‹ Dictionnaire de maximes;Chapitre 4 sur 9 · G2 DICTIONNAIRE · texte numérisé non relu

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talent.

Que sont les grands talens, que de grands vices, si nous ne les employons que pour nous-mêmes? Que deviennent-ils entre nos mains ? Souvent les instrumens des malheurs publics, toujours la source de notre condamnation et de notre perte.

Repassons sur tous les grands talens qui rendent les hommes illustres. S'ils sont donnés aux impies , c'est toujours pour le malheur de leur nation et de leur siècle. Les vastes connaissances , empoisonnées par l'orgueil , ont enfanté ces chefs et ces docteurs célèbres de mensonge qui, dans tous les âges, ont levé l'étendard du schisme et de l'erreur, et formé dans le sein même du christianisme , les sectes qui le déchirent. Ces beaux-esprits si vantés, et qui, par des talens heureux, ont rapproché leur siècle du goût et de la politesse des anciens , dès que leur cœur s'est corrompu , ils n'ont laissé au monde que des ouvrages lascifs et pernicieux, où le poison, préparé par des mains habiles, infecte tous les jours les mœurs publiques, et où les siècles qui nous suivront , viendront encore puiser la licence et la corruption du nôtre.

Comment ont paru sur la terre ces génies supérieurs, mais ambitieux et inquiets, nés pour faire

mouvoir les ressorts des Etats et des empires, et ébranler l'univers entier ? Les peuples et les rois , sont devenus le jouet de leur ambition et de leurs intrigues. Les dissensions civiles, et les malheurs domestiques , ont été les théâtres lugubres où ont brillé leurs grands talens. Un seul homme obscur, avec les avantages éminens de la nature , mais sans conscience et sans probité , a pu s'élever, dans le dernier siècle , sur les débris de sa patrie ; changer la face entière d'une nation voisine et belliqueuse, si jalouse de ses droits et de sa liberté -, se faire rendre les hommages que ses citoyens disputent même à leurs rois 5 renverser le trône , et donner à l'univers le spectacle d'un souverain, dont la couronne ne put mettre la tête sacrée, à couvert de l'arrêt inouï qui le condamna à la perdre.

Esprits vastes, mais inquiets et turbulens, capables de tout soutenir, hors le repos-, qui tournent sans cesse autour du pivot même qui les fixe et qui les attache , et qui aiment encore mieux ébranler l'édifice, et être écrasés sous ses ruines, que de ne pas s'agiter, et faire usage de leurs talens et de leurs forces : malheur au siècle qui produit de ces hommes rares et merveilleux ! Mas sillon.

On entend par talent, un certain mouvement impétueux et heureux , qui nous porte vers certains objets, et les fait saisir juste, sans avoir aucun besoin du secours de la réflexion : je dis aucun-, car

pour peu qu'on en ait besoin , c'est autant de rabattu sur l'essence et sur le mérite du talent. L'esprit, par opposition au talent, est la raison éclairée, qui examine les objets , les compare , en fait choix à son gré , et y met autant de temps qu'elle le juge nécessaire. Le talent est comme indépendant de nous ; et ses opérations semblent avoir été produites en nous par quelque être supérieur, qui nous a fait l'honneur de nous choisir pour ses instrumens : d'ailleurs , elles sont promptes ; ce qui a encore très-bonne grâce. Pour ce qu'on appelle esprit , ce n'est que nous. Nous sentons trop que c'est nous qui agissons; la difficulté et la lenteur des exécutions ne nous permettent pas de l'ignorer. Voilà les causes de cette préférence que l'on donne volontairement au talent sur l'esprit; car la raison humaine, souvent trop orgueilleuse , peut aussi quelquefois être trop humble. Fontenelle.

La nature semble avoir partagé des talens divers aux hommes , pour leur donner à chacun leur emploi, sans égard à la condition dans laquelle ils sont nés. J.-J. Rousseau.

Pour suivre son talent, il faut le connaître. Est-ce une chose aisée de discerner toujours les talens des hommes ? et à l'âge où l'on prend un parti , si l'on a tant de peine à bien connaître ceux des enfans qu'on a le mieux observés , comment celui dont

l'éducation aura été négligée, saura- 1- il de luimême distinguer tes siens ? Rien n'est plus équivoque que les signes d'inclination qu'on donne dès l'enfance -, l'esprit imitateur y a souvent plus de part que le talent • ils dépendent plutôt d'une rencontre fortuite, que d'un penchant décidé, et le penchant même n'annonce pas toujours la disposition. /.-/. Rousseau.

