RAIGE -DELORME
ALCALI ou alkali , s. m.; dérivé de hali , mot arabe employé pour désigner le salsola soda, de L. , qui fournit une assez grande quantité d'un des principaux alcalis , la soude. Les chimistes donnent aujourd'hui le nom A' alcali à toute substance composée, solide, liquide ou gazeuse, sapide, verdissantle sirop de violettes , rougissant la couleur jaune du curcuma , rétablissant la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide , et jouissant de la propriété de se combiner avec les acides, dont ils font disparaître en tout ou en partie les caractères , et avec lesquels ils forment des sels. Les principaux alcalis sont la potasse, la soude, la lithine, la baryte, la strontiarie, la chaux, la magnésie, l'ammoniaque, la morphine, la strychnine, la brucine, la picrotoxine, l'émétine, la delphine, la vératrine, la solanine, etc. Leur composition est loin d'être identique; plusieurs d'entre eux sont formés d'un métal et d'oxygène , tels sont les sept premiers; l'ammoniaque est composée d'hydrogène et d'azote; tous les autres sont des principes immédiats des végétaux formés d'oxygène, d'hydrogène et de carbone ; on les désigne plus particulièrement sous le nom d'alcalis végétaux ou de bases salifiables végétales , tandis qu'on donne aux autres le nom d'alcalis minéraux. On avait cru jusque dans ces derniers temps que tous les alcalis offraient une saveur urineuse , âcre et caustique, et qu'ils étaient solubles dans l'eau froide; mais il est reconnu aujourd'hui que la plupart des alcalis végétaux ont une saveur amère nullement caustique, et qu'ils agissent à peine sur l'eau à la température ordinaire. 11 est impossible, dans l'état actuel de la science, d'exposer les propriétés et le mode de préparation des alcalis d'une manière générale, cette classe de coq)*
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renfermant des substances trop différentes pair leur composition et par l'action qu'elles exercent sur les réactifs : aussi n'entreprendrons-nous pas de remplir cette tâche, et bornerons nous leur histoire chimique générale à ce qui vient d'être établi, en renvoyant pour les détails à chacun des mots qui servent à les désigner.
L'étude particulière des alcalis intéresse les médecins sous plusieurs rapports; en effet quelques-uns d'entre eux sont employés comme caustiques : tels sont la potasse à la chaux (pierre à cautère) et l'ammoniaque; il en est un très-grand nombre que l'on administre à l'intérieur seuls, et plus souvent combinés avec les acides à l'état de sel : presque tous sont vénéneux et susceptihles de déterriiiner une mort prompte , lors même qu'ils sont employés à petite dose. ( Voyez poison. ) (orfila.) •
ALCALI FLUOR OU VOLATIL. ( Voyez AMMONIAQUE. )
ALCALINITÉ, s. f.; propriété des corps qui contiennent une plus ou moins grande quantité d'alcali libre : tels sont la bile, le sérum du sang, etc.
ALCANNA ou alkanna , s. m. On désignait sous ce nom arabe différentes racines originaires d'Orient, et principalement celle du Lawsonia inermis , Lin.; de la famille des salicaires, Juss. ; de l'octandrie monogynie de Lin. , et qui avaient la propriété de donner un principe colorant analogue à celui de l'orcanette; ce qui fait que cette substance est désignée dans Lémery sous le nom d'orcanette de Constanànoplc . Elle n'est plus employée aujourd'hui. (a. richard. )
ALCÉE, alcœa rosen , Lin. (malvacées, Juss.; monadelphie polyand. , Lin.) Grande et belle plante que l'on cultive dans tous les parterres d'ornement, à cause de la grandeur de ses fleurs. Elle porte les noms" de rose tremière ou passe-rose. Ses feuilles et ses fleurs, comme celles de la plupart des autres plantes de la famille des malvacées, sont mucilagineuses et adoucissantes , et peuvent dans le besoin remplacer parfaitement celles de la mauve ou de la guimauve. « (a. richard.)
ALCHIMIE, s. f.; alchimia , mot formé de al, particule arabe qui indique l'excellence , la supériorité , et de chirnia , chimie. D'autres l'ont dérivé de Zte et de ££«ti* , parce que suivant eux le grand secret était caché dans le sel.
