VIN DE
37" Hermitage rouge. . . . 12,5a
38" Grave 1 3,0.4
id. 12,80
Moyenne 13,3^
3g0 Frontignan I2i79
4o° Côte-Rôtie ia,3a
4i Vin de groseilles. . . . n,8i
42° Vin d'oranges , fait par un fab'. de Londres,
moyenne de six. . . . 11,26
43» Tokay 9,88
44° De sureau. . ■ 9,87
45 Cidre la plus h'e.moye. 9,87
id. la plus basse. . . 5,2 1
VIN Uli
46° Poiré, moye. de quatre. 7,26
47° Hydromel 7,32
48° AiledeBurton 8,88
id. d'Edimbourg. . . 0,20
id. de Dorcbester. . 5,56
Moyenne 6,87
49° Bière forte 6,80
5o° Porter de Lond. , moy. 4>2o
5i° id. petite bière 1,28
52° Eau-de-vie 53,3g
53° Rhum 53,68
54° Genièvre. 5 1,60
55°Wliiskey, Écossais. . 54,3a
56 id. Irlandais 55, 90
Plusieurs circonstances font varier les qualités du vin. La couleur, la consistance, la saveur, le parfum , font singulièrement différer les vins ; mais ce qui leur imprime les différences les plus remarquables, c'est l'âge , et surtout le sol qui les produit. Sinclair divise les vins , i° en ceux qui sont acides; i° ceux qui sont doux et sucrés; 3° les vins légers ou d'entremets, mild wines , expression qui ne peut être rendue en français, opposés à l'âpreté ; /t° en vins âpres et aslringens. Nous reviendrons sur cette dernière division , lorsque nous parlerons des effets du vin sur l'économie animale.
i° Les vins blancs sont légers, ténus, moins alcoolique- , moins nourrissans, mais plus apéritifs que les autres.
Les vins rouges sont plus alcooliques, résistent davantage aux forces digestives, nourrissent plus que les précédens.
Les vins paillets sont plus légers que les rouges , et plus consistans que les blancs; ils sont très-salubres, et d'une digestion fîlcile.
Les vins jaunes muscats et. sucrés sont très-toniques , très-alcooliques , et conséquemment très - excitans et très- nourrissans.
20 Les vins épais contiennent, en général, du sucre 'et du tartrate acide dépotasse, de la matière colorante, un principe extracto- résineux ; ils sont d'une digestion pénible; ils oÈ\ la propriété d'apai:.er la faim. Les vins limpides et ténus se r*ap-
prêchent des vins pai!!cts et des vins blancs, et jouissent des mêmes propriétés.
3° Pour la saveur , les vins sont doux , acides et piqunns , ou âpres. Les vins doux doivent celte propriété à ce que l'on a empêché la fermentation par l'ébullition, ou bien à une grande proportion de sucre que coniieut le moût, ou que l'on ajoute après la fermentation; ils ont les mêmes qualités que les vins jaunes. Les vins acides et piquans sont ceux qui contiennent des acides acétique, tartarique ou carbonique; ils sont rafraîchissaus , participent aux qualités des boissons acidulés. Les vins confectionnés avec des raisins qui n'ont pas acquis une parfaite maturité sont âpres et acerbes ; ils contiennent beaucoup de sels , un peu de tannin , et sont moins alcooliques que les autres.
4U L'arôme des vins, dû à un principe encore ignoré, est loin d'être le même dans les différentes espèces. Il en est qui sont revêtus d'un parfum suave , tandis que d'autres exhalent une odeur désagréable, et n'ont qu'une saveur plate et repoussante. L'analyse chimique n'est pas encore parvenue à montrer la cause de celte différence : les premiers sont toniques et réparateurs des forces épuisées , si l'on en prend avec modération.
5° Il n'est personne qui ne sache que l'âge des vins fait singulièrement varier leurs qualités. Le vin nouveau, dont la fermentation n'est pas achevée, est désagréable au goût, d'une digestion pénible , et produit des irritations gaslro-intesliuales. Le vin, pour être potable, doit avoir au moins un an. Les vins vieux perdent beaucoup d'alcool , ils sont donc moins excitans que les vins nouveaux; ils perdent aussi beaucoup de, leur matière colorante , mais ils acquièrent des parfums exquis , une saveur délicieuse. Ils sont bien préférables , non-seulement pour ie goût , mais pour leurs effets sur l'économie animale , aux vins récemment préparés.
6° Idais c'est surtout le sol et le climat dans leiquels ils missent, qui exercent sur les vins la plus puissante influence. On peut dire , d'une manière générale,, que les vins sont d'autant plus riches en alcool , en matière sucrée et en arôme , qu'ils ont pris naissance dans un pays plus voisin des tropiques. Les vins des régions tempérées perdent de ces qualités; et dans les pajp du nord, où la vigne peut encore croître , les vins ne possèdent presque aucune de ces qualités.
