JALAP
peuvent être aussi Lien déterminés par l'injection des liqueurs alcooliques dans le rectum, dans les veines , et même par la respiration d'une atraosphcre surchargée de vapeurs alcooliques que par l'excès dans la boisson spiritueuse ; ce qui démontre que la stimulation de l'estomac n'a qu'une part assez faible dans la production des phénomènes qui le caractérisent.
Ces phénomènes se dissipent par l'élimination successive des molécules de l'alcool , qu'opèrent divers émoncloires, surtout le poumon etla peau. Aussi l'ivresse rapidement prothiite par des liqueurs où l'alcool n'a qu'une faible combinaison est-elle peu durable, tandis que, dans des circonstances opposées , ses effets se prolongent bien davantage. Il n'est pas rare de voir l'ivresse se manifester à l'instant où le sujet passe d'un endroit chaud à l air frais ; cela dépend du ralentissement ou de la suspension que cette transition entraîne dans l'action éliminalrice des tégumens et des poumons, tandis que l'absorption intérieure continue à introduire de nouvelles quantités d'alcool dans les vaisseaux, qui en sont, dès lors , bientôt surchargés.
L'habitude , en émoussant la susceptibilité des organes , rend l'ivresse de plus eu plus difiicile à se produire. Les ivrognes débutent presque toujours par des vins faibles, et finissent par ne plus trouver do stimulation suflisante que dans les vins les plus forts, ou dans les alcools les plus concentrés qu'offre le commerce , et dont les quantités toujours croissantes suffisent à peine pour les tirer de l'état d'engourdissement, d'hébétude . de torpeur où ils tombent graduellement. Arrivé à ce degré , l'ivrogne n'est plus capable d'aucun travail suivi , d'aucune combinaison intellectuelle qui exige quelque application pour être réalisée. C'est une brute, inerte lorsqu'elle est en repos, souvent dangereuse lorsqu'elle est stimulée. Quelques hommes privilégiés supportent seuls pendant de longues années une ivresse presque journalière, produite surtout pendant le repas du soir, sans en être moins aptes à se livrer à leurs occupations durant le jour ; mais ces exemples sont rares , et à mesure cjue les lumières et la civilisation font des progrès , l'ivresse habituelle, comme tout ce qui tend à dégrader l'homme , devient moins fréquente.
Les effets de l'usage immodéré et prolongé des liqueurs alcooliques sont remarquables dans les viscères digestifs, le cerveau et l'appareil circulatoire. L'estomac , le foie et les intestins en reçoivent une excitation qui les altère plus ou moins profondément et rend leurs fonctions de plus en plus difficiles ; de là, la perle graduelle de l'ajipétit, la langueur de la digestion, et ensuite la disposition à l'anasarque et à Ihydropisie. Les vaisseaux cérébraux, habituellement engorgés, se dilatent, la substance du cerveau se ramollit, les congestions apoplectiques deviennent faciles à se produire. Le cœur acquiert une flaccidité souvent remarquable; presque toujours l'aorte et ses principales divisions présentent des traces d'ossification, des rougeurs, des érosions, qui annoncent les effets profonds de la stimulation qui s'y est produite. Ces artérites et ces cardites sont les altérations les plus constantes que j'aie rencontrées sur le corps des hommes depuis long-temps adonnés à l'ivrognerie. On pense que l'alcool en imprégnant tous leurs tissus peut les rendre combustibles ; diverses observations entourent cette assertion de grandes probabilités. En ouvrant les cadavres d individus adonnes à l'ivresse, spécialement lorsqu'ils sont morts dans cet état, on est frappé de 1 odeur alcoolique excessivement pénétrante , et comme alliée à celle du phosphore, qui se dégage de toutes les parties de leur organisme , et imprègne les mains, les vètemens et tout ce qu'elle atteint, de manière à ce qu'il est fort difficile ensuite c][e s'en débarrasser.
L'ivresse simple et au premier degré n'est jamais grave. Il suffit souvent de quelques verres d'eau sucrée fraîche, de lotions d'eau froide sur le visa<je et sur la tête , de quelques instans de silence , de calme et de repos, pour apaiser l'excitation qui la caractérise. L'ivresse produite par les vins lécrers et mousseux , comme le yin de Champagne, est surtout prompte et facile à se dissiper.