Perfectionner les métaux imparfaits et opérer leur transmutation en or, tel était l'objet de l'alchimie. Cette opération , à la-
ALC 5o7 quelle on donnait le nom de grand-œuvre, de recherche de la pierre piiilosophale , formait l'occupation constante d'une classe de savans connus sous le nom d'adeptes, de philosophes : on peut déjà penser que cet art chimérique , s'il eut des sectateurs de bonne foi , compta parmi ses partisans un grand nombre d'imposteurs qui exploitèrent à leur profit la crédule cupidité de certaines gens. Soit pour donner plus d'importance à leurs travaux, soit qu'ils vissent réellement, dans les monumens si extraordinaires des anciens, des preuves qui leur démontraient que les arts chimiques avaient jadis existé, et que le pouvoir de faire de l'or avait pu seul suffire aux frais immenses de leur construction, les alchimistes cherchèrent l'origine de leur science jusque dans les temps les plus reculés. Ils en firent honneur à Taaut , l'Hermès des Grecs, qui passe pour avoir procuré1 aux Egyptiens la connaissance des sciences et de tous les arts utiles.' Mais , malgré les écrits qui portent les noms les plus célèbres de l'antiquité, il est avéré que l'alchimie ne remonte pas au delà des premiers siècles de l'ère chrétienne, et qu'elle est née de la philosophie mystique des Orientaux. Cette science n'était pas même alors connue sous ce nom. Ce ne fut que dans le huitième siècle, à peu près, que la particule al fut ajoutée au mot chimie par les premiers Arabes qui la cultivèrent. Il serait difficile de tracer exactement l'histoire de l'alchimie , de présenter un aperçu de ses principes : des essais multipliés, sans aucune règle , ne sauraient être transmis; leurs auteurs mêmes, le plus souvent, auraient en vain cherché à les répéter, lorsqu'ils en avaient obtenu quelques résultats spécieux. D'ailleurs, mêlant à leurs travaux une foule de pratiques superstitieuses, les alchimistes semblaient reconnaître le silence ou l'obscurité comme un point de doctrine. C'est probablement au mystère dont ils s'enveloppaient, qu'ils ont du de prolonger si long- temps les prestiges de leur art mensonger. Ceux qui étaient jugés dignes de recevoir le précieux secret, ou qui achetaient fort cher le privilège de le connaître , n'étaient instruits que d'une partie des moyens d'opérer la transmutation, des métaux. Leurs travaux devaient achever le grand-œuvre. L'on peut bien croire que, pour ce qui regardait l'objet principal , la restriction n'était qu'apparente, et l'on serait -tenté de n'en mettre aucune dans la définition que Harris a donnée de la science hermétique: ars sine a rte , cujus principiam estmentiri, médium laborare, finis mendicme.
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L'alchimie, après avoir paru dans diverses contrées à différentes époques, fut cultivée avec une sorte de fureur vers la lin du quinzième siècle et dans le cours du seizième, temps où régnaient tous les genres de superstition. Ce fut alors qu'on en fit une application plus directe à la médecine ; que Paracelse et ses prosélytes ajoutèrent à toutes les extravagances de leur système la prétention de découvrir un remède universel. La pierre philosophale et la panacée universelle devinrent le double but que se proposèrent les alchimistes. L'un n'était pas plus raisonnable que l'autre. De tous côtés les alchimistes se mirent à travailler les divers corps de la nature, à les combiner de mille manières. La persévérance et la nature de leurs travaux, pour lesquels ils employaient le feu, leur avaient déjà mérité le nom dérisoire de souffleurs. S'ils n'obtinrent pas les résultats qui faisaient l'objet de leurs vœux , si la plupart d'entre eux consumèrent des monceaux d'or pour en trouver une parcelle , leurs innombrables tentatives ne furent pas entièrement perdues pour l'humanité. Ils découvrirent indirectement un grand nombre de substances utiles, qui, sans leur folie, seraient encore restées long-temps inconnues. Nous verrons aux articles qui exposeront la doctrine de Paracelse, l'influence de ces découvertes sur la destruction du galénisme et sur les progrès de la thérapeutique.
Des faits nombreux que le hasard présenta aux alchimistes naquit enfin la véritable chimie. Cette science n'existait pas auparavant , à moins que l'on ne donne ce nom à la réunion de quelques faits sans liaison, de quelques préceptes non raisonnés qui servaient à fabriquer différais corps, ou à composer plusieurs médicamens. Des lors là chimie se sépara pour toujours de la prétendue science d'Hermès , avec laquelle elle était confondue. Elle se dégagea de toutes les manœuvres de la superstition. Les progrès des lumières portèrent les derniers coups à l'alchimie. Sans prétendre imposer à la chimie des bornes que ses progrès journaliers nous exposeraient à voir franchir, sans nier que l'analyse ne puisse un jour donner les moyens de recomposer les corps dont elle aura fait connaître les principes, nous croyons que des savans ne chercheront plus sérieusement à transformer- en or un mêlai moins précieux. Si l'on vit encore, dans des temps trop rapprochés de nous, des hommes qui ne perdirent ni cet espoir, ni celui de trouver un remède pour tous les maux, ou qui voulurent persuader qu'ils possc-
ALC 5og liaient l'un ou l'autre secret, n'en accusons que cette faiblesse humaine, rebelle aux leçons de l'expérience et de la raison, qui ne cessera de créer des dupes, et sur laquelle l'imposture fondera toujours ses calculs et ses succès. (raige-delorme.)
