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Dictionnaire de médecine [electronic resource]

TYMPANITE, s. f. , tympanitis, de TÛpwMav , tambour. Gonflement du ventre produit par l'accumulation de gaz dans le canal digestif ou dans la cavité péritonéale. Ce n'est qu'm symptôme de maladies des intestins ou du péritoine. V oytz pneu-

MATOSK.

TYPE, s. m., typus, de tuVoî, modèle; on désigne sous ce nom, en pathologie, l'ordre suivant lequel se montreit et se succèdent les symptômes d'une maladie. Ainsi, le type tst continu, intermittent ou rémittent. Voyez ces mots.

TYPHIQUE, T YPHODE, TYPHOÏDE, adj.; qui a rapp*rt, qui est de la nature du typhus ; fièvre tydhode, affections typhoïdes.

TYPHO MANIE, s. f., typhomania, de rv(pos, stupeur, et de fiance, délire. Délire avec stupeur, particulier au typhus, toyez ce mot.

TYPHUS, s. m., typhus. On a décrit très-anciennement ,ous ce uom une maladie fébrile dont un des symptômes les ilus saillans était un air de stupeur empreint sur les traits des naïades; de là l'expression de typhus, du grec rvipos, stupiur. Plus tard on a vu que ce symptôme seul ne pouvait servi.' à caractériser une maladie, et l'on a donné, comme caractères propres au typhus , l'existence de tumeurs aux parotides et îe taches pétéchiales sur la peau. Mais il est d'autres affections i>briles qui, sous le rapport de leurs causes, de leur marche, de tout l'ensemble de leurs symptômes, ressemblant exactemait au typhus, n'offrent cependant ni pétéchies, ni tumeurs parolidicnnes, et malgré l'absence de ces phénomènes, la nature de la maladie paraît rester la même. Dans l'état actuel de la science, une acception plus large nous parait devoir cire xxi. t

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donnée au mot typhus. On doit désigner sous, ce nom toute pyrexie à type continu ou rémittent, pouvant se développer spontanément chez un individu isolé, et étant alors sporadique; mais naissant le plus souvent sous l'influence de miasmes de nature et d'origine diverses, et étant alors épidémique ou endémique. Trois séries de symptômes l'accompagnent : l'une , fondamentale et constante, annonce un trouble du système nerveux; une autre série, non moins fondamentale, révèle un travail morbide qui a à la fois son siège vers les membranes muqueuses et vers la peau; enfin, la troisième série , secondaire et variable, appartient à des inflammations ou congestions dont plusieurs organes peuvent être atteints à diverses époques de la maladie. Toute maladie qui présente ces diverses conditions sera pour nous un typhus; ainsi nous imposerons ce nom, i° aux diverses pyrexies qui ont été appelées tour à tour fièvres pétéchiales , parce que les pétéchies en sont souvent un symptôme ; fièvres des hôpitaux , des prisons , des camps , des armées, des vaeseaux , parce qu'elles s'y développent fréquemment; fièvres le Hongrie, en raison de l'épidémie célèbre qui, en i566, se déclu'a dans ce pays parmi les troupes autrichiennes; 2° à la peste me nous appellerons typhus d'Orient} 3° à \a.fièvre jaune ou ty/hus américain.

Ce trois maladies , décrites par les nosographes comme autajt d'états morbides distincts, ne sont que trois variétés d'ure affection de même nature. En effet, comment essayeraiton le les différencier? Serait-ce par leurs causes? elles sont ideitiques ; dans toutes trois , ce sont également des miasmes qui vont exercer une action délétère sur les corps vivans où ils se sont introduits. Ces miasmes n'ont pas tous, à la vérité, une même origine : le typhus d'Europe est dû surtout à des exbalasons qui s'échappent du corps d'un grand nombre d'hommes nssemblés, soit sains , soit malades; la fièvre jaune et la peste s«nt spécialement produites par les exhalaisons du sol. Mais remarquez que d'une part celles-ci, dans notre Europe, ont produit quelquefois une maladie exactement semblable au typhus des prisons ou des hôpitaux; remarquez, d'autre part, que lorsqu'au moyen âge , l'absence des soins de propreté rendait beaucoup plus fâcheux les grands rassemblemens d'hommes, on vit souvent au milieu des villes ou des armées apparaître des maladies épidémiques, accompagnées d'anthrax et de bu-

TTP 3( bons, comme dans la peste, ou d'une couleur ictérique de la peau comme dans la fièvre jaune; et cependant l'épidémie provenait uniquement d'un entassement d'hommes. Le typhus d'Europe a été souvent produit par des exhalaisons qui s'échappaient de cadavres putréfiés : l'une des causes de la peste d'Orient, ne sont-ce pas aussi les miasmes qui s'élèvent des milliers de corps d'animaux qui pourrissent chaque année sur le sol fangeux qu'en se retirant les eaux du Nil laissent à découvert? i

Quant aux symptômes, ils ont encore entre eux, dans ces diverses maladies , une analogie bien remarquable. B' abord ceux qui dépendent soit du trouble de l'innervation, soit des inflammations ou congestions locales, ont une nature identique dans le typhus, dans la peste, dans la fièvre jaune; ils ne diffèrent tout au plus que par leur gravité plus ou moins grande. 11 n'y a réelleniens de différeras que les phénomènes morbides qui ont leur siège vers la périphérie du corps ; mais, à cet égard, remarquons que la variété de ces phénomènes peut servir à établir des variétés de maladies, mais non pas des maladies différentes. D'ailleurs tel groupe de cespiénomènes n'appartient pas d'une manière tellement exclusive à l'une ou à l'autre de ces trois maladies , qu'on ne le retrouve aussi dans les autres. Ainsi la suffusion ictérique, l'hématémèse que l'on dit caractériser la fièvre jaune, ont été observées dans des épidémies de peste ou de typhus d'Europe; ainsi les pétéchies qui appartiennent à ce dernier existent fréquemment chez les pestiférés, et les anthrax, les bubons de la peste ont été plus d'une fois observés chez des individus atteints de typhus ou de fièvre jaune. Enfin, y a-t-il une si grande différence de nature entre les simples pétéchies, les larges taches rouges, brunes, livides ou jaunes appelées vibices, qu'on observe aussi dans le typhus , les plaques jaunes disséminées de certaines fièvres jaunes, et enfin la teinte uniforme de la peau qui caractérise proprement la fièvre jaune, et que dans les épidémies on voit d'ailleurs complètement manquer chez plus d'un malade. Toutes ces colorations insolites ne me semblent différer que par leur étendueleur nature est la même : pour la petite tache pétéchiale, semblable à une piqûre de puce, comme pour la teinte uniforme de toute la peau, n'est-ce pas toujours du sang épanché dans le réseau capillaire du derme? N'est-ce pas ainsi que chez les

scorbutiques la niéire cause, du sang extra vasé, produit également les points rouges qui couvrent leur peau, et les larges plaques jaunes qui chez eux occupent quelquefois la totalité d'un membre ?

