ESPECES
Lawrence. Observations on llie nature and trealmeni of erysipelas. London , 1828 , in-8". Sabatier. Propositions sur l'érysipèle considiiré principalement cotnme^ioyen curalif dans les affectioDS cutanées chroniques. Paris, 1831, in-4''.
( P. Rayer. )
ÉRTTHÈME , erythema, f/;uJi)^.«, s. m. , du verbe .-/îu5«(vm , je rougis, signifie simplement rougeur morbide ( Hippocrate ) , est synonyme A'érjsipéle idiopathique ( Sauvages ), désigne une légère inflammation de la peau sans fièvre concomittante ou secondaire (Cullen), ou le plus faible degré de Térysipèle ( Callisen),etc.; enfin Willan et avec lui tous les pathologistes qui ont étudié avec soiri les maladies de la peau , décrivent, sous le nom tïérythème , un exanthème non contagieux , caractérisé par des taches rouges de quelques lignes à plusieurs pouces de diamètre , disséminées sur une ou plusieurs régions du corps , et dont la durée la plus ordinaire, à l état aigu , est d'un à deux septénaires.
§ I. Le frottement répété de deux surfaces contiguës du corps, chez des individus doués de beaucoup d'embonpoint, donne quelquefois lieu au développement de cette inflammation au dessous des mamelles , aux aisselles , aux aines , à la partie supérieure des cuisses ; le contact des flueurs blanches , des flux gonorrhéiques et dysentériques , celui des urines et des matières fécales sur certaines régions du corps (Erj-th. intertrigo) Je calorique (Erylh. combustio) ou sa soustraction (E. pernio ) ; la marche ou liquidation prolongée ; le décubitus constant sur une même partie ( E. paratrima ) ; la piqûre d'une aiguille ou d'un insecte {E. punctura) ; la distension morbide de la peau par un oedème ou par l'anasarque {E.lœve ); le voisinage d'une inflammation pustuleuse ou vésiculeuse , celui d'une plaie ou d'un ulcère, produisent fréquemment cette inflammation superficielle de la peau. Lorsque l'épiderme des taches érythématheuses est accidentellement détruit par le frottement ou toute autre cause , comme dans Yintertrigo des nouveau-nés ou dans celui qui se développe quelquefois aux aines et à la partie supérieure des cuisses chez les femmes douées de beaucoup d'embonpoint et qui négligent les soins de propreté , une humeur séro-purulente , d'une odeur fade et désagréable, suinte pendant quelques jours de la surface de la peau enflammée. Cette variété de l'érytheme est la seule qui puisse être confondue avec Tcrysipèle ; elle en diffère par l'absence de la tuméfaction, qui est constante dans ce dernier, dont le développement a lieu le plus ordinairement sans causes extérieures appréciables. Quant aux taches des autres variétés de l'érytheme , l'érysipèle est sans contredit de tous les exanthèmes celui avec lequel elles pourraient être le plus difficilement confondues.
§ II. lo. L'une de ces variétés (Erjih. papulatum , Willan ) se développe surtout chez les femmes et les jeunes gens , et se montre le plus ordinairement à la faee dorsale des mains, au col , sur la face, la poitrine, les bras el les avant-foras. Les petites taches rouges qui la caractérisent, irrégulièrement arrondis, légèrement saillantes , comme papuleuses , dépassent rarement la largeur d'un centime; d'un rouge vif au début, elles prennent bientôt une teinte violacée, surtout à leur centre , et disparaissent presque complètement sous la pression du doigt : dans l'espace d'un à deux jours , elles s'affaissent au niveau delà peau qui les entoure, et la rougeur elle-même est dissipée après un ou deux septénaires. L'on a vu ces plaques être plus saillantes et la tuméfaction persister plus long-temps { Erj Ui. luberculatum , 'Willan ). Enfin elles peuvent être confluentes et former par leur réunion des taches irrégulières plus ou moins considérables. Au premier coup d'œil, ces taches violacées de 1 érythème papuleux peuvent être prises pour des plaques syphilitiques à leur débutmais la marche de ces dernières suffirait pour les distinguer, lors même que plusieurs d'entre elles n'offriraient pas une teinte luisante cuivrée ou grisâtre, ou qu'elles ne seraient pas accompagnées d'autres symptômes vénériens. Lorsque ces deux éruptions existent à la fois chez un même maUde , comme nous l'avons vu ce'tte année à l'hôpital de la Charité, la détermination des plaques appartenant à chacune d'elles exige quelque habitude et beaucoup d'attention. L'urticaire diffère de l'érytheme papuleux par la grande élévation de ses plaques, par l'absence de la teinte violacée que l'on observe dans le premier, par les démangeaisons particulières qui l'accompagnent, et.parsa marche irrégulière , souvent fugace ou intermittente. Dans le lichen urticalus , les papules sont moins larges, plus arrondies, plus solides; leur couleur est beaucoup moins foncée que celle des taches de l'érhytème papuleux, et, comme dans l'urticaire , il existe toujours un prurit souvent très-intense. Enfin j'ai vu Térythéme papuleux se montrer sur le front , le visage et la poitrine , après deux ou trois jours de symptômes fébriles , de manière à simuler les élevures et les taches qui précèdent le développement des pustules de la variole.
§ III. Chez les femmes, les enfaas et les jeunes gens d'une constitution molle et d' un tempérament lymphatique , on observe assez fréquemment une autre VaHété {Erjth. nodosum). Dans la plupart des cas, un malaise général , de rabattement, un peu de fièvre, précèdent de quelques jours ou accompagnent le développement de cette éruption , qui se montre ordinairement sur le menton , les bras et la partie antérieure des jambes , sous la forme de taches rouges, ovales un peu élevées vers le centre, et dont l'étendue varie de quelques lignes, à un pouce de diamètre. En passant la main sur ces taches, ou sent qu'elles sont un peu élevées au-dessus du niveau de la peau , qu'elles forment de véritables nodosités; ces petites tumeurs rouges et douloureuses semblent tendre à la suppuration; mais bientôt leur volume diminue ; une teinte bleuâtre remplace la rougeur primitive; et elles se résolvent dans l'espace de dix ou douze jours. Uerj-thema nodosum ne peut être confondu avec aucune autre variété d'exanthèmes; il diffère notamment de la roséole par la tuniéfaction profonde qui le caractérise. Il accompagne quelquefois le rhumatisme.
