JUSQUIAME
endroits opposés de l'abdomen , aux battemens du cœur du fœlus, percepliLles au même moment, dans deux points éloignés. C'est souvent une chose importante que de pouvoir ainsi reconnaître à l'avance cet état de choses , non-seulement pour se tenir prévenu de ce ijui se passera durant l'accouchement , mais encore pour s'expliquer d'autres phénomènes qu'on pourrait attribuer à des causes plus lâcheuses , comme la gêne, l'oppression, l'infiltration et les varices des membres inférieurs , et pour prendre quelques précautions de plus afin de prévenir un événement qui n'est que trop ordinaire, et qu'on ne peut pas toujours emijêcher, l'avortement , l'accouchement prématuré. Cet événement, l d'autant plus précoce , plus inévitable que le nombre des jumeaux est plus considérable , est alors aussi d'autant plus funeste aux enfans qu'ils sont plus I exigus ; ainsi , s'il est bien commun de voir périr un bijumeau ou même tous les deux peu après la naissance, on peut dire qu'il est bien rare de voir arriver quelqu'un de ceux qui se trouvaient dans la matrice en nombre plus considérable.
Indépendamment de ce danger, la grossesse multiple expose deux embryons à se souder et à former un monstre synadelphe rarement viable , ou condamne à une existence bien pénible. Il faut que les deux embryons soient enfermés dans un seul amnios, sans doute étant partis du même ovaire , peut-être de la même vésicule de Graaf. Heureusement cette disposition est assez rare, et le plus grand nombre des jumeaux offre , pour chacun , un amnios et un çhorion particulier adossés entre eu.x. en forme de cloison. Assez souvent même chacun a son placenta séparé ; plus communément, les deux placentas se louchent et même se confondent quoique les deux cordons en partent dans deux points assez distans.
De ce que nous venons de dire résulte que , durant le travail de l'accouchement, on pourra fréquemment sentir, à l'orifice utérin, deux poches membraneuses distinctes , peut-être même des parties appartenant h deux enfans (deux pieds du même côté , trois pieds , une tête et deux pieds , etc. ). Cette circonstance doit nécessairement rendre plus difficile la parturilion spontanée en rendant la position moins favorable, en faisant qu'un lœlus met obstacle à la marche de l'autre; la chose est même quelquefoi.-; telle , si on aide à l'accouchement ou si la matrice agit avec force , que la tète d'un enfant , sorti le premier en présentant les pieds ou les fesses , entraîne celle de l'autre encore contenu en entier dans la matrice , et que les deux tètes compriment mortellement le cou des deux jumeaux durant leur passage à travers le bassin. Toutelois la principale cause des lenteurs que la parturition éprouve en pareil cas , c'est l'inertie due à l'excessive distension delà matrice. Si cette inertie se dissipe, les enfans naîtront successivement ; et ordiiiairemeiit c'est le plus gros , le plus lourd qui nait le premier , et dans la position la plus favorable. Voici, au reste, ce que l'expérience a démontré à cet égard : les deux tiers des jumeaux sortent en présentent la même extrémité de l'ovoide fœtal ; l'autre tiers offre le vertex en première, l'autre en deu.\ième position. La délivrance ne s'opère guère qu'après la deuxième parturition.
Si l'on n'avait pas reconnu la multiplicité des fœtus avant la naissance du premier enfant , la présence d'un deuxième deviendrait bientôt manifeste. La femme elle-même remarque que son ventre est resté volumineux bien plus que ne pourrait le faire paraître le séjour d'un placenta ; il est d'ailleurs résistant , irrégulier , mais égal , et l'accoucheur peut remarquer qu'il s'est écoulé peu d'eau lors de l'éruption du premier ; il peut sentir, h l'orifice utérin , une poche, une partie de fœlus ; il peut aussi constater que le cordon est puisant quoique coupé , qu'il en jaillit du sang , et il doit même alors se hâter d'en faire la ligature , car il a acquis ainsi la preuve certaine que les deux placentas sont anastomosés , et que le fœtus à naître pourrait mourir d'hémorrhagie par la section du cordon de l'enfant déj'a né.
