J. BOUILLAUD
LYMPHATIQUE. ( Maladies uu système ). Les vaisseaux et les ganglions lymphatiques sont sUiSceptibles des mêmes genres de maladie que les autres système organiques, et les divers appareils à la composition desquels concourent ces systèmes ou tissus générateurs , comme le disait Bichat. Toutefois , il faut i convenir que , malgré les travaux de nos prédécesseurs et les propres recherches de nos contemporains , la pathologie du système lymphatique est l'une ' des parties de la science qui laissent le plus à désirer, soit qu'il s'agisse delà partie contenante de ce système (ganglions et vaisseaux), soit qu'il s'agisse delà : partie contenue (lymphe). Et ce que nous disons de la pathologie de ce système ' ne s'applique malheureusement qu'avec trop de justesse à son anatomie et à sa physiologie , lesquelles doivent néanmoins beaucoup aux travaux des Hewson , ! des Hunter , des Kruikshank , des Monro , des Mascagni , des Dupuytrcn , des Magendie , etc. \
S il fallait en croire l'un de nos médecins contemporains les plus recommandables , l'histoire des maladies du système lymphatique embrasserait pour ainsi dire celle de toutes les autres maladies. Ce médecin , en effet ( M. le docteur Alard), a essayé de placer le siège des maladies en général dans le système dont il s'agit. ( 'Voyez son ouvrage intitulé : Du siège et de la nature des maladies , ou ' Nouvelles considérations touchant la véritable action du système absorbant dans les phénomènes de l'économie animale). Justice, un peu sévère , a été prompteaient faite d'une manière de voir aussi exclusive. Déjà ce même auteur, dans un travail intéressant sur une ma/rtt/ie particulière au système ly mphatique , avait fait preuve d'un penchant bien prononcé pour les idées d'unité et d'exclusion, puisque, après avoir rapporté à l'inflammation cette maladie parlicu-: licre au système lympJiatique , il ne craignait pas de manifester l'espérance que, bientôt , peut-êire , il serait permis de dire que le mode de toutes les maladiei est le mène. Au reste , M. Alard ne se donnait pas alors les honneurs de celtf généralisation vraiment extrême, pui.«qu"il la trouvait formellement établit^ dans cette sentence du père de la médecine : Morborum omnium unus et ideri ^ modus est : locus vero ipse eorum dijj'ercnliam fticit. Nous recommandons à no: modernes hypocratistes cet étrange aphorisme.
Deux ans après le travail de M. Alard sur l'inflammation des vaisseax lym ^ pliatiques , M. le professeur Broussais , dans un des plus beaux ouvrages di ; commencement de ce siècle (Histoire des phlegmasies chroniques ) , fit jouer ui rôle important au système lymphatique dans la production des lésions anato ;
miques qu'entraînent à leur suite plusieurs inflammations chroniques.
Depuis que la physiologie et la pathologie du système veineux ont fait de si grands et de si heureux progrès, plusieurs phénomènes normaux et anormaux dont nos prédécesseurs avaient placé le siège primitif ou le point de départ dans le système lymphatique, relèvent au contraire , si l'on peut parler ainsi , du système veineux.
Il ne peut entrer dans notre intention , pas plus que dans le plan d'un dictionnaire, de faire ici l'inventaire détaillé de tout ce que possède la science sur les diverses maladies du système lymphatique. Contentons-nous donc de l'aperçu suivant.
§ le"'. Lésions des vaisseaux Lymphatiques.
1° Des lésions purement inécanit/ues ou physiques peuvent se rencontrer dans les vaisseaux lymphatiques. Ainsi, par exemple, on les a trouvés dilatés , re'trécis , oblitérés : le canal thoracique lui-même , peut être complètement oblitéré ; M. Andral l'a vu transformé en une sorte de cordon fibreux entièrement plein , dans un espace correspondant aux corps des troisième, quatrième en cinquième vertèbres du dos , cas dans lequel le cours de la lymphe avait continué au moyen d'un système anasfomotique (pour l'influence que peuvent exercer le rétrécissement et l'oblitération des vaisseaux lymphatiques sur la production des hydropisies , nous renvoyons à l'article htdropisie). Les vaisseaux lymphatiques subissent souvent îles solutions de continuité . par l'efiet des diverses causes vulnérantes. Us présentent aussi parfois des vices de conformation , de position et de distribution qui rentrent dans la grande classe des anomalies primitives de l organisation.