[ § IV. Uerj^thema marginatum est une troisième variété , caractérisée par des taches d'un rouge livide , arrondies , d'un demi-pouce à un pouce de diamètre , dont la circonférence est élevée, proéminente et légèrement papuleuse. Leur surface semble quelquefois vésiculeuse et luisante ; mais il n'existe point de sérosité déposée au-dessous de l'épiderme. Ces taches se montrent sur toutes les régions du corps , sur les membres plus ou moins tuméfiés, à la face, dans le cuir chevelu et même sur les conjonctives. Cette éruption peut être précédée ou accompagnée d'un mouvement fébrile.
5 'V'.-A ces variétés de l'érytheme aigu , il faut encore en ajouter une autre que j'ai plusieurs fois observée. C'est Verjthème diffus , dans lequel la rougeur inflammatoire de la peau est toujours superficielle, sans gonflement appréciable de celte membrane ou du tissu cellulaire sous-cutané, et sans développement de bulles ou de phlyctènes à sa surface. Cette teinte rouge des tégumens , iniigalement répartie sur les diverses régions du corps (^^y/Ae/wa /cep-e. , Willan) , diffère peu quelquefois de leur couleur naturelle : la peau est sèche et sa chaleur plus ou moins prononcée est toujours au-dessus de celle de la température habituelle du corps. Les deux bras d'un adulte atteint d'une dotliinentérite présentaient le jour de son entrée à l'hospice ,' une teinte rouge uniforme presque aussi vive que celle de la scarlatine ; je le fis saigner, et en trente-six heures la rougeur disparut. Cette éruption peut être intermittente ou apparaître momentanément sous l'inffuence d'exacerbations ou de paroxysmes fébriles, lorsqu'elle survient à la fin de maladies aiguës graves , elle disparait à la mort et quelquefois même à ses approches. Chez les convalescens , cet érythèmo est ordinairement suivi de la chute de l'épiderme et quelquefois de celle des cheveu.>; ; phénomènes qui ne sont souvent appréciables qu'un ou deux septénaires après la disparition de la rougeur des tégumens.
§ VI. L'érythème chronique est une affection apyrélique le plus souvent rebelle. Tel est celui que l'on désigne vulgairement sous le nom de taches de feu, et qui coïncide quelquefois avec l'inflammation ])ustuleuse du visage, connue sous le nom de couperose , et lui succède plus souvent encore. Cette variété, sujette à des retours habituels, est caractérisre par une teinte rouge qui pâlit sous le doigt, et de légères arborisations vasculaires sous les poniniettes ou les ailes du' nez. Elle est accompagnée de prurit et d'un sentiment d'ardeur et de tbînsion , surtout lorsque le sang se porte accidentellement à la tête. Ce sont encore des érylhèmes chroniques que ces rougeurs persistantes des fesses des nouveau-nés ou des enfans à la mamelle , produites et entretenues par le contact habituel de l'urine ou des matières fécales et la mal|)ropreté des langes. Enfin , lors de l'épidémie qui a régné à Paris en 1 829 ( Acrodynie ) , j'ai observé un grand nombre d'inflammations érythéraateuses chroniques de la paume des mains et de la plante des pieds; mais elles étaient accompagnées d'une sécrétion épidermique si remarquable que leur description me parait devoir cire rattachée à celle du pityriasis ruhra (voyez Pityriasis).
*^ VII. Le développement assez fréquent de l'érythème chronique dans la couperose ne peut justifier P. Franck d'avoir réuni et confondu deux maladies aussi distinctes dans une même description. Eu eff'et, l'érythème est une inflammation exanthcraateuse,et la couperose est caractérisée par des pustules. Il importe beaucoup aussi de distinguer, a l'aide d'une exploration attentive des divers organes, l'érythème idiopathique des fesses, de la marge de l'anus , des bourses et des membres inférieurs des nouveau-nés, produit par la malpropreté, de celui qui coïncide souvent avec des cœco-colites aiguës ou chroniques et qui a les mêmes apparences. Enfin de semblables rougeurs développées aux fesses et aux parties génitales , chez les enfans, ont pu être regardées comme des symptômes de syphilis par des observateurs superficiels. Aujourd'hui de semblables méprises sont heureusement très-rares.
§ VIII. Ce que dit Bateman de la gravité de l'érythème doit être rapporté entièrement aux lésions intérieures auxquelles il est -quelquefois associé : cette légère inflammation de la peau n'entraîne par elle-même aucun danger. Toutes les fois que les variétés d'érythèmes indiquées plus haut {Eryt. papulatum, eryt. marginatum, eryt. nodosum, etc.) sont apyrétiques et sans complication , elles guérissent d'elles-mêmes dans l'espace d'un ou deux septénaires. Mais lorsqu'elles sont douloureuses ou avec fièvre, il faut les combattre par les émollieus , les bains tièdes et quelquefois par la saignée générale. On diminue souvent la douleur et la sécrétion morbide dans Yintertrigo des enfans, en saupoudrant de poudre de lycopode la peau enflammée , après l'avoir nettoyée avec une décoction émoUiente. L'érythème produit par la distension de la peau dans l'œdème et l'anasarque, doit être combattu par les lotions mucilagineuses et les moyens employés contre l'hydropisie. Tous les érythèmes chroniques sont difficiles à guérir, et les taches de feu sont à peu près incurables. Enfin, les lésions qui précèdent ou accompagnent le développement de l'érythème offrent des indications particulières. Les saignées locales àl'épigastre dans les cas de gastro-entérite , à la mat^ge de l'anus et sur le trajet du colon dans les cœco-colites concomitantes , sont souvent fort utiles.
(P. Rater.)
