J. BOUILLAUD
MAGNESIE , MAGNESIUM {clam. , médicale el ihérapeulique). La magnésie est une base salifiable qui réunit à l'insolubilité presque complète dans 1 eau des substances terreuses, la propriété caractéristique des alcalis de verdir le sirop de violettes ; aussi a-t-elle pendant quelque temps formé avec la chaux nue petite section, parmi les bases salifiabies , tlésignée sous le nom de slances terreuses alcalines. A cette époque également, on considérait la magnésie comme un corps simple; mais on sait aujourd'iuii qu'ella est foriïiée par la combinaison de l'o.'iigène avec un métal particulier, qui a été nommé magnésium.
Le magnésium , tel que 1\L Bussy l'a obtenu par la décomposition du chlorure magnésique, au moyen du potassium , est sous la forme d'une poudre gris de fer, brillante , malléable, infusible , sans action sur l'air et sur l'eau à la température ordinaire, absorbant l'oxigène à la chaleur rouge et formant de la magnésie.
La magnésie, combinée à différentes proportions d'acide silicique (silice) et d eau, forme la base des pierres connues sous les noms d''asbcste ^ de talc , de stèaiite , de serpentine , de pierre ollairc, Ae marmolilhe , etc. Elle existe aussi mais plus rarement, à l'état d^ltydrale pur, de borate et (\e cardonule ; eadii on la trouve à l'état àlijdrochloralc et de sulfate , dissoute dans l'eau de la mer et dans celle des fontaines d Ejisom , en Angleterre , d Égra , de Sedlitz et de Seydschutz, en Bohême. C'est même des eaux de ces fontaines que l'on retire la majeure partie du sulfate de magnésie du commerce , qui sert ensuite a la préparation du carbonate de magnésie, delà magnésie calcinée et des diflérens sels magnésiens.
Magnésie pure ou magnésie calcinée. On l'obtient en calcinant à une forte chaleur ï hjdro-carhonaLc de magnésie du commerce, que l'on a soin de choisir Irès-bianc et très-léger. L'eau et l'acide carbonique se dégagent et la maguésie reste. Elle est sous la forme d'une poudre blanche , bien moins légère qu'avant la calcination , s'allachant aux corps qu'elle touche, insipide, inodore, insoluble dans leau, et verdissant néanmoins le sirop de violettes; elle attire trèslenicment l'acide carbonique de l air. Elle doit se dissoudre complètement et sans eiTervesccnce dans l'acide sulfurique affaibli ; elle forme alors lin sulfate facile à reconnaître à sa saveur amère et a ses autres propi iétés.
La magnésie pure est la substance la plus propre à combattre les empoisonncmens par les acides minéraux; elle les neutralise à l'instant, et l'on peut en avaler un excès sans danger ( vojez Contre-poisos ). Le carbonate de magnésie jouit des mêmes propriétés ; mais il aurait l'inconvénient de distendre l'estomac par un volume considérable d'acide carbonique , ce qui est cause qu'on doit le rejeter. La magnésie est aussi employée pour combattre les aigreurs qui se forment dans les voies digestives ( vq/es Aigreurs ), pour dissoudre et même empêcher la lormation des calculs vésicaux composés d'acide urique (voy. CalccLs). Enliuelle purge légèrement, étant administrée à la dose de quatre gros à une once , délayée dans de l'eau sucrée : soit que la propriété purgative lui soit inhérente, ou qu'elle résulte de la formation dans l'estomac de quelque sel magnésien soluble. {l^oyez FoncATirs.)
Ilydro-carbonale de magnésie, dit aussi carbonate de magnésie ou magnésie •-nciie. Cette substance , que l'on trouve dans le commerce sous forme de bri-
ques carrées, Irès-blancbes et très-légères , se prépare en pre'cipitant une dissolution de sulfate de magnésie purifié par du carbonate de potasse. Il se forme du sulfate de potasse qui reste en dissolution , et un précipité qui n"est pas un simple carbonate répondant au carbonate alcalin eiïîployé , parce qu'il se dégage , même à froid, une portion d acide carbonique qui se trouve remplacée par de l'eau. On chauffe afin de volatiliser cet acide carbonique , lequel sans cela retiendrait une partie du précipité en dissolution. On lave exactement le ]irécipité, et on le fait sécher. Il est alors très-blanc, très-léger, soluble avec effervescence dans les acides sulfurique, nitrique et hydrochlorique. Son usage à l'intérieur n'a d'inconvénient qu'en raison de cette effervescence même, lorsqu'on l'emploie à forte dose pour remédier aux euipoisonnemens par les acides minéraux ; mais cet inconvénient cesse d'en être un , et même tourne à l'avantage du médicament , lorsqu'on emploie le carbonate à petite dose contre les aigreurs de l'estomac qui résultent d'une mauvaise digestion, car alors l'acide carbonique dégagé agit comme stimulant , et contribue à rétablir les fonctions digestives , de même que cela a lieu pendant l'usage des carbonates alcalins , et des eaux chargées de gaz carbonique.
Hfdrochlorate de magnésie. Ce sel ne s'emploie guère que dans la préparation des eaux minérales artlGcielles ; il est amer, déliquescent , très-soluble dans l'eau et dans l'alcool, et difficile à obtenir cristallisé. On le prépare cependant en dissolvant du carbonate de magnésie dans de l'acide hydrochlorique , de manière à neutraliser entièrement l'acide, filtrant et faisant évaporer la liqueur à la température de l'eau bouillante, jusqu'à ce qu'elle refuse de se concentrer davantage. Une plus forte chaleur décomposerait le sel et en dégagerait 1 acide ; aussi ne peut-on pas l'obtenir entièrement sec , et encore moins à l'état de chlorure anhydre. Celui-ci ne peut s'obtenir qu'en faisant passer dti chlore ou de l'acida hydrochlorique gazeux sur de la magnésie chauffée au rouge.
Sulfate de magnésie, nommé aussi sel d^Epsom, sel de Sedlitz, sel cathartique amer. On obtient ce sel soit par l'évaporation des eaux qui le contiennent, soit par l'exposition à l'air humide des schistes qui renferment à la fois du sulfure de fer et de la magnésie; l'oxigène de l'air est absorbé , et il se forme de l'acide sulfurique et de l oxide de fer ; mais l'acide se porte de préférence sur la magnésie. On obtient donc le sel formé en lessivant la matière elfleuric , faisant éva" porer les liqueurs et cristalliser.
Le sulfate tie magnésie est blanc, ordinairement cristallisé en prismes aiguillés à quatre pans, trcs légèrement efOorescens à l'air, et d'une saveur amère fort désagréable. Il est soluble dans partie égale d'eau, à la teuipératurede quinze degrés, et dans beaucoup moins d'eau bouillante; il est presque insoluble dans l'alcool.
Le sulfate de magnésie dissous dans l'eau , jouit, comme sulfate , de la propriété de former avec le nitrate de baryte un précipité insoluble dans l'acide nitrique, et comme sel magnésien , des caractères suivans :
La potasse caustique y forme un précipité blanc , insoluble dans un excès d'alcali.
L'ammoniaque y détermine un précipité blanc, qui n'a pas lieu si, avant d'ajouter l'alcali, on acidifie suffisamment la liqueur avec de l'acide sulfurique» hydrochlorique ou nitrique.
Les bi-carbonates alcalins n'y forment aucun précipité à froid.
Le sous-phosphatc d'ammoniaque y (oviue un précipité grenu , très-abondant, de sous-phosphate ammoniaco-magnésien , sel presque insoluble dans l'eau, dëcomposable par la chaleur et les alcalis.
Loxalate d'ammoniaque ne lo précipite pas.
Le sulfate de magnésie est très-usité comme purgatif. On le prend le matin, à la dose d'une once à deux, dissous dans trois ou quatre verres d'eau, soit pure, soit chargée d'acide carbonique. On lui substitue souvent, dans le commerce , le sulfate de soude provenant de l'exploitation des eaux salées de l est de la France, auquel on a donné la même forme aiguillée, et cette substitution est même tellement habituelle, que ce sulfate de soude ne porte pas d'autre nom que celui de sel d'Epsom de Lorraine. On reconnaît cette fraude aux caractères suivans : Le sulfate de soude est moins amer, et s eflleurit complètement à l'air; il n'est précipité par aucun alcali ni carbonate alcalin. Gijibouht.
