que si le mensonge, les équivoques , et les restrictions mentales , sont odieuses \ il y a dans le discours des faussetés innocentes que la prudence exige ou autorise -, car de ce que la parole est l'interprète de la pensée , il ne s'ensuit pas toujours qu'il faille dire tout ce que l'on pense. 11 est, au contraire, certain, que l'usage de cette faculté doit être soumis aux lumières de la droite raison, à qui il appartient de décider quelles choses il faut découvrir ou non. Enfin, pour être tenu de déclarer naïvement ce qu'on a dans l'esprit , il faut que ceux à qui l'on parle aient droit de connaître nos pensées. Le Chev"' de Jaucourt.
Quoique les personnes n'aient point d'intérêt à ce qu'elles disent, il ne faut pas conclure de là absolument, qu'elles ne mentent point-, car il y a des gens qui mentent simplement pour mentir. Pascal.
L'aversion du mensonge, est souvent une imperceptible ambition de rendre nos témoignages considérables , et d'attirer à nos paroles un respect de religion. La Rochefoucauld.
Nous nous persuadons quelquefois nos propres mensonges , pour n'en avoir pas le démenti ; et nous nous trompons nous-mêmes, pour tromper les autres. V auvenargues .
3oo DICTIONNAIRE
Celui qui a besoin d'un motif pour être engagé à mentir, n'est pas né menteur. Vauvenargues.
En vérité, le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes, et nous ne tenons les uns aux autres que par la parole-, si nous en connaissions l'horreur et le poids, nous le poursuivrions à feu, plus justement que d'autres crimes. Montaigne.
Quiconque est capable de' mentir, est indigne d'être compté au nombre des hommes. Fénélon.
Le 'mensonge n'est un vice que quand il fait du mal-, c'est une très-grande vertu, quand il fait du bien. • Voltaire.
Le mensonge est un vice de l'esprit et du cœur.
Lord Chesterfield.
Comme rien n'est plus beau que de connaître la vérité , rien n'est plus honteux que d'approuver le mensonge , et de le prendre pour elle. Cicéron.
Combien de gens mentent pour tromper î Combien d'autres , parce qu'ils ont été trompés !
Sénèque.
L'homme est de glace aux vérités ; Il est de feu pour les mensonges.
La Fontaine.
Le mensonge est , en général , une chose odieuse,
DE MAXIMES. Soi
avilissante, et malhonnête; mais la vérité ne seraitelle pas souvent un plus grand mal que le mensonge?
Dans le eommerce de la vie, la vérité est comme une monnaie qu'il n'est pas permis d'altérer. La nature a voulu que la parole fut l'image de la pensée ; et dans l'ordre social , on y attache l'idée de la sincérité. Celui qui imprime le symbole de la vérité au mensonge, est donc un falsificateur qui abuse de la foi publique ; et sous ce rapport général , le menteur est un homme infâme. Marmontel.
Il n'y a pas de mensonges qui nous soient plus nuisibles , que ceux que nous nous faisons à nousmêmes. ***
Un livre curieux , serait celui dans lequel on ne trouverait pas de mensonge. N. Bonaparte.
11 y a des femmes en qui l'art surmonte la nature , et que l'on peut appeler de beaux mensonges.
Lamothe-Le-Vayer.
Méyxi*.
Un homme assez vain pour croire qu'il ne peut jamais être l'objet du mépris , y est, d'autant plus sensible , lorsqu'il ne peut plus se le dissimuler.
Duclos.
3o2 DICTIONNAIRE
11 n'y a que ceux qui sont méprisables, qui craignent d'être méprisés. La Rochefoucauld.
Celui qui s'estime lui-même , est peu sensible à l'injuste mépris des autres, et ne craint que de le mériter-, car le juste et l'honnête, ne dépendent point du jugement des hommes , mais de la nature des choses. Duclos.
Le mépris est un sentiment mêlé de haine et d'orgueil. Vauvenargues.
Nous sommes moins offensés du mépris des sots, que d'être médiocrement estimés des gens d'esprit.
Vauvenargues.
Nous méprisons beaucoup de choses, pour ne pas nous mépriser nous-mêmes. Vauven argues.
L'homme pardonne quelquefois la haine , jamais le mépris. Cu Feriand.
On n'est méprisé par les autres, que lorsqu'on a commencé par se mépriser soi-même. Sénèque.
Il y a des gens qui font du mépris leur sauvegarde. On foule aux pieds celui qu'on méprise : mais on passe .outre; on ne s'acharne pas contre lui; on ne se donne pas la peine de méditer sa ruine. Sur le champ de bataille même on passe à côté de
DE MAXIMES. 3o3
l'ennemi couché par terre, pour attaquer celui qui est debout. Sénèque.
Du mépris de la réputation naît celui de la vertu.
Tacite.
Mévite.
C'est le caractère d'un mérite consommé, de pouvoir vivre dans la retraite avec dignité, après avoir paru dans le monde avec éclat. Saint-Evremont.
Tout ce qui est mérite se discerne, se sent, se devine réciproquement : si l'on voulait être estimé, il faudrait vivre avec des personnes estimables.
La Bruyère.
Une grande naissance, ou une grande fortune, annonce le mérite , et le fait plus tôt remarquer.
La Bruyère.
La faveur des princes n'exclut pas le mérite, et
ne le suppose pas aussi. La Bruyère.
Un grand mérite doit faire pardonner de grandes fautes. Fontenelle.
Il n'y a que le temps qui décide du mérite des ouvrages. Voltaire.
Les hommes d'un grand mérite et d'une grande
vertu, s'attirent quelquefois de la part des personnes du premier rang, qui viennent à les connaître, une sorte de respect, qui n'a point été établi par les lois de la société , et dont la nature s'est réservée le droit de disposer en faveur de la vertu.
Montesquieu.
Tant qu'on peut se parer de son propre mérite , on n'emprunte point celui de ses ancêtres.
Saint-Evremont.
Le titre seul d'homme de mérite , désigne sa signification. C'est celui , dont les qualités utiles lui donnent droit de prétendre à l'estime , et à la considération de ses semblables. TVeiss.
Quelque vanité qu'on nous reproche, nous avons besoin quelquefois qu'on nous assure de notre mérite. Vauvenargues.
Rien n'est si utile, que la réputation , et rien ne donne la réputation comme le mérite.
Vauvenargues.
Cet empressement qui cherche à faire valoir son mérite , sans aucun égard pour celui des autres -, cet étalage de son esprit et de ses talens les discrédite , quelque distingués qu'ils puissent être-, parce qu'il met à découvert l'excès de bonne opinion qu'on a de soi-même , et l'intention de s'arroger une espèce de supériorité. Moncrif.
DE MAXIMES. 3of>
La marque d'un mérite extraordinaire , est de voir
que ceux qui l'envient le plus , sont contraints de
le louer. La Rochefoucauld.
Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite, quele mérite même. La Rochefoucauld.
C'est l'effet d'un mérite extraordinaire , d'être dans tout son jour auprès d'un mérite aussi grand.
Montesquieu.
On ne doit pas juger du mérite d'un homme par ses grandes qualités , mais par l'usage qu'il en sait faire. La Rochefoucauld.
Les hommes sont trop occupés d'eux-mêmes, pour avoir le loisir de pénétrer ou de discerner les autres 5 de là vient, qu'avec un grand mérite, et une plus grande modestie, l'on peut être long-temps ignoré. La Bruyère.
Il y a une classe de gens à qui l'on n'accorde du mérite, que parce qu'on est las de leur en avoir refusé : ils obtiennent leur réputation , comme certains pauvres obtiennent l'aumône , à force d'importunité. Rwarol.
Personne presque ne s'avise de lui-même du mérite d'un autre. La Bruyère.
3o6 DICTIONNAIRE
Mtàéxation.
La modération est l'égide protectrice de notre repos , de notre bonheur -, elle conserve toutes nos facultés ; elle en maintient la force et l'équilibre. Mais n'est-elle pas également à l'usage du méchant et de l'homme de bien ? Ne nous éloigne-t-elle pas également des dangers qui doivent effrayer le vice , et de ceux que doit braver la vertu ?
Les Catons , les Gracques . les Brutus , les hommes les plus vertueux de l'histoire ancienne et de l'histoire moderne, étaient-ils, en effet, des hommes fort distingués par leur modération ? Je vois que cette qualité , tout estimable qu'elle est en ellemême, s'allie difficilement à de hautes vertus, à une grande élévation de talent ou de génie ; elle n'est, le plus souvent, que l'humble compagne de l'impuissance et de la médiocrité.
Peut-être est-ce de toutes les vertus, celle qu'il est le moins à désirer de tenir de la nature même -, elle n'est précisément pour nous ce qu'elle doit être, que lorsque nous l'avons acquise à force de peines , de combats et de sacrifices. Alors , loin d'y voir un caractère de faiblesse , on y reconnaît le plus sublime effort de l'empire que l'homme peut prendre sur lui-même. Telle fut la modération d'un Aristide , d'un Camille , d'un Scipion. Diderot.
DE MAXIMES. 3o7
Heureux celui qui peut modérer ses désirs et ses affections -, il n'est alarmé , ni par les mugissemens d'une mer courroucée, ni par le lever ou le coucher des constellations orageuses -, que ses vignes soient maltraitées par la grêle , que ses espérances soient trompées par une moisson infidèle, il n'en est point troublé; que les pluies, la sécheresse, la rigueur des hivers, portent la stérilité dans ses vergers , ces sortes de malheurs ne le jettent point dans le désespoir. Horace.
La sagesse n'a pas moins besoin de modération que la folie. Montaigne.
J'appelle modération tout ce qui n'engendre pas la douleur. Pythagore.
La modération des désirs enrichit. Tacite.
La modération des personnes heureuses, vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur.
La modération est une crainte de tomber dans l'envie et lé mépris que méritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur -, c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit. La Rochefoucauld.
La modération des hommes dans leur plus haute élévation , est un désir de paraître plus grands que leur fortune. La Rochefoucauld.
3o8 DICTIONNAIRE
La modération , et le désintéressement qui en est la suite, sont, dans quelque position qu'on se trouve , les plus sûrs garans de la probité. Weiss.
On a fait une vertu de la modération , pour borner l'ambition des grands hommes , et pour consoler les gens médiocres de leur peu de fortune , ou de leur peu de mérite. La Rochefoucauld.
La modération trouve encore à glaner dans le champ du bonheur, lorsque les favoris de la fortune semblent avoir tout moissonné. M. de Lévis.
La modération des grands hommes ne borne que leurs vices. Vauvenargues.
La modération des faibles est médiocrité.
Vauvenargues .
Le faible s'applaudit lui-même de sa modération ,
qui n'est que paresse et vanité. Vauvenargues.
La modération est l'état d'une âme qui se possède } elle naît d'une espèce de médiocrité dans les désirs et de satisfaction dans les pensées , qui dispose aux vertus civiles.
L'immodération , au contraire , est une ardeur insatiable et sans délicatesse , qui mène quelquefois à de grands vices. Vauvenargues.
DE MAXIMES, 3oc>
Rien ne décrie davantage la violence des médians , que la modération des gens de bien.
S aint-Ev remont.
L'esprit de modération, et une certaine sagesse dans la conduite, laissent les hommes dans l'obscurité 5 il leur faut de grandes vertus pour être connus et admirés, ou peut-être de grands vices.
Fontenelie.
Mcfct&\u.
La modestie des hommes supérieurs vient de ce que, par l'étendue de leurs lumières dans les sciences et dans les arts qu'ils cultivent, ils voient toujours au-delà du terme où ils atteignent par leurs ouvrages 3 de sorte qu'ils se trouvent encore inférieurs, quoiqu'ils ne le soient qu'à leur propre génie. Si l'on en voit, dans cet ordre, quelques-uns avantageux et jaloux, c'est toujours par un vice de cœur qui les. égare : ils ambitionnent une célébrité exclusive, qui les écarte de la vraie gloire. La modestie n'empêche pas un homme supérieur de sentir son mérite. Elle ne consiste pas à l'ignorer , mais à n'en pas avertir les autres -, on le laisse voir sans le montrer, à moins qu'on n'y soit forcé par l'injustice ouverte : alors l'homme supérieur, par un intérêt légitime, par égard , par reconnaissance pour ses approbateurs, par respect pour le public, se fait justice à lui-même , sans chercher à déprimer ses
3io DICTIONNAIRE
inférieurs; il se compare, il se juge : c'est ainsi que Corneille, naturellement modeste , si éloigné de l'intrigue, se vit obligé de se défendre contre les manœuvres d'une cabale puissante , et osa dire avec raison :
« Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommée. *
Duclos.
La modestie est le seul éclat qu'il soit permis d'ajouter à la gloire. Duclos.
La modestie est un voile transparent qui attire et fixe les regards. Duclos.
Un fond de modestie rapporte un très - grand fond d'intérêt. Montesquieu.
La modestie est au mérite, ce que les ombres sont aux figures dans un tableau ; elle lui donne de la force et du relief. La Bruyère.
L'excès de modestie, est un excès d'orgueil.
Chénier.
La modestie donne du relief à tous les talens ;
elle rehausse l'éclat des vertus qu'elle accompagne.
Duclos.
Le langage de l'homme modeste donne du lustre
à la vérité : la timidité de ses assertions absout ses
erreurs. Rivarol.
Certains hommes, contens d'eux-mêmes, de quel-
DE MAXIMES. 3n
que action, ou de quelque ouvrage qui ne leur a pas mal réussi, et ayant ouï dire que la modestie sied bien aux grands hommes, osent être modestes, contrefont les simples et les naturels, semblables à ces gens d'une taille médiocre qui se baissent aux portes de peur de se heurter. La Bruyère.
Je ne vois jamais un homme modeste , sans être persuadé que c'est uniquement l'occasion qui lui manque , et qu'il renferme des trésors qui n'ont besoin que d'une clé pour s'ouvrir ; c'est-à-dire d'un juste encouragement pour paraître avec éclat.
Pascal.
La fausse modestie est le plus décent de tous les mensonges. Chamfort.
Chez les femmes , la modestie a de grands avantages ; elle augmente la beauté , et sert de voile à la laideur. Fontenelle.
La modestie , ce doute aimable de son mérite , est dans la nature aussi bien que Tamour-propre ; mais l'humilité n'est qu'une pénitence que la religion impose à l'orgueil. M. de Lévis.
Parmi les vertus qui doivent attirer la bienveillance, la modestie tient un rangéminent. L'homme simple et modeste vit ignoré , jusqu'au moment où des circonstances , qu'il ne prévoyait pas , relèvent
3i2 DICTIONNAIRE
ses qualités estimables , ses actions généreuses. On peut le comparer à ces fleurs qui , naissant sur d'humbles tiges , échappent à la vue, et que leur parfum seul fait découvrir. M. Droz.
J'ai vu des hommes du plus rare mérite, rallier à la plus touchante modestie; d'autres au plus noble orgueil $ et je n'ai pas moins pu croire à la vertu des uns, qu'à la vertu des autres. La modestie pourrait donc bien n'être qu'un résultat du caractère , de l'habitude, de l'éducation, assez indifférente dans le fond au mérite réel. Diderot.
La modestie, est comme une ombre dans la peinture $ elle nuit aux yeux du stupide vulgaire , mais les connaisseurs en tiennent bon compte. Lorsqu'une grande modestie est jointe à un grand mérite , celui-ci perce tôt ou tard, et le public lui paie alors, par son enthousiasme, les arrérages de sa reconnaissance. * B. Franklin.
La modestie, est une espèce de vernis qui relève les talens naturels. Elle est à la vertu , ce que le voile est à la beauté-, ou, pour me servir d'une autre similitude , elle est au mérite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau -, elle lui donne du relief. Quoique son avantage se borne au sujet qui la possède , en contribuant à sa perfection %
DE MAXIMES. 3i3
il faut avouer qu'elle est pour les autres un objet digne de leurs applaudissemens.
Le Chevr de Jaucourt.
La modestie extrême a ses dangers, ainsi que
l'orgueil. Voltaire.
Mctuvfi.
Les mœurs d'un peuple font le principe actif de sa conduite , les lois- n'en sont que le frein 5 celles-ci n'ont donc pas sur lui le même empire que les mœurs. On suit les mœurs de son siècle, on obéit aux lois ; c'est l'autorité qui les fait et qui les abroge. Les mœurs d'une nation lui sont plus sacrées et plus chères que ses lois. Comme elle n'en connaît pas l'auteur, elle les regarde comme son ouvrage , et les prend toujours pour la raison. Duclos.
On ne peut réfléchir sur les mœurs , qu'on ne se plaise à se rappeler la simplicité des premiers temps. C'est un beau rivage paré des seules mains de la nature, vers lequel on tourne incessamment les yeux , et dont on se sent éloigner à regret.
/.-/. Rousseau, La liberté , sans les mœurs , n'est qu'une anarchie.
Mirabeau.
Aussitôt que les mœurs se perdent, tous les défauts d'un gouvernement paraissent au grand jour.
Rulhière.
3i4 DICTIONNAIRE
Les lois doivent être faites pour les mœurs, parce que les mœurs ne se font pas par les lois.
Toulongeon.
Il y a de mauvais exemples qui sont pires que les crimes ; et plus d'États , ont péri , parce qu'on a violé les mœurs , que parce qu'on a violé les lois.
Montesquieu.
La religion est toujours le meilleur garant qu'on puisse avoir des mœurs des hommes.
Montesquieu.
Les mœurs , plus que les lois , font et caractérisent une nation. Duclos.
Toute la doctrine des mœurs , tend uniquement à nous rendre heureux. Bossuet.