Sous le rapport de leur marche, ces trois maladies présentent encore de remarquables points de contact : dans toutes on observe également tantôt le type continu, tantôt le type rémittent. Pour- toutes , on a vu l'épidémie à son début n'être souvent autre chose qu'une épidémie de fièvres intermittentes simples dont les accès devenaient peu à peu et plus rapprochés et plus graves.

Enfin, rien de plus semblable que les résultats d'ouvertures des cadavres des individus morts du typhus, de la fièvre jaune on de la peste. Dans l'une de ces maladies comme dans l'autre, tantôt on ne trouve dans les organes internes aucune lésion appréciable; tantôt on n'en trouve que de légères, nullement en rapport avec la gravité des symptômes; tantôt enfin on trouve des inflammations bien prononcées de différens viscères.

La puissance variable des miasmes, la différence des climats où ils exercent leur action, les circonstances diverses au miiieu desquelles se trouvent les individus exposés à ces miasmes, les dispositions propres de ces individus, peuvent expliquer la diversité d'apparence dé ces trois grandes espèces de typhus. Ce n'est pas tout : de même que des liens unissent les fièvres intermittentes simples produites SO"s l'influence d'émanations marécageuses, aux fièvres pernicieuses de la Sologne ou des marais Pontins, de même, sous l'empire< de causes identiques, mais plus énergiques, ces fièvres pernicieuses ne deviennentelles pas rémittentes ou continues? ne se transforment-elles pas ainsi peu à peu en l'un des typhus connus sous le nom de peste ou de fièvre jaune?

Les épidémies de typhus se développent le plus ordinairement sous l'influence de causes évidentes, qui toutes présentent ce point commun, qu'elles agissent en introduisant dans le corps des principes délétères, nuisibles au sang qu'ils altèrent, à l'innervation qu'ils modifient, au mouvement nutritif des -•rganes qu'ils pervertissent. Ces causes sont particulièrement les suivantes : i" l'entassement d'hommes sains ou malades dans les lieux resserrés, où l'air se renouvelle lentement ou imparfaitement, dans les camps, dans les prisons, dans les hôpitaux.

Dans l'hiver de i7aa, un typhus se manifesta dans une petite ville d'Italie, à la suite d'une mission pendant laquelle l'église était remplie plusieurs heures de suite, chaque jour, d'une foule trop considérable pour le local. Diverses causes secondaires, telles que la malpropreté, des amas d'immondices de tout genre, l'existence d'émotions tristes, contribuent à augmenter le danger de ces entassemens. a0 'La putréfaction de corps morts en plein air, ou l'exhumation de cadavres dont la décomposition est déjà avancée. 3° Des exhalaisons putrides qui se dégagent d'eaux stagnantes, de terrains que des eaux ont récemment abandonnés, de fossés, de cloaques que l'on nettoie. 4° L'habitation de rues étroites, malpropres, mal aérées, où stagnent des matières animales en putréfaction , où s'écoulent les vidanges des boucheries. 5° Une alimentation insuffisante ou malsaine , à la suite de mauvaises récoltes. Enfin , plus d'une fois des épidémies de typhus ont pris naissance, sans qu'il fût possible de les rapporter à aucune cause appréciable. On ne pouvait en accuser alors tel état de l'atmosphère, car on les a vues également survenir dans toutes les conditions possibles de l'air. Dans une épidémie de typhus tellement grave qu'on lui donna le nom de peste, qui régna dans la ville de Rouen en 1754, on remarqua que la maladie se déclara à la suite d'un brouillard épais et fétide qui couvrit la partie occidentale de la ville ; le typhus ne sévit que dans cette seule partie de la ville. Dans une autre épidémie de typhus, qui ravagea Florence en 1766, on observa, cette circonstance singulière, que la maladie attaqua de préférence les maisons les plus saines, les plus aérées, ainsi que les villages situés sur les montagnes des environs, tandis qu'elle épargna la plaine marécageuse de l'Arnaccio.

Les diverses causes de typhus qui viennent d'être énumérées exercent une inégale influence dans les différens climats et dans les différentes saisons. Le typhus, accompagné de simples pétéchies ou typhus d'Europe, proprement dit, sévit en tout pays et sous toute température. En général, il exerce plus de ravages dans les temps chauds; quelquefois on le voit se suspendre ou devenir beaucoup moins gra,ve pendant l'hiver, puis s'exaspérer au retour du printemps. D'autres fois, loin de diminuer aux approches du froid, il devient au contraire plus meurtrier; c'est ce qui fut. observé , par exemple, dans le typhus qui régna

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dans les prisons d'Annecy en 1816 et x8i7. Le typhus, accompagné de bubons et d'anthrax, ou la peste, peut prendre naissance partout comme le précédent; lorsque celui-ci est trèsgrave, ou qu'il augmente par l'absence des soins hygiéniques, on voit souvent, pendant son cours, des bubons, des anthrax apparaître; il devient une véritable peste. Cette transformation est très-rare aujourd'hui; mais rien n'était plus commun dans le moyen âge. Maintenant le typhus pestilentiel ne se montre plus guère que dans quelques pays où des causes locales lui donnent naissance. C'est ainsi que la peste est endémique sur les côtes septentrionales et occidentales de l'Afrique, ainsi que dans la partie de l'Asie qui est sur les bords de la Méditerranée et de la mer Noire. On assure qu'en Égypte la peste ne s'étend jamais au delà de Kennée, près de Denderah; on la voit diminuer d'intensité à mesure qu'on l'observe plus près de la ligne. En Égypte, elle règne surtout pendant l'hiver. Lorsqu'au contraire elle existe à Constantinople, c'est surtout pendant l'été qu'elle y exerce ses ravages; en hiver elle s'affaiblit ou cesse. Pendant le cours du xvne siècle, la peste a exereé d'affreux ravages en Italie en 1 62g , i63o et i656; en Hollande en i636; en Danemarck en i654; en Laponie en 1670; mais le froid rigoureux de ce pays la dissipa promptement ; elle n'y attaqua que des femmes employées à filer du chanvre, qui y avait été apporté de Riga. En i683, on la vit paraître en Angleterre , où elle fut observée par Sydenham. Dans le xviii*5 sièele, la peste s'est manifestée en 1707, à l'époque de la canicule, en Pologne , dans la Silésie et en Wurtemberg ; en 1720, à Marseille; en 1738, en Ukraine; en 1743, en Sicile; en 1770, à Moscow, où elle disparut lorsque l'hiver fut devenu très-rigoureux. Enfin, dans notre siècle, la peste s'est déclarée en 1812 dans l'île de Malte, et en 181 5 à Noja, ville du royaume de Naples, où des mesures sévères en empêchèrent la propagation et en produisirent l'extinction rapide. On voit que ces différentes épidémies ont toutes été bornées à un pays; au contraire, les épidémies de peste qui ont régné avant le xvnc siècle sont remarquables par leur immense extension; nées dans une contrée, on les voit parcourir rapidement la plus grande partie de l'Europe, et avoir une durée beaucoup plus longue. Ainsi la peste de l'an 166 s'étendit de l'Ethiopie jusque dans les Gaules et en Germanie. Celle de 54a commença sur les côtes d'Afrique, et ravagea pendant cinquante-deux ans presque