ALCHIMILLE ou pied de lion, alchimilla vuigaris , Lin. et alchimilla alpina , Lin. (Rosacées, Juss. ; tétrandie monogynie, Lin.), France. Le nom de pied de lion, donné à cette plante , vient de la ressemblance que l'on avait cru remarquer entre la figure de ses feuilles et celle de l'empreinte du pied d'un lion. Les sommités de cette plante, légèrement astringentes, étaient jadis employées à l'extérieur comme vulnéraires et détersives ; elles ne sont plus usitées. (a. richard.)
ALCOHOL ou al/iool, s. m. , mot arabe qui signifie ce qui est très- subtil, très-divisé. L'alcohol est un des produits de la fermentation que subissent, dans certaines circonstances, les matières végétales qui contiennent du sucre. Dans son état de pureté, l'alcohol est un liquide diaphane, sans couleur,- plus fluide que l'eau, d'une saveur chaude et brûlante, d'une odeur forte et agréable-, sa pesanteur spécifique prise à la température de 170 th. centigrade , est de 0,792. Elle varie suivant le degré de température. L'alcohol n'est pas conducteur de l'électricité. Il réfracte fortement-là lumière. Sa force de réfraction est de 2,223, celle de l'eau pure étant prise pour unité. L'alcohol exposé à l'air se volatilise, mais en même temps la partie de la liqueur qui ne s'est pas encore mise en expansion s'affaiblit , en attirant l'humidité de l'air. Exposé à une température ascendante, il se dilate d'autant plus fortement qu'il approche davantage du point d'ébullition , qui est fixé à 78 degrés 4 dixièmes du thermomètre centigrade. Sous la pression moyenne de l'atmosphère, la densité de sa vapeur est, selon M. Gay-Lussac , de i6i3; dans le vide il se volatilise à i3 degrés centigrades. Sa vapeur condensée par un abaissement de température le reproduit sans altération ; soumis au froid le plus vif produit par les mélanges réfrigérans, il reste liquide. M. Hutton, physicien anglais, prétend avoir congelé l'alcohol par un froid de 79 degrés; mais, comme il n'indique pas comment il a obtenu un si grand abaissement de température, son assertion est au moins douteuse. Lorsque l'on augmente l'action du calorique sur l'alcohol, en faisant passer ce dernier en vapeur à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge, l'alcohol se décompose, et se transforme en gaz hydro--
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gène caboné, oxyde de carbone et acide carbonique; il se forme aussi de l'eau et une petite quantité d'acide acétique et d'huile essentielle brune, qui contient une substance particulière sous forme de lames minces et cristallines. M. Th. de Saussure , ayant déterminé la nature et les quantités relatives de ces substances, est parvenu par ce moyen à établir la composition de l'alcohol,. comme nous l'exposerons plus loin. L'alcohol s'enflamme à l'air libre par le contact d'un corps en ignition. Il brûle avec une flamme blanche nullement fuligineuse, en produisant de l'eau et de l'acide carbonique, et sans laisser de résidu. Le gaz oxygène chargé de vapeur alcoholique détone violemment à l'approche d'un corps enflammé. On peut déterminer l'inflammation de l'alcohol ou celle de la vapeur mélangée d'air par le moyen de l'étincelle 'électrique. La plupart des corps simples n'ont aucune action sur l'alcohol. L'iode s'y dissout cependant en quantité notable , et fournit une teinture colorée maintenant employée en médecine dans le traitement de quelques maladies lymphatiques. ( Voyez iode.) Le phosphore et le soufre s'y dissolvent aussi en petite quantité.. Pour obtenir de l'alcohol chargé de soufre autant que possible, il faut faire rencontrer ces deux corps à l'état de vapeur; alors ils s'unissent et forment un fluide jaune rougeâtre, exhalant une odeur d'hydrogène sulfuré. Le chlore a une action très-marquée sur l'alcohol ; il réagit sur ces élémens et le transforme, entre autres produits, en une substance éthérée d'apparence oléagineuse, ét formée d'hydrogène, de carbone et de chlore; cette matière pouvant être rangée parmi les éthers, nous aurons occasion d'en parler dans un autre article. Le potassium et le sodium altèrent l'alcohol en réagissant sur ses élémens; le dégagement de l'hydrogène qu'on remarque pourrait cependant être dù à une certaine quanité d'eau que retiendrait l'alcohol le plus rectifié. Les autres métaux ou n'ont pas d'action sur l'alcohol, ou ont une action qui n'est pas encore connue.
