KAR ABÉ
KÉRATITE.
Expérimentée en Europe , appartient au chiococca anguifuga , plante de la famille des rubiacées.
Cette racine est fibreuse, brunâtre, d'une odeur désagréable et d'une saveur amère. Elle a été soumise à l'analyse chimique par MM. Brandes , PfafT, de Santon et Caventou. Brandes y a trouvé un principe qui diffère de tous ceux que l'on connaît, à l'exception de l'emétine, avec laquelle il a quelque analogie. M. de Santen dit positivement qu'il y a trouvé de l'émétine ; M. Caventou a reconnu qu'il n'y avait pas d'émétine dans le caïnca , mais qu'imle'pendamment d'autres élémens , il contient un principe qui est blanc, cristallisable, inodore, d'une amertume aromatif|iie très-forte, soluble dans l'alcool et l'éther , trèspeu soluble dans l'eau, qui n'est ni alcalin , ni parfaitement neutre, et qui se rapprocherait plutôt des acides, vu sa facilité à se dissoudre dans les solutions alcalines. Ce principe se trouve dans 1 ccorceetnondanslemedituUium ligneux du caïnca.
i Cette racine est depuis plusieurs siècles en honneur parmi les indigènes de l'Amérique méridionale, contre la morsure du serpent. Ce sont MM. Langsdorff , de Martius , Eschwegge et Spix qui , les premiers , l'ont signalée comme remède en Europe. Depuis , elle a été expérimentée par un grand nombre de ipraticiens , parmi lesquels nous citerons MM. Gerson , Hufeland , Juliu, Spitjter, Soarès de Mairelie , Lœwenslein , François , Manry, Récamier, etc. , etc. On l'a présentée comme diurétique , sudorifique , vomitive , purgative , drastique , tonique, sialagogue , emménagogue , calmante , etc., etc. Les maladies contre lesquelles on l'a préconisée sont l'hydropisie , le rhumatisme, les engorigemens des parties molles, et particulièrement des viscères abdominaux , les (scrofules , la syphilis, l'aménorrhée , la migraine hystérique , etc. , etc.
Mise en contact avec l'appareil digestif, la racine de caïnca y détermine une lirritation i)lus ou moins forte qui se manifeste par des vomissemens , des gardeirobes liquides et quelquefois une superpurgation. Il paraîtrait résulter toutefois des expériences de M. François sur le principe amer du caïnca , et de quelques ■autres praticiens sur son extrait, que ces substances sont toniques plutôt qu'irritantes , et ne fatiguent pas l'appareil digestif. On peut croire que, malgré la faculté purgative et vomitive du caïnca, on ne cherchera pas à augmenter avec jcette substance le nombre déj.à si grand des médicamens que l'on emploie à cause de cette faculté.
La propriété d'exciter la sueur, attribuée au caïnca, ne résulte peut-être que des efforts de vomissemens qu'elle provoque. Il n'en est pas de même de sa faculté diurétique, qui se prononce alors même que l'effet topique de cette racine sur l'appareil digestif est nul. Celte faculté a été reconnue par tous ceux iqui ont parlé du caïnca. M.François regarde son principe amer comme spéci- I fiquement diurétique. L'effet de ce principe dure plusieurs jours, pendant [lesquels la diurèse va toujours en augmentant, et cela sans produire d'irritation j dans l'appareil urinaire. Même il a noté que cet effet n'est jamais plus évident j que lorsque les urines sont rares , brûlantes et foncées en couleur. Quant aux I propriétés emménagogues , calmantes, etc. , attribuées au caïnca , elles ne sont I rien moins que constatées.
j Ce sont MM. Eschwegge, Spix , Martius et Langsdorff qui , les premiers , ont 1 parlé des bons effets du caïnca contre l'hydropisie et l'anasarque. Les bulletins ! de BI. Ferussac (xti , 7G , etxvii , 78) contiennent plusieurs observations de \ guérison de ces maladies par ce remède. Le mémoire de M. Lœvenstein [de radiée caïncœ , Berlin, 1827J en renferme aussi plusieurs. On en trouve quatre i dans la Clinique des hôpitaux de Lyon (févr. 1830) , et M. François en a inséré deux, savoir, une de lui, et l'autre de M. Manry, dans les Transactions médicales (mars 1831); M. Récamier a obtenu aussi de bons effets de ce médicament dans la même. maladie.
Le caïnca a été moins employé dans les affections lymphatiques et les engorgemens viscéraux. Langsdorff le préfère dans ces affections à la salsepareille et à la lobélie. Parmi les faits rapportés dans la clinique des hôpitaux de Lyon, se trouve un cas où l'hydropisie et l'anasarque résultaient d im engorgement considérable de l'utérus et des organes abdominaux. L'hydropisie disparut complètement, et le volume des tumeurs fut considérablement réduit.
On emploie depuis long-temps aux Antilles , suivant Patrick Brown , un chiococca , qu'il désigne comme étant le racemosa , et que dans le pays on nomme petit hranda. C'est particulièrement contre la syphilis et le rhumatisme que l'on dirige son action. Il a vu son administration suivie de grands succès dans des rhumatismes opiniâtres. Au Brésil, suivant M. Soarès de Mairelie, on oppose le caïnca avec avantage au pica , maladie à laquelle les nègres sont très-sujets {Journal de chimie médicale, 1826, page 239). Ou l'administre aussi dans ce pays contre l'aménorrhée.
Bien cjue le principe amer du caïnca soit peu soluble dans l'eau , la décoction de cette racine est colorée et amère, ce que M. Caventou attribue h la présence de la chaux. On donne ce médicament, soit en infusion , soit en décoction. Sa dose est ordinairement de deux à quatre gros pour une pinte de liquide. En poudre on en donne de vingt à trente grains. La dose de l'extrait est de six à vingt-quatre grains par jour. On peut en donner, dit-on , jusqu'à trente-six et même soixante-douze grains. M. Beral , pharmacien de Paris , a publié dans le Joiirnalde pharmacie (décembre 1830) , diverses formules de préparations de caïnca .