MAGNETISME ANIMAL. Je vais toucher une étrange matière. Il me sera difficile, dans un tel sujet, de conserver toujours le ton sérieux çui convient à c[uiconque s'occupe de recherches scientifiques en général , et de recherches médicales en particulier. J'ose espérer qu'on ne me fera pas un reproche de ce qui est la faute du sujet. S'il existe , dans le magnétisme animal, des choses plaisantes, ridicules, absurdes, extravagantes, ce n'est pas à l'auteur de cet article qu'il faut s'en prendre. Tout ce que je demande à ceux qui liront le présent article, qu'ils soient ou non partisans du zoo-magnétisme, c'est qu ils soient et demeurent profondément convaincus qu'il n'est pas dans mes intentions d'otfenscr le moins du monde les personnes dont je ne partage pas les opinions magnétiques. J'ai toujours eu et j'aurai toujours pour maxime, de discuter librement les doctrines, et de respecter leurs auteurs : ceux dont les opinions se trouvent attaquées dans mon article peuvent en agir ainsi avec les miennes; s'ils ont tort , j'aurai bien fait de les combattre ; s'ils ont raison, au contraire , tous les coups que je leur aurai portés rejailliront en quelque sorte contre moi, et je succomberai sous le poids de mes propres armes.
SECTION I'^'^. DÉFINITION ET IDKE GÉKÉRALE DU MAGMETISME ANIMAL.
On chercherait vainement une bonne définition du magnétisme animal dans les mivrages de nos plus célèbres magnétiseurs. Beaucoup d'entre eux , soit par oubli, par prudence ou par un autre motif, se sont abstenus de toute définition.
MAGNÉTISME
MAGNÉTISME
Jl n'est guère plus facile, en eflTet , île définir le magnétisme , que de croire à quelques-uns des pliénomèues qui, dil-on, le oonsliluent.
» Les phénomènes sitigulieis qui résultent de l'extrême sensibilité des neijls ï dans quelques individus, dit un illustre géomètre , ont donné naissance à di- » verses opinions sur l'existence d'un nouvel agent, que l'on a nommé magnéa tisme animal, n (Théorie analytique du calcul des prohabilités, par M. de Laplacej. Certes, ce n'est pas là une définition bien claire, et, pour ainsi dire, mathématique j pour que cette définition fût précise, il faudrait que M. de Laplace eût déterminé ce qu'il entendait par les mots : phénomènes singuliers qui résultent de i'extréme sensibilité des nerfs.
" On doit entendre par magnétisme animal, suivant M. Rostan, d'abord crr
1 i> ÉTAT PARTiCDLicR du système nerveux, état insolite, anormal, présentant une » série de phénomènes physiologiques Jusqu'ici mal appréciés, phénomènes ordi- » nairemenl déterminés chez quelques indiijidus, par i influence d'un antre inu dividu exerçant certains actes dans le but de produire cet état. » Pour être
j moins concise que la définition de M., de Laplace, celle de M. Rostan n'est guère moins obscure.
Je me garderai bien d'essayer une définition du magnétisme animal, après javoir signalé rimperfeclion de celles de MM. de Laplace et Rostan. Je dirai seulement que le molmagnélisnie a été appliqué aux phénomènes que nous signalerons plus bas, parce que, à l'époque où les modernes les observèrent, ipour la première fois , on leur trouva quelque ressemblance avec ceux que l'on opérait alors par le moyen de l'aimant. Mais nous ne tarderons pas à voir qu'il existe entre les phénomènes du magnétisme proprcrpent dit, et ceux du magnétisme animal , une immense différence, une différence que peut seul mesurer l'intervalle infini qui sépare les phénomènes naturels des phénomènes surnaturels.
Quoi qu'il en soit, avant d'aller plus loin, je vais présenter une idée géné- , raie du magnétisme animal , considéré surtout sous le point de vue de ses rap- I ports avec le diagnostic et le traitement des maladies.
« Bien que notre intelligence et notre science médicale aient , dans ces derniers temps surtout, porté à un haut degré de certitude, le diagnostic des maladies des solides , nous ne pouvons nier cependant que , dans jjeaucoup de !cas , ce diagnostic ne soit obscur, difficile , impossible même , avec les données actuelles. Le diagnostic , malgré les secours récens de la chimie, est encore dans l'enfance pour ce qui regarde les altérations des liquides , et surtout des fluides impondérables ; eh bien ! je suis autorisé à penser que les facultés instinctives des somnambules pouiiaient servir à rectifier, éclairer ou confirmer notre jugement sur les altérations des solides dans les circonstances ol)scures , nous mettre sur la voie des découvertes à fuire sur les altérations des liquides et des fluides. Ces facultés nous seraient utiles , surtout pour éclaircir riiistoire des névroses , des aitectio>s CDTANÉEs,et de beaucoup d'alFections chroniques; elles pourraient peut-être en pénétrer les causes, qui nous échappent encore. Une maladie est souvent constatée par un médecin; mais il doute ou se méprend sur sa nature : ilîa juge inflammatoire, elle est nerveuse, une bonne somnambule peut alors lever ses doutes , redresser ses erreurs.
» La thérapeutique médicale a fait il immenses progrés par les travaux des modernes; mais il faut l'avouer, et le moment est favorable pour être modeste, [combien n'est-elle pas encore impuissante pour beaucoup de maladies ! Elle [trouverait de nouveaux secours , je pense , dans les lumières que fourniraient les somnambules employés à la recherche des remèdes et au traitement de certaines afl'ections aiguës ou chroniques, les plus graves et les plus incurables.
» Ce qui caractérise le grand médecin , c'est ce tact médical que la science jaccomplit , mais qu'elle ne donne pas; faculté moitié instinctive, moitié rationnelle , par laquelle il descend dans les individualités morbides différentes , et saisit les indications propres à chacune d'elles. Cette combinaison heureuse de l'instinct et de l'intelligence, qui est le génie, se trompe encore; elle est, d'ailleurs , très-rai-e. Le vulgaire des médecins est réduit aux lumières péniblement acquises par leur intelligence qui connaît bien des règles générales, mais !qui , s'appliquant diîHcilement et avec peu de bonheur, aux cas particuliers, 'est obligée alors de tâtonner sans cesse; or, dans le somnambulisme , ressort jspécialement l'instinct de l'homme, faculté remarquable chez certains êtres , et éminemment propre à deviner les besoins individuels. Pourquoi l'instinct de isomnambules éprouvés, ne s'unirait-il pas à l'intelligence des médecins pour le traitement des maladies graves et douteuses? Leur instinct sentirait, découvrirait ce que l'intelligence des derniers jugerait et rectifierait ; elle proposerait , à son tour, des moyens dont le premier préciserait l'opportunité relative
j » Quelle est l'ambition légitime du n.édecin? de guérir. Il doit donc , s'il est I conséquent avec lui-même, s'entouier de toutes les puissances capables de le conduire à son but, pourvu , toutefois, qu'elles ne blessent pas la morale.... Médecin , j'appliquerai le magnétisme aux affections qui le demandent, comme je le ferai de l'opium, du quinquina, de 1 émétique , et d'autres remèdes ; je
^TIRERAI parti DC SOMNAMEDLISHE COMME DE l'aUSCULTATION ET DE LA PERCUSSION .
|Des médecins éhonlés et faisant trafic de leur art , me traiteront sans doute de charlatan ; je serai un fanatique crédule aux yeux de plus d'un Orgon médical ; un sot, un fou , un ambitieux , verront peut-être en moi leur image ; je sais
tout cela, car j'ai appris à connaître les hommes : mais qu'y faire ?
