‹ Dictionnaire de médecine [electronic resource] (volume 2)Chapitre 40 sur 44 · PRO · texte numérisé non relu

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Dans une division particulière, on réunirait tous les artisans que leur profession oblige à respirer des vapeurs ou molécules nuisibles , et qui pèchent en même temps par excès ou par défaut d'exercice , c'est-à-dire qui sont exposés à toutes les influences des classes précédentes, comme les boulangers, les amidonniers , les blanchisseuses , etc.

Dans ce tableau il n'est nullement question des ouvriers exposés habituellement à une forte chaleur, à une vive lumière , aux intempéries de l'air , à l'humidité ; et un oubli qu'on n'aurait pas dû craindre de la part de l'auteur du Système des Connaissances chimiques , c'est celui des savans et des gens de lettres , c'est-à-dire des personnes qui exercent principalement le cerveau.

Tout récemment on à divisé les professions en celles qui exigeaient une forte contension d'esprit ; en celles qui , purement mécaniques , n'exerçaient que point ou peu le cerveau ; enfin en celles qui exerçaient également le cerveau et les organes locomoteurs. Cette division peut être bonne lorsqu'on rie s'occupe que du cerveau ; mais il est évident qu'elle est vicieuse pour l'hygiène , puisqu'elle passe sous silence des causes modificatrices qui méritent la plus haute importance.

Les mêmes actes ne peuvent être sans cesse répétés sans introduire dans l'organisme des mutations évidentes. Une pareille proposition peut se passer de développement. Constamment soumis aux mêmes influences , se livi'ant tous les jours aux mêmes travaux , qui exigent toujours les mêmes mouvemens , incessamment entouré des mêmes objets , respirant la même atmosphère , recevant les mêmes impressions, il est impossible que dans l'exercice de sa profession l'homme ne contracte pas une organisation particulière. Ces modifications organiques deviennent causes prédisposantes de diverses maladies; il est peu de vérités médicales plus solidement établies.

Lorsqu'un individu embrasse un nouvel état , il ne tarde pas à se manifester dans l'exercice de ses fonctions des cbangeniens qu'on attribue avec raison à cette cause. Peu à peu il se familiarise avec ces agens inaccoutumés, il se plie à leur action, il en reçoit une empreinte spéciale , facile à reconnaître même pour les yeux les moins observateurs. Si nous portons nos regards sur certaines classes d'ouvriers, nous voyons qu'ils offrent tous un aspect qui leur est propre. Les uns, exerçant certaines

PRO 499 parties, offrent dans ces parties un développement remarquable. Ceux-ci présentent des épaules larges et arrondies; ceux-là des jambes volumineuses ; l'un est brûlé par l'ardeur du soleil , l'autre est étiolé par l'obscurité. Chez quelques-uns l'appétit, la digestion et toutes les fonctions individuelles sont pleines d'énergie ; chez d'autres, elles languissent dans une profonde atonie. L'embonpoint distingue une classe d'ouvriers ; la maigreur est le triste partage d'une autre. Le cerveau et le système nerveux prédominent chez le savant, l'homme de lettres-, le poëte et l'artiste ; ils s'atrophient pour ainsi dire chez les artisans , qui ne font usage que de leurs mains.

Ces remarques physiologiques , sur lesquelles nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'insister, nous font assez pressentir quels effets les professions doivent exercer sur les maladies.

On concevra facilement que des affections devront naître par des mouvemens vicieux , par des exercices excessifs, ou par l'inaction ; par la respiration de l'air insalubre des ateliers ; par celle de gaz méphytiques ou délétères ; par l'action d'une chaleur excessive, ou d'une humidité constante. Mais en reconnaissant que ces causes doivent engendrer une multitude de maladies, gardons-nous d'oublier que certaines idiosyncrasies donnent à quelque* individus l'heureux privilège de résister à la puissance de ces causes destructrices , tandis qu'elles disposent quelquefois à recevoir leur funeste influence. Gardonsnous d'oublier surtout que l'habitude , que nous avons signalée comme un modificateur si puissant de l'organisme , peut le façonner de telle sorte que toutes ces causes viennent expirer sur des organes exercés à leur résister.