L'eau s'unit à l'alcohol en toutes proportions. Le mélange de ces deux liquides est toujours accompagné d'élévation de température, et les deux liquides se pénètrent; car la densité du mélange est supérieure à la moyenne des densités des deux liqueurs. Cependant lorsque l'alcohol est très-faible, c'est-à-dire lorsqu'il a déjà été mélangé avec une certaine quantité d'eau, et qu'on vient à augmenter la proportion de celle-ci par un nouveau mélange, dans ce cas il y a raréfaction et abaissement de tempéra-
ALC 5n ture, suivant les observations de M. ïillaye fils. L'alcohol ne dissout pas les oxydes métalliques , la potasse et la soude exceptées. L'ammoniaque est aussi soluble dans l'alcohol.
La baryte, la strontiane et la chaux, insolubles dans l'alcohol, tendent à lui enlever l'eau qu'il pourrait contenir. Les autres oxydes métalliques sont sans action sur ce corps. Les acides , à un petit nombre près, sont plus ou moins solubles dans l'alcohol. Les acides minéraux concentrés agissent même sur l'alcohol , en donnant lieu à des composés nouveaux que nous examinerons à l'article éthcr. L'alcohol a une action variée sur les substances salines; il dissout les unes et n'a pas d'action sur les autres. En général les sels déliquescens sont solubles dans l'alcohol. Il a une action spéciale sur les nitrates d'argent et de mercure, qu'il convertit en poudres fulminantes , dont la composition n'est pas encore parfaitement connue.
L'iilcohol dissout un grand nombre de substances végétales : de ce nombre sont les alcalis végétaux, quelques-uns des acides, toutes les huiles volatiles, la plupart des résines. D'autres principes immédiats végétaux sont totalement insolubles dans l'alcohol ; tels sont les. gommes, l'amidon, le ligneux,' etc. Enfin il est des substances qui ne se dissolvent dans l'alcohol que lorsqu'il contient une certaine quantité d'eau; tel est le sucre cristallisable, etc. Ces propriétés font de l'alcohol un agent précieux dans l'analyse végétale.
L'alcohol préserve les matières animales de la 'putréfaction, mais il n'en dissout qu'un petit nombre. Suivant l'observation de M. Berzelius, il détermine quelques changemens chimiques dans quelques-unes de ces matières, qu'il convertit, avec le temps, en matière adipocireuse.
D'après les nombreuses et belles expériences de M. Théodore de Saussure, l'alcohol est composé de 51,98 de carbone, 34,32 d'oxygène, 13,70 d'hydrogène. Ces proportions sont telles que l'on peut considérer l'alcohol comme formé d'un volume d'hydrogène per-carboné et d'un volume de vapeur d'eau réunis et condensés en un volume de vapeur alcoholique.
La découverte de l'alcohol paraît être due à Arnold de Villeneuve, médecin de Montpellier, qui florissait sur la fin du 8e siècle, du moins c'est lui qui le décrivit le premier, et qui donna les recettes des premières teintures employées en médecine; il parait qu'il l'obtint par la distillation du vin. Pendant long-temps cette
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liqueur fut seule employée à la préparation de l'alcohol, qui portait le nom d'esprit-de-vin; mais tous les sucs sucrés donnent, par la fermentation , des liqueurs vineuses dont on peut retirer par la distillation plus ou moins d'alcohol. C'est à la matière sucrée que contiennent ces sucs que l'alcohol doit sa formation; ce liquide se produit toutes les fois que le sucre des végétaux éprouve l'altération que produit toujours le mouvement spontané qui s'excite entre ses élémens, dans des circonstances données, mouvement qu'on a nommé fermentation alcoholique. Nous n'entrerons pas ici dans la théorie de la fermentation alcoholique et dans l'exposé des phénomènes qui se manifestent. Nous nous contenterons de faire remarquer qu'il est nécessaire que le sucre , pour pouvoir subir la fermentation alcoholique, soit en présence d'une substance particulière que l'on a nommée ferment , qu'il soit dissous dans au moins cinq parties d'eau, et exposé à une température de i5 à 3o° th. c.