En somme , bien c[ue les expériences sur le caïnca soient encore peu nombreuses , son action diurétique et son efficacité contre certaines hydropisies paraissent assez bien constatées pour qu'il mérite d'être l'objet de nouvelles expérimentations. (Léop. Deslandes.)
KARABE. rojez SrcciN.
DlCT, DE MÉDECINE ET DE ChIRTJKGIE PRATIQUES.
KATEPllT ou KAIEPIÎTj qu'on écrit aussi cajeput ou caieput. Huile à laquelle dans l'épidémie du choléra-morbus qui a régné en 1832 , on s'est efforcé de faire une réputation d'efficacité presque spécifique, dont une cruelle expérience a promptement fait justice, et dont il est plus que singulier qu'on ait pu concevoir d'aussi hautes esjiérances. Cette substance, assez rare dans le commerce et souvent altérée , jouit depuis long-temps d'une granile vogue chez les Chinois et chez les Malais , nations peu avancées encore dans l'étude de la médecine : elle provient du melalencn leucadendcon , grand arbre des Moluques. On recueille les feuilles et les jeunes pousses de cet arbre , et , après leur avoir fait subir une fermentation de deux jours , on les met infuser dans de l'eau froide qu'on distille ensuite. Par ces manipulations , on obtient une huile assez peu abondante, plus consistante que ne sont ordinairement les huiles volatiles visqueuses et d'une couleur verdûtre. Son odeur, qui est pénétrante et tenace tout à la fois, a une grande analogie avec celle de la térébenthine , autant que j'en ai pu juger sur un échantillon très-authentique. Sa saveur est piquante et amère , et laisse dans la bouche un sentiment de fraîcheur analogue à celui que fuit éprouver la menthe poivrée. Une seconde distillation donne l'huile telle que la fournit ordinairement le commerce, c'est-à-dire limpide, ténue, légère et d'une couleur plus claire. Il est plus que probable que l'huile de cajeput dont les chimistes ne se sont pas encore beaucoup occupés, n'est qu'une térébenthine dans laquelle se trouve une certaine quantité île chlorophylle qui la colore; par la seconde distillation qu'on lui fait subir , on la débarrasse de la partie résineuse à laquelle elle devait sa consistance plus considéral>le.
Quant à ses propriétés médicales , elles n'ont jamais été constatées par des expériences directes et conduites d'une manière philosophique. Autant qu'on en a pu juger pendant le choléra-morbus, cette huile est un excitant assez actif, et dont la manière d'agir ne présente pas de ditrérence avec celle des Jiuiles volatiles, et l'on na pas eu l'occasion de constater une seule guérison qui pîit raisonnablement lui être attribuée. H y a bien loin de là aux vertus merveilleuses qu'on lui attribue dans le pays d'où elle est apportée , et où l'on croit si fermement à son efficacité , que le souverain en fait l'objet d'un monopole fort lucratif, et qu'on l'administre même aux moribonds. On l'emploie à l'extérieur en frictions contre les douleurs nerveuses et rhumatismales ; à l'intérieur, contre la paralysie, l'épilepsie , l'hystérie, la colique. Enfin , pour tout dire en un mot , c'est une panacée, à laquelle aucune maladie ne doit résister.
Il est facile , d après l'expérience et l'analogie , de concevoir dans quelles maladies on peut essayer ce médicament , et quels effets on peut s'en promettre. Ainsi on peut s'en servir en frictions plus ou moins réitérées , et à rintéricur l'administrer par gouttes dans un liquide approprié. Dans aucun cas d'ailleurs on ne doit ci-aindre d'accidens graves ; car cette substance , quoique douée de propriétés réelles , n'a cependant aucune qualité vénéneuse. Il y a tout lieu de penser que ce médicament, qui ne vaut pas à beaucoup près ce qu'il coûte , finira par disparaître de notre matière médicale.
^ (F. Ratier.)
kÉrATONTXIS. Voyez Cataracte.
KÉRATITE, s. f. ; keratitis, dezt^«5, corne. La kératite ou cornéite est l'inflammation de la cornée.
Recevant ses vaisseaux de la sclérotique et de la conjonctive, c'est toujours en quelque sorte par l'intermède de l'une ou de l'autre de ces membranes que la cornée s'enflamme. La participation de la conjonctive est nécessaire à l'inflammation de sa lame la plus superficielle , tandis que ses lames profondes ne peuvent s'enflammer sans que la sclérotique s'irrite par contre-coup. Mais si les irritations de la cornée se propagent à la sclérotique et à la conjonctive, les inflammations de ces dernières membranes se communiquent souvent à la cornée, d'où il résulte qu'il y a à peu près toujours en même temps sclérotite ou conjonctivite et kératite, et assez souvent toutes ces maladies à la fois.
Les causes qui peuvent produire la kératite agissent donc directement sur la cornée, ou d'abord sur la conjonctive ou la sclérotique. Aux premières se rapportent les lésions physiques, même celles produites par le frottement des granulations qui se développent sur la conjonctive palpébrale à la suite des blépharites conjonctivales chroniques, ou par le contact de la matière iriitante fournie par certaines ophthalmies purulentes ; on la voit aussi survenir pendant le cours de certaines affections fébriles , et dans la période de décroissement de quelques exanthèmes cutanés.
Aux secondes se rapportent toutes les causes de la conjonctivite et de la sclérotite , surtout celles qui produisent les ophthalmies dites scrofuleuse et rhumatismale,
La kératite est aiguë ou chronique.
M. Mirault, qui a donné une bonne description de la kératite, partage la marche de cette affection en trois périodes qui sont celles d'injection rouge , de ramollissement, et celle de suppuration.
Ce médecin pense que l'injection de la cornée est toujours précédée de celle de la conjonctive , tandis que Vetch avance qu'elle l'est toujours par celle de la cornée. Tous deux sont trop exclusifs. Quand l'inflammation est bornée à la lame la plus superficielle de la cornée , l'injection commence par la conjonctive, qui a avec cette lame des communications vasculaires et une continuité de tissu bien prononcées; lors, au contraire, que l'inflammation affecte les lames mitoyennes ou profondes , l'injection apparaît d'abord dans la sclérotique.