» La puissance absolue du magnétiseur et l'obéissance passive du somnambule , ouvrent un vaste champ aux effets curatifs dans les maladies de ce dernier, et, d'abord, le somnambule dort de ce sommeil magnétique si salutaire par lui-même ; il est susceptible , en outre, de voir ses maux et leurs remèdes ;
vous , son magnétiseur, vous les approuvez ou les repoussez. Mais, ensuite, vous pouvez tout sur cet être qui dort là , devant vous ; vous voulez , et il est enlevé à toute l'atmosphère d'hommes et de choses qui lui sont funestes, et placé dans celle qui lui est bienfaisante ! A-t-il froid , vous le réchauffez ; a-t-il chaud , vous le rafraîchissez. 'Vous soufflez sur toutes ses douleurs , quelles QUELLES soient, ET LES DOULEURS SE DISSIPENT; VOUS changci ses plciirs en rires , son chagrin en joie ; son pay s , sa mère lui manquent-ils , vous les lui /"aites voir sans les at'oir vus vous-même; prend-il les symptômes morbides d'unautie, vous les chassez de son corps; vous paralysez sa sensibilité s'il doit subir une opération cruelle ; vous transformez l'eau en un liquide qu'il désire ou que vous lui jugez utile, et l'eau a^it comme ce liquide: vous pourriez faire qu elle restât de l'eau pour son estomac et ses intestins enjlammés , et quelle defint du qidnqu'ina pour son sang et son système nerveux. J'ai fait plus , j'ai rempli .t pour une somnambule ^ un verre vi'/e , elle buvait ; les tnouvemens de la déglutition avaient lieu comme à l'ordinaire, et sa soif était apaisée; avec rien, j'ai calmé sa faim ; avec rien, je lui ai servi des diners splendides {des médecins concevront dans certains cas la nécessité de pareilles erpériences) que ne peut-on pour la guérison d'un être sur lequel on peut tout, f-'oilà , certes, une médecine nouvelle , une médecine d homme à homme... Une volonté ferme et morale , pleine de tendresse et de charité , dans un corps sain et vigoureux ,
voilà le plus grand modificateur de toutes les maladies en général »
Mais, je m'arrête , car j'entends le lecteur se récrier, et m'accuser de prêter complaisamment aux magnétiseurs, des absurdités révoltantes, ou plutôt des opinions tellement insensées , que la seule réponse à de pareilles choses , serait une forte dose d'ellébore. Pour me disculper d'un reproche aussi peu mérité, je m'empresse de déclarer que tout le passage qu'on vient de lire est extrait textuellement, littéralement, de la thèse soutenue à la faculté de médecine de Paris, le 3o août 1832, par M. ^//7-<?if Fillassier , de la Mailinique, ancien interne des hôpitaux et hospices civils de Paris , ancien élève de l'école pratique , travail sur lequel je reviendrai plus loin.
SECTION II. — DES procédés employés pour opérer les phénomènes du magnétisme animal , ou de la magkétisatigïs.
|o Procédé de Mesmer. Une petite cuve en bois était élevée au milieu d'une vaste salle, fameuse sous le nom de baquet; cette cuve était terminée par un couvercle percé d'un certain nombre de trous , d'où sortaient des branches de fer coudées et mobiles. Les malades étaient rangés autour de ce baquet, et chacun avait sa branche de fer, laquelle, au moyen du coude qu'elle présentait, pouvait être appliquée directement sur la partie malade. Une corde placée autour de leur corps les uiiissaient les uns aux autres ; quelquefois, on formait une seconde chaîne en faisant communiquer entre eux les malades par le moyen de leurs mains. Un forté-piano était placé dans un coin de la salle, et Ton y jouait différens airs sur des mouvemcns variés; on y joignait même quelquefois la musique vocale. Tous ceux qui magnétisaient avaient dans l,i main une baguette de fer, longue de dix à douze pouces , et qui était considérée comme le conducteur du fluide magnétique. Elle avait aussi , disait-on , la propriété de le concentrer dans sa pointe , et d'en rendre ainsi les émanations plus puissantes. Le son, dans le système mesmérien, était aussi conducteur du magnétisme, et pour communiquer le fluide au piano, il suffisait d'en approcher la baguette; la corde dont s'entouraient les malades était destinée , ainsi que la chaîne des mains, à augmenter l'intensité de la magnétisation. L'intérieur du baquet était le foyer du fluide magnétique ; les matières qu'il contenait ne renfermaient rien qui fût électrique.
Les mesmériens magnélisaient aussi directement au moyen du doigt et de la baguette de fer, promenés devant le visage, dessus ou derrière la tète, et' sur les parties malades , toujours en observant la direction des pôles. On agissait encore sur les malades en les regardant fixement; et surtout en pressant avec les mains les diverses régions du bas-ventre , manipulation quelquefois continuée pendant des heures entières.
Les hommes seuls n'étaient pas soumis à la puissance magnétique. On ma. gnétisait aussi les arbres; on les enchantait pour ainsi dire , sans toutefois que les magnétiseurs fussent encore parvenus à renouveler le miracle des arbi-es de la forêt de Dodonc. Il n'est pas jusqu'aux corps les plus inanimés , tel qu'une tasse , une bouteille , un verre, etc. , que l'on ne crût habiles à contracter la vertu magnétique.
2° Procédé des magnétiseurs modernes. On a renoncé généralement de nos jours au pompeux appareil de Mesmer. La personne qui doit être magnétisée est assise, soit sur un fauteuil commode , soit sur un canapé, soit sur une simple chaise. Assis sur un siège un peu plus élevé, en face et à un pied de distance d'elle , le magnétiseur paraît se recueillir quelques momcns , pendant lesquels il prend les mains de la personne à magnétiser , de telle manière que l'intérieur des pouces de celle-ci touche l'intérieur des pouces de 1 opérateur, lequel fi.\e les yeux sur elle , et reste dans celte position jusqu'à ce qu'il sente qu'il s'est établit une chaleur égale entre les pouces mis en contact. Alors il retire ses mains, et les tournant en dehors, les pose sur les épaules, où il les laisse environ une minute, et les ramène Icutement par luie sorte de très douce friction le long du bras jusqu'à l'extrémité des doigts. Ce mouvement , connu sous le nom de passe, doit être répété cinq ou six fois. Le magnétiseur place ensuite ses mains au-dessus de la tête, les y tient un moment, les descend en passant devant le visage à la distance d'un ou deux pouces, jusqu'à l'épigastre , où il s'arrête encore eu appuyant ses doigts , plus il descend lentement le long du corps jusqu'aux pieds. Ces /^«iiCi ayant été suffisamment réitérées, le magnétiseur termine son opération eu prolongeant les passes au-delà de l'extrémité
MAGNETISME
MAGNETISME
des mains et des pieds , et secouant ses doigts à chaque fois ; enfin , il fait devant le visage et la poitrine des passes transversales à la distanoe de trois a quatre pouces , en présentant les deux mains rapprochées , et les écartant brusquement ensuite. Quelquefois, le magnétiseur place les doigts de chaque main à trois ou quatre pouces de distance de la tête et de Teslomae, les fixe dans cette position pendant une ou deux minutes , p>uis , les éloignant et les rapprochant alternativement de ces parties avec plus ou moins de promptitude, il simule le mouvement tout naturel qu'on exécute lorsqu'on veut se débarrasser d'un liquide qui aurait humecté l'extrémité des doigts. ( f 'oy. le rapport de M. Husson à l'académie royale de médecine).
L'honorable M. Deleuze , l'un des apôtres les plus fervens du magnétisme animal , a indiqué dans ses ouvrages les conditions nécessaires au succès de l'opération magnétique. En voici le sommaire : Il faut que toutes les personnes qui assistent à cette opération observent le silence le plus religieux, et que 1 expression de leur physionomie n'inspire ni gêne au magnétiseur, ni doute au magnétisé. Certains magnétiseurs exigeaient une autre condition bien sévère, et qu'il n'est pas aussi aisé de trouver que les précédentes parmi les hommes vraiment éclairés : c'était une foi sincère au magnétisme. Mais, selon d'autres magnétiseurs, cette condition n'est pas absolument de rigueur. MM. les commissaires de l'académie royale de médecine déclarent d'ailleurs, par l'organe de leur savant rapporteur, quils ont cru devoir s'affranchir de l'obligation qu imposent les magnétiseurs d'avoir une foi robuste , et néanmoins ils ont été témoins de presque tout ce que le magnétisme animal a de plus proiligieux.
SECTION III. — Exposition chrokologique des systèmes dits magnétiques.