Mais si les professions préparent et développent certaines maladies, semblables à l'action de certaines substances délétères, ne peuvent-elles pas aussi devenir quelquefois un heureux préservatif? Sans ajouter trop de foi à une assertion générale , ne peut-on pas croire avec Piamazzini que les ouvriers qui travaillent aux mines de cuivre et les salpêtriers sont la plupart du temps exempts des maladies des yeux? que ceux qui exercent fortement leurs extrémités inférieures sont rarement frappés de la goutte? que les femmes qui passent leur vie à faire des tissus sont peu sujettes à l'aménorrhée ? qu'enfin les plâtriers, les vidangeurs, les employés à la poudrette , les ouvriers qui travaillent le soufre , ne connaissent pas les maladies de la peau ?

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Ces considérations ont fait naître l'espérance de voir servir les professions de moyens curatifs pour certaines maladies.

Les ateliers , les manufactures qui laissent dégager des exhalaisons empoisonnées , tels que ceux des mégissiers, des tanneurs , des corroyeurs , des bouchers , des fabricans de cordes d'instrumens , de bleu de Prusse , etc., sont une cause si puissante d'insalubrité qu'elles peuvent entretenir dans les lieux où ils sont rassemblés des maladies habituelles. Un gouvernement attentif à la salubrité publique rejeta ces ateliers du seiu des grandes villes , et nous citerions ici le décret de Napoléon , si ce n'était pas envahir le domaine de l'hygiène publique.

C'est surtout pendant le règne meurtrier des maladies épidémiques ou contagieuses qu'on a pu s'assurer de la puissance des professions. Les observateurs de tous les temps ont été frappés en voyant tous les individus d'un même état périr victimes de la maladie , tandis que ceux qui exerçaient d'autres métiers bravaient impunément ses atteintes. Dans la terrible peste qui ravagea Marseille, tous les boulangers succombèrent ; les vidangeurs, les corroyeurs, les porteurs d'eau, les fabricans d'huile et les chasseurs échappèrent à ce fléa<u.

vToutes les professions ne promettent pas une carrière également longue» On a remarqué en général que la mortalité était d'autant plus considérable que les ouvriers étaient occupés à des travaux plus sales et moins lucratifs ; sans doute parce que toute leur vie n'est qu'une infraction continuelle aux lois de l'hygiène , et que leur faible gain ne leur permet pas de se procurer les moyens de résister , par un régime alimentaire convenable, à des causes incessamment agissantes: ce serait un but bien digne de la sollicitude d'un gouvernement paternel que de chercher à atténuer , sinon à détruire complètement, la pernicieuse influence de certaines professions.

De quelques professions en particulier. — Le nombre des professions est pour ainsi dire infini. Ce serait un travail bien superflu et bien déplacé dans cet ouvrage que de vouloir parler de chacune d'elles ; mais nous ne pouvons nous dispenser d'entrer cependant dans quelques détails relativement à celles qui produisent des effets plus profonds sur ceux qui les exercent.

Des professions qui exercent l'encéphale. — Les professions qui exigent plus particulièrement l'exercice de l'encéphale et le repos du corps méritent d'abord notre attention. Les gens de

PRO Soi lettres, les poêles, les peintres, les musiciens, les hommes d'état, de cabinet, les savans , etc. , sont exposés à des maladies particulières; ce que nous avons dit des travaux intellectuels nous dispense d'une description nouvelle des effets primitifs et consécutifs qui en sont la suite , et si le lecteur désirait avoir de plus amples détails, il les trouverait dans l'ouvrage de Tissot sur les gens de lettres , et dans l'écrit de M. Brunaud sur ce même sujet.

Pour se soustraire aux dangers qui les menacent, les personnes qui exercent beaucoup la partie de l'encéphale qui préside à la pensée , doivent s'astreindre à suivre un régime assez sévère. Bien que quelques hommes illustres soient parvenus à une longue carrière , ce n'est guère qu'au détriment de sa santé et qu'en abrégeant ses jours qu'on obtient cette réputation , cette gloire, que bien des philosophes regardent comme une vaine chimère , mais que beaucoup de personnes poursuivent de leurs vœux les plus ardens. Les conseils de l'hygiène peuvent modérer, éloigner et même détruire les maux auxquels s'exposent les gens de lettres.

Lorsque le travail est un plaisir , il est rare qu'il soit dangereux ; s'il est exécuté avec répugnance , au contraire , il peut devenir funeste. Cependant son opiniâtreté , quoiqu'il Soit agréable, entraine les suites funestes dont nous avons parlé, et le premier conseil qu'on doive donner aux personnes qui consacrent leur vie à la méditation , c'est de suspendre souvent leurs travaux. Si comme tout porte à le croire, et comme Tissot lui-même en était persuadé , chaque partie de l'encéphale est chargée d'une faculté différente , il ne sera pas sans avantage de varier le sujet de travail. L'une se reposera , tandis que l'autre entrera en fonction. Le moyen le plus efficace de reposer l'intelligence est de se livrer à un exercice actif. La chasse, la paume, le jardinage, l'équitation , la natation, opéreront une révulsion salutaire. La vue étant principalement en action dans les travaux littéraires , il sera fort avantageux de la reposer sur la verdure que les champs offrent avec profusion ; la promenade dans la campagne sera donc aussi utile qu'agréable ; et les poètes pourront y puisser de nouvelles inspirations , quoiqu'il leur soit plus avantageux d'oublier complètement l'objet de leurs études.