Au second degré, l'étal qui nous occupe doit fixer davantage l'attention. Quelques tasses d'infusion légèrement excitantes et aromatiques , un thé legerj le café à l'eau , contribuent fréquemment h la dissiper. Ces boissons excitent le système sanguin , favorisent la transpiration pulmonaire et cutanée, et par cela même accélèrent l'élimination de l'alcool admis dans l'appareil circulatoire. L'ammoniaque à la dose de huit, douze ou quinze gouttes, dans un demi-verre ou un verre d'eau sucrée , conseillée par M. Girard de Lyon, n'a"it sans doute pas d'une manière, différente. Lorsque la première dose de cette mixture n'a pas réussi, ou peut y revenir une seconde et même une troisième fuis. M. Vatteteau, ch.ru.gien-major au l^'' régiment d'artillerie, a conKrmé les observations de M. Girard par un assez grand nombre de faits. Mais MM. Plet et Chevallier n'en ont pas obtenu le même avantage, et je dois a\ouerquc je l ai également employé sans succès bien manifeste. Peut-être ai-je choisi pour y recourir des cas où l'ivresse était portée trop loin , et non susceptible de se dissiper avec la rapidité attribuée à l'ammoniaque. L'é'thersulfurique, à la dose de 25 à 33 gouttes , dans un demi-verre ou un verre d eau sucrée, ou d'une infusion de tilleul, peut, dit-on, remplacer parfaitement 1 ammoniaque; l'acétate d'ammoniaque, préconisé par M. lu professeur Masuycr de Strasbourg , a la même dose que l'élher, a produit étralement de bons cllcls. ioutcs CCS substances sont manifestement de nature identique ■ c'est à dire qu elles agissent en stimulant les mouvemens vitaux et en modiliânt l'état du système nerveux.
Arrivée au troisième degré ou à l'état d'insensibilité , de sommeil léthargique et de coma l n.resse exige également le repos absolu. Le malade s^ra couche su.- le cùte, la tete élevée, dans un endroit frais, le cou , le tronc et les membres débarrasses de toute ligature , de toute compression, l l'on atteudi-a
ainsi que la nature délivre l'organisme de la cause qni l'opprime, Une infusion théiforme aromatique , administrée abondamment, hâtera beaucoup le retour à la sauté. Cette boisson , à laquelle on peut substituer de l'eau chaude , surtout si l'ivresse s'accompagne de nausées , ds hoquets , de vomissemens , d'indigestion, présente le double avantage de délayer les matières alcoolisées conle-' nues dans l'estomac, et de favoriser leur évacuation. Les stimulans et l'ammoniaque sont alors inutiles et pourraient devenir nuisibles. Si le vomissement ne s'opérait qu'imparfaitement , ou n'avait pas lieu malgré l'ingestion de l'eau , il conviendrait de le provoquer en portant dans la gorge les barbes d'une plume , en continuant ensuite l'administration de la boisson chaude.
Ces moyens conviennent encore dans le cas d'ivresse portée jusqu'à l'anéanlissement presque complet des actions vitales. Il faut souvent alors réchauffer le sujet à l'aide de fiictious excitantes, lui faire appliquer des cataplasmes chauds et irritans aux pieds, ainsi que des lavemens stimulans , afin de ranimer la circulation languissante, de rappeler la transpiration et de provoquer l'action expulsive du canal intestinal. L'émétique en lavage est également employé avec succès, afin de remplir cette dernière indication; mais il faut être sobre de stimulans de ce genre.
Lorsque des congestions existent .\ la tête , au poumon ou à d'autres organes, on doit combiner avec les moyens propres à débarraser l'estomac et J» relever les actions organiques, les évacuations sanguines que l'excitation locale rend nécessaires. Dans les chutes que font les hoaimes étant ivres , dans les blessures qu'ils reçoivent alors , nous commençons toujours , si le suj(i,t est froid, décoloré , ayant le pouls faible , par des frictions sèches et chaudes à la peau , par l'administration de boissons chaudes ; puis , lorsque la circulation se rétablit et que la chaleur reparait, nous clierchons à faire vider l'estomac au moyen de boissons abondantes , et nous terminons par les évacuations sanguines géuérales ou locales que la blessure peut indiquer.