L'homme de bien, et régulier dans ses mœurs, pardonne tout aux autres , comme s'il faisait tous les jours des fautes, et s'abstient d'en faire, comme s'il ne pardonnait rien à personne. Il n'ajoute pas même foi aux discours scandaleux sur la réputation des autres, parce qu'il ne peut leur imputer les vices dont il est incapable. Duclos.
Les mœurs sont l'ouvrage des lois, et le bonheur public l'ouvrage des mœurs. Malesherbes.
Les mœurs se gâtent plus facilement quelles ne se redressent. Vauvenargues.
DE MAXIMES. 3i5
La science des mœurs ne donne pas celle des hommes. Vauvenargues.
Les mœurs sont si corrompues, que le mot même de chasteté' est devenu suranné, et presque ridicule.
M. de Lévis.
Obéir aux magistrats , respecter les lois , aimer la patrie , n'avoir qu'une ambition honnête , ignorer le luxe et tous les vices qu'il engendre : voilà sans doute ce qui fait les bonnes mœurs. Condillac.
L'étude du monde est remplie de difficultés, et il est difficile de savoir quelle place il faut occuper pour le bien connaître. Le philosophe en est trop loin , l'homme du monde en est trop près. L'un voit trop , pour pouvoir réfléchir, l'autre trop peu , pour juger du tableau total. Chaque objet qui frappe le philosophe , il le considère à part , et , n'en pouvant discerner ni les liaisons, ni les rapports avec d'autres objets qui sont hors de sa portée , il ne le voit jamais à sa place , et n'en sent ni la raison ni les vrais effets. L'homme du monde voit tout, et n'a le temps de penser à rien. La mobilité des objets ne lui permet que de les apercevoir, et non de les observer : ils s'effacent mutuellement avec rapidité, et il ne lui reste du tout, que des impressions confuses qui ressemblent au chaos.
3i6 DICTIONNAIRE
On ne peut pas , non plus, voir et méditer alternativement, parce que le spectacle exige une continuité d'attention , qui interrompt la réflexion. Un homme qui voudrait diviser son temps par intervalles entre le monde et la solitude , toujours agité dans sa retraite et toujours étranger dans le monde, ne serait bien nulle part. Il n'y aurait d'autre moyen que de partager sa vie entière en deux grands espaces , l'un pour voir, l'autre pour réfléchir : mais cela même est presque impossible-, car la raison n'est pas un meuble qu'on pose et qu'on reprenne à son gré 5 et quiconque a pu vivre dix ans sans penser, ne pensera de sa vie. J.-J. Rousseau.
Si nous connaissions le fond et l'intérieur du monde ; si nous pouvions entrer dans le détail secret de ses soucis et de ses noires inquiétudes ; si nous pouvions percer cette première écorce qui n'offre aux yeux que joie , que plaisirs , que pompe et magnificence, que nous le trouverions différent de ce qu'il paraît! Le père divisé d'avec l'enfant, l'époux d'avec l'épouse -, le secret des familles ne cache aux yeux du public que des antipathies , des jalousies , des murmures , des dissensions éternelles. Les amitiés y sont troublées par les soupçons , par les intérêts, par les caprices-, les liaisons les plus étroites y sont refroidies par l'inconstance -, les engagemens les plus tendres y finissent par la haine et la perfidie ; les fortunes les plus brillantes, y per-
DE MAXIMES. 3i7
dent tout leur agrément , par les assujettissemens qu'elles exigent; les places les plus honorables n'y font sentir que le chagrin de ne pouvoir monter plus haut, chacun s'y plaint de sa destinée ; les plus élevés n'y sont pas les plus heureux, ils montent par leur rang et par leur fortune jusqu'au-dessus des nuées ; on les perd de vue , si haut ils sont placés -, ils paraissent au-dessus du reste des hommes par les hommages qu'on leur rend, par l'éclat qui les environne , par les grâces qu'ils distribuent , par les adulations éternelles dont la prospérité et la puissance sont toujours accompagnées, et par la satiété même des plaisirs, et par la bizarrerie de leurs désirs, et par l'amertume de leurs jalousies , et par la bassesse qu'ils emploient pour plaire au maître, et parles dégoûts qu'ils en essuient; ils sont plus bas que le peuple, et plus malheureux que lui.
M as sillon.
Le monde est un vaisseau pompeux , flottant sur une mer dangereuse : on le regarde avec plaisir 5 mais on ne l'aborde pas sans péril. Young.
Quand on veut plaire dans le monde, il faut se résoudre à se laisser apprendre beaucoup de choses qu'on sait, par des gens qui les ignorent.
Chamfort.
Sachez précisément ce que vous pouvez attendre des hommes en général , et de chacun d'eux en par-
3i6 DICTIONNAIRE
ticulier , et jetez-vous ensuite dans le commerce du
monde. La Bruyère.
Celui qui fuit le monde en disant qu'il ne lui convient pas, d'ordinaire est peu Tait pour le monde.
Malesherbes.
Le monde est une servitude éternelle , où nul ne vit pour soi , et où , pour vivre heureux , il faut pouvoir baiser ses fers , et aimer son esclavage.
M as sillon.
Le monde est avare et réservé dans ses dons -, il
n'accorde que ce qu'il ne peut refuser. Young.
Le monde et la société ressemblent à une bibliothèque où , au premier coup d'œil , tout paraît en règle, parce que les livres y sont placés suivant le format et la grandeur des volumes \ mais où, dans le fond , tout est en désordre , parce que rien n'y est rangé suivant l'ordre des sciences , des matières, ni des auteurs. Chamfort.
Les gens les plus aimables dans le monde , sont ceux qui choquent le moins l'amour-propre des autres. La Bruyère.
Le monde physique paraît l'ouvrage d'un être puissant et bon , qui a été obligé d'abandonner à un être malfaisant l'exécution d'une partie de son plan; mais le monde moral paraît être le produit des caprices d'un diable devenu fou. Chamfort.
DE MAXIMES. 3i9
Pour être heureux en vivant dans le monde, il y a des côtés de son âme qu'il faut paralyser.
Chamfort.
Morale.
En morale , il est plus aisé de donner le mouvement , que de le régler. Malesherbes.
La morale élève un tribunal plus haut et plus redoutable que celui des lois. Elle veut, non-seulement que nous évitions le mal , mais que nous fassions le bien : non-seulement que nous paraissions vertueux , mais que nous le soyons -, car elle ne se fonde pas sur l'estime publique, qu'on peut surprendre, mais sur notre propre estime, qui ne nous trompe jamais. Rivarol.
Un cœur parfaitement droit, n'admet pas plus d'accommodemens en morale, qu'une oreille juste n'en admet en musique. M. de Lévis.
Ce qui fait que la plupart des livres de morale sont si insipides, et que leurs auteurs ne sont pas sincères , c'est que, faibles échos les uns des autres, ils n'oseraient produire leurs propres maximes et leurs secrets sentimens. Ainsi, non-seulement dans la morale , mais en quelque sujet que ce puisse être ,
32o DICTIONNAIRE
presque tous les hommes passent leur vie à dire et à écrire ce qu'ils ne pensent point -, et ceux qui conservent encore quelque amour de la vérité , excitent contre eux la colère et les préventions du public.
Vauvenargues.
Quelques auteurs traitent la morale comme on traite aujourd'hui la nouvelle architecture, où l'on cherche , avant toutes choses , la commodité. % Vauvenargues.
Nos erreurs et nos divisions, dans la morale, viennent quelquefois , de ce que nous considérons les hommes, comme s'ils pouvaient être tout-à-fait vicieux, ou tout-à-fait bons. Vauvenargues.
La morale n'est propre qu'à former méthodiquement une bonne conscience. Les vrais honnêtes gens n'ont que faire de ses leçons \ ils connaissent le bien par la seule justesse de leur goût, et s'y portent de leur propre mouvement. Saint-Évremont.
Morale , est un mot qu'on a trop souvent employé pour propager des principes exagérés et faux. A ce mot usé, et d'un sens équivoque, on devrait substituer une dénomination qui montrât nettement le but vers lequel il faut se diriger. La morale est l'art d'être heureux \ ou la morale n'est qu'une science de convention, tantôt inutile , et tantôt dangereuse.
M. Droz.
DE MAXIMES. 3ai
Moxt
Être ou ne pas être , c'est là la question... S'il est plus noble à l'âme de souffrir les traits poignans de l'injuste fortune, ou, se révoltant contre cette multitude de maux, de s'opposer au torrent et les finir? Mourir... dormir... rien déplus; et par le sommeil dire : nous mettons un terme aux angoisses du cœur et à cette foule de plaies et de douleurs , l'héritage naturel de cette masse de chair... Ce point, où tout est consommé, devrait être désiré avec ferveur. — Mourir.... dormir. — Dormir? rêver peut-être: oui, voilà le grand obstacle-, car de savoir quels songes peuvent survenir dans ce sommeil de la mort , après que nous nous sommes dépouillés de cette enveloppe mortelle, c'est de quoi nous faire faire une pause.
Voilà l'idée que donne une si longue vie à la calamité. Car quel homme voudrait supporter les traits et les injures du temps, les injustices de l'oppresseur, les outrages de l'orgueilleux , les tortures de l'amour méprisé, les longs délais de la loi, l'insolence des gens en place , et les avilissans rebuts que le mérite patient essuie de l'homme sans âme , lorsqu'avec un poinçon il pourrait lui-même se procurer le repos? Qui voudrait porter tous ces fardeaux , et suer et gémir sous le poids d'une laborieuse vie , si ce n'est
la crainte de quelque avenir après la mort
Cette contrée ignorée dont nul voyageur ne revient, plonge la volonté dans une affreuse perplexité, et nous fait préférer de supporjter les maux que nous sentons, plutôt que de fuir vers d'autres maux, que nous ne connaissons pas. Ainsi , la conscience fait de nous tous des poltrons -, ainsi , tout le feu de la résolution la plus déterminée , se décolore devant la pâle lueur de cette pensée.
ShakspeCire , monologue d'Hamlet.
Nul n'est heureux avant la mort. Sénèque.
Si la mort était la fin de tout, ce serait un grand avantage pour les médians. Socrate.
Le perpétuel ouvrage de la vie , c'est de bâtir la mort. Montaigne»
Peu de gens connaissent la mort : on ne la souffre pas ordinairement par résolution , mais par stupidité et par coutume ; et la plupart des hommes meurent , parce qu'on ne peut s'empêcher de mourir.
La Rochefoucauld.
Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. La Rochefoucauld.
11 faut ôter à la mort son estrangeté , et la domestiquer à force d'y penser. Montaigne.
Si la vie est un bien, la mort est son fruit} si la vie est un mal , la mort est son terme.
CLe de Ségur.
Par un sentiment que je ne puis définir, mon âme, prenant l'essor vers la postérité, semble n'envisager dans la mort que le commencement de la vie. S'il était faux que nos âmes fussent immortelles, les plus belles et les plus grandes ne tendraient pas à l'immortalité. Cicéron.
La mort donne les plus grandes leçons pour désabuser de tout ce que le monde croit merveilleux. Fénélon.
La plus vive jeunesse, le plus robuste tempérament , ne sont que des ressources trompeuses. Elles servent moins à éloigner de nous la mort, qu'à rendre sa surprise plus imprévue et plus funeste. Fénélon.
La pensée de la mort nous trompe -, car elle nous fait oublier de vivre. Vauvenargues.
La mort est plus aisée à supporter sans y penser, que la pensée de la mort sans péril. Pascal.
C'est diminuer la crainte de la mort, que de rabaisser le prix de la vie. Young.
La mort n'arrive qu'une fois , et se fait sentir à
tous les momens de la vie-, il est plus dur de
l'appréhender , que de la souffrir. La Bruyère.
Les peines de la vie doivent nous consoler de la mort. Socrate.
La mort n'est terrible que pour le crime : c'est de lui qu'elle emprunte son masque effrayant, c'est lui qui aiguise le tranchant dé son glaive.
Young.
Une longue maladie semble être placée entre la vie et la mort, afin que la mort même devienne un soulagement et à ceux qui meurent et à ceux qui restent. La Bruyère.
La mort qui prévient la caducité , arrive plus à propos que celle qui la termine. La Bruyère.
La mort, ce moment fatal qui désespère les autres hommes , parce qu'il est le terme de leurs plaisirs et le commencement de leurs douleurs, n'est pour l'homme vertueux qu'un passage à une vie plus heureuse. L'abbé Yvon.
Les hommes craignent la mort comme les enfans craignent l'obscurité : c'est une faiblesse de la craindre , si on la regarde seulement comme le tribut dû à la nature 5 l'appareil de la mort effraie plus que la mort même. Bacon.
DE MAXIMES. 3v>5
Il est d'un homme sage de n'être ni léger , ni emporté , ni fier et dédaigneux sur la mort , mais de l'attendre comme une des fonctions de la naturc. Attends donc le moment où ton âme éclora de son enveloppe , comme tu attends que l'enfant dont ta femme est enceinte vienne au monde.
Marc-Aurèle.
La mort , comme la naissance , est un mystère de la nature. L'une est le mélange et l'union , et l'autre la dissolution et la séparation des mêmes principes. Marc-Aurèle.
La vie des morts consiste dans le souvenir des vivans. Cicéron.
Un effet des calomnies que l'on débite contre la mort, c'est que, par lâcheté, bien des gens meurent pour ne pas mourir. Plutarque.
Aucun de ceux qui disent du mal de la mort n'en a fait l'épreuve. Sénèque.
Invoquer la mort, c'est mentir. Sénèque.
Que la mort, l'exil , et tout ce qui effraie le plus les hommes, soient sans cesse devant tes yeux ; mais surtout la mort. Par ce moyen, tu n'auras aucune pensée basse et lâche, et tu ne désireras rien avec trop d'ardeur. Épictète.
Apprends à bien vivre, tu sauras bien mourir.
Confucius.
La nécessité de mourir n'est , à l'homme sage , qu'une raison pour supporter les peines de la vie. Si l'on n'était pas sûr de la perdre une fois, elle coûterait trop à conserver. J.-J. Rousseau.
Si nous étions immortels , nous serions des êtres bien misérables. Il est dur de mourir -, mais il est doux d'espérer qu'on ne vivra pas toujours, et qu'une meilleure vie finira les peines de celle-ci.
Les hommes ne sont-ils pas assez mortels, sans se donner encore les uns aux autres une mort précipitée? La vie est si courte ! et il semble qu'elle leur paraisse trop longue. Fénélon.
On vit , en général , comme si l'on devait toujours vivre. Fénélon.
Qui ne craint point la mort, est au-dessus de tout.
Fénélon.
La mort est un bienfait pour celui qu'elle délivre des maux de la vie. Publius Sjrus.
Qui désire la mort laisse une tache à sa vie.
Publius Sjrus.
A l'heure de la mort, c*est une ressource bien
consolante que le souvenir d'une belle vie. En quel-
que temps que meure an homme qui a tait tout le bien qu'il a pu, il n'a point à se plaindre de n'avoir pas assez véeu. Cicéron.
L'homme faible craint la mort, le malheureux l'appelle, le brave la provoque, et le sage l'attend. Celle à laquelle on se dévoue pour la patrie n'est jamais prématurée, à quelque âge que Ton meure.
B. Franklin.
Le matin, pensez que vous n'atteindrez pas le soir; le soir, n'osez pas vous promettre de voir le lendemain matin. Soyez donc toujours prêt, et vivez de telle sorte, que la mort ne vous surprenne jamais. Imitation de J.-C.
Puisque la vie a pour but la mort , apprendre à vivre n'est qu'apprendre à mourir. Bon Massias.
Notre plus grand bien, c'est le sommeil : nous l'invoquons souvent, et nous craignons la mort qui n'est rien de plus. Shakspeare.
Connaître le moment de sa mort, c'est mourir à chaque instant. Publius Sjrus.
La mort ne surprend point le sage, Il est toujours prêt à partir.
La Fontaine.
ttibli***.
Il y a peu d'hommes assez sages pour regarder la noblesse comme un avantage, et non pas comme un mérite; pour se borner à en jouir, sans en tirer vanité. Duclos.
Le seul avantage de la noblesse, c'est de ne pas manquer d'exemples dans sa maison, et d'être dans la nécessité de les imiter, dans la crainte de ne pas être reconnu pour légitime héritier.
Pétrarque.
La noblesse qui flatte Y -<*ueil des hommes n'est rien 5 c'est le mérite de vos ancêtres, qui n'est point le vôtre : c'est se parer des biens d'autrui , que de vouloir être estimé par là. De plus , ce n'est presque jamais qu'un vieux nom oublié dans le monde, et avili par beaucoup de gens sans mérite, qui n'ont pu le soutenir. La noblesse n'est souvent qu'une pauvreté vaine , ignorante , oisive , grossière , qui se pique de mépriser tout ce qui lui manque.
Si la distinction de la naissance n*est point une chimère , si elle a quelque chose de réel , c'est lorsque les ancêtres ont été vertueux : car la succession des dignités n'est rien , si on la compare à celle du mérite. Thomas.
DE MAXIMES. 32g
S'il y a du faux dans l'origine des grandes noblesses, du moins il y a une sorte de fabuleux qui n'appartient qu'à elles, et qui devient lui-même un titre. Fontenelle.
Les grands noms abaissent , au lieu d'élever ceux qui ne les savent pas soutenir.
La Rochefoucauld.
C'est un grand avantage que la qualité, qui, dès dix-huit ou vingt ans , met un homme en passe , connu et respecté, comme un autre pourrait avoir mérité à cinquante ans : ce sont trente ans gagnés sans peine. Pascal.
Noblesse oblige. M. de Lévis.