ESPÈCES. Dans le langage de l'ancienne pharmacie, on appelait ainsi des mélanges formes par la réunion de diverses plantes analogues pour leurs propriétés , el qu'on employait comme un médicament simple. Les praticiens avaient alors compris que beaucoup de substances médicamenteuses , étant fort voisines les unes des autres par leur saveur et leur odeur, devaient renfermer à peu près les mêmes élémens, et agir par conséquent de la même manière sur l'économie animale. Alors, au lieu dose borner à les administrer séparémenlet indistinctement, ils les réunirent ensemble, et les employèrent ainsi; seulement, au lieu de composer leur mélange de toutes les plantes semblables, ils
ESTOMAC
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voulurent donner à leur œuvre une sorte de régularité , et admirent certains uombres , auxquels probablement se rapportaient quelcjues idées mystiques. Ainsi nous voyons les cinq racines apéritives , les quatre fleurs pectorales , les quatre bois sudorifiques, elc. , etc. D'ailleurs les auteurs de matière médicale ont souvent rassemblé dans le même groupe , des plantes appartenant à des familles végétales différentes , et souvent aussi fait figurer la même plante dans plusieurs groupes, auxquels ils imposaient des dénominations évidemment dictées par des idées fausses. Quelquefois cependant, mieux, inspirés , ils ont donné aux diverses associations qu'ils formaient , des noms exprimant leur qualité physique dominante, ou bien leurs effets immédiats les plus positifs; c'est ainsi que nous trouvons les espèces amères , astringentes ou émollientes.
En mettant de côté les espèces envisagées ainsi que le faisaient les anciens, savoir, comme des agglomérations médicamenteuses jouissant de propriétés supérieures à celles des élémeiis qui les composent , nous devons retenir cependant un fait qui n est pas sans importance ; savoir, qu'une foule de végétaux possèdent une manière d'agir tout à fait analogue , parce qu'en définitive ils présentent les mêmes élémens primitifs; savoir, les huiles fixes ou volatiles, les gommes, les résines, les mucilages, la quinine, la morphine et la strychnine, etc. En conséquence , au lieu de considérer séparément des individus qui ne diffèrent les uns des autres que par une proportion plus ou moins consirable de ces princ ipes actifs , il conviendrait de les grouper pour éviter d'inutiles répétitions, et d'étudier avec détail les principes immédiats sans lesquels ils ne sont rien; car, quelle que soit l'influence que peuvent exercer les substances diverses qui se trouvent rassemblées dans les végétaux , leur action réelle dépend toujours de l'élément qui prédomine dans leur composition.
(F. Ratier.)
ESSENCE. Voyez Huile.
ESTOMAC (Maladies de l'). L'estomac, organe de la chymification ; réservoir actif des substances alimentaires ; situé à la réunion du premier dixième supérieur et des neuf dixièmes inférieurs , entre l'œsophage organe de déglutition et le duodénum organe de chylification, entre les organes préparateurs du travail digestif et les organes qui le consomment; l'estomac, dis-je, occupe à peu près la partie moyenne du tronc, la partie supérieure de l'abdomen, plus spécialement I hypocondre gauche, l'épigastre , et s'avance même un peu dans l'hypocondre droit. Il est séparé par le diaphragme , du cœur et des poumons, sur lesquels il exerce une si grande influence par ses connexions topographiques, non moins que par ses connexions vitales. Ce même diaphragme, et immédiatement les cartilages et les fausses côtes gauches, le foie , une portion plus ou moins considérable de la paroi abdominale (nommée pour cette raison épigastre ) ; voilà les rapports de sa face supérieure , qui est en même temps antérieure. Le mésocolon transverse, la troisième partie du duodénum, appelée par les anciens ventriculi puhinar, le pancréas; voilà les rapports de sa face inférieure qui est en même temps postérieure. L'arc du colon et le grand épiploon longent son bord antérieur ou grande courbure. Le petit épiploon nait de son bord postérieur ou petite courbure, qui embrasse la colonne vertébrale, dont le séparent le petit lobe du foie, les piliers du diaphragme, l'aorte, le trépied cœliaque, et les plexus solaires. La rate à gauche ; à droite , le duodénum dontil estséparé par le rétrécissement pylorique , complètent ses rapports, qui sont excessivement variables par leur étendue, suivant le volume si variable de ce viscère. Quatre membranes de texture et de vitalité différentes , qui sont, du dehors au dedans , le péritoine, une membrane musculeuse , une membrane fibreuse et une membrane muqueuse; un double cercle artériel et veineux trèsconsidérable , que constituent les artères et reines coronaires stomachiques , pyloriques , gastro-épiploïques droite et gauche et les vaisseaux courts ; des nerfs extrêmement considérables eu égard à la masse de l'organe, savoir : 1p. les pneumo-gastriques ; 2°. les plexus émanant des plexus solaires qui portent le jiom de vaisseaux qu'ils enlacent , lesquels nerfs soumettent l'estomac à la double influence du système cérébro-spinal et du système ganglionnaire; des vaisseaux lymphatiques superficiels et profonds : tel est l'estomaê , dont je dois grouper ici les maladies dans une description rapide.
De tous temps , les praticiens avaient fait jouer à l'estomac le rôle le plus important dans les maladies. Ils avaient remarqué que les causes miasmatiques et cpidémiques affectent principalement ce viscère. L'eslomac, disaient-ils dans leur langage niéta|)horiquc , attire le poison fébrile (pestcm quasi l adices Jigere in ventriculo , Sydenli. ). 11 est le plus mobile et le plus associable de tous les organes , l'introducteur et le répartiteur de toutes les causes morbides. Mais jusqu'à ce jour, les praticiens s'étaient contentés de ces faits bien observés, sans en chercher les raisons anatomiques ; ou , du moins , ils ne les demandaient pas plus à la membrane muqueuse qu'aux autres membranes. Il est évident que par ce mot, V estomac j ils comprenaient les forces épigasiriques si bien décrites par Lacaze et par Bordeu , d'où naissent les sentimens de force ou de fajblesse, de bien-être et de malaise. Sous ce point de vue, l'estomac considéré comme Yorgane d'expression des forces épigasiriques joue un rôle immense , sur lequel nous ne saurions trop appeler l'attention. Le centre cpigastrique et le centre cérébral , voilà en quelque sorte les deux points culminans de l'économie saine et morbide; l'état de l'estomac ne nous intéresse plus seulement sous le point de vue de l'élaboration digestive , mais biep sous celui de la manifestation de l'état des viscères.