TYP 7 toute l'Europe. Celle de i45o, si bien décrite par Fcrnel et Forestus , commença en Asie mineure , et de là se répandit successivement en Italie, en Hongrie, en Allemagne, en Belgique, en France et en Espagne : en deux mois de temps , soixante mille hommes succombèrent dans Paris. Ainsi, à mesure que la civilisation avance et que les mesures sanitaires se multiplient, les épidémies de peste deviennent moins meurtrières, moins longues et moins étendues. Le typhus avec ictère et vomissement noir, ou la fièvre jaune, a été vu comme accident, si je puis ainsi dire, dans un grand nombre d'épidémies des deux autres typhus. Mais comme ensemble de symptômes assest marqué pour donner son nom à l'épidémie, la fièvre jaune a été observée en beaucoup moins de lieux que les typhus pétéchial et charbonneux ; jamais, comme ceux-ci, on ne l'a vue se propager, là où elle ne règne pas ordinairement, à une très -grande étendue de pays. Des causes locales l'ont de tout temps rendue endémique sur les côtes orientales de l'Amérique du nord , et aux Antilles. Elle ne s'est montrée ailleurs qu'accidentellement, n'y affectant qu'une durée passagère, et ne s'éloignant jamais des bords de la mer. D'après M. Moreau de Jonnès , la fièvre jaune, dans l'espace de trois cent vingt-sept ans, s'est montrée cent quatre-vingt-quatorze fois hors des lieux où nous venons de voir qu'elle est endémique. En Europe , on ne l'a vue qu'une fois en Italie, à Livourne, et plusieurs fois en Espagne, dans des ports de mer. Dans l'Amérique du sud, on l'a observée au Brésil, au Pérou, au Mexique. En Asie, elle a régné une fois au Kamschatka; une fois aussi elle s'est déclarée aux îles Canaries, et une fois au Sénégal. Jamais elle ne s'est manifestée dans les Indes orientales.

Une fois développées sous l'influence de causes appréciables ou non , les diverses variétés de typhus sont-elles susceptibles de se reproduire chez d'autres individus par des miasmes émanés du corps des individus qui déjà en sont atteints? En d'autres termes, le typhus est-il contagieux? l'est il seulement par contact immédiat? l'est-il aussi par le contact des objets qui ont touché les malades? l'est-il enfin par l'intermédiaire de l'air qui sert de véhicule aux miasmes ?

Si la contagion est démontrée pour l'une des trois grande* variétés de typhus que nous avons signalées, elle le sera aussi pour les autres, puisque leur nature est identique. Toutefois

d'une part l'existence de la contagion , dans quelques cas , n'entraîne pas l'idée de son existence nécessaire et constante; et d'autre part, de ce qu'on a prouvé que, dans un grand nombre de cas, il n'y a pas contagion, on ne peut pas conclure que celle-ci n'a jamais lieu; autant vaudrait dire que la syphilis, la gale, la variole, la rougeole, la scarlatine, la vaccine, ne se transmettent jamais par contagion , parce que des individus s'étant exposés à gagner ces maladies, plusieurs ne les ont pas contractées. Il me paraît indubitable que plus d'une maladie peut être, sans changer de nature, tantôt non contagieuse, et tantôt susceptible de se transmettre par contagion. Tel est le cas de quelques inflammations des membranes muqueuses, descorizas, des angines, des coqueluches, des ophtalmies. Pour les typhus , toute la question de leur contagion se réduit donc à savoir s'il est des faits qui , dans quelques circonstances, démontrent qu'ils ont été manifestement transmis par les individus d'une manière immédiate ou médiate. Si ces faits positifs existent, que prouveront les faits négatifs, quel qu'en soit le nombre? Ils ne montreront tont au plus que l'inconstance on, si l'on veut, la rareté de la faculté contagieuse; mais ils ne sauraient détruire les faits qui prouvent l'existence de cette faculté.

Des armées atteintes du typhus l'ont souvent répandu sur toute la ligne de pays qu'elles traversaient; ce cas très-commun est loin de prouver incontestablement là contagion de la maladie; alors il peut n'y avoir en effet que simple infection : Je seul fait de l'entassement d'un grand nombre de militaires sains ou malades suffit pour produire le typhus dans les villes où ils séjournent, de même qu'il prend naissance dans les prisons, dans les hôpitaux où beaucoup d'hommes sont pareillement entassés. A Wilna, en i8i3, on remarqua que le typhus frappa tous les Juifs qui achetèrent ou pillèrent les dépouilles des wiorts; mais ils étaient au milieu du foyer d'infection. Des faits plus concluans, sont ceux où l'arrivée de quelques hommes isolés atteints du typhus dans un pays sain a coïncidé avec l'apparition d'un typhus dans ce pays. C'est ainsi qu'à leur retour de Turquie, quelques personnes de la suite de Charles XII rapportèrent Tin tvphus, qui se communiqua à des militaires prussiens qui accompagnaient le roi, et ceux-ci à leur tour la propagèrent en Poméranie. Pringle a rapporté le fait suivant : Des couvertures,

TYP 9 qui avaient servi à un grand nombre de soldats atteints du typhus, lurent envoyées pour être réparées à un ouvrier de Gand, qui employa à ce travail vingt-trois hommes, sur le nombre desquels dix-sept furent pris de la maladie, et périrent sans avoir eu aucune communication avec les malades. Ces deux faits, s'ils ont été bien rapportés, semblent mettre hors de doute la

- possibilité de la contagion du typhus. D'un autre côté, plusieurs faits démontrent, d'une manière non moins évidente, que dans d'autres circonstances le typhus, né par infection, n'a point été contagieux. Ainsi, en 1770, le Peq-de-la-Clôture a vu à Dieppe le typhus attaquer exclusivement les individus occupés à l'encaquement des harengs; il fut cependant assez grave, puisqu'en quinze jours il emporta plus de deux cents malades. Quelle conclusion tirerons-nous de ces divers faits? C'est que le typhus d'Europe, suivant les cas, est ou n'est pas contagieux. Il peut l'être, comme le prouvent aussi les faits que je viens de citer, par le contact immédiat, ou des malades eux-mêmes, ou de leurs effets. Il n'est pas démontré que la contagion puisse avoir lieu par l'air : on a vu même, au milieu de villes infectées du typhus, des couvens cloîtrés en être préservés. La peste estelle contagieuse? Pas plus constamment que le typhus; mais on ne peut guère douter que ce ne soit par contagion que se soit transmise la peste de Moscow où elle fut si bien observée par Mertens, qui, au milieu de la ville, en préserva l'hospice des orphelins, par l'isolement complet dans lequel il le plaça. Nous n'en dirons pas autant de la peste de Marseille de 1720; û est si peu démontré qu'elle ait été apportée à Marseille par le bâtiment du capitaine Chataud, qu'avant l'arrivée de ce bâtiment, plusieurs personnes avaient déjà succombé , dans différens quartiers de la ville , à une maladie fébrile , accompagnée de parotides, d'anthrax et de bubons. Ainsi, la contagion n'est pas plus nécessaire pour la peste que pour le typhus. Dans l'une et l'autre elle a lieu par les mêmes voies (contact du corps des malades ou des objets qu'ils ont touchés). Quant à la fièvre jaune , son caractère contagieux ne me paraît démontré que par l'histoire d'une seule épidémie, savoir, celle qui régna à Livourne