§ Ici-, Jusqu à ces derniers temps, on avait généralement considéré Mesmer comme l'inventeur du magnétisme animal , et de l.i le nom de mesmérisme sous lequel il a été assez long-temps désigné. Mais voilà qu'aujourd'hui, pour ennoblir sans doute les phénomènes magnétiques, on veut que leur origine se perde dans la nuit des temps et remonte en quelque sorte jusqu'à la création du monde. En efTct , suivant quelques modernes partisans du magnétisme animal , tels que MM. Deleuze, Bertrand , Rostan , Foissac , etc. , on doit rattacher à l'ordre des phénomènes qu'il embrasse tout ce qu'on nous raconte de merveilleux sur les sibylles, les pythonisses, les magiciens , les sorciers , les prophètes, les possédés , etc.
« Je crois, dit M. Rostan , qu'une foule de faits miraculeux trouvent une erplication physiologique naturelle dans le magnétisme. »
M. Foissac est plus explicite encore dans le passage suivant de l'ouvrage qu'il vient de publier : « Le somnambulisme et la plupart des phénomènes K merveilleux qui Vaccompagneut , l'isolement , Tinsensibilité ^ l'exaltation de » l'intelligence f l'intuition , l'iintinct des remèdes , la vue sans le secours des » yeux , la communication des pensées , la préfision forent obserfés dans tous i> les temps. Les somnambules ont été désignés tour-à-tour par les noms » d'onéiropoles , de pythies , de sibylles , de devins, de prophètes, de voyans, » d'inspirés , de fées, de sorciers, d'extatiques , de convulsionnaires , etc. Cet >> état singulier avait frappé d'étonnemenl et d'admiration les plus grands 11 hommes de l'antiquité. La plupart ne pouvant l'expliquer par des forces » naturelles qui leur étaient inconnues , l'attribuèrent à la bienfaisance des » dieux , Isis , Osiris , Sérapis , Apollon , Vulcain , Jupiter, Esculape , etc. Les » saints pères et même des savans modernes , parmi lesquels je citerai Dehaen, » entraînés par l'esprit de leur siècle et les préjugés populaires, n'y virent que 1) l'action du démon. Cette ignorance de la cause première des phénomènes n magnétiques égara de sages esprits , alluma les bûchers du moyen âge , et I) fut la source de mille superstitions , de schismes déplorables et des plus I) odieuses cruautés. )i
Je regrette que l'espace me manque pour suivre M. Foissac dans son histoire du magnétisme chez les Hébreux , chez les Grecs , chez les Romains , chez les Gaulois et dans le moyeu âge; mais je ne puis m'empêcher de rapporter les passages dans lesquels il établit que Moïse et Jésus-Christ lui-même et ses apôtres étaient ou des magnétiseurs ou des somnambules magnétiques. « Moïse i> ayant envoyé Josué combattre couire les Amalécites, monta sur une colline i> avec Aaron et Hur , et lorsque Moïse tenait les mains levées, Israël était « victorieux; mais lorsqu'il les abaissait uu peu, Amalee avait l'avantage, n Cependant les mains de Moïse étaient lasses et appesanties; c'est pourquoi » ils prirent une pierre , et l'ayant mise sous lui, il s'y assit, tandis qu'Aaron n et Hur soutenaient les mains des deux côtés; ainsi les mains ne se lassè- « rcnt pas, jusqu'au coucher du soleil, et Josué passa les Amalécites au fil n de l'épée.
n Jésus chassait les démons et guérissait les malades par l'imposition des
i> mains Jésus possédait à uu si haut degré cette vertu prodigieuse , qu'il
" suffisait de le toucher, lui ou quelque chose qui lui avait appartenu, pour » être aussitôt guéri. Jésus entra dans la maison de Simon, dont la belle-mère " avait la fièvre , et , debout auprès de la malade , il commanda à la fièvre de la n quitter, et la fièvre la rpiilta. » {M. Foissac aurait pu se dispenser de rapporter ce miracle à l'imposition des mains ; car il n'est foit aucune mention de cette imposition ou mieux opéiîation magnétique pour parler comme lui ....).
Deux aveugles s étant approches de Jésus . en criant : Fils de David , ayez i> pitié de nous! il leur dit : Croyez-vous que je puisse faire ce que vous me
demandez? ils répondirent : Oui seigneur; alors il toucha leurs yeux en " disant : Qu'il vous soit fait selon votre foi ! Aussitôt leurs yeux furent
ouverts, et Jésus leur défendit fortement d'en parler « . (0/2 voit qu'il existe line différence entre la puissance magnétique de Jésus et celle de nos magnéti-
seurs modernes : en effet, pour que des at^eugles voient, Jésus est obligé de leur ouurir les jreux ; au contraire , et ceci est bien plus miraculeux , les individus imposés par nos magnétiseurs voient les yeux formés, et même sans yeux). — Cette défense, si souvent répétée ailleurs, prouvait que c'était par la o sainteté de sa vie et de sa doctrine , et par des miracles d'un ordre plus élevé » qu'il voulait établir sa divinité : il guérissait parce qu'il avait pitié des « malades. 11 arriva même qu'étant allé à Nazareth , il ne put faire aucun I) miracle, si ce n'est qu'il guérit un petit nombre de malades par l'imposition » des mains. Il s'étonnait de leur incrédulité en disant : Nullus propheta in » palrid sud. La foi était donc une des conditions du succès ; ce qui porte à | » croire que Jésus se servit du magnétisme pour guérir, etc. — La plupart i » des guérisons opérées par les apôtres après qu'ils eurent reçu l'Esprit j >i saint , sont d'un ordre surnaturel ; cependant il faut remarquer que l'im- i n position des mains est presque toujours employée : non que cette imposi- ' » tion fût toujours la cause de la guérison , mais elle en était seulement le i » signe et le moyen. « (Foissac , Rapports et discussions sur le magnétisme j animal , p. 462 et suiv.) !
Il n'appartient qu'au saint-siége de connaître de l'orthodoxie de M. Foissac , j dans les passages que nous venons de citer, mais il nous sera bien permis de i nous étonner un peu du rôle que fait jouer M. Foissac à l'élévation des mains i de Moïse dans la victoire que Josué remporta sur les Amalécites. Avant de j croire avec cet auteur que c'est par une simple opération magnétique, une élévation de mains , que Moïse a fait triompher Josué et passer les Amalécites au fil de l'épée , nous prierons MM. Dupotet et Chapelain de vouloir bien , dans la prochaine bataille qui se livrera , monter sur une colline , et faire pencher la | victoire tantôt d'un côté , tantôt de l'autre, selon qu'ils élèveront ou qu'ils bais- j seront les mains. Nous avons quelque peine à croire qu'Alexandre , Annibal, i César ou Napoléon eussent pu être, au fort d'une bataille, à la merci d'une | passe ou d'un cUn-d'œil du plus habile magnétiseur, et que mesdemoiselles Cceline, Samson et Pétronille (célèbres somnambules) fassent jamais les miracles .] racontés dans les évangiles.
Quant aux miracles autres que ceux dont nous parlent les saintes écritures , non - seulement il est permis de ne pas adopter les explications que nous en donnent les magnétiseurs , mais aussi de les révoquer en doute. C'est bien aux cas dont il s'agit ici que s'applique en partie une saillie de J.-J. Rousseau contre certains philosophes : « c'est, dit-il , une manie commune aux philosophes de « tous les âges de nier ce qui est , et d'expliquer ce qui n'est pas. » M. de Laplace , dont M. Foissac a pourtant osé invotjuer le grand nom en faveur des doctrines magrffiliques , s'exprime ainsi au sujet de quelques inspirés : « Il est » vraisemblable que plusieurs de ceux qui se sont annoncés comme ayant reçu > » leurs doctrines d'un être surnaturel, è.\.a.\ent visionnaires : ont d'autant I) mieux persuadé les autres qu'ils étaient eux-mêmes persuadés. 'Les, fraudes jj » pieuses et les moyens violens dont ensuite ils ont foit usage , leur ont para n justifiés par l'intention de propager ce qu'ils jugeaient être des vérités néces- » saires aux hommes. » (Voyez \' Essai phil. sur le calcul des probabilités , « p. 232.)