Lorsque la saison ou le temps ne permettront pas de suivie

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les préceptes que nous venons de tracer, il sera très-utile d'entendre ou de faire de la musique. Je pense cependant, malgré l'avis de savans pour lesquels je professe une haute estime, que la musique portant son action sur le cerveau, où elle produit quelquefois les mêmes résultats que l'étude , pourrait n'être pas sans inconvéniens dans quelques circonstances. A défaut des distractions dont nous parlons, rien n'est plus efficace que la conversation que l'on fait avec quelques amis , et dans laquelle b(ien souvent on retrempe son esprit. Les douceurs de l'intimité avec une personne qu'on aime sont très - propres à conjurer les dangers des excès dans les travaux intellectuels. Mais les savans , peu aptes d'ailleurs aux plaisirs de l'amour , ne doivent s'y livrer qu'avec une grande modération. L'estomac sans cesse détourné de ses opérations par les travaux de l'intelligence, est rarement bien robuste chez l'homme de lettres. Un estomac faible suit l'homme de lettres , a-t-on dit , comme l'ombre suit le corps ; on conçoit donc que les alimens ne devront pas être de même nature chez lui que chez les gens adonnés à des travaux pénibles. Chez ces derniers , une nourriture grossière , composée de substances fortement réparatrices et d'une digestion laborieuse , sera fort convenable; chez les premiers , au contraire, des alimens légers, d'une digestion facile, et médiocrement nourrissans, devront être préférés ; des viandes blanches, de la volaille , du poisson , des légumes herbacés feront la base de leur régime alimentaire; des fruits mûrs ou cuits leur seront aussi avantageux. Les alimens seront pris en quantité très-médiocre ; quelques légères doses d'un vin généreux aideront utilement les forces languissantes du ventricule ; le café pris modérément activera l'organisme entier , et l'encéphale ne restera pas étranger à cette douce excitation.

C'est une habitude bien funeste aux gens de cabinet de refuser à l'air toute entrée dans le lieu où ils se livrent au travail : ils ne sauraient lui donner un trop facile accès. Il faut (ce qu'ils font d'ailleurs la plupart du temps, mais par des considérations étrangères à l'hygiène), il faut qu'ils élisent leur demeure dans un étage élevé , qu'ils reçoivent en hiver l'influence bienfaisante des rayons solaires ; ils doivent cependant éviter avec soin de recevoir le soleil sur la tète , car , enclins qu'ils sont déjà aux affections cérébrales , cette cause occasionelle pourrait déler-

PRO 5o3 miner l'apparition d'accidens fâcheux. La chaleur de leur appartement ne devra pas s'élever au-dessus de 10 a i5°. R. en hiver. Il faut que l'homme qui travaille immobile n'éprouve pas l'impression du froid. Il se chauffera plus convenablement au moyen d'une cheminée qu'au moyen d'un poêle.

La propreté , que bien des savans négligent , est un devoir indispensable pour eux. Si la malpropreté est funeste, c'est surtout à ceux qui n'en détruisent pas les effets par un exercice puissant. Les lotions, les bains tièdes en hiver, et froids en été, doivent leur être recommandés. L'exercice du cerveau empêche de s'apercevoir des besoins que doivent faire naître les excrétions : celui qui étudie oublie souvent de les satisfaire. Il peut en résulter des inconvéniens graves qu'il est facile d'éviter avec un peu d'attention.

Ceux qui cultivent les sciences et les beaux - arts ont coutume de donner peu d'heures au sommeil : c'est assurément un grand tort : aucune condition ne réclame plus impérieusement le sommeil que celle dont nous parlons , puisqu'il est le repos de l'encéphale , organe exclusivement exercé dans ces travaux. Un repos trop prolongé aurait néanmoins les inconvéniens que nous avons déjà signalés.

