JULES CLOQUET
ALEXIPHARMAQUE , alexipharmacux, àeàxi^tiv, repousser, et (pctpftuKov, poison. Médicament interne propre à repousser et à détruire les effets nuisibles des poisons et à préserver même de leur action. Telle est l'idée que les médecins grecs attachaient à cette expression. Dans des temps postérieurs, les médecins galénistes et leurs successeurs lui ont donné une acception beaucoup plus étendue. Comme ils supposaient, dans leurs théories que les maladies graves, telles que les fièvres putrides, malignes, pestilentielles, les exanthèmes aigus, et particulièrement la variole, étaient dus à une matière morbifique particulière qu'il fallait ou neutraliser ou chasser hors du corps , ils employèrent un grand nombre de moyens dans l'intention d'arriver à ce résultat; et tous les médicamens auxquels on attribuait quelques propriétés tendantes à ce but, ont été , par suite de ces idées, considérés comme des alexipharmaques. Il en résulte que la classe de ces médicamens s'est successivement beaucoup accrue , et offre dans les écrits des médecins des siècles derniers une réunion bizarre et monstrueuse, dans laquelleon trouve beaucoup d'agens thérapeutiques de nature différente, excepté cependant de véritables contre-poisons. On a compris, sous le nom d'alexipharmaques , desexcitans, des médicamens dilfusibles, des toniques, des absorbans, des substances purement gélatineuses , et enfin des préparations pliarmaccuti-
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ques très-composées, dans lesquelles des médicamens de toutes espèces se trouvent souvent associés avec de petites proportions de narcotiques. Parmi les excitans décorés de noms pompeux d'alexipharmaques, on remarque les racines d'angélique, de contrayerva, de serpentaire de Virginie, de dompte-venin, d'ail, d'acarus, de zédoaire, de gingembre, de polygala séneka , les tiges et les feuilles de la rue, du dictame de Crète, du scordium, du marum , et d'un grand nombre de labiées, les écorces de cannelle, les clous de gérofle, les semences des ombellifères, la muscade, le macis, les baies de genièvre, les écorces des oranges et des citrons, les fruits d'amomum. Au nombre des médicamens diffusibles qu'on a rangés parmi les alexipharmaques , se trouvent le musc, le camphre, les eaux distillées spiritueuses et les alcalis volatils retirés des substances animales. Les toniques proprement dits y sont en très-petit nombre ; on ne voit sur 3a liste que la scabieuse, la scorsonère, la bardane et le vin qu'on puisse rapporter à cette classe de médicamens, et encore le vin est-il un agent mixte qui appartient autant aux excitans qu'aux toniques. On rencontre parmi les absorbans les yeux d'écrevisses, le corail en poudre, et quelques bézoards crétacés , et au nombre des médicamens qui contiennent à la fois ies substances gélatineuses et calcaires, la corne de cerf, l'ivoire, la tête de vipère.
Les alexipharmaques les plus composés étaient surtout ceux qui jouissaient de la plus grande réputation; c'est parmi eux qu'on remarque principalement toutes les espèces de thériaques, l'orviétan , la confection alkermès , l'opiat de Salomon , les gouttes anodines anglaises.
Au milieu de cet assemblage informe de médicamens simples et composés, que les anciens désignaient sous le nom d'alexipharmaques, il en est sans doute qui sont presque sans action, comme les bézoards, l'ivoire, la tête de vipère; mais cesjncdicamens , presque inertes , n'étaient jamais employés seuls ; ils étaient toujours amalgamés avec d'autres alexipharmaques, et tous les autres contiennent pour la plupart du camphre, des huiles essentielles, ou un principe aromatique et amer; et tous ces a gens chimiques appartiennent essentiellement à la classe des excitans et des toniques. On peut donc, à très-peu d'exceptions près, considérer tous les alexipharmaques comme des moyens destinés à produire des médications excitantes et toniques , ou seulement
ALG 5ai quelquefois narcotiques, lorsque ces médicamens composas renferment une petite quantité d'opium , comme les différentes espèces de thériaques. On conçoit maintenant que les alexipharmaques seront dangereux et nuisibles dans tous les cas où les toniques et excitans sont contre-indiqués, et qu'ils ne peuvent être de quelque utilité que dans le petit nombre de circonstances où ceux-ci peuvent être employés avec avantage. Sydenham, un des premiers , s'est élevé contre l'abus qu'on a fait en général de ces médicamens incendiaires, et tous les bons praticiens, à son exemple, les ont presque entièrement abandonnés dans le traitement des fièvres.
Quant à la propriété antivénéneuse des alexipharmaques, elle est purement bypotliétique, et se réduit à celle d'être simplement excitans. Aussi Cullen voulait-il qu'on proscrivit jusqu'au nom même de ces médicamens, afin qu'il ne fût plus dans le cas d'induire en erreur. (cuersent.)
ALEXIPYRETIQUE , alexlpyreticus , adj. et subst. dans quelques cas. Ce mot, dérivé de ùhîhiv, chasser, et ■srvptTas, fièvre, est synonyme de fébrifuge. ( Voyez ce mot. ) (guersent.)
ALEXLTERE, adj., alexiterius , mot dérivé, suivant les uns, de cîàéfyirôcti, secourir, et, suivant les autres, de uXt^ûv, chasser, et êi!p, bêle venimeuse. D'après ces deux étymologies différentes, on a donné deux acceptions à cette expression. Les anciens ne s'en servaient que comme d'une espèce de synonyme de remèdes en général ou moyens curatifs. Leurs successeurs ont ensuite changé ce sens primitif, et ont donné le nom à'alexitères aux contre-poisons qui agissent à l'extérieur. La plupart des auteurs ne paraissent pas maintenant établir de différence entre les alexitères et les alexipharmaques, et Cullen en particulier regarde ces deux mots comme entièrement synonymes. ( Voyez alexipharmaques.) (guersent.)
ALGALIE, s. f. , mot d'origine arabe, qui désigne une sonde creuse. ( Voyez sonde.)
ALGAROTH ( poudre d' ). ( Voyez poudre d'aegaroth.)
ALGIDE , adj., algidus, du verbe latin algere , signifie proprement qui est froid, qui glace. Torti a donné le nom à'algicle à une espèce de fièvre intermittente pernicieuse, dans laquelle le commencement de l'accès est marqué par un froid mortel qui se prolonge pendant la plus grande partie de sa durée, sans que le pouls , petit et déprimé , puisse parvenir à se relever, et la
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période de la chaleur à s'établir complètement. {Voyez fièvres