VIN 533 Les vins exotiques , les plus généreux que nous connaissions , sont ceux de Chypre, de Candie, de Stançhîou, de Cliio, de Mételin , de Tokai , de Malaga , d'Alicante, deTinto , de Xérès , de Rota, de Canarie, de Ténédos, de Schiras , d'Albe , de Verdée, de Moscadelle, de Montefiascone, dePérouse, de Marciininien, celui du mont Vésuve, le Lacryma-Christi. Ces vins de Grèce, d'Espagne et d'Italie sont chargés d'alcool, et, en général, de principes sucrés et d'arome.
Nous avons dans le midi delà France des vins'qui peuvent leur disputer ces qualités ; ce sont ceux de Frontignan , de Lune! , de Côtç-Rotie ,«de l'Hermitage , de Tavel , ceux de Provence , si alcooliques et si nonrrissans. Mais ces vins sont trop capiteux pour l'usage ordinaire; et les vins de Bourgogne, de Champagne et de Lorraine, de Bordeaux, et même les vins du Rhin, moins abondans en alcool, en arôme et en matière sucrée, doivent leur être préférés.
Il "est peu de vins comparables à ceux du Clos-Vongeot , de Chambertin , de Nuits, de Beaune , de'Pomard, de Volnay, de Montrachet, de la Romanie , de Chassaigne , dé Meursault. Les diverses espèces de vins de Bordeaux, etsurtout ceux de Grave; les vins cîu Fihône , principalement ceux de Condrieux ; ceux du Doubs et dii Jura, tels que ceux de Salins, de Port-Léné, des Arsures, de Byans, de Mercureau, de Troisnhâté, de Château- Cliâlons, et celui d'Arbois que nous ne pouvons passer sous silence, puisque ce fut lui qui sanctionna la paix de Henri IV et de Mayenne , et qui rendit la «vie à l'illustre auteur de la Nosographie , ainsi qu'une foule d'autres, donnent à la France une supériorité incontestable , sous ce rapport, sur tous les pays du monde. Ces vins sont beaucoup moins excitans que les vins étrangers et que ceux du midi , et sont préférables pour l'usage habituel.
Les vins blancs diffèrent des précédens en ce qu'ils sont privés de la matière colorante, et les vins mousseux en ce qu'ils contiennent de l'acide carbonique, qui provient de ce qu'on n'a pas permis à la fermentation d'arriver à son complément.
Le vin est loin d'être toujours pur et naturel.' La cupidité pousse beaucoup de spéculateurs à le falsifier, soit simplement pour en augmenter la quantité, soit pour lui enlever quelques qualités désagréables qui pourraient nuire à son débit. Si le vin contenait, toujours la même proportion d'ean, il serait facile
de s'assurer delà quantité ajoutée, au moyen de l'aréomètre • mais, comme nous l'avons vu, la. quantité d'alcool varie singulièrement selon cha'que espèce de vin , et souvent dans la même espèce. On ne peut donc reconnaître d'une manière indubitable cette espèce de fraude.
On ajoute quelquefois de la potasse pour arrêter la fermentation du vin , et pour saturer l'acide acétique qu'il contient en excès; dans ce cas, le vin renferme de l'acétate de potasse. Lorsque la proportion de ce sel est plus considérable que dans l'état ordinaire, on le reconnaît aux caractères suivans : On le fait évaporer jusqu'à consistance sirupeuse , pjiis on l'agite pendant quelques minutes avec une faible quantité d'afcool à 35°; on chauffe légèrement; l'alcool dissout l'acétate de potasse, on filtre. Le liquide alcoolique, d'un jaune rougeâtre, est divisé en deux parties; une d'elles est traitée par l'bydrochlorate de platine qui produit un précipité jaune serein , preuve de l'existence de la potasse ; l'autre partie est évaporée jusqu'à siccité , et le produit est mis en contact avec l'acide sulfurique concentré, qui en dégage des vapeurs d'acide acétique reconnaissable à son odeur. Lorsque l'acétate de potasse que le vin, contient naturellement n'est pas en excès, ces réactifs1 donnent des résultats à peine sensibles.