Mais quelle est l'heure la plus convenable pour se livrer à l'étude, et quelle durée peut-elle avoir? Bien des personnes pensent que le travail du matin est préférable à tout autre à cause de la lucidité des pensées , de la fraîcheur de l'imagination , parce que dans ce moment les idées de la veille ont eu le temps de s'effacer; mais beaucoup de gens ont de la peine à se lever matin; et le cerveau reste long-temps engourdi avant de pouvoir entrer en exercice. Le silence de la nuit est préféré par quelques autres : mais le soir on est obsédé par les idées de la journée, l'excitation cérébrale se prolonge aussi souvent fort lard , et nuit au sommeil. Le milieu du jour est troublé par les affaires et par le bruit. Il est dans le choix de tous ces momens des inconvéniens et des avantages ; le meilleur conseil qu'on puisse donner à cet égard , c'est de se livrer au travail lorsqu'on y est disposé, et de le quitter lorsqu'il fatigue.

Si on se livre à l'étude sans disposition , on n'en retire que peu de fruit; si on prolonge le travail trop long -temps, l'esprit accablé n'enfante plus que des productions imparfaites. 11 est dans

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tous les cas fort sage de ne se mettre à l'étude que lorsque la digestion est achevée. Le travail du cerveau et celui de l'estomac se nuisent réciproquement.

Des professions qui exigent un violent exercice musculaire. — Nous n'entendons pas parler dans cet article des artisans qui sont soumis à l'influence pernicieuse de quelque gaz délétère, nous aurons occasion d'en traiter incessamment; mais seulement de ceux dont le métier exige des mouvemens forts et continus. Çe que nous avons dit de l'exercice s'applique sans exception au cas dont nous nous occupous. De tous les artisans, ceux qui font beaucoup d'exercice jouissent de la meilleure santé ; ils ressentent les effets salutaires de ce puissant modificateur de l'organisme, surtout lorsqu'ils travaillent à l'air libre. Ces ouvriers ont seulement à craindre de se livrer à des travaux, à des efforts trop pénibles ; alors ils s'usent, dans toute la force du terme ; ils tombent dans le marasme, dans une vieillesse précoce, et meurent d'une manière prématurée. Lorsque ces individus exercent de préférence telle ou telle partie du corps , elle acquiert un volume prédominant, qui peut, selon les circonstances, devenir, utile ou funeste. L'habitude, la répétition des mêmes actes fait contracter des attitudes plus ou moins vicieuses qui peuvent gêner les viscères contenus dans les diverses cavités , entraver leur exercice, empêcher leur développement, les altérer dans leur texture, ou les forcer à s'échapper au dehors. Un médecin consulté sur le métier à faire prendre à un enfant, pourra , d'après ses prédispositions et les effets connus des diverses professions, soustraire plus d'une victime à une mort assurée, soit en conseillant une profession utile, soit en interdisant une profession dangereuse.

Les hernies , les anévrysmes du cœur et des gros vaisseaux , les bémorrhagies , les fractures, les luxations, les inflammations, etc., sont les maladies les plus fréquentes parmi les ouvriers qui sont condamnés à des exercices violens et pénibles. Parmi ces artisans nous ne nommerons pas les athlètes, les lutteurs, etc., dont la profession est tombée en désuétude, mais bien les cavaliers, les porte-faix, les crocheteurs, les danseurs, les sauteurs, les laboureurs, etc., etc.

On doit conseiller à ces ouvriers d'interrompre fréquemment leurs travaux, et de se livrer à un exercice qui exige des mouvemens opposés à leurs mouvemens ordinaires; de laisser même

PRO $0$ entièrement dans le repos les membres les plus exercés, et de mouvoir ceux qui sont habituellement dans l'inaction. La lecture de quelques ouvrages agréables pourra leur servir d'utile délassement. Ils devront prendre beaucoup de sommeil , rien ne réparant davantage les dépenses que nécessite l'action des puissances locomotrices. Ils devront user avec parcimonie des plaisirs de l'hymen.

La nourriture de ces ouvriers doit être abondante et fortement réparatrice. Leur estomac robuste digère avec promptitude les alimens les plus substantiels. Le bœuf, le mouton et même la chair de porc n'opposeront qu'une faible résistance à leurs forces gastriques. Il est cependant nécessaire que les viscères de la digestion soient long-temps occupés chez ces individus, qui ne pourraient soutenir leurs travaux si ces viscères étaient dans un état de vacuité. Aussi un pain un peu compacte, dans la confection duquel le seigle entre en certaine proportion , paraît- il leur convenir parfaitement.