• à la fin du dernier siècle. A la suite du débarquement, manifestement la maladie prit naissance dans les magasins du port, où n'existait d'ailleurs aucun foyer d'infection, après qu'on y eut débarqué une cargaison appartenant à un vaisseau venant de

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la Havane, qui, dans son trajet, avait perdu beaucoup de matelots de la fièvre jaune. Ainsi donc pour aucune des trois grandes variétés de typhus que nous avons reconnues , la contagion n'est un phénomène ni nécessaire, ni constant; mais dans toutes, ce phénomène peut avoir lieu. Il se manifeste surtout, et peut-être seulement, lorsque, dans le lieu où règne un typhus , il y a entassement d'individus, réclusion; d'où il suit que les cordons sanitaires, réputés utiles pour empêcher la communication possible de la maladie loin du lieu où elle exerce ses ravages , sont éminemment nuisibles pour ce lieu même où ils tendent à multiplier indéfiniment la contagion.

En définitive , dans l'état actuel de la science , l'examen philosophique et impartial de tous les faits me semble montrer un bien plus grand nombre de ces faits militant contre le système de la contagion qu'en sa faveur; trancher nettement la question me semble maintenant chose impossible ; sachons douter et attendre.

Dans les différentes épidémies de typhus , on voit varier les symptômes, sous le rapport de leur mode de succession, de leurs combinaisons, de l'époque de leur apparition. Mais leur nature est toujours à peu près la même. Un premier groupe de symptômes, qui est constant, est dû au trouble des fonctions du système nerveux. Ce trouble se révèle d'ailleurs par les mêmes phénomènes que ceux qui s'observent dans les maladies connues sous les noms de fièvres aelynamique ou ataxique. Ainsi, dans ces maladies, comme dans nos fièvres graves, on observe, avec des degrés variables d'intensité, toutes les variétés d'état comateux ou de délire, de prostration extrême on de vive réaction, d'immobilité musculaire ou de convulsions, d'exaltation ou de perte de la sensibilité. Le pouls présente toutes les anomalies : plein ou petit, dur ou faible, fréquent ou rare, régulier ou intermittent. La caloricité augmente ou se perd complètement. Souvent, frappé dès le début dans son influence sur les fonctions dont la cessation entraîne la mort, le système nerveux cesse subitement d'agir; et de là ces morts subites observées dans certaines épidémies de typhus.

Le deuxième groupe de symptômes avons-nous dit plus haut, révèle un état morbide, qui a son siège vers le double appareil tégumentaire, soit interne, soit externe. D'abord vers les membranes muqueuses on observe i° des congestions variables en intènsité et en étendue ; i° des héinorrhagies qui ont le plus fre-

TYP 11 qucroment leur siège sur la membrane muqueuse des fosses nasales, de l'estomac et des intestins, et qui plus rarement ont lieu sur les membranes muqueuses des voies lacrymales, et sur celles des voies urinaires. Le sang qui s'écoule est le plus souvent remarquable par sa liquidité et par sa couleur d'un noir plus ou moins foncé. Vers le tégument externe, les lésions ont lieu, soit dans la peau elle-même, soit dans son voisinage. Dans la peau on observe diverses colorations qui constituent , soit des tacbes isolées, de grandeur variable, de couleur rouge, brune, noire ou jaunâtre, soit une teinte uniforme, ressemblant à une vaste et générale ecchymose. Ces colorations paraissent résulter d'une extravasation de sang dans le réseau réticulaire delà peau. Ainsi , sur la peau comme sur les membranes muqueuses il y a une tendance remarquable aux hémorrbagies. A la surface de la peau apparaissent en outre, mais moins constamment, divers exanthèmes, et en particulier l'éruption dite miliaire. A la peau, enfin, se montrent des tumeurs charbonneuses, des anthrax, des gangrènes plus ou moins étendues. Plus fréquentes dans la peste, ces gangrènes de la peau se voient aussi dans les autres typhus. Ainsi , dans le typhus de Hongrie de i566 , qui est donné comme le type de notre typhus d'Europe, on vit chez beaucoup de malades le tarse présenter une tumeur d'apparence phlegroonneuse, qui bientôt s'ouvrait comme un charbon, et produisait un sphacèle mortel. Dans le voisinage de la peau, diverses portions de tissu cellulaire présentent souvent des tumeurs qui se terminent par suppuration ou par gangrène. Les ganglions lymphatiques voisins de la peau , surtout ceux de l'aine , de l'aisselle et du cou, se tuméfient aussi, et produisent ces tumeurs appelées bubons dont la suppuration ou la gangrène sont également la terminaison fréquente. L'existence de ces bubons n'est, pas non plus sans exemple dans notre typhus d'Europe. Enfin, les parotides ou le tissu cellulaire qui entoure les grains de ces glandes viennent assez fréquemment aussi à s'engorger, à s'enflammer, à suppurer. L'affection des parotides n'est pas tellement propre au typhus d'Europe , que d'une part dans un très-grand nombre d'épidémies de ce typhus, on n'en trouve aucune mention, et que d'autre part, dans certaines fièvres jaunes, et surtout dans la peste, les parotides se montrent aussi bien que les taches à la peau , les anthrax et les bubons. Vers les' deux appareils tégumentaires, des excrétions remarquables par

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leur fétidité ont également lieu. C'est ainsi que dans beaucoup d'épidémies de typhus on signale des sueurs et des déjections alvines d'une odeur insupportable.

Enfin, dans l'un de ces typhus comme dans les autres se montrent, d'une manière fréquente, mais non constante, diverses phlegmasics, soit du cerveau et de ses annexes, soit du poumon , soit du tube digestif et de ses dépendances. De l'existence de ces phlegmasies dépendent divers groupes de symptômes, qui sont aussi variables que ces phlegmasies ellesmêmes.

La durée des typhus n'a rien de constant, quoi qu'on en ait dit; il en est qui tuent les malades dès le premier jour, dès les premières heures de leur invasion ; d'autres se prolongent jusqu'au quatrième, septième, neuvième, quatorzième, vingtième, trentième jour. Leur début varie suivant les épidémies, et ne présente rien de général. C'est assez souvent une simple fièvre intermittente. Nous y reviendrons en traitant des différens typhus en particulier.