Jusque dans ces derniers temps , la muqueuse gastrique avait à peine fixé l'attention des praticiens, qui ne s'imaginaient pas qu'une membrane quia pour ïinsi dire été créée pour l'irritation, qui supporte impunément le contact des «limens les plus hétérogènes, d'alcoholiques , de iliinutans, d'acres de toute
espèce, pût concevoir l'irritation avec tant de facilité, que cette irritation fut un des phénon^nes les plus remarquables de l'économie. C'est à M. Broussais qu'il était réservé de démontrer dans la muqueuse gastrique surexcitée la source du plus grand nombre de toutes ces langueurs, dyspepsies , digestions laborieuses avec maigreur, sentiment de faiblesse, éructation, constipation , etc. ; fait capital et qui a exercé une si grande influence sur le traitement de ces maladies. D'après ma manière de voir , c'est aux forces épigasiriques , dont l'estomac est eu quelque sorte Vorgane de manifestation , qu'il faut rapporter le rôle immense , fondamental , que cet auteur fait jouer à la muqueuse gastro-intestinale dans toutes ou presque toutes les fièvres, dans toutes ou presque toutes les maladies, soit comme point de départ, soit comme point sympathique inévitable. Je vais commencer leur énumération rapide etraisonnée par les lésions dans la contiguïté.
1". Lésions dans la contiguïté de l'estomac. Déplacemens ^ Hernies. — Maintenu dans sa situation par l'œsophage d'une part , par le duodénum de l'autre, et en outre par les replis du péritoine qui 1 unissent au foie , à la rate, à l'arc du colon, soutenu comme par une espèce de plancher par le mésocolon transverse , l'estomac n'est pas susceptible de déplacemens proprement dits; mais il obéit quelquefois à l'attraction ou à la pression exercées sur lui par les viscères qui l'entourent ou avec lesquels il se continue. C'est ainsi qu'on l'a vu entraîné par l'intestin grêle ou par l'arc du colon déplacés , repoussé dans la région ombilicale et même jusque dans l'hypogastre , par le foie , la rate , etc. , développés outre mesure, refoule dans l'hypochondre gauche etsoulevée jusqu'au niveau de la troisième côte par des hydropisies enkystées de l'ovaire.
Dans un cas où la rate augmentée de volume et déplacée occupait la région ombilicale , j'ai vu la grosse extrémité de l'estomac repliée sur la portion pylorique de l'estomac , laquelle occupait sa situation naturelle. La malade se plaignait depuis long-temps de mauvaises digestions qui avaient fait croire à une gastrite.
Les rapports de l'estomac avec le diaphragme expliquent les hernies diaphragmatiques assurément fort rares , eu égard au peu d'épaisseur de ce muscle, dont les faisceaux musculaires laissent souvent entre eux des espaces dans lesquels la plèvre et le péritoine sont contigus. Une absence plus ou moins complète ou une perforation congéniale du diaphragme, une plaie, une masse graisseuse , qui comme un coin s'insinue entre les fibres musculaires et entraîne le péritoine à sa suite , voilà les causes de ces déplacemens , qui se divisent d'une part en congénlaux et en accidentels, d une autre part en ceux qui sont pourvus d'un sac herniaire et ceux qui en sont dépourvus. Le hasard a presque toujours fait reconnaître cette lésion , dont la difficulté de respirer, un état analogue à l'asthine, les crampes ont été les symptômes les plus constans.
Les hernies de la ligne blanche , généralement appelées hernies del'estomac, sont ou des hernies graisseuses, ou des hernies épiploïques, ou bien enfin d^s hernies de l'arc du colon.
2°. Lésions dans la continuité. — Les rapports de l'estomac expliquent sa lé^ sion par des instrumens piquans, pur des corps lancés parla poudre à canon, soit que ces corps vulnérans aient pénétré entre les côtes gauches , soit qu'ils aient traversé l'épigastre. Ces mêmes rapports établissent la possibilité d'arriver à l'estomac par une opération chirurgicale, qui, dans l'état actuel de la science, est bornée au cas de corps étrangers. Des contusions à l'épigastre, surtout des contusions répétées, ont été regardées comme une des causes les plus actives du cancer de l estomac.
On lit dans les observateurs plusieurs exemples de fistules à l'épigastre; dans un autre cas, cette fistule était la suite d'un coup de corne de taureau, qui avait perforé les parois abdoifiinales et l'estomac distendu par les alimens. Enfin, on cite des observations de rupture de l'estomac et d'épanchement consécutif dans l'abdomen par suite de l'action d'un corps orbe sur l'épigastre; mais pour que la rupture ait lieu , il est nécessaire que l'pslomac soit distendu par une grande quantité d'alimens.
A côté de ces lésions de l'estomac par cause externe, nous devons placer la cautérisation, la perforation de ce viscère par les poisons caustiques, tels que les acides concentrés , les préparations d'arsenic , le sublimé , etc.
3o. Corps étrangers. — En vertu de cette loi d'harmonie qui domine l'écono^ mie vivante, il est excessivement rare que les corps étrangers qui ont pu traverser l'œsophage soient arrêtés dans l'estomac. Cependant on cite quelques exemples de corps étrangers, tels qu'une fourchette, un rasoir, auxquels le pylore n'a jamais pu livrer passage, qu'on a été contraint d'extraire par la gas-; Irotomie.
On trouve dans les recueils d'observations des exemples de concrétions variables par le volume et par l'origine, dont quelques-unes ont été rendues par le vomissement, après avoir déterminé des accidens plus ou moins graves. De ces concrétions , les unes paraissaient formées de toutes pièces dans 1 estomac a la manière des égagrophyles, et avaient pour noyaux des corps durs ingères ; les autres étaient bien évidemment des calculs biliaires.
Des corps étrangers animés peuvent occuper l'estomac : ainsi très-souvent on y trouve l'ascaride lombricoïde ; on dit y avoir vu les deux espèces de toenia , jamais l'oxyure, jamais le tricocéphale , jamais ces œtres si fréquens dans 1 estomac du cheval ( F. Ehtozoairks ) , jamais les petits vers déliés qui s'insinuent dans les follicules de ce solipède et déterminent la formation de tumeurs qu'on prendrait au premier abord pour des tubercules ; quant aux acéphalocystes qui sont quelquefois rendus par le vomissement ou qu'on a rencontrés dans lestomac, ils venaient soit du foie , soit de la rate, et avaient pénétré dans l'estomac à travers une perte de substance de cet organe. J'ai dit ailleurs ce qu'on deyaili
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enser de ces crapauds , de ces serpens , de ces chenilles , qui ont été rendus ou Lipposés rendus par le vomissement.
