B DICTIONNAIRE
fcanit
Vain veut dire vide -, ainsi , la vanité est si misérable, qu'on ne peut guère lui dire pis que son nom. Elle se donne elle-même pour ce qu'elle est.
Chamfort.
La vanité se joue de la vie des hommes, ainsi que de tout le reste. Un père laisse le plus d'enfans qu'il peut, afin de perpétuer son nom. Un conquérant, afin de perpétuer le sien, extermine le plus d'hommes qu'il lui est possible.
Fontenelle.
Il faut avoir bien de la vanité, pour ne pas connaître sa faiblesse. Saint-Évremont.
Les hommes sans passions, sans vertus et sans vices, n'ont qu'un seul sentiment : la vanité mal déguisée. Condor cet.
Tous les ridicules des hommes ne caractérisent peut-être qu'un seul vice, qui est la vanité. Et comme les passions des esprits frivoles sont subordonnées à cette faiblesse , c'est probablement la raison pourquoi il y a si peu de vérité dans leurs manières, dans leurs mœurs et dans leurs plaisirs. La vanité est ce qu'il y a de plus naturel dans les hom-
mes , et ce qui les fait sortir le plus souvent de la nature. V auvenargues .
Ce qui nous rend la vanité des autre.; insupportable, c'est qu'elle blesse la nôtre.
La Rochefoucauld '.
l^a vanité, est le premier intérêt des riches.
J^auvenargues.
La vanité est annexée à l'humaine nature , l'homme en est pétri 5 nos pensées , nos entretiens en sont la preuve. Charron.
La vanité ne peut venir que d'ignorance -, l'homme vain est un aveugle qui se méconnaît lui-même. 11 ressemble à l'oiseau dont on a crevé les yeux-, vous le voyez s'élever dans les nues, et voler avec plus d'audace, parce qu'il vole dans les ténèbres.
Young.
Les passions les plus violentes nous laissent quelquefois du relâche , mais la vanité nous agite toujours. La Rochefoucauld.
La vanité ne produit rien de bon, et de l'orgueil n'attendez que des vices. J.-J. Rousseau.
La vanité est l'amour-propre qui se montre ; la modestie est l'amour-propre qui se cache. Qui ne songe point à lui , n'est ni vain ni modeste.
Fontenelle.
/jSo DICTIONNAIRE
La vanité nous fait faire plus de choses contre notre goût, que la raison. La Rochefoucauld.
S'il est quelqu'un que la vanité a rendu heureux , à coup sûr, ce quelqu'un était un sot.
J.-J. Rousseau.
Les hommes hauts et vains , sont semblables aux épis de blé -, ceux qui lèvent le plus la tête sont les plus vides.
La fausse modestie est le dernier raffinement de la vanité j elle fait que l'homme vain ne paraît point tel , et se fait valoir au contraire par la vertu opposée au vice qui fait son caractère : c'est un mensonge. La fausse gloire est l'écueil de la vanité; elle nous conduit à vouloir être estimé par des choses qui, à la vérité, se trouvent en nous , mais qui sont frivoles , et indignes qu'on les relève : c'est une erreur.
La Bruyère.
On ne voit pas mieux le ridicule de la vanité, et combien elle est un vice honteux , qu'en ce qu elle n'ose se montrer , et qu'elle se cache souvent sous les apparences de son contraire. La Bruyère.
Les hommes sans passions , sans vertus , et sans vices, n'ont qu'un seul sentiment; la vanité mal déguisée. Condorcet.
Une vanité connue déplaît moins, quand elle se
montre avec simplicité , que quand elle cherche à se couvrir du voile de la modestie. Roubaud.
La vanité de l'homme est la source de ses plus grandes peines ; et il n'y a personne de si parfait et de si l'été , à qui elle ne donne encore plus de chagrin que de plaisir. /.-/. Rousseau.
Les cours seraient désertes, et les rois presque seuls, si l'on était guéri de la vanité et de l'intérêt.
La Bruyère.
Les lambris dorés, le luxe, et la magnificence, n'annoncent que la vanité de celui qui les étale.
J.-J. Rousseau.
La vanité des petits autorise l'orgueil des grands.
Mirabeau.
Si la charité disposait des trésors dépensés par
toutes les vanités, même la vanité religieuse, il n'y
aurait plus de pauvres. ***
bMtt.
La vérité est une reine qui a dans le ciel son trône éternel , et le siège de son empire dans le sein de Dieu. 11 n'y a rien de plus noble que son domaine, puisque tout ce qui est capable d'entendre, en relève , et qu'elle doit régner sur la raison même , qui a été destinée pour régir et gouverner toutes choses.
Bossue t.
La vérité , cette lumière du ciel , est la seule chose
ici-bas qui soit digne des soins et des recherches de l'homme. Elle seule est la lumière de notre esprit, la règle de notre cœur , la source des vrais plaisirs , le fondement de nos espérances, la consolation de nos craintes , l'adoucissement de nos maux , le remède de toutes nos peines : elle seule est la source de la bonne conscience , la terreur de la mauvaise , la peine secrète du vice , la récompense intérieure de la vertu : elle seule immortalise ceux qui l'ont aimée, illustre les chaînes de ceux qui souffrent pour elle , attire les honneurs publics aux cendres de ses martyrs et de ses défenseurs , et rend respectable l'abjection et la pauvreté de ceux qui ont tout quitté pour la suivre : enfin, elle seule inspire des pensées magnanimes, et forme des âmes héroïques. Tous nos soins devraient donc se borner à la connaître , tous nos talens à la manifester , tout notre zèle à la défendre : nous ne devrions donc chercher dans les hommes que la vérité, et ne souffrir qu'ils voulussent nous plaire que par elle : en un mot, il semble qu'il devrait suffire qu'elle se montrât à nous pour se faire aimer, et qu'elle nous montrât à nous-mêmes, pour nous apprendre à nous connaître.