Ainsi M. de Laplace appelle visionnaires ceux que nos magnétiseurs regardent comme des faiseurs de miracles , et il explique les choses singulières opérées par les somnambules, en supposant que chez eux quelques-uns des sens ne sont pas complètement endormis. (Ouf. cit., p. 230-31.)
Laissant donc aux magnétiseurs le soin et la responsabilité d'expliquer les miracles par le magnétisme animal , ce qui au fond est la même chose que si on expliquait le magnétisme animal par les miracles , et constitue réellement l'argument connu sous le nom A'ohscurum per obscurius , nous allons poursuivre l'histoire de cette superstition scientifique en passant à Mesmer.
Paracelse, Vanhelmoiit et quelques autres avaient déjà signalé, long-temps avant le système mesmérien, les singulières propriétés de l'aimant. Vers le : commencement du dix-huitième siècle , les vertus thérapeutiques de cet agent étaient devenues fameuses. Plus tard , un certain jésuite , du nom de Hell, enflamma, pour ainsi dire, l'ardente imagination de Mesmer, en lui racontant qu'il devait (Hell ) à l'emploi de cet agent la guérison d'un rhumatisme dont il était affecté lui-même , ainsi que de grands succès chez d'autres malades. Dèslors Mesmer multiplie les expériences , couvre, pour ainsi dire, l'Allemagne d'anneaux, de baguettes et de lames magnétiques , et fait retentir tous les journaux du bruit de ses cures magnétiques. Bientôt il croit s'apercevoir que l'aimant n'est pas nécessaire pour obtenir les effets observés ; d'où il conclut qu'ils sont dus à la puissance d'un agent particulier essentiellement différent de l'aimant , et qui tient en fjuelque sorte sous son empire suprême tous les phénomènes de l'univers. « C'est un fluide universellement répandu ; il est le moyen n d'une influence mutuelle entre les corps célestes , la terre et les corps ani n més. . . . L'action et la vertu du magnétisme animal peuvent être commun! n quées d'un corps à d'autres corps animés ou inanimés. Cette action a lieu à « une distance éloignée , sans le secours d'aucun corps intermédiaire , elle esl' » augmentée et réfléchie par les glaces , communiquée , propagée, augmente» » par le son.... Quoique ce fluide soit universel, tous les corps animés n'ei » sont pas susceptibles ; il en est même , en très-petit nombre à la vérité, qu n ont une propriété si opposée , que leur seule présence détruit tous les effet' » de ce fluide dans les autres corps... Par le moyen du magnétisme, le médecir .1 connaît l'état de santé de chaque injividu , et juge avec certitude l'origine .) la nature et les progrès des maladies les plus compliquées; il en empêch n raccroissement , et ]iarvient à leur guérison , sans jamais exposer le malade • « des effets dangereux ou à des suites fâcheuses, quels que soient l'âge , le teu»
MAGNÉTISME
MAGNÉTISME
« pérament et le sexe. « [Mémoire de Mesmer sur la découverte du mdgnétisme animal, page 74.)
Comme si les magnétiseurs eux-mêmes n'avaient pu échapper au proverbe du ! divin magnétiseur de M. Foissac (nullus prophcla in pattid sud ), Mesmer voit les savans et les médecins de rAUemagne tiaiter ses sublimes découvertes de \ jongleries et de JabL-s. Il prend le parti de voyager. Chemin faisant , il rencoiij Ire en Suisse un nommé Gassncr, ijui , par le charme de ses conjurations , guérit, eu se jouant, les maladies nerveuses, qu'il disait être l'œuvre du démon. ; Mesmer ne voit dans ces conjurations autre chose que le cAnrme du magnétisme animal , et, après être retourné à Vienne , se décide enfin à venir enrichir la bonne ville de Paris du trésor de sa découverte , et s'y enrichit en revanche de l'or pur que verse à pleines mains dans son magique baquet , la foide crédule dont fourmille cette capitale de la civilisation et des miracles.
Voici les effets qu éprouvaient les malades ranges autour du baquet mcsmérien, et soumis à ses émanations : quelques-uns étaient calmes et ti'anquilles ; A'kiuires louisaientj crachaient, sentaient quelques légères douleurs, avaient Ides sueurs; d'autres étaient agités et tourmentes de convulsions , éprouvaient un resserrement à la gorge, des soubresauts à l'épigastre , aux hypocondies , poussaient des cris perçans , versaient des pleurs, avaient des hoquets , riaient j d'uue manière irrésistible et immodérée. On voyait des malades se chercher ! exclusivement , en se précipitant les uns vers les autres , se sourii c, se parler avec afTection, et adoucir mutuellement leurs ci-ises. Tous étaient soumis à celui qui les magnétisait ; ils avaient beau être dans un assoupissement appaient, sa voix , un regard , un signe les en reliraient.
» Ou ne peut s'empêcher de leconnaitre » , dirent les commissaires pris au sein de l'académie des sciences, de la faculté de médecine et de la société loyale de médecine , o une grande puissance qui agile les malades, les mailrise , et dont celui qui les magnétise stinble è{re le dépositaire». Cette commission , dont le rapporteur était le célèbre et infortuné Bailly , conclut des expériences j dont elle avait été témoin et de celles qu'elle avait faites elle-même : 1 <> qu il n'existait aucun fluide particulier qui méritât le nom fluide magnélitjue ; 2° que tous les effets obtenus n'étaient que le résultat de l'imagination frajipée, puisque, d'après leurs expériences, on avait obtenu ces effets magnétiques sans magnétisme , pourvu que les malades crussent qu'ils étaient magnétisés , et que , dune autre part , ces effets n'avaient pas eu lieu, lorsqu'on avait niaguélisé les malades sans qu'ils s'en doutassent ; 3" que les crises produites dans les Irailemens magnétiques pouvaient être dangereuses et jjraais utiles. I Quelque temps après la publication du beau et philosophique rapport de Bailly, M. de Fuységur, l'un des plus ardens et des plus débonnaires sectateurs du magnéiisme animal, dota la doctrine mesmérienne de la découverte du somnambulisme magnétique, phénomène que Eailly avait déjà entrevu , mais d une manière confuse. Nous verrons plus loin ce qui caractérise ce sommeil.
Un médecin de I.yon , de mémoire tant soit peu plaisante , Petetin , découvrit, vers le commencement de ce siècle, un phénomène plus miraculeux encore , s'il est possible , que tous ceux observés avant lui. Selon ce médecin , dans la catalepsie hysléiique (état rattaché par les modernes magnétiseurs aux phénomènes magnétiques ), il y a transport de tous les sens ou de quelquesî uns d'entre eux dans l'épigastre, àl'exlrémilé des doigts etdes orteils. « L inlelj » ligence , dit-il , parait être éteinte ; mais loin de l'être , elle est lelleineut I ■» exaltée , que les cataleptiques possèdent jusqu'à un certain point le don de j» prophétie. (Voyez l'article Catalepsie de ce dictionnaire et l'ouvrage de Petetin , intitulé : £'^i,'ci/ i'cùe a;2«Vrta/e , prouvée par lu découverte des phénomènes de la catalepsie hj'stérique et de ses variétés, Paris , 1818. )
§ II. Eu 1825, M. Kostan publia, dans le dictionnaire de médecine en 21 volumes, un article sur le magnétisme , qui produisit une trop grande sen- I sation d'étonnement sur le public médical , pour que nous ne devions pas en donner ici 1 analyse. Le nom, le profond savoir, l'esprit éminemment philosophique de l'auteur, appellent toute l'attention du lecteur sur ce que nous allons mettre sous ses yeux. Après avoir affirmé que la vue est suspendue chez la plupart des somnambules magnétiques, M. Rosfau ajoute : « Mais si la vue est « abolie dans son sens naturel, il est tout- à-fait démontré pour moi qu'elle » ex sle dans plusieurs parties du corps, n A 1 appui de cette assertion , M. llostan rapporte l'expérience suivante : il plaça sa montre à trois ou quatie pouces derrière l'occiput d'une de ses somnambules, à laquelle il demanda ensuite si elle voyait quehjue chose. — Certainement, dit-elle, je vois quelque chose qui brille; ça me fait mal. — Qu'est-ce que vous voyez briller ? — Ah! je ne sais
I pas, je ne puis vous le dire,.... attendez; ça me fatigue attendez c'est
\ une montre. — Pourriez-vous me dire I heure qu'il est? — Oh ! non , c'est trop
I difficile attendez je vais tâcher Je dirais peut-être bien l'heure, mais
je ne pourrai jamais voir les minutes. Il est huit heures moins dix minutes ( ce qui était e.\act). — M. Ferrus répéta la même expérience avec le même succès. 11 fit tourner plusieurs fois l'aiguille de sa montre; on interrogea ensuite la malade sur l'heure que celte montre marquait , et elle répondit sans se tromper. « Une autre fois , dit M. Rostan , je plaçai la montre sur le front , la somoambule accusa bien l'heure, mais indiqua les minutes au rebours , c'est-à- « dire en plus ce qui était en moins , et réciproquement ; ce qu'on ne peut j » attribuer qu'à une moindre lucidité dans cette partie. Ainsi voila bien la I " faculté de voir transportée dans d'autres organes que ceux qui en sont char- ! » gés daus l'état normal. »
M. Rostan ajoute : « Vous n'avez qu'à vouloir interdire le mouvement à un I » membre , deux ou trois gest.es le jettent dans l'immobilité la plus parfaite ; il » est impossible à la personne magnétisée de le remuer le moins du monde , il
DlCT. DE MiuEtlKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUE.S.