Le vin pris modérément, s'il est naturel, pourra leur être avantageux , mais ils devront s'abstenir des alcoholiques , et surtout le matin à jeun. On sait que cette funeste habitude cause des gastrites chroniques et des cancers de l'estomac.

Ces ouvriers feront sagement d'éviter, s'il leur est possible, l'influence d'une chaleur trop intense. S'ils travaillent dans des lieux clos, ils auront soin de ne pas élever trop leur température, et s'ils se livrent à leurs travaux à l'air libre, ils fuiront une trop forte insolation. Malheureusement il est rare qu'ils puissent mettre à profit ces conseils. Les bains tièdes ou frais, en nettoyant la peau des ordures qui la couvrent et suspendent ses fonctions, sont plus nécessaires à ces artisans qu'à tous les autres. Ils se trouveront fort bien aussi de changer souvent de linge, et d'entretenir la liberté du ventre.

Des professions sédentaires. — Les professions sédentaires ^ sans contredit les plus multipliées de la société, exposent ceux qui les exercent à tous les inconvéniens du défaut d'action musculaire, à ceux qui sont attachés à la respiration d'un air insalubre, et souvent à ceux qui dépendent d'une position gênante et toujours la même.

Il n'y a pas, à proprement parler, de profession où l'on soit obligé de rester tout-à-fait immobile. Nous ne connaissons guère qu'une secte religieuse stupide qui se condamne à une immobi-

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lité perpétuelle. Tous les métiers exigent un exercice quelconque plus ou moins fort. Parmi ceux qui obligent de rester renfermés, ceux qui demandent le plus de mouvemens sont encore ceux qui nuisent le moins à la santé. Il ne peut entrer dans notre plan de traiter de chaque profession en particulier , mais nous devons dire en général que les ouvriers sédentaires et qui prennent peu d'exercice n'éprouvent qu'un appétit faible; que la digestion est chez eux languissante; que les substances alimentaires dont ils font usage étant ordinairement de mauvaise nature, elles donnent lieu à un cbyle peu abondant et peu réparateur, dont l'absorption se fait péniblement; que leur respiration est peu énergique; et comme l'air qu'ils respirent est ordinairement vicié par les émanations d'un grand nombre de personnes rassemblées dans le même lieu, par les exhalaisons des diverses matières qu'ils mettent en usage, par la combustion qu'exigent leurs fourneaux, leurs poêles, ou simplement leurs chandelles, ils absorbent le peu d'oxygène que cet air contient en très-petite proportion, et beaucoup de matières insalubres qu'il renferme en abondance. De là un sang de mauvaise nature qui circule dans toute l'économie, et qui, au lieu de porter dans tous les organes les principes de vigueur et de santé, n'y transmet qu'un fluide, sinon capable de détruire et la santé et la vigueur, du moins nullement propre à les produire. Ces ouvriers , travaillant la plupart du temps dans des ateliers humides, et faisant peu d'efforts , font peu de pertes par la perspiralion cutanée , encore empêchée par leur malpropreté habituelle ; l'exhalation graisseuse est donc abondante chez eux , mais les sécrétions glandulaires sont en général frappées d'inertie. Les organes des sens et de l'intelligence étant peu exercés sont peu développés ; ils seraient néanmoins susceptibles de l'être. Leurs passions sont en général peu vives ; ils sont dominés par l'amour du gain; leurs organes locomoteurs tombent dans l'atonie, et plusieurs sont, dit- on, enclins aux plaisirs de l'amour. De ces habitudes fonctionnelles naît une disposition organique facile à reconnaître. Ces ouvriers ont rarement une bonne constitution ; leur visage est pâle , bouffi, décoloré; leurs yeux ternes et sans expression ; leurs chairs molles , leurs membres peu développés; leurs cavités étroites, et les organes qu'elles contiennent peu vigoureux. Cette disposition entraîne après elle une foule de maladies d'autant plus difficiles à corn-

PRO 5o7 battre, qu'elles sont préparées de longue main, et qu'il ne faut rien moins que modifier entièrement l'organisme pour pouvoir les détruire. Les scrofules, les engorgemens glandulaires, les tumeurs blanches des articulations, les tubercules, les phlegmasies chroniques, le scorbut, les hémorrbagies passives, les flueurs blanches, les dartres, la gale, la teigne, les varices, etc., telles sont les maladies dégoûtantes auxquelles ces individus sont en proie. Leur sort est d'autant plus déplorable, que leur métier étant leur seule ressource pour exister, ils ne peuvent le quitter sans tomber dans la plus affreuse détresse. Ces infortunés n'ont d'autre alternative que la maladie, la misère et la mort! Le médecin, condamné à être le témoin de ce triste spectacle, ne peut leur donner que de stériles conseils : eh ! que feront quelques médicamens contre l'action toujours persistante des causes destructrices ?