On n'a des talens que pour s'élever , personne n'en a pour descendre-, est-ce bien là l'ordre de la nature? /.-/. Rousseau.

Quand chacun connaîtrait son talent , et voudrait le suivre, combien le pourraient? combien surmonteraient d'injustes obstacles? combien vaincraient d'indignes concurrens ? Celui qui sent sa faiblesse, appelle à son secours" le manège et la brigue, que l'autre , plus sûr de lui , dédaigne.

J.-J. Rousseau.

S'il existait une société, où les emplois et les rangs fussent exactement mesurés sur les talens et le mérite personnel , chacun pourrait aspirer à la place qu'il saurait le mieux remplir ; mais il faut se conduire par des règles plus sûres , et renoncer au prix des talens, quand le plus vil de tous, est le seul qui mène à la fortune. /.-/. Rousseau.

Les talens des hommes sont , comme les vertus ,

des drogues que la nature nous donne pour guérir nos maux, quoique son intention soit que nous n'en ayons pas besoin. Il y a des plantes qui nous empoisonnent , des animaux qui nous dévorent , des talens qui nous sont pernicieux. S'il fallait toujours employer chaque chose selon ses principales propriétés , peut-être ferait-on moins de bien que de mal aux hommes. /.-/. Rousseau,

On doit se consoler de n'avoir pas les grands talens , comme on se console de n'avoir pas les grandes places. On peut être au-dessus de l'un et de l'autre par le cœur. Vauvenargues.

Ne forçons point notre talent ; Nous ne ferions rien avec grâce.

La Fontaine.

Le talent, disgracié dans les temps de calme, est rappelé dans les jours de péril. O* de Ségur.

Nos plus sûrs protecteurs sont nos talens.

V auvenargues .

Les vues courtes , je veux dire les esprits bornés et resserrés dans leur petite sphère , ne peuvent comprendre cette universalité de talens, que l'on remarque quelquefois dans un même sujet : où ils voient l'agréable , ils en excluent le solide ; où ils croient découvrir les grâces du corps , l'agilité , la souplesse , la dextérité , ils ne veulent plus y ad-

mettre les dons de l'âme, la profondeur, la réflexion , la sagesse -, ils ôtent de l'histoire de Socrate qu il ait dansé. La Bruyère.

Personne ne peut mieux prétendre aux grandes places, que ceux qui en ont les talens.

Vauvenargues.

Les grands malheurs, font sentir le besoin des grands talens. „ Oe de Ségur.

La nature a donné aux hommes des talens divers. Les uns naissent pour inventer, et les autres pour embellir -, mais le doreur attire plus de regards que l'architecte. Vauvenargues.

Les talens militaires périssent les derniers dans la décadence des peuples. Cle de Ségur.

Tous les talens réunis ne valent pas une vertu.

Toussaint.

Les talens donnent l'indépendance.

Tous les hommes ne sont pas nés pour les grands talens , et je ne crois pas qu'on puisse regarder cela comme un malheur, puisqu'il faut que toutes les conditions soient conservées, et que les arts les plus nécessaires ne sont ni les plus ingénieux , ni les plus honorables. Vauvenargues,

Entre esprit et talent, il y a la proportion du tout à sa partie. La Bruyère.

Talent, goût, esprit, bon sens : choses différentes , mais non incompatibles. La Bruyère,

Il y a de méchantes qualités qui font de grands talens. La Rochefoucauld.

Le talent est rare , la vanité crédule , l'amitié trompeuse, la gloire séduisante \ elles multiplient les écrivains médiocres. M. Villemain.

L'enthousiasme public lait éclore des talens inconnus. Raynal.

11 est plus honnête et plus glorieux de s'avancer par ses talens, que par ses amis.

Comme nous agissons plus d'après nos sensations, que d'après nos réflexions, les talens de l'imagination auront toujours plus d'attraits pour nous que les conseils de la raison, sa rivale.

L'abbé Barthélémy.

Les grands talens sont toujours nécessairement rares, surtout quand le goût et l'esprit d'une nation sont formés : il en est alors des esprits cultivés , comme de ces forêts où les arbres pressés et élevés , ne souffrent pas qu'aucun porte sa tête trop au-

DE MAXIMES. 4flg

dessus des autres. C'est précisément parce qu'il y a beaucoup d'esprit eu France, qu'on y trouvera dorénavant moins de génies supérieurs. Voltaire.