» faut la déparaljser pour qu'elle puisse s'en servir. Ne croyez pas cependant » que celte immobilité ne soit que le résultat des gestes magnétiques , et que le )) somnambule , en voyant ces gestes , coaqirenne ce que vous voulez, et fasse >' seji4^nt d'êîre paralysé. La volonté seule , l'intention de paralyser un rnem- 0 bre , la langue ou un sens , m'a suffi pour produit e cet effet, que parfois j'ai « eu beaucoup de peine à détruire. «
Peu de temps après l'article de M. Rostan , parut le Traité de l'extase de feu le docteur Bertrand, ouvrage où se tiouvent développées avec la foi la plus vive les diverses croyances magnétique*, telles que l'instinct des remèdes, la préi'ision , l'inertie morale , la communication des symptômes des maladies , la communication des pensées , la vue sans le secours des yeux , etc.
§111. En 1831, M. Husson, au nom de la commission chargée par l'académie d'assister aux expériences magnétiques de M. Foissac, lut son rapport dont je vais transcrire ici les conclusions.
I". Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont pas toujours nécessaires pour opérer les effets magnétiques , puisque , dans plusieurs occasions, la volonté, la fixité du regard ont suffi pour produire ces phénomènes , même à l'insu des magnétisés.
2° , 3° , 4°. Le temps nécessaire pour transmettre et f lire éprouver l'action magnétique a varié depuis une minute jusqu'à une demi-heure. Le magnétisme n'agit pas en général sur les personnes bien portantes ; il n'agit pas non plus sur tous les malades. 11 se déclare quelquefois , pendant qu'on magnétise , des effels fréquens, insignifians , que la commission n'attribue pas au magnétisme seul, tels qu'un peu d'oppression , de chaleur ou de froid , et quelques autres phénomènes nerveux , dont on peut se rendre compte sans l'inicrvention d'un aijent particulier, savoir, par l'espérance ou la crainte , la prévention d'une chose inconnue et nouvelle, l'ennui qui résulte de la mouoioiiie des gestes, le silence et le repos observés dans les expériences; enfin, par l'imagination, qui exerce un si grand empire sur certains esprits et sur certaines organisations.
5°. Les effets produits par le magnétisme sojit très-variés : il agite les uns , calme les autres; le plus ordinairement il cause l'accélération momentanée de la circulation , des mouvemens convulsifs fibrillaires , passagers, ressemblant à des secousses élcclriques , un engourdissement plus ou moins profond , de l'assoupissement, de la somnolence; et, dans un petit nombre de cas, ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme.
Go. L'existence d'un caractère unique propre à faire reconnaître, dans tous les cas , la réalité de l'état de somnambulisme n'a pas été constatée ; cependant on peut conclure a\ec certitude que cet état existe, quand on voit se développer les facultés nouvelles qui ont été désignées .sous les noms de clauvoyance , d intuition , Ad pt éi'oyance , de préfis:on inférieure, ou bien de grands changemens dans l'état physiologique , comme l'insensibilité, un accroissement subit et considérable des forces , et que cet effet ne peut être rapporté à aucune autre cause.
7o. Comme parmi les effets attribués au somnambulisme il en est qui peuvent être simulés , le somnambulisme lui-même peut quelquefois être simulé^ et fournir- au charlalanisme des moyens de déception.
8". Le sommeil provoqué avec plus ou moins de promptitude , et établi à un degré plus ou moins profond , est un effet réel , mais non constant , du magnétisme ; il est démontré à la commission qu'il a été provoqué dans des circonstances où les magnétisés n'ont pu voir, et ont ignoré les moyens employés pour le déterminer.
9". Lorsqu'on a fait tomber une fois une personne dans le sommeil magnétique , on n'a pas toujours besoin de recourir au contact et aux passes pour la magnétiser de nouveau : le r egard du magnétiseur, sa volonté seule , ont sur elle la même influence ; on peut non-seulement agir sur le magnétisé , mais encore le mettre complètement en somnambulisme , et l'en faire sortir à son insu , hors de sa vue , à une certaine distance et au travers des portes.
lU". 11 s'opère ordinairement des changemens plus ou moins remarquables dans les percejjtions et les facultés des individus qui tombent en somnambulisme par l'effet du magnétisme. Quelques-uns , au milieu du bruit des conversations confuses, n'entendent que la voix de leur magnétiseur; plusieurs 1-éponJent d'une manièr'e pr écise aux questions que celui-ci ou que les personnes afcc lesquelles on les a mis en i^apport leur adressent ; d'autres entretiennent des conversations avec toutes les personnes qui les entourent. Toutefois, il est lare qu'ils entendent ce qui se passe autour d'eux. La plupart du temps , ils sont complètement étrangers au bruit extérieur et inopiné fait à leurs oreilles , tel que le retentissement de vases de cuivre vivement frappés près d'eux , etc. Les yeux sont fermés ; les paupières cèdent difficilement aux efforts qu'on fait pour les ouvrir. Cette opération , qui n'est pas sans douleur, laisse voir le globe de l'œil convulsé , porté vers le haut et quelquefois vers le bas de l'orbite. Quelquefois l'odorat est comme anéanti ; on peut leur faire respirer l'acide hydrochlorique ou l'ammoniaque sans qu'ils s'en aperçoivent. Néanmoins, quelques-uns sont sensibles aux odeurs, La plupart des somnambules vus par la commission étaient complètement insensibles (comment concilier ceci avec ce qui vient d'être dit plus haut, savoir, que l'opération d'ouvrir les paupières n'était pas sans douleur?) : on pouvait leur chatouiller les pieds, les narines et l'angle des yeux par l'approche d'une plume , leur pincer la peau de manière à l'ecchymoser, les piquer sous l'ongle avec des épingles enfoncées h l'improviste et à une assez grande profondeur, sans qu'ils en témoignassent de la douleur. Une malade enfin a été insensible à une des opérations les plus douloureuses de la chirurgie (amputation d'un sein cancéreux).
11». Le magnétisme agit avec la même intensité et la même promptitude à
MAGNETISME
MAGNETISME
une distance Je six pieds que de six pouces. L'action à distance ne paraît pouvoir s'exercer avec succès que sur des individus qui ont déjà été soumis au magnétisme.
12». La commission n'a pas vu qu'une personne magnétisée pour la première fois tombât en somnambulisme; ce n'a clé quelquefois qu'à la huitième ou dixième séance que le somnambulisme s'est déclaré, et il a été constamment précédé du sommeil ordinaire , qui est le repos des sens , des facultés intellectuelles et des mouvemens vol-ontaires.
13o. Pendant leur somnambulisme, les magnétisés conservaient l'exercice des facultés qu'ils avaient pendant la veille; leur mémoire paraissait même plus ftilèle et plus étendue. A leur réveil , ils disaient avoir oublié totalement toutes les circonstances de l'état de somnambulisme.
