‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 104 sur 311 · INTESTIN (MALADIES DE L · texte numérisé non relu

INTESTIN (MALADIES DE L

vertébrale par un repli membraneux, lâche et extensible (mésentère) , il est libre et flottant dans la cavité abdominale , qu'il occupe en grande partie, depuis l'estomac jusqu'à l'anus. Soumis à tous les mouvemens que lui impriment la marche, la course, l onération, l'ingestion des alimens , l'état de grossesse , les actes de la défécation . de la parturition, etc. , il est nécessairement exposé à un grand nombre de déplacemens. Ces déplacemens s'opèrent de plusieurs manières : tantôt par une sorte d'intrication des circonvolutions entre elles CVoT.vuLus), tantôt par leur précipitation à travers les ouvertures des parois abdominales (Heumies), tantôt enfin par l'introduction d'une portion de l'inteslin dans celle qui lui est inférieure (Invagination). Le canal intestinal peut éprouver d'ailleurs toutes les lésions de tissu , toutes les solutions de continuité provenant de causes vulnéranles ou externes (voj-ez Plaies).

Comme organe de digestion et de défécatiou , il peut de même subir toutes les influences physiques, chimiques ou mécaniques du bol alimentaire, recevoir le contact de corps étrangers, receler des Calculs, des Vers; se laisser distendre par des gaz (Tympanite), par des matières digestibles ou excrémentitielles, souffrir par conséquent tous les effets de la constipation , de \ engouement, de V étranglement , de V inflammation , etc.

Comme l'estomac, le canal intestinal est formé de quatre membranes savoir: d'une membrane séreuse ou pcritonéale, d une membrane musculaire , d'une membrane fibreuse, d'une membrane muqueuse ou folliculeuse. Toutes offrent une disposition anatomique particulière , remplissent des fonctions distinctes, et affectent des maladies spéciales. C'est l inflammation de la membrane séreuse qui, s'étendant par continuité de tissu au reste du péritoine, constitue ces péritonites presque toujours funestes qui succèdent aux blessures pénétrantes de l'abdomen , aux hernies étranglées , etc. (/^o/ez Péiiitonite. ) 11 est également certain qu'un grand nombre de coliques , de spasmes de l'intestin , d'affections rhumatismales, etc., n'ont d'autre siège que la membrane musculaire de l'intestin. Des anatorao-pathologistes pensent aussi queles productions squirrheuses ou cancéreuses ont pour siège exclusif le tissu fibreux des parois intestinales (Cruveilhier). Enfin , il n'est pas douteux que la membrane muqueuse ne soit affectée isolément dans un très-grand nombre de cas. Et d'abord c'est l'inflammation de celle membrane qui constitue I'Entérite, maladie qui peut ellemême, comme on le sait, offrir toutes les variété de formes que lui imprime l'ctat complexe de son organisation , affecter exclusivement tantôt les follicules (entérite folliculeuse) tantôt les villosités ( entérite villeuse ) , et revêtir une foule d'autres nuances aussi nombreuses, aussi variées que celles de la peau, avec lesquelles l'observation nous montre chaque jour de nouveaux traits de ressemblance.

Le canal intestinal admet d'ailleurs dans sa composition anatomique des nerfs cérébraux et ganglionnaires, des vaisseaux artériels et veineux, dont les lésoius offrent autant de variétés morbides distinctes. Dans les névroses intestinales, par exemple , souvent ce sont les nerfs destinés à la sensibilité générale ou ccrébroracliidienne qui se trouvent affectés , et de là ces douleurs vives , atroces qui caractérisent la Coliqde de plomb. Dans d'autres cas , ce sont les nerfs chargés d'influencer l'appareil musculaire de l'intestin , et de là ces vomissemens violeus et continuels , ces déjections opiniâtres sucitées par des contractions déchirantes de tout l'appareil musculaire abdominal, {yojez Dysenterie, Choléha- MoRBUs, Vomissement.) D'autres fois entîn , la lésion semble appartenir tout entière à la sensibilité spéciale ou ganglionnaire du tube digestif; et de là ces anomalies nombreuses , variées, indéfinisables, que l'on a désignées sous le nom tout aussi vague d'HYPOCuoNDRiB.

Les vaisseaux de l'intestin ont aussi leurs lésionsspéciales, et en quelque sorte indépendantes de l'altération des autres éléraeus organiques de l'intestin. Les fluxions et exhalations sanguines qui les constituent principalement, sont d'autant plus fréquentes que les vaisseaux y sont plus nombreux, plus abandonnes à leurs propriétés physiques, plus accessibles à l'abord du sang qui les pénètre, plus perméables aux porosités de leurs parois ; de là la fréquence des héraorrhagies dans tout le trajet intestinal (RIélsna ) , et principalement sur les points où l'appareil vasculaire prédomine, tel que le gros intestin, (l-^ojez Hémor-

BHO'lDES.)

Les maladies de l'intestin varient aussi dans les diverses portions de ce canal, et toujours en raison de leurs nuances d'organisation et de la différence de leurs fonctions. Ainsi, le duodénum, comme organe de chylification , peut souffrir toutes les conséquences pathologiques de ses rapports anatoiniques et physiologiques avec l'estomac , le foie et le pancréas , partager avec eux l'irritation , l'inflammation et tous les états morbides qui peuvent les atteindre. On remarque , au contraire , que le jéjunum qui paraît jouir d'une vitalité et de fonctions, plus indépendantes , est aussi moins souvent affecté d'inflammation que le diiodi'num, moins souvent encore que l'iléon, qui, muni d'un plus grand nombre de follicules, est le siège le plus constant des phlegmasies circonscrites , des ulcérations et môme des perforations , surtout à la fin de cet intestin. C'est encore dans la continuité de l iléon qu'ont lieu les invaginations, que l'on a nommées pour cela iléus.

Dans beaucoup de phlegmasies intestinales, l'intestin grêle est seul affecté, et la valvule iléo-cœcalc semble alors établir une limite bien tranchée entre les parties malades et les parties saines. On voit souvent aussi cette valvule dont l'organisation est plus complexe qu'aucune autre partie de l'intcstiu , être le siège spécial , exclusif de l'état morbide (ilco diclidite], de même que dans d'autres cas elle commence l'affection du reste de l'appareil digestif, c'est-à-dire du coecum , du colon et du rectum , l'intestin grêle ne souffrant alors aucune altération sensible (Colitb).

INVAGINATION.

lOBE.

Les plilegmasies du gros intestin ont encore cela de particulier , qu'elles légénèrcnt plus fréquemment que celles de l'inlestin grêle. C'est ainsi qu'en cassant à l'état chronique , elles amèneut si souvent Vèpaississement , V/rypei— rophie ou même L'état squirrheux de ses membranes; qu elles deviennent la :ause presque constante des fluxions et tumeurs hêinorrhoïdali's , et qu'elles )rovoquent des efforts de défécation capables de porter au dehors une partie )ltis ou moins considérable de l'intestin, (royez Prolapsus.) ( P. Jolly.)

INTUS-SUSCEPTION. l^ojez Invagikation.

INTERTKIGO j s. f. ; érythcme , avec sécrétion morbide , occasioné par le rottcment de deux surfaces contiguës de la peau.

Sous le nom à'inlei tri^n ^ Lorry a décrit le prurigo pudendi ; et M. Sims, au ontraire , a parlé de l'iutertrigo sous le nom de prurigo externe, {f^oy. Ert- HÈME.) (P. Rayer.)

INULIKE. Forez AnMÉE.

INVAGINATION, f. , d'invaginare , entrer dedans, engaîiier; disposilion normale, ou produite par l'art , et qui est caractérisée p-iv l'entrée d'une porion d'intestin dans une autre: c'est une véritable iatus-susception.

L'invagination morbide est un accident assez fréqueut ; il n'est pas rare d'en encontrerdes exemples chez des sujets atteints d'entérites aiguës , avec ou sans ouleurs abdominales, et qui ont déterminé promptement la mort. Plus i'réuentes au jéjunum et à l'iléon qu'aux autres parties du canal intestinal, ces intususceptions ont lieu presque indifféremment de bas en haut ou de haut en bas , 'est-à-dire que , tantôt c'est la portion supérieure de l'intestin qui, contractée t rapetisée , est descendue dans la portion immédiatement inférieure, laquelle tait sans doute dans un état de relâchement et de dilatation ; tandis que d'aures fois la portion supérieure , au contraire , coiffe et reçoit la iiortion du canal ui lui est inférieure. Les premières se rencontrent toutefois plus souvent que ;s secondes, et se mblent plus naturellement résulter des contractions péristalques normales, mais exagérées , du canal intestinal. 11 n'est pas rare d'en renontrer plusieurs de chaque espèce chez le même sujet, et même de voir une ortion de l'intestin dikitéé et volumineuse recevoir en haut la portion du canal ui lui était supérieure, et en bas celle qui lui étail inférieure; de telle sorte ue les deux sortes d'invaginations , en sens opposés , se trouvent réunies sur ; même point.

Les intus-susceptions varient entre elles d'étendue autant que de situation.

I eu est dans lesquelles la portion repliée de l'intestin est à peine de quelques sntimèfres, tandis que d'autre contiennent plusieurs décimètres de ce canal. In a vu l'iléon tout entier et même une partie du jéjunum entrés et contenus ans le cœcum et la portion ascendante du colon ; les observateurs rapportent lême des exemples du coecum et des premières portions du colon, déjà occupés ar une partie de l'intestin grêle, et qui remplissent à leur tour la fin du colon t le l ectum , de manière à venir former une tumeur au dessus de l'auus ou à ■avers celle ouverture.

On conçoit que d'aussi grands désordres ne peuvent s'opérer que graduellelent , ou par l'effet de perturbations extrêmes survenues dans les mouvemens itestinaux , et qu'elles doivent, par conséquent, être fort rares. Plus les porons d'intestin seront contractiles , flottantes ou lâchement attachées aux parois bdominales, et plus elles seront exposées aux invaginations ; plus elles seront largies , au contraire , faibles , et fixées avec solidité dans le lieu qu'elles occuent, et moins elles devront être exposées à éprouver de déplaeemens de ce snre. L'expérience confirme ces jugeraens.

II est assez commun de voir la partie inférieure du colon et le rectum , desîndus dans la fin de ce dernier intestin , faire saillie au dehors et présenter lur surface muqueuse à travers l'anus. Mais ces cas qui s'opèrent par un mémisme analague à celui des invaginations , constituent des procidences 1 chutes du rectum et ne doivent pas nous occuper ici.

Dans les invaginations proprement dites , le canal intestinal offre des dispolions nouvelles importantes à étudier. D'abord, la membrane muqueuse de

partie dilatée, ou contenante , est en contact avec elle-même , depuis la base 1 le repli extérieur de l'invagination jusqu'à son sommet, ou la partie proinde de la portion contenue. Entre la portion rentrée et la portion contenante,

I feuillet séreux de l'intestin se trouve également en contact avec lui-même, epuis l'ouverture extérieure du pli jusqu'à son fond, c'est-à-dire jusqu'à l'enroit où la portion interne se reploie pour se continuer avec la portion externe. . résulte de là que l'invagination présente trois fois l'épaisseur entière des pa- )is intestinales , savoir: la portion centrale ou entrée, la portion extérieure a contenante , et une portion intermédiaire qui se continue de l'une à l'autre, i l'on ouvre avec le bistouri la portion extérieure, on trouve dans sa cavité tie sorte de bourrelet , de mamelon ou de cône, plus ou moins allongé , libre e toutes parts , offrant à sa surface les rides des valvules conniventes , ouvert sou sommet pour le passage des matières intestinales, et parfaitement sen>lables à la tumeur formée par l'intestin sorti à travers l'ouverture de l'anus normal.

II est rare que les invaginations entr.iinent de grands accidens. On en renintre si souvent sur les cadavres , à la suite des gastro-entérites aiguës , que , :lon toute vraisemblance , il a dû en exister aussi chez, beaucoup de sujets, in ont résisté à ces maladies, et dont les fonctious intestinales n'ont présenté îpendant aucun trouble appréciable. Les anciens attachèrent trop d impormce à ces sortes de déplaeemens, et ils commirent une erreur manifeste , en !ur attribuant des accidens qui avaient une cause plus profonde. Lorsqu'un omme périt à la suite de coliques violentes , de vomissemens , de fièvres , les 'vaginations que l'on rencontre sur le cadavre attestent la perturbation sur-

venue durant la maladie dans les mouvemens intestinaux ; mais ces invaginations sont l'effet de cette perturbation , et non la cause des accidens observés et de la mort. Tout porte à penser que, dans le plus grand nombre de cas , le canal intestinal, lorsqu'il revient à son état normal, reprend graduellement aussi son mode ordinaire d'action , et que les replis d'invagination qu'il formait s'étendent et s'elFacenf.

Il n'en est pas toutefois constamment ainsi. Tant qu'elles sont récentes, tant que le péritoine persiste à l'état sain , les invaginations sont susceptibles de s.: déployer et de disparaître comme nous venons de le dire. Mais lorsqu'elles durent déjà depuis un temps assez long , et surtout lorsque le péritoine qui participe à leur foi mation s'irrite et s'enflamme , la i ésolution n'est plus possible. La membrane séreuse comprise dans le repli se couvre d'une exudation plastique, dont la solidité augmente rapidement, et la disposition anormale , qui n'était que passagère, devient permanente.

Ici doivent être soigneusement distinguées, relativement à leurs effets , les invaginations de haut en bas et celles de bas en haut, dont il a été précédemment question. Le bout supérieur de l'intestin est-il entré dans la portion inférieure attenante ; alors même que l'invagination se consolide et devient ineffaçable , il n'en résulte que peu ou pas d'embarras dans le cours des matières intestinales. En cheminant de haut en bas , selon leur direction normale , ces matières rencontrent bien , il est vrai, à l'endroit de l'invagination , un point plus étroit que le reste du canal ; mais ce point , dilatable , se laisse cependant franchir, et , arrivées au sommet intérieur du repli , elles tombent dans une portion plus large , à travers laquelle elles continuent facilement leur cours. L'intus-susception peut donc alors persévérer sans grand inconvénient, et peu à peu sans doute les parties devenues adhérentes , qui la forment . se confondront, se dilateront, de manière à rendre sa présence à peine sensible.

Mais il n'en est pas ainsi lorsque la portion supérieure et dilatée de l intestin est venu coiffer et recouvrir ou contenir la portion inférieure. Dans ce cas, dirigées de bas en haut, les matières intestinales, en arrivant de l'estomac dans la portion malade du canal , sont subitement arrêtées à la base du mamelon ou du cône saillant formé par la portion rentrée ou invaginée. Ce cône , libre de toutes pai ls, présente à son sommet une ouverture dans laquelle les matières ne sauraient facilement s'engager; d'où il résulte qu'elles s'accumulent autour de sa base , pèsent sur lui , le refoulent et le compriment avec plus ou moins de force. Si l'invagination est encore libre, ou faiblement fixée, ces efforts peuvent en triompher et en opérer le déplacement. Dans le cas contraire, tous les symptômes de l'étranglement intestinal ou de l'interruption du cours des matières stercorales se développent graduellement, et la vie des malades est menacée du plus grand danger. Cependant on a vu encore, dans ces cas si graves , une délivrance inattendue s'opérer. La portion interne de l'invagination sur laquelle appuie la masse des matières accumulées dans le bout supérieur, s'est quelquefois gangrenée ; des adhérences établies à la base extérieure du repli de l'invagination ont maintenu la continuité du canal , tandis que la portion interne ou flottante, détachée dans toute sa circonférence, a été entraînée vers l'anus et expulsée avec les selles. Ce fait lemarquable a été constaté pour des portions d'intestins, longues de plusieurs décimètres, et dont toutes les parties ont pu être reconnues par la dissection.

Je n'insisterai pas davantage sur ce point , parce que les invaginations sont presque absolument au-dessus des ressources de l'art. Aussi long-temps que les évacuations alvines se continuent , il est impossible de reconnaître positivement leur existence , et elles ne sauraient être l'objet d'une indication curative. Lorsque , au contraire , des accidens d'étranglement et d'interruption du cours des matières stercorales se développent, quel que soit le degré d'intensité qu'ils atteignent , on ne peut encore établir que des conjectures relativement à la cause interne qui les détermine, et alors même qu'on en aurait pour les attribuer à une invagination, aucun moyen spécialement ap|)licable à celte lésion ne saurait encore être employé. Ira-t-on administrer du mercure, des balles de plomb , ou d'autres corps analogues ? La raison a fait justice de ces conseils , qu'il est temps de ne plus combattre. Ira-t-on , au hasard , ouvrir le ventre , dénuder le canal intestinal et rechercher l'invagination afin de la détruire? Qui ne voit qu'une semblable opération serait impraticable , et , si elle permettait d atteindre au but proposé , entraînerait des chances de mort non moins nombreuses que la maladie elle-même ? 11 faut donc dans ces cas se borner à la médecine expectante , aux adoucissans , aux bains , à la diète la plus absolue , et attendre ainsi que la nature , dont les ressources sont alors plus puissantes que l'art, supplée à la faiblesse de celui-ci.

Quant aux invaginations considérées comme moyen de remédier aux solutions de continuité du canal intestinal, il en sera question aux articles Plaif. et Suture. (L.-J- Begif.)

IODE. Corps combustible, simple, découvert en !813 par M. Courtois, étudié depuis par M. Gay-Lussac. On ne l'a point encore trouvé isolé ; mais il existe dans la nature, combiné à d'autres cor[)s.

§. I. Considcrations chimiques et pharmaceutiques. L'iode pur offre une apparence métallique, une couleur grisâtre analogue à celle de la plombagine ; il est solide, friable, communique aux doigts qui le louchent une couleur jauneorangé brunâtre , qui se dissipe spontanément par la volatilisation de l'iode. Son odeur rappelle celle du chlorure de soufre , sa saveur est àci e et désagréable. Il a une pesanteur spécifique de 4,916 ; il est peu soluble dans l'eau , plus soluble dans l'alcool et plus soluble encore dans l éther. Il cristallise eu dodécaèdres triangulaires aigus , selon M. Soubeiran , et en octaèdres d'après M. SéruUas.

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2". L'ioJe se fond à une température de I70o cent. , et se volatilise à celle de 175" ; il répand alors de très-belles vapeurs violettes qui lui ont fait donner le nom qu'il porte , dont Tétyinologie est tcoJWç , violet. Ces vapeurs reçues dans un vase, s'y condensent en lames cristallisées qui présentent tous les caractères que nous venons d'indiquer. La lumière n'altère point l iode ; il est électrorésineux par rapport au soufre et à l'hydrogène , et électro-vitré , par rapport au chlore et à l'oxigène.

3o. L'iode se combine avec l'oxigène dans deux proportions qui constituent l'acide iodeux , découvert en 1823 par M. Sementini ; et l'acide ioilique , découvert par M. Gay-Lussac en 1814, et obtenu ensuite à l'état solide pur, par M. Davy ; ces deux corps sont facilement décomposés par l'acide sulfureux qui en précipite l'iode. Ils ne sont point employés.

A°. L hydrogène se combine aisément avec l'iode, et forme l'acide hydriodique. C'est à l'affinilé de l'iode pour l'hydrogène qu'il faut attribuer la décomposition du gaz hydro-sulfurique , la destruction des couleurs végétales , et de la plupart des matières organiques.

L'acide hydriodique , à l'état de gaz, est incolore; son odeur est piquante comme celle de l'acide hydrochlorique ; sa saveur est très-prononcée ; il rougit ViiiJ'usum de tournesol , et éteint les corps en ignition. Le chloi e et le brème le décomposent, forment de nouveaux acides, et l'iode paraît sous forme de belles vapeurs pourpres.

L'eau en dissout une très-grande quantité , et constitue l'acide liquide ; il est incolore , répand des vapeurs comme l'acide hydrochlorique lorsqu'on l'expose à l'air, et se colore en rouge brun , parce qu'il est en partie décompose , et que la portion d'iode précipitée se combine avec l'acide non décomposé, et le colore.

On obtient aisément l'acide hydriodique liquide , en faisant passer du gaz acide hydrosulfurique dans une éprouve! te contenant de l'eau et de l'iode. On filtre la liqueur pour en séparer le soufre qui s'est précipité ; on la chauffe pour en chasser l'acide hydrosulf urique cju'elle a pu retenir, et on la conserve à l'abri du confact de l'air.

yo. L'iode se combine avec le phosphore , le chlore , l'azote , le carbone. M. Sérullas s'est occupé de plusieurs de ces produits ; il a également fait connaître la combinaison de ce corps avec le cyanogène , et il a nommé cyanure d'iode le corps qui en résulte.

G". L'iode se combine avec les différens corps simples non métalliques et métalliques, et forme des iodures qui se comportent avec l'eau à la manière des chlorures et des sulfures ; ils décomposent l'eau des solutions alcalines pour donner naissance à des iodates et à des hydnodates. Nous étudierons plus spécialement dans un prochain paragraphe, ceux de ces composés que l'on emjiloie en médecine.

7°. C'est eu s'occupant de l'extraction de la soude des cendres des varecs , plantes maritimes abondantes sur nos côtes , cjue M. Courtois a fait la découverte de l'iode , et c'est dans les eaux-mères de ces préparations qu'il a trouvé ce corps important. 'Voici le procédé que l'on suit encore pour l'obtenir : On verse de l'acide sulfurique concentré dans ces eaux- mères, qui contiennent surtout de l'hydriodate de potasse, et l'on fait bouillir la liqueur dans une cornue de verre garnie d'un récipient. L'acide sulfurique semble se séparer en deux portions ; une partie de l'acide s'empare de la potasse , forme un sulfate qui reste dissous dans la liqueur, et dégage l'acide hydriodique ; l'autre portion d'acide est décomposée, une partie de son oxigène se combine avec l'hydrogène de l'acide hydriodique , produit de l'eau , de l'acide sulfureux, et met en liberté l'iode. Ce corps se porte sous forme de vapeurs dans le récipient, où il se condense ; on le lave avec une eau alcaline , pour le priver du peu d'acide qu'il aurait pu entraîner, et on le distille de nouveau pour le verser dans le commerce. On le falsifie quelquefois en le mêlant à du charbon minéral ; on reconnaîtra la fraude à l'aide de l'alcool à 36 degrés bouillant, qui dissout complètement l'iode et n'agit pas sur le charbon. Ce procédé a été indiqué par M. Chevallier.

8». On peut reconnaître que cette substance est pure et non mélangée de plombagine , lorsqu'elle présente tous les caractères que nous avons indiqués , et lorsque , combinée h une certaine quantité d'amidon, elle forme un mélange d'une belle couleur bleue. Ce dernier caractère est employé réciproquement ;ivec avantage pour reconnaître la présence de l'iode ou de l'amidon dans les diverses substances qui renferment ces corps.

9o. Depuis la découverte de M. Courtois et les travaux de M. Gay-Lussac, on a trouvé l'iode dans un plus grand nombre de fucus et dans d'autres plantes marines. En 1819 , M. Fife d'Edimbourg, et plus tard M. Hornemann de Halle , l'ont découvert dans l'éponge. On l'a rencontré aussi dans un assez grand nombre d'eaux minérales. Il a été trouvé dans celles de Hall en Tyrol, par M. Fuchs de Landshac ; dans celles de Salliez dans les Basses Pyrénées , par Pomicr; dans les eaux de Voghcra et de Salles en Piémont , par Laur An^e- Imi ; dans l'eau minérale de Castel Nuovo d'Alti , par le docteur Cantu , de Turin; dans celles de Sarratoga , état de New-York , par Steel et Wusher ; dans plu.sicurs eaux minérales purgatives de Cheltenham, Gloiicester, eu Angleterre , par Daubeny , etc. La plupart de ces eaux doivent leur renommée à

iode ; les propriétés dont elles jouissent avaient fait soupçonner qu'elles recélaient ce pru.c.pe parmi ceux qui les constituaient. Vauquelin a démontré la présence de 1 iode dans un minerai argentifère du Mexico. M. Balard de Montpcll.er a constate l'existence de ce corps dans plusieurs mollusques nu. ou.feslaccs ,1e sorte qu il est prouvé maintenant que cette substance entre également tlans la composition des ctrcs organiques.