11 arrive quelquefois que des talens médiocres, de faibles connaissances, que l'on ne compterait pour rien dans les personnes obligées par état à en avoir de cette espèce, brillent beaucoup dans «eux que leur état n'y oblige pas : ces talens et ces connaissances font fortune, pour n'être pas à leur place ordinaire. Fontenelle.

Qemy*.

Le temps bien ménagé, est beaucoup plus long (pie n'imaginent ceux qui ne savent guère que le perdre. Fontenelle.

Le philosophe sait multiplier le temps, par l'industrie singulière avec laquelle il le distribue. Les grands plaisirs changent les heures en momens , mais l'art des sages est de changer les momens en heures. Fontenelle.

Le temps est comme l'argent : n'en perdez pas , vous en aurez assez. M. de Lévis.

Le temps est un fleuve et un torrent impétueux. Dès qu'une chose paraît , on la perd aussitôt de vue ,

et celle qui prend sa place, est entraînée avec la même rapidité. Marc-Aurèle.

Le temps est un bien dont on est économe ou prodigue : les uns sont en état de rendre compte de l'emploi qu'ils en ont fait -, il ne reste à d'autres rien qui puisse justifier leur dépense. Aussi je ne trouve rien de plus honteux, qu'un vieillard qui n'a d'autres preuves d'avoir vécu long-temps , que son âge.

Sénèque.

Le temps, qu'on ne possède qu'avec dégoût, qu'on. ne perd qu'avec amertume , cet être impalpable et invisible , est le seul bien qui soit le propre de l'homme. Tout en nous appartient à la fortune \ le temps seul nous ^appartient , et savoir l'employer , c'est arracher les aiguillons venimeux de la vie et de la mort $ c'est suivre la nature dans les sentiers de la paix. Young.

La perte du temps est la plus grande des prodigalités, puisque le temps perdu ne se retrouve jamais, et que ce que nous appelons assez de temps , se trouve toujours trop court. B. Franklin.

Employez bien votre temps, si vous voulez mériter le repos , et ne perdez pas une heure , puisque vous n'êtes pas sûrs même d'une minute.

B. Franklin.

On n'est pas né pour la gloire, lorsqu'on ne connaît pas le prix du temps. Vauvenargues.

DE MAXIMES. l\v

Le temps est précieux , mais on n'en connaît pas le prix. Nos amis nous le demandent comme si ce n'était rien, et nous le donnons de même; souvent il nous est à chargé; nous ne savons qu'en faire , nous en sommes embarrassés, tandis que nous devrions être si circonspects sur son usage et son bon emploi.

Fehélon.

Dieu attacha le plaisir à l'emploi du temps , et la

peine à sa perte. Young.

Le temps use Terreur, et polit la vérité.

M. de Lévis.

On ménage son crédit , son argent , ses amis , la faveur des grands , et l'on prodigue le temps, dont la perte est irréparable. Aristote.

Notre temps, nous le donnons à tout le monde 5 nous l'exposons , pour ainsi dire , en proie à tous les hommes. M as sillon.

Le temps, ce bien plus sacré, plus précieux que l'or, est pour l'homme un fardeau plus pesant, et plus vil que le plomb. Young.

Soyons avares du temps -, ne donnons aucuns de nos momens sans en recevoir la valeur ; ne laissons sortir les heures de nos mains qu'avec épargne , qu'avec fruit, qu'avec autant de regret que quand nous donnons notre or; ne souffrons pas qu'aucun de

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nos jours s'écoule, sans avoir grossi le trésor de nos connaissances et de nos vertus. L'usage du temps est une dette que nous contractons en naissant, et qu'il faudra payer avec les intérêts que notre vie stérile a entassés. Le Tourneur.

Le temps dont nous pouvons disposer , nous l'abandonnons à la folie : celui qui est encore dans l'avenir, nous l'assignons à la sagesse. Young.

Le regret qu'ont les hommes du mauvais emploi du temps qu'ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivre un meilleur usage. La Bruyère.

Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas perdre leur temps tout seuls : ils sont le fléau des gens occupés, M. de Bonald.

Il n'y a rien que le temps n'adoucisse , ou ne surmonte. Publius Sjrus.

On perd tout le temps qu'on peut mieux employer. /.-/. Rousseau.

Le temps marche à pas de voleur, jour et nuit.

Shakspeare.

Ce temps si précieux nous est à charge ; toute

notre vie n'est qu'un art continuel de le perdre ,

cl maigre toutes nos attentions à le dissiper , il nous en reste toujours assez pour ne savoir encore qu'en faire -, et la chose dont nous faisons le moins de cas sur la terre, c'est de notre temps. Massillon.