140. Les foices musculaires des somnambules étaient quelquefois engourdies et paralysées ; d'autres fois les mouvemens n'étaient que gênés , et les somnambules marchaient en chancelaut , à la manière des hommes ivres , tantôt sans éviter, tantôt en évitant les obstacles placés sur leur passage; quelques somnambules couservaient intact l'exercice de leurs mouvemens, ou même étaient plus forts ou plus agiles que dans l'état de veille.
150. Les commissaires ont vu deux somnambules distinqiier, les yeux fermés, les objets que l'on a placés dei>ant eux ; ils oui désigné sans les touche) la couleur et lu valeur des cartes ; ils ont lu des mots tracés à la main ou quelques lignes de lii'res que l'on a oui^erts au hasard. Ce phénomène a eu lieu alors même qu'at'ec les doigts on fermait exactement l'ouverture des paupières.
16". commission a rencontré chez deux somnambules , la faculté de préi>oir des actes de ^organisme plus ou moins éloignés , plus ou moins compliqués. L'un d'eux annonça , plusieurs mois d'ai'ance , le jour, C heure , la minute de l'invasion et du retour d'accès épilepliques ; l'autre indiqua l'époque de sa guérison : leurs prévisions se sont réalisées avec une exactitude remarquable ; elles nont paru s^appliquer qu'à des actes ou à des lésions de l'organisme.
17°. Les commissaires n'ont vu qu'une somnambule qui ait indiqué les sjrmptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on l'avait mise en rapport.
18°. Pour établir avec justesse les effets thérapeutiques du magnétisme, il faudrait avoir expérimenté sur un grand nombre d'individus ; cela n'ayant pas eu lieu , la commission s'est bornée à dire ce qu'elle a vu un trop petit nombre de fois, pour oser prononcer. Quelques-uns des malades magnétisés n'ont ressenti aucun bien ; d'autres ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué; savoir : l'un, la suspension de douleurs habituelles; l'autre, le retour des forces, le troisième, un retard de plusieurs mois, dans l'apparition d'accès épileptiques; et, un quatrième, la guérison complète d'une paralysie grave et ancienne.
On voit, par l'exposé des précédentes conclusions, combien diffère la foi magnétique des commissaires nommés en 1831 par l'académie royale de médecine, représentés par M. Husson, de celle des commissaires , pris , en lyS'i, au sein de l'académie des sciences, de la faculté de médecine, de la société royale de médecine , et représentés par Bailly. Que de progrès cette foi ne semble-t-elle pas avoir faits eu moins d'un demi-siecle! Je ne me livrerai point, pour le moment, à la discussion des faits qui ont servi de base aux conclusions dont on vient de prendre connaissance ; mais je dois rappeler ici que M. le docteur Dubois (d'Amiens) en a fait une critique qui est un vrai chef-d'œuvre de haute raison et de la plaisanterie la plus fine et la plus ingénieuse.
11 me reste encore à parler de deux écrits sur le magnétisme animal : l'un de ces écrits est une thèse volumineuse de M- Fillassier; l'autre est celui de M. le docteur Foissac , dont j'ai déjà fait mention plus haut. Bien que celui-ci soit postérieur à la thèse de M. Fillassier, comme il paraît avoir été surtout composé à l'occasion du rapport de l'académie, sa place naturelle est à la suite de cerapport ; et je vais en dire quelques mots avant de m'occuper de la dissertation de M. Fillassier. On verra, d'ailleurs, que ce dernier travail est, si j'ose le dire, le bouquet de la doctrine magnétique.
§ IV". Je commencerai par reprocher à M. Foissac d'avoir complètement passé sous silence la réfutation du fameux rapport de l'académie, par M. le docteur Dubois (d'Amiens). Une réfutation de cette importance valait bien la peine d'être elle-même l'objet d'une réfutation, et puisque M. Foissac ne s'est pas chargé de répondre à M. Dubois, ne craint-il pas qu'on en lire la conséquence que les bons argumens lui ont manqué plus encore que la bonne volonté?
Quoi qu'il en soit , environ la moitié de l'ouvrage de M. Foissac est consacrée au rapport de l'académie, y compris les circonstances qui l'ont précédé et suivi. De toutes ces circonstances , celle qu'il ne faut pas surtout oublier de rappeler, c'est que le rapport dont il s'agit n'a pas encore été discuté, et que, par conséquent, il n'a point obtenu la sanction du corps savant auquel il a été lu. L'autre moitié de l'ouvrage, sous le titre de notes, ne contient guère que des recherches historiques sur le magnétisme animal (voyez ce que nous en avons ditplus haut). Quant aux faits qu'on y rencontre , je suis obligé de dire qu'ils n'offi ent pas une Ires-grande nouveauté, ce dont l'auteur convient lui-même , comme on peut le voir par le passage suivant de sa conclusion : c. Quoique les discussions et le « rapport favorable de l'académie , n'aient pas eu le retenlisscment qu'on pou- >. vait en attendre , on ne peut que se féliciter d'avoir gagné à la cause du magnctisme les hommes de mérite qui ont signé ce rapport.... La plupart des
« la.ts que je rapporte ne m'appartiennent point, il est vrai ; je ne pouvais
» donner une me.Ueure preuve, qu'en publiant ce recueil , j'avais moins en vue ma reputafon , que le désir d'être utile Parmi les médecins qui s'occupent
avec succès aujourd'hui du magnétisme
on compte plus que jamais des savans
11,. ' - l'.v. ./iLio vinv. diiicti3 lies a
recommandables et une grande partie de la génération studieuse des j
eunes
« médecins.... M. le professeur Andrala, dans son, cours de pathologie interne, » consacré deux leçons au magnétisme ; et , s'il n'a pas adopté toutes nos opin nions , il a, du moins , reconnu les deux principes fondamentaux du magné- » tisme : l'influence qu'un individu exerce sur un autre , par l'acte de sa volonté
0 et l'existence du somnambulisme »
M. le tloctcur Foissac me permettra de lui faire observer que le somnambulisme et l'influence qu'exerce un individu sur un autre , par l'acte de sa volonté , constituent deux faits qui étaient dans le domaine de la physiologie long-temps avant qu'il fût question du magnétisme animal , et que, les admettre, ce n'est point se déclarer partisan du magnétisme animal , tel que le comprennent MM. Foissac , Chapelain et Fillassier. Je ne pense pas , par exemple, que M. le professeur Andral ait terminé ses leçons sur le magnétisme , en adressant à ses nombreux élèves l'espèce cle déprécation qui se trouve à la fin de l'ouvrage de M. Foissac : « Que le somnambulisme surtout, présent inestimable de la divinité, » soit entre les mains des jeunes médecins comme un dépôt sacré qu'ils respec- )) tent toujours. »
La thèse de M. Fillassier, présentée et soutenue à la faculté de médecine de Paris, le 30 d'août 1832, est, sans contredit , l'hymne le plus hardi qui ait encore été composé en l'honneur du magnétisme animal , de ce présent inestimable de la divinité. C'est l'avis de M. Foissac lui-même , qui la considère comme un progrès , ajoutant qu'il fut une époque où toutes les foudres de l'école auraient accueilli une telle témérité (pag. 552).