Si l'on venait à rencontrer plus communément l'iode dans des eaux minérales plus rapprochées de nous , peut-être leur usage poun-ait-il servir exclusivement aux besoins de la médecine.

Les différentes sources que nous avons citées sont seulement mises en usage sur les lieux où elles existent ; les préparations que l'on emploie ailleurs sont un produit de l'art.

10°. Préparations iodiques. On emploi l'iode pur de plusieurs manières. M. Berton a proposé de le faire respirei- à l'état de vapeurs aux phthisiques. Il indique le procédé suivant : Prendre un flacon de 'Woulf , convenablement disposé pour l'inspiration des vapeurs, le remplir au tiers d'eau aiguisée d'acide sulfurique , y projeter ensuite un quart de grain ou une plus grande quantité d'hydrodate de potasse, puis faire respirer au malade l'air qui , en traversant ce mélange , s'est chargé d'une certaine quantité de l iode fourni par la décomposition de l'hydriodate.

11°. On fait usage de l'iode dissous dans l'eau, l'alcool et l'éther. L'eau iodée , prescrite à l'hôpital Saint-Louis par M. Liigol , se prépare de la manière suivante : iode pur un grain, sel marin douze grains , triturez l'iode dans un gramme d'alcool, et ajoutez : eau pure une livre. M- Lugol s'étant aperçu que cette espèce d'eau minérale artificielle se décolorait promptement et qu'il s'y formaitune grande proportion d'acide hydriodique, a substitué une nouvelle préparation à celle-ci; nous l'indiquerons en faisant connaître les iodures iodurés.

On pourrait cependant employer Yeauminérale en la préparant peu de temps avant dp s'en servir. On remplace aussi dans cette préparation l'alcool et l'iode sépares par la teinture d'iode. En faisant ajouter , dans une livre d'eau distillée contenant douze grains de chlorure de sodium , dix à vingt gouttes de teinture on se procure une solution qui contient un demi-grain à un grain d'iot'e , dont on prescrit commodément l'usage.

I2o. La teinture alcoolique employée par M. Coindet se prépare avec quarante-huit grains d'iode pour une once d'alcool. Vingt gouttes de cette teinture contiennent un grain d'iode. Cette préparation est c<»mmode. On en donne quatre , six , dix gouttes et plus, une ou plusieurs fois par jour, dans quelques cuillerées d'une boisson édulcorée; on peut s'en servir à ces mêmes doses, pour la composition des fumigations dont nous avons jiarlé plus haut. Pour que l'on puisse compter sur l'efficacité de cette teinture , il faut qu'elle soit récente et conservée à l'ombre. MM. Le Royer et Dumas ont prouvé qu'elle se décompose aisément , qu'une partie d'iode se précipite , et qu'il se forme de l'acide i hydriodique etde l'éther hydriodique.

13". En mêlant à froid vingt gouttes de cette teinture dans une once de sirop de sucre , on prépare un sirop facile à administrer , mais qu'il faut conserve* avec précaution.

Id". La teinture éthérée se prépare avec six grains d'iode pour un gros de véhicule : un grain d'iode sur trente gouttes d'éther. Les malades supportent difficilement cette préparation , qui n'est guère usitée; on peut cependant la prescrire à la dose de cinq à dix gouttes dans un véhicule approprié.

15°. L'iode pur entre encore dans la composition de pastilles.

16o. On l'incorpore, à la dose d'un scrupule, dans une once d'axonge récente , pour former des pommades de dix à vingt grains. On est souvent obligé d'augmenter la dose d'axonge pour les individus dont la peaus'irrile facilement.

17". Les acides iodique et hydriodique ne sont point employés en ipédecine.

18". La combinaison de l'iode et du cyanogène, appelée par M. Sérullas cyanure d'iode , participant de l'acide hydrocyanique et de l'iode , aurait peutêtre de l'influence sur la marche des tubercules dans la phthisie pulmonaire, On composerait aisément avec cette substance une solution ou un sirop qui, mêlés à une potion , permettraient d'en commencer l'usage à des doses trèsfractionnées , un huitième ou un sixième de grain, par exemple. ( 'Voyez Jnnales de chimie , oct. 1824 , pag. 184. )

19». L'iodure de soufre se prépare en mêlant quatre parties d'iode à une de soufre sublimé ; on introduit le mélange dans une fiole à médecine ; on chauffe légèrement ; l'excès d'iode se sépare, l'iodure reste en masse grisâtre, aiguillée, se décomposant facilement par l'eau.

M. Biett emploie cet iodure en frictions dans les affections tuberculeuses de la peau ; en faisant un mélange de cinq parties d'iodure de soufre sur quatrevingt-cinq parties d'axonge { Magendie ).

20». Iodure de calcium. On précipite l'hydriodate de fer par un excès de chaux éteinte , on fait évaporer à siccité, on redissout dans l'eau , et la liqueur filtrée donne par évaporalion l'iodure de calcium.

2I0. Iodure de barium. On l'obtient par le même procédé, en remplaçant la chaux éteinte par le carbonate de baryte. 11 a la forme d'aiguilles soj'cuses ou prismatiques, est très-déliquescent, d'une saveur désagréable et nauséabonde.

M. Biett l'emploie en frictions dans les engorgemens scrofuleux, 'Voici la formule dont il se sert : iodure de barium quatre'grains , axonge une once. On pourrait augmenter la dose d'iodure.

22°. Iodure de potassium ( hydriodate de potasse). C'est la préparation d'iode la plus employée. Cet iodure est blanc , cristallise en cubes bien nets , lorsque l'évaporalion n'a point été précipitée ; il est déliquescent, et se volatilise à une chaleur rouge sans se décomposer. Un des procédés les plus commodes et les plus exacts pour l'obtenir , est celui de M. Caillot. Ce procédé

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No 3.

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peut con%'enir pour les iodiires alcalins. Il consiste à chaulTcr légèiennent un mélanae tle quatre pai tics d'iode , deux parties de fer bien pur et vingt parties d'eau dans une fiole ou dans un matras. La combinaison a lieu aussitôt; il se dégage beaucoup de chaleur , l'iode disparaît, et le liquide prend une chaleur rouge foncée. Penilanl cette vive réaction, il se l'orme un hydriodate de fer. On reconnaît ensuite à la presque entière décoloration du liquide que l'action est terminée; on peut d'ailleurs en avoir la certitude en s'assuraiit que du papier blanc n'est pas teint en rouge. On filtre la liqueur , on l'étcnd de quelques parties d'eau , et on la porte au bain de sable , dans une capsule ou un matras , à un point voisin de l'ébullition; alors on y ajoute du carbonate ou du souscarbonate de potasse jusqu'à ce qu'il ne se j)récipite plus d'oxide de fer ; on filtre de nouveau ; la liqueur évaporée donne ensuite en se refroidissant l'ioiiure de potassium. On le redissout dans l'eau distillée ; on le filtre , puis on le lait évaporer et cristalliser de nouveau , afin d'avoir cette préparation dans un plus grand état de pureté. (Magendie , Formulaire ; Caventou , Bull, thérapeuticjue , décemb. 1831 , pag. 390. )

L'hydriodate de potasse est très-fréquemment employé en médecine : en faisant dissoudre demi-gros de ce sel dans une once d'eau, on prépare une liqueur dont on donne cinq , dix , quinze , vingt gouttes trois fois par jour , dans une boisson appropriée. En l'incorporant dans un extrait , on peut le donner en pilules à la dose d'un buiticnie à un quart de grain. M. Coindet le prescrit en frictions , en mêlant un demi-gros de ce sel dans une once et demie d'axonge. On peut augmenter du double la dose d hydriodate de potasse.

23". Cet iodure ou hydriodate, car les chimistes appellent ainsi ces combinaisons de I iode avec la première section des métaux , jouit de la propriété de se combinera une proportion d'iode égale à celle qu'il contient déjà, c'est-àdire près des £ de sou poids, et ce mélange très-intime porte le nom d'hydriodate ioduré.

21°. L'hydi iodale ioduré de potasse entre dans la composition de la liqueur de Coindet; il sert à préparer les eaux minérales artificielles iodurées , que M. Lugol a employées en bains ou en boissons , etc. 'Voici comment , dans son troisième mémoire (1831), cet habile praticien conseille de préparer les solutions diversement chargées qu'il fait prendre à l'intérieur :

N" 1. No 2.

Prenez. Iode g»"- s S""- j

Iodure de potassium . . gr. j i gr. ij

Eau distillée § viij g viij

Cette eau est d'une belle couleur jaune , d une transparence parfaite; les enfans la boivent facilement ; on peut la sucrer ; mais il faut le faire seulement à l'instant où elle doit être prise.

En donnant à un enfant la première solution en deux ou plusieurs jours , on fait piendre des quantités minimes d'iode que supporte le jeune âge; on peut ensuite, lorsqu'on le juge convenable et pour des sujets plus âgés , se servir des autres solutions, et donner en vingt-quati e heures un grain un quart d'iode, eh faisant usage de la solution n» 3. On augmentera cette dose dans le cas où on le jugera convenable, mais on ne lélève pas orilinairement au-delà d'un grain et demi par jour.

25°. Voici une formule de liqueur iodurée , à l'aide de laquelle on graduera commodément, pour l'usage interne ou externe, les préparations d'iode, et qui otfre pour la province surtout, l'avantage de présenter sous un petit volume , une assuz grande quantité de substances médicamenteuses.

Prenez : Iode deux scrupules.

Iodure de potassium. . un scrupule.

Eau distillée. . . . huit onces.

B Cette solution iodurée , dit M. Lugol , contient un vingt-quatrième d'iode; versée dans seize livres d eau distillée , elle forme trente-deux bouteilles de huit onces d'eau minérale iodurée, n" 1. Il est facile de voir qu'en diminuant l'eau distillée d'un quart , on composerait l'eau minérale n» 2. » Si l'on veut se servir de la liqueur iodurée , on peut en prescrire de deux à dix-huit gouttes le matin à jeun et autant une heure avant le dîner , dans un dcaii-verre d'eau sucrée. Ou donnera de deux à cinq goutles deux fois par jour aux enfans audessous de sept ans; de six à dix gouttes pendant le second septénaire de la vie, on arriverait ainsi à donner graduellement trente-six gouttes en deux , trois ou quatre fois dans la journée , aux adultes qui supporteraient aisément l'usage de ce médicament.

2Go. Les préparations iodées sont confiées avec avantage à l'absorption cutanée, et plusieurs praticiens préfèrent cette voie pour les introduire dans l'économie. Mais comme, par cette méthode , elles ont encore une action trèsénergique, il ne faut pas les prescrire à trop haute dose.

On prépare une pommade iodurée , en incorporant dans une once d'axonge deux scrupules d'iodure de potassium et quatre grains d'iode. On augmentera graduellement jusqu'au double ces deux dernières substances , si l'on veut rendre la pommade plus active ; mais elle deviendrait irritante et caustique en élevant beaucoup plus ces dernières proportions.

2/0. Cette pommade ne pouvant remplir toutes les indications que réclament les soins extérieurs, on composera pour les lotions, collyres, injections , bains locaux, cataplasmes , une solution convenablement iodurée, en faisant dissoudre dans une livre d'eau distillée trois à douze grains d'iodure de potassium et un à quatre grains d'iode. Il est facile de varier les proportions de cette préparation. On peut, en ajoutant une certaine quantité de la solution suivante dans

DiCT. PE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

de l'eau , préparer des bains locaux , et en incorporant une petite quantité de cette même solution dans des cataplasmes de farine de lin ou de farine résolutive , se procurer des cataplasmes que l'on applique utilement sur les tumeurs scrofuleuses pour en obtenir la résolution.

28". M. Lugol se sert d'une eau plus saturée d iode , pour loucher les ulcères scrofuleux et produire une notable excitation sur la peau. Il lui donne le nom de solution iodurée ruh^fiuntc. Pour la préparer , ou ])rend six onces d'eau distillée; on y fait dissoudre une once d iodure de potassium, etqu.itre gros d'iode. On rendrait cette solution caustique en augmentant la proportion d'iode et d'iodure-

29o. M. Lugol, dans le mémoire que nous avons cité , se loue beaucoup de l'action des bains iodurés dont il a introduit l'usage dans le traitement des affections scrofuleuses. Pour les adultes il recommande d'ajouter à l'eau , contenue dans une baignoire de bois , la solution de quatie à huit gros d'iodure de potassium, et de deux à quatre gros d'iode dans six onces d'eau distillée. On diminuera pour les enfans la proportion de cette solution en raison du volume moindre d eau qui sera employé pour leurs bains ; deux à quatre scrupules d'iode et un à deux gros d'iodure de potassium pourront entrer dans la composition de leurs bains.

(Jes différentes préparations d'hydriodate ioduré de potasse sont préférées à beaucouj) d'autres compositions iodées , parce qu'on les obtient aisément et cju'on en gradue les doses avec facilité; elles peuvent servir de type pour donner aux autres composés d'iode les diversi;s formes médicamenteuses que nous venons fl'mdiquer successivement.

30". \Sif)dure d'ammoniaque ou mieux Vlijdriodale d'ammoniaque est formé de parties égales de gaz hydriodiqiie et d'ammoniaque; on le prépare en mêlant l'acide hydriodique avec l'ammoniaque ou le sous-carbotiale d'ammoniaque ; il cristallise en cubes. Les Anglais l'ont employé à la mêmedose que I hydriodate de potasse contre les engorgemens glanduleux. (Mérat et Delens , Dict. de mat. ntédic.) On la recommande comme fébrifuge. Nous l'avons substitué avec avantage , comme résolutif, à l'hydrochlorate d'ammoniaque. On peut l'incorporer à la dose d'un à deux scrupules dans une once d'axonge , pour en composer une pommade.

31°. L'iodure de zinc a été employé par le docteur Ure , dans les mêmes affections et de la même manière c|ue l'iodure de potassium. On le prépare en chaulTaut et faisant sublimer dans un matras, vingt parties de zinc, et 170 d'iode. Cet iodure cristallise en aiguilles blanches, déliquescentes, solubles dans l'eau, d'une saveur désagréable et stypiique; il est peu em|)loyé.

32o. \J'iodure de J'er est encore dans le même cas. On le prépare en mêlant dans im peu d'eau distillée une partie d'iode et une demi-partie de fer ; on fait chauffer , on filtre la liqueur , puis on évapore à siccilé , on dissout de nouveau dans I eau , on filtre ensuite , et l'on olitient l'iodure par une dernière évaporation. Il cristallise difficilement, est très-déliquescent et stypiique ; il pourrait convenir en électuaire , sirop ou solution, et peut-être en pilules faites avec l'extrait de gentiane , dans certains cas de scrofule et de chlorose.

33°. Yj'iodure d'arsenic a été mis en usage à l'hôpital Saint-Louis , par M. Bieit ; on l'obtient en chauffant dans une cornue de verre un mélange tie 16 parties d'arsenic et de 100 d'iode ; l'iodure se sublime sous forme d'aiguilles d'un rouge orangé. En mêlant trois grains de cet iodure dans une once d'axonge, on fait une pommade que M. Biett emploie dans quelques cas de dartres rongeantes , tuberculeuses. ( Magendie. )

34o. Iodure de plomb. On le prépare en mêlant ensemble une dissolution contenant 100 parties d'iodure de potassium et une dissolution contenant 75 parties d'acétate de plomb cristallisé. Il se fait à l'instant un précipité abondant d'un jaune magnifique : on le lave à l'eau froide , on le fait sécher ; c'est l'iodure de plomb. I! sert à préparer des pilules et des pommades.

MM. Cotteteau et Verdet de I Isie en ont introduit l'usage en médecine.

35o. Iodure de mercure. Le proto-iodure se prépare en mêlant la solution d une partie d'iodure de potassium et celle de deux parties de prolo-nilratc de mercure. Il se fait un précipité verdàtre ; c'est le proto-iodure de mercure. On le reçoit sur un filtre , on le lave à l'eau pure, et on le fait sécher pour le conserver dans un flacon.

A l'état sec il est d'un vert jaunâtre; chaufTé brusquement, il se fond et se sublime sans altération ; si on le chauffe lentement , il se décompose , une partie se sublime à l'état de deuto iodure , et il resie du mercure coulant pour résidu.

36o. Le deuto-iodure de mercure s'obtient en mêlant la solution étendue ile cent parties d'iodure de potassium avec une solution également étendue de 90 parties de deuto-clilorure de mercure. Il se forme à l'instant un précipité rouge de deuto-iodure; on le reçoit sur un filtre, on le lave et on le fait sécher. ( Magendie, Formai.; Caventou , Bulletin de thérapeutique , décembre 1832. )

Il est d'un très-beau rouge ; quand ou le chaulTe, il jaunit , fond, se volatilise , et se dépose eu belles lames rhomboidales d'un jaune d'or , qui deviennent d'un rouge trcs-éclatant par le refroidissement. Il est soluble dans l'alcool les acides et l'iodure de potassium ; il contient 250 parties de mercure et 3 12 d iode. On prépare des pommades avec ces iodures, en mêlant 20 grains de l'un d'eux dans une once d'axonge. On peut augmenter cette dose de l'iodure • cependant en triplant celle du deuto la pommade pourrait devenir rubéfiante pour quelques personnes irritables ; cette dernière substance mêlée à la dose d'un demi-gros dans une once d'axonge , constitue une pommade résolutive et anti-vénérienne fort active.

IODE

On prépare pour l'intcrieur une solution alcoolique , en faisant un mélange d'une once et demie d'alcool à 36° et de vingt grains de deulo-iodure de mercure.

Vingt-six gouttes de cette solution contiennent à peu près 1/8 de grain de deuto-iodure de mercure ; on la donne à la dose de 10 , 15 , 20 gouttes dans un verre d'eau distillée; l'eau ordinaire le décomposerait facilement.

En incorporant un grain de ces iodures dans la quantité sufiisante d'un extrait approprié , on composera des pilules à l'aide desquelles on pourra faire jirendre d'un huitième à un quart de graiu ou un demi-grain de ces substances. Il serait bon de mêler à la masse pilulaire une certaine quantité d'extrait lliébaique pour modérer l'action irritante de ces iodures sur les voies digestives. Voici la formule dont nous nous servons :

Prenez : Prolo-iodure de mercure. . . un grain.

Extrait de salsepareille . . . quarante grains. Extrait Ihéba'ique . . . , . demi-grain. F. S. A. , et divisez en huit pilules.

Ces préparations sont surtout utiles dans les affections qui participent des scrofules et de la syphilis ; voyez encore quelques autres formules n» 54.

37°. L'iodure d'or a été employé avec succès, à ce qu'il parait, dans les mêmes circonstances et aux même doses.

38». Les iodates ne sont point usités en thérapeutique ; ils sont en général peu solubles dans l'eau ; la chaleur les décompose aisément. Les acides sulfureux et hydrosulfurique enlèvent l'oxigène qu'ils contiennent et en séparent liode.

L'iodate acide de potasse et l'acide iodique mêlés avec la morphine ou un sel de morphine sont instantanément décomposés , et l'iode mis à nu d'abord avec une couleur rouge , et immédiatement après avec la couleur bleuâtre cjui le caractérise , cette réaction a lieu lors même que la liqueur ne contient qu'un centième de grain de morphine. ( Sérullas , 1830. )

39». Les hydriodales sont d'un usage fréquent et facile : nous avons , à l'occasion des iodures , indique ceux qui sont les plus employés.

Le chlore décompose tous les hydriodates , s'empare de l'hydrogène de l'acide , et met l'iode à nu. Le nitrate d'argent préci|)ite les hydriodates en blanc , mais le précipité composé d'iodure d'argent est insoluble dans l'ammoniaque. Ils dissolvent l'iode, se colorent en rouge-brun , et passent à l'état d'hydriodates iodurés.

C'est surtout parmi les hydriodates que la médecine choisit les combinaisons médicamenteuses que l'iode lui offre en abondance. L'hydriodate de potasse pur ou ioduré est , de tous les corps , celui que l'on manie le plus aisément , celui h l'aide duquel on peut porter le plus d iode dans l'économie ; c'est celui qui doit agir avec le plus d'énergie et d'efficacité. 11 est cependant des circonstances où , pour remplir certaines indications spéciales , on devra préférer quelque autre iodure , ceux de fer ou de mercure par exemple : nous préciserons plus positivement ces cas dans un prochain paragraphe.

40°. D'après ce que nous avons dit des différentes préparations d'iode , on a vu ( depuis le n° 10 jusqu'au n° 16) qu'on peut l'employer pur, en fumigations, en boisson , sous forme d'eau minérale artificielle, en teinture, en sirop , en pilules. Nous avons dit aussi pour quelles raisons on prél'ére employer , pour ces dernières préparations , l'hydriodate de potasse simple ou ioduré , et comment on le donne sous la forme de boisson , de pilules , de bains , de lotions , (le collyre, d'injections, de pommades, etc. Il sera facile, d'après les exemples que nous avons présentés , de disposer, selon les indications , les formules exigées i)ar les cas particuliers.

§ II. Action de l'iode à petites doses sur l'économie animale.

41o. L'iode pur appliqué sur la peau , jaunit sa surface , et cette couleur se dissipe promptement. Le plus souvent , l'usage extérieur des préparations iodiqucs dessèche la peau ; l'épiderrae se plisse, et tombe en écailles. Cependant , lorsqu'on les continue avec modération , les malades éprouvent , dans les tumeurs que l'on frictionne ainsi , un sentiment profond de chatouillement qui annonce leur résolution. Si la pommade est trop chargée d'iode, la peau rougit, la \ ésicalion a lieu ; l'inflammation s'étendrait aux parties sous-jacentes , si on ne cessait les frictions. Quelquefois on voit se développer une éruption de petits boulons enflammés qui se dissipent, dit M. Zink de Lausanne , avec de simples lotions aqueuses.

Les observations de V. Cantu , de Turin, prouvent aussi que l'iode, en contact avec la peau , peut être absorbé , puisqu'il l'a retrouvé dans les urines , la sueur , la salive, le lait et le sang des malades qui en faisaient usage extérieurement aussi bien qu'intérieurement. ( Journal chim. méd. II , 291 et 394. ) Aussi plusieurs praticiens préfèrent l'emploi externe de l'iode à tous les autres modes d'administration.

420. Introduit en vapeur par la voie de la respiration, l'iode a causé de violentes coliques à M. Chevallier. Suivant M. Lugol , les vapeurs qui se dégagent des bains iodurés sont susceptibles de produire une sorte d'ivresse et même un état de congestion cérébrale : nous avons vu Vinspiration de l'iode produire une action irritante sur la membrane muqueuse pulmonaire qui nous a souvent obligé d'en discontinuer l'usage. Voyez ce mode d'administration aux nos 10 et 12.

43o. M. Magendie n'a point éprouve d'effet remarquable en prenant une cuillerée a café de tenuurc d iode. On en a donné par mégardc une dose semblable a un enfant ; les lèvres et la langue furent colorées en jaune , mais aucun accidenl ne suivit cet cvcncmuiil.