Dans le premier cas, elle forme un réseau diversement disposé dont les branches franchissent les limites de la réunion de la sclérotique à la cornée et se
KERATITE.
KERATITE.
tlirigent vers son centre ; dans le second , elle forme autour de la circonférence de la cornée un cercle rouge bleuâtre composé de vaisseaux fins et déliés , rectilignes. convergens vers la cornée, dont quelques uns plus volumineux se détachent et parviennent au centre de l'œil, sur lequel ils finissent par former , en s'anastomosant , un réseau plus ou moins complet.
Le réseau superficiel est toujours formé par des vaisseaux plus gros et pins nombreux que le réseau profond. Quel que soit son siège, il est quelquefois iissez considérable pour coiorer en rouge tous les objets que regarde le malade. ]| est toujours accompagné d'une altération plus ou moins considérable delà transparence de la cornée. Lorsqu'on observe attentivement ce qui se passe alors , on voit que ce trouble commence le long du trajet des vaisseaux sur les deux côtés desquels se forme une strie opaline , plus opaque vers le vaisseau et successivement moins opaque en s'éloignant de lui, tout-à-fait analogue pour la disposition aux stries de graisse qui accompagnent les vaisseaux dans l'épaisseur des épiploons; h mesure que les vaisseaux se multiplient , ces stries se multiplient elles-mêmes, et finissent par se confondre, alors l'opacité est générale dans toutes les parties envahies par l'injection vasculaire. Il n'est pourtant pas nécessaire que celle-ci soit apparente pour que l'opacité se forme : on voit assez souvent quand la maladie est très-aiguë, l'injection rouge s'arrêter brusquement autour de la circonférence delà cornée , où la membrane épaissie par l'aillux des liquides forme même un bourrelet plus pu moins saillant, et cepenciant la cornée prend tout entière une couleur opaline; mais il est probable (ju^alors c'est la ténuité des vaisseaux qui les fait échapper a l'observation. Enfin , dans quelques circonstances la congestion est si, forte qu'il se l'orme des ecchymoses dans l'épaisseur même du tissu de la cornée.
Dans quelques cas, la maladie borne là ses progrès; elle se résout peu à peu, et la cornée reprend plus ou moins complètement sa transparence; d'autres fois la douleur se calme, mais l'injection vasculaire augmente , les vaisseaux se dilatent , deviennent variqueux , et la maladie passe à l'état chronique et dégénère en un véritable ptinnus. Dans un grand nombre de cas , elle passe au second état, c'est-à-dire au vamoUisseinent du tissu de la cornée.
Toutefois, de même que l'opacilé n'est pas toujours accompagnée d'injection vasculaire visible , de même le ramollissement parait quelquefois se faire sans développement de vaisseaux sanguins dans la sclérotique ou dans la cornée; le plus ordinairement pourtant , on observe l'injection au moins dans la première de ces membranes. Lorsqu'on ne voilà l'œil nu aucun vaisseau sanguin dans lu sclérotique, on peut presque toujours en découvrir ([uelques-uns à l'aide d'une forte loupe , et il nous paraît rationnel de penser que dans les cas où l'on n'en aperçoit ni à l'œil nu, ni à l'aide d'une loupe , cela tient à leur extrême ténuité. Quoi qu'il en soit , le ramollissement de la cornée se préseule sous plusieurs aspects fort différens , et l'injection vasculaire qui l'accompagne le plus ordinairement, olfre elle-même des dispositions assez nombreuses. Lorsque l'injection de la conjonctive et celle de la sclérotique sont très-considérables, la membrane en se ramollissant se boursoufle et reste rouge. Le plus ordinairement c'est en un point circonscrit que son tissu perd sa cohésion, et ce point se trouble et prend une couleur grisâtre et blanchâtre , ou tout-à-fait blanche , quelquefois jaune couleur de pus. Ce point affecte diftérens sièges dans l'épaisseur de la cornée ; quelquefois il est extrêmement superficiel , et le trouble qui l'accompagne forme un nuage des plus légers , qui n'altère que peu la vision ; s'il y a en même temps injection vasculaire , elle est bornée à la sclérotique , et offre les caractères assignés à l'ophtlialmie rhumatismale; dans d'autres cas , le point ramolli forme une sorte de phlyclène plus ou moins opaque qui soulève la lame conjoncf ivale de la sclérolique , et presque toujours alors l'injection vasculaire s'étend jusqu'à la cornée; d'autres fois , le point ramolli saillant encore à la surface , offre un boursouflement assez considérable, et présente une couleur blanche , et une apparence caséeuse : souvent alors , soit qu'il y ait ou non une injection générale de la conjonctive et de la sclérotique , il y a jiresque toujours (juelques faisceaux vasculaires considérables qui se dirigent vers le point ramolli dans lequel il semble se terminer. La maladie présente les caractères de 1 iiiflauiniation scrofuleuse. Dans d'autres circonstances enfin , la surface de la cornée reste lisse; c'est ilans son épaisseur que se forme le ramollissement , qui se ])ré.senle alors sous forme d'une opacité plus ou moins bien circonscrite et opaline ou jaunâtre. Lorsque le ramollissement est très-rapproché de la face postérieure de la cornée, et qu'il est accompagné de boursouflement, on le voit quelquefois, en regardant l'œil de côté, faire saillie dans la chambre antérieure de l'œil. C'est souvent quand il y a injection de la conjonctive avec chetiiusis , ou combinaison de l'oplilhalmie dite catarrhale avec la sclérotile 1 liumalismale , que ces sortes de ramollissemens se font remarquer.
La douleur qui accompagne les différentes espèces de ramollissement de la cornée est celle qui se manifeste pendant les différentes espèces d'ophthalmies auxquelles le ramollissement succède. Ainsi elle est souvent nulle dans la simple conjonctivite , tandis qu'elle est vive et accompagnée de larmoiement et de photophobic, quand l'inflammation allecte primitivement la sclérotique , etc.
Quelques personnes pensent que dans la coruéite simple il n'y a pas de douleur, et croient que ce symptôme ne se déclare que quand l'afteelion de la sclérotique, au lieu de consister en une simple injection vasculaire, dégénère en une véritable inflammation. Nous ne partageons pas celte manière de voir , parce que la kératite traumalique , lors même qu'elle n'est point le produit d'une solution de continuité, est toujours et instantanément accompagnée de larmoiement , de photophobie cl de douleur.