2» Des lésions chimiques , c'est-à-dire des lésions des structure intime, de nutrition, de sécrétion, ont été aussi rencontrées dans les vaisseaux lymphatiques. On a trouve, par exemple, leurs parois amincies, ou épaissies, hypertrophiées ou atrophiées, ramollies ou indui ées, suppurées, etc. ( Il est incontestable que quelques-unes de ces altérations étaient des conséquences, ou des produits de ce mode morbide qu'on estconvcnu de désigner sous le nom d'inflammation, et qui comporte , comme on sait, un si grand nombre de formes et de degrés). « Trois fois seulement, dit M. le professeur Andral ( Anat. palhoL.) , les » parois du canal thoracique m'ont paru injectées et rouges : dans l'un de ces » cas, il y avait en même temps du pus dans la cavité du canal ; ses parois « étaient épaissies et friables.... Chez une femme atteinte d'un cancer utérin, 0 on trouva le canal thoracique beaucoup plus volumineux que de coutume ; il » apparaissait comme un cordon d'un blanc mat.... De sa surface interne , où » l'on voyait un liquide puriforme , s'élevaient un grand nombre de petits corps )> arrondis, se continuant avec le tissu des parois du canal, et qu'on aurait » pris pour des ganglions d'un petit volume chroniquement enflammés. Dans ■1 l'intervalle de ces tumeurs les parois étaient considérablement épaissies , d'un ■1 blanc mat , sillonné çà et là de lignes rougeàlres , et ailleurs réduit en une i> pulpe d'un gris rouge sale... »
M. Andral ajoute qu'il a observé dans les vaisseaux lymphatiques les mêmes idtéralions que dans le canal thoracique. Chez une femme phthisique , dont les , intestins étaient parsemés de nombreuses ulcérations, ce savant observateur a • trouvé sur la surface externe de ces mêmes intestins , là où intérieurement i existaient les ulcérations , des vaisseaux lymphatiques parfaitement bien dessi- ) nés, qui présentaient, d'espace en espace, de petits renflemens arrondis, blanchâtres et très durs. Au premier examen, on les eût pris pour des grains tuberculeux disséminés sous la tunique péritonéale de l'intestin ; mais il n'en était rien , dit M. Andral , et chacun des grains était le résultat d'un èpaississement partiel des parois des vaisseaux lymphatiques , occupant probablement le point correspondant aux valvules. 11 n'y avait d'ailleurs aucune matière morbide 1 à l'intérieur même des vaisseaux. « 'Voilà encore , dit en terminant M. Andral ^ >i un cas où une lésion, qui aurait pu être prise très facilement pour un pron duit nouveau, se trouve ramenée à n'être autre chose qu'une altération de la » nutrition d'un tissu normal. « ; 3° Des lésions dites vitales ou dynamiques (lésions nerveuses, lésions sans I matière de certains auteurs, etc.) peuvent, sans doute, exister dans les vais- I seaux lymphatiques comme partout ailleurs ; mais il faut convenir que des lésions de ce genre deviennent de plus en plus rares, grikce aux progrès de la méthode d'observation usitée aujourd'hui en médecine comme dans toutes les autres sciences physiques. Que de maladies considérées autrefois comme un pur résultat de la sthénie ou de l'asthénie des vaisseaux lymphatiques rentrent dans i les précédentes catégories !
5 II. Lésions des ganglions lymphatiques.
On a rencontré dans les divers ganglions lymphatiques , tant extérieurs qu'intérieurs, les raêm"es altérations que d>ins les vaisseaux lymphatiques, dont ils sont en quelque sorte les réservoirs ou les aboutissans. Il serait superflu de les enumérer de nouveau. Notons seulement en passant que bien souvent les maladies des ganglions sont consécutives à celles des vaisseaux lymphatiques euxmêmes , et aux altérations que peut éprouver le liquide qui circule dans ces vaisseaux. A l'article ly mphangite , nous avons insisté ,' au reste , sur quelquesunes des lésions anatomiques dont les ganglions lymphatiques peuvent être le siège , et sur les rapports qui existent entre les inflammations de ces ganglions elles organes d'où ils reçoivent leurs vaisseaux lymphatiques.
§ III. Lésions de la lymphe.
Nous avons indiqué , en parlant des lésions physiques et mécaniques des vaisseaux lymphatiques, l'obstacle qui pouvait en résulter pour le cours de la lymphe. Nous ne devons nous occuper ici que des lésions que peut éprouver la lymphe dans ses propriétés physiques et chimiques , et pour ainsi dire dans son DicT. DE Médecine et de Chirurgie pratiques.
organisation. On a fait jouer autrefois un grand rôlé à ce liquide dans la production des maladies; mais malheureusement, jusqu'ici, on avait supposé, imaginé , plutôt qu'observé , les altérations de la lymphe. Contentons-nous de signaler celles qui ont été décrites ; nous n'aurons que trop tôt épuisé ce sujet , car celte partie de nos connaissances médicales est encore bien peu avancée, et réclame de longues , de nombreuses et difficiles recherches.