La grande naissance est un présent de la fortune, qui ne devrait attirer aucune estime à ceux qui le reçoivent, puisqu'il ne leur coûte ni étude ni travaux. Loin d'être le prix du mérite, elle est souvent un obstacle à en acquérir. Si la gloire de nos ancêtres illustra notre naissance, la gloire de nos actions doit illustrer notre vie. La Bruyère.
On peut se glorifier d'avoir pris un bon billet à la loterie, avec autant de raison que de sa naissance.
S'il est heureux d'avoir de la naissance, il ne l'est pas moins d'être tel, qu'on ne s'informe pas si vous en avez. La Bruyère.
La noblesse est un héritage, comme l'or et les diamans. Ceux qui regrettent que la considération des grands emplois et des services passe au sang des hommes illustres , accordent davantage aux hommes riches ; puisqu'ils ne contestent pas à leurs neveux la possession de leur fortune bien ou mal acquise. Mais le peuple en juge autrement -, car au lieu que la fortune des gens riches se détruit par la dissipation de leurs enfans , la considération de la noblesse se conserve après que la mollesse en a souillé la source. Sage institution qui, pendant que le prix de l'intérêt se consume et s'appauvrit , rend la récompense de la vertu éternelle et ineffaçable !
Qu'on ne nous dise donc plus que la mémoire d'un mérite doit céder à des vertus vivantes. Qui mettra le prix au mérite ? C'est sans doute à cause de cette difficulté que les grands, qui ont de la hauteur, ne se fondent que sur leur naissance, quelque opinion qu'ils aient de leur génie. Tout cela est très -raisonnable, si l'on excepte , de la loi commune, de certains talens qui sont trop audessus des règles. Vauvenargues.
La noblesse est un monument de la vertu, immortelle comme la gloire. Vauvenargues.
C'est en vain qu'on tire sa noblesse de l'ancienneté du nom qu'on porte 5 tous les hommes raisonnables sont de la race des dieux. Sénèque.
Pourquoi les gens de bien témoignent-ils du respect à la noblesse? C'est pour avertir les hommes d'une naissance illustre de ne pas se montrer indignes de leurs ancêtres-, c'est aussi, parce que nou£ révérons encore après leur mort la mémoire des grands hommes qui ont bien servi l'Etat. Cicéron.
La noblesse politique des États libres est une amélioration importante de l'ordre social : récompense des services publics , elle est accessible à tous -, elle détruit cette fatale infériorité de rang qui produit l'envie dans les âmes communes , et le désespoir dans les âmes généreuses : mal singulier que l'opinion fait, et qu'elle ne saurait changer. Si la noblesse politique a peu de droits , de titres , et point de privilèges 5 dans sa simplicité, elle n'est pas moins * puissante : arbitre indépendante et suprême , elle juge et punit les attentats contre le trône et la patrie ; elle s'unit au monarque dans le travail des lois 5 et sa dignité , comme celle de la plupart des corps et des ordres , n'est point oisive et vaine.
M. Valéry.
La noblesse n'a soigné que le moral de son institution , et en a abandonné au caprice des hommes et au hasard des événemens , le matériel ; fortune , races , alliances , etc. : c'est ce qui l'a perdue.
M . de Bonald.
Les titres honorifiques accordés à la noblesse, depuis qu'ils ne sont plus, comme au temps des grands
fiefs, des titres de souveraineté, ont commencé sa
ruine , et les décorations Font achevée.
M. de Bonald.
. La noblesse peut être considérée comme une condition de l'homme, ou comme une portion de l'état politique. Une monarchie sans noblesse, est une véritable tyrannie. La noblesse tempère le pouvoir du monarque , et par sa propre splendeur, accoutume les yeux du peuple à fixer et à soutenir l'éclat de la royauté , sans en être effrayé. Bacon.
Une nouvelle noblesse, est comme une monnaie dont l'empreinte est toute fraîche, et qui commence à être mise en circulation. Shakspeare.
Il vaut mieux déroger à la noblesse qu'à la vertu.
J.-J. Rousseau.
Il n'y a point de noblesse où manque la vertu.
Crébillon.
La vertu est la vraie noblesse de l'homme de bien.
Saint Ambroise.
La noblesse et la vertu étant la même chose , il n'y a pas d'autre noblesse que la vertu.
Antisthène.
Il est plus honorable d'être noble par soi-même,
que par autrui. Fléchier.
Quel heureux préjugé que celui de la noblesse , lorsqu'il force à vivre noblement ! Mirabeau.
Si la noblesse est fille de la vertu, trop souvent
elle a tué sa mère. foltaire.
Une noblesse instruite et vertueuse fait la gloire
d'un État.
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(Dwuœtë.
L'oisiveté est comme la rouille, elle use beaucoup plus que le travail : la clef dont on se sert est toujours claire. B. Franklin.
L'oisiveté nous lasse plus promptement que le travail, et nous rend à l'action, détrompés du néant de ses promesses. Vauvenargues .
Une erreur bien grossière, c'est de croire que l'oisiveté puisse rendre les hommes plus heureux. Il n'y a qu'une vie laborieuse qui puisse amortir les passions, dont le joug est si rigoureux 5 c'est elle qui retient sous les cabanes le sommeil fugitif des riches palais. Vauvenargues.
La noblesse et l'oisiveté , corrompent les plus beaux naturels. Fénélon.
11 ne manque à l'oisiveté du sage qu'un meilleur nom-, c'est que méditer, parler, lire, et être tranquille, s'appelât travailler. La Bruyère.
L'oisiveté est la rouille de l'âme. M. de Lévis.
L'amour cause une oisiveté inquiète.
Publius Sjrus.
L'oisiveté est la mère de tous les vices.
Proverbe.
Si l'indolente oisiveté n'engendre que la paresse
et l'ennui , le charme des doux loisirs est le fruit
d'une vie laborieuse. J.-J. Rousseau.
Dieu n'a pas établi les rois seulement pour recevoir, comme des idoles, les écus et les vœux de leurs sujets dans une oisiveté superbe.
Fléchicr.
L'oisiveté est également funeste aux hommes et aux empires-, et multiplier dans un État les genres d'occupations , c'est s'assurer du bonheur , des richesses et de la tranquillité des sujets.
Chever de Jaucourt.
Il y a des créatures de Dieu qu'on appelle des hommes , dont toute la vie est occupée , et toute l'attention réunie à scier du marbre ; c'est très-peu de chose. 11 y en a beaucoup d'autres qui s'en étonnent, mais qui sont entièrement inutiles , et qui passent les jours à ne rien faire ; c'est bien moins que de scier du marbre. La Bruyère.
L'oisiveté est aussi fatigante que le repos est doux.
M. de Lévis.
L'oisiveté qui, en physique, ne présente que l'idée
du repos , est un volcan furieux dans l'ordre politique. M. Lemontej.
(Dpitttmt.
Un des bienfaits de la nature, est d'avoir placé une grande partie de notre bonheur dans l'opinion d'autrui. Cela établit une dépendance mutuelle, qui porte à se complaire réciproquement , et donne aux autres une espèce de pouvoir de punir et récompenser nos actions, par leurs louanges, ou leur blâme.
TVeiss.
C'est plus souvent par orgueil que par défaut de lumières , qu'on s'oppose avec opiniâtreté aux opinions les plus suivies ♦, on trouve les premières places prises dans le bon parti , et l'on ne veut pas des dernières. La Rochefoucauld.
On ne doit combattre l'opinion que par le raisonnement 5 on ne tire point de coups de fusil aux idées. Rivarol.
Le choc des opinions contraires fait jaillir l'étincelle de la vérité. Young.
L'opinion est la reine du monde, parce que la sottise est la reine des sots. Chamfort.
Il y a des siècles où l'opinion publique est la plus mauvaise des opinions. Chamfort.
Il faut être plus lcut à condamner l'opinion d'un grand homme , que celle d'un peuple entier.
Helvétius.
Est-il vrai que rien ne suffise à l'opinion, et que peu de chose suffise à la nature ? Mais l'amour des plaisirs , mais la soif de la gloire, mais l'avidité des richesses, en un mot toutes les passions, ne sont-elles pas insatiables? Qui donne l'essor à nos projets? Qui borne ou étend nos opinions , sinon la nature ? N'est-ce pas encore la nature qui nous pousse même à sortir de la nature , comme le raisonnement nous écarte quelquefois de la raison , ou comme l'impétuosité d'une rivière rompt ses digues et la fait sortir de son lit ? J^auvenargues.
Les maux de la nature ne sont que les maux du corps , et les maux de l'opinion ne sont que les maux de l'esprit. S aint-Év remont.
Deux sortes de maux de l'opinion, nous exposent aux maux de la nature. L'une est la perte des personnes chères , l'autre est la perte des biens. Le dernier de ces maux nous expose à la pauvreté , mais le premier nous expose à tous les maux de la nature -, c'est pourquoi nous lui pouvons donner le premier rang entre les maux de l'opinion.
Saint-Évremont.
11 y a des opinions et des passions de jeunes gens , des opinions et des passions de personnes plus avancées en âge , des opinions et des passions de
vieillards. On passe d'opinions en opinions, comme on passe d'âge en Age. Ainsi la plupart des hommes n'arrivent jamais à vivre selon la vérité. S'ils l'entrevoient de loin , elle a trop peu de force sur leur esprit pour les redresser, parce qu'elle les trouve liés à des opinions qui leur sont devenues comme naturelles , et qui forment en eux des impressions qui les dominent. Nicole.
Le sceptre de l'opinion n'est jamais tout entier dans les mêmes mains ; les plus beaux génies , aux époques les plus différentes, tentent vainement de le porter seuls; ils trouvent toujours des rivaux d'une égale puissance pour le disputer : l'esprit humain , malgré son orgileil , n'a point encore régné d'une manière absolue. M. Valéry.
L'opinion fait les braves , la nature fait les intrépides. iV. Bonaparte.
Les malheureux ont mauvaise opinion de leur fortune. Marivaux.
Nos opinions ne sont pas en notre pouvoir.
B. Franklin.
L'opinion qui rencontre le moins d'obstacles, est
l'opinion des baïonnettes. M. Bignon.
Le faible craint l'opinion , le fort la brave , le sot en est esclave. ***
DE MAXIMES. 33<j
L'opinion, reine du monde , n'est point soumise au pouvoir des rois ; ils sont eux-mêmes ses premiers esclaves. /.-/. Rousseau.
Pour ne rien donner à l'opinion , il ne faut rien donner à l'autorité -, et la plupart de nos erreurs nous viennent bien moins de nous , que des autres.
J.-J. Rousseau.
On gouverne les hommes par l'opinion régnante , et l'opinion change quand la lumière s'étend.
Voltaire.
On nomme l'opinion la reine du monde : elle l'est si bien , que , quand la raison vient la combattre , la raison est condamnée à la mort ; il faut qu'elle renaisse vingt fois de ses cendres pour chasser l'usurpatrice. Voltaire.
Quand les esprits sont échauffés , plus une opinion est impertinente , plus elle a de crédit.
Voltaire.
Presque toutes les opinions humaines sont des passions. Dussault.
Les hommes , sages ou fous , commencent par adopter une opinion , et finissent par la défendre.
La Harpe.
Il est permis d'avoir mauvaise opinion de celui qui n'a bonne opinion de personne. Duclos.
Tout devient facile quand on suit l'opinion.
N, Bonaparte.
Les opinions ne sont , assez généralement , que
le sophisme de l'intérêt. Dussault.
L'opinion publique pénètre dans les cabinets où la politique s'enferme. Raynal.
Il y a une grande différence entre le prix que l'opinion donne aux choses , et celui qu'elles ont réellement. /.-/. Rousseau.
Le monde , malgré la malignité qu'on lui attribue , est , en général , plus juste qu'on ne le croit dans l'opinion qu'il se fait de nous; et tel qui se plaint de sa censure , trouverait peut-être que le tort est de son côté, s'il s'examinait lui-même avec impartialité. Richardson.
<Dr#itttL
On pardonne tout, hors l'orgueil. Voltaire.
L'orgueil s'avise aussi quelquefois d'être modeste : le calcul est adroit , mais il ne trompe pas long-temps. Malesherbes.
Si nous n'avions point d'orgueil , nous ne nous plaindrions pas de celui des autres.
La Rochefoucauld.
Il semble que la nature , qui a si sagement disposé les organes de notre corps pour nous rendre heureux , nous ait aussi donné l'orgueil, pour nous épargner la douleur de connaître nos imperfections.
L'orgueil a souvent plus de part que la bonté, aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes ; et nous ne les reprenons pas tant pour les en corriger , que pour leur persuader que nous en sommes exempts. La Rochefoucauld.
L'orgueil , dans une belle âme , a ses scrupules comme la vertu , et produit souvent les mêmes effets.
Duclos.
L'orgueil ne veut pas devoir , et l'amour-propre ne veut pas payer. La Rochefoucauld.
L'orgueil est le premier des tyrans , ou des con solateurs. Duclos.
L'orgueil est un mendiant qui crie aussi haut que le besoin , et qui est plus insatiable.
B. Franklin.
L'orgueil est incompatible avec l'orgueil \ de là
naissent toutes les divisions qui troublent le monde.
Fénélon .
Ce serait être très-avancé dans l'étude de la morale , que de savoir distinguer tous les traits qui différencient l'orgueil et la vanité. Le premier est haut ,
calme, fier, tranquille, inébranlable. La seconde est vile , incertaine , mobile , inquiète et chancelante. L'un grandit l'homme , l'autre le gonfle. Le premier est la source de mille vertus ; l'autre, celle de presque tous les vices et de tous les travers. Il y a un genre d'orgueil dans lequel sont compris tous les commandemens de Dieu , et un genre de vanité qui contient les sept péchés capitaux. Chamfort*
Notre orgueil s'augmente souvent de ce que nous retranchons de nos autres défauts.
La Rochefoucauld.
C'est une maxime certaine-, l'orgueil est toujours dans la même proportion que la misère , et rien ne marque plus une extrême faiblesse qu'une grande présomption. Nicole.
Il y a bien de la différence entre l'orgueil tel qu'il est ? quand il se produit au dehors par des paroles , et le même orgueil caché dans le fond du cœur.
Nicole.
L'orgueil se cache ordinairement en paraissant au dehors, de peur de choquer le monde 5 mais ces déguisemens n'ont point de lieu dans le cœur, où les mouyemens sont purs et sans mélanges, et où ils ne sont pas revêtus de ces voiles qu'ils empruntent lorsqu'ils deviennent extérieurs. Nicole.
Quand on fait de l'orgueil la base de sa vertu,
qu'on se croit dégagé des règles qui gouvernent les hommes, on ne suit pas une route certaine. Celui qui se fait sa propre conscience, ne saurait être vertueux d'une manière assurée. Ses passions peuvent l'entraîner, sans qu'il perde cette bonne opinion de lui-même, première source de ses erreurs. L'orgueil n'est pas un méprisable conseiller, comme l'intérêt personnel ; mais il entraîne facilement dans les fautes. C'est de là que vient l'avantage de la religion sur la morale humaine. M. de Barante.
De tous les orgueils, c'est l'orgueil philosophique qui est le pire. Je n'aime pas la philosophie de bas en haut } c'est le contraire que j'aime.
Le prince de Ligne.
11 n'est point de sentiment et de position, quelque purs et élevés qu'ils soient, où l'orgueil et la vanité ne puissent entrer : la religion, la vertu, le malheur, ont leur orgueil. M. Valéry.
L'orgueil, est un effet de la complaisance qu'on a dans soi-même. Comme on n'estime généralement les choses qu'autant qu'elles plaisent , et que nous nous plaisons si souvent à nous-mêmes devant toutes choses; de là, ces comparaisons, toujours injustes, qu'on fait de soi-même à autrui , et qui fondent tout notre orgueil. V auvenargues .
Du même fond d'orgueil, dont on s'élève fière-
ment au-dessus de ses inférieurs, l'on rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi. C'est le propre de ce vice , qui n'est fondé ni sur le mérite personnel, ni sur la vertu , mais sur les richesses , les postes , le crédit , et sur de vaines sciences 5 de nous porter également à mépriser ceux qui ont moins que nous de cette espèce de biens , et à estimer trop, ceux qui en ont une mesure qui excède la nôtre. 4 La Bruyère,
Par orgueil, l'homme exige au-delà de ce qui lui est dû, et ne rend pas ce qu'il doit; il est dur dans ses manières et ses discours \ il écrase le faible, et s'indigne de la résistance la plus légitime. Par orgueil , l'homme voit des vertus dans ses vices , et des vices dans les vertus d'autrui , des outrages sanglans dans des manquemens légers -, il appelle ennemi tout ce qui ne l'admire pas, demande des réparations, quand il devrait peut-être des excuses , et se livre, pour des riens , à tous les emportemens de la haine et de la fureur. Par orgueil, l'homme se préfère à tous , se sent humilié du mérite d'autrui , aspire à la domination, voudrait occuper seul la renommée, et se présente aux yeux de ses semblables comme l'idole qu'ils doivent encenser. Par orgueil enfin , l'homme ne voit, n'aime, n'adore que lui dans cet univers \ il est à lui-même son dieu.
M. Frajssinous.
L'orgueil est une folie de l'esprit, et je crois qu'il
peut être une cause de démence, même physique. Ce qui semble le prouver, c'est que les fous rêvent presque toujours le pouvoir, et s'imaginent tous être de grands personnages, même rois ou papes.
M. de Bonald.
Il faut définir l'orgueil, une passion qui fait que de tout ce qui est au monde , l'on n'estime que soi.
Théophraste.
On peut sacrifier toutes les jouissances de la vie, la vie même, à l'orgueil. Bon Massias.