4 °. Lésions dans la circulation des matières alimentaires contenues dans Vesomac. Rétention des matières. — L'obstacle au cours des matières alimentaires st l'effet le plus grave des squirrhes du pylore : à côté de malades qui résistent
des cancers qui ont envahi l'estomac tout entier et dans toute son épaisseur, ous en voyez d'autres qui succombent parle seul fait de simples rétrccissemens u pylore causés par un épaississement hypertrophique des membranes sans Itération notable du tissu. J'ai vu un cas dans lequel le malade succomba avec 3us les symptômes rationels d'un squirrhe au pylore , je trouvai pour toute léion un rétrécissement de cet orifice produit par une cicatrice circulaire suite 'ulcération de l'estomac. On a vu une pièce de monnaie obstruer complètement ; pylore et entraîner la mort. Quelques faits me semblent démontrer que dans ertains casil peut existerun rétrécissement spasmodique du pylore qui produit sus les effets des rétrécissemens organiques , savoir la rétention des matières limentaires, la dilatation plus ou moins considérable de l'estomac et des vomisemens plus ou moins fréquens. Sur deux individus que je croyais affectés de ancer au pylore, j'ai trouvé l'estoinac énormément dilaté, remplissant tout abdomen et atteignant la marge du bassin par sa grande courbure , les memranes muqueuse et musculeuse étaient hypertrophiées dans toute leur étenue, l'orifice pylorique ne présentait aucune lésion organique. Dans l'un de ces as, le malade rendit en ma présence, par le vomissement , la moitié d'un seau ,e liquide verdàtre. Il me dit que la même chose avait lieu tous les huit jours, u'il lui semblait que pendant les intervalles des vomissemens tout restait sur estomac, lequel ne se débarrassait que lorsqu'il était surplein, il pouvait même volonté provoquer le vomissement en avalant une très-grande quantité de liuide. Le rétrécissement de l'orifice cardiaque de l'estomac , en s'opposant au assage des alimens , entraîne des accidens non moins graves que ceux du squirhe du pylore ; une énorme dilatation de la partie intérieure de l'oesophage en st le résultat.
C'est bien gratuitement qu'on attribue à une dilatation excessive de l'orifice ylorique certains phénomènes tels que la faim canine, une odeur stercorale de j bouche , etc.
Quant au resserrement de l'estomac , il est quelquefois fort remarquable chez ?s individus soumis à une longue diète, ou affectés de squirrhe du cardia.
Ce rétrécissement était prodigieux , et l'estomac comme racorni ne dépassait las le volume de la vésicule du fiel , chez une malade qui s'était empoisonnée vec de l'acide sulfurique et qui succomba au bout de six semaines.
Pneumatose de l'estomac (ventricules Jlatulenles). — Il est une tympanite tomachale qui a pour effet le soulèvement du diaphragme , la compression des oumons , du cœur, et par conséquent des accidens variés du côté de ces orga- ,es. Cette pneumatose qui, dans beaucoup de cas , doit être attribuée à une jigmentation de sécrétion gazeuse , dans d'autres à une sorte de fermentation fU d'action chimique, peut être symptomatique d'une péritonite , d'un rétrécisement du pylore; elle peut aussi être essentielle. Je ne sache pas qu'elle ait amais été accompagnée de rupture de l'estomac , comme cela se voit si fréquemment chez les animaux. Il est des pneumatoses habituelles à certains indiidus nerveux , hystériques, hypochondriaques , qui se terminent par l'expulion bruyante et rapide d'une très-grande quantité de gaz inodores , lesquels se uccèdent avec beaucoup de rapidité. L'oppression qui résulte du développement des gaz , soit dans l'estomac , soit dans les intestins , joue un grand rôle lans certaines péritonites puerpérales. Dans plusieurs cas , j'ai été porté à leur ttribuer en partie la mort des malades ; et je me suis demandé si , dans quelques cas , le médecin ne pourrait pas utiliser la pratique des vétérinaires , qui reviennent la suffocation xles moutons par une ponction pratiquée dans la lanse énormément distendue de cet animal.
Doit-on admettre un emphysème de l'estomac ? On trouve très-fréquemaent la muqueuse soulevée par des gaz. Plusieurs praticiens font jouer
ces gaz ungrand rôle dans la maladie. J'ai dit ailleurs que je regardais, lans tous les cas , cet emphysème comme le résultat d'une putréfaction comnençanie.
Fluxion nutritii'e de Vesiomac. Hypertrophie. — Cette hypertrophie peut tre générale ou partielle, propre à une seule membrane ou commune à toues. Ainsi , dans certains cas , on rencontre la muqueuse épaissie comme granueuse , indurée , très-résistante; dans d'autres cas c'est la membrane musculeuse [ui a quintuplé de force et d'épaisseur; la membrane fibreuse participe presque oujours à I hypertrophie de la membrane musculeuse. L'hypertrophie partielle st quelquefois bornée au pylore ; et souvent , au lieu de la dégénération canéreuse, on trouve un simple épaississement sans altération notable de tissu ians les membranes muqueuse , fibreuse et musculeuse. Nous rangerons parmi es hypertrophies de la muqueuse ce grand développement des papilles ou vil- Dsités qui tantôt deviennent coniques , tantôt se détachent de la muqueuse ous forme de végétations pédiculées ou non pédiculées ; petits polypes souvent rès-nombreux chez le même individu , qui acquièrent quelquefois un trèsrand volume, et sont susceptibles de dégénératiou. Enfin, la fluxion nutritive u hypertrophie entre comme élément dans les diverses dégénérations de estomac.
Fluxion sécréloire de V estomac. Il est un mode d'irritation de l'estomac qui . pour i-ésultat une exhalation séreuse extrêmement abondante. Cette exhalaion , cette espèce de sueur de l'estomac , constitue un des èlémens principaux lu choléra-morbus ; les malades vomissent une énorme quantité d'eau limpide , einte ou non par de la bile , comme s'ils venaient d'avaler une grande quantité
DlCT. DE MÉDECINE ET DK CHIRURGIE PRATIQUES.
d'eau. Dans le typhus puerpéral , j'ai vu souvent , à la Maternité, des vomissemens indomptables d'une grande quantité d'eau teinte en vert foncé, en jaune ou en brun. Dans d'autres cas, il y a sécrétion d'un mucus limpide , filant, très-abondant. J'ai donné mes soins à une malade qui rendait tous les jours, à la suite d'éructations bruyantes, un verre et demi à deux verres de semblables mucosités. C'est plutôt théoriquement que par suite d'une déduction logique des faits, qu'on a attribué à une sécrétion surabondante de mucosités l'ensemble de symptômes connus sous les noms d'embarras gastriques , de salurres , de fièvre gastrique , Jîèvre muqueuse.