Lorsque c'est la chaux ou la craie qu'on emploie au lieu de potasse, on évapore le vin jusqu'à consistance sirupeuse; on traite ensuite par l'alcool à 460 : la dissolution contient de l'acétate de cbaux , qui précipite e/i blanc par l'oxalate d'ammoniaque. Ce précipité donne de la chaux vive lorsqu'on la calcine dans un creuset. •
Lorsque le vin contient de l'alun, de la litharge , de la céruse, des oxydes de cuivre ou d'arsenic, voici comment ou les reconnaît : Si le vin est rouge, on le décolore en ajoutant une suffisante quantité de chlore liquide ; on laisse déposer le précipité jaune-rougeàtre qui se forme, puis on filtre ; la liqueur filtrée est évaporée et concentrée dans une capsule de porcelaine ou de platine. Lorsqu'elle est réduite au tiers de son volume , on la filtr.e de nouveau pour la débarrasser d'un précipité rougeâtre qui s'est formé pendant l'évaporation, et on la traite par les réactifs propres à dilater les dissolutions aqueuses d'alun , de plomb, de cuivre ou d'arsenic. Elle contiendra de l'alun si elle offre une saveur astringente, et si elle précipite, i° en blanc
VIN 335 par l'ammoniaque et par la potasse : ce dernier alcali doit redissoudre le précipité; 2° en blanc par le sous-carbonate de soude ou de potasse; 3° en blanc par le nitrate ou l'hydrochlorate de baryte: le précipité est du sulfate de baryle insoluble dans l'eau et dans l'acide nitrique. Elle contiendra de l'arsenic , si elle précipite l'eau de chaux en blanc. Ce précipité, composé d'oxyde blanc d'arsenic et de chaux , est soluble dans une dissolution aqueuse d'oxyde. Si on la mêle avec l'acide hydrosulfurique gazeux , ou si on la dissout dans l'eau , elle détermine la formation d'un sulfure d'arsenic d'un jaune doré qui se précipite. Si, au lieu d'acide hydrosulfurique, on emploie les hydrosulfates de potasse ou de soude , on n'obtient point de précipité , à moins qu'on n'ajoute quelques gouttes d'acide nitrique , hydrochlorique ou sulfurique : alors il se forme un sulfure jaune, etc. La liqueur contiendra de l'acétate de cuivre, si la dissolution est d'un bleu foncé, d'une saveur forte, styptique; si la potasse, la soude, la baryte, la décomposent, forment des acétates solubles , et précipitent du deutoxyde bleu entièrement soluble dans l'acide nitrique; si l'ammoniaque , versée en petite quantité dans l'acétate de cuivre dissous, y fait naître un précipité bleu de deutoxyde de cuivre, qui se dissout avec la plus grande facilité pour, peu qu'on ajoute d'ammoniaque : le prussiate de fer ou de potasse précipite la dissolution en brunmarron ; l'acide hydrosulfurique et les hydrosulfates forment un précipité de sulfure de cuivre noir, etc. La liqueur contiendra de l'acétate de plomb , si elle est inodore , sucrée , styptique ; si elle verdit le sirop' de violette ; si les alcalis ou les solutions alcalines produisent un précipité de pro'toxyde de plombhydraté , qui jaunit à mesure qu'on la dessèche: il suffit de mêler ce précipité avec du charbon , et de faire rougir le mélange pendant vingt minutes, pour obtenir du plomb métallique. Si l'on verse de l'acide sulfurique ou un sulfate soluble dans la liqueur, on obtient un précipité blanc de sulfate de plomb : l'acide hydrosulfurique et les hydrosulfates produisent des sulfures de plomb noir, etc.
L'antimoine , le sublimé oorrosif , ne pouvant être racles au vin que dans une intention criminelle, c'est à la médecine légale qu'il appartient défaire connaître ces mélanges. On reconnaîtrait que l'eau- de-vie a.été mêlée au vin , en la jetant dans un brâsier bien ardent: le liquide s'enflamme s'il est récent, il exhale d'ail-
33f> . VIN
leurs une forte odeur d'eau-de-vie. Les procédés employés pour reconnaître qu'on a mêlé du poire au vin nous paraissent bien incertains. Lorsque le vin a été frelaté par des matières colorantes, on peut découvrir la fraude au moyen des dissolutions d'alun de proto - hydrochlorale , et de deuto - hydrochlorate d'étain : il se forme divers précipités qui décèlent la supercherie. ( Voyez les Leçons de médecine légale de M. le professeur Orfila, dont cette section est extraite.)
L'eau-de-vie et les liqueurs alcooliques sont souvent mêlées à du poivre , du poivre-long , du stramoine- ou de l'ivraie, dans l'intention d'augmenter leur force. On les reconnaît en faisant évaporer la liqueur; l'alcool se dissipe, et l'âcreté ou l'amertume de Ja substance se prononce de plus en plus, à mesure que l'évaporation est poussée plus loin. On reconnaît le laurier-cérise à l'odeur d'amandes amères qu'offre la liqueur, au précipité de bleu de Prusse que produit, au bout de quelques heures , le mélange de potasse, de sulfate de fer et d'acide sulfurique. L'eau-dervie , produite par la distillation du vin, diffère de celle qu'on obtient par le mélange de l'alcool et de l'eau , en ce qu'elle rougit le papier de tournesol.
Les marchands falsifient aussi la bière et le cidre par les mêmes ingrédiens qu'ils emploient pour le vin; on découvre la fraude par les mêmes procédéi.
Le vin est sujet à diverses altérations spontanées, qui sont d îes la plupart .à la continuation de la fermentation ; il se trouble, devient filant, perd sa couleur, pas'se à la fermentalion acide, etc. Ce n'est pas ici le lieu de traiter de ces diverses maladies du vin qui sont, d'ailleurs faciles à reconnaître, et dont on peut par conséquent éviter aisément les funestes effets..