Notre orgueil nous met à la merci de quiconque veut prendre la peine de nous flatter.
Bon Massias.
L'homme orgueilleux se dévore lui-même. L'orgueil est son miroir, son héraut, son historien, son panégyriste j et toute belle action qu'il vante luimême, il en détruit et anéantit le mérite par sa propre louange. Shakspeare.
L'orgueil se tourne aisément en cruauté.
Bossuet.
L'orgueil, qui est presque inséparable de la faveur , est un poison pénétrant et subtil , qui se glisse insensiblement dans Fâme des grands.
Fléchier.
Un noble orgueil, doit nous empêcher de donner à nos ennemis le plaisir d'entendre nos plaintes.
Chénier.
L'orgueil est un sot. L'un des mélanges les plus dangereux dans l'esprit humain est celui de l'orgueil et de la bêtise. Rulhière.
Ce qui paraît le plus choquer l'orgueil, c'est l'égalité : c'est précisément ce qui le rend à la fois si ridicule et si haïssable 5 il révolte, par ses superbes dédains , les vanités de tous les hommes , et soulève d'innombrables légions d'ennemis contre lui.
Cle de Ségur.
tyave$#e.
La paresse rend tout difficile, le travail rend tout aisé : celui qui se lève tard s'agite tout le jour, et commence à peine ses affaires quand il est déjà nuit.
B. Franklin,
La paresse va si lentement, que la pauvreté l'atteint bientôt. B. Franklin.
La paresse engendre les soucis, et le loisir sans nécessité, produit des peines fâcheuses.
B. Franklin.
L'ennui est entré dans le monde par la paresse.
La Bruyère.
Il n'y en a point qui pressent plus les autres, que
les paresseux lorsqu'ils ont satisfait à leur paresse ,
afin de paraître diligens. La Rochefoucauld.
On souhaite la paresse d'un méchant, et le silence d'un sot. Chamfort.
Les paresseux ne font jamais que des gens médiocres, en quelque genre que ce puisse être.
Voltaire.
De tous nos défauts, celui dont nous demeurons
aisément d'accord , c'est de la paresse : nous nous persuadons qu'elle tient à toutes les vertus paisibles , et que , sans détruire entièrement les autres , elle en suspend seulement les fonctions.
La Rochefoucauld.
La paresse n'est pas une jouissance, elle n'est qu'une exemption de peine -, et le repos n'est vraiment désirable, que pour conserver les forces que nous avons acquises , ou pour réparer sans effort celles que nous avons perdues. Ce que le sommeil est au corps, le repos l'est à l'âme : il ranime d'abord nos facultés; prolongé trop long-temps, il les accable , il les éteint. Diderot.
La paresse donne entrée à tous les vices.
Mallebranche.
La paresse est l'oubli de la vie. M. de Lingré.
La paresse fait avorter la gloire.
Le grand Frédéric.
Les hommes de la nature sont paresseux ; les hommes civilisés sont turbulens : les premiers jouissent de la vie; les autres courent après.
Montesquieu.
Tous les hommes tendent à la paresse. Buffbn.
L'esprit contracte aussi facilement l'habitude de la paresse que le corps. Rajrnal.
La paresse de l'esprit et du corps, est un vice que les hommes surmontent bien quelquefois, mais qu'ils n'étouffent jamais. Diderot.
La paresse peut conduire à tout ; elle ferait aimer l'esclavage , s'il ne condamnait pas les esclaves aux travaux les plus pénibles. > M. Ancillon.
|fo**i<m*.
Les passions ont toutes , sans en excepter celles qui nous inquiètent et nous tourmentent le plus, une sorte de douceur qui les justifie à elles-mêmes. L'expérience et le sentiment intérieur nous le disent sans cesse. Si l'on peut trouver douces la tristesse, la haine, là vengeance, quelle passion sera exempte de douceur ? D'ailleurs , chacune emprunte , pour se fortifier, le secours de toutes les autres; et cette ligue est réglée de la manière la plus propre à affermir leur empire. Le simple désir d'un objet, ne nous entraînerait pas avec tant de force dans tant de faux jugemens-, il se dissiperait même bientôt aux premières lueurs du bon sens ; mais quand ce désir est animé par l'amour , augmenté par l'espérance, renouvelé par la joie, fortifié par la crainte, excité par le courage , l'émulation , la colère, et par mille passions qui attaquent tour à tour et de tous côtés la raison -, alors il la dompte, il la subjugue , il la rend esclave. Diderot.
35o DICTIONNAIRE
Il n'y a que les grandes passions qui fassent les grandes nations. Carnot.
Les passions, sont des désirs violens causés par des besoins de l'âme, avec souffrance jusqu'à ce qu'ils soient satisfaits. Rivarol.
Réglons nos passions; ne les étouffons pas.
Lamotte.
Celui qui a du goût pour tout, n'a de passion
pour rien. Trublet.
Le bon ou le mauvais usage des passions , en fait des vices ou des vertus. Cicéron.
11 y a des hommes dont toute la passion est dans les oreilles , les yeux , ou la bouche : ils sont amans de la musique , de l'art , ou de la nature.
Saint- Lambert.
Plus les désirs sont vifs, plus les passions sont violentes. Condlllac.
On étouffe les grandes passions , rarement on les épure. J.-J. Rousseau.
Le germe des passions est naturel àè'homme , ou plutôt il est sa nature même. Sans cesse il tend à se produire par ses actions. Mais le sage impose à ses
DE MAXIMES. 35i
passions le frein que lui présente aussi la nature , en tant quelle est le principe de la raison.
Confucius.
L'entendement humain doit beaucoup aux passions , qui , d'un commun aveu , lui doivent beaucoup aussi. C'est par leur activité que notre raison se perfectionne ; nous ne cherchons à connaître, que parce que nous désirons de jouir .5 et il n'est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n'aurait ni désir ni crainte , se donnerait la peine de raisonner. Les passions , à leur tour , tirent leur origine de nos besoins, et leurs progrès de nos connaissances ; car on ne peut désirer ou craindre les choses , que sur les idées qu'on en peut avoir , ou par la simple impulsion de la nature.
J.-J. Rousseau.
Il ne faut attaquer les passions des hommes pour les réduire à la raison , que quand elles commencent à s'affaiblir par une espèce de lassitude. Fénélon.
La défense irrite la passion. 11 vaut mieux donner un cours réglé à ce torrent , que d'entreprendre de l'arrêter. Fénélon.
Les passions des hommes , sont autant de chemins ouverts pour aller à eux. Vauvenargues.
Nous devons, peut-être, aux passions les plus grands avantages de notre esprit.
Vauvenargues.
Le philosophe qui veut éteindre ses passions , ressemble au chimiste qui voudrait éteindre son feu.
Chamfort.
Tout le monde connaît les passions des hommes jusqu'à un certain point 5 au-delà , c'est un pays inconnu à la plupart des gens , mais où tout le monde est bien aise de faire des découvertes. Combien les passions ont-elles d'effets délicats et fins qui n'arrivent que rarement , ou qui , quand ils arrivent , n'ont pas d'observateurs assez habiles ? Il suffit de plus qu'elles soient extrêmes , pour nous être nouvelles. Nous ne les voyons presque jamais que médiocres. Où sont les hommes parfaitement amoureux , ou ambitieux , ou avares ? Nous ne sommes parfaits sur rien, pas même sur le mal.
Fontenelle.
Les passions diminuent, ou même s'éteignent, lorsque les moyens physiques de les satisfaire, s'affaiblissent 5 mais l'amour -propre , toujours aux aguets , cherche à faire attribuer à la sagesse , ce qui n'est que l'effet de l'impuissance ou de l'âge.
M. deLévis.
On n'accorde rien aux passions d' autrui , tandis qu'on ne refuse rien aux siennes. Sénèque.
Pour être heureux avec les passions , il faut que toutes celles que l'on a, s'accommodent les unes avec les autres. Fontenelle.
La durée de nos passions, ne dépend pas plus de
nous que la durée de notre vie. La Rochefoucauld.
Il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions , en sorte que la ruine de l'une est presque toujours rétablissement d'une autre.
La Rochefoucauld.
Les passions en engendrent toujours qui leur sont contraires : l'avarice produit quelquefois la prodigalité, et la prodigalité l'avarice : on est souvent ferme par faiblesse , et audacieux par timidité.
La Rochefoucauld.
Les grandes passions usées dégoûtent des autres : la paix de l'âme qui leur succède, est le seul sentiment qui s'accroît par la jouissance.
J.-J. Rousseau.
Les grandes passions ne germent guère chez les hommes faibles. J.-J. Rousseau,
On étouffe de grandes passions ; rarement on les épure. /.-/. Rousseau.
Une passion naissante et combattue éclate , un amour satisfait sait se cacher. Voltaire.
jr Les passions les plus dangereuses sont , pour la jeunesse , l'inflexibilité et l'indolence ; pour l'adolescent, l'amour et la vanité 5 pour l'homme fait, l'ambition et la vengeance -, pour le vieillard , l'égoïsme et l'avarice. Weiss.
Les passions sont au goût, ce que la faim canine est à l'appétit. Foliaire.
On cherche avec subtilité toutes les raisons qui favorisent ses passions , et l'on se détourne de peur de voir celles qui les condamnent Fénélon.
Toutes les passions sont menteuses : elles se déguisent autant qu'elles le peuvent aux yeux des autres ; elles se cachent à elles-mêmes. Il n'y a point de vice qui n'ait une fausse ressemblance avec quelque vertu , et qui ne s'en aide.
La Bruyère.
Lorsque les passions meurent , les goûts en héritent. M. de Lévis.
La conformité des passions unit quelquefois les hommes. Duclos.
Toutes les passions sont exagératrices ; elles ne sont des passions que parce qu'elles exagèrent.
Chamfort.
ftatitttc*.
La patience unie au courage , se rend elle-même heureuse. Publius Sjrus.
La patience est l'art d'espérer. Vauvenargues.
L'homme heureux n'a jamais de patience dans l'infortune. Publlus Sjrus.
La patience obtient quelquefois des hommes, ce qu'ils n'ont jamais eu l'intention d'accorder. L'occasion peut même obliger les plus trompeurs à effectuer de fausses promesses. I^auvenargues.
Il n'y a point de chemin trop long à qui marche lentement et sans se presser : il n'y a point d'avantages trop éloignés à qui s'y prépare par la patience.
La Bruyère.
La patience est pour l'âme comme un trésor caché.
Publius Sjrus.
La patience est amère, mais son fruit est doux.
/.-/. Rousseau.
La patience doit être l'une des premières vertus
des juges. Cicéron.
La patience est une vertu qui nous fait supporter un mal qu'on ne saurait empêcher. Or, on peut réduire à quatre classes les maux dont notre vie est traversée: i° Les maux naturels, c'est-à-dire ceux auxquels notre qualité d'hommes et d'animaux périssables nous assujettit. 20 Ceux dont une conduite vertueuse et sage nous aurait garantis , mais qui sont des suites inséparables de l'imprudence , ou du vice-, on les appelle châtimens. 3° Ceux par lesquels la constance de l'homme de bien est exercée 5 telles
sont les persécutions qu'il éprouve de la part des médians. 4° Joignez enfin les contradictions que nous avons sans cesse à essuyer , par la diversité de sentimens, de mœurs et de caractères, des hommes avec qui nous vivons. A tous ces maux, la patience est non-seulement nécessaire , mais utile : elle est nécessaire, parce que la loi naturelle nous en fait un devoir, et que murmurer des événemens, c'est outrager la Providence 5 elle est utile , parce qu'elle rend les souffrances plus légères, moins dangereuses et plus courtes. Diderot.
La patience épure le sang et calme l'esprit.
Rulhière.
La patience est le courage de la vertu.
L'abbé de Saint-Pierre.
On prend souvent l'indolence pour la patience.
Le cardal de Retz.
|totrk.
La patrie est une terre que tous les habitans sont intéressés à conserver, que personne ne veut quitter, parce qu'on n'abandonne pas son bonheur, et où les étrangers cherchent un asile. C'est une nourrice qui donne son lait avec autant de plaisir qu'on le reçoit. C'est une mère qui chérit tous ses enfans, qui ne les distingue qu'autant qu'ils se distinguent eux-mêmes-, qui veut bien qu'il y ait de l'opulence
et de la médiocrité , mais point de pauvres ; des grands et des petits, mais personne d'opprimé-, qui, même dans ce partage inégal , conserve une sorte d'égalité, en ouvrant à tous le chemin des premières places; qui ne souffre aucun mal dans sa famille que ceux qu'elle ne peut empêcher , la maladie et la mort; qui croirait n'avoir rien fait en donnant l'être à ses enfans , si elle n'y ajoutait le bien-être. C'est une puissance aussi ancienne que la société, fondée sur la nature et l'ordre; une puissance supérieure à toutes les puissances qu'elle établit dans son sein, archontes, sufîetes, éphores, consuls ou rois ; une puissance qui soumet à ses lois ceux qui commandent en son nom , comme ceux qui obéissent. C'est une divinité qui n'accepte des offrandes que pour les répandre , qui demande plus d'attachement que de crainte , qui sourit en faisant du bien, et qui soupire en lançant la foudre.
Telle est la patrie. L'amour qu'on lui porte conduit à la bonté des mœurs , et la bonté des mœurs conduit à l'amour de la patrie -, cet amour est l'amour des lois et du bonheur de l'État , amour singulièrement affecté aux démocraties : c'est une vertu politique , par laquelle on renonce à soi-même , en préférant l'intérêt public au sien propre ; c'est un sentiment, et non une suite de connaissances ; le dernier homme de l'Etat peut avoir ce sentiment, comme le chef de la république.
Le chevcr de Jaucourt*
Il est si naturel à l'homme de s'attacher à sa patrie, d'affectionner le lien de sa naissance, l'air même de son pays , les alimens , les mœurs et les usages de ses proches -, qu'on ne peut s'en détacher qu'à force de mauvais traitemens, d'injustices et d'indignités. B. Franklin.
La patrie est plus digne de respect et de vénération qu'un père , qu'une mère , et que tous les parens ensemble -, puisqu'elle embrasse tout ce que la nature a de plus cher et de plus sacré. Socrate.
Le mot de patrie est à peu près illusoire dans un pays comme l'Europe, où il est égal au bonheur d'appartenir à un maître ou à un autre.
Montesquieu.
Dans les révolutions et les guerres civiles, on se trouve exilé dans sa propre patrie.
y N. Bonaparte.
jf Chacun se fait une patrie de son parti \ il se croit un héros en lui sacrifiant la véritable patrie.
Montesquieu^ 11 n'est point de patrie sous le joug du despotisme.
Rajnal.
On agit contre la nature , toutes les fois que l'on
combat contre sa patrie. Fénélon.
Il n'y a jamais d'excuse pour ceux qui s'élèvent contre leur patrie. On peut se retirer , céder à Tin-
justice, attendre des temps moins rigoureux; mais c'est une impiété que de prendre les armes contre la mère qui nous a fait naître. Fénélon.
L'amour de la patrie est commun à tons les hommes-, et le pays natal, quel qu'il soit, est toujours celui qu'on préfère à tous les autres. Non-seulement cet amour est naturel , mais encore il est si puissant , qu'il n'y a rien qu'on ne fasse lorsqu'il commande. A quoi n'a-t-il pas porté les Grecs et les Romains?
Montesquieu.
L'amour de la patrie est un composé d'amourpropre et de préjugés , dont le bien de la société fait la plus grande des vertus. Voltaire,
Les plus grands prodiges de vertu ont été produits par l'amour de la patrie : ce sentiment doux et vif, qui joint la force de l'amour-propre à toute la beauté delà vertu , lui donne une énergie qui, sans la défigurer, en fait la plus héroïque de toutes les passions. /.-/. Rousseau.
On n'aime point sa patrie comme grande, mais comme patrie. Sénèque.
Phédon a les yeux creux, le teint échauffé, le corps sec , et le visage maigre : il dort peu , et d'un
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sommeil fort léger ; il est abstrait , rêveur, et il a , avec de l'esprit, l'air d'un stupide ; il oublie de dire ce qu'il sait, ou de parler d'événemens qui lui sont connus -, et s'il le fait quelquefois , il s'en tire mal. Il croit peser à ceux à qui il parle -, il conte brièvement, mais froidement; il ne se fait pas écouter, il ne fait point rire ; il applaudit, il sourit à ce que les autres lui disent , il est de leur avis ; il court , il vole pour leur rendre de petits services -, il est complaisant , flatteur , empressé -, il est mystérieux sur ses affaires , quelquefois menteur ; il est superstitieux , scrupuleux, timide-, il marche doucement et légèrement ; il semble craindre de fouler la terre ; il marche les yeux baissés , et il n'ose les lever sur ceux qui passent-, il n'est jamais du nombre de ceux qui forment un cercle pour discourir ; il se met derrière celui qui parle, recueille furtivement ce qui se dit, et il se retire si on le regarde. Il n'occupe point de lieu, il ne tient point place -, il va les épaules serrées, le chapeau abaissé sur ses yeux pour n'être point vu *, il se replie et se renferme dans son manteau 5 il n'y a point de rues ni de galeries si embarrassées , et si remplies de monde, où il ne trouve moyen de passer sans effort, et de se couler sans être aperçu. Si on le prie de s'asseoir, il se met à peine sur le bord d'un siège -, il parle bas dans la conversation , et il articule mal-, libre néanmoins sur les affaires publiques , chagrin contre le siècle , médiocrement prévenu des ministres et du ministère , il n'ouvre la
DE MAXIMES. 36i
bouche que pour répondre ; il tousse , il se mouche sous son chapeau -, il crache presque sur soi , et il attend qu'il soi seul pour éternuer, ou , si cela lui arrive, c'est à l'insu de la compagnie ; il n'en coûte à personne ni salut ni compliment : il est pauvre.