M as sillon.
Quoiqu'il n'y ait rien de si naturel à l'homme que d'aimer et de connaître la vérité, il n'y a rien qu'il aime moins , et qu'il cherche moins à connaître. Il Craint de se voir tel qu'il est , parce qu'il n'est pas tel qu'il devrait être 5 et pour mettre à couvert ses
défauts, il couvre et flatte ceux des autres. Le monde ne subsiste plus que par ces complaisances mutuelles; il semble que l'esprit de mensonge soit répandu sur tous les hommes; on n'a plus ni le courage de dire la vérité , m la force de l'écouter; la sincérité* passe pour incivilité et pour rudesse ; il n'y a presque plus d'amitié qui soit à l'épreuve de la franchise d'un ami : l'esprit, fécond en déguisemens, s'étudie à défigurer, selon ses besoins et ses intérêts, tantôt les vices, tantôt les vertus; et la parole, qui est l'image, de la raison et comme le corps de la vérité, est devenue l'organe de la dissimulation et du mensonge.
Fléchie r.
Telle est la destinée de la vérité sur la terre : si elle a des amis sincères , qui la défendent avec courage , elle a aussi des ennemis ardens , qui la combattent avec acharnement; sa lumière, en même temps qu'elle charme les esprits dociles, irrite les esprits superbes. Le propre de la vérité, c'est de combattre tous les vices et toutes les erreurs ; et dèslors, faut-il s'étonner qu'on voie s'armer contre elle toutes les passions et tous les préjugés? C'est un talent bien déplorable que celui que nous avons tous, plus ou moins, de répandre des ténèbres sur les choses les plus claires , de nous embarrasser nous-mêmes dans nos propres subtilités, et de réussir, plus d'une lois, à donner un faux jour de vraisemblance aux paradoxes les plus révoltans.
M. Frayssinous.
La vérité est comme les métaux que l'art ne crée point, mais qu'il purifie. Duclos.
Les plus grandes vérités sont ordinairement les plus simples. Malesherbes.
L'intérêt personnel fait déguiser la vérité aux rois : l'esprit de parti fait qu'on la dissimule à soimême. Malesherbes.
La vérité est quelquefois complice de la calomnie. Malesherbes.
La vérité est donc bien redoutable pour ceux qui gouvernent, puisque l'on fait tant d'efforts pour l'empêcher de parvenir jusqu'au trône !
Malesherbes.
La vérité est le premier besoin de l'homme -, l'erreur est la source la plus commune de toutes ses fautes , et de tous ses malheurs. Cle de Ségur.
Le premier trait de la corruption des mœurs , est le bannissement de la vérité. Montaigne.
Il n'appartient qu'aux âmes grandes et fortes, de faire de la vérité le principal objet de leurs passions.
V auvenargues .
La vérité peut être comparée à un paysage immense, dont la perspective, les formes, les nuances, varient à l'infini , suivant le point de vue d'où on le considère. Weiss.
La vérité ne l'ait pas tant de bien dans le monde , que ses apparences y font de mal.
La Rochefoucauld.
Une vérité qu'on nous dit nous l'ait plus de peine que cent que nous nous dirions à nous-mêmes; on est moins humilié du fond des vérités, que flatté de savoir se les dire. Ce qui vient df autrui blesse toujours un peu. Fénélon.
Le plaisir peut s'appuyer sur l'illusion, mais le bonheur repose sur la vérité. 11 n'y a qu'elle qui puisse nous donner celui dont la nature humaine est susceptible. L'homme heureux par l'illusion, a sa fortune en agiotage-, l'homme heureux parla vérité, a sa fortune en fonds de terre, et en bonnes constitutions. Chamfort.
Quand la vérité ne choque pas , elle excite l'admiration, et la porte jusqu'à l'enthousiasme.
Oe de Ségur.
L'homiflte qui sait dire la vérité aux rois est un
phénomène rare; sa mort est une perte irréparable.
Cte de Ségur.
11 y a bien peu de gens pour qui la vérité ne soit
pas une sorte d'injure. Q* de Ségur.
Tout écrivain moral doit se résoudre , s'il veut être lu, à déguiser, ou du moins à parer la vérité : quand on se borne à la faire respecter , on lui rend
un faible service; l'essentiel est de la faire aimer, c'est le vrai moyen d'étendre son empire.
Cle de Ségur.
La vérité, sur les ailes du temps, marche, s'avance -, et son flambeau , qui chasse les ombres de l'erreur, brûle tous les imprudens qui repoussent la lumière, et qui osent s'en approcher pour l'éteindre. Cie de Ségur.
Soutenir la vérité par la violence, c'est lui prêter les armes du mensonge et de l'erreur.
Cle de Ségur.