( 1322 ) IODE

44". L'observation cependant prouve que l'iode excite assez fortement l'ap-, pareil gastro-intestinal ; en pénétrant dans cet appareil , il laisse dans la bouche et le pharynx un goût nauséeux , désagréable, et une sécheresse qui dure peu de temps.

L'estomac ne s'aperçoit pas le plus souvent de sa présence ; quelquefois il excite l'appétit. Nous l'avons vu aussi déterminer un sentiment de brûlure à l'épigastre , et produire un effet purgatif marqué : il a suffi d'associer à l'hydriodate de potasse , que le malade prenait en pilules , une petite quantité d'extrait thébaïque pour empêcher la continuation de ces légers accidens. Dans la plupart des cas , les préparations iodées sont absorbées et introduites dans l'économie ; le plus souvent, on ne s'aperçoit pas qu'elles exercent d'influence sur la circulation ; quelquefois, cependant, elles l'accélèrent. On les a vues augmenter la sécrétion urinaire. Il paraît aussi, d'après les expériences de M. Cantu, de MM. Lemasson et Nicollet [Journal hebd., tom. iv,p. 133) , que l'on retrouve aisément de l'hydriodate de potasse dans l'urine ou la salive de ceux qui font usage de ces préparations. Nous avons inutilement fait cette recherche en mêlant de l'amidon et de l'acide nitrique dans l'urine d'un sujet qui , depuis plus de douze jours, faisait usage d'un grain à un grain et demi d'iiydriodate de potasse en vingt-quatre heures. Le mélange n'a point offert la teinte bleue qui se manifeste lorsque la sécrétion contient de l'hydriodate de potasse. On pense généralement que le système lymphatique éprouve une excitation ou tout au moins une modification notable par l'influence de l'iode. 11 semble surtout activer l'absorption; on lui a même reproché d'avoir occasione' l'atrophie des mamelles et des testicules: ces reproches paraissent exagérés. Ce qui paraît certain, c est que la diminution que 1 on observe dans les tumeurs et dans les indurations des malades qui emploient ces substances à petites doses à l'intérieur ou même a l'extérieur, démontre leur action sur la nutrition, et doit le faire regarder comme un altérant énergique , pour me servir d'une expression des thérapeutistes anciens.

45". L'usage abusif ou trop continué des iodiques , déterminent quelquefois , et particulièrement sur certains sujets , des accidens signalés par M. Coindet, observés par d'autres médecins , et qui ont effrayé , mais à tort , quelques praticiens. M. Coindet les attribue à une sorte de saturation de l'économie par l'iode , et il les compare aux accidens qui suivent l'emploi des mercuriaux. L'observateur distingué c[ue nous venons de citer a remarqué que la teinture d'iode , bien plus que l'hydriodate de potasse , est susceptible de produire les phénomènes cju'il a seulement vu se développer chez les individus dont les goitres présentaient un ramollissement et une diminution marqués. Il les appelle symptômes iodiques , et il les décrit de la manière suivante : Accélération du pouls , palpitations; toux sèche , frécfuente ; insomnie, amaigrissement rapide , perle des forces ; chez quelques uns, enflure des jambes , trembleraens, dureté considérable dans les goitres; chez d'autres, diminution desseins, augmentation) remarquable et soutenue de l'appétit; dans presque tous { cinq ou six cas), dîuunution très-rapide ou disparition plus ou moins complète d'un goitre dur, volumineux et ancien, pendant la durée de ces symptômes. (Bibl. tliérapeut. Bayle, vol. I, (i. 19).

Dans ce cas , M. Coindet fait suspendre l'iode ; il conseille le lait , les bains tièdes , la valériane , le kina , les préparations d'opium , l'acide prussique, et quelquefois des sangsues et des applications émollientes sur le goitre ou sur les parties douloureuses. Cette action de l'iode prouve qu'il faut suivre de près, l'emploi de ce médicament, sous quelque forme qu'on le présente. Nous indiquerons au n° 71 les accidens toxiques que ses préparations peuvent occasioner, et les moyens à l'aide desquels on y remédie avec succès.

46". Lorsque l'on aura reconnu l'indication de prescrire des préparations iodiques, et choisi celle que 1 on devra employer, il faudra placer le malade dans des conditions hygiéniques convenables , alterner les préparations iodiques internes avec les préparations externes ou les combiner; élever graduellement les doses en commençant toujours par une quantité tiés-minime , afin d'essayer la susceptibilité des individus ; après un certain temps, suspendre pendant quelques jours l'usage de ces médicamens pour y revenir ensuite plus utilement ; prescrire des boissons adoucissantes; quelquefois, selon les cas , associer les toniques au traitement, veiller à ce que l'appareil gastro-intestinal ne soit point surexcité; suspendre l'usage de l'iode , si les symptômes iodiques indiqués u» 43 , se mani- A festaient, et les combattre , ainsi que nous l'avons prescrit: car ces symptômes ^ ne sont pas plus nécessaires au succès du traitement, que la salivation n'est utile | t ^ pendant l'usage des mercuriaux.

§ ni. Maladies contre lesquelles on met en usage les iodiques. 47». Douées d'une énergie remarquable , les préparations d'iode ont subi le sort de tous les médicamens nouveaux ; on les a essayées dans un grand nombre de maladies. Ce fut en 1819 que M. Coindet, tle Genève, eut le premier l'idée d'introduire l'usage de l'iode dans la pratique de la médecine. En réfléchissant que Russel conseillait contre le goitre la cendre de warec (fucus vesiculosus , et que l'on employait aussi l'éponge avec succès contre cette même maladie, il soupçonna , par analogie, que l'iode devait être le principe actif commun de ces deux productions marines. Il l'essaya contre le goitre ; les succès qu'il en obtint l'engagèrent à communiquer sa découverte à la Société helvétique des sciences naturelles de Genève , en 1820. Plusieurs médecins ont bientôt partagé l'enthousiasme du célèbre médecin gènevois. Ces différens travaux ont été recueillis par M. Bayle , dans le lo' vol. de la Bibliothèque thérapeutique. '

48". Le goji/'e est une des maladies dans lesquelles l'iode a surtout été cm-: ployé avec succès. Aux nombreux faits de M. Coindet, se sont jointes les obseri

IODE. ( '3

vations multipliées de MM. de Carro, Baup, Gimelle, Kolley, Gairdner, Alex. Manson, etc. Ces faits prouvent qu'en employant à rintcrieur et à Textéiieur les préparations d'iode avec les précautions que nous avons indiquées , les goitres anciens , volumineux , mais non enflammés , disparaissent en un ou plusieurs mois, ou bien diminuent tellement , qu'ils cessent d'incommoder les malades. On voit, après une ou deux semaines de l'emploi de l'iode, la peau qui recouvre la tumeur se plisser, la tumeur se ramollir, se diviser en plusieurs lobes, et disparaître graduellement. On a employé, pour obtenir ces effets 5 l'hydriodate pur ou ioduré de potasse, ainsi que quelques eaux minérales naluirelles iodurées ; peut-être obtiendrait-on aussi des succès dans les cas rebelles, 1 en se servant de l'hydriodate d'ammoniaque , puisque l'on réunirait deux sub- 1 stances qui prescrites séparément, l'ont été avec avantage contre cette maladie, l'iode et l'ammoniaque. Ou trouve à la page 76 de la Bibliothèque tlicrapeulique [de M. Bayle , l'iiistoirel delà guérison que M. Kolley, médecin de Breslau ,

! obtint , par l'iode , d'un goitre volumineux qui l'incommodait depuis dix ans. 490. Les scrofules , après avoir fait long-temps le désespoir des médecins, par l'inutilité de la plupart des traitemens employés pour les combattre , cèdent maintenant dans une foule de circonstances à l'influence des préparations :iodiques. C'est M. Coindet qui en a fait le premier l ap.plication à ces maladies. .11 ne s'en suit pas de là que l'iode puisse être prescrit utilement , sans distinction, à tous les cas de scrofule, mais il est positif qu'en remplissant, à l'aide des ftoniques, des anti-plilogisliques et des précautions hygiéniques convenables, [les indications générales qui se présentent dans le traitement, ces afTections font trouvé dans l'iode un modificateur du système lymphatique qui , employé à propos , a procuré des succès que l'on n'avait point obtenus jusqu'à présent. .MM. Kolley, John Baron, Bénaben , Brera , Delille, Calawey , etc. , à l'élranjgerj M. Lugol et plusieurs autres médecins en France , ont ajouté aux faits [ observés par M. Coindet d'autres faits qui prouveut l'eflicacité de l'iode dans les j affections strumeuses.

i On combattra l'état général par les boissons dont nous avons indiqué la formule, parles bains iodurés que M. Lugol a le premier mis en usage. On friction- ; uera et on couvrira les engorgemens scrofuleux du cou et des autres régions du corps avec des pommades iodurées de potasse pour en obtenir la résolution. Nous [ avons vu aussi dans cette circonstance de bons effets de l'iodui-e de plomb. C'est surtout quand les adénites s'ulcèrent, que les pansemens avec cette dernière pré- , paration accélèrent la guérison : nous l'ayons observé plusieurs fois. Si les ulcéi rations sont très-douloureuses, et que l'on veuille employer une pommade d hydriodate iodurée de potasse , on y incorporera un demi-gros ou un gros de laudanum par once de pommade , ainsi que le recommande M- Lemesson , dans son mémoire sur l'emploi de l'iode {Journal hcbdoni. , tom. 4, p. 121 ) ; on I prescrira des lotions d'eau plus ou moins chargée d'iode , selon les formules ( données n»* 28 et 29 , si l'on veut exciter ou même cautériser les surfaces ulcéj rées. Dans les ophlhalmies , on se servira de collyres iodurés pour dissiper ces j éraillemens et ces boursoulflemens des paupières, ces rougeurs blafardes, ces taies et ces larmoiemens continuels qui résistent à presque tous les autres moyens. : Dans le coryza strumeux, dans les plaies fistuleuses de même nature , les injec- I tions iodées plus ou moins concentrées produiront les meilleurs effets, i On trouve dans la Revue médicale , 1830 , tom. 3, pag. 397 ,des observations de carreau traité avec succès par les iodiques. MM. Bénaben, Callawey et Brera ont également obtenu de bons résultats de ces préparations dans le traii tement de l'engorgement des ganglions mésentériques.

M. Gairdner et M. Lugol emploient avec succès ces mêmes préparations dans les cas de tumeurs blanches et d hydai'throses scrofuleuses. M. Lugol en rap- I porte plusieurs exemples de guérison dans son troisième mémoire, et il recommande l'exercice à ses malades au lieu du repos qu'on leur prescrit oïdinai- 1 rement.

I 51 °. La phthisie pulmonaire , que l'on peut à tant de titres rapprocher des I affections strumeuses , serait peut-être susceptible de modifications heureuses l| par l'influence des iodés. Laennec , d'immortelle mémoire, a cru remarquer que li les phthisiques se trouvaient bien de respirer l'air des lieux où croissent abondamment les warecs ; M. Berton {Archiv. t. 19, p. 136) a proposé de l'aire respirer aux phthisiques les vapeurs d'iode (voyez n" 10). Nous avons trouvé que [ ces vapeurs irritent plus qu'elles ne calment les accidens de la phthisie. Nous i croyons cependant que l'on doit chercher dans les préj)arations de l'iode un modificateur capable d'empêcher le développement ou le ramollissement de nouveaux tubercules lorsque la maladie est imminente , ou lorsque déjà on a [, obtenu la guérison d'une première caverne tuberculeuse. MM. Gairdner et !j Baron paraissent en Angleterre avoir observé de bons effets de l'iode pris h l'in- ! térieur dans quelques cas de phthisie pulmonaire. M. de Fermon l'associe à I l'acide hydrocyanique. Nous employons les eaux iodées coupées de lait à l intéjj rieur, les fumigations émoUientes , narcotiques, balsamiques, iodées ou chlorurées selon les cas , les vésicatoires k la partie interne du bras, ou les cautères I au-dessous de la clavicule ou dans l'aisselle pour combattre cette terrible i maladie.

\ M. lioupp, médecin vétérinaire, attaché au dépôt d'étalons d'Abbeville , a fait usage de l'hydriodate de potasse dans le traitement de la morve aiguë ; il a donné depuis neuf jusqu'à quatorze grains d'hydriodate de potasse, pendant un mois, à un cheval , et le faisait frotter avec une pommade préparée avec ce

■ sel. Cette première tentative n'a point été heureuse. {Journ. gén. de méd. , avril 1824.) Ce traitement était peut-être trop excitant , puisqu'il s'agissait

I d'une morve aiguë.

51". Les darlrcs sont susceptibles de céder à l'emploi des iodiques. MM. Gi-

23 ) IODE

melle et Kolley ont rapporté des observations de guérison de ces maladies ; elles sont consignées dans la Bibliothèque de thérapeutique. M. Biett a surtout conseillé l'emploi de l'iodure de mercure contre ces affections. On trouve dans le tome III, p. 159, du Bulletin de thérapeutique de M. Miquel, une note de M. Renaud fils, médecin à Loches, qui fait connaître l'histoire d'une dartre rongeante [herpès exedens , Alibert; herpès vorax , Batteman) , guérie par les applications de la pommade d'iodure de mercure, et un traitement intérieur approprié.

52°. La gale J traitée par des frictions faites pendant six jours avec demi-once de pommade iodurée, a disparu entièrement. Des bains simples ont été associés à ce traitement. (Buisson, Thèses facul. Paris, 1825, n" 223.)

53°. Teigne. M. Loche-Balber rapporte [Biblioth. £/i. , p. 160) qu'un enfant de six ans , affecté de teigne depuis long- temps , et portant au cou des ganglions engorgés dont les p'ius petits avaient le volume d'une noix , guérit en prenant cinq gouttes de teinture d'iode trois fois par jour. Le médicament fut suspendu quelquefois, parce qu'il occasionait un sentiment très -vif de chaleur à l'estomac.

54o. Sjrphilis. Quelques médecins qui ont cru devoir rejeter l'usage du mercure dans la syphilis, ont eu recours aux préparations d'iode contre ces mêmes maladies. M. Uichond a obtenu la guérison de blennorrhagie et de bubons par l'usage intérieur de l'iode. En joignant à ce moyen les frictions locales iodurées, les bubons diminuaient bien plus rapidement de volume. M. Eusèbe de Salle a employé avec avantage les frictions avec la pommade d'hydriodate de potasse dans le traitement des engorgemens vénériens chroniques des testicules. M. Blaud, de Beaucaire, a prescrit utilement les iodés contre l'ozène et les engorgemens testiculaires. Nous avons fait usage avec succès , dans ces derniers cas, de la pommade d'iodure de mercure. Nous avons aussi, avec cette même pommade, obtenu la résolution d'exostoses assez volumineuses. M. Biett emploie en pilules le proto-iodure de mercure à la dose d'un, puis trois et quatre grains en vingt-quatre heures, dans les ati'ections vénériennes légères , et celles de deuto-iodure , à la même dose, quand la maladie est ancienne. Nous n'élevons pas autant ces doses (n» 36). Il prescrit aussi le proto-iodure délayé dans douze fois son poids de miel rosat en application sur les ulcérations de la gorge. (Gazette méd. , t. 1 , 1833, p. 124.)

55°. Scorbut. M. Magendie a fait disparaître en quelques jours des gonflemens scorbutiques des gencives avec un demi-gros de solution par jour. Dans cette circonstance, dit ce médecin, la solution a proiiablcment agi d'une manière analogue à son action dans les goitres , c'est-à-dire en resserrant le système vasculaire dans les dernières ramifications. (Formulaire, p. 193.)

56°. Cancer. M. Magendie a employé , à la dose d'un à trois gros en vingtquatre heures, la solution d'hydriodate de potasse pour guérir des cancers de la langue ; il eu a obtenu des effets étonnans. Plusieurs médecins allemands ont également rapporté des observations de guérison de cancers de la matrice, de tumeurs du sein et du cou par l'emploi de l'iode à l'intérieur et à l'extérieur. (Biblioth. thérap., Bayle , 1 , 1778.) L'union de la ciguè à l'iode rendrait peutêtre ces résultats plus communs.

57°. Ce n'est pas seulement dans le traitement des affections générales , rapidement énuinérées dans les paragraphes précédens . que l'iode compte des succès ; son action sur l'absorption et la nutrition a engagé à l'essayer dans plusieurs maladies locales qui en ont quelquefois éprouvé les modifications les plus heureuses.

58°. Oreillons. Le docteur Neumana a employé l'iode à l'extérieur, dans l'épidémie d'oreillons qui a régné à Neustadtel, en juin 1823. Il faisait les frictions avec un mélange de huit parties d'onguent meicuriel et d'une partie d'hydriodate de potasse. 11 paraît qu'une éruption érythématique succédait aux frictions , et que la maladie se terminait ensuite comme dans les cas ordinaires , par résolution. Quant on ne mettait pas ce traitement en usage la maladie se montrait rebelle, et se terminait souvent par suppuration. (Archives, t. xvii, p. 607.)

59°. Hypertrophie J intumescence du foie et de la rate. Ces affections , si communes à la suite des fièvres intermittentes rebelles , constituent souvent une nouvelle maladie qui réclame les secours de l'art. On trouve dans le 11° d'octobre 1828, de la nouvelle Biblioth. OTe'i^. des observations publiées en Angleterre par le docteur Miligan , qui prouvent les bons effets de la teinture d'iode à la dose de quinze à quarante gouttes , prescrite à des enfans affectés de ces engorgemens. Nous avons employé avec succès les pilules d'hydriodate de potasse à la dose d'un grain et demi en vingt-quatre heures pendant dix à douze jours, chez un sujet qui présentait ces hypertrophies à la suite de fièvres intermittentes rebelles. Le même moyen a échoué dans un autre cas d'hypertrophie considérable de la rate, qui avait déjà résisté à l'usage du sulfate de quinine et de plusieurs autres médications.

60°. Anasarque. C'est peut-être en agissant sur les engorgemens abdominaux ou en excitant le système lymphatique de la même région , que la teinture d'iode, administrée à la dose de dix gouttes en vingt-quatre heures et employée en frictions sur les parties œdémateuses , a fait disparaître promptement une anasarque passive observée par M. Buisson. (Thèses , Paris , 1825 , n° 223.)

61°. Péritonite, épanchemens abdominaux. Quand à la suite d'une péritonite grave dont la période d'acuité est passée , on soupçonne par U fluctuation molle des parois abdominales qu'il reste des exsudations pseudo-membraneuses à absorber, on peut appliquer sur l'abdomen des fomentations préparées avec la solution de deux gros d'hydriodate de potasse dans une livre d'eau. Nous avons plusieurs fois employé ce moyen avec succès.

IODE

IPECACUANHA.

G^o Mèuite chronique. Lorsque , après les saignées au bras et les soins convenables , les symptômes aigus de la métrite ont disparu sans que la résolution de l'inflammation se soit faite entièrement, si l'organe malade conserve, sans douleur, un certain volume, et que l'on craigne une hypertrophie ou le développement des diverses dégénérescences que l'on observe trop souvent dans cet or-rane, on pourra chercher à les prévenir à l'aide de préparations iodiques. Nous avons ainsi obtenu la résolution de métrites chroniques en faisant faire des frictions d'iodure de plomb (demi-gros h un gros pour une once d'axonge) sur le haut des cuisses , l'hypogastre , les aines , la face interne des grandes lèvres; et en joignant à ces frictions le repos, les moyens généraux recommandés en pareille circonstance, et quelquefois l'usage intérieur des iodés et de la cigné.

()3o. Leucorrhée. C'est sans doute en agissant sur l'utérus et sur l'ensemble de la constitution lymphatique de quelques femmes , que MM. Brera , Gimelle et Sablairolle ont , à l'aide de l'iode , réussi h dissiper des leucorrhées anciennes. M. Gimelle a rapporté plusieurs faits de guérison de cette maladie {.Journ. unw. des sciences médicales, lom. 25, pag. 5). Il employait le plus souvent le sirop d'iode à la dose d'une once , malin et soir, dans une infusion appropriée. L'amclioration se faisait remarquer douze ou quinze jours après le commencement du traitement.

640. Aménorrhée. M. Coindet a constaté l'action spéciale des préparations d'iode sur l'ulérus, aussi recommande-t-il de s'en abstenir pendant l'état de grossesse. Cette action spéciale l'a engagé à prescrire l'iode dans quelques cas (l aménorrhce occasionés par atonie. Plusieurs médecins ont employé ces préparations avec succès dans cette maladie. Peut-être que l'iodure de fer présenterait plus d'avantages que les autres préparations.

M. Magendie rapporte qu'en prescrivant contre une suppression de règles l'iode chez une demoiselle dont il ne pouvait suspecter la bonne conduite, il est survenu un avortement au bout de Irois semaines. (Formul.,p. 185)

65». La chlorose, dont la cause principale semble le plus souvent résider dans une altération profonde de l'hématose et qui cède si souvent à l'emploi du fer pur ou carbonaté, serait peut-être modifiée plus utilement , dans le cas de complication strumeuse et d'affection utérine, par les iodés et surtout par l'iodure de fer.

60°. Paralysie. Ou trouve à la page )46 , t. 1, de la Biblioth. thérap. de Bjyle, les recherches que M. Slanson, médecin anglais, a faites à l'hôpital de Nottingham sur ce sujet. Il résulte de ce travail que plusieurs paraplégiques et hémiplégiques ont élé guéris ou rendus à un état meilleur par l'iode employé concurremment avec les purgatifs (dix à quinze grains de gomme gutte en pilules , vingt gouttes de teinture d'iode trois lois par jour). Le fait le plus remarquable est celui d'un soldat privé en grande partie des mouveniens du coté droit du corps , de mémoire et de la faculté de parler aisément et d'entendre, à la suite <le deux attaques qu'il avait eues assez long-temps avant, et qui , en quelques mois de traitement, sortit guéri de l'hôpital. De nouveaux essais devraient être tentés.

Chorée. M. Manson rapporte dans ce mémoire qu'il a aussi employé l'iode contre la chorée. Sur soixante-douze individus atteints de cette maladie , dont dix-neuf hommes et cinquante- trois femmes , il a guéri la moitié environ des malades. L'art possède des moyens plus rationnels et plus efficaces contre cette affection.

63". Goutte. M. Gendrin a communiqué à l'Académie des sciences plusieurs observations d'engorgemens chroniques des articulations, suite d'aiïeclion goutteuse, complètement guéris par l'emploi de l'iode k l'intérieur, avec ou sans frictions. Nous n'avons point obtenu d'aussi heureux résultats, u Chez deux malades seulement, dit Gcntlrin, la guérison a été difficile ; il a fallu revenir plusieurs fois a l'administration de l'iode, pour prévenir les accès et arrêter leur développement lorsque leurs prodromes se faisaient sentir. Chez tous , l'usage continué de l'iode jiendant deux à trois mois, après la guérison absolue d'un accès, a prévenu complètement le retour des accidens. Un malade a passé huit époques d'accès; trois en ont passé cinq ; un en a passé quatre; deux en ont passé trois, sans rechute. » IS!oui>. Bihl. méd. , avril 1828, p. 126.

G'Jo. Empoisonnemens par L's alcalis végétaux. M. Donné a proposé , eu 1829, la teinture d'iode contre rempoisoiinement occasioné par la morphine, la strychinc et les autres alcalis végétaux vénéneux. Il paraît qu'il se forme par ces combinaisons des composés qui n'ont point d'aclion nuisible.