La Bruyère.
Si la pauvreté est la mère des crimes , le défaut
d'esprit en est le père. La Bruyère.
La pauvreté est un fardeau, qui nous fait traîner péniblement, où d'autres volent , et louvoyer, où ils voguent de pleines voiles. Weiss.
La pauvreté n'a rien de plus fâcheux, que de rendre les hommes ridicules. Juvénal.
Il est bien difficile de ne pas haïr la pauvreté , mais on peut être riche sans être orgueilleux. / Confucius.
11 ne dépend pas de nous de n'être pas pauvre -, mais il dépend toujours de nous de faire respecter notre pauvreté. Voltaire.
La pauvreté, contre laquelle nous sommes si prévenus , n'est pas telle que nous pensons : elle rend les hommes plus tempérans, plus laborieux, plus modestes ; elle les maintient dans l'innocence , sans laquelle il n'y a ni repos, ni bonheur réel sur la terre. V auvenargues .
Celui qui ne désire, ne demande, ne craint rien, est sans doute le plus libre des hommes ; et cette indépendance absolue ne peut trouver d'asile que dans la pauvreté : mais un tel homme est l'œuvre des philosophes , ou plutôt leur chimère ; ce n'est pas là l'homme de la nature. Diderot.
La pauvreté rend vicieux bien des gens qui n'ont pas la fermeté de la supporter avec patience : outre cela , elle prive l'homme des moyens de réussir dans les choses auxquelles la nature l'a rendu propre : elle obscurcit encore les vertus les plus éclatantes : elle étouffe, dans leur naissance, les plus belles pensées , et couvre de mépris le sentiment de l'âme la plus belle. Oxenstiern.
La pauvreté est le plus grand des maux qui soient sortis de la boîte de Pandore, et l'on hait autant l'haleine d'un homme qui n'a rien, que celle d'un pestiféré. Saint- Évremont.
Il y a une manière noble d'être pauvre ; et qui ne la connaît pas , ne saurait pas être riche. Sénèque.
une que de savoir la supporter noblement.
Lévesque.
S'accommoder avec la pauvreté , c'est être riche :
Ton est pauvre , non pour avoir peu , mais pour désirer beaucoup. Sénèque.
La pauvreté devrait être le plus faible des maux, puisqu'elle peut être, à l'instant, soulagée par un ami. Ménandre.
Préfère la pauvreté dans le sein de la justice , à l'abondance que produit l'iniquité. Théognis.
La pauvreté la plus pénible , est celle où nous réduit notre imagination. Saint- Lambert.
Partout, la pauvreté sert à peu de frais la richesse.
Voltaire.
S'il est vrai que l'on soit pauvre par toutes les choses que l'on désire , l'ambitieux et l'avare languissent dans une extrême pauvreté. La Bruyère.
La première qualité logique essentielle de la pensée, c'est qu'elle soit vraie, c'est-à-dire, qu'elle représente la chose telle qu'elle est. A cette première qualité tient la justesse. Une pensée parfaitement vraie , est juste. Cependant , l'usage met quelque différence entre la vérité et la justesse de la pensée : la vérité , signifie plus précisément la conformité de
la pensée avec l'objet ; la justesse marque plus expressément l'étendue. La pensée est donc vraie, quand elle représente l'objet } et elle est juste, quand elle n'a ni plus ni moins d'étendue que lui.
La seconde qualité est la clarté. Peut-être même est-ce la première; car une pensée qui n'est pas claire , n'est pas proprement une pensée. La clarté consiste dans la vue nette et distincte de l'objet qu'on se représente , et qu'on voit sans nuage , sans obscurité : c'est ce qui rend la pensée nette. On le voit séparé de tous les autres objets qui l'environnent : c'est ce qui la rend distincte.
La première chose qu'on doit faire ,. quand il s'agit de rendre une pensée , est donc de la bien reconnaître, de la démêler d'avec tout ce qui n'est point elle , d'en saisir les contours et les parties. C'est à quoi se réduisent les qualités logiques des pensées \ mais, pour plaire, ce n'est pas assez d'être sans défaut, il faut avoir des grâces, et c'est le goût qui les donne. Ainsi, tout ce que les pensées peuvent avoir d'agrément dans un discours , vient de leur choix et de leur arrangement. Toutes les règles de l'élocution se réduisent à deux points, choisir et arranger. Le chever de Jaucourt.
11 nous est impossible d'apercevoir notre âme, autrement que par la pensée. Buffon.
ir a fallu qu'il s'écoulât des siècles pour faire
soupçonner que la pensée peut être assujettie à des lois 5 et aujourd'hui, le plus grand nombre pense encore, sans former de pareils soupçons.
y Coîidillac.
yVne belle pensée perd tout son prix si elle est mal exprimée -, elle vous ennuie, si elle est répétée.
Voltaire.
La pensée est la première faculté de l'homme , et l'art d'exprimer les pensées, le premier des arts.
Condillac.
Il est plus facile de concevoir la prolongation infinie de la pensée , que sa cessation. Rulhière.
Dieu connaît les pensées des sages du monde , et sait combien elles sont vaines. De Torcj.
La puissance de la pensée ne détruira jamais le fléau de la guerre , parce que la pensée n'éteindra jamais le foyer des passions ; mais d'un autre côté la guerre , et en général l'abus de la force physique, n'empêchera pas l'action de la pensée, et ne détruira pas sa puissance. Il en est de la pensée comme de la terre : la guerre peut ravager les moissons , et arrêter quelque temps les travaux de la culture-, mais la nature et l'âme conservent leur fécondité, et recommencent toujours à produire.
M. Ancillon.
Les grandes pensées viennent du cœur.
Pour savoir si une pensée est nouvelle , il n'y a qu'à l'exprimer bien simplement. Vauvenargues.
Lorsqu'un bon esprit ne voit pas qu'une pensée puisse être utile, il y a grande apparence qu'elle est fausse. Vauvenargues.
Le corps de l'homme , qui paraît le chef-d'œuvre de la nature , n'est point comparable à la pensée.
FénéLon.
La pensée console de tout , et remédie à tout. Si quelquefois elle vous fait du mal , demandez-lui le remède du mal qu'elle vous a fait, elle vous le donnera. Chamfort.
Certaines plantes ne peuvent croître que dans un bon terrain, comme il y a des pensées qui ne peuvent germer que dans un bon cœur. M. de Le'vis.
Les pensées du sage précèdent ses actions, et celles de l'insensé, sont à la suite de ses entreprises.
Duclos.
Il y a dans la méditation des pensées honnêtes, une sorte de bien-être que les médians n'ont jamais connu -, c'est celui de se plaire avec soi-même.
/.-/. Rousseau.
Quand le péril est passé, la présomption revient presque toujours. Fénélon.
On a beau aller loin pour éviter le péril : si on n'est modeste et sensé , on va chercher le malheur bien loin 5 autant vaudrait- il l'attendre chez soi.
Fénélon.
^La bravoure évite plus de périls que la peur.
Cle de Ségur.
Le désespoir nous montre, dans le péril même, un moyen de salut. Lamotte.
/Le Français passe toujours du côté du péril , parce qu'il est sûr d'y trouver la gloire.
M. de Chateaubriand.
Avant que de se jeter dans le péril, il faut le prévoir et le craindre; mais quand on y est, il ne reste plus qu'à le mépriser. Fénélon.
On ne peut répondre de son courage , quand on n'a jamais été dans le péril. La Rochefoucauld.
Braver des périls où l'on a déjà succombé , n'estce pas vouloir succomber encore?
/.-/. Rousseau.
P)Uiwpl)tf.
Tu veux passer pour philosophe , et tu n'as pas le courage de cultiver la véritable sagesse : de quel droit t'arroges-tu ce titre ? Confucius.
Qu'il y a deMifîérence entre être philosophe, et parler de philosophie ! Voltaire.
Un philosophe fait son devoir d'aimer son prince et sa patrie : il est attaché à sa religion , sans s'élever outrageusement contre celles des autres peuples. Le fanatique allume la discorde , le philosophe l'éteint : il étudie en paix la nature , et paie gaîment les contributions nécessaires à l'Etat 5 il regarde ses maîtres comme les députés de Dieu sur la terre , et ses concitoyens comme ses frères : bon mari, bon père, bon maître, il cultive l'amitié comme le plus noble besoin de l'âme : il sait que c'est un contrat entre les cœurs , contrat plus sacré que s'il était écrit , et qui nous impose les obligations les plus chères 5 il est persuadé que les méchans ne peuvent aimer. Ainsi le philosophe , fidèle à tous ses devoirs , se repose sur l'innocence de sa vie. S'il est pauvre , il rend la pauvreté respectable -, s'il est riche , il fait de ses richesses un usage utile à la société. S'il fait des fautes, comme tons les hommes en font, il s'en repent et il se corrige. S'il a écrit librement dans sa jeunesse , comme Platon , il cultive la sagesse , comme lui , dans un âge avancé : il meurt en pardonnant à ses ennemis , et en implorant la miséricorde de l'Etre suprême. Voltaire.
Celui-là philosophe sans tunique, couvert d'un simple manteau-, celui-ci philosophe sans livres.
L'un demi-nu dit, je manque de pain, et je ne laisse pas de philosopher ; l'autre, je manque de tous les secours que donnent les sciences , et je philosophe pourtant toujours. Marc-Aurèle.
Les grands philosophes sont les génies de la raison. Vauvenargues.
La clarté est la bonne foi des philosophes.
Vauvenargues.
Ce qui fait qu'on goûte médiocrement les philosophes , c'est qu'ils ne nous parlent pas assez des choses que nous savons. Vauvenargues .
11 est bon d'être philosophe, il n'est guère utile de passer pour tel. Il n'est pas permis de traiter quelqu'un de philosophe -, ce sera toujours lui dire une injure, jusqu'à ce qu'il ait plu aux hommes d'en ordonner autrement, et, en restituant à un si beau nom son idée propre et convenable , de lui concilier toute l'estime qui lui est due.
La Bruyère.
Qu'est-ce qu'un philosophe? C'est un homme qui oppose la nature à la loi , la raison à l'usage , sa conscience à l'opinion , et son jugement à l'erreur. Chamfort.
On peut être philosophe sans avoir une philoso-
37o DICTIONNAIRE
phie 5 on peut avoir une philosophie sans être philosophe. M. Ancillon.
P)itejjj)l)k.
Le flambeau de la philosophie blesse les yeux de ceux quelle n'éclaire pas. Duclos.
De la philosophie à l'impiété , il y a aussi loin que de la religion au fanatisme. Diderot.
La philosophie ne serait bonne à rien , si elle ne nous apprenait pas à nous soutenir contre les caprices du sort et contre l'injustice des hommes. y Cle de Se'gur.
Les hautes spéculations de la philosophie ne prouvent que l'esprit ; la conduite seule prouve le philosophe. Son objet doit être de rectifier les idées, d'épurer les sentimens , régler les mœurs , et par là conduire au bonheur. Duclos.
La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir 5 mais les maux présens triomphent d'elle. La Rochefoucauld.
Le commencement de la philosophie, c'est de connaître notre faiblesse et notre ignorance, dans les devoirs dont la pratique est indispensable.
Èpictète.
DE MAXIMES. 3<ji
La philosophie , ainsi que la médecine , a beaucoup de drogues, très -peu de bons remèdes, (;t presque point de spécifiques. Chamfort.
H y a une philosophie qui nous élève au-dessus de l'ambition et de la fortune ; qui nous égale , que dis-je ? qui nous place plus haut que les riches, que les grands , et que les puissans , qui nous fait négliger les places et ceux qui les procurent , qui nous exempte de désirer , de demander , de prier , de solliciter, d'importuner, et qui nous sauve même l'émotion et l'excessive joie d'être exaucés. Il y a une autre philosophie qui nous soumet à toutes ces choses en faveur de nos proches ou de nos amis -, c'est la meilleure. La Bruyère.
La philosophie , étant le fruit d'une longue méditation , et le résultat de la vie entière , ne peut et ne doit jamais être présentée au peuple , qui est toujours au début de la vie. Rivarol.
La meilleure philosophie, relativement au monde, est d'allier, à son égard , le sarcasme de la gaîté, avec l'indulgence du mépris. Chamfort.
La philosophie n'exempte pas des fautes , mais elle enseigne à les connaître , et à s'en corriger.
Thomas.
La plus solide philosophie n'est que la science
de l'ignorance des hommes 5 elle est bien plus propre à détromper ceux qui se flattent de leur science, qu'à instruire ceux qui désirent d'apprendre quelque chose de certain. Nicole.
La philosophie est bonne à quelque chose -, elle console. Voltaire.
La philosophie n'a jamais fait faire de bons marchés 5 mais elle fait supporter les pertes.
Voltaire.
Qu'entendez -vous par philosophie? J'entends l'amour éclairé de la sagesse , soutenu par l'amour éclairé de l'Etre éternel, rémunérateur de la vertu, et vengeur du crime. Voltaire.
La philosophie, ni le sceptre , n'empêchent qu'on ne soit homme. Marc-Aurèle.
La philosophie est une espèce de sacerdoce respecté des gens de bien , respecté même de ceux qui ne sont médians qu'à demi. Tous les arts , tous les hommes, même les pervers, lui rendent hommage. Non, jamais la dépravation ne sera assez forte , ni la ligué* contre la vertu assez puissante, pour empêcher la philosophie d'être vénérable et sacrée. Sénèque.
Il n'est point de philosophie sans vertu , ni de
vertu sans philosophie. La philosophie est la recherche de la vertu, mais par le moyen de la vertu même : or, on ne peut ni avoir la vertu , sans l'aimer, ni l'aimer sans l'avoir. Sénèque.
Depuis que le titre de philosophe tient lieu de profession , la philosophie est devenue un art , dont tout le secret aboutit moins à subjuguer ouvertement les passions,, qu'à esquiver les surprises du vice.
Bacon,
La philosophie est une science encore très-imparfaite , et qui ne sera jamais complète ; car qui est-ce qui pourra rendre raison de tous les possibles? L'être, qui a tout fait par poids et par mesure, est le seul qui ait une connaissance philosophique, mathématique, et parfaite de ses ouvrages -, mais l'homme n'en est pas moins louable d'étudier le grand livre de la nature , et d'y chercher des preuves de la sagesse et de toutes les perfections de son auteur : la société retire aussi de grands avantages des recherches philosophiques , qui ont occasioné et perfectionné plusieurs découvertes utiles au genre humain. Diderot.
La philosophie est peut-être moins une science qu'un procédé de l'esprit humain -, elle est le but de la raison, mais elle est surtout le mouvement de la raison. M. Ancillon.
pou.
Ce qui décrie la piété parmi les gens du monde y c'est que beaucoup d'esprits mal faits la réduisent à des pratiques basses et superflues, et abandonnent l'essentiel. Fénélon,
La piété est différente de la superstition. Pousser la piété jusqu'à la superstition, c'est la détruire. Les hérétiques nous reprochent cette soumission superstitieuse. C'est faire ce qu'ils nous reprochent, que d'exiger cette soumission dans les choses qui ne sont pas matières de soumission. Pascal.
La piété chrétienne anéantit le moi humain , et la civilité humaine le cache et le dissimule. PascaL
La véritable piété s'accorde avec tous les plaisirs raisonnables. Bourdaloue*
Il est naturel de penser que le contentement de soi-même et le bonheur, soient les suites de la vraie piété. Bouhours.
P<ti0tr.
On ne définit point le plaisir , on le sent : son empire est le plus absolu; vouloir s'y soustraire
absolument, c'est une chimère : lui obéir en esclave, c'est se dégrader. Malheur à ceux qui, par le mot de plaisir, n'imaginent que ceux des sens! ils les mènent loin, et ne les satisfont jamais pleinement. Les hommes n'entendent point leurs intérêts en ne se faisant pas, sur les plaisirs, des principes plus certains : faute de connaître les plaisirs de l'âme qui durent, ils courent après des plaisirs passagers, qui ne dépendent pas d'eux, et qui finissent précisément, dans le temps qu'ils en auraient le plus de besoin pour adoucir l'amertume de leur vie. Il n'y a que l'étude, les connaissances , les réflexions, qui élèvent les hommes à l'heureux état de goûter des plaisirs parfaits. Pour peu qu'on connaisse ses semblables, on s'aperçoit que la gaîté, la bonne humeur, les douceurs de la vie finissent avec ce qu'on appelle les plaisirs. A quelque différence près , les hommes sont touchés des mêmes choses : le plaisir n'est étranger qu'à ceux qui n'ont jamais su qu'il existât. Les livres sont à l'âme ce que la nourriture est au corps. La vue des belles choses, l'admiration qu'elles excitent, les réflexions qu'elles produisent, les connaissances qu'elles donnent, la sensibilité qu'elles causent, les découvertes qu'on y ajoute, deviennent des sources intarissables déplaisirs. L'esprit est en quelque sorte infini : il ne s'use pas , il se perfectionne par l'usage qu'on en fait. Les hommes seront toujours plus insensés que méchans. Par vanité, ils se croient indépendans des sens , et quand
il s'agit de plaisirs , ils ne sont que terrestres , grossiers et matériels. Saint-Évremont.
Les plaisirs honteux , coûtent toujours davantage que les amuseraens honnêtes. Lord Chesterfield.
En courant après le plaisir, souvent on n'attrape que la douleur. Montesquieu.
Le plaisir embellit, et l'amour éclaire. Duclos.
On n'aurait guère de plaisir, si l'on ne se flattait jamais. La Rochefoucauld.