Fluxion hémorrhugique , gastrorr/iagie. Presque toujours suivie à'hématémèse , quelquefois aussi de selles sanglantes. Lorsque le sang vomi ou évacué par le bas est noir, la maladie porte le nom de melœna , maladie noire. L'hémorraghie gastrique est presque toujours symptomatique d'un ulcère de l'estomac , d'un cancer de ce même organe , mais il n'est pas rare de voir des hématémèses idiopathiques , supplémentaires ou non d'une autre hémorrhagie , et nommément de l'évacuation menstruelle. C'est à la fluxion hémorrhagique que je rapporte ces vomissemens de matière brune, couleur de marc de café, que l'on observe si souvent dans le typhus puerpéral de la Maternité, dans la fièvre jaune et dans certaines maladies gastro-intestinales sporadiques.
A la fluxion hémorrhagique nous devons rapporter ces pétéchies , ces petites ecchymoses qui donnent à la surface interne de l'estomac l'aspect truité du morbus maculosus de Werloff ; altération très-fréquente chez les enfans nouveau-nés , et qui occupe quelquefois toute la longueur du canal intestinal , quelquefois la totalité des surfaces muqueuses et qui s'accompagnent ou ne s accompagnent pas d'hémorrhagies. J'ai rencontré Cette lésion sur plusieurs enfans mort-nés ; je l'ai également rencontrée chez plusieurs adultes. Ce cas doit être rapproché des plaques noires circulaires , que présente quelquefois la surface interne de l'estomac , plaques mélaniques contenues dans des espèces d'alvéoles creusées aux dépens de la membrane muqueuse. Cette altération coïncide le plus souvent avec des vomissemens noirs ; mais elle peut avoir lieu indépendamment de ces vomissemens.
Fluxion inflammatoire, gastrite. — Dans une première classe se range la gastrite par empoisonnement. Lorsque le poison ne tue pas par ses effets immédiats, il tue par l'inflammation excessivement aiguë ou par l'inflammation chronique qui en sont la suite. Dans deux cas d'empoisonnement, l'nn par l'acide sulfurique, l'autre par l'acide nitrique, la mort étant survenue en quinze ou dix-huit heures , l'estomac était couvert de bandes noires comme du jais : on aurait dit une carbonisation. Dans un cas d'empoisonnement par l'acide sulfurique, le malade résista pendant un mois environ , et mourut au milieu des plus vives douleurs ; la muqueuse gastrite avait été détruite dans presque toute son étendue. Ainsi, le contre-poison immédiatement, le traitement antiphlogistique le plus énergique lorsqu'on n'a pu prévenir les effets immédiats, voilà le traitement.
Il est des gastriques spontanées qui ont toute l'acuité , toute la gravité des gastriques produites par l'introduction d'un poison acre; et, chose bien remarquable , la lésion organique est quelquefois légère et sans aucun rapport avec les symptômes.
1\ est des gastrites pseudo-membraneuses , gastrites tapissés par une fausse membrane. Elles sont excessivement rares. On a vu dans quelques cas toute la muqueuse gastrique revêtue d'une couche pseudo-membraneuse. La production de cette fausse membrane suppose non-seulement une inflammation excessivement aiguë , mais encore un mode particulier d'inflammation qu'on pourrait appeler inflammation pseudo-membraneuse. La muqueuse subjacente est toujours dans ce cas excessivement injectée. Il est fort rare que le muguet des enfans s'étende jusque dans l'estomac; les limites de l'épiderme œsophagien sont en général les limites de la sécrétion pseudo-membraneuse.
La distinction de la gastrite aiguë, en villeuse et folliculeuse , est ingénieuse; elle peut être légitime dans quelques cas ; mais elle ne repose sur aucune preuve anatomique. La gastrite folliculeuse aura eu pour résultat pur et simple une augmentation de sécrétion , et constituerait l'embarras saburral , la fièvre muqueuse. La gastrite villeuse serait accompagnée de sécheresse de la langue, de soif vive et de tous les symptômes de la gastrite aiguë.
Le siège de la gastrite est dans le système capillaire veineux qui forme la trame de toute membrane muqueuse; une injection pénicillée , voilà le seul caractère anatomique de l'état aigu essentiellement pathologi-que. Il faut bien distinguer cette rougeur de la rougeur cadavérique , suite de la transsudation du sang à travers les parois veineuses , rougeur qui tantôt longe les gros vaisseaux , et tantôt colore uniformément toute la surface de la membrane muqueuse. Dans l'un et l'autre cas , c'est une véritable teinture. On trouve encore cette teinture uniforme à un degré très-prononcé chez les individus qui succombent pendant le travail de la digestion , et chez ceux qui succombent à une maladie du cœur , et dont la circulation veineuse abdominale éprouve la même gêne que la circulation veineuse de toutes les parties du corps. La ligature de la veine.porte détermine instantanément la couleur rouge-noire de la muqueuse gastrique.
La gastrite chronique présente une foule de degrés ou nuances impossibles à caractériser anatomiquement (car il est heureusement fort rare qu'elles soient mortelles), et que j'ai coutume de classer cliniquement d'après la méthode thérapeutique qui lui est applicable. Ainsi , il est des gastrites légères commençantes qui cèdent à l'abstinence du vin et des alimens échauffans , à la diète' froide ; d'autres qui cèdent à la diète purement végétale féculente, herbacée • d'autres à la diète lactée ; d'autres qui réclament l'abstinence complète ' 230
ESTOMAC
ESTOMAC
de toute espèce d'alimens pendant huit, quinze jours , etc. Je regarde la couleur noire de la membrane muqueuse , couleur noire qui consiste dans des points mélaniques plus ou moins multipliés , tantôt dans de larges plaques noires , comme l'indice d'une irritation anciennement éprouvée , mais nullement comme l'indice d'une irritation actuellement existante.