Ce que nous avons dit n» 33, prouve que l'acide iodique et les iodates pourraient servir à reconnaître la présence de la morphine dans un cas d'enqjoisonnement.

70". Considéralions toxicolo°iques. Nous avons exposé au paragraphe 45 les incouvénicns qui accompagnent l'usage des préparutions d'iode lorsqu'on les continue trop long-temps , ou lorsiju'on les emploie à des doses un peu trop élevées. Si l'on dépasse ces doses de beaucoup, des accidens d emjioisonuementne tardent pas à se développer. Les expériences que M. Orfila a faites sur les animaux prouvent qu'un à trois gros diode introduits dans l'estomac d'un chien , déterminent des vomisscmens de matières molles et jaunâtres pendant les premières heures, des selles analogues dans lesquelles ou retrouve une partie du poison; des ho([uets , laccélération du pouls ; le décuLitus sur le ventre cl un abatlcmenl considérable sans mouvemcns convulsifs. A l'ouverture on trouve l'estomac et les intestins tapissés d'un enduit muqueux plus ou moins jaune ; des ulcérations plus ou moins étendues , quelquefois bordées d'une auréole jauuÀtre. (0;CIa, fliéd. /e'i,'. ,t. 3, p. 20.)

Les expériences tentées par M. Dcvergie avec I hydriodate de potasse, lui font considérer cette substance couime un poison corrosif agissant h la manière

de l'iode et occasionant aussi des ulcérations à bords jaunâtres si l'hydriodale est fortement ioduré. Dans ses expériences publiées dans les Àrciiives de médcc.^ t.X, p. 255, M.Dever gie remarque que l'on trouve sou vent la tunique interne de l'estomac soulevée par un état emphysémateux qui se développe dans le tissu cellulaire sous-jaecnt ; qu'un à deux gros d'hydriodate de potasse suffisent pour faiie périr l'animal, et que la mort survient seulement par suite de la phlegmasie de l'oi gaue mis en contact avec l'hydriodale. Ce sel, injecté dans les veines, dans des pioportions très-faibles, amène la mort dans un espace de temps presque aussi court que dans l empoisounement par l'acide hydrocyauique. On reconnaîtra la présence de ces préparations à l'aide du chlore, des proto et deulo sels de mercure solubles.

Le chlore versé dans la liqueur met l'iode en liberté , et colore fortement le mélange qui prend l'odeur particulière à l'iode. Un excès de chlore détruit celte coloration.

Le proto nitrate de mercure donne lieu à la formation d'un prolo-iodure de mercure jaune verdâtre.

Le deuto hydrochlorate de mercure donne naissance à un précipité de couleur carmin. (Devergie, mémoire cité.)

En ajoulant à ces différentes épreuves l'essai des substances par l'amidon et l'acide nitrique , voyez n» 44 , on aura , si le mélange prend une teinte bleuâtre, autant de preuves qu'on en peut désirer pour constater la présence de 1 iode.

71o. Il paraîtrai! que les effets toxiques de l'iode seraient moins intenses chez l'homme. M. Zink , médecin à Lausanne , a rapporté deux cas où la teinture d'iode , prise imprudemment et sans conseil pour dissiper des goîires volumineux, détermina un empoisonnement lent qui occasionj la mort des malades; dans l'un des deux cas , il trouva les inteslins boursoufflés , fortement phlogosés dans certains endroits , et présentant dans d'autres la teinte qui précède le sphacèie. L'estomac offrait à l'extérieur, aux deux tiers de sa petite courbure, une excoriation de la grandeur de ileux pouces carrés ; à l'intérieur, une rougeur générale ; près du pylore , il était corrodé. Le foie plus volumineux et t-rès - pàle avait une couleur lilas très - clair. ( Journal complémentaire , t. 18, p. 126.)

MM. Dessaignes et Moncourrier ont publié deux cas d'empoisonnement par l'iode dans le tom. 4 du Journal de chimie médicale, p. 165 et 216. Le premier était produit chez une jeune personne par un gros et demi seulement d'une solution d'hydriodate ioduré de potasse ; il y eut un malaise général , des nausées , une chaleur brûlanle avec douleur aiguë à l'épigastre ; une heure après vomissemens spontanés, agitations, céphalalgie , vertiges , etc. L'usage de l'eau chaude, d'une boisson gommée, d'une potion anti-spasmodique et de lavemens a' fait disparaître en cinq jours tous les accidens. Le deuxième, terminé par deux gros et demi de teinture d'iode , a offert les symptômes suivans : ardeur et sécheresse depuis le gosier jusqu'à l'épigastre ; ensuite , douleur dilacéranle de l'esfomac, vains efforts pour vomir; une heure après, face animée , pouls serré, petit, concentré, douleurs extrêmes de l'estomac; tendance à des mouvement convulsifs. Des vomissemens provoqués par l'administration de l'eau tiède , par verrées de trois en trois minutes, débarrassèrent le m.ilade, une potion opiacée et des cataplasmes le rétablirent entièrement.

72o. On voit que le vomissement provoqué par des boissons délayantes ont été utiles , et que les potions opiacées ont été prescrites avec succès. L'action' réciproque des alcalis végétaux sur l'iode nous ferait , dans les cas d'empoisonnement dont il est question , administrer l'acétate ou l'hydrochlorate de mor» phine de préférence aux autres préparations de l'opium. Après l'emploi de ces moyens , il faudrait chercher à remédier à l'inflammation de l'appareil digestif occasioné par le contact de l'iode, et presciire l'emploi méthodique des anliphlogistiques. -i

H. -F. Gaultier de Claubry. Recberches sur l'existence de l'iode dans l'eau Je mer. Paris , 1815, iii-4'^.

Coindet. Mémoires sur l'iode dans le traitement du goitre , des scrofules et de quelques maladies du système lymphatique. Bihtiothèqtie universelle de Genève^ 1820, t. 14 et 16. ) Brera. Saggio clinico sut l'iodo. Padova , 1822, in-S".

E. Buisson. Essai sur l'iode et sur son usage en médecine. Paris , 1825 , in-4°. A. Manson. Médical researclies on tUc etl'ccts of iodine in l)ronch»cele scrofula, etc. LoDdoo , 1825 , in-S".

A. Cazenave. Résumé des travaux lliérapeuliques sur l'iode. ( Journal hebdomadaire de Médecine , t. 5 , 1829.)

Lugol. Mémoires sur l'emploi de l'iode et des Lains iodurés dans les maladies scrofuleuses. Paris , 1829 , 1830 , 1831.

Th. Lemasson. Mémoire sur l'emploi de l'iode dans le traitement de la scrofule cutanée ulcéreuse. [Journal universel licbdomadaire de Médecine , I, 4, 1831.)

(MakTIM SOLON.)

IPECACUANHA. Radix ipecacuanhœ. C'est la racine d'une plante de la famille des rubiacées, appelées Callicocca ipecacuanha (Brotero), ou Cephaé'lis emelica (Persoon), et qui croit naturellement au Brésil, d'où nous vient la presque totalité de l'ipécacuanha du commerce. Cette racine est désignée sous le nom d'ipécacuanha annelé , pour la dislinguer d'autres racines tjui ont avec elle plus ou moins d'analogie. Elle est de la grosseur d'une petite plume, et présente une foule d'étraugleinens très- rapprochés les uns des autres. Elle a une saveur désagréable ; sa cassure est comme résineuse ; et sa partie corticale est bien supérieure en volume à l'axe ligneux qu'elle enveloppe. Il existe, quant à la couleur, trois variétés de la racine du Callicocca. La première , c'est l'ipécacuanha gris , qui forme les deux tiers de l'ipécacuanha du commerce. La seconde est l'ipécacuanha gris-rouge, qui forme l'autre tiers. L ipéçacuanha gris-

IPÉCACU ANHA.

IRITIS.

I blanc, c'est-à-dire la troisième variélé , est quelquefois, mais rarement, mélangée avec les deux autres. Il est probable que ces variétés tiennent seulement à des différences de sol et de climat.

Un grand nombre de chimistes, particulièrement Massonfour, Henry, Irvine, I et surtout M. Pellelier, ont procédé à l'analyse de l'ipécacuanha. Ce dernier y a découvert un principe, auquel il a donné le nom à'Eméiine (voyez ce mot), et dans lequel paraît résider la propriété vomitive de l'ipécacuanha. Ou trouve aussi dans cette racine une matière grasse qui parait formée d'une huile grasse et d'une huile volatile. Elle contient encore de la gomme , de l'amidon , du li- ; gneux, et quelques traces d'acide gallique. 11 est à considérer que l'éraétine est concentrée dans la partie corticale de l'ipécacuanha , que l'axe ligneux de celte i racine en contient à peine : ce qui montre combien est essentielle la pratique , \ usitée dans les bonnes pharmacies, de rejeter cet axe, qu'au surplus il n'est pas

aisé de reproduire en poudre, i Le nom d'ipécacuanha a été et est encore donné à d'autres racines. La prin- I cipale est celle de Psydioli ia emelica. Elle est facile à distinguer de la précédente , d'abord parce qu'elle présente des stries longitudinales qui lui ont fait donner le nom d'ipécacuanha strié , et aussi parce qu'elle n'offre pas les anuelures qui font le caractère distiucfif de l'autre. Ou a nommé ipécacuanha blanc ou amylacé la racine du Richardia scabra (Linn. ), et ipéeaciianha fihindreux de l'Ile-de-France la racine de l'Asclepias asthmalica (LinnJ. Beaucoup d'autres : racines ont été données pour de l'ipécacuanha. Toutes ou la plupart ont, à un ! degré quelconque, la propriété de faire vomir. L'émétine a été trouvée dans 1 plusieurs.

L'ipécacuanha a été introduit dans la matière médicale européenne, vers le milieu du dix-septième siècle , par Pisou et Marcgra\ e. Toutefois ce ne fut que i plus tard qu'on s'en servit. Il éprouva la chance de beaucoup d'autres agens : on l'exalta et on le déprécia successivement outre mesure. Enfin il a pris uu rang définitif parmi les agens thérapeutiques les plus puissans.

L'ipécacuanha n'est jamais administré qu'à l'intérieur. Ses effets les mieux i coDstalés sont les suivaris. A très -petites doses, il procure des nausées, des vomituritions. Quand les doses sont plus fortes , il provoque des efforts répétés de vomissement, et le vomissement lui-même. Souvent aussi il a un effet purgatif ; mais celui-ci étant subordonné à la quantité d'ipécacuanha qui franchit , le pylore , et conséquemment au nombre et à l'intensité des vomissemens , est loin d'être constant. L'ipécacuanha peut donc être employé comme vomitif et comme éméto - purgatif. C'est effectivement à ces titres , surtout au premier, qu'on l'administre le plus souvent.

On ne le donne jamais dans la seule vue d'exciter des évacuations alvines : souvent il n'en procurerait pas; et , presque toujours , on ne les obtiendrait que conjointement avec le vomissement. Il est donc , comme purgatif, infiniment inférieur à une foule d'autres médicamens. Comme vomitif , il n'y a que l'émélique que l'on puisse lui comparer. . j L'effet vomitif de l'ipécacuanha ne résulte pas seulement de son action topij que sur l'estomac : ce médicament fait vomir , quelle que soit la voie par laquelle il a pénétré dans l'économie. C'est ce que les expériences faites avec l'émétine ont surabondamment démontré. Cet effet vomitif n'est pas non plus la conséquence d'une irritation forte de l'estomac, irritation que le vomissement contribuerait avec d'autres symptômes à exprimer. L'ipécacuanha n'est ! pas purement irritant , comme une foule de substances , il est spécifiquement I vomitif. Le vomissement est l'effet qu'il provoque de préférence et souvent à I ^exclu^ion de tout autre. Introduit dans un estomac sain , il laisse au plus, i après le vomissement , une sorte de fatigue qui se dissipe bientôt. Introduit i dans un estomac irrité , il n'ajoute rien souvent à l'irritation de cet organe , ! même dans certains cas, il la fait disparaître. Je ne veux pas dire que l'ipécacuanha est toujours innocent pour l'estomac, qu'il n'augmente jamais les irritations , les inflammations dont il est le siège , mais seulement qu'il ne les augmente pas nécessaii emenl , que sa faculté vomitive n'est pas en raison di- I recte de l'irritation qu'il détermine dans la muqueuse gastrique , que cette faculté a un autre principe , et que ce principe consiste dans l'action spécifique de l'ipécacuanha sur toutes les puissances du vomissement. Cette spécificité d'action mérite d'être bien comprise: elle explique une foule de succès obtenus j; par l'ipécacuanha dans des cas où l'estomac était manifestement malade, irrité. I Elle enhardit à emjiloyer ce médicament sans pour cela inspirer cette hardiesse J qui exclut le calcul des chances que l'on doit constamment faire avant sou ad- ' miniôtration. (^'oT-ez Emétique , Vomitifs.)

L'éuiétique a une spécificité semblable. Aussi quand la résolution est prise , de faire vomir un malade , une question de choix entre lui et l'ipécacuanha se présente d'abord. Beaucoup de praticiens la résolvent par une préférence habituelle qu'ils ne pourraient le plus souvent motiver. Assez généralement on re- I garde l ipécacuanha comme plus doux , moins irritant ; ce qui n'est pas bien 1 démontré. On s'accorde davantage à le considérer comme uu vomitif moins j 8Ùr que le tartre stibié. Celui-ci a souvent provoqué le vomissement , alors que i l'autre avait échoué. Aussi Stoll , Cullen et beaucoup d'autres préfèrent - ils ' généralement le tartre stibié. Stoll reproche à l'ipécacuanha d'avoir une saveur nauséeuse qui seule excite quelquefois des vomissemens prématurés et, jjour ce motif , insuffisans ; une différence assez importante entre l'action des deux ; vomitifs et que la plupart des observateurs ont signalée, c'est que l'émétique j procure plus souvent des évacuations alvines que l'ipécacuanha. Il en résulte I que , suivant qu'on veut ou qu'on ne veut pas agir sur le gros intestin , ou ) doit préférer l'un de ces vomitifs .H l'autre. Enfin ce qui, dans certains cas, peut décider la question de préférence , ce sont les résultats comparés , pcu- DxcT. DE Médecine et de Chirurgie pratio ues.

dant une constitution épidémique, de l'administration de ces médicamens.

L'ipécacuanha a été administré non-seulement comme vomitif , mais encore comme anti-vomitif. On l'a donné aussi comme astringent , sudorifique , emménagogue, vermifuge. Il a été employé pour combattre une multitude de maladies dont les principales sont, indépendamment des affections gastriques , des fièvres de di\ erse nature , la coqueluche , l'asthme , le croup, le catarrhe chronique, la phthisie pulmonaire , le coryza , le choléra-morbus , la dysenterie , diverses diarrhées , l'hémoptysie , la ménorrhagie , les fièvres intermittentes , la fièvre puerpérale , etc. , etc. Dans toutes ces maladies , 1 ipécacuanha a été employé soit à dose nausitive , soit, et c'est le cas le plus fréquent , à dose vomitive. Les effets qu'on en a obtenus , ou qu'on lui a attribués, paraissent donc être la conséquence d'un mode d'action qui lui est commun avec d'autres substances , et particulièrement avec l'émétique. Ce motif, et l'étroit espace dont je peux disposer , me forcent à renvoyer aux mots Antimoine , Émétine, É.métiques et Vomitifs , où l'on trouvera les détails qu'il faut que j'omette.

L'ipécacuanha est le plus souvent administré en poudre. On n'en donne qu'un demi-grain à un grain d'heure en heure , quand on ne veut exciter que des vomituritions ou seulement des nausées. Il en faut de douze à trente-six grains chez les adultes , pour provoquer les vomissemens. La dose est ordinairement prise en trois fois , dans de l'eau tiède ou une tisane, à demi-heure de distance. Le sirop d'ipécacuanha ne seit, comme vomitif, que pour les enfans. On leur en donne d'une à deux onces par cuillerées. Quand on l'administre aux adultes, c'est presque toujours comme expectorant, a cause de l'action qu'il )>arait avoir sur la muqueuse bronchique. Alors on en met quatre à huit gros dans une potion de six onces. C'est aussi dans la même intention que l'on administre les pastilles d'ipécacuanha. Chacune d'elles contient , d après la formule du Codex, un quart de grain d'ipécacuanha. On en prend de trois à six par jour. L'infusion et la décoction d'ipécacuanha sont très-peu usitées. Thomson prétend que l ébullition ôte à cette racine sa faculté vomitive. Clarke, médecin anglais, administrait cette décoction en lavement dans la dysenterie et les hémorrhoides ' internes ; Helvétius l'employait aussi de cette manière dans la dysenterie. L'ipécacuanha entre dans le sirop de Desessart, la poudre de Dower et dans une foule de préparations magistrales où on l'unit à l'opium et à d'autres médicamens.

( Léop. Deslakdes. )

IRITIS J s. f. L'iritis est l'inflammation de l'iris. Long-temps confondue avec les autres phlegmasies de l'œil , dont elle est en effet très-souvent la cause ou la suite, l'inflammation de l'iris n'a, pour le première fois , été distinguée qu'en 1801, par Schmidt , célèbre oculiste de Vienne, qui lui a donné le nom sous lequel ou la désigne aujourd'hui.

La nature éminemment vasculaire et nerveuse de 1 iris, la délicatesse de sa texture, la facilité avec laquelle les maladies peuvent apporter des atteintes indélébiles à cette texture , la gêne qui résulte de ces atteintes pour l exercice des fonctions importantes de celte membrane, la marche souvent insidieuse des inflammations dont elle est le siège , leur tendance manifeste et très-grande à produire des pseudo-membranes opaques , oblitérant la pupille ou des adhérences qui s'opposent à la liberté de ses mouvemens , la complication assez commune de l'iritis avec l'inflammation de la conjonctive, de la cornée, de la sclérotique, de la choroïde , de la réfine, dont les symptômes masquent souvent les sinus, toutes ces circonstances concourent à faire de 1 irilis une maladie des plus importantes de l'œil sous le quadruple rapport de sa fréquence , de la gravité de ses suites , de l'obscurité de son diagnostic , et des difficultés qu'offre sa curation.

Causes. Les causes de l'iritis sont toutes celles qui peuvent déterminer les inflammations de l'œil en général. Elles peuvent agir d'abord sur les autres membranes, et alors l'iritis est une suite de leur imflammation, ou elles portent leur action d'abord sur l'iris , et, dans ce cas , l'iritis peut exister seule; mais il la'est pas rare de voir l'inflammation se propager aux tissus voisins. Quoiqu'il en soit, les coups et les plaies, les impressions habituelles d'une lumière vive , la fatigue excessive de l'organe par la contemplation d objels petits et brillans ou fortement éclairés, l'impression d'un courant d'air froid, la suppression de quelque travail physiologique ou morbide , la goutte, le rhumatisme , la syphilis , et , suivant B. Travers , l'abus du mercure , telles sont les causes qui produisent le plus ordinairement l'iritis.

Symptômes , marclie , etc. L'inflammation de l'iris se présente sous deux formes principales : tantôt elle est aiguè , et tantôt elle est chronique.

Iritis aigde. Les symptômes locaux qui accompagnent le premier degré de l'iritis simple sont : un sentiment de douleur obtuse ou de plénitude , quelijuefois accompagné de picotemens plus ou moins vifs , une photophobie peu intense , la confusion légère de la vue , le rétrécissement et la diminution de la mobilité de la pupille qui reste régulière et noire , le changement de couleur du cercle interne de l'iris , qui passe du bleu ou du gris au vert, ou du brun au rouge sombre. Dans quelques cas , la sécrétion de 1 humeur aqueuse est augmentée; la circonférence de la pupille semble s'incliner vers le cristallin. Les vaisseaux de la sclérotique forment autour de la cornée un cercle plus ou moins large , plus ou moins complet, d'un rouge vif ou foncé , et séparé de la circonférence de cette membrane par un autre cercle blanchâtre , circonstance tjui tient à ce que les vaisseaux qui sont le siège de l'irritation s'enfoncent pour communiquer avec la grande circonférence de l'iris, au niveau de la réunion de cette membrane avec les autres membranes de l'œil , c'est-à-dire un peu en arrière de la circonférence apparente de la cornée. Toutefois , c'est par le bord pupillaire que commencent les cliangemens de couleur observés dans l'iris , et par conséquent l'inflammation , et ce n'est que qu;ind de U; elle s'est étendue à

IRITIS.

IRITIS.

tout le reste de l'iris que Von commence en général à apercevoir le cercle rouge sclcrotical dont il vient d'être parlé.

A un degré plus avancé , la douleur est plus prononcée ; elle ss propage par élancement jusque dans la région frontale, où elle est poignante et déchirante. L'iris semble se gonfler et se porter eu avant; son changement de couleur est plus prononcé; sa surface est terne , dépolie, comme lavée , quelquefois légèrement vilicuse ou tomenleuse ; la pupille est plus rétrécie et plus laimobile ; quelquefois elle est encore régulière et noire , quehjuefois elle est irrég'ulière et remplie d'un dépôt d'apparence albumineuse; son bord, incliné vers le cristallin, est souvent comme frangé, et il reste accolé à ce corps; la pholopliobie est plus considérable; la vue, plus confuse ; la cornée est légèrement trouble ; et le cercle rouge formé par les vaisseaux de la sclérotique très-prononcé.

Enfin , dans un dernier degré, les douleurs sont plus violentes encore, quelquefois atroces, et se propagent du front à la partie supérieure de la tête et jusqu'à la nuque. La conjonctive oculaire est fortement injectée , gonflée , boursouflée, et forme autour de la circonférence de la cornée le bourrelet caractéristique du chémosis. Alors on ne distingue plus la zone scléiolicale. La décoloration de l'iris, c'est-à-dire son passage au vert ou au rouge s'est étendue de sa petite à sa grande circonférence ; sa surface est de plus en plus inégale et comme laineuse ; parfois on y aperçoit çà et là des taches d'un rouge vif, des ecchymoses ou même de véritables vaisseaux remplis de sang artériel ; la pupille , tout-à-fait immobile, est irrégulière , rétrécie et remplie d'une production albumineuse; quelquefois elle est dilatée , mais alors il y a probablement amaurose ; la photophobie est extrême , la vue est complètement abolie; l'œil est larmoyant; et enfin la cornée se trouble et prend l'aspect d'un verre opalin- le larmoiement est considérable. Dans quelques cas les malades éprouvent de la photophobie , la sensation de blueltes lumineuses , et ce phénomène indique que la rétine participe à l'inflammation de 1 iris.

L'irilis aiguë ne suit pas toujours toutes les phases qui viennent d'être décrites ; elle ne parcourt pas invariablement les degrés qui ont été marqués. Elle s'arrête quelquefois dans le premier; dans d'autres cas , danslesecoml ; d'autres fois enfin , même malgré le traitement le plus énergique, elle passe successivement du degré le plus faible au degré le plus violent. Lorsque , pai l'effet de son peu d'intensité ou par celui d'un traitement convenablement administré, la maladie ne dépasse pas le premier degré, les symptômes disparaissent peu à peu, et le malade peut guérir complètement , c'est-à-dire sans conserver ni irrégularité de la pupille, ni opacité des milieux transparens de l'œil, ni fausse cataracte , ni en un mot aucun obstacle à la vision ; toutefois , le retour complet des parties à l'état normal est lent , et pendant long-temps la pupille reste peu mobile.