On devra cependant cbercher à alléger leurs maux par les conseils suivans : Autant qu'il leur sera possible ils devront prendre un exercice actif au milieu des champs ; ils devront souvent interrompre leur travail, et changer fréquemment de position; chasser le chagrin par des chants qui respirent la gaieté; dormir modérément, prendre des alimens nourrissans, mais de facile digestion, pour les proportionner à l'énergie peu considérable de leurs viscères gastriques; du pain blanc de fine fleur de froment; quelques substances animales, telles que du bœuf et du mouton; le vin le plus naturel possible et pur; une très-légère dose de liqueurs alcoholiques; mais éviter soigneusement les excès de ces boissons, car ils produisent des effets contraires à ceux qu'on se propose d'obtenir.

Ils devront renouveler le plus souvent possible l'air de leur atelier; ne point y travailler à la lumière artificielle, et ne pas y entretenir une forte chaleur. Les bains, les frictions, les aspersions, les lotions leur seront très-convenables. Si malgré ces précautions hygiéniques la disposition organique dont nous avons parlé se prononçait de plus en plus, il ne faudrait pas balancer à conseiller le changement de métier; ici, comme partout, on ne peut se promettre de véritable succès qu'en enlevant la cause du mal.

Des professions dans lesquelles les ouvriers sont exposés et l'action pernicieuse de quelque gaz délétère. — Quel que soit l'organe exercé , quel que soit le degré d'exercice auquel les

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organes sont livrés, les ouvriers peuvent éire soumis à une nouvelle cause de maladies. Les substances qu'ils mettent en œuvre laissent souvent dégager des émanations nuisibles; ce surcroit de maux mérite assurément de fixer l'attention des médecins.

Quelques professions exigent que ceux qui les exercent soient exposés à l'action d'une violente chaleur, d'autres à une humidité pénétrante : on peut voir à l'article air quels sont les effets que ces deux agens déterminent sur l'économie animale, ce n'est pas ce dont nous nous proposons de nous entretenir en ce moment. Des gaz véritablement toxiques qui occasionent les plus graves accidens et souvent même la mort s'élèvent des substances que nous destinons à nos usages domestiques. Soit que nous descendions dans les entrailles de la terre pour y aller arracher les métaux qu'elle recèle , soit que nous façonnions ces mêmes métaux pour les besoins indispensables de la vie ou pour les commodités du luxe , leurs émanations empoisonnées , par les accidens sans nombre qu'elles produisent , semblent nous avertir du danger de leur usage au physique comme au moral.

Les substances animales au milieu desquelles nous vivons ne laissent pas dégager des vapeurs moins funestes; et les végétaux eux-mêmes sont loin d'être sans dangers.

Les ouvriers qui travaillent le plomb, le mercure, l'étain, le cuivre, l'arsenic, etc., sont sujets à la colique métallique, au tremblement et à' une multitude d'affections occasionées par les molécules que ces métaux dégagent , et que la respiration , la déglutition, et peut-être l'absorption cutanée introduisent dans l'économie animale. L'auteur que nous avons cité pense que ce ne sont point les molécules des métaux qui pénètrent dans le corps, puisque l'analyse la plus scrupuleuse n'a pu jusqu'ici les faire reconnaître dans les matières fécales ni ailleurs; il eu conclut que ces maladies sont dues à des effluves particuliers que laissent échapper ces substances; mais le même auteur cite, dans plusieurs endroits, des faits qui démentent totalement cette proposition. (Voyez page 19, 37, 38, etc., ouv. cité.) D'ailleurs il est très-difficile de concevoir quel est cet effluve particulier, si ce n'est une molécule infiniment ténue du métal lui-même.

Quelle que soit la nature de cet agent dangereux , plusieurs phiUtntropes estimables ont fait des efforts pour soustraire les