La kératite aiguë parvenue à l'état de ramollissement peut se terminer parla résorption pure et simj)le de la matière épanchée , par l'ulcération , par la perforation de la cornée. Lorsque la matière ramollie est résorbée , on voit peu à peu le boursouflement cesser et les lames de la cornée se rapprocher dans le point correspondant. Il eu résulte ordinairement une dépression j)lus ou moins régulière. Si les parties ont conservé leur transparence , celte dépression forme une sorte de godet à surface plus ou moins lisse; dans le plus grand nombre (les cas, la transparence est perdue, et la surface de la dépression plus ou moins inégale. Quand le ramollissement a été très-étendu , à mesure que l'absorplion s'opère , la cornée revient sur elle-même , elle se flétrit, s'aplatit , et s'applique à l'iris. Dans d'autres cas, son tissu aminci cède à la pression de l'humeur aqueuse, et il se fait une hernie de la membrane de Desiemet à travers ce point affaibli, ou bien, les humeurs |)rofondes le poussent en avant, et celui-ci venant s'applii|uer à la cornée qui cède et s'étend en cone, il en résulte un staphlylôme, et dans l'un et l'autre cas la vision est troublée ou abolie.
L'ulcéraiion se fait lorsque le ramollissement envahit les lames superficielles de la cornée. Dans ce cas , en effet, l'absorption emporte ces lames en même temjis que tout le reste de la substance ramollie , et il en résulte une excavation plus ou moins profonde et ouverte à l'extérieur. Lorsque le ramollissement est ti ès-superfieiel , comme dans l'inflanimalion dite rhumatismale , par exemple , l'ulcération est elle-même peu profoiide , et , comme souvent elle n'est pas accompagnée d'opacité , elle prend l'apparence d'une facette assez lisse que l'on n'aperçoit qu'en regardant l'œil de près ou de côté. Quand plusieurs de ces facettes existent ensemble, elles donnent à la cornée l'apparence de la surface d'un diamant; et comme chacune de ces facettes réfracte différemment la lumière, il en résulte un grand trouble dans la vision quand elles correspondent vis-à-vis la pupille.
Quand le ramollissement est plus profond il est accom])agné d'opacité; quelquefois , surtout si l'inflammation est aiguë , la partie opaque se transforme en une sorte d escarre qui en se détachant laisse un fond transparent encore : mais le plus souvent la substance ramollie et grisâtre qui remplit l'excavalion, en partie absorbée, se détachant en partie ou pouvant être enlevée de la surlace de ' l'ulcèi e avec une aiguille à cataracte , recouvre un ulcère à bords élevés et ■ blancs ou blanchâtre et à fond également opaque; quelquefois c'est vers la chambre postérieure de l'œil que s'ouvrent ces sortes de ramollissement et nue partie de la matière s'épanche dans celte ca\ilé en formant une sorte d'hypo- ; pion ou même d'hypolymphes. I
Dans d'autres circonstances et encore dans le cas d'oplithalmie aiguë, la kéra- I tile se termine par une véritable siippuralion. Il se forme dans l'épaisseur de la I cornée de petites taches d'une couleur jaune analogue à celle du pus , ou bien j la suppuration semble fuser dans les interstices des lames de la cornée pour | venir se déposer à la partie inférieure de cette membrane , où le dépôt cpi'elle 1 forme prend la forme en croissant qui caractérise le premier degré d hypopion, ! c'est l'onyx ou l onglet. Peu à peu le centre s'abaisse, et quelquefois toute la | cavité prend l'aspect purulent. On la distingue de I hypopion en ce que jamais f la couleur ne change de place, que la surface antérieure de la cornée est toujours ' inégale et dépolie et que, en regardant l'œil de côté , on peut constater que ce ( dépôt s'est fait entre les lames delà cornée et non dans la chambre antérieure. ; C'est surtout à la suite de la kératite traumalique que l'on observe ce genre de I suppuration. Dans ce cas il n'est pas rare de voir les bords de la plaie devenir J rouges , bien que le reste de la cornée ne présente pas de vaisseaux sanguins \ apparens , puis grisâtres, puis enfin jaunâtres , et commencer alors à fournir de la suppuration eu même temps que celle-ci semble s'infiltrer eirire les lames de la cornée. Lorsque les abcès sont petits et bien circonscrits , ils semblent quelquefois se dessécher; il en résulte une tache jaune indélébile, et qui n'a, lorsque tous les symptômes indammatoires sont dissipés , aucun inconvénient , à moins qu'elle ne se trQuve placée en face de la pupille ; mais le plus souvent les abcès s'ouvrent : si c'est en devant , il en résuite des ulcères comme dans les cas de ramollissement simple; si c'est eu arrière, il en résulte un Hypopion.
Lorsque la suppuration envahit une grande étendue de la cornée , celle ci se flétrit presque toujours et s'ulcère dans une grande étendue, soit en arrière, soit en avant, et quelquefois vers ces deux points en même temps.
De quelque manière que l'ulcération.se forme, elle est toujours annoncée par une recrudescence des douleurs, du larmoiement et do la pholophobie; mais enfin au bout d'un temps plus ou moins long , mais qui ne peut être guère moins de quinze jours ou trois semaines, ces accideiis diminuent, le fond de l'ulcère s'élève , ses bords s'affaissent et une véritable cicatrice se forme, c'est-à-dire que la maladie passe à l'état d induration. L'induration n'est pas seulement la suite des ulcères, elle succède très-souvent au ramollis-sèment ou à l'abcès interstitiels. Du ramollissement gris.àlre, la cornée passe successivement au rouge, puis au gris foncé, puis enfin devient tout-à-fait blanche.
Les vaisseaux gonflés disparaissent, ou un petit nombre seulement persistent pendant long-temps , mais dans lous les points qui sont devenus d'un blanc mat la cornée est indurée. Il y a alors un néphélion , un leucoma ou un albugo.