La vérité devrait vivre , et passer de siècle en siècle, transmise par la tradition , comme un héritage qui appartient à la postérité. Shakspeare.
La vérité est pour les sots, un flambeau qui luit dans le brouillard , sans le dissiper. Helvétius.
La vérité n'a besoin ni d*instruction ni d'essais \ elle est née, pour ainsi dire, avec nous^A moins que de corrompre son naturel, on est véritable.
Saint-Evremont.
C'est le temps qui met au jour la vérité. Souvent
elle se montre, lorsqu'on ne pense pas à la chercher.
Ménandre.
La vérité , fille du temps , obtient tout de son père.
Ce qui est vrai, Test malgré nous*, mais ce que
nous inventons est notre ouvrage. Aussi l'on s'endort sur la vérité, et l'on meurt pour ses rêves.
M. Lemojitej.
La vérité est comme la lumière : elle n'arrive jamais que mêlée avec un autre élément ; sans quoi, l'œil de l'homme ne pourrait jamais la supporter.
M, Lemontey.
ttrrtu.
il n'y a réellement qu'une sorte d'égalité qui dépende de l'homme \ c'est celle des vertus.
Malesherbes. L'homme vicieux peut parler de la vertu : il n'appartient qu'à l'homme honnête de la faire sentir.
Malesherbes.
Quand on connaît les limites de la vertu , qu'on
ne s'exagère point ses devoirs , on est incapable de
les violer. Duclos.
Il faut de plus grandes vertus, pour soutenir la bonne fortune, que la mauvaise.
La Rochefoucauld.
Plus on est vertueux , plus on est éloigné d'en tirer vanité , et plus on est persuadé qu'on ne fait que son devoir ; la vertu ne donne point d'orgueil.
Duclos.
Les vertus se perdent dans l'intérêt $ comme les
fleuves se perdent dans la mer. La Rochefoucauld.
L'utilité de la vertu est si manifeste , que les médians la pratiquent par intérêt. J^aiwenargues.
La gloire est la preuve de la vertu.
Kauvenargues .
Le nom de la vertu sert à l'intérêt aussi utilement
que le vice. La Rochefoucauld,
La vertu ne s'inspire point par la violence.
Vauvenargues.
La vertu n'est point un trafic , mais une richesse.
La vertu d'un homme ne doit pas se mesurer par ses efforts , mais par ce qu'il fait d'ordinaire.
Pascal.
Il y a , dans la véritable vertu, une candeur et une
ingénuité que rien ne peut contrefaire, et à laquelle
on ne se méprend point. Fénelon.
Ce n'est pas assez de connaître la vertu , il la faut aimer \ ce n'est pas encore assez de l'aimer, il la faut pratiquer. Confucius.
Tout est mortel dans l'homme , excepté la vertu. Elle seule éternise la durée des plaisirs qu'elle procure, et les rend immortels comme elle. Young.
Il n'y que la vertu seule dont personne ne peut mal user, parce qu'elle ne serait plus vertu, si l'on en faisait un mauvais usage. Bossuet.
Une famille vertueuse est un vaisseau tenu, pendant la tempête, par deux ancres , la religion et les mœurs. Montesquieu.
Quelque méchans que soient les hommes, ils n'osent paraître ennemis de la vertu ; et lorsqu'ils la veulent persécuter, ils feignent de croire qu'elle est fausse, ou ils lui supposent des crimes.
La Rochefoucauld.
La vertu tire sa gloire des persécutions qu'elle endure , comme un drapeau de guerre tire son lustre de ses lambeaux déchirés. Rivarol.
Plus on est vertueux, plus on a de peine à soupçonner la vertu des autres. Cicéron.
La vertu a cela d'heureux qu'elle se suffit à ellemême, et qu'elle sait se passer d'admirateurs, de partisans et de protecteurs, La Bruyère.
S'il est ordinaire d'être vivement touché des choses rares, pourquoi le sommes-nous si peu de la vertu ?
La Bruyère.
On voit se soutenir la vertu persécutée et honorée , mais rarement la vertu persécutée et méprisée.
Helvétius.
La vertu ne veut être suivie que pour elle-même-, si on emprunte parfois son masque pour une autre
49o DICTIONNAIRE
occasion, elle nous l'arrache aussitôt du visage. C'est une vive et forte teinture, quand l'âme en est une fois abreuvée, et qui ne s'en va qu'elle n'emporte la pièce. Montaigne.
Les vertus d'éclat sont celles qu'on aime à pratiquer, vivre chez soi dans la méditation des vérités utiles, remplir son état, et ne régler que soi ou sa famille; vertu rare, sublime, difficile, mais obscure et dont on ne fait point de cas. Saint- RéaL
/La vertu a beaucoup de prédicateurs, et peu de ^martyrs. Helvétius.
Les vertus de l'homme heureux sont agréables et faciles. Les vertus du malheureux sont difficiles et fâcheuses. L'homme heureux n'a qu'à s'abandonner à ses vertus , et il faut que le malheureux se sacrifie aux siennes. Saijit-Evremont.
La vertu ne laisse pas que de réussir quelquefois ; mais ce n'est qu'à force de temps , et d'épreuves redoublées. Fontenelle.
La vertu n'entre que dans une âme cultivée , éclairée, perfectionnée par un exercice continuel; nous naissons pour elle, mais non pas avec elle. Les hommes les plus heureusement nés ont , avant l'instruction, des dispositions à la vertu, mais ne sont pas vertueux. Sénèque.