Le plaisir n'est qu'une situation , le bonheur est un état. Duclos.
Les plaisirs enseignent aux princes à se familiariser avec les hommes. Vauvenargues.
Les gens qui ne sont liés que "par les plaisirs , se rencontrent avec plus de vivacité , qu'ils n'ont d'empressement à se rechercher; ils se prennent sans se choisir, se perdent sans se quitter, jouissent du plaisir de se voir sans jamais se désirer, et s'oublient parfaitement dans l'absence. Duclos.
Lorsque les plaisirs nous ont épuisés , nous
croyons avoir épuisé les plaisirs -, et nous disons que rien ne peut remplir le cœur de l'homme.
Les hommes simples et vertueux, mêlent de la délicatesse et de la probité, jusque dans leurs plaisirs.
Vauvenargues.
On pourrait mettre au rang des plaisirs, cette mélancolie que cause le premier amour, quoiqu'elle en fasse désirer de plus vifs. Duclos.
Le sentiment de la fausseté des plaisirs présens , et l'ignorance de la vanité des plaisirs absens, causent l'inconstance. Pascal.
Les plaisirs , pris sans modération , abrègent plus les jours des hommes , que les remèdes ne peuvent les prolonger. Fénélon.
Le ciel nous vend tous les biens : le plaisir n'est point donné à l'homme gratuitement -, il n'en jouit que par droit de conquête. Le travail est le prix que le Créateur y a mis. Young.
Il n'y a ni plaisir ni volupté mondaine, tant grande soit - elle , qu'à la longue nous vienne à dédain et ^contre-cœur. Plutarque.
La plus nécessaire disposition, pour goûter les plaisirs, est de savoir s'en passer. Saint- Lambert.
Les plaisirs qui viennent des faiblesses du cœur, troublent le repos de la vie , gâtent le goût , et rendent insipides tous les plaisirs simples : il faut ménager ses goûts, nous ne tenons à la vie que par eux. C'est l'innocence qui les conserve : c'est le dérèglement qui les corrompt. Saint-Evremont.
Le fond de notre être est l'amour du plaisir ; il n'y a que le sentiment ou l'espérance de ce plaisir, qui nous rende la vie précieuse ou supportable : nous ne saurions arrêter en nous ce mouvement invincible pour le plaisir, à moins que nous ne nous efforcions à le réprimer par la raison et la religion.
Lamotte.
Tel est le sort delà condition humaine, qu'il faut presque toujours renoncer aux plaisirs, pour éviter les maux qui en sont la suite ordinaire.
D'Alembert.
Il n'y a pas de travail plus fatigant, que celui de se procurer sans cesse des plaisirs.
Les grands plaisirs changent les heures en momens , mais l'art des sages peut changer les momens en heures, par l'industrie avec laquelle ils savent distribuer le temps et le mettre à profit.
Foiitenelle.
Le plus grand plaisir qu'un honnête homme puisse ressentir, est celui de faire plaisir à ses amis.
Voltaire.
Toutes les créatures que l'homme veut l'aire servir à ses plaisirs , deviennent l'instrument de ses peines. Massillon.
Il y a peu d'hommes qui fassent le mal pour le plaisir de le faire ; mais beaucoup le font pour se procurer le plaisir. Mirabeau,
Par l'attrait du plaisir, les bêtes conservent leur être particulier; et, par le même attrait, elles conservent leur espèce. Montesquieu.
Les plaisirs de l'esprit et du cœur, sont bien supérieurs à ceux du corps. Bouhôurs.
Un faux goût de grandeur, qui n'est point fait pour l'esprit , empoisonne tous nos plaisirs.
Il y a des plaisirs qui effacent ou affaiblissent toutes les douleurs, comme il y a des douleurs qui effacent ou affaiblissent tous les plaisirs.
M. Ancillon.
Jtolito**,
La politesse, pour un peuple, est la perfection des arts ; la civilisation , la perfection des lois. 11 y a eu dans l'antiquité, des peuples polis parles arts"; il n'y a de civilisation que chez les peuples chrétiens. Etre policé, pour un peuple, n'est pas la même chose
38o DICTIONNAIRE
qu'être poli. Tous les peuples sont policés , plus ou moins , selon leurs progrès dans la vie sociale. Les sauvages qui ne sont ni polis ni civilisés , ont leur police, et une association, même de brigands, se soumet à quelques règles. M. de Bonald.
On peut définir l'esprit de politesse , l'on ne peut en fixer la pratique \ elle suit l'usage et les coutumes reçues -, elle est attachée aux temps , aux lieux , aux personnes, et n'est point la même dans les deux sexes, ni dans les différentes conditions : l'esprit lai-même ne la fait pas aimer-, il fait qu'on la suit par imitation, et que l'on s'y perfectionne.
La Bruyère.
La politesse , n'est souvent qu'une démonstration extérieure d'une bienfaisance qui n'est pas dans le cœur. /.-/. Rousseau.
La politesse n'inspire pas toujours la bonté , l'équité , la complaisance , la gratitude -, elle en donne du moins les apparences , et fait paraître l'homme au dehors, comme il devrait être intérieurement.
La Bniyère.
La politesse de l'esprit, consiste à penser des choses honnêtes et délicates. La Rochefoucauld.
La véritable politesse , consiste à marquer de la bienveillance aux hommes. J.-J. Rousseau.
La politesse d'usage n'est qu'un jargon fade, plein
d'expressions exagérées , aussi vide de sens que de sentiment. Duclos.
La politesse est de toutes les nations -, les manières de l'exprimer sont différentes , mais indifférentes de leur nature. Fénélon.
Les personnes de mérite ont une politesse qui leur est particulière -, leur but est moins d'être applaudis, que de faire naître chez les autres des impressions agréables ; c'est une espèce de bonté qui s'exerce en petites choses , et qui invente des attentions d'une délicatesse, que tout l'esprit et l'usage du monde essaieraient vainement d'imiter. TVeiss.
L'esprit de politesse est une certaine attention à faire, que par nos paroles et par nos manières, les autres soient contens de nous , et d'eux-mêmes.
La Bruyère.
La politesse est l'expression ou l'imitation des vertus sociales ; elle en est l'expression , si elle est vraie , et l'imitation si elle est fausse , et les vertus sociales*sont celles qui nous rendent utiles et agréables à ceux avec qui nous avons à vivre. Duclos.
C'est parce que l'or est rare , que l'on a inventé la dorure , qui , sans en avoir la solidité , en a tout le brillant. Ainsi, pour remplacer la bonté qui nous manque , nous avons imaginé la politesse , qui en a toutes les apparences. M. de Lévis.
38a DICTIONNAIRE
La politesse est souvent une vertu de mine et de parade ; c'est une flatteuse qui ne refuse son estime à personne. Mirabeau.
Si la politesse n'inspire pas toujours la bonté, l'équité , la complaisance , la gratitude ; elle en donne du moins les apparences, et fait paraître l'homme au dehors , comme il devrait être intérieurement. La Bruyère.
En général, on est d'autant plus poli , qu'on est moins à soi , et plus aux autres -, qu'on tient plus à l'opinion 5 qu'on est plus jaloux d'être distingué ; qu'on a peut-être moins de ressources et de grands moyens pour l'être. Thomas.
La politesse est un mélange de discrétion , de civilité , de complaisance et de circonspection , accompagné d'un air agréable sur tout ce qu'on fait et tout ce qu'on dit. Saint-Evremont.
La politesse qui adoucit l'esprit , endurcit presque toujours le cœur-, parce qu'elle établit parmi les hommes le règne de fart , qui affaiblit tous les sentimens de la nature. Vauvenargues.
Il y a une sorte de politesse qui est nécessaire dans le commerce des honnêtes gens \ elle leur fait entendre la raillerie , et elle les empêche d'être cho-
qués , et de choquer les autres , par de certaines façons de parler, trop sèches et trop dures, qui échappent souvent sans y penser, quand on soutient son opinion avec chaleur, La Rochefoucauld.
C'est plus la politesse des mœurs, que celle des manières, qui doit nous distinguer des peuples barbares. Montesquieu.
L'enfant voit de bonne heure que la politesse le rend agréable aux autres -, et il se plie à ses singeries. Diderot.
La politesse ne répond aux discours offensans, que par le silence. Wemer.
Il entre, d'ordinaire, dans la politesse, plus d'habitude ou de vanité , que de bienveillance. ***
La politesse est aux actions , ce que la grâce est à la beauté. UArtaize.
Il faut avoir des qualités éminentes, ou beaucoup d'esprit, et un excellent cœur, pour se faire supporter en société sans politesse.
La politesse est le vêtement de l'esprit : elle doit servir comme les habits de tous les jours, qui n'ont rien de recherché , et cachent les défauts du corps :
elle ne doit pas empêcher l'esprit d'agir librement.
Bacon.
$<rUttinte.
La bonne politique , c'est la franchise ou la probité. Addison.
La bonne politique ne diffère pas de la saine morale. Mably.
Ne songer qu'à soi et au présent , source d'erreur dans la politique. La Bruyère.
La politique devrait être la science de faire aux hommes le plus de bien , avec le moins de peine.
Galiani.
La politique est l'imitation , et le supplément des vertus sociales. De Meilhan.
La politique , ne doit être autre chose que le bon sens appliqué à la morale. Locke.
Tous les temps ont produit des héros et des politiques. Voltaire.
Il y a une infinité d'erreurs politiques , qui , une fois adoptées , deviennent des principes. Raynal.
La politique ressemble, pour le but et l'objet, à
l'éducation de la jeunesse: Tune et l'autre tendent à former des hommes. Rajnal.
La politique est comme le sphinx de la fable : elle dévore tous ceux qui n'expliquent pas ses énigmes. Rivarol.
La politique est un art qui a la prudence pour principe : elle peut s'acquérir par l'expérience et l'usage du monde : les traits en sont ditferens, selon les circonstances , dans les divers événemens : elle n'est , en de certains cas , que prudence toute seule ; en d'autres, l'intérêt est joint à la prudence.
Montesquieu.
La meilleure politique, dans le gouvernement des États , ainsi que dans la conduite de la vie , est celle de n'en avoir aucune , et de ne se servir en tout ce qu'on fait, que des moyens que le bon sens prescrit , et que la raison autorise. Fénélon.
Le génie, en politique, consiste, non à créer, mais à conserver } non à changer , mais à fixer ; il consiste enfin à suppléer aux vérités par des maximes : car ce n'est pas la meilleure loi, mais la plus fixe , qui est la bonne. Rivarol.
Malheureusement, la morale est presque toujours exclue de la politique , et les États se croient plus dispensés que les particuliers de garder leur foi.
Cle de Ségur.
Pté\u$é#.
Les préjugés doivent être discutés, et traités avec circonspection. Duclos.
Le préj
préjugé est une opinion sans jugement.
/ Voltaire.
Rien ne fortifie les préjugés, comme un ancien usage. Duclos.
Un préjugé utile , est plus raisonnable que la vérité qui le détruit. JVeiss.
La croyance aux préjugés, passe dans le monde pour du bon sens. Helvétius.
L'expérience que nous avons des bornes de notre raison, nous rend dociles aux préjugés.
On doit conserver les préjugés de la coutume pour agir comme un autre homme -, mais on doit se défaire des préjugés de l'esprit , pour agir en homme sage.
Fontenelle.
Avec aussi peu de raison qu'en ont les hommes, il leur faut autant de préjugés qu'ils sont accoutumés d'en avoir. Les préjugés sont le supplément de la raison. Tout ce qui manque d'un côté, on le retrouve de l'autre. Foîitenelle.
Comme les préjugés des individus ont formé le préjugé public , le préjugé public , forme à son tour celui des individus. Sénèque.
Les préjugés de la superstition, sont toujours supérieurs aux autres préjugés» Montesquieu.
C'est dans l'enfance , que nous sommes imbus des préjugés qui retardent les progrès de nos connaissances, et qui nous font tomber dans l'erreur.
Condillac.
Le préjugé est un jugement qui attend les preuves. RivaroL
L'homme a ses préjugés , dans tous les coins de la terre. Hope.
Aux yeux du philosophiste, la conscience, l'honneur , le patriotisme , toutes les vertus , tous les .sentimens , sont des préjugés. La Harpe.
Pnrbitë.
La probité est un attachement à toutes les vertus civiles. Il en coûte plus qu'on ne pense pour s'acquitter envers les hommes de tout ce qu'on leur doit, les passions en murmurent, l'humeur s'y oppose : la nature y répugne , l'amour-propre s'en
alarme. A regarder 'tous les devoirs de la société civile , sans une espèce de frayeur , c'est marquer qu'on ne s'est jamais mis en peine de les observer comme il faut; ce n'est que sous les auspices de la religion , que les droits les plus sacrés de la société peuvent être en assurance, et qu'ils sont respectés. Un homme qui a secoué le joug de la religion, ne trouve nulle part , de motif assez puissant pour le rendre fidèle aux devoirs de la probité. Qu'est-ce qui lui tiendra lieu de religion? L'intérêt, sans doute, car c'est le plus grand mobile de la conduite des gens du monde-, peut-être un intérêt d'honneur, mais toujours un intérêt humain , qui n'a ni Dieu pour objet , ni l'autre vie pour fin. On a beau vanter sa probité; si elle n'est pour ainsi dire étayée de la religion, les droits de la société courent alors un grand risque. Diderot.
Où les discours sont apprêtés, où tous les dehors sont flatteurs -, ce n'est pas là qu'il faut chercher la probité. Confiicius .'
La droiture de conduite , et la réputation de probité, attirent plus de confiance et d'estime, par conséquent à la longue, plus d'avantages, même temporels , que les voies détournées. Combien cette probité judicieuse distingue - 1 - elle une personne , et ne la rend- elle pas propre aux plus grandes choses ! Fénélon.
DE MAXIMES. 38«j
La plus grande offense qu'on puisse faire à l'homme probe, e'cst de soupçonner sa probité.
Lamotte.
L'on peut s'enrichir dans quelque art, ou quelque commerce que ce soit, par l'ostentation d'une certaine probité. La Bruyère.
La probité dans ceux qui gouvernent, est, sans contredit, une des qualités les plus essentielles aux gouvernés en général ; mais comme elle froisse beaucoup d'intérêts particuliers, et que des gens de grande influence la trouvent parfois incommode, elle est rarement appréciée autant qu'elle devrait l'être. Anonyme.
Il y a , pour tous les états , une sorte de probité de convention , qui n'est , aux yeux de la stricte équité , que pure friponnerie. Grimm.
Le désir de prouver que l'on peut être probe sans religion, ne peut tenir toujours lieu de probité.
Bossuet.
La religion , même fausse', est le meilleur garant que les hommes puissent avoir de la probité des hommes. Montesquieu.
^xodU&.
En fait de procédés , on est bien près du mépris , quand on a droit à l'indulgence. Duclos.
39o DICTIONNAIRE
«/ Les bons ou les mauvais procédés , sont les indices du cœur. Fontenelle.
Moins on est capable de mauvais procédés , plus on y est sensible. Oxenstiern.
La prospérité fait peu d'amis. V auvenargues .
Les prospérités des mauvais rois , sont fatales aux peuples. Vauvenargues.
Rien ne menace tant de quelque grand malheur, qu'une trop grande prospérité. Fénélon.
La prospérité jette un éclat sinistre. Un grand bonheur menace d'un grand revers. Young.
Une longue prospérité , enfante souvent la négligence et l'orgueil. Voltaire.
Tous souhaitent la prospérité 5 peu savent en jouir.
Oxenstiern.
On n'a pas trop de toute la sagesse possible, pour faire un bon usage de la prospérité.
Confucius.
La religion et les mœurs , sont les seuls moyens
DE MAXIMES. 39i
assurés de prospérité, pour les nations, comme pour les individus. M. de Lévis.
Le souvenir de la prospérité , rend plus vif le sentiment d'une disgrâce. Bouhours.
Les biens qui nous viennent de la prospérité , se font souhaiter, mais ceux qui nous viennent de l'adversité, attirent l'admiration. Grimm.
La prospérité découvre les vices, et l'adversité les vertus. Diderot.
Comptez que les hommes insolens dans la prospérité , sont toujours faibles et lâches dans la disgrâce. Fénélon.
La sagesse , est quelquefois la source des prospérités les plus éclatantes. Fléchier.
C'est une expérience reconnue, qu'il n'y a plus que la bonté du gouvernement qui fonde la prospérité des États. Montesquieu.
La prospérité fait naître les amis , l'adversité seule les éprouve. Fléchier.
La vertu de la prospérité est la tempérance ; la force , est celle de l'adversité. Bouhours.
Dieu, qui nous promet de ne pas nous abandonner dans la tribulation , ne nous fait pas espérer la même grâce dans la prospérité. Fléchier.
{Iruiritttt.
Il y a une prudence supérieure à celle qu'on qualifie ordinairement de ce nom -, l'une est la prudence de l'aigle, et l'autre celle des taupes. La première , consiste à suivre hardiment son caractère y en acceptant avec courage , les avantages et les inconvéniens qu'il peut produire. Chamfort.
Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence; cependant, elle ne saurait nous assurer du moindre événement. La Rochefoucauld,
/La prudence est une prévoyance raisonnable.
p^auvenargues.
La principale prudence consiste à parler peu , à se défier bien plus de soi que des autres, mais point à faire des discours faux, et des personnages brouillons. Fénélon.
/ La prudence est moins une vertu qu'une qualité ; naturellement elle devrait être la disposition la plus favorable à toutes les vertus, et, trop souvent, elle nen est que la dispense. Diderot.
11 y a peu de vertu sans prudence. Cicéron.