Mais dans quelques cas le ramollissement ou l'abcès ou l'infiltration purulente envahissent toute l'épaisseur de la cornée , et celle-ci se trouve perforée de part en part. Il eu résulte alors la hernie et le staphylôme de l'iris, maladie dont il a
KINO.
KYSTE
déjà été parlé. Par rapport à la texture de la cornée, les suites sont les oiètues , c'est-à-dire qu'il se forme autour de l'ouverture une induration opaque et blanche.
EnQu , la kératite , sans passer par l'état de ramollissement, se termine quelquefois pur gangrène. Cette terminaison a été vue par Sunders, B. Travers et d'autres. J'en ai moi-même observé un exemple : elle suppose toujours une iuflammation très-aiguë. Dans le cas que j'ai observé , onze heures %>nt sixPd pour amener ce résultat chez une vieille femme affectée d'érysipèle à la face et dont les yeux étaient sains la veille au soir. Le lendemain à la visite du matin , les paupières étaient rouges, gonflées , la conjonctive formait un chémosis des plus marqués , la cornée des deux yeux était opaque , d'un gris sale , noirâtre , mollasse et fétide. La malade succomba dans la journée. — A l'autopsie, nous la trouvâmes sans consistance, et se laissant déchirer avec la plus grande facilité.
Traitement- Le traitement delà kératite est celui des ophthalmies en général, et, en particulier, celui des différentes espèces d'oplithalinies auxquelles elle peut être liée.
Les saignées , les sangsues aux tempes, les ventouses scarifiées aux mêmes lieux ; puis les vésicatoires , les pédiluves , les boissons délayantes eu forment la base.
Quand l'inflaramalion est calmée , les applications laudanisées sur la cornée , Iss îiisullatious de calomélas , sont les moyens par lesquels on doit combattre 1 opacité coairaençante et le ramollissement. On peut aussi es.->ayer à detruii e avec le nitrate d'argent les artères qui vont alimenter la maladie. Lorsqu'il s'est lormé des abcès , il vaut mieux eu général les laisser s'ouvrir que da les inciser parce que la matière qui les remplit est tenace, et ne s'écoule qu'avec difficulté.
S'il y a des ulcères, qu'ils soient douloureux et s'étendent , on peut les cautériser légèrement avec le nitrate d'argent iondu jusqu'à ce qu'il n'y ail plus de douleur. Ensuite on en vient aux applications de laudanum et auxinsuiflations de calomélas. Quant aux Néphélions, aux Leucomas, aux Albugos , aux Hypopious, ;iux Hernies de l'iris, aux Staphïlômes de différentes espèces qui peuvent être la suite de la kératite , nous renvoyons à ces dilférens articles , dè même qu'aux ;irlicles Ophthalmie et Scléroïite pour déplus graiuls développemeiis relativement au traitement. ( L.-J. Sakson.)
KERMÈS, ^oj-ez A^•TIM0I^E.
KliXO , substance sur l'origine et la nature de laquelle on a long-temps été incertain,, mais qu'on sait aujourd liui être le suc du pterocarpus sene^alensis. Ce suc découle spontanément sous forme de gouttes qu'on recueille avec soin ; c'est là le véritable kino; mais dans le commerce on trouve sous ce nom des produits plus ou moins analogues et fouruis par divers végétaux. L'origine de ce suc , voisine de celle du sang-dragon, fourni aussi par un ptérocarpus , serait déjà une présomption en faveur île la similitude de propriétés , quand une int«stigation plus profonde ne viendrait pas en démontrer la presque identité. Ainsi quand nos prédécesseurs, moins avancés que nous dans 1 étude des sciences naturelles , se réjouissaient d'avoir enrichi la matière médicale d'un agent nouveau , ils n'avaient fait souvent, comme ici, que nous piéparer des doutes à cclaircir, et des erreurs à relever.
L'élément actif du kino , comme du sang-dragon , comme du cachou , et de beaucoup d'autres médicamens , c'est le tannin , substance bien connue dans sa nature comme dans ses propriétés, qui sont fort actives. C'est dire en un mot ce qu'on en peut attendre rationnellement, et ce que d'ailleurs la pratique empirique avait depuis long -temps démontré. Nous voyons en effet le kino conseillé et employé avec succès dans tous les cas où l'usage des aslringcns peut être avantageux; savoir, dans les flux muqueux ou sanguins chroniques , dans Fiucontinence d'urine ou de semence , dans certaines inflammations des membranes muqueuses avec exsudation couenneuse ; enfin comme moyen de stimuler les surfaces ulcérés ou non dans lesquelles on reconnaissait un état d'atonie en de débilité.
■ D'après cela on s'inquiétera moins si le kino vient effectivement du pterocarpus ou de tel autre arbre , s'il en est sorti par exsudation spontanée, ou qu'on l'ait obtenu par la décoction épaissie ou extrait; l'importance pour le praticien sera d'y trouver en proportion convenable le tannin dont il apprécie l'ellicacité , à laquelle ajoutent peu les substances qui lui sont associées dans ce produit.
Tel qu'on le trouve dans le commerce , et il paraîtrait, d'après des autorités respectables que le véritable kino y est presque introuvable , le kino se présente en morceaux cassans , légers , d un rouge noir, sans odeur, d'une saveur laiblement amère et astringente. Il renferme beaucoup de tannin, mais point d'acide gallique, on y trouve aussi de la chaux ; il se dissout peu dans la bouche, et colore à peine la salive. L'eau froide le dissout peu , l'eau bouillante un peu plus ; il n'y a que l'alcool chaud qui le dissolve complètement.
■ Cette insolubilité serait un motif pour faire penser que celte matière n'est pas très-efîicace, et l'expérience que nous en avons vu faire n'est pas de nature à en donner uue opinion beaucoup plus favorable. On aurait droit d'attendre davantage du véritable kino qui se dissout parfaitement , phénomène qui implique uue différence notable de composition intime. Au i-este, il ne faut pas croire que ce médicament soit d'une indispensable nécessité, et que nous ne possédions pas des végétaux capables de nous fournir un extrait astringent aussi énergique lorsque nous voudrons exploiter les richesses de notre sol , au heu d'aller chercher à grands frais des médicamens souvent inférieurs à ceux que nous avons sous la main.