La gastrite ulcéreuse {ulcérations multiples), beaucoup plus rare que l'entérite ulcéreuse , presque toujours consécutive a une inflammation aiguë , consiste en des pertes de substances circonscrites comme par un emporte-pièce , en nombre variable. Quelquefois ces ulcérations se présentent sous l'aspect de petites plaques mélaniques , plus ou moins étendues , lesquelles sont formées par une matière noire remplissant la perte de substance. Lorsque ces ulcérations sont en voie de guérison , elles présentent des froncemens plus ou moins réguliers. J'en ai vu qui ressemblaient k une étoile à cinq branches.
Ulcère simple chronique de l'estomac. — Presque toujours confondu avec le cancer de l'estomac et pendant la vie et même à l'ouverture du corps, cette lésion fait le sujet d'une petite monographie avec planches ( Jnat. pathol. , dixième livraison , pl. 5 et 6. ) Le travail morbide va rongeant successivement les parois de l'estomac à la manière des ulcères syphilitiques, si bien qu'une perforation spontanée en est très-souvent la suite ( loc. cit., pl. 5 , fig. 1 et 1 1 ) ; mais presque toujours des adhérences salutaires s'établissent entre l'estomac et les parties voisines et préviennent la perforation; le plus souvent c'est le pancréas qui remplace la perte de substance ; d'autres fois c'est le foie, ce qui est rare , les ulcères chroniques n'occupant guère que la paroi postérieure , la petite courbure et le voisinage de l'orifice pylorique. Une héraathémèse est le résultat le plus habituel de cet ulcère. L'artère coronaire stomachique et l artère splénique, usées par les progrès de l'ulcération , ont souvent donné lieu à une hémorragie mortelle [loc. cit., pl. 6. ) Ces ulcères, quelque vastes qu'ils soient, sont susceptibles de cicatrisation , et la cicatrice est fibreuse. J'ait fait représenter un cas où la bride circulaire fibreuse formée parla cicatrisation a déterminé tous les accidens qu'amène l occlusion incomplète de l'orifice pylorique.
Ramollissement gélatiniforme. — Il est fréquent chez les enfans, rare chez l'adulte, sans aucune trace d'injection vasculaire, caractérisé pendant la vie par un groupe de symptômes faciles à rallier autour de la lésion organique, quelquefois accompagné de perforation, appelée perforation spontanée , mais sans épanchement dans l'abdomen. Celte altération est parfaitement représentée par celle qu'imprime à l'estouiae l'acide nitrique étendu d'eau. Et comme le suc gastrique est acide, on a pensé que cette altération pouvait bien être purement cadavérique , et le résultat d'une sorte de dissolution , de digestion de l'estomac, comme le disait Hunter ; j''ai longuement discuté ( Anat. path. , avec fig. , dixième livraison) les faits sur lesquels pouvait s'étayer cette opinion, et j'ai établi sur des faits positifs : l» qu'il est presque toujours possible de diagnostiquer le ramollissement gélatiniforme avec ou sans perforation de l'estomac et de l'Hitesliu grêle ; 2" qu'il est souvent possible de l'arrêter dans sa marche desorganisatrice.
Le ramollissement pultacé , confondu avec le ramollissement gélatiniforme par les uns , regardé par les autres comme un état pathologique particulier, me paraît tout-à-fait cadavérique. Presque toujours la muqueuse amincie , brunâtre , d'apparence puUacée , a disparu le long du bord libre des plis que présente la surface interne de l'estomac ; je l'ai vue plusieurs fois détruite dans tout le grand cul-de-sac et même dans toute l'étendue de l'estomac. La membrane fibreuse , remarquable par sa blancheur , forme alors la surface interne de l'estomac. J'ai vu dans un cas ce ramollissement pultacé avoir lieu çà et là par petites plaques circulaires faites comme avec un emporte-pièce. J'ai fait représenter (pl. 1 , dixième livraison) le ramollissement pultacé que j'ai étudié parallèlement au ramollissement gélatiniforme.
Dégénération cancéreuse de l'esiomac. — Lésion aussi fréquente que grave, qui se présente sous toutes les formes et peut affecter tous les points de l'estomac, lo Tantôt sous forme de végétations encéphaloides qui naissent de la membrane muqueuse, et qui peuvent obstruer plus ou moins exactement le pylore, lorsqu'elles avoisiuent cet orifice ; la mort peut avoir lieu dans ce cas par le seul fait de cette obstruction et des vomissemens indomptables qui en sont la suite ( Anat. path. , quatrième livraison , pl. 1 ). 2° Le plus souvent la dégénération affecte primitivement la membrane fibreuse intermédiaire à la muqueuse et à la membrane musculeuse ; de là un épaissisement ou tumeur qui tend à s'accroître et au d jdans et au dehors.
L'état squirrheux , l'étal encéphaloide ne sont que deux modes difFérens de la même dcgénération dépendant de la rapidité du travail désorganisateur , de l'abondance du suc lactescent ou cancéreux ; travail désorganisateur rapide dans l'encéphaloide : il a pour résultat le dépôt d'une grande quantité de suc lactescent ou cancéreux, le développement d'un grand nombre de veines de nouvelle formation et le ramollissement du tissu; lent dans le squirrhe, il détermine une dureté presque pierreuse du tissu morbide , où l'analyse anatoraïque parvient cependant à retrouver les tissus primitifs , le suc lactescent et quelques vaisseaux disséminés. Quelquefois l'ulcération a lieu du dedans au dehors : c'est ce qu'on observe surtout dans le cancer dur ou squirrheux , et il en résulte un ulcère cancéreux. D'autres fois le travail désorganisateur a lieu du centre de la dégéiiération à la circonférence , et a pour résultat la mort des parties; quelquefois le malade meurt dans celte période. D'autres fois le foyer gangréneux s'ouvre dans l'estomac; et c'est alors que l'introduction de l'air, des alimens et des boissons dans ce foyer détermine la gangrène des tissus altérés et une mort r.q.i.l,.. A l'ouverture du corps il est quelquefois difîicile de
reconnaître aux dépens de quels tissus et de quelle dégénération cette gangrène a eu lieu. La planche l'e , 4» livraison , représente un cas de ce genre. Mais si la dcgénération est circonscrite, il peut arriver que le malade résiste , et alors on trouve une poche à parois squirrheuses ou simplement indurées communi quant avec la cavité de l'estomac.