La prudence vaut souvent mieux que la valeur.
Charron.
f/ 11 y a des conjonctures , où la prudence même , ordonne de ne consulter que le chapitre des accidens.
Card de Retz,
Les prudens ont les dieux pour parens.
Maxime grecque.
La valeur ne peut être une vertu, qu'autant qu'elle
est réglée par la prudence. Fénélon.
De toutes les qualités de l'âme, la plus éminente est la sagesse, la plus utile est la prudence.
L'abbé Barthélémy.
La prudence s'attire l'admiration quand elle réussit, et l'estime, même lorsqu'elle ne réussit pas. ***
|fctt##(ntci.
C'est de l'esprit dont un souverain sait animer ses peuples, que dépend sa vraie puissance. S'il leur inspire l'amour de la vertu , de la gloire \ s'il leur rend chère la patrie, par le bonheur dont il les y fait jouir-, s'il les excite aux grandes actions par des récompenses; s'il effraie les mauvais citoyens par des peines, l'Etat sera puissant, il sera respecté de ses voisins , ses armées seront invincibles. Mais , s'il souffre q.ie le luxe et le vice corrompent les, mœurs de ses sujets 5 s'il permet que leur ardeur
guerrière s'amollisse ; si la subordination , les lois , la discipline, sont méprisées -, si Ton dégrade les âmes des peuples par l'oppression, alors l'avidité prendra la place de l'honneur -, l'amour des richesses succédera à celui de la patrie , de la gloire ; il n'y aura plus de citoyens ; chacun ne s'occupera que de ses intérêts particuliers -, on oubliera le bien général , auquel toutes les volontés doivent concourir pour rendre une nation puissante. Alors, ni le nombre des armées , ni l'immensité des trésors, ni la fertilité des champs, ne pourront procurer à l'État une puissance réelle.
Ainsi que les hommes robustes, les nations sont souvent tentées d'abuser de leurs forces. Ceux qui les gouvernent , font consister leur puissance à étendre leurs conquêtes -, à faire la loi à leurs voisins ; à entrer dans toutes les querelles qui agitent les autres peuples ; à entreprendre des guerres longues et sanglantes , auxquelles des passions injustes ou frivoles, ont souvent plus de part que les intérêts de l'État ; ainsi , pour faire une vaine parade de puissance , on épuise des forces réelles qui devraient être réservées pour le soutien de la nation.
Diderot.
Viser à la puissance , pour vivre en assurance et en repos , c'est se placer sur une haute montagne , pour éviter les vents et la foudre. Pétrarque.
On doit se taire sur les puissans : u y a presque
toujours de la flatterie à en dire du bien ; il y a du përil à en dire du mal pendant qu'ils vivent, et de la lâcheté quand ils sont morts. La Bruyère.
Il existe une puissance qui donne souvent la paix; c'est la misère. Voltaire.
Les souverains deviennent moins puissans, dès qu'ils veulent l'être plus que la loi Massillon.
Fais-toi pardonner ta puissance par ta douceur \ mérite d'être aimé; redoute d'être craint. Chilon.
Voulez - vous connaître un homme ? revêtez-le d'une grande puissance. Pittacus.
Le pistolet que vous présente un bandit sur le grand chemin, est aussi une puissance.
3 ,-J. Rousseau.
Il n'y a point de puissance humaine qui ne serve , malgré elle , à d'autres desseins que les siens.
Bossuet.
La puissance des individus, est la mesure de la
puissance des peuples. M. Ganilh.
La pensée est une puissance. ***
L'homme puissant craint autant de maux quril en peut faire. Sénèque.
3ejG DICTIONNAIRE
/ Le mal que nous faisons , ne nous attire pas tant de persécutions et de haine , que nos bonnes qualités. La Rochefoucauld.
Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités , il en faut avoir l'économie. La Rochefoucauld.
Il y a des personnes à qui les défauts siéent bien, et d'autres , qui sont disgraciées avec leurs bonnes qualités. La Rochefoucauld.
/ Il en est de certaines bonnes qualités comme des sens 5 ceux qui en sont entièrement privés , ne les peuvent apercevoir ni les comprendre.
La Rochefoucauld.
L'homme le plus parfait n'est pas celui qui a le plus
de bonnes qualités , mais celui qui en a le moins de
mauvaises. Murphj.
Toutes nos qualités sont incertaines et douteuses, en bien comme en mal, et elles sont presque toutes à la merci des occasions. La Rochefoucauld.
On montre bien rarement en parlant les qualités
que l'on a, et bien souvent on fait connaître celles qui nous manquent. Lessing.
La première , et la plus importante qualité d'une femme, est la douceur. J.-J. Rousseau.
En cherchant à nous donner les qualités qui nous manquent, nous négligeons trop souvent celles que nous a départies la nature, et dont le bon emploi nous suffirait. Tant il est vrai de dire, que le mieux est l'ennemi du bien. Anonyme .
Il y a de bonnes qualités qui dégénèrent en défauts , quand elles sont naturelles , et d'autres qui ne sont jamais parfaites , quand elles sont acquises. Il faut, par exemple, que la raison nous fasse ménagers de notre bien et de notre confiance , et il faut , au contraire , que la nature nous donne la bonté et la valeur. La Rochefoucauld.
Tâchez d'avoir une grande qualité, on vous passera les mauvaises. Chénier.
Uaiwnu
La raison rougit des penchans dont elle ne peut rendre compte. Vauvenargues.
Si vous ne voulez pas écouter la raison , elle ne manquera pas de se faire sentir» B* Franklin.
Il n'est pas donné à la raison de réparer les vices de la nature» Vauvenargues.
On ne souhaite jamais ardemment , ce qu'on ne souhaite que par raison, La Rochefoucauld.
La raison nous trompe plus souvent que la nature. Vauvenargues .
La raison est presque impuissante pour les faibles.
Vauvenargues.
La raison nous commande bien plus impérieusement qu'un maître : car, en obéissant à l'un, on est malheureux-, et en désobéissant à l'autre, on est un sot. Pascal.
La raison n'a pas de prise sur les esprits faux -,
DE MAXIMES. 3gg
c'est donc peine perdue que de chercher à les convaincre. Si vous êtes le plus fort, faites -vous obéir; sinon, rangez -vous. M. de Lévis.
La raison, est la plus lente des acquisitions de l'homme. J.-J. Rousseau,
Dieu nous a donné la raison pour connaître ce qui est bien, la conscience pour l'aimer, et la liberté pour la choisir. /.-/. Rousseau.
La raison est le préservatif de l'intolérance et du fanatisme. /.-/. Rousseau.
Pour parvenir à pardonner à la raison le mal qu'elle fait à la plupart des hommes, on a besoin de considérer ce que ce serait que l'homme sans la raison. C'était un mal nécessaire. Chamfort.
Notre raison nous rend quelquefois aussi malheureux que nos passions ; et l'on peut dire d'un homme qui est dans ce cas, que c'est un malade empoisonné par son médecin. Chamfort.
Les hommes sont toujours contre la raison, quand la raison est contre eux. Helvétius.
On ne persuade pas facilement aux hommes , de mettre leur raison à la place de leurs yeux.
Fontenèlle.
4oo DICTIONNAIRE
Jl faut se rendre à la raison dès qu'elle paraît, et la trouver belle, même dans la bouche d'un pédant.
Saint - Év remont.
A l'aide de la raison , l'homme discerne le vrai du faux , le juste de l'injuste -, il règle ses passions , il étend ses affections -, car il les rend sociales , universelles. Marc-Aurèle.
La raison se perfectionne presque toujours , chez nous , aux dépens du cœur 5 nous faisons , par réflexion, à quarante ans. le bien qu'à vingt nous aurions fait par instinct. Anonyme.
Que celui qui veut se vaincre soi-même , ne fasse rien qui soit contraire à la raison, n'écoute rien qui choque la raison , ne prononce aucune parole qui blesse la raison, et ne se livre à aucun mouvement du corps, dont la raison soit offensée. Confucius.
La raison est toujours venue trop tard. C'est une divinité qui n'est apparue qu'à peu de personnes.
Voltaire.
Il ne suffit pas d'avoir raison-, c'est la gâter, c'est la déshonorer, que de la soutenir d'une manière brusque et hautaine. Fénélon.
La raison qui se borne à s'accommoder des choses raisonnables , et à ne s'échauffer que contre ce qui est faux , n'est qu'une demi-raison. La raison par-
DE MAXIMES. 4oi
faite va plus loin-, elle supporte en paix la déraison d'autrui : voilà le principe de vertu compatissante pour autrui et détachée de soi - même , qui est le vrai lien de la société. Fénélon.
La raison est une chose étrangère et détendue, qui ne peut entrer que par contrebande.
Voltaire.
On peut , en perfectionnant sa raison , corriger bien des vices du corps -, mais les forces du corps , si la raison ne les dirige, ne peuvent rendre l'esprit meilleur. Démocrate.
La raison tient de la vérité , elle est une : l'on n'y arrive que par un chemin, et l'on s'en écarte par mille. La Bruyère.
Il ne faut pas toujours avoir raison pour plaire ; il y a des torts qui sont plus faits pour réussir , et des travers même fort agréables , quand ils ne sont pas joués. Le prince de Ligne.
Il n'y a rien de plus rare,- que d'avoir le caractère de sa propre raison, et d'aller aussi loin qu'elle peut vous mener. On a quelquefois peur de sa raison, comme d'autres ont peur de leur imagination.
M. Ancillon.
4<fe DICTIONNAIRE
fUUlm*.
11 est malaisé d'avoir un esprit de raillerie sans affecter d'être plaisant, ou sans aimer à se moquer : il faut une grande justesse pour railler long-temps , sans tomber dans l'une ou l'autre de ces extrémités.
La Rochefoucauld.
La raillerie est un air de gaîté qui remplit l'imagination, et qui lui fait voir en ridicule les objets qui se présentent : l'humeur y mêle plus ou moins de douceur ou d'âpre té. La Rochefoucauld.
Il y a une manière de railler délicate et flatteuse , qui touche seulement les défauts que les personnes dont on parle veulent bien avouer, qui sait déguiser les louanges qu'on leur donne , sous des apparences de blâme, et qui découvre ce qu'elles ont d'aimable , en feignant de le vouloir cacher.
La Rochefoucauld.
On peut apprendre à lire et à écrire, mais on ne peut pas apprendre à railler : il faut pour cela un don tout particulier de la nature ; et , à dire vrai , je trouve heureux celui qui ne veut pas l'acquérir : le caractère de railleur est dangereux -, quoique cette qualité fasse rire ceux qu'elle ne mord point , elle ne nous procure néanmoins aucune estime.
Oxenstiem .
DE MAXIMES. 4o3
Celui qui est d'une éminence au-dessus des autres, qui le met à couvert de la répartie , ne doit jamais faire une raillerie piquante. La Bruyère.
Il y a de petits défauts qu'on abandonne volontiers à la censure, et dont nous ne haïssons pas à être raillés; ce sont de pareils défauts que nous devons choisir pour railler les autres. La Bruyère.
La moquerie , est souvent indigence d'esprit.
La Bruyère.
C'est "une chose monstrueuse que le goût et la facilité qui est en nous de railler , d'improuver et de mépriser les autres; et tout ensemble , la colère que nous ressentons contre ceux qui nous raillent, nous improuvent et nous méprisent. La Bruyère.
La raillerie est l'épreuve de l'amour-propre.
Vauvenargues.
La raillerie naît d'un mépris content.
Vauvenargues.
/ De la plus douce raillerie à l'offense, il n'y a souvent qu'un pas. S aint-Év remont.
1Hec0ïmai8#ance.
La reconnaissance a, comme les autres vertus, ses hypocrites ; mais c'est une reconnaissance d'intérêt, et non de sentiment : elle flatte le bienfaiteur,
4o4 DICTIONNAIRE
tant qu'elle espère encore quelque nouveau bienfait. 11 y a des reconnaissances affamées qui meurent d'inanition , quand on ne leur donne pas toujours. Cle de Ségur.
Tous ceux qui s'acquittent des devoirs de la reconnaissance , ne peuvent pas pour cela, se flatter d'être reconnaissans. La Rochefoucauld.
Las reconnaissance est susceptible , parce qu'< est délicate-, elle ne répond qu'à l'estime j jan
'elle jamais
une bienfaisance exercée au hasard et sans choix , ne la fait naître. Cle de Ségur.
Ce qui fait le mécompte , dans la reconnaissance qu'on attend des grâces que l'on a faites j c'est que l'orgueil de celui qui donne, et l'orgueil de celui qui reçoit, ne peuvent convenir du prix du bienfait. La Rochefoucauld.
Il ne faut pas que la reconnaissance laisse vieillir le bienfait. Charron.
La reconnaissance de la plupart des hommes , n'est qu'une secrète envie, de recevoir de nouveaux bienfaits. La Rochefoucauld.
Il n'est point de personnes plus reconnaissantes , que celles qui ne permettent pas aisément qu'on les oblige.
Il n'y a guère au monde un plus bel excès , que celui de la reconnaissance. La Bruyère,
11 semble que nous ne soyons obligés qu'à ceux qui ont eu un dessein formé de nous être utiles, et non pas à ceux qui , cherchant leur intérêt, ou leur plaisir, nous ont rencontrés sur leur chemin , et comme par hasard : mais par cette règle, adieu la reconnaissance. Ainsi, pour la conserver, il faut s'arrêter au bienfait, sans remonter à sa source.
Il ne faut pas subtiliser en matière de reconnaissance : elle s'évapore en subtilisant. Nicole.
En matière de reconnaissance , on n'atteint pas si l'on ne devance. Sénèque.
Oublie ce que tu as donné; souviens -toi de ce que tu as reçu. Mais la reconnaissance vieillit promptement, et ne survit guère aux bienfaits.
Ménandre.
La reconnaissance est un devoir qu'il faut rendre , et non pas un droit qu'on puisse exiger.
J.-J. Rousseau.
La reconnaissance est un noble et digne salaire , pour les âmes généreuses. Shakspeare.
La reconnaissance est le seul trésor du pauvre.
Shakspeare.
4o6 DICTIONNAIRE
La reconnaissance est la mémoire du cœur.
MaSSieU, sourd et muet.
La reconnaissance est l'aimant des bons cœurs.
Goldoni, Souvent nous ne payons pas de reconnaissance , parce qu'il est juste de nous acquitter 5 mais pour trouver plus facilement qui nous prête.
La Rochefoucauld.
La religion de l'homme, n'est souvent que son amour et sa reconnaissance. Massillon.
fUltgum.
Sans la religion, on verrait plus que jamais les familles troublées par la discorde et le libertinage , des époux sans union, des enfans sans respect, des sénateurs sans fidélité ; on verrait plus que jamais des êtres contre nature, qui, n'étant plus retenus par le frein d'une éducation religieuse, connaîtraient dès leur plus tendre jeunesse, les ruses et l'audace du crime, et présenteraient devant les tribunaux épouvantés le plus hideux de tous les spectacles , celui des forfaits, dans l'âge même de la candeur et de l'innocence ; on verrait des malfaiteurs , qui, débarrassés de la crainte de la justice divine, calculeraient froidement qu'après tout, le temps du supplice sera court} marcheraient ensuite à l'échafaud, portant sur le front, non la pâleur et la honte du crime, mais
presque le calme de la vertu 5 et donneraient ainsi au peuple , l'effrayant exemple d'un coupable qui meurt sans crainte et sans remords; on venait des hommes qui formeraient les projets les pi us iniques , les plus insensés, les plus désastreux peutêtre pour leur patrie; dans la pensée que tout finit au tombeau, et que, s'il le fallait, ils sauraient bien échapper, par le suicide, au châtiment et à l'opprobre. Sans la religion, enfin, on verrait plus que jamais de toutes parts des égoïstes , qui , détournant leurs regards des biens de la vie future , ne seraient que plus ardens pour les biens de la vie présente , plus dévorés de désirs ambitieux , moins touchés des maux d'autrui , moins capables de sacrifices généreux , plus enclins# à tous les désordres qui sont le fléau des États , comme des familles.
M. Frayssinous.
La religion est si naturelle à l'homme , que tous les efforts d'un gouvernement qui voudrait la détruire, n'aboutiraient qu'à la faire renaître, sous les formes de la superstition; et les peuples deviendraient crédules, en cessant d'être croyans.
M, de Bonald.
La religion est le lien qui attache l'homme à Dieu , par les sentimens de respect, de soumission et de crainte , qu'excitent dans notre esprit les perfections de l'Etre suprême, et la dépendance où nous sommes de lui, comme de notre Créateur, tout sage et Lout bon. La religion , donne à la vertu les plus douces
espérances, au vice impénitent de justes alarmes, et au vrai repentir, les plus puissantes consolations; mais elle tâche surtout d'inspirer aux hommes , de l'amour, de la douceur et de la pitié pour les hommes. Montesquieu.
A ceux qui ont de la répugnance pour la religion , il faut commencer par leur démontrer qu'elle n'est point contraire à la raison-, ensuite, qu'elle est vénérable ; après , la rendre aimable , faire souhaiter qu'elle soit vraie, montrer qu'elle est vraie , et enfin qu'elle est aimable. Pascal.
La religion est le bien du peuple 5 elle est le bien de l'État. Douter de la vérité de la religion , c'est une erreur personnelle 5 la combattre , c'est un attentat contre la société. Montesquieu.
L'oubli de la religion , conduit à l'oubli de tous les devoirs de l'homme. De combien de douceurs n'est pas privé celui qui manque de religion ! Quel sentiment peut le consoler dans ses peines ? Quel spectateur anime les bonnes actions qu'il fait en secret? Quel prix peut-il attendre de sa vertu? Comment doit-il envisager la mort? Quel argument contre l'incrédule que la vie du vrai chrétien î Quel tableau pour son cœur, quand sa femme , ses enfans et ses amis concourent à l'instruire en l'édifiant , quand il voit briller l'image du ciel dans sa maison !