La plupart des hommes , échangent leur temps et leurs travaux contre la fortune.

L'abbé Barthélémy.

L'homme, entraîné par le torrent du temps, ne peut rien pour sa propre durée. Buffoiu

Celui qui ne perd pas de temps en a beaucoup.

Fontenelle.

Ne soyez pas envieux du temps. M. Necker.

Le temps n'a point d'ailes pour le captif.

M . Jouy, Nous employons la plus grande partie de notre temps à passer le temps.

Le présent, est la seule partie du temps qui nous appartienne -, le passé n'est plus rien pour nous , et l'avenir ne nous sera peut-être pas donné : à quoi peut nous servir, au bord de la tombe, de regretter notre berceau ? Cle de Ségur.

IvoamL

Le travail est la vie de l'homme. Voltaire.

Le travail paie les dettes, et le désespoir les augmente. B. Franklin.

Le fruit du travail , est le plus doux des plaisirs.

V auvenargues .

Si l'ennui nous gagne , courons au travail -, le remède est infaillible. Young.

Le travail est une meilleure ressource contre l'ennui , que les plaisirs. L'abbé Trublet.

La joie est un fruit qui ne peut croître que dans le champ du travail. Young.

Travail , noble soutien de l'indépendance , seul bien que l'injustice des hommes ne saurait nous ravir, tu nous délivres du malheur de l'oisiveté , et tu nous fais goûter les douceurs du repos.

M. de Lévis.

Pour l'homme instruit, l'intervalle du travail au travail , n'est pas un temps perdu. M. Arnault.

Le travail et le plaisir, très-dissemblables de nature, s'associent pourtant de je ne sais quelle joncture naturelle. Montaigne.

La santé, la vigueur d'esprit, la paix du cœur, sont les fruits touchans du travail.

Vauvenargues.

DE MAXIMES. ty

Travaille, tu dois payer ta vie par tes travaux. Le paresseux fait un vol à la soeiélé. Phocjlide.

Le travail est le père de toutes les vertus , comme l'oisiveté est la mère de tous les vices. Le travail fortifie le corps , maintient la santé , prolonge la vie, et fait paraître le temps court; parce que le travail est dans Tordre de la nature. L'oisiveté , au contraire , porte les marques visibles de la réprobation divine : elle engendre la mollesse et l'ennui , les maladies et la misère -, elle induit le riche à tous les vices, et le pauvre à tous les crimes.

B. Franklin.

Travaillez, prenez de la peine :

C'est le fonds qui manque le moins.

La Fontaine.

La gloire arrive, lorsque le travail a frayé le che* min. Publiiis Sjrus.

Le travail le plus ingrat qui existe , est celui de corriger l'ouvrage d'un autre. Louis XVIII.

Celui qui joint l'habitude du travail à celle des bonnes mœurs , est un être respectable.

M. Boinvïlliers.

Le goût du luxe et des commodités de la vie, donne l'amour du travail, qui les procure, et qui fait la prospérité des États. RajnaL

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Dans les villes , sont les travaux utiles ; et dans les campagnes , les travaux nécessaires.

}r Montesquieu.

Le travail modéré fortifie, le travail excessif accable. Rajnal.

On ne travaille que pour jouir ; cette alternative de peine et de jouissance , est notre véritable vocation.

/.-/. Rousseau.

On n'offense jamais plus les hommes , que lorsqu'on choque leurs cérémonies et leurs usages.

Montesquieu.

Les coutumes les plus absurdes, les étiquettes les plus ridicules, sont, en France et ailleurs, sous la protection de ces mots : c'est l'usage. C'est précisément ce que répondent les Hottentots , quand les Européens leur demandent pourquoi ils mangent des sauterelles, pourquoi ils dévorent la vermine dont ils sont couverts. Ils disent aussi : c'est l'usage.

Chamfort.

11 est mille choses qui , sans être prescrites par la loi, ni autorisées par aucune action, sont pourtant exigibles par l'usage , plus puissant que toutes les lois. Sénèque.

Les biens d'un homme ne sont pas dans ses coffres, mais dans l'usage qu'il en tire.

/.-/. Rousseau.

La nature ne nous donne et ne nous refuse aucune

vertu-, elle ne nous accorde que des facultés dont elle nous abandonne l'usage. L'abbé Barthélémy.

Il est quelquefois plus à propos de se conformer à un mauvais usage, que de se distinguer, même par quelque chose de bon. Dumarsais.

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