Les sucs des fruits contenant la matière sucrée et le ferment réunis sont particulièrement soumis à la fermentation pour donner des liqueurs alcoholiques. Ces sucs fermentés portent différens noms , suivant leur origine. Le suc de raisin produit le vin, celui de pomme le cidre, etc. Dans ces liqueurs l'alcohol existe mêlé à diverses substances fixes ou moins volatiles que lui. Lorsqu'on soumet ces liqueurs à la distillation , l'alcohol se dégage en vapeur et vient se condenser dans les réfrigérans; mais par cette première distillation, et surtout en employant des alambics ordinaires , l'alcohol entraîne avec lui beaucoup d'eau et quelquefois de l'acide acétique; il conserve aussi un arôme dû à une huile volatile, et qui diffère selon le végétal dont le suc soumis à la fermentation a fourni la liqueur alcoholique. Ces alcohols faibles, ou esprits, peuvent donc être distingués les uns des autres par la saveur et l'odeur; ils reçoivent alors différens noms : celui provenant du vin est nommé eau-de-vic ou espritde-vin, suivant son degré de force. Le cidre et le poiré donnent aussi des esprits qu'on désigne par le nom des liqueurs qui les produisent. Le suc fermenté de la merise, soumis à la distillation, est la liqueur uommée Jurclm-aser; le rura est produit par le suc de canne; l'arrach ou rack est produit par le rix. Les farines des graines céréales, la pomme de terre, le suc de betteraves donnent également , par la fermentation , des liqueurs dont on relire de l'alcohol au moyen de la distillation. Par de uou-
ALC 5i3 velles distillations de ces esprits alcolioliques , on obtient de l'alcohol plus déphlegmé. On peut , par des distillations successives , amener l'alcohol au point de marquer 38 degrés à l'aréomètre de Baume; dans cet état il est fort difficile de reconnaître au goût et à la saveur l'origine de l'alcohol; il est cependant encore loin d'être pur, et retient une certaine quantité d'eau. Mais avant d'indiquer les moyens d'obtenir l'alcohol pur, nous croyons devoir rappeler ici, que dans ces derniers temps on a tellement perfectionné les appareils distillatoires , qu'il est possible de retirer du vin , par une seule distillation , de l'alcohol à 38 degrés. Le premier appareil de ce geure est dû à M. Edouard Adam. (On pourra consulter, pour la description de ces appareils, le mémoire de M. Duportal, Ann. de chimie, t. lxxvii, p. 178.)
Pour obtenir l'alcohol pur, il faut enlever à l'esprit- de-vin toutes les substances étrangères à l'alcohol : à cet effet Lowitz «1 proposé d'employer le sous-carbonate dépotasse très-sec et chaud : ce sel , très-avide d'eau , s'empare de ce liquide ; il fixe aussi la petite quantité d'acide acétique et d'huile volatile que i'esprifde-vin pourrait contenir. L'alcohol surnage le sous- carbonate de potasse ; on le décante, et comme il pourrait retenir un peu de potasse en dissolution, il faut le distiller au bain-marie. L'alcohol ainsi obtenu renferme encore un peu d'eau, puisque sa pesanteur s'élève encore à o,8i5, tandis que l'alcohol pur ou absolu pèse seulement 0,792. Vour arriver à ce point, il faut faire digérer l'alcohol marquant déjà 40 degrés, sur un poids égal au sien de chlorure de potassium bien desséché et réduit en poudre : après vingt-qualre heures on distille l'alcohol avec précaution à la chaleur du bain-marie. On obtient alors l'alcohol pur marquant 44 à 45 degrés à l'aéromètre, suivant la température, et jouissant de toutes les propriétés que nous avons signalées plus haut. On a successivement proposé, pour la rectification de l'alcohol, la chaux-vive, l'acétate de potasse desséchée, etc.; mais le procédé que nous avons rapporté est celui qui nous parait le plus avantageux sous tous les rapports. ( pf.lletier. )
Propriétés médicales et usages àe Falcohol. — L'alcohol en général , c'est-à-dire dans ses différens degrés de pureté et de concentration, est employé à tant d'usages variés dans les arts , l'économie domestique et la médecine, que son histoire demanderait, pour être traitée d'une manière convenable , des développemens que 1. 33
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la nature de cet article ne comporte pas. D'ailleurs, nous ne devons point perdre de vue qu'il s'agit ici seulement des propriétés médicales et des usages de l'alcohol pur dans la thérapeutique, et que nous devons renvoyer aux mots boissons et eau-oe-vie les détails relatifs à l'usage habituel de cette liqueur et des boissons alcoholiques en général.