DE MAXIMES. 49i
Si la vertu se suffisait à elle-même, elle ne serait plus une qualité humaine, mais surnaturelle.
/ 'auvenargues .
Les plaisirs, les honneurs , les riehesses , tout nous abandonne au dernier moment-, la vertu seule nous suit : elle est eneore avec nous , lors même que nous ne sommes plus. Saadi.
C'est le vice qui fait ressortir la vertu, comme la tempête fait ressortir l'éclat d'un beau jour. La générosité brille davantage à côté de l'avarice -, la pureté des mœurs, à côté de la débauche -, la clémence paraît plus magnanime, au milieu des fureurs de la vengeance 5 la paix domestique semble plus touchante, au milieu des discordes qui, trop souvent, agitent les familles. Ainsi l'on peut dire sans exagérer que, dans le monde moral comme dans le monde physique, il est une sorte de beauté qui vient des oppositions et des contrastes. M. Frajssinous.
Celui qui possède la vertu , parlera toujours assez bien pour la recommander aux autres ; mais celui qui parle bien de la vertu , ne la possède pas toujours. Confucius.
Tout a changé sur la terre-, la vertu seule ne change jamais. Elle est semblable a la lumière du soleil, qui ne tient presque rien de la nature connue, et qui est toujours pure, toujours immuable,
quand tous les élémens se confondent sans cesse. 11 ne faut qu'ouvrir les yeux pour bënir son auteur.
Voltaire.
On ne peut voir la vertu sans l'aimer, et Ton ne
peut l'aimer sans être heureux. Fénélon.
La vertu surmonte tout , quand elle est douce , simple , ingénue et modeste. Fénélon.
La vertu donne la véritable politesse; on doit préférer une vertu sans tache à une longue vie.
Fénélon.
L'exercice de la vertu , élève et nourrit le génie.
/.-/. Rousseau.
La vertu est un état de guerre -, et pour y vivre,
on a toujours quelque combat à rendre contre soi.
/.-/. Rousseau.
L'exercice des vertus sociales, porte au fond des
cœurs l'amour de l'humanité-, c'est en faisant le
bien qu'on devient bon. /.-/. Rousseau.
Vertu signifie force. Il n'y a point de vertu sans combat, il n'y en a pas sans victoire. La vertu ne consiste pas seulement à être juste , mais à l'être en triomphant de ses passions , en régnant sur son propre cœur. J.-J. Rousseau.
La vertu ne donne pas le bonheur, mais elle seule apprend à en jouir quand on l'a : la vertu ne ga-
rantit pas des maux de cette vie, et n'en procure pas les biens-, c'est ce que ne fait pas non plus le vice avec toutes ses ruses 5 niais la vertu fait porter plus patiemment les uns, et goûter plus délicieusement les autres. J.-J. Rousseau.
On ne peut jouer long-temps la vertu.
Cle de Se'gur.
Chez les peuples corrompus , la vertu brille encore quelquefois , mais sans éclairer.
Cle de Ségur.
Il ne peut exister de bons citoyens , là où Ton ne
croit pas fermement à la vertu. Cle de Ségur.
Le sort de la vertu est d'être presque toujours dupe du vice. Cte de Ségur.
L'obscurité convient seule à la vertu, dans les temps de tyrannie. Cte de Ségur.
Quand la vertu sort d'une source obscure , son obscurité est illustrée par les actions et le mérite de l'homme. L'honneur sans la vertu , et qui n'est formé que de vains titres de grandeur et de noblesse, n'est qu'une enflure hydropique. Ce qui est bon par lui-même , est bon sans nom et sans titres ; et ce qui est vil reste toujours vil , malgré les titres. Shakspeare.
Il est des hommes qui ne peuvent pas plus réussir avec leurs vices, que d'autres avec leurs vertus.
Malesherbes.
C'est pour ne pas exclure les vices, qu'on les revêt d'un nom honnête. Malesherbes.
Il en coûte plus cher pour entretenir un vice, que pour élever deux enfans. B. Franklin.
Le vice est un parfait ouvrier de malheur. Les autres tyrans paient des bourreaux, inventent des fers chauds, des tenailles, des tortures. Mais le vice, sans aide et sans appareil d'outils , sitôt qu'il s'attache à l'âme , la brise , l'accable et la ruine -, il remplit l'homme de douleurs , de lamentations, de rancunes , de regrets et de repentance. Plutarque.
Il y a des vices qui ne tiennent à nous que par d'autres , et qui , en ôtant le tronc , s'emportent comme des branches. Pascal.
On ne méprise pas tous ceux qui ont des vices $ mais on méprise ceux qui n'ont aucune vertu.
La Rochefoucauld.
Il y a autant de vices qui viennent de ce qu'on ne s'estime pas assez , que de ce que l'on s'estime trop. Montesquieu.
Le premier pas dans le vice mène insensiblement jusqu'au crime, et l'homme aveugle n'aperçoit le précipice qu'après y être tombé. Fénélon.
L'habitude du vice peut bien affaiblir, mais jamais étouffer tout-à-fait la voix du remords.
Yowig.
Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons entrent dans celle des remèdes. La prudence les assemble, et les tempère. Duclos.