De nos jours, on a presque généralement abandonné l'emploi de cette substance; sans doute parce qu'on a reconnu qu'il n'y avait pas en sa faveur de motifs de préférence bien fondés. La plupart des praticiens se servent et du cachou et du sang-dragon, et surtout de l'extrait de ratanhia qui est incomparablement |)lus puissant. Cejiendant lorsqu'on l'emploie , on conseille de s'en servir en substance et sous forme de poudre ; ce qui est judicieux , puisque l'eau chaude même n'en retient presque rien. Avec la poudre on prépare des pastilles et des opiats, auxquels on avait coutume autrefois d'ajouter des médicamens aromatiques et toniques. On peut également prescrire avec quelque confiance la teinture spiritueuse, dans laquelle ses principes actifs se retrouvent. La dose de ces diverses préparations n'a pas besoin d'être mesurée bien scrupuleusement , puis<|u'aucune d'elles n'a de qualités délétères. Un demigros , un gros, deux gros même de la poudre jjeuvent éire administrés sans inconvénient à l intéricur, et k plus forte raison extérieurement. Quant à la teinture spii itueuse , un demi-gros à un gros sont la dose la plus ordinaire.
(F. Ratier.)
KYSTE j s. m.; kystus , de xuariç , sac, vessie; enveloppe anormale, sans ouverture, membraneuse, de forme variée, quoique le plus souvent globulaire, développée au milieu des tissus vivans , et contenant des matières diverses , liquides , molles ou solides. Ces enveloppes existent autour de beaucoup de tumeurs , qu'elles séparent des parties saines environnantes, et qui ont reçu de là le nom de fumeurs enkystées.
On a divisé les kystes tantôt d'après la nature des matières qu'ils contiennent, et tantôt d'après leur structure propre ; mais ni l'une ni l'autre de ces classifications n'est irréprochable, d'abord, parce que des enveloppes de texture identique renferment souvent des produits qui diffèrent; ensuite parce que ces enveloppes elles-mêmes ne persistent pas constamment au même état , et sont susceptibles de subir toutes les formes d'altération que le mouvement nutritif, dévié de son ibythme normal , peut imprimer à nos organes. D'où il résulte que des kystes celluleux contiennent presque indifféremment de la matière mélicérique, de la substance alhéromateuse, de la sérosité , ou d autres produits analogues, en même temps qu'ils éprouvent assez souvent des transformations partielles ou totales , en tissus fibreux , cartilagineux , osseux , ou que même ils deviennent fongueux et cancéreux.
Ce qui importe dans la pratique est moins de se rappeler ces catégories , que de rechercher quelle est la structure actuelle d'un kyste que l'on a sous les yeux. Connaître la substance qu'il contient est d'une considération secondaire ; car, c'est moins d'après la nature de cette substance , dont l'économie doit être débarrassée, dans tous les cas, que d'après la texture de l'enveloppe elle-même, que les moyens de traitement doivent être choisis.
Les anatomistes et les praticiens ont émis plusieurs hypothèses relativement h la naissance première des kystes. Adoptant les idées de Morgagni et de Hallcr Louis pensait qu'une exhalation morbide ayant d'abord lieu ilans quelques aréoles du tissu cellulaire, l'humeur qui en provenait s'accumulait sur ce point, puis refoulant autour d'elle, à mesure que sa masse augmentait, les lames celluleusss voisines , celles-ci finissaient par s'adosser, par contracter des adhérences , et par former autour du produit étranger qu'elles continuaient à fournir, une poche plus ou moins dure et épaisse qui 1 enveloppait. Celte explication suppose que 1 humeur exhalée préexiste , ainsi que le fit observer Bichat, à l'organe qui la sépare du saiig. Mais ce grand physiologiste est -il plus près de la vérité, lorsque, assimilant les kystes à toutes les tumeurs , tant inlernes qu'externes, il suppose qu'ils n'en diffèrent qu'en ce qu'ils exhalent et conservent dans leur cavité les matières que les autres produisent et rejettent par leur surface ? Aucune théorie exclusive n'est applicable à la formation des kystes. Il en est qui ne sont que le développement insolite et exagéré d'organes existans déjà dans l'économie , tels sont ceux qui enveloppent la plupart des tumeurs sous-cutanées , des parois du crâne , du visage , ou de quelques autres parties du corps, et qui contiennent de la matière sébacée ou mélicérique : à cette catégorie doivent être rapportés aussi certain kystes qui, selon le sentiment de RÎM. Récamier et Cruveilhier, seraient formés par les vésicules adipeuses , dont la sensibilité-et le mode d'action sont dérangés , et aussi les tumeurs enkystées qui se développent aux dépens des vésicules des ovaires.
D'autres kystes résultent manifestement de l'adosscment , de l'iiiflaramation et de la transformation du tissu cellulaire en membrane. Ceux qui enveloppent les corps étrangers venus du dehors, les épaucheinens sanguins dans le cerveau ou dans l'épaisseur des membres , certaines tumeurs fibreuses ou squirrheuscs ne reconnaissent pas d'autre origine.
11 est enfin des kystes qui, comme le pensait Louis , semblent dépendre d'une exhalation surabondante , opérée dans le tissu cellulaire , et qui s'enveloppe d'une membrane formée aux dépens de ce tissu. Les kystes séreux , qui se forment dans quelques parties dont le tissu cellulaire est lâche , lamelleux et abreuvé d'humidité perspiratoiie , nous semblent constitués de cette manière. En examinant certaines bydropisies ou kystes du cordon lesticulaire , ne semble-t- il pas voir une portion de tissu cellulaire de cet organe condensée, dilatée , transformée en membrane, pour contenir le liquide qui s'est exhalé dans quelques-unes de ses aréoles? Les argumens de Bichat ne sauraient lutter avec avantage ici contre l'évidence qui naît de l'inspection anatoinique.