Les ouvertures de cadavres n'ont pas été faites jusqu'à présent avec assez de soin, dans les différentes épidémies de typhus , pour qu'on puisse établir avec beaucoup de précision quelles ont été les lésions trouvées. Cependant, en général, il semble résulter de tout ce qui a été écrit à cet égard que ces lésions sont beaucoup moins intenses, beaucoup moins profondes que ne paraîtrait devoir le faire supposer l'extrême gravité des symptômes. Ce sont des congestions sanguines vers différens organes, tantôt vers le cerveau, tantôt vers l'appareil respiratoire, tantôt vers le tube digestif. Dans ces typhus, l'anatomie pathologique ne me semble montrer qu'un côté de la maladie.

Que dirai-je des divers traitemens qui ont été employés dans les épidémies de typhus? La plupart ont été dirigés par des vues théoriques. Toutefois, en général, les médecins, au principe de la maladie , ont eu recours à la méthode antiphlogistique , avares cependant d'émissions sanguines , en raison de la grande prostration qui les suivait. Plus tard, presque tous ont cherché à relever les forces par des substances stimulantes, dont les bons effets sont loin d'être prouvés.

Pour quiconque a médité les faits rassemblés dans cet article, et les conséquences que j'en ai déduites, il paraîtra démontré que les maladies appelées typhus ont la plus grande

TYP ï3 analogie avec les états morbides que l'on fait naître chez les animaux en mêlant à leur sang diverses substances animales ou végétales en putréfaction. Dans ces maladies il y a aussi un principe délétère introduit dans le sang; il y a aussi consécutivement à l'introduction de ce principe altération du sang. Partout où il se distribue il va porter une cause de maladie; troublr's par lui, les centres nerveux manifestent les désordres les plus variés dans leurs fonctions; les divers actes de la vie animale ou organique sont dès lors profondément pervertis. Et ainsi s'expliquent, ainsi se groupent autour d'une seule cause les phénomènes morbides, infiniment variés, que présentent les typhus. Dans ces maladies, comme dans toutes celles où un miasme délétère infecte le sang, comme dans la variole, la rougeole, la scarlatine, la peau et les muqueuses sont le siège de diverses espèces de travail morbide qui semblent être un effort éliminateur de la part de la nature; mais quel est le siège de la maladie? Il me semble exister partout où se distribuent du sang et des nerfs.

typhus b'kurope. Dans les généralités précédentes, nous avons rappelé quel groupe de symptômes les nosograplies avaient désigné par cette dénomination. Le typhus d'Europe a été appelé tour à lourjïèvre des camps, des hôpitaux, des navires, des prisons, des villes assiégées ; fièvre pétéchiale ; fièvre nerveuse, adjnamique, ataxique , etc. Cette maladie est caractérisée par un état de pyrexie continue, accompagné d'une stupeur assez semblable à celle que produit l'ivresse, d'une éruption de pétéchies, et quelquefois de tumeurs aux régions parotidiennes. Ses causes ont été précédemment signalées. Elle est sporadique ou épidémique ; et, dans ce dernier cas, née d'un foyer d'infection, elle se propage souvent, mais non nécessairement, par voie de contagion médiate ou immédiate. Voyez les généralités qui précèdent.

Les symptômes du typhus se succèdent et se groupent le plus ordinairement de la manière suivante :

Des vertiges, de la somnolence, un état remarquable d'indifférence, une sensation, pénible à l'épigastre, des douleurs da les lombes et dans les membres, assez semblables à celles q produirait une commotion électrique, tels sont les phénomènes qui souvent précèdent l'invasion de la fièvre. Soit qu'avant elle aient existé ou non ces symptômes précurseurs, la fièvre débute

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par des frissons dans le dos, avec un sentiment d'angoisses et d'abattement. Une tristesse singulière s'empare des malades, et leur caractère est nolablement changé. A mesure qu'une chaleur brûlante remplace le frisson initial dont la durée, toujours assez longue, peut varier de quatre à douze ou quinze heures, on voit les malades tomber dans une sorte d'état d'ivresse, qui est un des symptômes caractéristiques du typhus. Leur tête est pesante, leur face rouge, leurs yeux injectés et larmoyans ; ils éprouvent des verliges, un engourdissement vers les extrémités, des bourdonnemens d'oreille, une grande tendance au sommeil; un air de stupeur de plus en plus prononcé se dessine sur tous leurs traits; c'est avec peine et une sorte de répugnance qu'ils se livrent au moindre mouvement; ils ne sont pas moins paresseux à exercer leur intelligence; ils semblent insoucians sur les personnes comme sur les choses. Le pouls a de la fréquence et assez de plénitude. En même temps, et dès le début , les fonctions digeslives sont troublées : il y a soif, état saburral ou rougeur de la langue , gêne de la déglutition i sécrétion surabondante des mucosités de la bouche et de la gorge, pesanteur épigastrique, nausées, et quelquefois vomissemens. Le plus souvent aussi la respiration est pénible; on observe une toux qui revient par quintes fréquentes, accompagnée d'une expectoration muqueuse; des douleurs vagues sefont ressentir, soit eu divers points des parois thoraciques, soit vers les hypocondres.

Ces phénomènes morbides se développent pendant les trois premiers jours écoulés depuis l'époque de l'invasion de la fièvre. Vers le quatrième jour , en même temps que se manifeste souvent une épistaxis plus ou moins abondante, des pétéchies apparaissent sur diverses parties de la peau, et surtout à la poitrine, à l'abdomen , aux bras , au dos et aux cuisses. Elles sont rares ou confluentes, d'un rouge pourpre ou violet, et leur apparition coïncide souvent avec une diminution notable de la toux et de l'oppression. C'est fréquemment aussi vers la même époque, que les régions parotidiennes deviennent douloureuses et se tuméfient.

Jusque vers le septième jour, l'éruption pétéchiale, ainsi que les tumeurs des parotides, si elles existent, prennent de l'accroissement : la maladie devient progressivement plus grave. Le septième jour est marque, au rapport de tous les observateurs, par «ne exacerbalion très - prononcée , qui est suivie

TY1* x^ d'une remission très-marquée. Mais celle-ci ne dure que quelques heures, et elle est remplacée par des symptômes plus fâcheux que ceux observés avant la rémission. A dater de ce moment, les diverses inflammations locales deviennent plus intenses, les accidens nerveux plus multipliés et plus graves. Ainsi, les facultés intellectuelles se troublent complètement; une entière indifférence à tout ce qui les environne, une espèce d'état de somnambulisme, ainsi que l'appelle Hildenbrand, dans lequel les malades révent sans dormir, la préoccupation continuelle d'une idée fixe et fantastique, un délire calme, avec des intervalles de fureur; e: cependant au milieu de ce désordre de l'intelligence, une précision souvent remarquable dans les réponses, tels sont les principaux traits de l'altération des facultés intellectuelles dans le typhus. En même temps, les différens muscles sont le siège de mouvemens irréguliers et involontaires; d'autres sont frappés de paralysie , et celle-ci porte souvent sur quelques muscles de la vie organique , sur ceux de la vessie en particulier : de là, de fréquentes rétentions d'urine. Au trouble de l'innervation doit également se rapporter le ralentissement notable qu'on observe par fois dans le pouls, lequel d'ailleurs conserve toujours de la plénitude. On a remarqué comme particularité du typhus que, dans cette maladie, l'artère se contractait à peine, et paraissait comme rester dans un état permanent de dilatation. Pendant que tous ces symptômes se manifestent, les fonctions digestives présentent un trouble constant : la langue se sèche et noircit, des croûtes fuligineuses couvrent les lèvres et les dents; l'abdomen devient tendu, ballonné, douloureux; on observe des selles liquides, fétides, souvent sanguinolentes, souvent accompagnées de tenesme. Rouge au commencement de la maladie, l'urine devient plus tard claire et pâle, comme dans les affections nerveuses. La peau est brûlante et d'une aridité remarquable. La maladie se développe ainsi du septième au treizième jour. Le plus souvent au onzième, à la suite d'une légère diaphorèse, il y a, comme à la fin du septième jour, une rémission marquée , qui n'est également que passagère. Du treizième ou quatorzième jour, après une nouvelle exacerbation , une sueur plus abondante que celle du onzième jour couvre la peau ; elle a souvent une odeur spécifique; des évacuations alvines plus faciles et moins douloureuses s'établissent; des mucosités copieuses s'écoulent des fosses na-