Commençons d'abord par faire connaître en général les phénomènes que l'administration de l'alcohol développe , après quoi il nous sera plus facile de préciser les applications thérapeutiques que le praticien peut faire de l'emploi de ce médicament. A son état de pureté-', c'est-à-dire lorsqu'il marque environ 4o° à l'aréomètre de Beaumé, l'alcohol doit être compté parmi les médicamens irritans. En effet, si on l'applique sur la peau , et qu'il y séjourne quelque temps, surtout dans une partie du corps habituellement recouverte par les vètemens, il détermine, une excitation vive dans les vaisseaux capillaires, le sang y arrive en plus grande quantité; cette partie devient rouge, chaude; un sentiment de tension s'y fait sentir; en un mot, elle devient le siège d'une légère phlogose, qui en détermine la rubéfaction. Cette phlogose peut même devenir plus intense , si l'on renouvelle fréquemment l'applicatiou du liquide; tels sont les principaux phénomènes auxquels donne lieu l'application externe de l'alcohol. Voyons maintenant ceux qu'il occasione lorsqu'il est mis en contact avec les organes de la digestion. Si on laisse séjourner quelque temps dans la bouche une certaine quantité d'alcohol pur, un sentiment d'ardeur se fait sentir dans tous les points de cette cavité, on y éprouve un picottement violent qui se change rapidement en une véritable sensation d'ustion et de brûlure. Pendant ce temps, la sécrétion muqueuse est considérablement augmentée, et bientôt le cerveau lui-même reçoit l'influence excitante du liquide alcoholique. Mais ces différais phénomènes prennent encore un autre caractère , lorsqu'une dose un pou considérable d'alcohol pur, un à deux gros par exemple , sont immédiatement ingérés dans l'estomac*. Cet organe en effet devient le siège d'une fluxion abondante; une sensation brûlante s'y fait sentir; les sucs gastriques sont sécrétés plus abondamment, soit par l'absorption du liquide, soit par l'action immédiate des nerfs, le cerveau éprouve presque instantanément une excitation manifeste qui se propage avec rapidité aux autres organes, aclno les différentes fonctions, rend les sens plus exquis, les sensations
ALC &iS plus vives, les passions les plus animées, eu un mot, exalte d'une manière sensible tous les phénomènes de la vie.
La scène change encore lorsque la quantité d'aleohol est plus considérable : l'estomac devient alors le foyer d'une véritable inflammation; l'excitation cérébrale est plus grave; le déliré, une sorte de coma apoplectique, se déclarent, et la mort même peut être le résultat de l'abus de l'alcohol pur. Voyez ivresse , poisons. Mais , quand l'on étend l'alcohol pur dans une certaine quantité d'eau distillée, on fait disparaître en partie cette énergie trop violente , et dans cet état il agit à la manière des autres substances excitantes et diffusibles. Lorsque l'alcohol marque 36° à l'aréomètre de Baumé, il porte le nom d'esprit-de-vin rectifié : c'est le degré de concentration le plus grand auquel on emploie l'alcohol dans les arts, soit à la confection des vernis siccatifs, soit en pharmacie pour la préparation des différentes teintures alcoholiques , ou des acides alcoholisés, du moins d'après les procédés indiqués dans le nouveau Code des médicamens de Paris.
Le' praticien profitera de l'action excitante que l'alcohol pur exerce sur la peau lorsqu'il aura l'intention de déterminer dans un point quelconque de la Surface externe du corps une irritation légère et superficielle. Les effets de l'alcohol ainsi appliqué à l'extérieur ne se bornent point seulement à la partie avec laquelle on le met en contact, ils s'étendent aux organes sous-jacens. Ainsi quelquefois on aide, on active le travail de l'accouchement, lorsqu'il est ralenti par l'état d'inertie et de faiblesse de l'utérus, en appliquant des compresses imbibées d'aleohol sur la région suspubienne. On a quelquefois, par un semblable procédé, fait cesser une rétention d'urine occasionée par l'atonie, le défaut de réaction de la vessie.
L'alcohol n'est jamais administré seul à l'intérieur; c'est toujours chargé de principes médicamenteux, et sous les formes de teintures, d'élixirs ou d'alcoholats, qu'il est mis en usage : dans ce cas , il joint à sa vertu excitante celle du corps des principes duquel il est chargé. C'est ainsi que la teinture de gentiane joint, à la propriété essentiellement tonique de cette racine, l'action excitanle de l'alcohol, qui en est le véhicule.