Tous les kystes peuvent sans doute ne pas être rapportés à ces trois modes de formation. Il eu est dont la texture est si différente de celle des parties environnantes, et qui contiennent des productions si étranges ou si compliquées , que l'on ne saurait remonter avec .Tssurance jusqu'à kur naissance , et déterminer le mécanisme de leur origine. 11 ne faut pas oublier, toutefois , que, dans
KYSTE
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ce cas, le ilcbut est souvent très-simple, et que le temps seul suffît pour amener à sa suile une foule de transformations seconilaires , soit dans la membrane formatrice , soit dans les matières qu'elle contient et exhale. Le dérangement, inflammatoire ou non, une fois survenu dans la nutrition des tissus viyans , et les élémens du kyste, celluleux ou autres, étant rassemblés, toutes les formes d'altération peuvent en un nombre d'années plus ou moins long s'y manifester. Certains kystes sont même susceptibles d'acquérir graduellement une organisation assez compliquée, puisque l'on a vu leur surface interne se couvrir de poils , nés de follicules développés dans l'épaisseur de leurs parois. On sait avec quelle facilité ils s'épaississent, acquièrent de la densité, et se transforment en membrane de nature variée , plus ou moins solide. Il ne faut en aucun cas confondre ces altérations accidentelles et consécutives des kystes , avec ce qu'ils étaient à leur début , et rapporter à leur origine les caractères plus ou moins étranges et curieux qu'ils offrent après une existence de plusieurs mois , ou d'un grand nombre d'années.
Tous les kystes sont donc pour nous des poches ou des enveloppes , fournies aux dépens des élémens primitifs de nos tissus , qui ont éprouvé, dans des circonstances, tantôt parfaitement connues, et tantôt indéterminées , des modifications de nutrition, et par suite de structure, d'où sont résultées leurs dispositions ainsi que leurs fonctions nouvelles.
Tous les kystes offrent deux surfaces, dont une est interne, plus ou moins lisse et analogue aux membrane séreuses , et l'autre externe, en contact avec le tissu cellulaire, qui souvent l'enveloppe sans lui adhérer intimement , et quelquefois semble se confondre avec ses couches les plus superficielles. Tous exhalent ou fournissent par leur face interne la matière qu'ils renferment, et dans laquelle on peut très-souvent faire naitre à volonté des chaugemens plus ou moins considérables , en appliquant sur eux divers stimulans, qui modifient leur m'ode d'action, ou leur vitalité. Cette matière, contenue dans les kystes , varie au surplus de nature et de consistance depuis une sérosité limpide, analogue à celle que sécrètent les plèvres, le péritoine ou la tunique vaginale , jusqu'à des substances analogues au suif, au fromage , à la craie ; dans plusieurs on trouve des concrétions de phosphate et de carbonate de chaux, des granulations cartilaginiformes et même des corps organisés vésiculeux , tels que les hydatides.
Il est ordinairement fort difficile de déterminer à l'avance la matière contenue dans les kystes. Toutefois , ceux qui sont extérieurs , sous-cutanés , exactement globuleux , avec amincissement du derme , qui semble adhérer à leur surface, contiennent presque constamment de la matière sébacée, blanchâtre, friable, à demi concrète. Cens qui occupent les interstices musculaires, au cou, au dos, dans l'épaisseur des meuibres, ont, le plus communément, des parois minces , celluleuses , affectent des formes irrégulières, et contiennent ou de la sérosité, ou un pus albumineux , dans lequel nagent des flocons opaques pl-us ou moins allongés et abondans. Les kystes des environs des articulations et des gaines tendineuses, véritables appendices des membranes synoviales , sont fortifiés au dehors par les lames fibreuses , tapissés en dedans par un feuillet séreux, et contiennent de la synovie exempte de toute altération. Quelques uns cependant, développés près du poignet, le long des tendons fléchisseurs des doigts , et en partie sous le ligament annulaire antérieur du carpe , renferment de petits corps irréguliers, à demi transparens, nageant dans delà sérosité, et qui ressemblent assez bien à des grains de sable. Enfin les kystes intérieurs, et spécialement ceux qui semblent dépendre du foie , renferment ordinairement des hydatides. Ceux des ovaires , qui constituent la plupart des hydropisies enkystées, contiennent des matières liquides excessivement variées, tantôt séreuses , tantôt sanguinolentes, tantôt gélatiniformes ; ou semblables à Je la gelée de groseilles , etc.
Le prognostic des kystes varie selon leur situation, leur étendue, la gêne qu'ils apportent à l'exercice des fonctions , la rapidité de leur accroissement, et la facilité avec laquelle ils se prêtent à l'application des instrumens de la chirurgie.
Les topiques d'aucune espèce ne suffisent ordinairement pour déterminer l'absorption des matières contenues dans les tumeurs de ce genre , et l'oblitération ainsi que la disparition de leurs enveloppes. J'ai vu cependant des kystes, et un entre autres , qui était situé à la partie antérieure et profonde de la jambe, entre les extrémités supérieures des muscles jambier antérieur et long extenseur commun des oiteils, disparaître spontanément pendant que Je malade hésitait à s'en faire délivrer par l'opération. Mais en général le seul moyen de les guérir est f'e les attaquer à l'aide des procédés chirurgicaux.
Les caustiques appliqués à la surface des kystes , afin de détruire avec les parties qui les recouvrent une portion de leur étendue, et d'exciter dans leur cavité une inflammation éliminatoire , ne doivent être que très-rarement employés. Leur action irritante peut acquérir plus d'intensité qu'on ne le désire , s'étendre au loin , et devenir dangereuse , soit en provoquant des accidens primitifs graves, soit en déterminant des dégénérescences ulcéreuses ou fongueuses dans la tumeur. M. Larrey attaque souvent les kystes du derme chevelu en les traversant, d'un côté à l'autre, avec un cautère en rondacbe , chauffé à blanc, et en les divisant dans toute leur hauteur avec cet instrument. La matière contenue dans le ky.^te est ensuite facilement extraite par la pression , et les parties sont abandonnées à l'inflammation , qui les modifie , change leur texture, les fait suppurer, et se termine enfin par la cicatrisation de la plaie. Ce procède, plus effrayant encore que douloureux , a plusieurs fois réussi ; mais il en est de plus simples , et par conséquent de préférables.