Ainsi que l'eau, le vin exerce sur l'économie animale une ac lion différente, selon sa composition , sa quantité , le moment où il est pris, la température même ; cette action est immédiate ou éloignée, elle résulte de l'usage ou de l'abus accidentel du vin, ou de son habitude.
La fermentation développe, avons -nous dit, un principe particulier connu sous le nom d'alcool. Ce principe peut rester mêlé à la liqueur qui a subi la fermentation , et c'est dans cet état qu'il existe dans le vin , le cidre , la bière , le poiré, l'hydromel; ou il peut en être isolé au moyen de la distillation, et devenir, par son mélange avec d'autres substances, la base
VIN 337 de quelques boissons. Ce principe, dont nous devons la connaissance aux Arabes, exerce sur l'économie animale la plus puissante influence. Son état de concentration , sa quantité plus ou moins considérable, sont même la principale cause des effets que produisent les liqueurs fernientées. Il est nécessaire cependant, pour apprécier au juste l'effet des vins , de faire attention à quelques autres qualités qu'ils possèdent. Ainsi, la division générale de Sinclair nous paraît très-convenable. Les vins acides sont en général moins alcooliques que les autres ; mêlés à l'eau , ils étanchent la soif, sont peu capiteux, et dissolvent assez bien les alimens. Leur usage prolongé n'est pas sans incouvéniens; ils produisent des embarras gastriques et intestinaux, des irritations aiguës et chroniques du canal digestif, et favorisent surtout l'exhalation gazeuse de sa membrane muqueuse. Les vin doux et sucrés sont d'une digestion assez laborieuse ; ils contiennent beaucoup d'alcool, sont très-nutritifs et réparateurs ; ils apaisent peu la soif, n'agissent que comme stimulans , et non comme dissolvant les alimens ; il convient de n'en prendre qu'une petite quantité. Les vins légers doivent être préférés pour l'usage ; ils sont d'une digestion facile, contiennent assez d'alcool , stimulent l'action des viscères gastriques , mais ils nourrissent peu. Enfin, les vins après et astringehs , qui doivent celte qualité à ce que le raisin n'a pas reçu son dernier degré de maturité , peuvent être Utiles dans une foule de circonstances où il peut être dangereux d'agir sur le cerveau. Ces vins sont peu alcooliques, portent leur action sur les organes gastriques, qu'ils peuvent même altérer lorsqu'ils ont trop de verdeur. Ces divisions sont assez satisfaisantes; mais il est difficile d'y rattacher toutes les espèces de vins connus. Le meilleur moyen d'apprécier leur énergie, ce sera toujours de connaître la quantité d'alcool qu'ils contiennent.
Avant de signaler les effets immédiats et les effets éloignés des liqueurs fermentées' , il est bon de dire que ces effets sont d'autantplus prononcés que la quantité de liquide consommé est plus grande ; que si l'on prend ces liqueurs lorsque l'estomac est vide, leur action est plus prompte et plus forte : à jeun , patconséquent, ces liqueurs agissent violemment : c'est donc un précepte fort sage que de les interdire dans ce moment.
Aussitôt que le vin est introduit dans l'estomac , il détermine sur ses parois une irritation qui se manifeste par un sentiment
assez agréable de chaleur. Ce sentiment , qui devient perceptible, est éprouvé par les nerfs qui se distribuent à ce viscère, qui, réagissant sur la circulation, augmentent son action générale, et appellent localement le sang sur les parties du ventricule. Ce mouvement occasione un surcroît d'énergie dans ce viscère , et augmente les forces digestives. C'est alors comme assaisonne-r ment que le vin agit. Il ne dissout pas les alimens, et n'apaise nullement la soif, à moins qu'il ne soit mêlé à l'eau. J'ai ouï dire à des militaires qui avaient , en Espagne , éprouvé l'horrible tourment de la soif, qu'ils auraient donné tous les vins du monde pour un verre d'eau. Bientôt le vin est absorbé, et passe dans le torrent de la circulation , au moyen de laquelle il va stimuler tous les organes , et réveiller leur action endormie. Celui de tous qui ressent le plus vivement son influence , c'est le cerveau. Mais sont-ce les organes de la circulation qui transmettent l'influence au cerveau? n'est-ce que par l'impression directe des nerfs , par une action spéciale de l'alcool sur les organes de l'innervation ? C'est ce qu'il sera toujours fort difficile d'apprécier. Beaucoup de narcotiques semblent agir directement sur les nerfs et le cerveau , sans l'intermédiaire de la circulation.