PRO 509 ouvriers à son action malfaisante. Macquer conseillait de placer dans les narines de petites éponges imbibées d'une liqueur aromatique ; mais ce procédé a l'inconvénient de gêner singulièrement la respiration , car il est indispensable que l'ouvrier tienne la bouche fermée. On a proposé également de faire respirer les ouvriers à l'aide d'un long tube qui devrait communiquer au dehors de l'atelier; on sent que ce moyen est tellement gênant, qu'il doit être impraticable. M. Brizé-Fradin a conseillé de faire respirer les artisans dont nous parlons à l'aide d'une espèce de pipe renversée , dans la partie évasée de laquelle on a mis préalablement du coton imbibé de liquides qui doivent varier selon la nature des vapeurs qu'on se propose de neutraliser. Cet appareil doit être appliqué et fixé sur la poitrine. M. Gosse , de Genève, a cru qu'une éponge, aussi imbibée de différens liquides, retenue au-devant de la bouche et du nez, remplirait plus avantageusement le but : ce moyen n'est pas à dédaigner. L'éponge imbibée d'eau suffit pour arrêter la poussière d'une nature quelconque. On pourrait l'imbiber d'une liqueur acide pour neutraliser des molécules alcalines , ou d'une liqueur alcaline pour neutraliser des vapeurs acides. M. Rigaud Delisle pense qu'un voile plié en plusieurs doubles suffit pour empêcher l'action funeste des émanations des marais Pontins. Ce procédé , par lequel l'air se trouve en quelque sorte tamisé, peut être d'une utile application. Tous ces moyens sont tous plus ou moins insuffisans , plus ou moins impraticables. Il était réservé à M. d'Arcet de découvrir un appareil aussi simple qu'ingénieux pour obvier à tous les inconvéniens. On peut voir les détails de cet appareil , et les nombreuses applications dont il est susceptible, dans le Mémoire sur l'art de dorer le bronze publié par cet habile chimiste en 1818. Le procédé de M. d'Arcet consiste en un fourneau d'appel dont le tuyau s'ouvre à une distance déterminée dans la cheminée; la chaleur qu'il développe, raréfiant l'air que celle-ci contient, le force à s'échapper en s'élevant, et le vide qui en résulte est à l'instant remplacé par l'air contenu dans l'atelier. De cette manière les vapeurs mépbityques ne rentrent plus dans le laboratoire , et ne peuvent être respirées par les ouvriers/ Au moyen d'un perfectionnement fort simple, M. d'Arcet recueille les vapeurs métalliques qui se dégagent, de sorte que rien n'est perdu pour le fabricant.

Les accidens que font naître les diverses espèces de gaz

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varient selon la nature de ces gaz , et les moyens de s'en préserver ne sauraient être les mêmes. Nous allons examiner ceux auxquels sont exposés quelques artisans.

Trois espèces de vapeurs malfaisantes sont susceptibles d'exercer leur puissance fatale sur les mineurs. Ces vapeurs ont reçu le nom de feu-brisou, de ballon et de rno/fette.

Le feu-brisou , térou ou feu sauvage , sort en sifflant des souterrains , et paraît dans la mine sous la forme de toiles d'araignées : si cette vapeur se trouve en contact avec les flambeaux des ouvriers , elle s'enflamme avec une violente explosion.

Le bail on ressemble à une espèce de sphère suspendue en l'air; la suite la plus prompte peut seule soustraire les ouvriers à son action terrible ; si le ballon vient à crever avant qu'ils aient pu s'éloigner suffisamment , ils sont tout à coup frappés d'asphyxie souvent mortelle.

La moffette est une vapeur épaisse qui se forme surtout en été , et qui s'exhale lorsqu'on ouvre des fosses profondes , des mines riches en minerai, et principalement de celles qui sont depuis long-temps fermées avec les déblais. Cette vapeur lue sur-le-champ les malheureux qui la respirent. Les mineurs sont avertis de sa présence lorsque la lueur de leurs flambeaux pâlit. II faut qu'elle soit bien légère pour ne causer que des toux opiniâtres ou un sentiment de formication général et insupportable.

On conseille aux mineurs, pour prévenir ces accidens, de ne descendre dans la mine qu'après que l'un d'eux, couvert de linges mouillés et armé d'une longue perche au bout de laquelle est une torche enflammée , y est descendu , et a mis par ce moyen le feu à la vapeur; lorsque la combustion a eu lieu , tout danger a cessé. Le même individu doit chercher les feux brisous et les saisir avec la main avant qu'ils puissent s'enflammer. Pour se préserver des accidens de la moffette on doit descendre dans la mine un flambeau qu'on dirige de loin, dans tous les sens; si la flamme reste vive , l'air est respirable. On a imaginé plusieurs moyens pour se mettre à l'abri de ces gaz, tels que le ventilateur de Haies ou de Duhamel, la lampe de sûreté de Davy; mais il nous suffit d'indiquer ces ingénieuses et utiles inventions, leur description est étrangère à notre sujet [Annales de chimie , t. v, p. 3i5). Indépendamment de ces accidens et de beaucoup d'autres, les mineurs sont sujets à une multitude d'affections

PRO 5n particulières , parmi lesquelles il faut citer les ulcères opiniâtres et l'anémie.