L'alcohol est un des dissolvans les plus précieux de l'art pharmaceutique. Les résines, les baumes, les térébenthines, les huile! volatiles, le camphre, le musc, etc., s'y dissolvent avec facilite . aussi est-ce le véhicule que l'on emploie le plus fréquemment
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pour faciliter l'administration de ces médicamens. Il sert nonseulement à en opérer la dissolution; mais, comme l'a remarqué Stahl, il augmente encore leur action, soit en écartant, en divisant leurs molécules de manière à les mettre en contact avec une plus grande surface, et à en faciliter ainsi l'absorption, soit que, facilement absorbé lui-même , il aide par cette propriété à la prompte répartition des matériaux dont il est chargé dans toute l'économie animale.
Ën résumé, i° l'alcohol pur est un médicament irritant : appliqué pendant un certain laps de temps sur la peau, il agit à la manière des substances rubéfiantes. Dans cet état de concentration, il n'est point employé à l'intérieur comme médicament; son izsage même peut donner lieu à tout les accidens de l'empoisonnement. On place quelquefois un flacon rempli de ce hquide audessous des narines dans les syncopes; sa vapeur irrite légèrement la membrane olfactive, et porte son stimulus jusqu'au cerveau, dont il ranime l'action.
a° L'alcohol marquant environ 36° (Bé), c'est-à-dire Yespritde-vin rectifié, est plus fréquemment employé dans les arts que l'alcohol pur; il sert à former les vernis et la plupart des teintures, des élixirs et des alcoholats usités en médecine; il s'empare en effet d'un grand nombre de principes immédiats. [Voyez alcoholats, TEINTURES, ÉLIXIRS.)
3° Mélangé avec un tiers de son poids d'acide nitrique, sulfurique ou muriatique, il constitue les acides alcoholisé s ou dulcifics.
4° Si l'on fait évaporer une teinture alcoholique pour obtenir son résidu fixe, on forme un extrait alcoholique. Enfin, on ne doit pas perdre de vue que nous n'avons parlé ici que de l'alcohol pur et de l'esprit -de-vin rectifié, et que l'on doit rechercher aux mots boissons alcoholiques, eau -de -vie, des détails plus étendus sur l'usage de celte liqueur, soit dans l'économie domestique, soit enfin comme véhicule et médicament.
( a. richard. )
alcohols aromatiques. voycz ai.coholat.
ALCOIIOLAT, s. m., alcoholatum. On trouve sous ce nom, dans le Codex de Paris, publié en 1818, plusieurs préparations connues autrefois sous les noms d'eaux spiritueuses, d'esprits aromatiques, de baume, d'elixir, etc. Ces médicamens se composent toujours d'alcohol distillé sur une ou plusieurs substances aromatiques; on divise les alcoholats en simples et en composés : les
ALE 5i7 premiers ne participent que d'une seule substance aromatique; les seconds doivent leurs propriétés à plusieurs ingrédiens qui sont même quelquefois en si grand nombre qu'on aurait de la peine à justifier une pareille accumulation ; tels sont les eaux de Mélisse, des Carmes, l'eau générale. Les alcohols aromatiques doivent quelquefois leur odeur et leur propriété à un principe trop fugace pour qu'on puisse en déterminer la nature, et qu'on désigne alors par le nom à' arôme ; mais la plupart d'entre eux contiennent une ou plusieurs huiles qu'on peut même quelquefois séparer en ajoutant de l'eau dans l'esprit aromatique. C'est encore le cas de remarquer ici que plusieurs huiles moins volatiles que l'alcohol , et même que l'eau , peuvent être entraînées par ces corps en l'état de vapeur, en vertu de l'affinité qui existe entre ces substances , ou par un effet purement physique , et dépendant du renouvellement de l'espace. Plusieurs alcohols aromatiques ne sont plus considérés comme faisant partie de la matière médicale , et sont entièrement abandonnés aux parfumeurs. Parmi ceux que l'on a conservés dans le nouveau Codex nous citerons comme alcoholats simples, les alcoholats de Mélisse , de romarin, de menthe , d'écorce d'orange ; et parmi les alcoholats composés , l'eau vulnéraire, l'esprit de Sylvius, le baume de Fioraventi , l'eau de Cologne, et l'alcohol de safran composé, avec lequel on prépare l'élixir de Garus. { j. pelletier. )
ALCYON ( nids d'). ( Voyez nids d'alcyon. )
ALECTOIRE, s.f. , pierx'e alectorienne ; alectoria , lapis alectorius , de eixîxraip, coq; pierre qui se forme, suivant quelques auteurs anciens, dans l'estomac du coq, et à laquelle ils attribuaient des vertus merveilleuses. Il ne se trouve dans l'estomac des coqs que les pierres qu'ils ont avalées ; la superstition seule pouvait leur créer des propriétés thérapeutiques. ( r. del. )
ALEMBROTH ( sel ). ( Voyez sel alembroth. )
ALEZE, alèse ou alaise, s. f. , linteum. On donne ce nom à un drap plié en plusieurs doubles , dont on garnit le lit des malades dans diverses circonstances.