Quoiqu'il en soit, rien n'est plus bizarre, plus singulier que cette propriété des liqueurs fermentées , et de quelques substances narcotiques, de faire perdre l'usage de la raison. A peine a-t-on bu une certaine quantité de vin , quantité qui varie suivant une foule de circonstances individuelles , qu'un engourdissement général se^anifeste; la peau des tempes et du front perd de sa sensibilité ; les mâchoires s'engourdissent , la langue s'embarrasse, l'élocution est pénible; une pesanteur de tête sus-orbitaire se manifeste. Si l'on augmente la dose de liquide, une sorte d'hilarité se manifeste ; un rire continuel et involontaire, et sans cause , s'empare de l'individu ; il entrevoit dans les objets des rapports bizarres, extraordinaires, qui. enfantent dans son imagination les idées les plus singulières , et comme il n'est retenu par aucun frein, il les énonce, ce qui donne naissance à une foule desaillies spirituelles, dont il n'aurait pas été capable dans son état ordinaire. Les idées se succédant en foule, il est loquace , il dit tout ce qu'il pense , ses sccret9 et ceux d'autrui ; et comme les instrumens des sens sont en général obtus , et que les convives partagent ordinairement cette gaité , il est bruyant,
VIN 33i) il crie au lieu de parler : à cette joie bruyante , qui caractérise le premier degré de l'ivresse , succède bientôt un véritable délire. Alors iucohérence totale des idées , passions exaltées , perverties ou diminuées, tristesse, morosité, taciturnilé, colère, éclats de rire immodérés , pleurs involontaires , bégaiement, mussitation, etc. : l'homme a perdu dès lors le beau de ses attributs.
Mais si la raison est un don sublime qui fait de l'homme un être si incompréhensible , si merveilleux; s'il est abject de renoncer volontairement à l'immense supériorité qu'elle nous donne sur le reste des êtres qui respirent, il est impossible de ne pas convenir qu'elle fait, payer bien chèrement des dons si précieux. Aussi s'est-il trouvé beaucoup de philosophes et surtout des poètes qui ont rabaissé ses avantages , au point de préférer le sort des brutes. Les maux qu'elle nous cause sont si cuisan9 , que l'homme s'est estimé fort heureux d'avoir trouvé une boisson consolatrice qui pût le débarrasser, et de sa raison et de ses chagrins. Le grand Caton, ce philosophe qui poussa l'austérité jusqu'à la barbarie , s'enivra quelquefois ; et il n'est pas jusqu'aux . peuples sauvages qui n'aient trouvé le moyen de se débarrasser de ce censeur importun, par l'usage de quelque boisson fermentée. Les Moxes, nation la plus barbare de l'Amérique, font une liqueur très-forte avec des racines pourries qu'ils infusent dans l'eau. D'autres sauvages font avec le maïs une liqueur appelée chicha, avec laquelle ils, s'enivrent fréquemment.
Cependant, malgré ces beaux raisonnemensdes philosophes et des poètes, etmalgrél'exempleimposantque nous venons de citer, il est incontestable qu'indépendamment des maux sans nombre qu'enfante l'abus des liqueurs spiritueuses , il en résulte encore la dégradation morale la plus vile et la plus méprisable. L'homme qui s'abandonne à eet excès coupable n'est plus touché par le grand , le beau et le bon; toute idée généreuse est étouffée chez lui sans ressource. Incapable de travail physique ou intellectuel, il ne peut être utile à ses concitoyens ; l'humanité, le désintéressement, la tempérance, source de toute qualité brillante et utile, sont bannis de son cœur.
Ce serait être bien rigoureux que de proscrire l'usage modéré du vin pendant les repas. Il est bien vrai que l'on pourrait fort bien s'en passer , si l'on avait la sagesse de ne pas manger outre mesure, et de ne pas user d'alimens qui fatiguent l'estomac. Si,
34o VIN
d'aillèurs, une foule de causes, résultat de notre civilisation, ne diminuaient l'action de ce viscère. Mais puisqu'il est impossible de se soustraire à ces influences dans l'état social où nous vivons , nous trouvons dans l'usage modéré du vin un moyiiu avantageux de neutraliser ces influences.
Mais si rien n'est plus vil que l'ivresse, plus abject et plus dégoûtant que l'ivrognerie , rien n'est en même temps plus nuisible. Pour quelques individu» qui supportent impunément ces excès, une multitude succombe prématurément ou devient la proie d'une foule de maladies. M. Muret ayant eu la curiosité d'examiner dans le registre mortuaire de la Suisse combien de morts pouvaient être attribuées à l'ivrognerie , en 'trouva le nombre si grand, qu'il estimait qu'elle tue plus de monde que toutes les maladies les plus perfides et les plus meurtrières. Il faut ajouter que les registres mortuaires de la Suisse sont beaucoup mieux tenus que ceux de Paris. Ici, un médecin qui n'a pas vu le malade atteste qu'il est mort de telle affection, ce qui n'est presque jamais vrai. Mais en Suisse, c'est le médecin qui a soigné le malade qui donne lui-même les renseignemens. Ainsi , la réflexion de M. Muret acquiert beaucoup de poids. Et des gens ont osé faire l'éloge de l'ivresse !
Plus les liqueurs fermentées sont concentrées, plus leurs effets sont dangereux. Aussi les éaux de-vie sont-elles bien plus funestes que les vins; elles produisent l'ivresse avec plus de promptitude, et déterminent bien plus sûrement et avec plus d'intensité des résultats funestes analogues. Leur usage, même modéré, use rapidement l'organisation ; car l'augmentation de l'activité des organes a toujours lieu au détriment de leur durée. Ces boissons font vivre vite , dans toute la force du terme.