Les vapeurs métalliques fout sentir leur action pernicieuse aux fondeurs de métaux , aux miroitiers , aux plombiers, aux peintres en bâtimens , aux broyeurs et aux marchands de couleurs, aux potiers, aux verriers, aux ouvriers qui travaillent le cuivre, aux fabricans de soufre, etc., etc. : les accidens les plus ordinaires qu'elles occasionent sont le tremblement métallique , la paralysie, la colique de plomb, l'idiotisme, etc. Toutes ces maladies réclament un traitement particulier , et peuvent être prévenues au moyen du fourneau d'appel.

Les molécules animales qui saturent l'atmosphère de quelques ateliers sont loin d'être innocentes. Elles occasionent des inflammations chroniques des intestins , disposent au charbon et à la gangrène. Les individus exposés à ces vapeurs animales sont pâles , bouffis , couverts d'éruptions. Les ouvriers qui respirent ces gaz sont les vidangeurs, les tanneurs, les boyaudiers, les fabricans de chandelles, les cureurs d'égouts, les équarrisseurs, les fossoyeurs , etc. On doit chercher à neutraliser ces exhalaisons au moyen des acides minéraux , et surtout du chlore , par le procédé guytonien ; la liqueur de M. Labarraque peut être aussi employée avec le plus grand avantage : il est important de ne pas négliger les moyens préservatifs de MM. Gosse et Brisé- Fradin, etc.

Parmi les ouvriers qne nous venons de citer, les vidangeurs sont sujets au plus grand nombre d'accidens et aux plus funestes. Deux gaz , désignés par eux sous les noms de mille et de plomb, sont la cause de ces phénomènes.

La mitle est produite par le dégagement de vapeurs ammoniacales : elle s'annonce par une odeur piquante qui détermine sur les yeux une cuisson intolérable ; elle détermine des coryzas &t des ophthalmies de plusieurs espèces , et toutes fort douloureuses.

Le plomb est le résultat de la combinaison des gaz hydrogènesulfuré et hydro-sulfure d'ammoniaque , et quelquefois de gaz azote. Il occasione deux espèces d'asphyxies : l'une, accompagnée de mouvemens convulsifs , est due aux deux premiers gaz ; et l'autre , produite par le simple défaut de gaz respirable, est due à la présence du gaz azote : la première est la plus funeste.

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M. d'Arcet a encore dirigé son génie inventif sur les moyens de préserver ces malheureux ouvriers des dangers qui les menacent, et MM. Cazaneuve, par la découverte des fosses mobiles et inodores, modifiées par les avis de ce chimiste, nous font espérer que ces accidens ne feront plus gémir l'humanité.

Une atmosphère chargée de poussière végétale entoure habituellement les gens qui se livrent à certaines professions. Cette poussière, plus ou moins irritante, pénètre dans le poumon par la voie de la respiration, et engendre plusieurs maladies, la plupart moins promptes dans leurs effets , sinon moins funestes que les précédentes. Les boulangers, les pâtissiers , les meuniers, les perruquiers, les amidonniers, les bluteurs, sasseurs et mesureurs de grains, les parfumeurs , les marchands de tabac, les confiseurs, les ramonneurs, les charbonniers et autres sont dans ce cas.

Les voiles de gaze et de mousseline , l'éponge imbibée d'eau peuvent les préserver de ces accidens. Lorsqu'ils sont développés, ils doivent être combattus par des moyens dont nous ne devons pas donner le détail , mais parmi lesquels le premier doit être la cessation du métier qui les produit.

Ces ouvriers, ainsi que ceux dont nous avons parlé précédemment, doivent se soumettre à un régime convenable, et observer, autant que peut leur permettre leur fortune, les règles conservatrices de l'hygiène : une nourriture saine et assez abondante , un vin généreux , la respiration d'un air pur, des bains, des lotions partielles et générales, des distractions; l'exercice actif en plein champ, le repos de la nuit, la réserve dans les évacuations séminales; telles sont sommairement les lois diététiques auxquelles ils devront obéir s'ils veulent vivre exempts des maux qui les menacent. Aux articles asphyxie, méphytisme , miasmes , etc. y l'on est entré dans des détails qui nous dispensent de nous étendre davantage ; ce que nous ne pourrions faire sans tomber dans des répétitions oiseuses : nous y renvoyons le lecteur. (l. rostan.)

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