L'extirpation des kystes est le procédé le plus généralement mis en usage ,
celui qui présente le plus d'avantages toutes les fois qu'il n'exige pas que l'on pénètre à de trop grandes profondeurs , et que l'on produise dans des parties sensibles des délabremens trop étendus. Il est applicable , en particulier, à tous les kystes sous-cutanés, plus ou moins enfoncés dans le tissu cellulaire. Ouvrir la peau par une incision simple , ou quelquefois cruciale , arriver aux parois du kyste, détacher les lames celluleuses qui le retiennent, à l'aide des doigts, du manche. d'un scalpel ou de la lame du bistouri, et enfin l'extraire , tel est le procédé fort simple à l'aide duquel on pratique cette opération. La tumeur sort même quelquefois par la pression exercée en la soulevant et en pinçant les parties pour la faire passer à travers la plaie , c'est-àdire par une véritable énuclcation. Lorsque le kyste a été retiré , les parties molles sont rapprochées, réunies à l'aide d'emplâtres agglutinatifs , et la cicatrice ne tarde pas à s'opérer par première intention.
Aux paupières, à raison de la ténuité de ces organes, l'extirpation offre souvent d'assez grandes difficultés , et l'on réussit très-bien à opérer la guérison, en fendant la surface du kyste , en faisant sortir la matière cju'il renferme , en remplissant ensuite sa cavité de charpie, et en l'abandonnant à la suppuration. J'en ai plusieurs fois guéri en les touchant à diverses reprises avec du nitrate d'argent fondu , qui déterminait à leur surface une escarre , k la chute de laquelle l'évacuation s'opérait , et commençait le travail de la détersion de la plaie.
Les kystes séreux, étendus, placés dans les interstices musculaires , ne peuvent presque jamais être enlevés en totalité. Il suffit de mettre leur surface externe à découvert, de les inciser largement, et, en remplissant leur cavité de charpie mollette , de provoquer dans leurs parois une inflammation médiocrement vive. On peut exciser avec des ciseaux la partie la plus superficielle de la poche anormale ; cette soustraction diminue l'étendue de la surface que l'inflammation doit envahir, et doit être pratiquée toutes les fois que le kyste est considérable et saillant ; mais elle n'est jamais indispensable pour procurer la guérison.
Les kystes séreux peuvent encore être attaqués par la ponction , suivie de l'injection dans leur cavité d'un liquide irritant, tel que le vin , afin de provoquer une inflammation adhésive dans leur cavité. J'ai une fois réussi par ce procédé , dans un cas de kyste très-volumineux à la région dorsale , et d'autres personnes ont obtenu des succès semblables ; mais j'ai vu aussi l'injection provoquer des inflammations excessives , de la fièvre , une suppuration abondante dans la tumeur , qu'il fallait ensuite ouvrir, et divers accidens plus ou moins graves. L'incision, avec ou sans injection partielle des parois de la tumeur, a des suites plus simples , plus régulières , et procure des guérisons ;i la fois plus sûres et moins souvent précédées d'orages.
On abandonne assez généralement à eux-mêmes les kystes intérieurs , développés dans les cavités splanchniques , et dont la nature ainsi que les rapports sont souvent entourés d'obscurité. On a exposé à l'article Acéphaloctste le procédé recommandé par M. Récamier pour arriver à la connaissance de ce que contient la tumeur, et pour en opérer la guérison. Ce procédé n'est pas exempt de dangers , soit lors delà ponction exploratrice, opérée au moyen d'un trois-qnarts presque capillaire, qui peut blesser ou traverser des parties importantes , soit par le fait de l'application de la potasse caustique, dont l'influence peut également s'étendre à des organes qu'il importe de ménager, ou qui peut provoquer dans le péritoine une inflammation excessive, comme on lei voit pour la tunique vaginale , dans la méthode du caustique appliquée à I4 cure de l'hydrocèle.
J'ai cru devoir substituer à ce procédé, dans lequel le chirurgien agit ei} aveugle et au hasard , une opération plus méthodique, pendant laquelle l'instrument n'est pas perdu de vue un seul instant, et où les parties sont divisées successivement sans qu'aucun épanchement dans la cavité abdominale soit jamais h redouter. La tumeur ayant été reconnue , ses limites déterminées aussi! e xacteraent que le permettent l'épaisseur des parois abdominales , et sa fluc- ' tualion parfaitement constatée , le sujet doit être couché dans son lit, les membres inférieurs relevés vers le ventre, la tête soutenue par des oreillers. Le chirurgien pratique ensuite sur la partie la plus saillante de la tumeur une in- l cision longitudinale de deux à trois ou quatre pouces qui comprend successivement la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, les couches musculaires et aponcvrotiques de la paroi abdominale; et enfin le péritoine, qui doit être' soulevé et ouvert comme s'il s'agissait de pénétrer dans un sac herniaire , et qu est ensuite incisé sur une sonde cannelée dans une étendue égale à celle de U plaie externe. Si des vaisseaux sont divisés , ils doivent être liés aussitôt, afir que le sang ne recouvre pas les parties et ne puisse pénétrer ensuite dans li cavité péritoniale.
Arrivé dans l'intérieur du ventre , le chirurgien aperçoit la surface du kyste soit immédiatement , soit recouverte par l'épiploon. Dans l'un comme dan ' l'autre cas , il ne va pas au-delà. La plaie est pansée avec un linge fenêtré en duit de ccrat, de la charpie, quelques compresses, et un bandage de corps' Cet appareil est laissé trois jours en place. Après ce temps, il doit être levé> et l'on trouve que le kyste adhère solidement aux lèvres de la plaie extérieurej Rien n'est aussi facile alors que d'inciser ses parois , dans les limites de ce! adhérences , et de provoquer la sortie des matières qu'il contient, sans que 1 moindre quantité puisse s'en épancher dans l'abdomen. La pression de l'air, 1 rétraction îles muscles , et l'action même des viscères abdominaux , favoriseï la sortie graduelle de la suppuration ; une canule est placée, si on le juge utiU entre les lèvres de l'ouverture, afin de la maintenir béante jusqu'à ce que h parois^l'U kyste se soient rapprochées et aient oblitéré sa cavité.