Si nous jetons un coup d'ceil sur l'usage du vin dans les différentes circonstances individuelles de 1 âge , du sexe , de la- constitution, etc., nous verrons qu'on doit le modifier suivant un* assez grand nombre de cas. Et d'abord , dans les premiers inomens de la vie, cette liqueur est en général trop forte, trop excitante , pour des organes encore informes et doués d'une excessive sensibilité. Si l'enfant est constitué d'une manière robuste, il sera préférable de ne lui donner que de l'eau pour toute boisson , ou de l'eau à peine teinte. On doit cependant faire quelques exceptions pour les enfans des villes, pour ceux qui habitent des pays humides et froids, ou humides et chauds ; on doit aussi
vin 34 1
en permettre l'usage'pendant les saisons qui offrent les mêmes qualités. Mais si l'enfant robuste peut s'abstenir du vin, il n'en est pas de même de celui chez lequel prédomine le système lymphatique, qui, par cette disposition , offre une fâcheuse tendance aux scrofules , chez celui qui est sujet aux engelures, etc. L'usage modéré d'un vin vieux et généreux peut avoir , dans ces circonstances , l'influence la plus avantageuse.
Si les enfans en bas âge peuvent se passer de vin, à plus forte raison les enfans qui approchent de l'adolescence; et les jeunes gens devraient s'en abstenir, ou du moins n'en jamais boire de pur. Il ne peut y avoir d'exception à cet égard que pour certaines constitutions ou pour certaines dispositions morbides, ou bien encore pour certaines circonstances d'habitations , de climat, de saisons , etc.
Dans quelque âge que ce soit, le vin doit être pris avec modération ; mais l'on conçoit facilement que s'il est un âge où il puisse être utile , c'est lorsque les années portent atteinte aux forces générales et diminuent l'irritabilité des olganes : alors on peut en conseiller l'emploi.
Le vin est plus funeste aux femmes qu'aux hommes ; elles paient plus chèrement qu'eux les excès qu'elles peuvent commettre. La perte de leur beauté en est la première, et peut-être Ja plus cruelle punition. Les inflammations "chroniques de l'estomac et des intestins, celles du foie, et enfin de tous les organes qui concourent à la digestion; les hypertrophies, et les anévrysmes du cœur et des gros vaisseaux ; les infiltrations consécutives, les dégénérescences squirrheuses de la plupart des viscères , etc. , sont les fruits amers de leur intempérance. Ces accidens qui n'épargnent pas les hommes, sévissent bien plus promptement et avec bien plus de rigueur sur Les femmes. On en conçoit aisément la raison organique dans la mollesse de leurs tissus , et dans leur irritabilité beaucoup plus grande.
Relativement aux constitutions , celle qu'on a nommée lymphatique , et qui est caractérisée par l'atonie des divers appareils de l'organisme, est peut-être la seule à laquelle l'usage du vin soit réellement utile.
Mais aucune n'est plus opposée à cet usage que celle où prédomine le système de l'innervation.
En thérapeutique, on peut tirer quelques avantages de l'emploi du vin. On pense bien que ce sont les maladie? avec hy-
34a VIN
postbénie qui peuvent seules réclamer ce moyen. Nous pensons que quelques auteurs anciens et modernes ont beaucoup exagéré l'efficacité du vin. Cette liqueur est loin d'être une panacée, et nous la croyons contre-indiquée dans le plus grand nombre des maladies. Toutes les inflammations et les bémorrhagies avec bypersthénie doivent en faire proscrire l'usage. Quelques médecins plus modérés que ceux dont nous venons de parler, croient que le vin peut être favorable dans quelques maladies nerveuses i dans la mélancolie, dans la manie tranquille, dans l'hypochondrie, dans l'hystérie. Nous ne saurions partager cette opinion. Ces maladies dépendant bien plus souvent d'une sur-excitation de l'encéphale et de ses dépendances que d'une faiblessé réelle de cet organe, nous croyons que le vin serait en général funeste aux personnes qui en sont atteintes. Mais dans les scrofules, dans le scorbut, dans les bémorrhagies avec hyposthénie, dans les inflammations avec adynamie, dans les leucorrhées chroniques , dans l'asthénie sénile , dans les épuisemens produits par d'abondantes excrétions, des pertes séminales réitérées, des bémorrhagies excessives,* par une abstinence prolongée, une alimentation de inauvaise nature , peu réparatrice, etc., le vin donné avec modération peut être un médicament vraiment héroïque. (rostan )
VINS MÉDICINAUX. On désigne ainsi des produits pharmaceutiques composés de vin et de quelques autres substances médicamenteuses. On distinguait autrefois les vins médicinaux préparés par fermentation du moût de raisin et des substances médicamenteuses, de ceux qui étaient obtenus par infusion Ûe ces mômes substances dans le vin déjà formé. Les premiers étaient loin de posséder les propriétés médicinales sur lesquelles on avait d'abord compté, parce que-la fermentation , en altérant le moût de raisin pour le faire passer à l'état d'alcool , changeait aussi la nature de plusieurs des drogues employées , au point de transformer lés purgatifs les plus violens en purgatifs à peine laxatifs, et de faire perdre à des sucs amers, résineux ou autres . M plupart des caractères qui les avaient fait choisir. 11 est aisé de sentir, d'après cela, que nous ne nous occuperons dans cet article que des vins médicinaux préparés avec le vin déjà tout formé , les autres n'étant plus usités.