DE MAXIMES. 4o9
La religion est une chose si grande, qu'il est juste que ceux qui ne voudraient pas prendre la peine de la chercher, si elle est obscure, en soient privés. De quoi donc se plaint-on , si elle est telle qu'on puisse la trouver en la cherchant? Pascal.
C'est une chose horrible d'employer , pour tourmenter les hommes , la religion qui les doit consoler. Voltaire.
C'est une chose remarquable que nulle religion n'a pris soin des mœurs des hommes que la religion chrétienne , et celles qui ont été dressées sur son modèle. Le paganisme n'avait point de morale ; tous les philosophes , qui se faisaient une religion à leur fantaisie , se créaient aussi une morale par philosophie 5 mais ils ne prétendaient pas au moins l'avoir reçue de Dieu. Nicole.
On voit partout des gens qui défigurent la religion , en voulant la régler suivant leurs fantaisies et leurs caprices. L'un est fervent à prier , mais il est dur et insensible aux misères de son prochain : l'autre ne parle que d'amour de Dieu et de sacrifices , pendant qu'il ne saurait souffrir le moindre contretemps, ni la moindre contradiction. Cette personne qui afflige son corps par des pénitences extraordinaires, s'imagine qu'elle est en droit de mortifier les autres, comme si, en retranchant les plaisirs et les
4io DICTIONNAIRE
commodités de son corps, il lui était permis de donner à son esprit cette liberté de censurer et de contredire. Fènélon.
Aimez et observez la religion; le reste meurt, elle ne meurt jamais. Fénélon.
Nous avons de la religion -, mais nous en faisons usage pour nous haïr les uns les autres , et nous ne l'employons pas pour nous aimer. Swift.
La religion n'est que la philosophie épurée.
Littleton.
S'il y a un côté respectable et frappant dans notre religion , c'est le pardon des injures , qui d'ailleurs est toujours héroïque, quand ce n'est pas un effet de la crainte. Un homme qui a la vengeance en main , et qui pardonne , passe toujours pour un héros -, et quand cet héroïsme est consacré par la religion , il en devient plus vénérable au peuple , qui croit voir dans ces actions de clémence quelque chose de divin. Voltaire.
L'homme est naturellement religieux, il est né pour la crainte et l'espérance 5 il a besoin de croire et d'aimer. M. Lacretelle aîné.
Les vertus nées de la religion , se cachent dans la religion même. M. Lacretelle aîné.
La religion chrétienne , dépouillée de tontes les petitesses que les hommes y ont ajoutées , est le plus beau système de morale et de bonheur. Elle enrichit l'âme de toutes les vertus, elle l'élargit, elle la fait aimer autant qu'il est possible d'aimer, et lui procure par là, Cette paix douce, profonde, inaltérable 5 cetepaix, que le monde ne peut ni donner ni ôter, qu'il ne connaît même pas; cette paix enfin, qui nous rend amis des autres et de nous-mêmes. S* L'abbé Barthélémy.
En fait de religion il faut éviter les lois pénales , elles rendent l'âme atroce. Montesquieu.
La religion a pour piédestal l'humanité.
Le pape Ganganelli.
L'homme sans religion, est un automate qui marche vers le bonheur, et se brise avant d'y arriver.
La religion serait un bien, ne fit-elle que nous ouvrir les portes de l'avenir. Malesherbes.
La religion est encore plus nécessaire à ceux qui commandent, qu'à ceux qui obéissent. Bossuet.
Pour bien juger d'une religion , il ne faut pas l'étudier dans les livres de ses sectateurs ; il faut aller l'apprendre chez eux, ce qui est bien différent. Chacun a ses traditions, son sens, ses coutumes, ses
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préjugés qui font l'esprit de sa croyance, et qu'il y faut joindre pour en juger. /.-/. Rousseau.
La religion, est la chaîne d'or qui unit la terre et les cieux. Young.
Le culte d'une religion qui n'admet point les châtimens d'une autre vie, ne doit pas être toléré dans un État bien policé. M. de Lévis.
Quiconque rejette le bouclier de la religion , se trouve sans défense au moment du combat.
Bossuet.
La philosophie ne va pas plus loin qu'à nous apprendre à souffrir les maux j la religion chrétienne nous montre à en jouir. Saint- Evremont.
îtfyutotûm.
S La réputation la plus étendue est toujours trèsbornée; la renommée même n'est jamais universelle. Duclos.
Il faut du temps , pour que les réputations mûrissent. Voltaire.
Un homme qui néglige le soin de sa réputation , est indigne d'en avoir. Voltaire.
DE MAXIMES. 4i3
L'amour de la réputation , est quelquefois plus puissant que celui de la vie. Duclos.
Les réputations mal acquises se changent en mépris. P^auve? largues.
11 arrive quelquefois , que les plus honnêtes gens sont ceux dont la réputation est le plus en butte aux traits de la calomnie , comme nous voyons communément que les meilleurs fruits , sont ceux qui ont été becquetés par les oiseaux , ou rongés par les vers. Pope.
^S Quelque honte que nous ayons méritée, il est presque toujours en notre pouvoir de rétablir notre réputation. La Rochefoucauld.
La bonne réputation, est le plus magnifique tombeau qu'on puisse avoir. J.-J. Rousseau.
Quand le mérite sert de base à la réputation, c'est cherchera lui donner atteinte, que d'y joindre l'artifice; parce qu'il nuit plus à la réputation méritée, qu'il ne sert à celle qu'on ambitionne. Duclos.
Les intrigues , et le mouvement qu'il faut se donner pour se faire une grande réputation , nous empêchent de la mériter. Helvétius.
La réputation la plus durable qu'on peut laisser
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après»;' soi n'est rien ; elle se conserve parmi les hommes dont la vie est courte , qui ne se connaissent pas eux-mêmes, et connaissent bien moins celui qui a vécu long-temps avant eux.
Marc-Aurele.
Il faut aimer sa réputation plus que sa vie , parce
que celle-ci est malheureuse, si l'autre n'est pas
grande. Sénèque.
Les grandes réputations sont presque toujours posthumes. Vauvenargues.
C'est une sorte de problème dans la nature, dans la philosophie , et dans la religion , que le soin de sa propre réputation et de son propre honneur.
Le CheVr de Jaucourt.
Une bonne réputation est un second patrimoine.
Publius Sjrus.
Le trésor le plus pur que puisse donner cette vie mortelle , c'est une réputation sans tache. Otez ce bien, les hommes ne sont plus qu'une terre dorée, une argile peinte. Shakspeare.
Une réputation honnête, est à la portée du commun des hommes : on l'obtient par les vertus sociales, et la pratique constante de ses devoirs. Cette espèce de réputation n'est , à la vérité , ni étendue , ni brillante ; mais elle est souvent la plus utile pour le bonheur. Duclos.
DE MAXIMES. 4i5
Ekl)e#i3tf . — Euty.
Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l'œil fixe et assuré, les épaules larges, l'estomac haut, la démarche ferme et délibérée: il parle avec confiance ; il fait répéter celui qui l'entretient, et il ne goûte que médiocrement tout ce qu'il lui dit-, il déploie un ample mouchoir, et se mouche avec grand bruit; il crache fort loin, et il éternue fort haut : il dort le jour, il dort la nuit, et profondément; il ronfle en compagnie. Il occupe à table et à la promenade plus de place qu'un autre : il tient le milieu en se promenant avec ses égaux; il s'arrête, et l'on s'arrête-, il continue de marcher, et l'on marche-, tous se règlent sur lui : il interrompt, il redresse ceux qui ont la parole ; on ne l'interrompt pas, on l'écoute aussi long-temps qu'il veut parler; on est de son avis, on croit les nouvelles qu'il débite. S'il s'assied, vous le voyez s'enfoncer dans un fauteuil, croiser les jambes l'une sur l'autre, froncer le sourcil, abaisser son chapeau sur ses yeux pour ne voir personne, ou le relever ensuite, et découvrir son front par fierté et par audace. Il est enjoué, grand rieur, impatient, présomptueux, colère, libertin, politique, mystérieux sur les affaires du temps; il se croit des talens et de l'esprit : il est riche. La Bruyère,
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Puisqu'il n'est point de jouissance du cœur, des sens , de l'esprit , de l'imagination , que l'on puisse suppléer à force de richesses, peut-être même aucune que l'on ne puisse obtenir sans leur secours , il est démontré, ce me semble, que la richesse ne saurait être regardée comme un premier moyen de bonheur.
Suivant les circonstances, ou la disposition de ceux qui les possèdent , je crois qu'il est une manière d'être que les richesses embarrassent, une autre qu'elles rendent plus facile. De cette comparaison , je conclus que si la richesse n'est pas en effet un premier moyen de bonheur, elle est devenue , au moins dans l'état actuel des choses , pour la fortune publique , un moyen de force et de puissance ; c'est l'usage qu'on en fait qui le rend utile ou funeste. Diderot.
Celui-là est riche , qui reçoit plus qu'il ne consume ; celui-là est pauvre , dont la dépense excède la recette. La Bruyère.
S'il est vrai que l'on soit riche de tout ce dont on n'a pas besoin , un homme fort riche , c'est un homme qui est sage. La Bruyère.
C'est un grand abus , et un renversement de tout ordre , de ne faire cas des hommes qu'à proportion de leurs richesses. Platon.
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Les richesses sont le bagage de la vertu : le bagage est nécessaire à l'armée ; mais il empêche quelquefois la marche , et fait perdre l'occasion de vaincre. Bacon,
Les richesses consistent à avoir la suffisance , et non l'abondance. Saadi.
Un riche sans libéralité , est un arbre sans fruits.
D'Jamy.
En buvant, on étanche la soif; en mangeant, on se soulage de la faim ; si l'on a froid et qu'on mette un trop grand nombre d'habits les uns par-dessus les autres , on est bientôt obligé d'en rejeter une partie. Mais l'or et l'argent ne peuvent assouvir l'amour des richesses; la cupidité, en acquérant toujours , n'est jamais satisfaite. Plutarque.
Il n'y a point d'hommef iche qui soit aussi heureux de ce qu'il a , que malheureux de ce qu'il n'a pas. Sénèque.
La vraie mesure de la richesse , est de n'être ni trop près ni trop loin de la pauvreté. Sénèque.
Le mépris des richesses était , dans les philosophes , un désir caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune, par le mépris des mêmes biens dont elle les privait-, c'était un secret pour se garantir de l'avilissement de la pauvreté-, c'était un
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chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses.
La Rochefoucauld.
Qu'envions-nous dans la condition des riches ? Obérés eux-mêmes dans l'abondance, par leur luxe et leur faste immodérés, exténués à la fleur de leur âge, par leurs débauches criminelles , consumés par l'ambition et la jalousie , à mesure qu'ils sont plus élevés, victimes orgueilleuses de la vanité et de l'intempérance; encore une fois, peuple aveugle, que leur pouvons-nous envier ? Vauvenargues.
La conscience, l'honneur, la chasteté, l'amour et l'estime des hommes, sont à prix d'argent. Celui qui est riche et libéral, possède tout.
Vauvenargues .
Sois riche , c'est la seule vertu ; la tourbe des humains ne sait point en connaître d'autres.
Théognis.
Personne n'emporte aux enfers ses richesses superflues. On ne peut, en donnant une rançon, se racheter de la mort , de la maladie , de la triste vieillesse qui nous poursuit. Théognis.
Les richesses cachent le vice \ et la pauvreté la vertu. Théognis.
Si tu possèdes des richesses, partage -les avec le malheureux , et que l'indigence reçoive sa part de ce que Dieu t'a prodigué. Phocylide.
11 n'est pas inutile d'acquérir des richesses -, mais rien n'est plus dangereux que d'en acquérir injustement. Heureux qui joint un jugement sain aux laveurs de la fortune ! 11 saura, dans l'occasion, faire un bel usage de ses trésors. Démocrate.
La maison la plus heureuse, est celle qui ne doit pas ses richesses à l'injustice , qui ne les conserve pas par la mauvaise foi , à qui ses dépenses ne causent pas de repentir. Solon.
L'avarice est la peine des riches ; un riche avare est plus pauvre qu'un indigent libéral.
Pend-Attar.
Tous les riches comptent l'or avant le mérite. Dans la mise commune de l'argent et des services , ils trouvent toujours que ceux-ci n'acquittent jamais l'autre, et pensent qu'on leur en doit de reste , quand on a passé sa vie à les servir, en mangeant leur pain.
J.-J. Rousseau.
Les pauvres gémissent sous le joug des riches , et les riches sous le joug des préjugés.
/.-/. Rousseau.
Richesse ne fait point riche, dit le roman de la Rose. Les biens d'un homme ne sont point dans ses coffres , mais dans l'usage de ce qu'il en tire 5 car on ne s'approprie les choses qu'on possède que par leur emploi, et les abus sont toujours plus inépuisables que les richesses 5 ce qui fait qu'on ne
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jouit pas à proportion de sa dépense, mais à proportion qu'on la sait mieux ordonner. Un fou peut jeter des lingots à la mer, et dire qu'il en a joui; mais quelle comparaison entre cette extravagante jouissance, et celle qu'un homme sage eût su tirer d'une moindre somme ? /.-/. Rousseau.
Il n'y a point de richesse absolue. Ce mot ne signifie qu'un rapport de surabondance entre les désirs et les facultés de l'homme riche. Tel est riche avec an arpent de terre, tel est gueux au milieu de ses monceaux d'or. Le désordre et les fantaisies n'ont point de bornes , et font plus de pauvres que les vrais besoins. J.-J. Rousseau.
Vous êtes déjà riche, et l'on ne vous voit occupé que du soin d'augmenter vos richesses. Pour qui ? Pour vos enfans? Sachez que peut-être vous préparez leur perte. Pour l'homme vertueux , les grands biens sont plus incommodes qu'utiles, parce qu'ils partagent son attention ; mais l'homme sans vertu ne trouve dans les richesses que les moyens de satisfaire ses vices. Confucius.
Vieillir, être malade, et mourir; voilà les plus grands maux de la vie. Les richesses n'apportent point de remède à tout cela : mais, par elles, souvent on vieillit plus tôt, on tombe plus souvent malade, et l'on parvient plus tôt à la mort.
Sentence chinoise.
DE M V\I MES. [{ii
L'homme qui estime trop les richesses et les honneurs, iïït-il un sage, ne se défendra pas long-temps de la corruption du siècle. Pend-Attar.
y/ La richesse est souvent le passe-port de la sottise.
M. Labouisse.
Le bonheur des riches ne consiste pas dans les
biens qu'ils ont, mais dans le bien qu'ils peuvent
faire. Fléchier.
Sois le maître, et non pas l'esclave de tes richesses.
Publlus Sjrus.
îitokuk.
Le ridicule est le fléau des gens du monde ; il est assez juste qu'ils aient pour tyran un être fantastique. Duclos.
Après les bonnes leçons , ce qu'il y a de plus instructif, sont les ridicules. Duclos.
Il y a des ridicules qui ne vont pas à toutes sortes de figures. Duclos.
Le ridicule vient à bout de tout; c'est la plus forte des armes. Voltaire.
On sacrifie sa vie à son honneur, souvent son honneur à sa fortune , et quelquefois sa fortune à la crainte du ridicule. Duclos.
Les imitateurs, ne saisissent ordinairement que les ridicules de leurs modèles. Duclos.
Les seules bonnes copies, sont celles qui nous font voir le ridicule des méchans originaux.
La Rochefoucauld,
On fait échouer le ridicule, non en le repoussant avec force, mais en le recevant avec mépris et indifférence. Duclos.
On n'est jamais si ridicule par les qualités que Ton a , que par celles qu'on affecte d'avoir.
La Rochefoucauld.
Le ridicule , fait malheureusement plus d'impression sur les âmes honnêtes et sensibles , que sur les vicieux 5 parmi eux , on en donne , en en reçoit , et on en rit. Duclos.
Le plus dangereux ridicule des vieilles personnes qui ont été jolies , c'est d'oublier qu'elles ne le sont plus. La Rochefoucauld.
Les vices partent de la dépravation du cœur \ les défauts, d'un vice de tempérament; le ridicule, d'un défaut d'esprit. La Bruyère.
Souvent on se donne bien du mal, pour n'être en définitif que ridicule. Malesherbes.
Ce n'est qu'aux yeux d'un esprit faux, qu'une infirmité peut paraître ridicule. Voltaire.
L'homme ridicule est celui qui , tant qu'il demeure tel , a les apparences d'un sot. La gruyère.
Le ridicule déshonore plus que le déshonneur.
La Rochefoucauld.
On n'imagine pas combien, dans le monde, il faut d'esprit, pour n'être jamais ridicule. Chamfort.
Le ridicule est comme les honneurs ; c'est la manière équitable de les distribuer qui en fait la valeur et l'utilité. Helvétias.
Le ridicule est la raison des sots.
/.-/. Rousseau.
La caustique empreinte du ridicule, est ineffaçable. J.-J. Rousseau.
Le ridicule , que l'opinion redoute sur toute chose, est toujours à côté d'elle, pour la tyranniser et pour la punir. On n'est jamais ridicule que par des formes déterminées ; celui qui sait varier ses situations et ses plaisirs , efface aujourd'hui l'impression d'hier : il est comme nul dans l'esprit des hommes } mais il jouit , car il est tout entier, à chaque heure et à chaque chose. /.-/. Rousseau.