‹ Dictionnaire de médecine [electronic resource] (volume 2)Chapitre 41 sur 44 · UN · texte numérisé non relu

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RhINOPLASTLE , s. f., de p)v nez, et de nxie-ru former, fabriquer. On donne ce nom à l'art de refaire un nez. Malgré les doutes élevés sur l'authenticité des faits rapportés par Garengeot et par d'autres auteurs avant lui, il est assez généralement reconnu aujourd'hui qu'une portion du nez , quoique complètement détachée, peut dans certaines circonstances se réunir à la plaie saignante du visage. Mœmiken , Leyseri , Fioraventi , Loubey, Palfour, etc., rapportent qu'en Italie, où l'on coupait le nez à certains criminels , plus d'un supplicié s'est fait rajuster son nez avec succès. Dans l'Inde on était si convaincu de la possibilité de réunir le nez coupé à la plaie du visage, qu'on ordonnait au bourreau de le jeter dans un brasier aussitôt après l'exécution des condamnés. Dans celte partie du monde où les institutions de la féodalité donnaient aux maîtres un pouvoir atroce sur leurs esclaves, on a quelquefois coupé le nez à ceux-ci pour le placer sur le visage des premiers. D'autrefois on faisait un nez aux dépens des tégumens de la fesse, et l'on procédait ainsi : la plaie du visage étant saignante, l'opérateur choisissait un endroit de la fesse qu'il frappait avec une pantoufle jusqu'à ce !qu'il fût tuméfié ; il coupait en cet endroit un morceau de peau et du tissu sous-jacent de la grandeur et de la forme de la portion de nez amputée , et il le fixait solidement sur la plaie du visage , en ayant soin de mettre dans chaque narine un petit cylindre de bois qui devait s'opposer à leur occlusion. Une semblable opération a été pratiquée sur un individu qui a été depuis au service d'un parent de M. le docteur Dutrochet.

11 parait cependant, d'après le rapport du plus grand nombre des voyageurs, que cette méthode de refaire un nez n'est pas la plus usitée dans l'Inde. Une caste d'Indous qu'on appelle hoomas est en possession de remédier à cette mutilation de la manière suivante : avec de la cire pétrie et étendue en feuille, xxi. 33

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on prend la mesure de ce qu'il faut de peau pour recouvrir largement la plaie du nez; on applique cette cire sur le front et on la circonscrit par une ligne faite avec de l'encre ; on détache la portion de peau et de tissu cellulaire comprise dans cette ligne , moins une colonne qu'on laisse à sa base et près des sourcils, en communication avec le reste des tégumens, pour la nutrition du lambeau ; on rabat celui-ci en le retournant sens dessus dessous , an moyen d'une torsion faite à la colonne adhérente ; et après avoir ravivé la plaie du nez, on y applique ce lambeau, en ayant soin de bien affronter les bords, qu'on maintient d'ailleurs au moyen de bandelettes agglutinatives et d'un bandage approprié. Au bout de quelques jours, on forme des narines avec des bourdonnets de charpie, et vers le vingtcinquième ou le trentième jour, quand le nouveau nez est bien enté sur le visage, on coupe le pédicule qui l'attachait au front, et on s'occupe à perfectionner la forme du nouveau nez.

Cette méthode n'est connue en Europe que depuis 179?, mais il paraît qu'elle est en vogue chez les Indiens depuis des siècles. En i8o3 , elle échoua entre les mains de plusieurs chirurgiens de Londres; en i8i3 M. Lynn, et quelque temps après, M. Sutelisse de Rochdale la mirent en usage avec succès. M. le docteur Carpue a publié à Londres, en 1816, un ouvrage dans lequel il rapporte deux opérations semblables tentées par lui en 18 14 et 18 15, également avec succès. Enfin, M. le docteur Hulchinson n'a pas été moins heureux en 1S1S , en pratiquant l'opération que nous venons de décrire. L'observation qui lui appartient a été communiquée par le docteur Gilbert- Blane.