De même que, lors de l'établissement du travail, l'emploi de la main , la version, l'application du forceps pouvaient être indiqués si la position était mauvaise ou l'utérus inerte, de même en sera-t-il si la deuxième parturition tarde à s'annoncer au-delà de six 'a douze heures, s'il survient de la faiblesse , de I héuiorrhagie ou si le fœlus se présente mal, ce qui peut facilement arriver en raison de son petit volume et du grand espace dans lequel il se trouve comme flottant. Tout au plus, dans ce premier cas, c'est-à-dire avec une bonne position , pourrait-on se contenter d'employer le seigle ergoté pour réveiller l'utérus. Si cet organe en eflct prend de l'activité, la deuxième parturition est plus prompte que la première et moins douloureuse aussi , parce que les passages sont tout ouverts.
Après le deuxième enfant , sortira le placenta aidé seulement des tractions de l'accoucheur , comme dans tout autre accouchement. Seulement il faut ici se tenir en garde contre l'inertie dont il a déjà été question et contie l'hémorrhagie interne qu'elle favorise et rend souvent funeste, comme nous l'avons dit ailleurs (vojez HÉMonnuAciEs i-térimes).
( Akt. Ddcf.s. )
JllS(^)i:iA.ME. Plante de la famille des sol anées de Jussieu et de la pentandric monogynie de Linné. Son nom est formé de deux mots grecs , us , porc , et zjk,7.î;, fève. Elle était connue et usitée chez les anciens, qui lui attribuaient des vertus énergiques. Sérapion prescrivait les semences de jusquiame, l'anis et l'opium dans le choléra ( Fourc. , Art. de conn. Les méd. 1 , 9j. ) lin 1762, Slorck vanta ses propriétés , qu'il trouvait supérieures à celles de l'opium. Depuis, Gredring, Franck, MM. Fouquier ( Bull. facuUé , 1819, n» vin), liarbier d'Amiens, et beaucoup d'autres praticiens l'ont employée , et n'ont pas toujours été d'accord sur ses propriétés.
Les deux espèces de jusquiame les plus connues sont la J. blanche et la
KAINCA.
J. noire. La première croit dans le Midi et le Levant; elle est annuelle; ses feuilles sont arrondies et ses fleurs blanches. Elle entre dans les préparations à , l'aide desquelles les Orientaux se procurent le sommeil voluptueux qu'ils re- i cherchent avec avidité. Les expériences récentes démontrent qu'elle jouit de ! propriétés analogues à l'espèce suivante.
La jusquiame noire croît dans les terrains arides de nos contrées ; elle est | bisannuelle, très-velue, d'un vert sombre et triste , répand une odeur vireuse désagréable et des émanations funestes selon Gardanne. Sa saveur est fade; .ses | fleurs ont une couleur jaunâtre.
Ses racines jouissent de propriétés assez énergiques ; prises et mangées pour i des panais, elles ont causé, au rapport de Wepfer et d'autres auteurs, des accidens graves d'empoisonnement. Les racines de la seconde année sont plus i actives que celles de la première. Les feuilles sont douées de propriétés plus énergiques que les racines. Les semences sont plus actives encore que le reste de la plante.
Les propriétés principales de la jusquiame résident da)is l'hyosryamine que • Brandt a surtout rencontrée dans les semences. Cette substance jouit de pro- i priétés analogues à celles des alcaloïdes ; les autres principes de la plante ont i été indiqués diversement par MM. Reisenger, Buchner , Peschier , Doebe- ' reiner , etc.