Enfin l'estomac est très- fréquemment alTeeté du cancer aréolaire gélatiniforme qui transforme tous les tissus en une trame aréolaire fibreuse, qui remplit une sorte de gelée transparente. Il se présente là , comme ailleurs , sous deux formes bien distinctes : 1° sous celle de tubercules disséminés dont le volume varie depuis celui d'un grain de mil jusqu'à celui d'un œuf de dinde, et même davantage ; 2" les organes eux-mêmes peuvent être transformés en une masse aréolaire et gélatiniforme. Dans ce dernier cas l'organe conserve sa figure , mais singulièrement exagérée en épaisseur. La forme ulcéreuse , si fréquente dans les autres espèces de cancer , ne s'observe point ici ; car on ne peut pas appeler ulcère une destruction successive, couche par couche, sans manifestation aucune de vitalité dans les autres qui avoisinent la destruction ; c'est un des phénomènes les plus curieux de l'économie, que cette destruction par usure d'un organe altéré dans sa texture , à la manière d'un corps inorganique. ( For- pl- 3 et 4 , Anat. Pathol. , liv. 10e. )
Tubercules cancéreux et autres de l'estomac. — Jamais primitifs , toujours consécutifs à une dégénération cancéreuse de l'estomac lui-même, du foie, ils occupent le tissu cellulaire sous-péritonéal et sont plus ou moins multipliés. Les tubercules proprement dits de l'estomac sont plus rares encore , on ne les trouve guère que disséminés au milieu de la dégénération cancéreuse.
Peiforations spontanées de l'estomac. — Suite funeste et trop fréquente d'un ulcère aigu ou chronique, quelquefois d'une dégénération cancéreuse, cette lésion serait bien plus fréquente encore sans la facilité avec laquelle la séreuse de l'estomac contracte avec les parties voisines des adhérences , que permettent presque impunément des perles de substance plus ou moins considérables. L'instantanéité, la gravité des symptômes de péritonite sur-aiguë qui surviennent! au moment de la perforation , les coïncidences malheureuses qui peuvent avoir lieu, soulèvent presque toujours des questions graves, souvent même des questions d'empoisonnement. Une perforation d'estomac produite chez un charbonnier qui venait de boire un verre de vin chez un marchand de vin , et la mort étant survenue au bout de vingt-quatre heures , le corps des charbonniers, convaincu que leur camarade avait été empoisonné, envoya une députalion pour assister à l'ouverture du cadavre. Je leur montrai dans une perforation située immédiatement au dessus de l'orifice pylorique, au centre d'une ulcération , la seule qui existât dans le canal alimentaire , la cause de la péritonite si rapidement mortelle (Anat. pathol. pl. 6). Supposez qu'un médicament quelconque, une eau gazeuse , une potion de quelque nature qu'elle soit, ait été administrée à un malade ; il pourra se faire que la perforation suive immédiatement l'ingestion de la première cuillerée, du premier verre de la boisson ; les parens, le malade lui-même ne manqueront pas de mettre les accidens sur le compte du médecin, le médecin soupçonnera une erreur de la part du pharmacien : l'autopsie cadavérique pourra seule justifier les hommes de l'art en montrant dans une ulcération quelquefois unique qui pouvait se concilier avec l'état de santé le plus florissant, la cause des accidens et de la mort. Il y a perforation ou empoisonnement, disais-je il y a quelques jours, au sujet d'un de mes jeunes parens qui fut pris d'accidens rapidement mortels . immédiatement après avoir bu les deux tiers d'une bouteille d'eau magnésienne gazeuse. L'autojisie a démontré une perforation à la fin de l'intestin grêle, au centre d'une plaque de Peyer putréfiée et ulcérée. C'était la seule lésion que présentât tout le canal intestinal. L'analyse de la prétendue eau magnésienne (qui ne portait pas l'étiquette des établissemens de Paris , mais bien celle d'un pharmacien sans renom) a été faite par M. Devergie, notre collaborateur : c'était de l'eau de Seine; ce n'était même pas de l'eau d'Arcueil. Aucun réactif chimique n'a pu troubler la transparence du liquide et manifester la présence d'un sel quelconque. Si mon malheureux parent avait pris de l'eau magnésienne , il aurait dû prendre trentesix grains de carbonate de magnésie en dissolution dans excès d'acide carbonique, et certes il n'y avait pas là matière à de semblables accidens.
Plaques gangreneuses de l'esiomac. — J'ai eu occasion de voir , dans deux cas de pustule maligne, l'estomac parsemé de plaques gangréneuses parfaitement circonscrites. Les parois oedémateuses de ce viscère avaient acquis une grande épaisseur. On eût dit des pustules malignes de l'estomac et l'œdème qui les accompagne. Il est malheureux qu'on n'ait point noté l'état des veines qui avoisinaient la pustule maligne extérieure et les pustules malignes intérieures.
Névroses de l'estomac. — Pourvu d'un très-grand nombre de nerfs des deu.i vies , placé en quelque sorte sur la limite de la vie nutritive et de la vie de relation , l'estomac est le siège d'une multitude de phénomènes nerveux qui sont tantôt idiopathiques , tantôt symplomaliques. A l'estomac, nous devons rapporter le sentiment de la faim qui nous avertit du besoin de prendre des alimens et nous oblige impérieusement à y satisfaire. Les névroses de l'estomac prennent quelquefois la forme de la faim. 1°. Elle est insatiable. 2». Elle se renouvelle à chaque instant , toutes les heures , toutes les demi-heures , tous les quarts d'heure. 3o. Elle est abolie. 4o. Elle est pervertie. Les mots de boulimie , foini canine, pica , malacia , anorexie, ne rendent qu'incomplètement toutes les foroies de cette névrose.
Le vomissement peut avoir lieu en l'absence de toute lésion d'organes , résister pendant plusieurs mois , plusieurs années , se renouveler et céder sans refour, soit spontanément soit parles moyens Ihérapeuliques. Le vomissemcnl sympathique ou d'une affection cérébrale, ou d'une mitladie des reins, de