L'indulgence pour le vice est une conspiration contre la vertu. L'abbé Barthélémy.
S'il est vrai qu'on ne peut anéantir le vice , la science de l'homme est de le faire servir à la vertu.
Vauvenargues.
Pour se soustraire au vice , il faut le remplacer par une vertu , et non par le vice contraire : n'imitons pas ceux qui se corrigent de la timidité par l'impudence , de la rusticité par la bouffonnerie, de la honte par l'insolence , de la mollesse par la férocité. On voit des gens qui se croient bien corrigés , quand de superstitieux ils se sont faits athées, quand de simples ils sont devenus fourbes; comme ces ouvriers maladroits qui, pour dresser un bâton, le courbent de l'autre côté. Plutarque.
Nul vice n'est renfermé en lui-même. Sénèque.
On se trompe , si Ton regarde comme des vices propres à notre siècle , le luxe , l'oubli des mœurs , et les autres déréglemens que chaque déclamateur impute à l'âge où il vit. Ce sont les vices des hommes, et non des temps. Sénèque.
Si nous déracinions chaque année un seul vice , bientôt nous serions parfaits. Imitation de J.-C.
Le sage corrige ses vices, en voyant ceux d' autrui.
Publias Sjrus.
Il n'y a point de vice qui ne cherche à se couvrir
par quelques excuses. Publius Sjrus.
Le vice ne peut jamais croire à l'existence de la vertu. Cu de Ségur.
Si les vices des hommes restent à peu près toujours les mêmes , leurs formes varient sans cesse ; ils sont, selon l'usage des peuples, plus grossiers ou plus délicats , plus hypocrites ou plus effrontés , plus dominans ou plus comprimés -, ils ont , pour ainsi dire, selon les circonstances, différens costumes, différentes couleurs et différens langages.
Cu de Ségur.
Les petits vices paraissent à travers les haillons de la misère. Mais la fourrure et la robe de soie cachent tout. Donnez au vice un bouclier d'or, et le glaive de la justice viendra s'y briser sans l'enta-
DE MAXIMES. 4l)7
mer. Mais couvrez son bouclier de haillons , un pygmée va le percer avec une faible paille.
Shakspeare.
Il est des vices et des vertus de circonstances.
N. Bonaparte.
Celui qui a beaucoup de vices, a beaucoup de
maîtres. Pétrarque.
La peine du vice et du crime , est dans le vice et le crime mêmes. Rajnal.
fa.
Le premier et fondamental avis , est de ne vivre point à l'aventure, comme font presque tous. Ils ne goûtent, ne possèdent, ni ne jouissent de la vie : mais ils s'en servent pour faire d'autres choses. Leurs desseins et occupations troublent souvent et nuisent plus à la vie, qu'ils n'y servent. Ces gens-ci font tout à bon escient, sauf de vivre. Toutes leurs actions et petites pièces de leur vie leur sont sérieuses , mais tout le cours entier de la vie n'est qu'en passant, et comme sans y penser ; c'est un présupposé à quoi ne faut plus songer ; ce qui n'est qu'accident leur est principal , et le principal ne leur est qu'accessoire. Ils s'affectionnent et roidissent à toutes choses : les uns , à amasser sciences , honneurs , dignités , richesses 5 les autres à prendre leur plaisir, chasser, jouer, passer le temps ; les autres, à des spé-
culations, fantaisies, inventions -, les autres, à manier et traiter affaires -, les autres à autres choses -, mais à vivre, ils n'y pensent pas. Ils vivent comme insensiblement, étant bandés et pensifs à autres choses. La vie leur est comme un terme, et un délai pour l'employer à autre chose. Or, tout ceci est très-injuste , c'est un malheur et trahison à soi-même ; c'est bien perdre sa vie, et aller contre ce que chacun se doit , qui est de vivre sérieusement , attentivement et joyeusement. Charron.
/ Il en est de la vie comme de tous les biens -, on les dissipe, tant qu'on les croit inépuisables.
M. Droz.
La vie est un arbre, dont le fruit est souvent amer.
Pend-Attar.
Cé\te vie est un sommeil, dont celle de l'autre monde est le réveil. Ferdoussj.
L'arrivée du printemps , et le retour de l'hiver , plient, tour à tour, les feuillets du livre de notre vie,
D'Jamj.
/La vie nous paraît courte, et les heures longues ; nous voudrions alonger la chaîne, et rétrécir les anneaux. Addison.
Si vous aimez la vie, ne prodiguez pas le temps \ car c'est l'étoife dont la vie est faite. B. Franklin.
La vie tranquille et la vie oisive, sont deux choses fort différentes. B. Franklin.
La vie est un concert ; pour peu que les cordes d'un instrument ne soient pas d'accord, le vrai musicien s'en aperçoit. Évitons donc avec plus de précision encore , toute dissonnance dans la vie, puisque l'harmonie des actions est de tout autre importance que celle des sons. Cice'ron.
Il vaudrait mieux passer sa vie à ne rien faire , qu'à faire des riens. Pline.
La vie est courte et ennuyeuse, lorsqu'on la passe toute à désirer, et qu'on remet à l'avenir son repos. La Bruyère.
On dirait que la longue possession de la vie nous rend à la fin propriétaires, et qu'à force d'années, l'homme prescrit contre le tombeau. Young.