La jusquiame semble avoir sur l'économie une action analogue à celle de la i plupart des autres solanées. On a surtout recommandé son usage dans les né- \ vralgies. Des faits publiés par M. ^aX\er {Archit^es , t. 1 , pag. 297) et par I M. Barbier d'Amiens , contesteraient à cette plante les propriétés calmantes ! qu'on lui attribue. Ces résultats contradictoires dépendent probablement des ) qualités différentes des préparations dont on a fait usage, ou des dispositions i opposées que présentaient les malades. D'après les observations de M. Fou- (, f(uier, celte substance a sur l'opium l'avantage d'entretenir la liberté du ventre, i; C'est à tort qu'on la vante comme un spécifique de l'épilepsie, de la manie, de i l'hystérie, etc. La jusquiame ne saurait être le spécifique d'atTections qui peu- i vent dépendre de causes souvent très-différentes. |
On donne la jusquiame en poudre depuis un grain jusqu'à un demi-scrupule, : en augmentant graduellement la dose. Cette précaution serait suilout indis- ' pensable si on employait la poudre préparée avec la semence, parce ((u'elle ' contient plus d'hyoscyamine. ;
On fait avec les feuilles de jusquiame des cataplasmes, des infusions et des jj décoctions narcotiques. Ou emploie les dernières en fomentations , en injec- ; lions et en laveraens. Une foi te pincée de feuilles suffit pour la préparation des lavemens. De Rieken conseille de prendre les feuilles fraîches ; il préfère la plante sauvage à celle qui est cultivée. \
Il paraît, d'après le mémoire cité de M. Ratier, que le professeur Fouquier i| a employé l'extrait aqueux et l'extrait alcoolique du Codex, à la dose de J quelques grains à un gros, sans produire d'effet bien sensible. L'extrait al- | coolique préparé par M. Planche jouit de propriétés beaucoup plus marquées. ,j On le prépare avec une partie de plantes sèches que l'on fait macérer pendant ; quatre jours , à une température de 20o R. , dans quatre parties d'alcool à 22"; ' on filtre le produit de la macération, on le distille jusqu'à réduction des trois ' quarts : l'évaporation terminée à la même température donne pour résultat un \t extrait d'une fort belle couleur verte, conservant tout-à-fait l'odeur de la ■ plante. L'extrait que l'on préparerait avec les semences serait probablement | encore plus actif, |
On prescrit l'extrait de jusquiame en pilules , en commençant par un demi- \ grain, et en élevant graduellement la dose. |
L'extrait de jusquiame entre pour un tiers avec celui de valériane et l'oxide .j de zinc dans les pilules de Méglin ; on peut l'ajouter par grains dans une po- fî tion , ou prescrire l'addition de quelques gouttes de la teinture alcoolique de la \ plante ou de ses semences. |i
On prépare avec vingt grains de ces semences, deux gros d'amandes douces, j( huit onces d'eau et six gros de sucre , une émulsion narcotique. *!
Dix grains d'extrait dissous dans une once d'eau distillée forment un collyre jl qu'Hyraly conseille pour obtenir la dilatation de la pupille. On peut diminuer de beaucoup la proportion d'extrait.
La jusquiame entre dans la composition du baume tranquille et de l'on- < ' guent populéum ; et ses semences dans la préparation des pilules de cy- j noglosse. ;
Les empoisonnemens causés par la jusquiame prouvent que cette plante 1 1 jouit de plus d'activité que quelques praticiens ne lui en ont accordé dans ces i I derniers temps. On remédie à ces empoisonnemens par le vomissement, 1 I les boissons abondantes, l'infusion de café, les émissions sanguines et les i i révulsifs. i
Il est à désirer que les préparations de la jusquiame , de ses semences et de ^ 1 hyoscyamine surtout soient de nouveau étudiées et comparées , afin que l'on | connaisse d'une manière définitive leurs effets thérapeutiques. j
{ Mabtin Solok. )
KAINCA J ou plutôt CAINCA. C'est le nom d'une racine introduite, de- i puis quelques années seulement, dans la matière médicale européenne. Elle a I élé attribuée au chincocca racemosa ; mais il paraît résulter des recherches de ' MM. de Martius et Lœvenslein que celle qui nous vient du Brésil et que l'on a , i