Lorsqu'elle ne dépasse pas les limites du second degré; et qu'elle guérit , il est rare que la guérison soil lout-à-fait complète. Dans les cas les plus heureux, il s'est établi des adhérences entre le bord de la pupille et la capsule cristalline, qui cependant reste transparente : si ces adhérences sont générales, il en résulte une immobilité de la pupille qui gène toujours la vision ; si ces adliéreuces sont partielles, le point correspondant de la pupille reste seul immobile , elle conserve son irrégularité , mais la vision est moins gênée que dans le cas précédent. Dans d'autres cas, le cristallin ou surtout sa membrane ont participé à l'inflammation et sont devenus opaques, et il arrive quelquefois alors qu'une adhésion faible établie entre l'une de ces parties venant à cesser avec l'inflammation , l'iris en se retirant laisse sur la face antérieure de la capsule cristalline une partie de son jiigment qui revêt celle-ci d'une coloration noire Ircs-marquée , et constitue une variété de cataracte que quelques oculisles ont nommée cataracte pigmenteuse ( pigmeniosa ). Quelquefois ce pigment forme une espèce de frange noire sur la marge de la pupille.

Enfin quand la maladie est arrivée au troisième degré , il est presque impossible que la vue se rétablisse après la cessation des symptômes inflammatoires ; mais la cécité peut être le résultat d'une multitude daltérations organiques diflércntcs. C'est quelquefois la cornée à laquelle l'inflammation s'est propagée et qui reste opaque ; elle peut être mêuie perforée et avoir livré passage à une hernie de 1 iris. Souvent l'iris a repris ses couleurs, mais la pupille s'est complètement effacée au point qu'il n'en reste plus aucun vestige. Dans d'autres cas , la cécité est le résultat de la présence des matières albumineuses exhalées jiar les tissus pendant le cours de l'inflammation et qui se présentent alors sous diverses formes. Ce sont en général des espèces de flocons irrcguliers blaiicliàtres , jaunâtres , ou rougeâtres , d'une grosseur variable depuis celle d'une Iét2 d'épingle jusqu'à celle d'un grain de chènevis , qui tantôt sont emportés par l'action des vaisseaux absorbans , tantôt se détachent et se bornent à troubler l'humeur aqueuse; et tantôt se précipitent à la partie infériouie de l'œil , et forment une tache seuii-lunaire blanchâtre, que les oculisles ont désignée sous le nom Alijpolfniplia. La perforation de la cornée , l'évacuation de l'humeur aqueuse , et la hernie de l'iris peuvent être la suite de l'hypolympha. Ces dépôts peuvent devenir assez considérables pour remplir complètement la chambre de l'œil; si la pu[)ille est seulement coarctée, et qu ils se forment dans la chambre postérieure, ils poussent l'iris en avant, cl la mettent en contact avec la cornée , d"où peuvent résulter des adhérences intimes entre les deux membranes. Quoi qu'il en soit, quand l'inflammation est calmée , et les dépôts résorbés autant qu'ils peuvent l'Clre , on trouve la pupille complètement oblitérée par une production qui constitue la variété de fausse cataracte appelée albumineuse. Il n'est pas très-rare aussi d'apercevoir sur la face antérieure de l'iris des stries blanches et convergentes formées par les matières

déposées dans la chambre postérieure., et que l'on aperçoit à travers les fibres rayonnantes de cette membrane écartées les unes des autres par ces dépôts.

Lorsque l'inflammation est très-forte , elle peut se terminer par une suppuration. Ce sont quelquefois des espèces d''érosions très-superficielles , qui fournissent le pus ; ci'autres fois il se forme d'abord de véritables abcès. On doit penser qu'il en sera ainsi lorsque l'iris continue d'augmenter d'épaisseur , et qu'il prend une couleur sombre. Les abcès apparaissent ordinairement dans le \oisinage du bord pupillaire , quelquefois aussi vers la grande circonférence. Ils se présentent d'abord sous l'apparence de taches d'un rouge jaunâtre; ils peuvent être résorbés, et alors l'iritis rentre dans les conditions ordinaires ; niais souvent ils s'ouvrent à la surface de l'iris , la matière qui les forme s épaiiche dans la chambre antérieure de l'œil , et donne lieu k un hypopion avec toutes ses conséquences ; dans les cas les plus heureux , c'est-à dire lorsque la matière épanchée est absorbée , il reste presque toujours dans la pupille une matière jaunâtre , qui constitue la cataracte J'ausse purulente de Beer.

Enfin, dans quelques cas d'inflammation intense, la surface de l'iris laisse échapper une certaine quantité de sang qui se coagule quelquefois à la surlace, et se présente sous forme de taches rouges , ou s'épanche dans la chambre antérieure de l'œil , et forme l'hj-poêma des oculistes. Après un certain temps , la couleur rouge pâlit, elle passe au jaune, puis au blanc ; mais la matière est rarement absorbée en totalité : quand l'épanchement s'est formé dans la chambre postérieure de l'œil , la partie du caillot qui reste réfractaire à l'action des vaisseaux absorbans constitue une fausse cataracte sanguinolente .

Diagnostic. Plusieurs afl'ections ont de l'analogie avec l'iritis aiguë , et pourraient par conséquent être confondues avec cette maladie : l ophtbalmie calarihale, la sclcrolite , la kératite, l'inflammation delà capsule du cristallin, celle de la rétine, sont dans ce cas. On conçoit que l'iritis existant rarement seule, et provoquant presque toujours l'inflammation de la conjonctive et celle de la sclérotique, et même celle de la cornée, il est possible qu'un examen superficiel ne fasse reconnaître que les signes très-apparens de ces dernières inflammations , et fasse par conséquent négliger ceux de la première. Cependant ces diverses affections ne provoquent pas , en général, les mêmes douleurs que l inflammation de l'iris, et l'existence de ces douleurs presque caractéristiques suffit dans la plupart des cas pour provoquer un nouvel examen , et pour conduire à la connaissance exacte du siège principal du mal.

Il est plus difficile de prendre ces diverses maladies pour une iritis. L'ophthalmie catarrhale en effet est peu douloureuse, les vaisseaux de la conjonctive ont une disposition particulière, ils rejirésenteiit des stries ondulées , commençant en pointe vers la circonférence de la cornée, et se terminant aussi eu pointe vers les angles de l'œil, et vers le bord des paupières ; il n'y a point de photO[)liobie , point de larmoiement, et la conjonctive fournit une sécrétion muqueuse plus ou moins abondante.

L'inflammation de la sclérotique caractérisée par l'anneau d'un rouge bleuâtre que forment ses vaisseaux droits , fins , et conveigens autour de la circonférence de la cornée, est accompagnée de larmoiement et de photophobie, et, bien que la pupille soit légèrement resserrée, et que l'iris ressente assez vivement l'irritation de la sclérotique , cependant ses couleurs ne sont point altérées , et les autres symptômes subjectifs de son inflammation manquent.

L'inflammation de la cornée marche plus lentement, le trouble qui l'accompagne est plutôt apparent et plus considérable , et à moins qu'il n'y ait ramollissement ou ulcération dans quelques points de son étendue , elle est peu douloureuse ; d'ailleurs la cornée ne tarde point à se recouvrir de vaisseau.x rouges; la pupille conserve sa mobilité.

Lorsque l'inflammation a son siège dans le feuillet postérieur de la cornée, ou dans le feuillet séreux que lui fournit la membrane de Descemet , il y a céphalalgie et formation du cercle rouge sclérotical ; mais le trouble se fait trèsrapidement ; en regardant l'œil de côté, on voit qu'il occupe la face concave de la cornée , et si l'on aperçoit l iris , on reconnaît que la pupille a conservé sa régularité et sa mobilité; lorsque l'inflammation s'étend à toute la membrane de l'humeur aqueuse, l'iris perd sa couleur et la pupille sa mobilité, mais alors , il existe une iritis.

L'inflammation de la capsule cristalline présente beaucoup d'analogie avec l'iritis. Cependant sa marche est beaucoup plus lente, et quand elle existe seule , le trouble qui se forme est derrière la pupille, qui reste régulière et libre , et l'iris conserve ses couleurs. Lorsque la pupille devient irrégulière par suite de celte affection, c'est qu'il s'est établi des adhérences entre elle et la capsule, ce qui ne peut se faire cju'autant que l'iris a participé à l'inflammation.

L'inflammation de la réline a aussi de l'analogie avec l'iritis : mais les douleurs qui l'accompagnent sont beaucoup plus fortes. Elles sont tensives et gravatives; elles occupent le fond de l'œil ; et se propagent profondément dans la direction du fond de l'orbite jusqu'au cerveau; les symptômes encéphaliques sont toujours imminens ; l'inflammation générale de l'œil plus rapide, plus jirompte et plus violente; la photopliobié d'abord extrême, se change presque (le suite en une cécité complète; la pupille est très-resserrée , mais l'iris conserve ses couleurs à moins qu'elle même ne participe à l'inflammation.

Iritis chronique. L'iritis chronique a eu général les mêmes résultats que l'iritis aiguë; mais comme cette maladie suit une marche très-lente, que des mois et quelquefois des années sont nécessaires pour qu'elle arrive à un terme quelconque , et que souvent les symptômes qui l'accompagnent cessent pendant un temps pour reparaître alternativement à plusieurs reprises, elle est quelquefois très-difficile à reconnaître , et à distinguer d'autres affections , nolammenl de certaines variétés d'amaurose.

IRITIS.

IRITIS.

Pendant long-temps le malade ne se plaint que d'un affaiblissement de la rue; alors la pupille paraît Iransparenle , niais elle est peu mobile, et elle est ' presque toujours ii rogulicre et resserrée ; après un temps plus ou moins long , les couleurs de son bord pupillaire deviennent ternes , mais elles preniicnt une teinte foncée qui forme avec celle du reste de la membrane un contraste assez brusque. La vue s'affaiblit de plus en plus , et finit par s"éleindre lout-à-fait. Quelquefois le malade commence par apercevoir des filamens ombrés qui se dessinent sur les objets de couleur blanche surtout {rnjocleso/jie) ; plus tard il I voit des filamens formant des réseaux {visas reticulaïus) , enfin il ne voit plus j qu'à travers un nuage plus ou moins épais. On peut quelquefois à l'aide d une loupe , ou seulement d'une bonne vue suivre le développement des altérations organiques qui produisent ces dernières sensations. D abord ou aperçoit des i filamens blanchâtres, extrêmement déliés qui, se portent d'un bord à l'autre de 1 la circonférence de la pupille , la fixent et la rendent iirégulitre ; plus tard , I c'est un réseau semblable à celui d'une toile d'araignée ; jdus tard encore , une j masse homogène d'apparence fibreuse.

) Dans quelques cas , on voit partir de la circonférence de la pupille des espèces ide filamens noirs qui s'entrelacent avec les filamens dont il vient d'être parlé , let se portent vers la capsule du cristallin. Ces productions que l'on a regardées [Comme des vaisseaux variqueux peuvent s'étendre , suivant Kozas , jusqu'aux |corps ciliaires.

L'iritis chronique, à son début, est très difficile à distinguer d'avec l amau- Irose commençante. Elle est souvent accompagnée d'un certain degré de lippi- Itude. Elle peut passer à l'état aigu , de même qu une iritis aigué peut passer à Irelat chronique.

f Les ophlhalmologistes ne se sont point bornés à déterminer les caractèies .de i'iritis aiguë et ceux de l'iritis chronique, et i» distinguer ces maladies des iautres affections du globe oculaire, ils ont encore reconnu des caractères ipropres à faire distinguer les unes des autres les différentes espèces d'iritis jaiguës ou chroniques développées chez les sujets rhumatisans, goutteux, ivérolés , scrofuleux ; et ce sont ces caractères différens qui nous restent à jfaire connaître.

I Iritis rhumatismale. Celle-ci n'est point la suite d'une métastase, mais bien Ile résultat de l'action sur l'œil d'une cause capable de déterminer un rhuma- {tisme sur un sujet prédisposé à ce genre d'affection , comme 1 impression d'un iair froid , par exemple. L'invasion en est brusque , les douleurs qui l'accompagnent sont vives , lancinantes , et reviennent par exacerbations irrégulières ; la maladie peut n'affecter qu'un seul œil , mais elle les envahit souvent tous ;ileu,-5, presque toujours aiors l'un est plus gravement affecté que l'autre. Les (Vaisseaux de la sclérotique sont injectés et furment autour de la cornée le cerpie dont il a été parlé. Il y a larmoiement et photophobie, et, suivant M. Sijchel , la pupille est allongée de liaut en bas, de mainère à former un ovale iiont le grand diamètre est parallèle au diamètre vertical du globe oculaire.

L'iritis rhumatismale peut disparaître promptement et revenir ensuite. Elle ponne facilement lieu à des exsudations qui oblitèrent la pupille et troublent ia vision. L'inflammation s'étend souvent à la cornée transparente , et elle ocpupe toujours plus ou moins la sclérotique.

Iris arthritique. Elle n'est pas non plus le résultat d'une métastase. Elle se développe par les mêmes causes qui développent la goutte chez les individus qui y sont prédisposés.

1 Le caractère distinclif de celte espèce d'iritis est , d'après M. Sichel , outre [la décoloration de l'iris et le développement des vaisseaux sanguins qui semjlent parcourir cette membrane, la forme ovale très-prononcée que prend la 3upille transversalement ; forme qui peut persister après la cessation de l'inlammation , lorsque la maladie se termine par un glaucome. La pupille se [rouble promptement dans l'iritis arthritique, et elle perd aussi rapidement sa .aobilité. La sclérotique présente autour de la circonférence de la cornée un anneau vasculaire d'un rouge pourpre. Les vaisseaux qui le composent sont pressés, fins, rectilignes et convergens vers la cornée. L'injection s'arrête brusque- |i»entà une petite distance de la circonférence de celle-ci, de manière à laisser înire elle et le cercle rouge qu'ils forment un autre cercle plus ou moins complet d'un blanc bleuâtre; au-delà de l'anneau rouge, la sclérotique est d'un Iblanc sale , ou d'un gris violacé.

[I Les douleurs qui accompagnent l'iritis arthritique sont vives , plus fortes la [nuit que le jour; elles arrachent quelquefois des cris aux malades. Elles sont [souvent annoncées par une sensation d'engourdissement autour de l'orbite et Ipar du larmoiement , elles s'étendent à l'os de la pommette. Aux sièges carac- Itéristiques de l'intlammation de la sclérotique, se joignent souvent ceux de la conjonctivite. On voit aussi fréquemment s'établir une sécrétion mucoso-purulente, fournie , suivant les uns , par la conjonctive , et, suivant Beer , par les glandes de Meiibomius.

Aux]]symptômes locaux de l'iritis arthritique se joignent souvent les syftiptômes lenéraux qui accompagnent les affections goutteuses , la céphalalgie, les douicurs dans les membres , les crampes, les nausées , les vomissemens , l'abaternent général , etc.

I L'iritis arthritique est une des affections les plus graves de ce genre , parce j]u'elle est longue à dissiper (une attaque peut durer plusieurs mois), parce que jes récidives sont fort à craindre , et parce que , en vertu de son opiniâtreté , l;lle finit par altérer les autres tissus qui composent le globe oculaire, ï Iritis syphilitique. Elle est insidieuse dans sa marche , parce qu'elle débute souvent sous forme chronique. Un coup, ou l'impression d'un air froid sur lœil la déterminent souvent chez les individus aft'ectés de syphilis.

Les opthlhalmologistes sont peu d'accord sur les symptômes qu'elle iirésenle. Suivant plusieurs d'entre eux , les symptômes ne différeraient en rien de ceux de l'iritis ordinaire ; ISeer indique pourtant des condylômes apparaissant sous forme de tubercules d'un jaune rougeàtre à la surface de l'iris ou près de ses I bords. Nous avons vu plusieurs fois des végétations tomenleuses naissant de la marge pupillaire qu'elle déformaient , et présentant une couleur tout-à-fait analogue à celle de l'iris, dont elles semblaient être une espèce de lambeau. M. Sichel regarde comme un fait constant que, dans l'iritis syphilitique, la pupille prend la forme d'un ovale oblique de bas en haut et de dehors en dedans, et dont l'extrémité supérieure ou interne est plus ou moins anguleuse et plus rapprochée de la grande circonférence de l'iris, que l'extrémité inférieure ou externe , qui est arrondie. Le petit cercle de 1 iris prend une teinte cuivrée ; il en est ordinairement tie même des condylômes qui naissent plus souvent de la marge pupillaire que de partout ailleurs. Le cercle formé par les vaisseaux de la sclérotique est d'un rouge terne , et les vaisseaux sont comme confondus les uns avec les autres. Quoi qu'il en soit, les douleurs qui accompagnent l'iritis syphilitique se propagent dans le front, sur le sommet de la tête et jusqu'à la nuque ; elles sont plus lortes la nuit que le jour, et revêtent les caractères des douleurs osléocopes. 11 apparaît souvent sur le front, et même sur tout le corps, une éruption de pullules , dont le caractère syphilitique est peu douteux. Il y aquelquefois des sueurs nocturnes et tous les symptômes de la vérole confirmée.

L'iritis syphilitique se complique facilement de l'inflammation de la cornée, sur laquelle on aperçoit quelquetois de petites taches blanches ou brunes.

Lorsque cette affection est négligée, la pupille s'oblitère complètiiment , à moins qu'il n'existe des condylômes sur son bord; car alors elle reste ordinairement entr'ouverte et noire. Par la suite la maladie s'étend ordinairement à la choroïde et à la rétine, et il survient une amaurose accompagnée de diverses altérations des membranes de l'œil et du cristallin.

Cette maladie, quoique grave, peut guérir quand elle est prise à temps et traitée convenablement ; mais , plus cju'à la suite de toutes les autres espèces d'iritis peut-être, l'œil reste pendant long-temps sensible à la lumière et exposé à des inflammations de la sclérotique.

Iritis scbofuleuse. Elle se développe spécialement chez les jeunes filles lymphatiques ou scrofuleuses et commence souvent par une inflammation de la cornée.

Elle est caractérisée parla lenteur de sa marche, le peu de douleur et de pliotophobie qu'elle jirovocjue et la pâleur du tissu de l'iris . M. Sichel est porté à penser, sans pouvoir aflirmer encore , que dans cette espèce d'iritis la pupille, sans perdre sa forme ronde , se déplace, de telle sorte qu'elle ne correspond plus au centre de l'iris , mais se trouve placée plus près de son bord supérieur que de l'inférieur.

De ce qui précède il résulte que, suivant les ophthalmologistes allemands et anglais, le mode d'injection de la sclérotique et le genre de déformation éprouve par la pupille sont des signes suffisans pour reconnaître la nature de la cause à laquelle il faut attribuer l'iritis , et par conséquent la nature de celle-ci. Nous devons dire pourtant qu'ils ne s'accordent pas tous en tous points. C'est ainsi par exemple que la cessation brusque de l'injection à quelque distance de la circonférence de la cornée, et le cercle blanc qui eu résulte et que quelques-uns de ces praticiens regardent comme un des signes de l'iritis arthritique, appartiennent suivant d'autres à toutes les espèces d'iritis ainsi qu'aux inflammations de la membrane de 1 humeur aipieusc et à celle des lames postérieures de la cornée : suivant ces derniers seulement le cercle se rétrécit au dehors à mesure que l'organe enflammé correspond à un plan plus antérieur, parce que ce cercle traduit à l'extérieur le point où les communications vasculaires s'établissent en dedans avec la partie qui est le siège de l'inflammation, de sorte qu il cesse toul-à-fait quand celle-ci envahit les lames les plus superficielles de la cornée ; et il faut convenir que cette opinion est conforme aux données fournies par l'anatomie , données qui ne permettraient de concevoir comment le cercle se forme dans l'iritis arthritique et point dans les autres , qu'en supposant que dans celle-ci l'iris seule est enflammée, tandis que dans les autres espèces d'iritis il y a toujours en même temps nue inflammation de toute l'épaisseur de la cornée, ce qui est contraire à l'observation.

Quant aux modes de déformation de la pupille , c'est M. Sichel surtout qui les rattache chacun en particulier h une nature d'iritis jiarticulièrc. 11 est si convaincu de l'importance de ce signe et de celui du mode d'injection de la sclérotique, c'est-à-dire de l'existence ou de l'absence du cercle blanc ou bleuâtre dont il a déjà été plusieurs fois parlé , que, sur la simple inspection , il décide de la nature de la maladie, et la déclare de nature rhumatismale, arthritique ou syphilitique , lors même que le malade n'aurait eu auparavant aucun symptôme de vérole, de goutte ou de rhumatisme. Si , dans ces afleclions , la pupille ne présente pas sa forme, ou pour mieux dire sa déformation caractéristique, iNl. Sichel pense qne la maladie est modifiée par une autre. C'est ainsi par exemple que si la disposition rhumatismale et arthritique existent simultanément chez un sujet affecté d'iritis , l'une de ces causes tendant à allonger la pupille transversalement , et l'autre de haut en bas , elles se neutralisent mutuellement, et celte ouverture reste ronde.

Nous ne savons pas ce que l'observation ultérieure nous apprendra sur ce sujet, et jusqu'à quel point elle nous convertira aux opinions de M. Sichel. Jusqu'à présent , ne pouvant attribuer la déformation de la pupille par suite d'inflammation de l'iris qu'à deux causes , savoir, à la rigidité communiquée par l'état inflammatoire à certaines fibres plutôt qu'aux autres, ou à des

IRRITATION

IRRITATION

adhérences partielles établies entre la circonférence de la pupille et la capsule du cristallin , nous concevions très-bien les dilférences de forme que la pupille, nous avait présentées dans des iiitis de même nature, parce que, suivant notre manière de voir, linflammation , quelle que soit sa cause, pouvait très-bien affecter principalement des points différens de cette membrane chez les difiérens sujets ; et nous avouerons que nous avons encore quelqu'inclinatiou à conserver notre opinion. Admettre que !a dcformalion de la pupille est toujours primitivement la même dans une inflammation d'une nature donnée, c'est admettre que cette inflammation se porte toujours de préférence sur telle fibre plutôt que sur telle autre , ou qu'elle détermine toujours une adhérence de la môme étendue dans les mêmes points et c'est reproduire implicitement des entités que nos opinions médicales ne nous permettent d'admettre qu'avec une grande réserve.

Traitement. Combattre l'inflammation , s'opposer à la formation des dépôts , ou favoriser leur absorption, prévenir îa coarctation de la pupille, et combattre les douleurs , sont les indications curatives principales que présente l irii.is.

Les saignées générales du pied ou du bras, les applications nombreuses et réitérées de sangsues aux tempes et autour de la base de l'orbite, les pédiluves irritans , les lavemens , les boissons délayantes, l'abstinence des alimens , le repos , la soustraction de l'œil à l'influence de la lumière, sont les moyens à l'aide desquels on cherchera à calmer l'inflammation. Quand on est parvenu à la diminuer , on y ajoute l'emploi des vésicatoires aux tempes , derrière les oreilles ou à la nuque , ou l'application d'un séton vers celte partie, et l'usage des purgatifs répétés.

On prévient la formation des dépôts et l'on facilite leur absorption par l'usage des diurétiques, par celui des purgatifs , par celui des antimoniaux à haute dose, et principalement par celui des préparations mercurielles en tète desquelles on range les frictions d'onguent napolitain, seul ou uni à l'opium ou à la belladonne , autour de la base de l'orbite, et surtout l'usage intérieur de pilules composées de deux à trois grains de calomélas et d'un demi ou d'un grain d'opium cl dont on donne depuis une jusqu'à quatre ou six par jour. Quelques praticiens les emploient jusqu'à salivation. Carmichaël a dernièrement vanté la térébenthine.