La courte durée de la vie ne peut nous dissuader de ses plaisirs , ni nous consoler de ses peines.
Vauvenargues.
/ La fin de la vie est triste, le commencement doit être compté pour rien , et le milieu est presque toujours un orage. Voltaire.
La vie est trop flattée , la mâh trop calomniée :
5oo DICTIONNAIRE
le sage qui sait user de Tune, et ne pas redouter l'autre , les compare ensemble et leur rend justice.
/Young.
La vie est comme une salle de spectacle -, on entre, on regarde, et Ton sort. Pythagore.
La vie est un journal , sur lequel on ne doit inscrire que de bonnes actions. Rivarol.
La plupart des hommes emploient la première partie de leur vie, à rendre l'autre misérable.
La Bruyère.
Nous jugeons de la vie d'une manière trop désintéressée , quand nous sommes forcés de la quitter. Nous n'en penserions pas de même, si nous obtenions d'y rentrer. V auvenargues .
La vie est courte, si elle ne mérite ce nom que lorsqu'elle est agréable; puisque si l'on cousait ensemble toutes les heures que l'on passe avec ce qui plaît , l'on ferait à peine , d'un grand nombre d'années, une vie de quelques mois. La Bruyère.
Si la vie est misérable , elle est pénible à supporter -, si elle est heureuse, il est horrible de la perdre ; l'un revient à l'autre. La Bruyère.
Il n'y a rien que les hommes aiment mieux à conserver , et qu'ils ménagent moins, que leur propre vie. La Bruyère.
DE MAXIMES. 5oi
11 y a un temps où la raison n'est pas eneore , où Tonne vit (jue par instinct, à la manière des animaux, et dont il ne reste dans la mémoire aucun vestige. 11 y a un second temps où la raison se développe, où elle est formée, et où elle pourrait agir, si elle notait obscurcie , et comme éteinte, par les vices de la complexion, et par un enchaînement des passions qui se succèdent les unes aux aulres, et conduisent jusqu'au troisième et dernier âge. La raison, alors dans sa force, devrait produire; mais elle est refroidie et ralentie par les années , par la maladie et la douleur, déconcertée ensuite par le désordre de la machine qui est dans son déclin : et ces temps néanmoins sont la vie de l'homme.
La Bruyère.
Le pèlerinage de cette vie n'est pas seméde roses, et les dernières journées de la route, sont presque toujours les plus épineuses. Voltaire.
Il faut avouer que la vie est comme le festin de Damoclès, le glaive est toujours suspendu. y . Voltaire.
Quand on a passé le temps des illusions , on ne jouit plus de ta vie, on la traîne. Traînons donc.
Voltaire.
Je conviens que la vie n'est pas bonne à grand'chose. Nous ne la supportons, que par la force d'un instinct presque invincible,, que la nature nous a donné. Elle a ajouté à cet instinct le fond de la boîte de Pandore \ l'espérance. Voltaire.
5o2 DICTIONNAIRE
Ceux qui ne savent pas se faire des principes sur la manière de supporter la vie, sont comme ces malades qui ne savent souffrir ni le froid, ni le chaud. Le bonheur les transporte, le malheur les abat ; ils sont troublés par l'une et l'autre fortune , et surtout, par celle qu'on est convenu d'appeler heureuse. Plutarque.
Selon le cours ordinaire des choses, de quelques maux que soit semée la vie humaine, elle n'est pas, à tout prendre , un mauvais présent -, et si ce n'est pas toujours un mal de mourir , c'en est fort rarement un de vivre. J .-J. Rousseau.
Nous tenons à la vie, comme d'anciens locataires que l'habitude familiarise avec les incommodités de leur demeure. Sénèque.
La vie est comme un drame 5 ce n'est pas sa longueur , mais la façon dont il est joué , qui nous importe. Il n'est pas question de savoir à quel endroit vous finirez. Finissez où vous voudrez-, faites en sorte seulement que le dénouement soit bon.
Sénèque.
Quiconque méprise sa vie, est maître de la vôtre.
Sénèque.
Personne ne voudrait de la vie , s'il ne la recevait à son insu. Sénèque.
Le sage se retire modestement de la vie , comme d'un festin. Démophile.
DE MAXIMES. 5o3
Dans la plénitude du bonheur, chaqdejour est une vie tout entière. Goethe.
La vie est le chemin de la mort. Saadi.
La vie est trop longue pour le malheureux , trop courte pour l'heureux. Publius Sjrus.
La vie d'un homme de bien, est un combat continuel contre les mauvais penchans -, il n'est point de vertu, même la plus naturelle, qui ne soit attaquée incessamment, et sourdement minée par quelques vices secrets. Cta de Se'gur.
La vie des hommes de bien, expire plus vite que la fleur dans le bouton : ils meurent avant d'être malades. Shakspeare.
Le lendemain, puis le lendemain, et un autre lendemain encore s'avance, d'un jour à l'autre, d'un pas insensible, et tous nos jours passés n'ont l'ait qu'éclairer des insensés, dans le chemin qui mène à la sombre mort. La vie n'est qu'une ombre ambulante. Shakspeare.
11 nous importe plutôt de vivre bien, que de vivre long -temps. Publius S j rus.
5o4 DICTIONNAIRE
tKnlkrfr.
C'est une grande difformité dans la nature, qu'un vieillard amoureux. La Bruyère.