La quantité de la lymphe peut être augmentée [hyperlymphie) ou diminuée (hypolymphie) ; elle est augmentée , par exemple , chez les sujets d'un tempérament lymphatique , et certainement elle est diminuée chez les individus tombés dans le marasme, soit à la suite de maladies chroniques , soit à la suite de l'inanition. Ce n'est pas seulement dans sa quantité , mais aussi dans sa qualité que la lymphe peut éprouver des changemens. Le plus ou moins de fluidité de la lymphe est une des questions qui ont le plus occupé les humoristes du siècle dernier et du commencement du nôtre. On sait quel rôle ils ont fait jouer à l épaississement de la lymphe dans la théorie d'un assez grand nombre de maladies. Que nous reste-t-il de toutes les discussions qui se sont élevées à ce sujet Rien ou à-peu-près. Pourquoi ? parce que les opinions émises par ceux qui ont pris part à ces discussions sont purement conjecturales, hypothétiques, qu'elles ne reposent enfin , ni sur des observations précises , ni sur des expériences directes. Or, un esprit sage et vraiment philosophique n'admet pour vraies que des opinions appuyées sur la base large et solide de la saine observation et de la saine expérience. Certainement, la raison nous porte à penser que , comme le sang et d'autres liquides, la lymphe peut augmenter ou diminuer de fluidité ; mais , je le répète, nous ne possédons presque rien de précis et de positif à cet égard. C'est là encore un de ces sujets peu explorés , pour ainsi dire vierges ^ qu'on ne saurait trop recommander à l'attention des vrais observateurs. La concrétion ou solidijication de la lymphe, considérée comme le dernier terme de son épaississement, est une lésion qui a cependant été rencontrée par quelques médecins modernes.
Il y a déjà un certain nombre d'années que M. Dupuytren trouva une matière puriforme dans les vaisseaux lymphatiques d'un des membres abdominaux où existait un loyer purulent. Ce fait remarquable a été cité depuis par tous les physiologistes qui ont discuté la question de savoir si les lymphati(jues possédaient ou non la faculté d'absorber, soit la sérosité, soit diverses matières déposées accidentellement ou pathologiquement dans nos organes. Dans l'état actuel de la science, il est difficile encore, dans beaucoup de cas, de déterminer si une matière purulente, plus ou moins concrète, rencontrée dans les vaisseaux lymphatiques , s'y trouve par suite d une résorption ou bien par suite d'une suppuration de ces vaisseaux avec concrétion |jlus ou moins prononcée de la partie coagulable que contient normalement la lymphe. Mais quelle que soit l'origine de la matière morbide que l'on trouve ainsi parfois dans le système lymphatique , toujours est-il que ce liquide est altéré et dans sa consistance et dans sa composition chimique , et c'est là pour le moment la circonstance qui nous intéresse. MM. Andral , 'Velpeau , Tonnellé, Nonat , Cruveilhier, Duplay et plusieurs autres ont également eu l'occasion de trouver du pus soit dans les vaisseaux lymphatiques, soit dans le canal thoracique lui-même. Au lieu du pus , M. Andral a trouvé plusieurs fois dans les lymphatiques une matière concrète , blanche, friable, semblable à des tubercules. Le canal thoracique en était rempli , chez une femme qu'il ouvrit, en 1824 , et qui avait succombé à un cancer utérin. Dans un autre cas de cancer utérin , le même observateur rencontra une matière d'apparence tuberculeuse : 1° dans plusieurs lymphatiques inguinaux; 2° dans d'autres lymphatiques qui se dessinaient sur les parois du bassin; 3° dans les lymphatiques de la périphérie du poumon; 4° dans le canal thoracique. ( Recherch. pour servir à l'Iiist. des malarl. du syst. lymphat. , dans les Archiv. de méd., t. vi ; voy. aussi le Précis d'anat. pnthol. du même auteur. )
Un vaisseau lymphatique et le canal thoracique lui-même j)euvent être complètement oblitérés par les matières concrétées qui existent dans leur cavité. Il se développe alors quelquefois , ainsi que nous l'avons dit plus haut, un système anastomotique pour la continuation du cours de la lymphe.
Ce n'est pas seulement du ])us plus ou moins concret ou de la matière tuberculeuse ( laquelle suivant nous n'est bien souvent qu'une des nombreuses variétés que la matière de la suppuration peut présenter) , qu'on a rencontré dans le système lymphatique. Mascagny et Saunders prétendent avoir trouvé un liquide semblable à de la bile dans les lymphatiques du foie. M. Andral a souvent observé une teinte jaune très-prouoncée dans la lymphe du canal thoracique, chez les ictériques.
Selon Sœmmering, des amas de phosphate calcaire ont été trouvés dans les vaisseaux lymphatiques. Dans sa thèse inaugurale , M. Lauth rapporte que , dans un cas de carie de l'os des îles, les vaisseaux lympliatiques du bassin étaient remplis de matière osseuse; dans divers cas d'épanchemens sanguins , dans la plèvre ou le péritoine , Mascagni raconte que plusieurs des vaisseaux lymphatiques qui rampaient sous ces membranes étaient remplis de sang. Ces faits ne doivent pas être admis sans quelque réserve , si l'on se rappelle que , d'une part , Mascagni qui s'est immortalisé par ses beaux travaux anatomiques sur le système lymphatique, accordait un peu trop à leur puissance d'absorption , et que d'autre part, la lymphe présente parfois, sans mélange de sang avec elle , une teinte un peu rosée. M. Magendie a rencontré cette teinte dans la lymphe d'animaux soumis à un jeûne prolongé. On objectera , peut-être , que dans les cas de ce genre, une certaine quantité de la matière colorante du sang avait pénétré dans le torrent lymphatique.
Mais en voilà bien assez sur les maladies du système lymphatique et de la