On calme la douleur par l'usage externe et interne de l'opium Enfin on s'oppose au resserrement de la pupille par l'usage externe de l'extrait de belladonne ou de jusquiame, que l'on fait dissoudre dans l'eau jusqu'à consistance d'un vernis épais, et que l'on étend sur la région oculaire tous les jours , le matin ou le soir.

Telles sont les bases du traitement de l'iritis simple , aiguë ou chronique Il doit subir quelques modifications lorsqu'il s'agit d'une iiitis appartenant à l'une ou l'autre des espèces que nous avons décrites.

Traitement de l'iritis rhumatismale. Il faut tenir le malade chaudement et en repos et administrer le traitement anti-phlogistique , et s'abstenir de doni;er du mercure.

La térébenthine peut suivant M. Carmichaël être administrée avec avantage de même quç tous les autres moyens qui ont été indiqués-

Traitenientde l^iriiis arthritique II est tout entier anii-phlogistique et calmant.

Traitement de l'iritis sj-phililique- Il se compose des mêmes moyens que celui des autre iritis. Seulement on y joint l'administalion interne du deuto-chlorure de mercure, à doses anti-syphilitiques.

Traitement de l'iritis scrqfuleuse. 11 se compose encore des même moyens, auxquels on joint un traitement auti-scrofuleux.

A. Schmidl. Ulier irilis und naclislaar. Wien. , 1801. Beer Lehre. Von <len Auget.kranlieileD. Wien., 1813-1817. Machenzie. l'ralicat treatise on llie cliseascs of llie eye. London , 1830, in-8». Hozas. Hantlbucli der llienretischen und praclisclien Augenlieilkunde. Wien., 1830 3 vol. in-S". '

(L. J. Sakson.)

IRRITATION, s. f. ; irritatio , irritamentum. Les actes dont l'ensemble constitue la vie ne sont produits dans toute leur plénitude que sous deux conditions : la première est elle de l'intégrité des organes qui les exécutent , et la seconde , l'action des stimulans. Cette seconde condition en suppose une troisième, savoir , l'aptitude des organes à ressentir l'imAuence de ceux-ci; on nomme cette aptitude irritabilité.

Outre cette propriété dont jouissent tous les tissus de ressentir ])lus ou moins vivement l'influence des stimulans, et peut-être en vertu de cette propriété, ils sont, dans l'état naturel , parcourus par des liquides , et le siège d'actes ou de mouvemens de composition et de décomposition communs à tous et variables seulement en énergie dans chacun d'eux. Ces phénomènes sont les mêmes à la peau, dans le tissu cellulaire, dans un muscle , une membrane muqueuse, une séreuse , la substance cérébrale , etc. Dans tous , en effet, il y a également abord et départ continuel de molécules, combinaisons et décoinbinaisons non interrompues ; seulement, ces mouvemens sont plus bornés ou plus considérables, plus rapides ou plus lents, suivant le degré de vitalité des tissus. C'est à cet ordre de phénom'cnes, à cette action moléculaire qui constitue la vie propre des tissus que nous donnons le nom à'action organique. Il n.ut bien se donner de garde- de contondre cet ordre de phénomènes avec les actes vitaux que l'on nomme>«c^,o«s, actes différens pour chaque tissu et ne dépendant que d'une niiinu re nulirectc de l'action organique.

On ignorera l.ing-tcmps encore en quoi consiste cette action , et jusqu'à ce qu ou en a.t pendre les myMèrcs, il f.udru se conteuter d'en partir comme d'un

fait primordial dominant un grand nombre d'autres faits physiologiques. Quand on saura comment elle s'exerce , on découvrira bientôt commentelle se trouble, et réciproquement , et l'on aura fait un pas immense dans la connaissance de la nature intime des maladies. Mais aujourd'hui , dans l'état actuel de la science, tout ce qu'il nous est possible d'en voir , d'en apprécier , d'en constater, c'est que dans certaines circonstances elle est augmentée , et que dans d'autres elle est diminuée. Nous voyons en effet des tissus dont l'irritabilité s'acci oit sous l'influence de certains agens , et qui sont alors parcourus ou pénétrés par une plus grande quantité de fluides que dans l'état normal , et dans d autres circonstances ce sont les phénomènes contraires que nous observons. Il est évident que dans le premier cas , tous les phénomènes appréciables de l'action organique sont accrus , et que dans le second ils sont diminués. La première de ces modifications matérielles est Virritation , et la seconde est Vasthénie.

L'irritation consiste donc dans l'augmentation de l'action organique des tissus. Cependant tant que cette augmentation de l'action organique ne dépasse pas certaines limites , elle est compatible avec la santé , et on la désigne de préléreuce sous les noms A' ex citation , d'orgasme , et quelquefois sous celui d ritation physiologique ou normale. Mais aussitôt que les liquides abordent dans un tissu en telle quantité, et que l'irritabilité y est accrue à ce point qu'il ne peut plus remplir librement la fonction qui lui est départie , l'irritation morbide commence. L'irritation morbide, ou tout simplemeut l in itation, consiste donc dans l'augmentation de l'action organique d'un tissu , au-delà des limites compatibles avec Pexercice libre de sa Jonction. Mais nous ferons observer que la transition de l'irritation physiologique à l'irritation morbide étant insensible, cette dernière peut exister déjà dans un tissu , sans que le trouble de la fonction soit bien appréciable.

Or , si l'irritation est le premier phénomène appréciable dans tout accroissesemeiit de l'action organique , ou mieux, si elle n'est que l'expression de ce fait hy perphysiologique , si elle forme le point de départ d'un grand nombre de maladies , si en commençant par ce phénomène morbide , on peut suivre logiquement , et sans interruption jusqu'aux derniers anneaux, tout l'enchaînement des rapports de causalité d'une foule d'affections ; si , remontant au contraire des effets aux causes , en partant de mille points divers on converge irrésistiblement vers cette cause première, et qu'immédiatement au delà, ou se trouve dans un ordre nouveau de faits , celui des phénomènes normaux ou physiologiques , il est évident que l'augmentation de l'action organique est un des faits primordiaux de la pathogénie, et l'irritation, la plus haute généralisation à laquelle il soit possible de s'élever en pathologie dans l'état actuel de la science.

En découvrant cette idée générale et féconde , M. Broussais a donc bien pu croire qu'il avait trouvé le lien théorique qui devait enchaîner tous les faits de la pathologie médicale , comme l'attraction lie les phénomènes de la mécanique céleste et l'affinité ceux de l'action moléculaire. Une masse imposante de faits se rattachait déjà sans efforts à cette théorie , chaque jour elle élargissait son cercle pour en embrasser de nouveaux, et les phénomènes les plus rebelles à son joug semblaient devoir venir incessamment s'y plier et s'y soumettre. C'était un intéressant spectacle pour les amis de notre belle science , que de la voir s'avancer d'un pas ferme et rapide pour prendre rang parmi les plus positives , aux acclamations enthousiastes d'une foule d esprits ardens qui déjà saluaient son glorieux avènement, et malgré les résistances qui embarrassaient sa maiche. Mais les temps d'aussi glorieuses destinées n'étaient pas encore venus pour elle; un grand progrès seulement s'était accompli, et ce progrès consistait dans le rapprochement analogique d'états morbides considérés jusqu'alors comme très-différens , savoir: les inflammations , les hémorrhagies , les névroses , les sub-injlammalions , les hyperdiacrisies , et les hy pcrLrophies . \ et dans leur ralliement à une cause commune , Vin itation.

C'est à ces limites en effet qu'il faut circonscrire le domaine de l'irritation, ; Tout en rendant hommage au génie de M. Broussais, les premiers parmi ses p»r | tisans nous nous sommes appliqués à démontrer ( Nouveaux élémens de pallio logie médico-chirurgicale ) qu'il fallait en distraire toutes transformations \ graisseuses , cutanées , muqueuses .fibreuses , cartilagineuses et osseuses , touleij les productions morbides , telles que les productions cornées , les végétations ./^ les poly pes , lesjongus , les pseudo-membranes , les kystes , et les etitozoaires toutes les désorganisations , tubercules, mélanoses , cyrrhosé , squirrhc e cancer ; carcinome et pourriture d'hôpital , et enfin , la plupart des gangrènes \ sans contester toutefois et en faisant même ressortir la part qu'elle prend daii j quelques cas à la production de ces états morbides. Ces opinions sont assez gêné | ralement adoptées.

Non plus comme théorie générale et absolue , mais comme thtorio pai liell et relative , celle de l'irritation réclame une étude attentive. Nous allons don exposer et discuter avec soin les lois qui la régissent; mais dans l'impossibilit où nous'sommes de le faire plus brièvement que dans nos Elémens de palhc logie , nous reproduirons presque textuellement ce que nous avons dit dans c< ouvrage.

L'irritation se développe sous L'influence de la plupart des agens de la milur Nous avons déjà vu que c'étaient précisément les agens nécessaires à l'entretie de la vie, tels que l'air, l'eau, la chaleur, la lumière, l'électricité et les al mens, qui devenaient les causes les plus fréquentes des maladies en général. ( sont aussi ces causes qui fout naître le plus communément l'irritation; mu ce ne sont pas les seules. Toutes les actions physiques et chimiques peuvc aussi la produire ; elle se développe fréquemment aussi sous l'influence des affc lions inorales ; enfin , on la voit naître assez souvent par l'effet de causes dont

IRRITATION

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nature est inconnue. Il est digne de remarque que , toules choses égales d'ailleurs , les irritations qui se développent sous l'influence des agens physiques ou chimiques sont les moins graves et les moins difficiles à guérir ; que celles qui sont produites par les causes ordinaires de maladies au milieu desquelles l'homme est incessamment plongé , ont plus de gravité et sont plus rebelles que les premières aux moyens thérapeutiques , et que les troisièmes , celles qui sont provoquées par des affections morales , sont les plus dangereuses et les jdus opiniâtres de toutes. Il est facile de se rendre compte de ces faits, en réfléchissant que les agens chimiques et physiques trouvent en général l'organisation parfaitement saine lorsqu'ils viennent à l'altérer, tandis que les autres causes l'ont presque toujours modiTiée profonde'ment , et long-temps à l'avance prépalée en quelque sorte à l'irritation, lorsque par une dernière impression elles viennent y déterminer le développement d'un état morbide. Dans le plus grand nombre des maladies , en effet , ou remarque f[u'il n'existe pas un rapport bien évident entre l'action de ces causes et les effets qu'elles produisent; tous les l'ours, par exemple , on voit naître des pl. urites , des pneumonites , etc. , dont lapparilion uest pas suffisamment expliquée parles causes c[u"on présume les avoir produites , et dont même , dans certains cas , on cherche eu \ ain à découirir les causes eflicientes. Quant aux irritations qui se développent sous l'inluence de ces agens dont la nature est inconnue , tels que ceux de la variole, Je la scarlatine , etc. , elles n offi ent d'autre particularité que d'avoir une marche déterminée et toujours la même.

Lhrruation naît, se dét^eloppe, s'accroît, se transmet , décroît , cl S'i dissipe, en obéissant aux mêmes lois qui président au développement régulier de l'action organique. Cela doit être , puisqu'elle n'en est que l'exagération. Ainsi l'action organique s'exerce sous l'influence des siimulans , et l'irritation naît sous leur action. La première s'harmonise dans tous les (issus par le moyen des sympathies, et la seconde s'étend et se transmet au loin par la même voie. L'action organique languit j)ar l'absence des excitans et par l'influence des sédatifs , et I irritation décroit et se dissipe dans les mêmes circonstances. Une exception apparente existe à ces Ibis pour l'action organique, et l'irritation la présente également; c'est ainsi que par l'action de certains agens sédatifs tels que le froid, la première s'exalte au point de contact par réaction , ou dans un point éloigné par un effet sympathique, et il en est encore de même de 1 irritation. Enfin, l'action organique varie en intensité dans les divers tissus , et si elle augmente dans l'un elle diminue proportionnellement dans d'autres, et c'est aussi ce qui a lieu pour l'irritation. Au reste , pourrail-il en être autrement ? n est-ce pas le même phénomène dans les doux cas, étudié seulement dans des degrés différens ?

^ Mais ce n'est pas seulement par la voie des sympathies que l'irritation s'étend et se propage. Circonscrite en général dans un petit espace à son début, tantôt on la voit s'étendre en irradiant tout autour du point d'origine, tantôt elle se propage eu se déplaçant ou en gagnant de proche en proche dans un seul sens ; d autres fois , enfin, elle traverse en quelque sorte l'épaisseur d'un tissu pour se communiquer à un autre qui lui est conligu. Ces trois modes de transmission , par irradiation, continuité, et contiguité , s'observent fréquemment isolés , et très-fréquemment aussi se montrent réunis dans une même irritation. Mais un fait bien digne de remarque c'est que l'irritation se propage dans tous les conduits, en suivant presque toujours la direction des corps qui les parcourent naturellement. Ainsi, l'irritation des veines ne fait en général des progrès qu en se dirigeant vers le cœur ; celle des artères se propage vers la périphérie ; celle des voies digestives descend de l'estomac vers les intestins ; celle des voies aériennes s'étend des fosses nasales au larynx , de celui-ci à la trachée, puis aux bronches et aux vésicules bronchiques. Il existe sans doute des exceptions à cette loi , mais elles ne font que la confirmer : car il est remarquable que lorsque l'irritation suit une progression contraire à celle que nous venons d'indiquer, elle est, toutes choses égales d'ailleurs, d'une bien plus grande gravité. Ainsi , par exemple , on sait que l'irritation qui remonte du colon aux mtesiins grêles et à l'estomac, est par cela même plus dangereuse que celle qui suit la progression inverse, et que les coryzas fréquens qui surviennent souvent aux phthisiques sans cause connue, sont plus tenaces et plus douloureux que ceux qui précèdent le développement de la bronchite. Cela devait être , car tout phénomène morbide qui sort de la règle commune est déjà grave par cette seule circonstance.

L irritation est toujours primitivement locale , jamais elle ne peut exister à la fois dans toutes les parties du corps. Mais elle peut occuper en même temps deux, trois et même un plus grand nombre d'organes. On remarque toujours alors que la souffrance de l'un de ce« organes domine et masque celle des autres. Duobus dolorihus simul existentibus , vehementior obsciirat alterum ( Hippocrate). Ce n'est que dans le cas où l'irritation est peu intense, que plusieurs travaux morbides paraissent pouvoir exister ensemble au même degré , et souvent même alors ils alternent de manière à dominer tour-à-tour pendant une durée indéterminée et même inégale pour chacun d'eux. Dans la règle , lorsque I irritation dominante est terminée, l'irritation dominée se réveille et parcourt ses périodes; dans l'exception, au contraire, toutes les irritations existant simultanément marchent et arrivent ensemble à la terminaison. Dans aucun cas il n'existe de maladies générales.

L'irritation trouble , dérange, affaiblit la fonction du tissu qu'elle occupe. Il semble, au premier abord , que l'action organique d'un tissu étant augmentée, sa fonction devrait s'exercer avec plus d'énergie. Mais il est facile de prouver que l'action organique des tissus n'a qu'une action éloignée sur l'exercice de leurs fonctions. Si l'estomac digère, par exemple , ce n'est pas parce que du

DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES,

sang et du fluide nerveux le pénètrent et en partent sans cesse , et parce que les molécules qui le composent se combinent et se disgrègent tour-h-tour, car les mêmes phénomènes se passent dans le poumon , le foie , les i-eins , etc. , et ces organes ne digèrent pas, ils ont chacun une fonction particulière : et en outre , ces phénomènes ne se suspendant jamais , la fonction devrait être continue , ce qui n'est pas. L'estomac digère parce que la matière animale y est arrangée en membrane muqueuse , musculeuse et séreuse, en villosités et en cryptes, parce qu'elle y est configurée en une espèce de sac , parce que cette poche, ainsi organisée, se trouve dans certains rapports avec d'autres organes , etc. Sa fonction , pas plus que celle d'aucun autre organe , ne dépend donc pas immédiatement de son action organique. Celle-ci n'exerce évidemment qu'une iiifluenee indirecte sur celle-là; et si, venant à s'exalter jusqu'au degré morbide , elle augmente quelquefois l'énergie de la fonction , cela est rare et ne peut pas faire loi; le plus ordinairement, au contraire, la fonction se trouble ou cesse rpiand l'action organique s'accroît. La raison en est que l'exercice d'une fonction ne peut être régulier qu'autant que l'organisation du tissu qui l'exécute reste dans son état normal. En effet , soit qu'un tissu reçoive trop peu de sang et que sa sensibilité s'émoussc , soit qu'il en reçoive trop et qu'il devienne trop irritable , le résultat est le même , il cesse de pouvoir remplir convenablement le rôle qui lui est destiné : un estomac enflammé, comme un estomac aslhéuié , ne convertit plus les alimeus en chyme. Il n'en serait certainement pas ainsi si l'exercice des fonctions dépendait immédiatement de l'action organique.

Si donc l'action organique n'a qu'une influence indirecte sur l'exercice des fonctions, il en résulte cette première conséquence , que son action ne doit pas accroître l'énergie de celles-ci. Mais elle produit, disons-nous , l'effet contraire. Pourquoi cela? C'est parce qu'un certain degré d'irritabilité ou la présence d'une certaine quantité de sang ou d'autres fluides sont, dans tout organe, deux des conditions nécessaires de l'exercice régulier de sa fonction. Que l'irritabilité s'accroisse au-delà de ce degré cjue nous ne pouvons préciser, que le sang ou d'autres fluides affluent trop abondamment sous l'influence des stimulans , la fonction doit nécessairement se troubler ou cesser, puisque quelquesunes des conditions indispensables pour sa régularité ou son exercice n'existent plus.

Une seule exception existe à cette loi : l'irritation que nous nommerons nutritive augmente toujours l'énergie de la fonction. Nous ne partageons donc pas l'opinion de M. Boisseau , qui dit que dans les tissus irrités , il y a sihénie île nutrilinn et asthénie de J'onclion ; il est trop évident que l'énergie de la fonction s'accroît toujours au contraire (|iKind la nutrition devient plus active.

L'irritation est susceptible de divi'rs degrés ^/'mfc«5i'ie. L habitude seule de l'observer peut apprendre à estimer ces degrés , car elle varie sous ce rapport chez la plupart des individus et dans les divers tissus. Cependant l'étendue qu'elle occupe, la force de la douleur qui l'accompagne, la quantité de fluides qu'elle appelle dans la partie , et l'énergie avec laquelle elle réagit sur les autres organes, peuvent servir à en faire apprécier l'intensité. Plus elle est étendue, plus elle est douloureuse, plus l'appel de fluides est considérable , plus les accidens éloignés qu'elle provoque sont graves , et plus elle est intense. Nous ne possédons pas d'autres mesures pour l'apprécier, et QHiSe borne en général à la distinguer vaguement en légère, moyenne et intense. Tout ce que l'on peut dire de la marche des maladies en général lui est applicable. Elle est donc flî'^'uë lorsqu'elle développe beaucoup de sympathies et qu'elle parcourt rapidement toutes ses périodes; chronique , dans les circonstances opposées; continue, quand elle marche sans interruption depuis le but jusqu'à la terminaison; intermittente, lorsqu'elle disparaît pendant un, deux, trois ou quatre jours pour revenir, s'évanouir encore , reparaître , et ainsi de suite d'une manière régulière et périodique un nombre de fois indéterminé; et rémiitenie, lorsqu'elle participe des deux types précédens, c'est-à-dire, lorsqu avec des symptômes continus elle présente des accès seaiblables à ceux des irritations intermittentes.

Uintensité de l'irritation dépend évidemment et de l intensité des causes et de V irritabilité des tissus. Lorsque les causes sonlfaibles et les tissus peu irritables, l'irritation est légère ou chronique ; elle est au contraire intense ou aiguë dans les circonstances opposées. On conçoit aussi qu'une irritation forte peut iiaîlre sous l'influence d'une cause peu énergique, lorsque celle-ci a agi sur un organe très-irritable , et qu'au contraire une irritation légère peut succéder à une cause intense , si son action a eu lieu sur des parties douées de peu d'irritabilitp,

La continuité est la forme sous laquelle l'irritation se manifeste le p lui ordinairement. On en a demandé la cause , elle nous parait simple. Un agent d'excitation vient à exercer son action sur un tissu, il y exalte l'irritabilité et y détermine un appel de fluides; c'est en vain qu'il cesse ensuite d'agir, la douleur persiste, entretenue par l'abord trop considérable et continu des fluides , comme celle-ci se continue par elle, en vertu de la loi ubi dulor, ibi fuxus (Hippocrate). Et cet enchaînement de cause et d'effet persiste , jusqu'à ce que l'art fasse cesser l'un des deux phénomènes en empêchant l'autre , ou jusqu'à ce qu'ils s'affaiblissent et s'usent pour ainsi dire d'eux-mêmes.

Toutes les irritations que ion observe sous forme continue peuvent exister et existent en effet sous forme intermittente. Mais les causes de l'intermittence de l'irritation ne sont pas aussi palpables que celles de sa continuité. Cependant elles ne sont pas mystérieuses , comme on l'a répété tant de fois. Nous pensons, 1o que ce sont [presque toujours des causes intermittentes dans leur action qui préparent h'S irritations offrant ce caractère ; 2» que ces irritations sont favorisées dans quelques organes par l'intermittence de leurs fondions ; 3" que ce

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sont presque toujours dus causes intcrmiltenles qui les font naître; ^° que tantôt la persistance des causes , tantôt l'influence de Vhabitude , et souvent ces deux actions réunies les entretiennent ; 5" enfin , que les irritations intermittentes qui ne dépendent pas des causes précédentes , doivent ce caractère à une circonstance qui les accompagne. M. le professeur Boaillaud a exposé dans son article Fièvhe les preuves que nous avons données tie toutes ces assertions.

L'irritation est susceptible de six mndflcalions principales. En d'autres termes, les phénomènes locaux qui accompagnent l'irritation la montrent seulement sous six aspects différens bien appréciables. Dans le plus grand nombre (les cas, la partie qui en est le siège est douloureuse , elle s echautle , se gonfle et rougit par I abord plus considérable du sang dans le système capillaire qui lui est propre : on aj)pelle celle forme de l'irritation inflummalionj phlcgmasie. Quelquefois le tissu douloureux , chaud et tuméfie , laisse échapper le sang par sa surface ou au milieu de sa substance •. celte autre forme de l'irritation a reçu le nom A'héniorrhagie. Dans d'autres circonstances , la douleur est peu vive , la chaleur à peine augmentée, le tissu ne se colore pas en rouge , mais il se tuméfie et prend une couleur blanche homogène; i! offre en un mot un aspect tel, qu'il semble que les fluides blancs aient seuls pénétré son système capil- 1. lire, de même que dans l'inflammation , le sang seul parait y aborder : cette troisième forme de l'irritation est appelée suh-inflammation. Quelquefois le tissu est seulement douloureux ; il ne s'y manifeste ni changement de couleur, ni augmentation de volume appréciables , et , loin d'être accrue , la chaleur est quelquefois au-dessous de l'état normal : on nomme névrose cette quatrième forme de l'irritation. Dans quelques cas, l'irritation, à peine élevée au-dessus du degi-é physiologique, borne ses effets k augmenter à l'excès , par sa continuation , la nutrition du tissu où elle siège ; on la nomme alors irritation nutritive. Enfin, elle ne se manifeste quelquefois que par la sécrétion du tissu qu'elle occupe; on la distingue, dans ce cas, par l'èpitliète de sécrétoire. L'inflammation est donc : V irritation avec appel plus considérable de sang que des autres fluides; 1 hémorrhagie , l'irritation avec issue du sang à la suiface ou dans la substance des tissus ; la sub-inflammation , l'irritation avec appel plus considérable de fluides blancs que de sang ; la névrose, l'irritation sans appel appréciable de fluides, et paraissant , par conséquent , bornée aux seules extrémités nerveuses. Les irritations nutritive et sécréloiie n'ont pas besoin d'être dcL'nies. Nous ne disons pas cpie l'inflammation ait son siège dans les capillaires rouges, la sub-inflammaliun dans les capillaires blancs, la névrose dans les capillaires nerveux, l'irritation sécrétoire dans les vaisseaux sécréteurs , cela nous semble hypothétique. Dans un tissu irrité, vaisseaux blancs, extrémités nerveuses et capillaires sanguins , sont également le siège de l'irritation , puisque l'action de tous est augmentée ; mais l'appel du sang ou celui des liquidi;s blancs, ou la douleur, prédominent, et ce sont ces différences que nous constatons.