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sales et de la bouche ; une épistaxis a quelquefois lieu; un dépôt sédimenteux paraît dans l'urine. En même temps que les diverses sécrétions se trouvent ainsi modifiées, la peau reprend son humidité, l'abdomen perd son état de tension et sa sensibilité, la respiration devient moins laborieuse, et en même temps aussi les symptômes nerveux s'amendent; l'intelligence se rétablit peu à peu ; cependant jusque vers le vingt et unième jour les idées restent confuses, la somnolence persiste, puis toutes les fonctions rentrent peu à peu dans leur état normal , et la santé se rétablit; la plupart des convalescens ne gardent aucun souvenir de ce qu'ils ont éprouvé, ni des idées qui les ont occupés pendant leur maladie ; ils semblent se réveiller d'un long sommeil. Ils restent faibles pendant un temps quelquefois très-long, et leur intelligence ne reprend que lentement sa liberté accoutumée; souvent les cheveux tombent, les ongles se renouvellent, 1'épiderme tombe en écailles. furfuracées. Lorsque la mort est la terminaison du typhus, elle survient , soit au milieu d'un état de forte réaction avec délire furieux , convulsions partielles ou générales, soit dans un état de collapsus, d'état comateux plus ou moins profond. D'autres fois les symptômes nerveux se dissipent, mais les malades restent en proie à une inflammation chronique qui les entraîne au tombeau par l'épuisement progressif qu'elle occasionne.

Le traitement du typhus d'Europe a varié avec les diverses théories. Aujourd'hui l'on s'accorde généralement à employer, au principe de la maladie, les émissions sanguines, mais avec modération; on pratique d'abord une saignée générale; puis on applique des sangsues vers les points où tendent à se former des congestions, à la tête, à la poitrine, sur l'épigastre ou- à l'anus; on ne donne à l'intérieur que des boissons éraollientes. Plus tard, on cherche à établir vers la peau des points permanens ou passagers de fluxions, par l'application de sinapismes ou de vésicatoires, par diverses frictions sèches ou humides. Des observations ultérieures sont nécessaires pour décider si les divers médicamens Ioniques etstimulans, dont on a fait si long-temps usage dans le typhus, ont réellement le degré d'utilité qu'on leur a accordé, et si, portés dans un intestin phlogosé, ils n'aggravent pas constamment la maladie. C'est à l'expérience à apprendre si, tout en exaspérant cette phlogose intestinale, ils ne vont pas, une fois absorbés, soit modifier avantageusement

TYP 17 les centres nerveux, soit changer la disposition même du sang , soit solliciter certaines sécrétions ou excrétions , dont l'établissement contribuera à l'heureuse terminaison de la maladie.

Typhus d'Amérique. — On a récemment désigné sous ce nom la maladie généralement connue sous celui de fièvre jaune. Nous avons précédemment indiqué les raisons qui doivent porter à admettre cette nouvelle dénomination, tirée à la fois de la nature de la maladie et des lieux où elle règne le plus habituellement.

Cette espèce de typhus ne semble pas se développer constamment sous l'influence de la même cause. En beaucoup de points des Antilles, il ne parait dû à aucune émanation du sol; la chaleur excessive, jointe à l'extrême humidité, qui règne dans cette partie de l'Amérique, suffit pour lui donner naissance; mais ces conditions atmosphériques ne produisent le plus souvent la fièvre jaune que chez les individus qui, récemment arrivés d'Europe, ne sont pas encore, acclimatés. Dans notre Europe même on a vu des symptômes de fièvre jaune se manifester sous l'influence d'une élévation de température très-forte et soutenue. C'est ce qui est arrivé à Paris pendant l'été trèschaud de 182a ; alors, en même temps qu'on publiait quelques observations de malades morts à l'Hôtel-Dieu de fièvres graves avec coloration jaune de la peau et vomissemens noirs, existaient à la Charité, dans les salles de M. Lerminier, deux hommes qui, avec du délire, un état ataxo-adynamique des plus prononcés, la langue noire et le ventre ballonné, nous présentèrent aussi plusieurs vomissemens d'une matière semblable à une sorte de suie et une teinte jaunâtre très-marquée de toute l'enveloppe cutanée. L'un de ces malades guérit, après avoir été soumis à un traitement stimulant des plus énergiques; l'autre succomba, et l'ouverture du cadavre nous révéla l'existence d'une gastro-entérite avec ramollissement rouge de la muqueuse et ulcérations nombreuses dans l'intestin. Toutefois, le seul fait d'une grande élévation de température ne saurait rendre compte de la production habituelle de la fièvre jaune, telle qu'on l'observe aux Antilles chez les inacclimatés; car, dans les Indes orientales, la chaleur est aussi grande que dans l'Archipel américain, et cependant on n'y observe pas la fièvre jaune. L'humidité du climat des Antilles, les exhalaisons plus ou moins appréciables qui s'élèvent de ce sol, qui semble pins neuf que celui du reste du globe, sont