En Europe, la plus ancienne manière de refaire un nez consistait à emprunter, pour les ramener l'un vers l'autre sur la ligne médiane , deux lambeaux de peau pris à droite et à gauche des cavités nasales. Mais pour éviter les difformités qui résultaient nécessairement d'un tiraillement forcé sur les tissus de la face, on imagina bientôt de prendre sur le bras de l'opéré le lambeau de peau nécessaire pour lui refaire un nez. Dans celte dernière méthode, dite Italienne ou de Taliacot , quoiqu'elle remonte à deux siècles avant que ce chirurgien en; fit le sujet de son livre, on faisait sur le bras ce que les Indiens font sur Je front ; et pour que le lambeau de peau converti en nez fût nourri par les vaisseaux du bras jusqu'à ce qu'il se fût

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greffé sur les téguniens de la face , on relevait et on fixait ie bras sur la {été. Telle est la méthode qui a réussi entre les mains de Salmuth, Jean Griffon , et qui dans ces derniers temps a été avantageusement modifiée par M.Graè'ff de Berlin. M. Graè'ff, qui a plusieurs fois pratiqué l'opération qui consiste à refaire un nez, comme on peut le voir dans sa Rhinoplasticf;, publiée à Berlin en 1818, avait, suivant le précepte de Taliacot, laissé dans la première de ces opérations un long intervalle de temps entre la dissection des parties latérales du lambeau et la section de son extrémité supérieure : mais reconnaissant bientôt combien cette pratique est défectueuse, il a dans les opérations suivantes détaché de suite l'extrémité supérieure du lambeau, et il a appliqué celui-ci incontinent sur la plaie saignante du visage. Aussi le premier opéré de M. Graëff n'a-t-il été guéri qu'après onze mois de traitement et beaucoup de souffrances, tondis que le second l'a été en moins de deux mois. Chez ce dernier, dès le quatrième jour Ja réunion parut si bien faite que le chirurgien ne balança pas à couper et à enlever les fils des sutures , et au sixième il coupa le pédicule du bras , qu'il dégagea aussitôt des entraves dans lesquelles il avait dû le tenir attaché.

A cette modification importante apportée par le chirurgien de Berlin au procédé de Taliacot, il faut ajouter que M. Graè'ff a soin de prendre avec du papier ou de la basane blanche, sur un modèle de nez de carton assorti au visage, la mesure du lambeau de peau nécessaire pour en faire autant que possible une copie vivante. Il assure que moyennant ces précautions il a obtenu un tel succès qu'à peine le nez refait différait- il du nez naturel , et qu'il en remplissait complètement les fonctions.

Bien qu'un chevalier de la cour de Henri ni, suivant Ambroise Paré , eut éprouvé les bons effets de l'art de refaire les nez, aucun chirurgien français n'avait, que je sache, tenté cette opération, lorsque M. Delpech de Montpellier eut occasion de la pratiquer. C'est suivant la. méthode indienne , c'est-à-dire celle qui consiste à emprunter au front les tissus nécessaires à la restauration du nez, que M. Delpech a opéré, et avec un succès très-satisfaisant, à ce qu'il paraît. Il en est de même, dit-on, d'opérations semblables pratiquées peu de temps après M. Delpech à Marseille par M. le docteur Mouleau et à Àix. par M. Thomain.

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Tout récemment, M. le docteur Lisfranc a également refait un nez par la méthode indienne, mais en la modifiant avec avantage, afin d'éviter la saillie choquante qui résultait de la torsion sur lui-même du' lambeau des tégumens du front. M. Lisfranc prolonge son incision trois ligoes plus bas à gauche qu'à droite ; par là, il est, dispensé de remédier plus tard à cette difformité qu'on ne corrigeait que par l'extraction de l'excédant des parties formant le pédicule du nouveau nez.

M. Geoffroy St.-Hilaire , dans son rapport à l'Académie des Sciences sur le mémoire de M. Lisfranc, ajoute : « Afin de rafraîchir les bords de la plaie sur laquelle doit s'appliquer le lambeau du front, M. Lisfranc pratique le long de ses bords une incision qui divise perpendiculairement la peau, et dont il dissèque légèrement le lambeau externe, de manière à obtenir une rainure assez large pour y enchâsser parfaitement le bord du nez artificiel. Par excès de précaution, des bandelettes agglutinatives très-légèrement serrées ont été mises en usage. Par là, l'opérateur a évité la suture dont l'emploi est douloureux, et qu'il devait d'ailleurs absolument rejeter à cause des cicatrices anciennes que présentait la face de son malade. Enfin, pour soutenir plus efficacement les tissus , et maintenir libres et ouvertes les sous-cloisons des narines, suivant les expressions du rapporteur de l'Académie des Sciences , M. Lisfranc « a fait usage de compresses composées de parties qui se remplaçaient Javec facilité « , et « de rubans de plomb laminé qu'il roulait sur euxmêmes. » Par l'emploi de ces divers moyens, M. Lisfranc a obtenu un succès aussi complet que possible.

( j. cloquet. )

FIN nU VINGT ET UNIEME ET DERNIER VOLUME.

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