Les sujets qui ont contracté de l'usage des liqueurs alcooliques une longue habitude, ne doivent jamais les quitter subitement , quelle que soit la gravite des affections déterminées et entretenues par cet abus. Un semblable changement serait presque certainement suivi de déraiigemens nouveaux dans la santé. Il faut revenir au régime normal par des gradations analogues à celles qui ont été suivies pour s'en éloigner. Il y a plus , les ivrognes atteints de maladies aiguës , accidentelles , ne sont pas sans inconvénient soumis à une abstinence absolue de boissons alcooliques. Les boissons faiblement vineuses doivent ordinairement remplacer pour eux l'eau de gomme ou la limonade que l'on prescrit aux autres malades. Cette remarque a été faite depuis long-temps, et j'ai eu maintes fois l'occasion d'en vérifier l'exactitude. J'ai pu également m'assurer de l'efficacité d'un moyen souvent employé pour faire cesser l'état de malaise général , de dégoût et de céphalalgie qui succède à l'ivresse lorsqu'elle est dissipée : ce moyen consiste à surmonter la répugnance que l'estomac éprouve, à lui confier quelques alimens, et à ingérer de petites quantités de vin. bien attendu que ce nouveau repas ne doit point être porté jusi]u"h reproduire fétat de la veille , et qu'il faut revenir aux habitudes de sobriété sans lesquelles la vie ne saurait être ni heureuse ni pr^>lollgée^ (L.-J. Dégin.)
JALAP j Convolvulus Jalapa. Celle plante, dont l'usage médical est déjà très-ancien , est originaire de l'Amérique , d'où on l'apporta pendant assez long- i temps sans qu'on sût bien à quelle espèôe elle se rapportait. On est maintenant fixé sur son origine aussi bien que sur ses propriétés , qui n'ont jamais été équivoques. Malgré cela, la consommation du jalap, qui a été autrefois énorme, est singulièrement réduite , et , il faut bien l'avouer, on ne remarque pas qu'on ait lieu de le regretter réellement.
L'action purgative de cette substance est due à une résine qui s'y trouve en très-grande proportion, et les substances qui s'y trouvent associées sont assez peu importantes pour disparaître devant elle ; ce sont un extrait gommeux, de la fécule, de l'albumine végétale, des sels, du ligneux et de la silice. Aussi préfère-t-on dans le commerce les morceaux piqués par les vers , qui se repaissent des principes étrangers à la résine, et qui laissent celle-ci parfaitement intacte. L'existence d'un alkaluide auquel on a donné le nom de jalapine, est encore très-contestable.
La racine de jalap se trouve dans le commerce , en morceaux plus ou moins volumineux, noirâtres, ligneux, pesans et compactes , sans odeur et même sans saveur bien appréciable. Il n'est pas toujours facile de se procurer cette substance de bonne qualité. Quant à la résine qu'on apporte également toute extraite, et qui forme le dixième en poids du jalap , elle se présente en masse dont la cassure est brillante et résineuse , et dans lesquelles on trouve des couches d'apparence diifércnte. Elle est très-souvent falsifiée comme le sont la plupart des substances exotiques. Voici les caractères attribués à la plus pure, parles observateurs les plus recommandables. Elle est d'un brun verdâtrc fragile, oifrant une cassure brillante ; elle est presque sans odeur ; mais elle a une saveur qui , d'abord fraîche , devient bientôt acre et très-désagréable ; elle ne se dissout ni dans l'eau ni dans l 'éther ; mais bien dans l'alcool faible.
Les effets du jalap en substance , et plutôt encore ceux de la résine qu'on en retire, sont bien éviilens. Huit ou dix grains de cette résine introduits soit directement soit par la voie de l'absorijlion , exercent sur soute la partie inférieure du canal intestinal une stimulation prompte et active , et délermineni