Tous ces phénomènes morbides ne sont bien évidemment que l'exagération des phénomènes jiliysiologiques ; ils ne diffèrent de ceux-ci que par le degré ; et , ce qui le prouve, c'est que des uns aux autres la transition ne peut pas être saisie, et qu'il est toujours difïiciïc, pour ne pas pas dire plus, de poser la limite où les phénomènes physiologiques finissent , et de fixer le point où les phénomènes morbides commencent. Ainsi, de la coloration normale des joues la transilion à l'inflammation est insensible ; elle l'est encore de la nutrition normale à l'hypertrophie, du flux menstruel à l'hémorrhagie , de la sueur ordinaire à la sueur morbide, et de l'action nerveuse régulière à la névrose.

11 ariive fréquemment que ces formes diverses de l'irritation se succèdeiit, se remplacent, se confondent, que l'inflammation succède à la névrose, 1 hy- })crlrophie à l'inflammation , etc. , et quelquefois que l'on ne peut pas les distinguer entre elles; mais il suffit que , dans le plus grand nombre des cas , on les observe chacune avec ses signes propres , et réclamant ses indications curatives spéciales, pour justifier, pour commander même leur séparation dans l'étude, llcmarquons d'ailleurs que les caractères qui les distinguent sont bien tranchés dans les degrés élevés cl moyens d intensilé, et qu'ils ne s'efTacent que «lans les nuances les plus rapprochées de l'état de sanlé , c est-à-dire au point commun de départ , l'irritation.

N'y a-t-il entre toutes ces formes de l'irritation que des différences de degré? Pour résoudre ce problème par l'aflrrmative , il faudrait pouvoir graduer i'in italion , et cela ne se peut pas. En spéculation, on peut bien dire que l'irritation nutritive occupe le bas de l'échelle , riiritation sécrétoire le second degré , 1 irritation héinorrhng.que le troisième , l'irritation nerveuse le quatrième , et l'irritation inflammatoire le sommet. Mais quand , interrogeant les faits , on vient à voir des irritations inflammatoires aussi sourdes et aussi latentes que des irritations nutritives; quand on remarque qu'une irritation qui s'accroit leulemciit jusqu'au degré inflammatoire ne passe jamais, ou presque jamais, par les iovmes, nutritive, sécrétoire, etc., ce qui devrait toujours avoir lieu si ces irritatious n'étaient que des degrés divers d'un même état morbide ; quand on remarque encore qu'une inflammation, en décroissant lentement, ne devient pas successsivemcnt une hémorrhagie, une irritation sécrétoire, et enfin une hypertrophie; enfui , quand on observe fréquemment réunies dans un même point î'é'morrhvV'"" "^^'■'^'^ et ""6 inflammation, une inflammation et une •<a'e , une irritation sécrétoire avec une névrose ou une phleginasie , etc., ce qui n'aurait jamais lieu si ces états morbides n'étaient que des aegrcs les uns des autres, on ne peut plus prétendre qu'il n'existe entre eux que des dincrenccs de degrés. Ce sont autant de formes particulières de l'irrilalion , qui di pendent de ce que l'action organique étant une action très-complexe, peut. cvalUr dans chacun des actes qui la composent, ou s'exalter dans plu-

sieurs, ou enfin dans tous à la fois. Mais il est évident quela nature de l'irrilalion ne change pas pour cela ; elle consiste toujours dans l'augmentation de l'aclion organique , seulement elle est modifiée dans son mode de manifestation.

Ainsi donc, à siège unique ou multiple, légère , moyenne , intense , aiguë, chronitjue, continue, intermittente, rémittente, inflammatoire, liémorrbagique, siib inflammatoise , nerveuse , nutritive et sécrétoire, tels sont les principaux modes de l'irritation. De là résultent les différences les plus nombreuses de la très-grande majorité des maladies. Que l'on ajoute à cela les modifications que viennent apporter la diversité de texture des tissus, les tempéramens , les iiliosyncrasies , les âges , les sexes , les climats , les saisons , etc. ; que l'on réfléchisse aux nombreuses combinaisons des symptômes que peuvent produire foules ces circonstances, et l'on concevra sans peine alors comment l'immense variété des maladies que la classe des irritations réunit, n'est qu'apparente quant au font, et m'empêche pas qu'elles aient toutes la même nature, qu'elles reconnaissent toutes pour cause prochaine \ irritation. Zeloaiy\v\ coup d'œil sur les modifications principales que ces circonstances lui impriment.

L'irritation bornée à un seul tissu, si elle est en même temps légère ou chronique , ne trouble en général que la fonction de ce tissu. Elle n'a donc qu'un petit nombre de symptômes, et ils peuvent être tellement obscurs qu'il soit difficile de remonter à leur source. ( Fojez Diagnostic.) Si elle est intense ou aiguë, au contraire, elle se transmet h divers points de l'économie, en vertu des liens qui unissent entre eux tous les organes, elle trouble plusieurs fonctions , et se manifeste , au dehors par une foule de symplômes variés. {Voyez Sympathies.) Elle se comporte alors comme dans le cas on il existe plusieurs irritations en même temps ; c'est qu'en effet, dans l'un comme dans l'autre cas , elle occupe plusieurs tissus à la fois.

L'irritation aiguë' et continue peut ofifrir : au début, le frisson ; h sa terminaison, les sueurs; pendant son cours, les périodes daugment , d'état et de tiécliu ; mais elle peut aussi ne présenter ni le premier ni le second de ces phénomènes, ou bien ofl'rir l'un et pas l'autre , ou bien encore être accompagnée de sueurs et de frissons alternatifs pendant son cours ; elle peut manquer Je période d'auginent , ou d'état, ou de déclin. Intermittente , elle est susceptible de revêtir tous les types ; l'accès peut ne consister que dans un long frisson, ou n'ofl'rir que la période tIe chaleur, ou ne présenter que celle de la sueur. Rémittente enfin, elle revêl toutes les formes précédentes. De là des modifications sans nombre dans son mode de manifestation , mais qui ne changent rien à sa nature. Enfin , elle est modifiée dans sa nature même et dans quelques-uns de ses symptômes parle fait d'être inflammatoire, hémorrhagique , sub-inflammaloire, nerveuse, nutritive ou sécrétoire. Mais les modifications les plus nombreuses et les plus imporfantes de l'irritation sont celles qu'elle reçoit de la diversité des tissus ; celles-là constituent les espèces , établissent les différeuces fondamentales entre toutes les irritations , et déterminent leur siège ; leur histoire est celle de toutes les maladies, et ne saurait être faite d'une manière générale. Cependant cjuelques développemciis sont ici nécessaires.

Seize tissus , combinés deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, forment tous nos organes. On les nomme cellulaire, nerveux, vasculaire sanguin , lymphalicpie, cutané, rauqueux, séreux, synovial, glandulaire, musculaire, fibreux, cartilagineux , fibro-cartilagineux , osseux , épidermoide, et pileux. Tous n'ont pas la même importance. Les quatre premiers sont élémentaires. Les ilix suivans sont des tissus composés , résultant toujours de la combinaison des premiers. Les deux derniers enfin sont presque inorganiques. Outre cette distinction des tissus en élémentaires, composés et inorganiques, on devrait peut-être,'" en anatomie générale , considérer le tissu cellulaire comme le système générateur; le nerveux , comme le système animateur; les tissus sanguin et lymphatique , comme systèmes nourriciers , etc.; mais la première division suflità' noire but.

Ces tissus sont loin d'être également impressionnables à l'action des causes ,■ parce qu'ils ne sont pas doués de la vie au même degré. Il résulte de là , nonseulement qu'ils ne contractent pas l'irritation avec la même facilité , mais encore , comme nous venons de le dire, qu'elle reçoit de chacun d'eux des modifications particulières. Ainsi, très douloureuse en général à la peau , rapide dans sa marche , et facile à guérir, on la voit au contraire presque toujours indolente dans les os, de marche lente, et d'une opiniâtreté remarquable ; et dans chaque tissu elle présente de la sorte quelque modification particulière en rapi)ort avec la vitalité de ce tissu.

Les systèmes cellulaire , nerveux , vasculaire sanguin et lymphali([ue sont répandus dans toule l'économie , et il n'est pas d'organe dans lequel on ne les retrouve ou dans lequel on ne soit forcé d'en supposer l'existence ; le ilernier seul paraît présenter quelques exceptions. Diversement combinés , ils forment la trame de tous les autres tissus , excepté l'épidermoide et le pileux. Ils sont doiic , comme nous l'avons déjà tlit, les tissus élémentaires de l'organisation. Mais , hors des parties qu'ils concourent à former, ils constituent des systèmes isolés , susceptibles de maladies propres, et surtout d'irritations.

De la prédominance de l'un des trois systèmes, nerveux, sanguin et lymphatique, naissent les tempéramens simples, et de la sur-activité de deux d'entre eux ou de tous les trois, chez le même individu, résultent les tempéramens mixtes. La prédominance du tissu cellulaire ne conslitue pas un tempérament particulier. Il n'entre pas dans notre objet de tracer les caractères de ces prédominances , tant qu'elles ne s'élèvent pas au-dessus du degré qui les rend compatibles avec la santé. Jusque là elles sont du domaine de la physiologie. Mais souvent elles deviennent fortes à ce point de constituer en quel((ue sorte un état intermédiaire à la santé et à la maladie , et de former fréquemment le passage de

IRRITATION. ( 1331

l'une à l'autre ; ou les désigne alors sous les noms A'ohésiié , exaltation ner- | veuse ou irritabilité exccssii^e , pléthore sanguine, et pléthore Ijmphatic/ue. (yojez ces mots.)

[ Plus l'organisation d'un tissu est compliquée , et plus , en général, il est ex- .posè aux irritations. Aussi les tissus muqueux et cutané nous en fournissent-ils à eux seuls nu plus grand noQibre d'exemples que tous les autres réunis. \.a système osseux semble, au premier abord , t'iiire exception à celte loi ; mais ou s'aperçoit bientôt que cette exceplîôii n'est qu'apparente, et que si beaucoup d'élémcns entrent dans sa composition, ceux qui en forment la masse sont entièrement inorganiques ,;,et étoulFent, pour ainsi dire, la vitalité des autres sous leur impassibilité.

• La prédominance ou l'excès d'activité de chacun des tissus composés conslijtuent les idiosyncrasies , et , par conséquent , la plupart des prédispositions. 'C'est parce que la peau est plus irritable chez tel individu , les membranes muqueuses chez tel autre , le système glandulaire et le foie en particulier chez celui-ci, le système musculaire chez celui-là, le tissu libreux chez un cinquième, ;que, soumis à l'action d une même cause , ces individus conti-aclent l'irritation dans des parties différentes. Il doit donc exister des idiosyncrasies cutanées, muqueuses, hépatiques, musculaires, articulaires, dont on devrait s'appliquer à reconnaître les caractères, comme on l'a lait pour les tempéramens. La finesse, la blanciieiiret l'exquise sensibilité de L» peau, seraient sans doute les j>rincipaux caiactères de la première; l'abondance des sécrétions muqueuses, ■nasales , pulmonaires et gastro-intestinales caractn itéraient en partie la se- Icomle ; la sécrétion abondante de la bile, des cheveux bruns , une peau foncée en couleur, et prenant fréquemment une légère teinte jaune , etc. , en un mot, les caractères assignés jusqu'ici au tempérament bilieux, seraient ceux de la troisième ; les signes du tempérament athlétique des auteurs deviendraient ceux de l'idiosyncrasie musculaire, etc. Faut-il ajouter que les sysISMcs séreux, synovial, cartilagineux, tibro-cartilagineux et osseux, exercent trop peu d'inifluence sur le reste de l'organisme pour que leur prédominance puisse se faire [sentir et constituer des idiosyncrasies ? Au reste, cette matière est obscure; le flambeau de la physiologie nouvelle n'en a pas encore pénétré les ténèbres.

Nous ne dirons rien des tissus épidermoide et pileux; k peine appartiennentils au domaine de la vie.

Irritation sympathique ou Sympathies. L'action de cha([ue organe est liée , tians l'ordre physiologique, à celle de tous les autres. Sans cet enchaînement , ipoint d harmonie , point d'ensemble , point de vie. Consensus unus, consentientia omnia , disait Hippoerate. Mais les rapports par lesquels s'enchaîne ainsi f action de tous les organes deviennent surtout évidens dans les maladies : dès Iqu'un organe souffre à un certain ilegré , il en associe plusieurs autres à sa [souffrance. Celte liaison , cet enchaînement d'action , ces rapports entre tous les organes dans l'état de maladie, ont reçu le nom de sj mpalhies. , L'irritation reste donc rarement renfermée dans le tissu où elle a piis naisjsance. Assitôl qu'elle acquiert une certaine intensité , variable suivant les indi- |vidus, l'action organique d'un plus ou moins grand nombre de tissus augmente; :ils s'irritent , ils sympathisent , ils soujfrent ai'ec ( juv irarcg) le tissu ou l'organe [primitivement afi'cclé.

^ Les sympathies morbides sont les mêmes que les sympathies physiologiques ^ \eUes obéissent par conséquent aux mêmes lois. Si comme nous croyons l'avoir démontré, l'irritalion n'est pas autre chose que l'augmentation de l'action organique , les sympathies qu'elle fait naître ne peuvent être que la manifestation ides rapports cachés , mais incontestables , qui unissent tous les organes entre jeux. Pourrait-il en être autrement, et le sens conimun ne dit-il pas que ce itloivent être les mêmes organes c[ui sont associés d'action dans l'état normal-, Iqui sympathisent et souffrent de concert lorsque l'un deux est malade ? Les sympathies morbides sont donc évidemment les mêmes que les sympathies physiologiques. Une foule de faits vient à l'appui de cette vérité. Ainsi , l'excitation physiologique de la membrane pituitaire par un slernutatoire provoque les contractions du diaphragme et l'éternuement , et l'irritalion de cette memfbrane dans le coryza produit le même phénomène ; l'excitation physiologique jilcs alimens sur la membrane buccale détermine la sécrétion de la salive , et il irritaiion de ce même tissu dans la stomatite fait aussi pleuvoir la salive dans tia bouche ; l'excitation normale de l'estomac , pendant la digestion , active les [contractions du cœur, échauffe la peau , etc., et l'irritation de cet organe dans |la gastrite accélère le pouls et augmente la chaleur cutanée; l'excitation de la [vessie par la présence de l'urine provoque la démangeaison dti gland qui avertit jidu besoin d'uriner, et l'irritation de cet organe par un calcul fait naître le même ^phénomène, etc., etc. Mais il arrive souvent aussi que l'on ne retrouve pas 1 dans l'état physiologique certaines sympathies qui s'observent dans les maladies. Cela ne doit pas surprendre. Dans l'exercice bien régulier et bien paisible :des fonctions , les rapports sympathiques de la plupart des organes ne s'aperçoivent pas, car, comme nous ne sentons pas dans ce cas les fonctions s'exercer, les liens qui les enchaînent doivent également nous rester inaperçus. Or, il est certains organes dont les fondions s'exercent toujours de la sorte à notre insu, et dont par conséquent les rapports sympathiques avec d'autres organes nous ■échappent, tel est le rein , par exemple; mais ces rapports n'en existent pas monis , c'est l'état pathologicfue qui nous les révèle , et il n'est pas raisonnable de prétendre que devenus évidens ils sont d'une autre nature que lorsqu'ils jetaient cachés. L'analogie avec ce qui se passe dans le plus grand nombre des

iicas, et le raisonnement, nous démontrent le contraire. Plus Vindividu est irritable , l'irritation de L'organe intense , sa propre irriabiltté vife , et le rôle quil remplit dans l'économie important , et plus les

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sympathies sont nombreuses et prononcées ; on , en d'autres termes , le nombre des organes qui partagent la souffrance de celui i/ui est primitivement affecté et l'énergie ui^ec laquelle ils témoignent leur participation ci sa douleur , sont en raison de son importance physiologique , de son irritabilité propre , de L'intensité de L'irritation dont il est le siège , et de l'irritabilité générale de V individu.

Telle est la loi la plus générale des sympathies. Leur nombre et leur intensité sont, disons-nous, en raison : 1" de l'irritabilité des individus. Ainsi, chez les enfans, les femmes, et les individus très-irritables , l'irritation la plus légère suffit souvent [)our faire naîtie un grand nombre de sympathies; tandis que chez les vieillards et les sujets peu impressionnables, l'irritalion la plus violente détruit parfois un organe sourdement et sans que les autres semblent participer à sa souffrance. 2» En raison de l'intensité de l'irritation. Cette circonstance influe davantage sur l énergie des sympathies que sur leur quantité , parce qu'il est un nombre à-peu-près déterminé de sympathies pour l'irritation de chaque organe, que la plus intense ne peut faire dépasser ; cependant une irritation légère provoque moins de sympathies qu'une plus intense , et ainsi de suitejusqu'k un certain degré- Ce que nous disons de l'intensilé de l'irritation est également vrai de son élat d'acuité ou de chronicité ; toutefois une irritation chronique peut conserver encore un degré d'intensité assez marqué et ne plus exciter (.hî sympathies , parce que son influence sur les autres organes diminue et s'épuise , pour ainsi dire , par le temps. Mais l'énergie de sympathies est bien, dans le plus grand nombre des cas, en rapport avec le degré des l'irritation : plus celle-ci est violente , et plus la participation qu'y prennent les autres organes est forte et vivement exprimée , et vice versa. La souffrance de l'un ou de plusieurs de ceux-ci peut même s'élever au point de dominer l'atrection primitive , et peut persister après qu'elle est dissipée. Il existe toutefois une exception à celte règle : dans quelques cas d'irritation excessivement intense dans un organe très-influent, il n y a pas de sympathies provoquées ; il semble que la douleur de 1 organe iiiité y concentie 1 action et enchaîne celle de tous les autres. S" En raison de l'irritabilité de l'organe. Au degré près , l'irritabilité de l'organe influe comme son irritation sur le nombre et l'intensité des sympathies. 4" Enfin , en raison de l'importance de l'organe irrité. Le système nerveux est de tous, celui (jui provoque le plus grand nombre de sympathies ; la membrane muqueuse des voies digeslivcs tient le second rang ; le cœur vient ensuite ; puis la peau , les poumons , les membranes séreuses, les articulations , l'utérus, les testicules , les reins, la vessie , le foie , les muscles , les cartilages. Le pancréas, la rate, la thyroïde et les os, soiitaubasde l'échelle etsur la même ligneà-peuprès. Nous ne parlons pas de l'épiderme et des poils ; ces tissus presque inorganiques sont à peine susceptibles de maladies , et n'exercent aucune influence sur les autres organes.

L'action sympathique des organes est réciproque. Ce sont ceux qui provoquent le plus grand nombre de sympathies qui en reçoivent le plus. Ainsi , le cerveau perçoit la douleur de toutes les autres parties. Mais cet organe , chargé par la nature de ses fonctions de transmettre toutes les irritalions sympathiques qui lui parviennent, doit à celte fonction même de ne conserver que j-arcment dans sa substance l'irritation communiquée, il la dissémine pour ainsi dire aussitôt par toute l'économie. La céphalalgie est très-souvent le seul signe qui atteste sa participation à la souffrance d'un autre organe. Cependant il arrive quelquefois qu'il s'irrite sympathiquemenl assez fortement pour produire le délire et les convulsions , cela arrive surtout chez les enfans , lés femmes, et les individus très-irritables, et.^ ce qu'il ne faut pas perdre de vue dans la pratique, presque toujours a l'occasion de la phlegmasie de la membrane muqueuse gastro-intestinale , et rarement par la phlegmasie des autres organes. De sorte que lorsque le délire elles convulsions existent avec une inflammation du poumon , par exemple, presque toujours l'affection cérébrale est indépendante de celle du poumon ; il y a seulement simultanéité des deux maladies , tandis que quand ces phénomènes accompagnent une phiegmasie gastro-intestinale , ils dépendent au contraire le plus ordiiiairement de celle-ci. Cela tient à ce que les voies digestives exercent une bien plus grande influence sur le cerveau que le poumon et les autres organes. Il n'est pas sans exemple cependant de voir le délire et les convulsions sympathiquemenl e.^cités par l'inflammation du poumon , et ils sont quelquefois indépendans d'une phlegmasie gastro-intestinale co-existante, mais ce sont les exceptions. Les douleurs très-vives , comme celles de la néphrite calculeuse , celle des phlegmasies articulaires , ainsi que les blessures des membres lorsqu'elles intéressent plusieurs troncs nerveux et qu'elles les ont dilacérés , provoquent quelquefois aussi du délire et des convulsions sympathiques qui cessent immédiatement avec ces causes. Les convulsions surviennent souvent après les grandes pertes de sang , mais on ne peut plus les considérer alors comme un phénomène sympathique.

La membrane muqueuse des voies digestives , sans recevoir autant d'influences sympathiques que le cerveau, s'irrite sympathiquemenl bien plus fréquemment que cet organe. Toute imflammation vive de la peau , du tissu cellulaire , des muscles ou des articulations , les plaies graves de ces parties , les grandes opérations pratiquées sur les membres , et l'inflammation de tous les autres organes , agissent sur le cerveau , puisqu'il y a douleur perçue , sur le cœur, puisqu'il accélère ses contractions , comme nous le verrons plus loin ; mais elles agissent surtout sur les voies digestives , ou plutôt, la membrane muqueuse qui revêt ces parties s'enflamme plus facilement sous leur influence que ces deux organes. Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer pourquoi cette membrane jouit de ce fâcheux privilège , nous devons seulement constater le fait. Or , dans les circonstances indiquées, tanJds que le cerveau et le cœur ne témoignent leur

IRRITATION

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parlicipation à In soiifTiance éloignée que par la céphalalgie cl la fiéijuence du pouls, on voit presque toujours l'appétit se perdre , l'épigastre devenir chaud et douloureux , des nausées se déclarer , la langue rougir à ses bords et à sa pointe , une soif vive se faire sentir; en un mot, tous les symptômes qui annoncent l'inflaramation de la membrane muqueuse des voies digeslives se manifester. Développé à la suite des plaies graves et des grandes opérations, ce groupe de symptômes a reçu le nom de fièvve tiaumatique. La lièvre traumatique est donc le plus ordinairement une irritation gastro-intestinale sympathique. Au début et tant qu'elle est légère , il suftit pour la faire cesser de détruire l'irritation extérieure qui la provoque; mais presque toujours elle acquiert prompteraent le caractère inflammatoire, et dès-lors elle réclame des indications spéciales.