La composition chimique des vins, dont nous devons faire l'histoire, n*êst pas toujours la même; tantôt le vin médicinal
VIN S/,3 n'est autre chose que du vin tenant en dissolution un, deux, ou un plus grand nombre de principes immédiats des végétaux, qui , dans ce cas, sont dissous par l'eau et l'alcool qui constituent le vin : tels sont* par exemple, les vins de kina , d'opium composé, etc. Dans certains cas, au contraire, la substance médicamenteuse qui a le vin pour excipient, n'est dissoute qu'après avoir subi une altération chimique, ou du moins qu'après avoir formé un sel sohible avec les acides acétique, malique et tartarique du vin; tels sont les vins chalybé et antimonié.
Les préceptes généraux qui doivent servir de guide dans la préparation des vins médicinaux, sont, i° de choisir des vins- de bonne qualité, c'est-à-dire limpides, suffisamment colorés, d'une odeur et d'une saveur agréables, et qui contiennent une assez grande quantité d'alcool : aussi préfère^t-on les vins de Malaga et de Madère, ét ceux du midi de la France. La nécessité de donner la préférence aux vins alcooliques sera facilement sentie, si on fait attention au but même de la préparation ; en effet , il ne s'agit pas ici de dissoudre dans le véhicule les principes gommeux-, extractifs ou autres , que l'eau seule aurait pu dissoudre , mais bien les substances résineuses, huileuses, sur lesquelles l'eau n'a point d'action; d'où il suit que plus le liquide se rapprochera de l'eau par sa nature , moins il sera apte à fournir un vin médicinal approprié ; d'ailleurs, il est reconnu que plus un vin est aqueux, et par conséquent propre à se charger de ces principes muqueux et extractifs , qui, de leur nature , sont trèsfermentescibles , plus il est disposé à fermenter , à se décomposer et à perdre ses propriétés médicinales; a° de prendre , autant que faire se peut, des substances médicamenteuses sèches , à moins que par la dessiccation elles ne perdent leurs propriétés médicinales : on conçoit , en effet , qu'en employant .des drogues humides, la partie alcoolique du vin se trouve affaiblie, et qu'il y ait alors dissolution des principes muqueux et extractifs qui, comme nous l'avons déjà dit, favorisent la fermentation et la décomposition du vin ; 3° de faire usagé de vins très-' généreux et même d'alcool, dans le cas où l'on serait forcé d'employer des substances fraîches , comme par exemple dans la préparation du vin antiscorbutique : on cherche alors à compenser par la force de l'alcool le mauvais effet qu'a dû produire l'humidité; 4° de ne jamais recourir à une trop forte expression de la substance médicamenteuse, de crainte de rendre le vin
mucilagineux; 5° de se borner à une simple macération en vaisseaux clos, pour éviter l'évaporation de l'arome et du principe alcoolique ; 6° enfin , de conserver ces vins dans des flacons bien bouchés et toujours pleins; autrement, ils deviennent aigres et finissent par se décomposer : cette décomposition arrive d'autant plus promptement, que les vins sont plus composés. On peut assurer que le meilleur vin médicinal ne se conserve pas plus d'un an , même dans des vases bien clos et renfermés dans une cave bien fraîche. C'est en grande partie pour s'opposer à l'altération dont nous parlons , que Parmentier a proposé de préparer les viqs .médicinaux en mêlant les vins .naturels avec la teinture alcoolique (alcoolat) des substances que l'on veut faire entrer dans les vins ; en effet, ces mélanges sont beaucoup moins altérables , mais remplissent-ils bien les mêmes indications que les vins obtenus comme nous l'avons dit d'abord? Tout porte à croire que non , parce que certainement la teinture alcoolique vineuse et le vin médicinal ne constituent pas' un médicament absolument identique.
Les vins médicinaux peuvent être distingues en simples et composés.