Autrefois on employait comme alèzes de petits draps d'un seul lé de toile; on a reconnu que ces alèzes étaient trop étroites et trop minces. Aujourd'hui on se sert de draps ordinaires qu'on plie en quatre ou en huit doubles de diverses manières, suivant qu'il est nécessaire d'avoir une alèze plus ou moins épaisse, plus ou moins large ou longue. La toile avec laquelle on fait les alèzes
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ne doit pas être d'un tissu trop fin ou trop gros, il faut qu'elle soit douce, à demi usée, et blanche de lessive. Elle doit être exempte, autant que possible, de coutures et de pièces.
On place des alèzes sous les malades qui rendent involontairement leur excrément et leur urine, afin de garantir les matelas et les autres parties du lit, de renouveler le linge aussi souvent qu'il est nécessaire, et d'entretenir les malades dans un état de propreté nécessaire à leur guérison. Lorsque les premiers doubles de l'alèze sont salis par les matières excrémentitielles, on les retourne en sens contraire , de sorte qu'on en place chaque fois un nouveau sous le malade. On économise ainsi une grande quantité de linge , ce qui est fort important dans les hôpitaux.
Lorsqu'une alèze est sale et qu'on veut la changer entièrement, on commence par fixer avec des épingles sur l'un de ses côtés , une autre alèze ;' on soulève le malade; on tire la première de ces alèzes qui entraîne la seconde à la place qu'elle occupait ellemême ; en attachant les deux alèzes ensemble, il faut avoir soin de placer la tète des épingles dans le sens où on tire les alèzes, afin d'empêcher qu'elles ne piquent le malade. Avant de replacer le malade sur une alèze, il faut passer la main dessus , pour s'assurer qu'elle ne fait pas de plis ni de bourrelet qui seraient incommodes , et pourraient occasioner par leur pression des excoriations douloureuses. Si les matières excrétées par le malade sont tellement abondantes qu'elles traversent en peu d'instans tous les doubles de l'alèze, il convient de mettre sous celle-ci un grand morceau de toile cirée qui les retient et les empêche de s'écouler à travers les matelas. Dans les opérations sanglantes, pour les amputations, l'opération de la taille, de la fistule à l'anus, ou pour la saignée, on garnit d'alèzes le lit du malade, afin de recevoir dessus le sang , la sérosité , l'urine , le pus et les autres matières qui doivent s'écouler lorsque le malade est opéré; on le pose également sur des alèzes qu'on a étendues sur son lit ; on met encore des alèzes sous les femmes nouvellement accouchées, pour recevoir les lochies; lorsqu'on panse un ulcère, une plaie, pn doit mettre une alèze sous la partie malade jusqu'à ce que le pansement soit fini , afin d'empêcher les draps et les couvertures d'être salis par le pus ou les médicamens topiques dont on se sert.
Dans certains cas, c'est le malade lui-même qu'on enveloppe avec une alèze, qui cstplacée de différentes manières suivant le cas;
A LE 5i9 aussi lorsqu'on doit pratiquer une opération le malade étant assis , comme cela est nécessaire pour beaucoup de maladies de la tète , de la poitrine, des membres supérieurs , on place des alèzes tantôt autour du cou, tantôt horizontalement autour du tronc ou obliquement en sautoir sous une aisselle d'un côté et au-dessus de l'épaule du côté opposé. On se sert aussi d'alèzes pour maintenir quelques malades dans leur lit, et pour empêcher les mouvemens du tronc ou des membres ; pour cela on passe le milieu de l'alèze pliée en long sur la partie qu'on veut assujétir, et on fixe solidement les extrémités de chaque côté au bois du lit.
Quelquefois on emploie des alèzes pour couvrir les instrumens dont on va se servir pour pratiquer nne opération , afin d'en dérober la vue aux malades.
Les anatomistes font un fréquent usage d'alèzes pour placer les diverses pièces d'anatomie nouvellement préparées, dans l'intention de les couvrir et de les préserver du contact de l'air et des corps étrangers qui pourraient les dessécher ou les salir.