Lorsque vous voyez un vieillard aimable , doux, égal , content et même joyeux , soyez certain qu'il a été, dans sa jeunesse, juste, bon, généreux et tolérant ; sa fin ne lui donne ni regret du passé, ni crainte de l'avenir, et son couchant est le soir d'un beau jour. Cu de Ségur.
On tire peu de service des vieillards, parce que la plupart, occupés de vivre et d'amasser, sont désintéressés sur tout le reste. Vauvenargues.
Les vieillards qui ont étudié dans leur jeunesse , n'ont besoin que de se ressouvenir, et non d'apprendre. Montesquieu.
Le monde est usé pour le vieillard : le vieillard est usé pour le monde. Si nous entendions nos intérêts , nous nous retirerions du monde , comme les abeilles quittent la fleur dont elles ont épuisé les sucs. Young.
Les vieillards aiment 4 donner de bons préceptes, pour se consoler de n'être plus en état de donner de mauvais exemples, La Rochefoucauld.
DE MAXIMES. 5o5
Le vieillard frivole et vicieux , est celui qui ressemble le plus à l'enfant; mais c'est un enfant disgracieux : son babil bégaie, sa légèreté radote, son sourire grimace ; ne pouvant refaire les folies et les étourderies de sa jeunesse, il les remâche, et les raconte pesamment. Sur ses rides, on devrait voir avec respect les leçons de l'expérience gravées, on ne reconnaît que la sottise et le vice qui ont pris leur pli ; ses cheveux blancs promettaient la sagesse , ses paroles et ses actions ne montrent que la folie. Beaucoup d'hommes sont de vieux enfans.
C de Ségur,
Les vieillards chagrins sont ceux que leur mémoire tourmente, et qui regrettent une vie mal dépensée, Cu de Ségur.
Tout le monde souhaite de vivre long -temps, mais personne ne veut passer pour vieux, à cause sans doute des imperfections qui rendent les vieillards , ou dégoûtans , ou à charge aux autres. Avec tout cela , un âge honorable est la couronne d'une vie vertueuse -, et les cheveux blancs d'un vieillard sans reproche, sont des lauriers dont le temps le couronne ; tout vieillard qui mène une vie bien séante à son âge, mérite respect. Oxenstiern.
Les vieillards doux , modérés , et d'une humeur facile, jouissent d'une vieillesse supportable : l'hu-
meur dUïicile et chagrine rend désagréable à tout
binit
;agréab
Clcéroîi.
Les débauches de la jeunesse, sont autant de conjurations contre la vieillesse -, on paie cher, le soir, les folies du matin. Bacon.
Pour ceux qui n'ont point de ressource dans euxmêmes , tout âge est difficile à passer. Mais , lorsqu'on tire de son propre fonds toute sa félicité, on ne trouve rien de fâcheux dans les ordres de la nature. Appliquons cela surtout à la vieillesse. Tout le monde souhaite d'y parvenir ; et quand on y est arrivé, tout le monde s'en plaint : tant il y a d'inconstance et d'injustice, dans les hommes qui ne raisonnent pas! La vieillesse, disent-ils, est venue à eux sourdement, et bien plus vite qu'ils ne s'y attendaient. Mais s'ils ont mal supputé , à qui la faute? Car la vieillesse s'est-elle plus vite glissée après la jeunesse , que la jeunesse après l'enfance? Mais , de plus, leur serait-elle moins onéreuse au bout de huit cents ans , qu'elle ne l'est au bout de quatrevingts? Tout le passé, quelque long qu'il fût, ne pourrait, étant passé , consoler une folle vieillesse et
l'adoucir. CicérOll, traduction de l'abbé d'Olivet.
Une heureuse vieillesse est le fruit d'une saiie
DE MAXIMES. 5o7
jeunesse : l'une a préparé a l'autre de nobles voluptés. O de Ségur.
La vieillesse qui termine une vie obscure , n'inspire que de la pitié; celle qui couronne une vie utile , vertueuse, illustre, commande la vénération.
Cte de Ségur.
Une belle vieillesse fait encore mieux quelquefois que de couronner une belle vie ; souvent elle en a expié et réparé une mauvaise : comme on voit des monumens plus vénérables dans leur vieillesse , tandis que d'autres se dégradent par le temps.
C" de Ségur.
L'avarice adhère à la vieillesse , comme à la jeunesse l'amour. Shakspeare.
La vieillesse est à la fois l'objet de nos désirs et de nos murmures. Cicéron.
La vieillesse ressemble un peu à la vertu : on la respecte . mais on ne l'aime pas ; elle annonce la fin du banquet de la vie. CLe de Ségur.
La vieillesse chagrine est le résultat d'une jeunesse mal cultivée : la saine vieillesse , qui termine une sage existence, c'est le bon fruit dans sa maturité. Cle de Ségur.
A mesure que la possession de la vie est plus
5o8 DICTIONNAIRE
courte, je veux la rendre plus vive, plus pleine, plus profonde -, je veux arrêter la légèreté de sa fuite, par la promptitude de ma saisie-, il faut secourir la vieillesse , il faut l'étayer. Je m'aide de tout ; et la sagesse et la folie auront assez affaire de m'aider, par office alternatif, dans ce dernier âge. Montaigne.