Le creurressent avec la plus grande promptitude l'irritation de tous les autres organes; ses contractions en sont modifiées, accélérées, rendues irregulières , etc., et le pouls indique fidèlement toutes ces modifications ; aussi cette sympathie est-elle celle qui fournit le plus de lumières au diagnostic. Dans l'état de santé, le pouls bat à-peu-près cent fois par minute chez les enfans , quatre-vingts à l'époque de la puberté, soixante-dix chez les adultes, et soixante chez les vieillards. Lorsque les pulsations sont plus nombreuses que nous venons de l'indiquer, le pouls est dit fivcjuent; il est rare dms le cas contraire; on appelle plein celui dans lequel l'artère se développe beaucoup sous les doigts, et les pouls grund , développé , large , expriment le même état de l'artère ; on appelle petit au contraire celui qui ne frappe le doigt que dans une trcs-pclile étendue ; on nomaie dur, raide, tendu , vésistant , celui qui frappe le doigt en produisant l'impression du choc d'un corps dur et qui résiste à la pression ; mou , le pouls qui se laisse facilement déprimer \fovt, celui qui est plein et dur en même temps -^faible , celui qui est petit et mou ; serré , le pouls petit et dur ; vibrant , celui dans lequel l'artère semble vibrer sous les doigts à la manière d'une cortle ; vif' , celui dont les pulsations sont rapides et instantanées ; lent ^ celui dans lequel l'artère ne se (iéveloppe sous le doigt qu'avec lenteur; régulier , celui dont les baltemens reviennent à des intervalles égaux ; j/ve'^u- /i'e/'^ celui dont les battemens sont séparés par des intervalles inégaux; intermittent , le pouls dans lequel une pulsation parait manquer de temps en temps; intercidenl , celui au contraire dans lequel une pulsation se fait sentir entre deux autres régulières; égal, celui dont toutes les pulsations sont de même force et de même fréquence; inég(,l, celui qui ofl're l'état contraire. Telles sont les principales modifications du pouls. Quelques auteurs en admettent un bien plus grand nombre ; mais celles que nous venons d indiquer sont les seules bien appréciables. En général, le pouls cai plein lorsque l'irritalion occupe un laisceau considérable de vaisseaux capillaires sanguins; petit et serré , lorsqu'elle a son siège dans un lissu membraneux et dans les névroses. ( Fojez Pouls. )

Mais parmi ces modifications du pouls , il en est une qui les domine toutes, qui se présente dans la très-grande majorité des irritations, et susceptible d'être appréciée avec beaucoup plus de précision qu'aucune autre; nous voulons parler de sa fréquence. Elle donne en général la mesure assez exacte de l intcnsité de l'irritation, et lorsqu'elle augmente ou diminue , alors même que tous les antres symptômes restent les mêmes , elle est le signe non équivoque de l'augmentation ou de la diminution de l'irritation qui l'excite. Ce phénomène sym- ])athi(jue est presque toujours accompagné de l'augmentation de la chaleur, et c'est à la réunion de ces deux sympathies que l'on a donné le nom de Jievre. En effet , tout médecin qui , en abordant un malade , trouve le pouls fréquent et la peau chaude, prononce qu'il y a de la Jièi>re. La fièvre est donc le mot par le([Mel on exprime L'accélération des contractions du cœur et ^augmentation de It: température naturelle du corps, provoquées sympathiquement par l'irritation d'un organe quelconque. Nous i 'xsom provoquées sj mpnthiquenient ; car , si , par un examen ultérieur , le médecin vient à s'apercevoir cjue l'accélération des contractions du cœur dépend d'un état morbide de cet organe lui-même, il modifie son premier jugement: à ses yeux, le malade n'a plus la fièvre , il est atteint d'une maladie de cœur dont il lui reste à déterminer la nature. ( Foyez

FlÈVIlES. )

Telle est l'action sympathique que tous les tissus exercent sur le cœur. Probablement celle que cet organe exerce à son tour sur toutes les parties de l'économie n'est pas moins grande ; mais nous ne pouvons que le supposer , l'irritation et l'inflammation de son tissu n'étant pas encore bien connues.

La pe.iu ressent aussi i'influence sympathique de jjlusieurs organes, mais non pas de presque tous , comme le cerveau , la membrane muqueuse gastrointestinale , et le cœur. Le système nerveux tout entier, deux membranes séreuses , savoir la plèvre et le péritoine , les reins et les articulations, sont les parties dont elle reçoit et sur lesquelles elle exerce le jibis d'influence. Ces sympathies particulières ont été déjà ou seront étudiées à l'occasion des irritations de toutes ces parties, nous ne nous occuperons ici que de trois phénomènes dont elle semble le théâtre , savoir : la chaleur, le frisson et la sueur.

La chaleur ne peut pas être considérée comme un phénomène sympathique propre à la peau. Nous ne pouvons l'apprécier que sur cette membrane, il est vrai; mais il est probable qu'il s'étend à la plupart des organes principaux, et il parait d'ailleurs sous la dépendance absolue de la circulation. Plus celle-ci est accélérée, plus la chaleur est considérable ; quand le pouls est lent , elle s'abaisse au-dessous de l'état normal ; jamais on n'observe d'augmentation de température sans fréquence du pouls. L'augmentation de la chaleur ]>araît doue être un effet purement physique ou chimique , plutôt qu'un phénomène .sym-

pathique ; au moins est-il probable que tout le système capillaire en est le siège , et non la peau spécialement.

Nous en dirons à peu près autant du frisson. Ce phénomène accompagne l'invasion de presque toutes les irritations violentes qui surviennent tout h coup. On sait qu'il consiste dans une sensation généi'ale de froid , subite , quelquefois passagère, souvent de la durée d'une à plusieurs heures, accompagnée de pâleur et constriction de la peau, et de l'érection des poils qui la recouvrent. Dans l'état de santé, on l'observe: 1° au commencement de la digestion; 2° sous l'influence d'une impression morale, et principalement de celles qui sont accompagnées d'horreur; 3° à l'occasion d'un froid vif extérieur. Il accompagne donc toujours les deux phénomènes physiologiques suivans : diminution de l'action vitale à la peau , concentration de cette même action sur un ou plusieurs organes, soit que l'un de ces phénomènes soit primitif, soit l'autre. Or, dans les maladies, le frisson, qui ne peut être que l'exagération de ce qu'il est en santé , doit encore être accompagné de ces deux jihénomènes, et chaque fois qu'on l'observe, on ne peut pas douter que l'action organique ne s'exalte dans un ou plusieurs organes. Sous ce rapport , il est donc un signe précieux ; mais ce n'est plus un phénomène sympathique de même ordre que ceux que nous avons étudiés jusqu'ici ; c'est une sympathie en quelque sorte passive , qui n'est que le plus haut degré de la diminution d'action organique de la peau, à l'occasion d'une irritation intérieure violente et subite. Le tremblement des muscles et le claquement des mâchoires sont des phénomènes nerveux qui l'accompagnent souvent , et en sont alors les effets ; mais ils existent souvent sans lui dans les irritations nerveuses de l'encéphale.

La sueur est un phénomène sympathique de même nature, mais inverse. Dans l'état de santé comme dans celui de maladie, elle accompagne presque toujours la diminution ou la cessation d'une excitation intérieure; elle en est l'indice. Aussi une sueur aboniiante qui survient dans le cours d'une irritation aiguë , est-elle toujours d'un favorable augure. Il n'en est pas de même dans les irritations chroniques du poumon ; dans ce cas elle est toujours un mauvais signe.

Enfin , il est encore un phénomène sympathique commun à presque toutesles maladies, c'est la diminution des forces musculaires ou lafaiblesse. Elle a lieu en vertu de cette loi de l'économie, par laquelle l'action vitale diminue dans une partie en proportion de ce qu'elle augmente dans une ou plusieurs autres. Plus les irritations sont intenses, et plus la faiblesse musculaire est en général considérable; elle se manifeste aussitôt que l'irritation commence ^ elle cesse ou diminue aussitôt que celle-ci disparaît; elle ne diffère donc en rien des autres sympathies passives : comme symptôme, elle n'est, en général» que d'une importance très-secondaire.

L'irritation sympathique est de même nature que l'irritation primitive . Ainsi, aussitôt qu'une irritation sympathique s'élève au degré morbide, elle prend lecaractère inf amnialoii-e si elle émane d'une inflammation, le caractère hémorrhagique si elle est produite par une hémorrhagie ; elle est sub-inflamraatoire si l'irritation primitive est une sub-inflammalion; elle est nerveuse, si c'est une névrose qui la provoque , etc. C'est par cette loi"que s'établissent les dinihèses. Une t. diathèse n'est donc autre chose que la reproduction, dans plusieurs points de, i sympathie, d'une irritation de la même nature que l'irritation primitive. Il i, existe donc cinq espèces de diathèses d'irritation , la dialhèse inflammatoire , ht >. diatlièse hémorrhagiquc , la dialhèse sub -inflammatoire , la diathèse nerveuse , ■ la diatlièse d'irritation sécréloire , et la diathèse d'irritation nutritive. [Voye:^ Diathèse.)

Cette loi offre peu d'exceptions tant que les irritations sympathiques no sortent pas du système organique dans lequel s'est développée l'irritation primitive; elle s'étend même jusqu'à la forme qu'y revêt l'irritation. Ainsi une: phlegmasie dartreuse qui se répète dans les divers points du système cutané conserve partout sa nature; l'irritation hémorrhagiquc ou nerveuse d'une^ membrane muqueuse ne provoque en général que des hémorrhagies ou des névroses dans les points de sympathie du même système, enfin, la ivhri inflammation de quelques ganglions lymphatiques ne détermine que la su% inflammation des autres ganglions, et quant à la forme même de l'irritatiom on voit l'irritation dartreuse conserver partout la sienne ; la phlegmasie d'ui membrane séreuse, avec ou sans épancliement de sérosité, provoquer dans V autres séreuses des inflammations avec ou sans hydropisie; la sub-inilammatio prompteiuent désorganisatrice dans le siège primitif, être suivie d'une désorga nisation rapide dans les ganglions syrapathiquement irrités , etc. , etc.

Mais les exceptions commencent à devenir nombreuses lorsque l'irritalio sympathique a lieu sur un autre système organique que l'irritation primitive La différence d'organisation des tissus les rend plus ou moins propres à contracter tel mode d'irritation que tel autre , cl modifie par conséquent celle qu leur est communiquée. Ainsi les inflammations de la peau et des membrane muqueuses déterminent souvent des sub-inflammations sympathiques dans le ganglions lymphatiques correspondans ; une phlegmasie pustuleuse de la peai n'ofl're que rarement, et peut-être jamais ce caractère, sur la membrane mu queuse à laquelle elle est transmise; une névrose dans celle-ci provoque un inflammation dans le cerveau , et réciproquement.

Enfin , il existe quelques exceptions même pour les irritations transmises au divers points d'un même système organi({ue. Ce sont surtout les irrUalio'' hémorrliagiques qui les présentent, et l'on voit souvent une hémorrhagie etr , l'effet sympathique d'une inflammation, et quelquefois celle-ci résulter tli celle-là, tlans un même système. 11 ne faut pas confondre avec ces faits)remplacement d'une irritation par une autre lorsqu'il n'existe entre la preioiei.

IVRESSE

IVRESSE

el la seconde aucun rapport sympathique; la nature de l'une ne peut éviderauient influer en rien , dans ce cas, sur la nature de l'autre. C'est ainsi qu'à la suppression d'une héraorrhagie succède indifféremment une inflammation , une i névrose, une irritation sécrétoire, nutritive, aussi bien qu'une autre héraorrhagie, et réciproquement.

I L'irritation sympathique est transmise par les cordons nerf eux , avec ou sans l'intermédiaire du cerceau. Elle est transmise parles cordons nerveux , puisqu'un membre dont les principaux nerfs sont coupes , détruits ou comprimes, ne la ressent plus; avec l'intermédiaire du cerveau , pour les organes de la vie animale, puisque les parties paralysées par une maladie de cet organe ne sont plus susceptibles de l'éprouver ; sans l'intermédiaire du cerveau , d'une manit^re absolue, pour ceux des organes delà vie végétative qui ne reçoivent pas tie nerfs cérébraux , et en partie pour ceux qui en reçoivent , puisqu'elle se communique de l'un à l'autre , alors même que toutes les fonctions du cerveau .sont

îsuspendues par l'eflet de sa compression. Est-ce le cordon rachidien ou le ncrt trisplancbnique qui en est l'agent dans ce cas? Nous penchons vers la di rnièie opinion, mais nos motifs ne sont pas assez solides poin- que nous les exposions ici.

1 Traitement général de rirritation. Le but unique que l'on doive se proposer (dans le traitement de toute irritation, est de ramènera létat normal l'aclion organique des tissus dans lesquels elle est exagérée. Une indication aussi simple semble, au premier aperçu , devoir être facile à remplir el ne comporter qu'un seul ordre de moyens ; mais on ne tarde pas à se convaincre que , |si le but et 1 indication générale sont toujours les mêmes , les moyens sont imodifiés par une foule de circonstances. Ainsi , d'une part , les .îges , les sexes , les tempéramens et l'idiosyncrasie des individus; de l'autre, les causes de l'irritation , son degré d'intensité , son état d'acuité ou de chronicité , de continuité ou d'intermif lence, de simplicité ou de complication , sa nature inflammatoire , hémorrluigitiue , nerveuse , sécrétoire ou nutritive , la diversilé ides tissus, et enfin, quelques autres particularités encore inconnues, sont autant de sources d'indications spéciales , autant de causes de modifications dans 1 cmjploi cl souvent même dans la nature des moyens curalifs.

; On peut ranger sous quatre chefs principaux les nombreux moyens de faire cesser l'irritation; savoir: 1° médication asihénique directe ; 2° médication iasihénique indirecte ou réfulsife ; 3° médication asdt enique empirique / 1^ re-^ gime. Nous n'avons pas besoin de rappeler que l'éloigncment des causes et le repos de l'organe malade font nécessairement partie du traitement de l'irntation , ces préceptes étant applicables à toutes les maladies, (f^oj'ez Médication, EÉvuLsioK, Empirisme, Régime , et la plupart des articles thérapeutiques de ce jDictioiinaire.)

Mai-andel. Essai sur les irritations. Pîiris , 1807 , în-4''.

V .-J . Bruiissais . Examen de.s doctrines médicales el des systèmes de nosologie. Paris, jl816, in-S». — 2eédit. , 1821, 2 vol. in-8". — 3^ édit. Paris, 1829, t. 1, 2, 3. — Traité de

(ihysiologie appliquée à la patliolojjie. Paris, 1822-1824 , 2 vol. in-8". — Cooimenlaires di.'S Iproposilions de patliologie. Paris , 2 vol, in-S". — De l'irritation et de la folie. Paris,

1828 , in-S".

Mongel'az. Esiai sur les irritations iiitermitlenlps. Paris, 1821, 2vol. in-8». — Complément sous le titre de Réflexions sur la Théorie des Fièvres intermittentes. Paris, 1825, in-S". j J.-M.-A. Goupil. Exposition des principes de la nouvelle doctrine médicale, avec un précis jdcs llicses soutenues sur ces difTérentos parties. Paris, 1824, in-8''.

i P^.Prus.Xie l'irritation et de la phlegmasie. Paris, 1825, iu-8°. — El Réfutation de cet

ouvrage parF.-J.-V. Broussais. Paris, 1826, in-S". I L.-Ch. Roche et L.-J . Sanson. Nouveaux élémens de palliologie médlco-cbirurgicale.

Paris, 1824,4 vol. ia-8°. — 2= édition , 1 828 , 5 vol. in-8o.— 3= édition. Paris, 1833, 55 vol. in-S".

I ISCHURIE j s. f . , ischuria , (T;^to , j'arrête , et de cvpo-i., urine, suppression jcomplète de l'excrétion urinaire. Cet état n'est que le degré le plus élevé de la IRétektion d'criné, souvent produite par le Rétbécissemekt de l'urètre, {l^ojez ices mots.)

I IVRESSE j s. f. ; ehrietas; dérivé , dit-on , du grec , vSfAç,, injure , violence ;

jetât anormal d'excitation ou de stupeur, déterminé par l'ingestion en quantilé trop considéi-able d'alcool ou de liquides qui en contiennent , tels que le vin , la bière, le cidre , ou d'autres liqueurs soumises à la fermentation alcoolique,

jdont on fait usage dans diverses contrées. Les substances narcotiques , et spécialement l'opium , produisent des effets analogues à ceux de l'alcool , mais dont nous ne devons pas nous occuper ici.

Prises en quantités modérées , les boissons alcooliques excitent d'abord légèrement l'estomac, y développent un sentiment agréable de chaleur, accélèrent le mouvement de la circulation, rendent plus actives, plus faciles, plus saillantes les fonctions de l'appareil cérébral. Cet état est caractérisé par la coloration augmentée du visage, et surtout des pommettes , par l'état brillant des

f yeux , par une loquacité plus grande et accompagnée de plus de verve que dans

ijl'élat normal. L'homme n'a rien perdu cependant encore de sa raison: ses ac-

jjtions et ses discours sont seulement plus libres , plus rapides qu'à l'ordinaire ,

j et dévoilent mieux ses penchans ou ses pensées secrètes.

[ A un second degré, les viscères digestifs sont plus fortement excités, la I circulation redouble d'énergie et d'eff'orts centrifuges, le cerveau est stimulé î par une cjuantité incessamment croissante de sang. La respiration est alors ! accélérée , le pouls plein , tendu , vibrant, la tête chaude ou même brijlante , le ! visage d'un ronge foncé, cjuelquefois livide vers les pommettes; les régions I temporales , participant à cette coloration , laissent voir leurs artères , qui battent avec violence. Dans cet état , les perceptions deviennent confuses , l'intel-

DlCT. DE MÉDÎCIPE ET DE Cmr.TJKGlE prAT!<;)uns.

ligence ne reçoit plus d'une manière exacte et lucide les idées des convives , elle combine ses propres pensées avec embarras , et les exprime avec difliculté. Les mouvemens musculaires, c[ui jusque là étaient fermes et justes, deviennent irréguliers , la langue semble pesante, et les mots ne sont qu'impaifaitement articulés.

A un troisième degré , l'ivresse s'accompagne d'une congestion cérébrale )ilu3 ou moins considérable; le pouls se ralentit, sans cesser d'être plein et dur; la respiration devient profonde, ronflante; les forces musculaires diminuent et s'anéantissent; le corps, qui auparavant chancelait déjà, ne peut plus se soutenir, même dans la station assise ; les yeux se ferment , la parole s'éteint , l'action de penser cesse, et un sommeil profond, presque léthargique, s'empare du sujet.

Après un temps variable , ces effets se dissipent graduellement : la respiration s'exerce avec plus de liberté , le visage se décolore , le poids reprend son rhythme normal , et au réveil , le malade (car l'ivresse portée à un haut degré constitue une maladie) , n'éprouve plus qu'un sentiment de chaleur interne , une soif plus ou moins vive , de l'embarras à la tète, de la fatigue dans les membres, du dégoût pour les alimens, et un état pâteux fort désagréable de la bouche.

Tels sont les caractères généraux de l'ivresse, que nous pourrions appeler simple , parce que rien n'en vient compliquer les effets ni en troubler la marche. Mais diverses circonstances sont susceptibles de produire ces résultats, et de rendre l'ivresse plus difficile à reconnaître, ou de la compliquer d'une manière dangereuse.

Et d'abord , chez certains sujets , l'ingestion des boissons alcooliques détermine une pâleur toujours croissante , qui atteint parfois jusqu'à une matité presque cadavérique. Ces individus deviennent moi oses, taciturnes , et tombent accablés sous l'influence de l'excilatiori intérieure , sans que rien ait trahi au dehors les ravages que produisait le stimulant dont ils se gorgeaien!.

Chez d'autres personnes, les liqueurs fermentées développent une humeur violente, querelleuse , qui les excite à s'emporter pour le plus léger motif, les jette dans un état de frénésie , et les rend capables des actions ou des attentats les plus graves. Il en est au contraire qui deviennent tendres ^ aimans , caressans à l'excès ; tandis que leurs voisins se laissent aller à des impressions tristes et versent d'abondantes larmes sur des malheurs chimériques ; plusieurs enfin éprouvent une stimulation qui détermine des mouveniens convulsifs , une sorte d'état épilcptiforme plus ou moins grave. Ces particularités des phénomènes de l'ivresse , en rapport avec la diversité des organisations , sont variées presque à l'infini, et deviennent quelquefois l'objet d'observations qui ne seraient pas dépourvues d'intérêt , si un sentiment pénible , né de la vue de \.x dégradation humaine, ne s'y attachait pas.

Ija nature des boissons qui occasionent l'ivresse exerce aussi sur elle une influence impoitanle à constater pour la praticjue. L'alcool pur ou accompagné d'un principe sapide, dépourvu de propriétés particulières, comme l'eau-de-vie, le rhum, le rack, le schnaps, etc. , enivre promptement , et porte tout-à-coup, presque sans intermédiaire, l'ivresse jusqu'à la seconde ou à la troisième période- Cet effet résulte de la faiblesse de la combinaison de l'alcool avec Je véhicule qui le contient , de la facilité avec laquelle il se dégage, el de l.i grande quantité de ses molécules qui pénètrent ù la fois dans les vaisseaux. J'ai vu plusieurs fois des hommes boire d'un seul trait , par suite de bravades ou do luttes également déraisonnables , de grande quantité d'eau-de-vie ou de rhum , un verre, une demi-bouteille , ou même une bouteille, par exemple. Chez quelques-uns la liqueur meurtrière était à peine ingérée et le vase mis en place, que l'embarras des idées , l'état d'hébétude des yeux, la difficulté d'articuler les sons se manifestaient ; la résolution des forces musculaires, ia coloration livide du visage, une stupeur profonde , quelquefois de déjections involontaires et un refroidissement notable de la peau , toujours un état comateux que rien ne pouvait dissiper, ne tardaient pas à suivre. L'empoisonnement était arrivé , en quelques minutes, à son plus haut degré d'intensité.

Plus les vins contiennent d'alcool , el surtout plus ce principe y est faiblement combiné avec les autres élémens de la liqueur , et plus leurs effets sa rapprochent de ceux de l'eau-de-vie et des liquides analogues. Les vins peu alcooliques , ou qui retiennent fortement l'alcool , n'enivrent qu'avec lenteur et lorsqu'ils sont bus en grande quantité. Celte sorte d'ivresse se ciunplique fréquemment dès lors, d'une indigestion , déterminée parla masse du liquide ingéré, dont l'estomac ne peut se débarrasser autreaient que parle vomissement. L'indigestion accompagne et complique surtout fréquemment l'ivresse occasionée par le cidre, la bière et d'autres boissons analogues, à raison de la faible proportion d'alcool que contiennent ces liquides , et de la grande quantité de matières muqueuses , féculentes et autres qu'ils entraînent avec eux.

Enfin, l'ivresse produite par des boissons qui , indépendamment de l'alcool , contiennent des principes aromatiques, acres , stupéfians ou autres, tels que le kirsch-vasser, par exemple , déterminent une ivresse que les effets de ces principes viennent compliquer d une manière plus ou moins grave.

L'état d'ivresse est toujours déterminé par le passage des molécules alcooliques dans le système circulatoire, par l'impression qu'en reçoivent toutes les parties du corps, et spécialement les parties centrales du système nerveux. Une disposition irritative de l'estomac , la chaleur du lieu , le bruit, la vivacité des conversations, la stimulation que déterminent les grandes réunions d hommes, peuvent favoriser l'ivresse, en rendant l'appareil nerveux plus impressionnable. Mais l'alcool absorbé est indispensable pour les produire ; et , en effet , ils

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