Fins médicinaux simples. — Vin d'absinthe. On triture dans un mortier de marbre , pendant dix minutes , quatre onces de sommités sèches d'absinthe, et quatre livres de vin de Chablis; on exprime et on filtre. Ce vin est très-amer et susceptible d'une longue conservation. Il est tonique, vermifuge, emménagogue. On le prend à jeun depuis deux onces jusqu'à six. Vin de quinquina. On fait macérer pendant quarante-huit heures, à la température de io à 12°, deux onces de quinquina concassé dans deux livres de vin de Bordeaux ou d'Espagne; on passe aveo expression et on filtre. Si on agissait avec du vin de Bourgogne moins spiritueux, on prolongerait la macération pendant dix à douze jours. Le Codex prescrit d'employer un mélange de trois onces et demie de vin et de demi-once d'alcool à 11 degrés (forte eau-devie). Le vin de quinquina perd sa couleur rouge au bout d'un certain temps, ce qui dépend du tannin qu'il contient, et qui finit par précipiter la matière colorante. Il est tonique et administré à la dose d'un à deux verres par jour. ( Voyez quinquina. ) Vin scillitique. On fait macérer pendant dix ou douze jours une once de scille sèche, et divisée en Lumières , dans une livre de vin de Malaga : au bout de ce temps , la scille s'est gon-
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fiée et •> cpdé Ions ses principes solubles ; on pijs.se à travers un linge, et on filtre au papier. Si, au lieu de vin de Malaga, on faisait usage de vin ordinaire , le médicament aurait des propriétés émétiques. Le vin scillitique est administré comme diurétique, excitant, etc., depuis une once jusqu'à six j>ar jour. Vin chalybê , martial, ferrugineux. On introduit dans une bouteille deux onces de limaille de fer non oxydée et réduite en poudre fine, et deux livres de vin blanc; on bouche bien , et on agite plusieurs fois par jour • au bout de buit jours , on filtre la liqueur etonla conserve. Pendant cette opération , le fer s'oxyde aux dépens de l'oxygène de l'jeau , et il se dégage un peu d'hydrogène : le protoxyde de fer formé, se dissont, dans les acides libres du vin ( acétique, malique, tartarique); en sorte que le médicament sera d'autant plus ferrugineux , que le vin sera plus acide: aussi reniarque-t-on que le vin d'Espagne, qui contient moins d'acide que le vin blanc ordinaire, est moins propre à fournir le -vin chalybé. Ce vin est toniquè , apéritif et emménagogue : on l'administre depuis deux. gros jusqu'à deux onces, dans une tasse d'infusion d'armoise ou de toute autre liqueur analogue. Vin émétique. Vin antimonié. On fait dissoudre deux parties de tartrate antimonié de potasse dans mille parties de vin blanc généreux; on peut toutefois augmenter ou diminuer cette dose. Autrefois , on obtenait ce vin en dissolvant dans deux livres de vin blanc quatre onces de foie d'antimoine (oxyde d'antimoine sulfuré demi-vitreux ) ; les acides libres du vin finissaient par dissoudre une partie de l'oxyde métallique; mais il est aisé de voir que les effets de ce médicament ne pouvaient pas être constans, lorsqu'il avait été préparé par ce dernier procédé, parce qu'il contenait une quantité d'oxyde proportionnelle à celle des acides libres du vin. Le vin antimonié est d'un jaune plus ou moins foncé , d'une saveur douceâtre et légèrement styptique, transparent ou trouble; il rougit, le papier de tournesol : évaporé, il fournit de l'alcool. Si l'évaporation est poussée jusqu'à siccité , et que le produit sùit calciné avec du charbon, on en obtient de l'antimoine métallique ; l'eau ne le précipite point;- mais l'acide hydrosulfurique y fait naître un précipité rouge plus ou moins foncé. Il est encore employé quelquefois, sous forme de lavement, comme irritant, depuis deux gros jusqu'à quatre onces.
Vins médicinaux composés. — Vin antiscorbutique. Pour ob-
tenir ce vin , on prend une once de racine fraîche de raifort sauvage divisée en rouelles minces et dont on a coupé le collet, demi-once de feuilles fraîches de cochléaria , autant de cresson , de trèfle d'eau et de semences de moutarde entières, deux gros d'hydrochlorate d'ammoniaque, et environ deux livres de vin blanc généreux. On laisse macérer le tout dans un vase clos pendant quatre ou cinq jours, en ayant soin d'agiter île temps en temps; on passe avec une légère expression et on filtre : quelque bien filtrée que soit la liqueur, elle n'est jamais limpide. On ajoute alors demi-once d'alcoolat de cochléaria , pour compenser , en quelque sorte , l'effet de l'humidité fournie par les plantes vertes dont on s'est servi. MM. Chevalier et Idt ont proposé d'ajouter cet alcoolat pendant que la macération se fait, pour faciliter la solution de l'huile volatile ét de la moutarde. Quoi qu'il en soit , il importe, pour bien réussir dans la préparation de ce médicament , de ne conttlser ni la racine ni les feuilles , de crainte de dissiper une grande partie des principes volatils; il ne faut pas non plus concasser les semences de moutarde, leur principe acre résidant dans une huile volatile que contient Tépisperme, et lés cotylédons renfermant une huile grasse qui se trouverait en suspension dans le vin , le troublerait et l'empêcherait de filtrer. On administre ce vin dans le scorbut et dans une foule d'affections scrofuleuses. La dose est depuis une once jusqu'à quatre.
Vin d'opium composé. V oyei laudanum.
Vin d'opium par fermentation. Voyez opium.