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autant de causes qui, aidées par la chaleur, développent chez les inacclimatés les phénomènes morbides dont l'ensemble est appelé fièvre jaune. Les paleduviers, amas d'eaux stagnantes que l'on retrouve en beaucoup de points du littoral des Antilles, paraissent jouer, quoi qu'on en ait dit, un rôle actif dans la production du typhus américain; d'où il suit que dans les Antilies mêmes nous voyons ce typhus se développer tous l'influence d'une cause d'infection rendue plus énergique, plus délétère par la nature du climat: Dans les États-Unis, et particulièrement aux environs de Philadelphie, où règne si souvent la fièvre jaune, existent en permanence des foyers d'infection qui en sont bien manifestement la cause. Enfin, dans notre Europe, c'est également sous l'influence de ces mêmes foyers d'infection que la fièvre jaune a pris plus d'une fois naissance; mais ils ne peuvent la produire que sous certaines latitudes et sous la condition de l'existence d'une température qui se rapproche de celle des Antilles. Ainsi il nous parait inexact de dire que la fièvre jaune, née en quelques parties de l'Amérique, ne paraît ailleurs que lorsqu'elle y a été importée; elle peut naître en Espagne et en Italie , aussi bien qu'à Saint-Domingue ou à la Martinique; elle y naîtra toutes les fois que des débris entassés de végétaux ou d'animaux viendront à être soumis à l'influence de certains états thermométriques ou hygrométriques de l'atmosphère, qui en dégageront des exhalaisons variables en quantité et en qualités. Dans les AnliUes» là où ces exhalaisons sont considérables, leurs effets se font ressentir sur les indigènes eux-mêmes. Là où elles sont plus rares ou moins délétères, ceux-ci n'en éprouvent qu'une modification de constitution qui , hâtivement formée , n'a point produit de maladie; mais elles frappent plus fortement les étrangers, et produisent chez eux la fièvre jaune. Le sol ne fournit pas seul les exhalaisons qui les produisent; souvent on l'a vue, toujours avec les mêmes conditions atmosphériques, se développer au milieu d'un navire qui portait à fond de cale des matières putrescibles, qui devenaient un véritable foyer d'infection, soit pour les passagers, soit pour le pays dont le port recevait ce navire.

La fièvre jaune peut-elle se développer par contagion ? A cette question voici ce qu'on peut répondre dans l'état actuel de la science : d'abord , aux Antilles , il me paraît bien avéré que la fièvre jaune n'est point contagieuse ; là, ce n'est point en s'iso-

TYP "!) lant, mais en changeant d'habitation qu'on s'en préserve. Les étrangers qui y arrivent ne l'y trouvent point le plus souvent ; elle s'y développe avec eux. Dans ce pays, les expériences les plus propres à dévoiler la propriété contagieuse de la fièvre jaune, si cette propriété avait existé, ont été plusieurs fois tentées, et jamais la contagion de la maladie n'en est résultée. Ainsi beaucoup de personnes ont couché avec des individus atteints de fièvre jaune, se sont habillées avec leurs vêtemens, ont bu de la matière du vomissement noir, s'en sont frotté la peau, et toujours sans danger. Si enfin l'on consulte tous ceux qui, médecins ou non, ont habité les Antilles, tous affirment que la fièvre jaune n'est pas plus à leurs yeux une maladie contagieuse que ne l'est une fièvre intermittente de nos pays. Non contagieuse en Amérique, la fièvre jaune peut-elle le devenir en Europe? peut-elle être importée? peut-elle se communiquer aux habitans d'une côte qu'a touchée un navire américain, par des miasmes qui se dégagent, soit du corps d'un individu actuellement atteint de la fièvre jaune, soit d'objets qu'il a touchés? La communication de la maladie n'a-t-elle lieu qu'au contact ? peut-elle également se faire par l'air? Les expériences citées plus haut, entreprises par M. Guyon et par d'autres, me paraissent démontrer que la fièvre jaune n'est pas susceptible de se transmettre d'un individu à un autre par les objets dits contaminés , quelle qu'en soit la matière, à moins que ces objets, ayant été en contact long-temps prolongé avec un foyer quelconque d'infection, dans le navire ou hors du navire, n'aient fini par s'imprégner d'une grande quantité de miasmes émanés de ce foyer. Quant aux malades eux-mêmes , ils ne communiquent pas non plus la maladie, à moins qu'ils ne soient entassés en des lieux étroits, où l'air ne se renouvellera que difficilement ou pas du tout ; en pareille circonstance, chaque malade devient un véritable foyer d'infection; tel fut le mode de propagation de l'épidémie de Livourne. Hors ce cas, aucun fait ne démontre, à notre connaissance, la contagion de la fièvre jaune, et beaucoup de faits l'infirment. C'est ainsi que, dans la dernière épidémie de Barcelone, la maladie, active et contagieuse dans le foyer même de l'infection, n'étendit pas ses ravages hors de la ville, bien qu'une communication, qui ne fut jamais interrompue, existât entre l'intérieur de la ville et l'extérieur, bien que plusieurs personnes, atteintes de la fièvre jaune, eussent abandonné Ja

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ville pour aller mourir dans la campagne. Ainsi donc la contagion est aussi une voie de propagation de la fièvre jaune, mais très-faible, tres-secondaire , très-rare, et on peut facilement la détruire par les moyens mêmes qui devraient l'augmenter, si par elle était née et s'était continuée la maladie, je veux dire, par de libres communications enlre les citoyens, d'où résultera un encombrement moindre , et une circulation d'air plus grande, plus facile et plus rapide. C'est ainsi qu'on agit aux Antilles, et de la sorte on ne fait autre chose que rendre nuls les effets du foyer d'infection que chaque malade porte réellement en lui. S'il est quelques cas où un individu, atteint de la fièvre jaune, l'ait apportée et communiquée loin des lieux où elle régnait, c'est parcé que cet individu s'est trouvé placé, avec des individus sains, dans des lieux où les miasmes qu'il exhalait restaient accumulés dans une masse d'air sans courant et non renouvelée.

Les symptômes qui se manifestent pendant le cours de la fièvre jaune sont les mêmes que ceux qu'on observe dans les différens typhus : deux seuls, au milieu de l'infinie variété de tous les autres, appartiennent surtout à la fièvre jaune et la caractérisent. Ces deux symptômes sont, d'une part, la coloration jaune de la peau, et, d'autre part, le vomissement noir.

La couleur jaune de la peau n'est pas un phénomène tellement constant qu'elle ne manque complètement chez un assez grand nombre de sujets, et de plus on l'observe dans d'autres maladies typhoïdes qu'on ne regarde pas comme appartenant à la fièvre jaune. Cette coloration commence le plus souvent par être partielle; elle envahit successivement la face, le cou, la poitrine, l'abdomen et les membres; elle peut commencer aussi par apparaître sous formes de taches disséminées, qui se multiplient, s'élargissent, et finissent par se toucher. Dans quelques cas, c'est en même temps dans toute son étendue que la peau se teint tout à coup en jaune. Cette couleur est loin d'être toujours semblable à celle des ictériques. Elle consiste souvent en une teinte d'un rouge sombre, qui peu à peu devient violacé, puis jaune clair ou foncé, puis verdâtre ou brunâtre; ce sont à peu près les mêmes nuances, les mêmes transitions de coloration que celles qu'on observe dans nne partie ecçhymosée. La peau peut ainsi se colorer, soit dès le début de la maladie, soit du troisième au cinquième jour, soit encore plus tard. Plusieurs auteurs ont admis que la couleur jaune de la peau, dans la fièvre jaune,

TYP 91 était liée à une inflammation des voies biliaires. Cependant, dans les ouvertures de cadavres qui ont été faites, le foie n'a pas été trouvé altéré. M. Rochou* seulement rapporte qu'il a très-souvent rencontré une inflammation de la vésicule biliaire; mais, à mon avis, les lésion* qu'il donne comme caractérisant celte inflammation ne sont pas assez tranchées pour en prouver l'existence. D'autres auteurs pensent que les diverses nuances de coloration de la peau, dans le cas de fièvre jaune, indépendantes de l'état du foie, sont le résultat d'une suffusion sanguine opérée dans la couche vasculaire de la peau. Ils se fondent, pour établir cette opinion, qui me paraît être la plus fondée, i° sur l'absence même de lésions dans le foie; i° sur la coïncidence d'autres hémorrhagies dans la fièvre jaune comme'dans tous les typhus; 3° sur la facilité de leur production chez les animaux que l'on a soumis à des causes d'infection plus ou moins semblables à celles qui donnent naissance à la fièvre jaune.