L'espoir de rejoindre les êtres chéris qu'on a perdus , adoucit, pour la vieillesse, l'approche de la mort , et la métamorphose presque en plaisir.
Cicéron.
C'est dans l'enfance qu'on jette les fondemens d'une bonne vieillesse. Plutarque.
La vieillesse languissante et ennemie des plaisirs, dégoûte du présent , fait craindre l'avenir, rend insensible à tout , excepté à la douleur. Fénélon.
La vieillesse est un tyran qui défend , sous peine de la vie, tous les plaisirs de la jeunesse.
La Rochefoucauld.
Une couronne n'empêche pas de vieillir chaque jour de vingt-quatre heures -, et si c'est avec plus d'éclat , c'est ordinairement avec moins de gaîté et de repos, JVeiss.
La jeunesse est la saison de Faction, la vieillesse celle de la réflexion. Young.
DE MAXIMES. 5o9
Les conseils de la vieillesse éclairent sans échauffer, comme le soleil de l'hiver. Vauvenargucs.
On craint la vieillesse, qu'on n'est pas sûr de pouvoir atteindre. La Bruyère.
On espère de vieillir, et Ton craint la vieillesse-, c'est-à-dire l'on aime la vie, et l'on fuit la mort.
La Bruyère.
Dieu fait grâce à ceux à qui il soustrait la vie par le menu. C'est le seul bénéfice de la vieillesse. La dernière mort en sera d'autant moins pleine et nuisible; elle ne tuera plus qu'un demi ou quart d'homme. Montaigne.
Pour celui qui cultive une douce philosophie, la vieillesse même n'est point un sujet d'alarmes. Tous les hommes sont à peu près du même âge; à quatrevingts ans , on est aussi sûr qu'à seize ans de voir encore le lendemain. M. Droz.
Jointe à la grande misère, la vieillesse n'a plus de douceurs , même pour le sage : unie à la plus grande fortune , elle est encore fâcheuse pour l'insensé. Cicéron.
La vieillesse est le fruit de la sobriété \ et si elle ne vaut pas un désir, elle ne mérite pas non plus un refus. 11 est agréable de rester long-temps avec
5io DICTIONNAIRE
soi , quand on s'est rendu une jouissance digne de
Se/ lègue.
soi.
itoiujjti.
On entend communément par volupté, tout amour du plaisir qui n'est point dirigé par la raison , et en ce sens, toute volupté est illicite; le plaisir peut être considéré par rapport à l'homme , qui a ce sentiment, par rapport à la société, et par rapport à Dieu. S'il est opposé au bien de l'homme qui en a le sentiment, à celui de la société, ou au commerce que nous devons avoir avec Dieu , dès-lors il est criminel. On doit mettre dans le premier rang, ces voluptés empoisonnées qui font acheter aux hommes, par des plaisirs d'un instant, de longues douleurs. On doit penser la même chose, de ces voluptés qui sont fondées sur la mauvaise foi et sur l'infidélité ; qui établissent dans la société la confusion de races et d'enfans , et qui sont suivies de soupçons, de défiance, et fort souvent de meurtres et d'attentats , sur les lois les plus sacrées et les plus inviolables de la nature. Enfin, on doit regarder comme un plaisir criminel le plaisir que Dieu défend, soit par la loi naturelle qu'il a donnée à tous les hommes, soit par une loi positive; comme le plaisir qui affaiblit, suspend, ou détruit le commerce que nous avons avec lui, en nous rendant
trop attachés aux créatures.
Diderot.
E MAXIMES. 5.i
La volupté est à la t'ois violente et pipercsse : plus elle nous mignarde , plus défions-nous - eu ; car elle nous veut embrasser pour nous estrangler; elle nous appaste de miel , pour nous saouler de fiel. Charron.
Le plaisir s'avilit, si le sentiment ne l'accompagne; pas, et, séparée delà délicatesse, la volupté perd ses charmes les plus touehans» Weiss.
Si tu épuises la volupté jusqu'à la lie, tu rencontreras la peine au fond du vase. Yoimg.
La volupté est-elle un bien ? non ; car le vrai bien doit être utile, et mériter les soins d'un homme vertueux et honnête-, mais un homme vertueux et honnête s'est- il jamais repenti d'avoir négligé la volupté? donc la volupté n'est ni utile ni bonne.
Marc-Aurèlc.
Si la douleur de tête nous venait avant l'ivresse , nous nous garderions de trop boire-, mais la volupté marche devant pour nous tromper, et nous cache sa suite. Montaigne.
La conscience, la réputation, la santé, la bourse, sont des victimes qu'on sacrifie à la volupté.
Oxenstiern.
On ne quitte guère les voluptés, que par lassitude. S aint->Év remont.
5i2 DICTIONNAIRE
La volupté est sur les bords de la douleur -, elle y tombe, sans la plus grande justesse d'équilibre.
Sénèque*
Redoute la volupté -, elle est la mère de la douleur. Solon.
La volupté n'est pas le bonheur 5 il peut se passer d'elle. Pjthagore.
Si l'amour ne dépendait que des sens , la volupté suffirait pour le satisfaire. Moncrif.
La tempérance est la plus fine et la plus délicate des voluptés. Sénèque.
La volupté suppose beaucoup de choix dans les objets , et même de la modération dans la jouissance. Roubaud.
La volupté affaiblit l'esprit , et corrompt le cœur.
Vauvenargues.