Le vomissement noir, autre symptôme caractéristique du typhus ictérode, est bien évidemment le résultat d'une de ces hémorrhagies dont il vient d'être question. Il est souvent précédé par des vomisseinens de mucosités ou de bile; puis à ces matières vomies se mêle une quantité variable de sang, mais très-reconnaissable. Ce sang y devient de plus en plus abondant, et en même temps sa couleur s'altère ; il acquiert peu à peu une teinte rouge foncé, puis d'un jaune brunâtre; on le voit ensuite devenir semblable à du chocolat, ou à de la suie délayée dans l'eau. On peut supposer d'ailleurs, ou que le sang sort des vaisseaux ainsi altéré dans sa couleur, ou que cette dernière ne se modifie de la sorte que dans l'estomac, sous l'influence de certaines substances liquides ou gazeuses qu'il y rencontre. La matière du vomissement peut être mêlée d'un certain nombre de grumeaux grisâtres ou noirâtres, qui paraissent être du sanqcoagulé. L'époque de la maladie à laquelle survient le vomissement noir est aussi variable que l'époque de l'apparition de la couleur jaune de la peau.

Il n'est aucun appareil dont les fonctions ne soient plus ou moins troublées dans la fièvre jaune, comme dans les autres typhus. Les variétés de ces troubles sônt d'ailleurs nombreuses, soit dans les diverses épidémies, soit dans une même épidémie, chez les différens individus. Ainsi les altérations fonctionnelles des centres nerveux se révèlent tantôt par un délire infiniment

varié dans ses formes, tantôt par du coma, tantôt par divers troubles de la motilité ou de la sensibilité, soit spéciale, soit générale. Les fonctions digestives ne sont pas moins constamment altérées. Outre le vomissement noir signalé plus haut, on trouve, dans la langue toutes les variétés d'aspect qu'elle présente dans les maladies désignées sous le nom de fièvres adynamiques ou ataxiqu.es; la soif est ordinairement intense dès le début; l'abdomen est ballonné, douloureux; les selles sont le plus souvent copieuses, liquides, séreuses, muqueuses, bilieuses, quelquefois sanguinolentes , quelquefois noires comme la matière du vomissement. Les battemens artériels sont tantôt forts et fréquens , tantôt plus rares que dans l'état normal, tantôt remarquablement faibles , et souvent présentent, au milieu du cours de la maladie, la circonstance singulière de revenir momentanément à leur état naturel. Des bémorrliagies plus ou moins abondantes ont lieu de toutes parts, soit dans le tissu même de la peau, d'où résultent les pétéchies; soit dans le tissu cellulaire sous-cutané, ce qui donne lieu à des ecchymoses; soit entre les divers faisceaux musculaires. Souvent aussi le sang est exhalé, x° à la surface même de la peau; 2° à la surface des diverses muqueuses, telles que celles du nez, de la bouche, du pharynx, du reste du tube digestif, de la vessie. Le sang tiré des veines pendant la vie n'est pas toujours dissous et sans caillot, comme disent l'avoir vu plusieurs observateurs; M. Rocheux l'a vu rassemblé en un coagulum assez dense que recouvrait une couenne mince ou épaisse. Parmi les appareils des sécrétions, celui qui présente le trouble le plus constant est l'appareil urinaire. Presque toujours, vers une certaine période de la maladie, l'urine est supprimée; tantôt cette suppression n'est accompagnée d'aucun autre symptôme qui révèle une affection des voies urinaires, tantôt on observe des douleurs vives vers la région rénale, le long du trajet des urétères, à l'hypogastre, une chaleur acre dans le canal de l'urètre. L'altération de l'appareil biliaire n'est prouvée par d'autres signes que par la couleur jaune de la peau; mais nous avons vu plus haut qu'il n'était pas démontré que cette couleur fût liée à une affection du foie ou de ses annexes. La respiration est généralement naturelle , si les autres symptômes sont peu graves ; dans le cas contraire, et à mesure que les fonctions digestives se troublent, les mouvemens inspiratoires s'accélèrent; ils deviennent gênés,

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très-pénibles, enlreraêlés de soupirs et de gémissemens ; une sensation de constrtction vers la base du thorax, surtout -vers le sternum , et souvent même une vive douleur dans les mêmes parties, se manifestent. Dans quelques cas, le seul trouble qu'on observe dans la respiration, c'est l'extrême lenteur avec laquelle elle s'exécute.

La fièvre jaune peut se terminer par la mort ou par le retour à la santé. La première de ces terminaisons est quelquefois trèsprompte; elle peut avoir lieu dès le deuxième jour; beaucoup de malades succombent du quatrième au cinquième; d'autres, mais en moins grand nombre, du septième au neuvième jour; très-peu après le onzième.

L'ouverture des cadavres montre, comme dans tous les autres typhus, l'existence de congestions sanguines sur différens organes : le tube digestif, le foie, Les reins, les centres nerveux, en sont spécialement le siège. On ne trouve rien d'ailleurs qui soit en rapport avec la gravilé des symptômes; rien non plus qui soit particulier à la fièvre jaune; les caillots colorés en jaune dont on avait signalé l'existence dans le cœur comme un phénomène constant, l'épanchement séreux ou séro-sanguinolent que l'on avait dit avoir trouvé dans le canal vertébral des individus morts de la fièvre jaune , ne sont pas des phénomènes propres à cette maladie : la nature morbide de cet épanchement n'est pas même démontrée.

Les traitemens les plus opposés ont été employés pour combattre le typhus. On a tour à tour eu recours à une méthode antiphlogistique modérée ou énergique, aux vomitifs et aux purgatifs, à des médicamens stimulans administrés soit pour relever les forces, soit pour provoquer des crises par la peau ou par les reins; on a aussi employé la plupart des révulsifs cutanés; enfin, l'on a craque quelques substances étaient douées d'une véritable vertu spécifique contre la fièvre jaune. Combattre, au début et dans le cours de la maladie, les congestions sanguines par des saignées proportionnées aux forces des sujets, exciter la peau, ne donner à l'intérieur d'autres médicamens excitans que le quinquina dans les cas de prostration considérable ou de tendance marquée à l'intermittence, voilà le traitement qui paraît aujourd'hui compter le plus de partisans.

Le traitement prophylactique est des plus importans. Dans les Antilles, il faut conseiller aux étrangers non encore accli-

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