§ V. M. Fillassier magnétise un de ses amis , qu'il ne nomme pas , et qui pro^ fessait pour le magnétisme un scepticisme bien déplorable (à celte époque le magnétiseur lui-même était loin d'être un croyant). Malgré'ce double manque deyoi, il arriva que le magnétisé s'endormit. Bone Deus , qnel sommeil! d'abord ce sommeil fut infernal; au second tour de passe-passe magnétique, il tut céleste. Si vous ne m'en croyez pas , vous en croirez du moins M. Fillassier que je vais laisser parler devant vous, dans un style approprié au sujet. « Ainsi^ )i en le voulant , j'avais ^ dit M. Fillassier , produire des phénomènes nou- » veaux et particuliers , s ur un homme à cjui je me reconnais et suis elTective- » ment inférieur sous d'autres rapports. Sceptique au cœur sec, à l'esprit n défiant, par une volonté dure et inflexible, j'avais d'abord fait naître chez lui » les supplices de l'enfer ; j'avais ensuite produit les joies du paradis , quand , » à ma volonté ferme , mais s'exerçant avec calme et douceur , le cœur d'un « ami, d'un homme, avait ajouté son amour, sa bienveillance! En y réflé- » chissant maintenant, je vois cju'en une heure j'avais parcouru les deux phan ses par lesquelles le magnétisme animal a passé depuis quarante ans. D abord » sceptique , ignorant et brutal (on voit que M. Fillassier ne se flatte pas), n armé d'une volonté dui-e et tendue comme la verge de fer dont se servait « Mesmer, j'avais provoqué une de ces crises afIVeuscs si fréquentes auprès de » ses baquets , etc. »
Pendant que M. Fillassier poursuivait le cours de ses expériences magnétiques , ô prodige ! sous l'influence de peines morales très-vives , une afi'ection gastro-intestinale chronique, qui s'était montrée déjà chez lui à l'âge de cinq et de dix ans , se réveilla pour la troisième fois , avec une intensité telle qu'elle menaça directement «a vie. Mais, grâce au magnétisme, on peut désormais se jouer d'une afi'ection gastro-intestinale chronique qui menace directement lu vie : il suffit pour cela d'imiter M. Fillassier, et de se rendre chez M. Chapelain. Ce que je ne comprends pas bien , c'est que M. Fillassier , qui était alors pour le moins aussi bon magnétiseur que M. Chapelain , ait eu la modestie de chercher auprès de celui-ci une guérison qu'il tenait dans ses propres inauis j il faut avouer d'ailleurs qu'une telle modestie eut bien la récompense dont ellç était digne. En effet , M. Fillassier qui craignait , nous avoue-t-il avec une candeur dont M. Chapelain lui saura gré, M. Fillassier, dis-je, qui craignait de trouver dans M. Chapelain un de ces charlatans tout-à-fait étrangers à la médecine , et qui se font magnétiseurs J'aute de mieux, reconnut qu'il s'était trompé complètement , ce c[ui prouve que pour être magnétiseur on n'est pas infaillible. Quoi qu'il en soit , M. Chapelain mit M. Fillassier, atteint d'une très-grave afl'eclion gastro-intestinale chronique, en rapport avec une de ses meilleures somnambules , dont malheureusement on ne nous donne ni le nom , ni l'adresse. «Cette somnambule m'indique , dit M. Fillassier, sans se tromper, « le iiég^e de mon affection gastro intestinale, ia nature (ow ne dit pas quelle 11 était cette nature , ce qui aurait tant satisfait notre curiosité) , ses causes, » son début, le genre de souffrances qu elle me causait, qu'elle m'avait causé , » qu'elle me causerait.» Que prescrit notre somnambule devineresse? Ce i qu'elle prescrit? cli ! mon Dieu ! des sangsues. Vous l'entendez, <les sangsues; ! et puis, allez nous dire que les somnambules ne connaissent pas des remèdes dont les plus habiles médecins n'ont pas la moindre idée! vraiment, il n'y a cjue des somnambules qui , dans une affection gastro intestinale chronique, puissent avoir la lucide et incomparable pensée de prescrire des sangsues , le ; plus près possible de l'orifice de l'anus Plus lard , la somnambule assure à j M. l'UldSs'iCA' qu'une couche épaisse de mucosités , collée sur les parois de son ' estomac et de ses intestins, commençait à les irriter, et fnirait par y produire une injlammation s'il ne les expulsait par des purgatifs. M. Fillassier hésite un ' instant; mais qui pourrait résister long-temps à la meilleure somnambule de M. Chapelain, même quand elle prescrit des purgatifs? M. Fillassier cède donc , et se purge ; et ne croyez pas qu'il se purge une seule fois : qu'aurait fait une seule purgation chez M. Fillassier, qui avait une couche épaisse de mucosités collée sur l'estomac et les intestins ? il revient à trois nouvelles purgatious , et il n'oublie pas de nous dire l'époque précise de ses trois mémorables pui-galions : c'était du i au 9 avril 1832 , pendant les plus grands ravages à l'arit
MAGNETISME
( l'îll )
MAGNÉTISME
du choléra-morhus, tant il est vrai qu'il n'y a que la foi qui nous sauve ! Grâce à cette foi , secondée , il est vrai , par une quaduple purgalion , M. Fillassier fut sauvé , et il eût été bien ingrat s'il n'eût pas ensuite annoncé à tout l'unii vers les merveilles du magnétisme. Pour moi , je n'attends que le moment où j'aurai fait connaissance de M. Chapelain et de la somnambule qu'il a mise en rapport avec M. Fillassier, pour abjurer mon incrédulité. Avant d'en finir avec cette grande praticienne, le lecteur me permettra d'ajouter, que non contente d'avoir vu une couche épaisse de mucosités collée sur les parois de l'estomac et des intestins de M. Fillassier, elle devina son caractère , ses pensées les plus intimes , et qu'il n'est pas enjîn de petits détails , propres à son indii^idualité j quelle n'ait saisis dans son sommeil mai^nétique.
\ Maintenant que nous savons qu'il ne manque rien à la santé de M. Fillassier, iprètons toute notre attention aux faits qu'il veut bien se donner la peine de nous raconter.
FAIT. — lia pour titre : Insensibilité extérieure pendant le somnambulisme , vue par l'épii^astre, l'occiput et le front. 2e FAIT. — Son titre est un peu singulier , le voici : Somnambule kée et élet'ée pour le diagnostic et le traitement des maladies. — Plusieurs de ses consultations : elle offre le troisième degré du somnambulisme.
Parmi les personnes pour le diagnostic et le traitement des maladies desquelles cette somnambule était née et avait été élevée, se trouve M. Fillassier ; il s'agit en effet ici de la grande somnambule qui le guérit de son affection gastrojntestinale chronique par divers moyens, entre autres, les sangsues , et les quatre purgatifs dont nous avons parlé.
3« FAIT. — Jeune somnambule se traitant et se guérissant elle-même ; ses vues à distance ; ses prévisions ; sa Jacilité à prendre les symptômes des maladies des autres , à les diagnostiquer , les traiter. — On produit sur elle la transmutation des liquides ; on abolit la sensibilité , etc.
4" FAIT. — Somnambule donnant sur sa maladie un diagnostic et un traitement différent de ceux des médecins , voyant dans l'espace ^ donnant des consultations pour les autres. , — On produit sur elle la transmutation des liquides.
■ — Différence remarquable entre sa vie ordinaire et sa vie somnambulique.
5« ET DERNIER FAIT. — Somnambule se guérissant elle-même , accouchant sans douleurs; opérée d'une tumeur , sans douleurs ; guérissant sa fille , etc. , et restant incrédule malgré tous ces faits !
Signalons maintenant quelques-unes des particularités les plus remarquables , c'est-à-dire les plus incroyables , de ces faits , puis nous exposerons les principes qu'en à déduits M. le docteur Fillassier.
I C'est M. Fillassier qui eut la faveur de magnétiser , presque malgré lui , la personne dont il est question dans le premier fait, femme de ménage de deux Je ses amis de collège , belle brune , grasse , bien épaisse et bien lourde, un peu hystérique , ne connaissant pas même de nom le magnétisme. A la première ma- •jnétisatiou cette personne ne fit rien qui fût bien au-dessus d une femme de ménage qu'elle était. Elle répondit seulement à son magnétiseur at^ec cette voix particulière aux somnambules , et qui ne produit jamais plus d effets sur le mai^nétiseur et sur les spectateurs que lorsqiielle sort d'un être aussi matériel \que cette file.
Quelque temps après, notre femme de ménage refusa obstinément de se laisser endormir par M. Fillassier qu'on avait prié de la magnétiser ( il a soin de noter que c'est toujours à la suite d'un dîner qu'il se livre au grand œuvre de lia magnétisation , chez cette femme). M. Fillassier , ne pouvant mieux faire, proposa à la femmede ménage un accommodement , c'était d'être spectatrice au moins de l'action qu'il allait exercer sur une des personnes présentes. Il est des accommodemens avec les femmes de ménage comme avec le ciel ; aussi celle-ci accepta-t-elle la proposition , ne sachant pas d'ailleurs à quoi elle s'exposait , intransigeant ainsi avec un magnétiseur, u Je feignis, dit M. Fillassier , de ri magnétiser un de mes amis, mais les manœuvres que j'exerçais sur lui furent )) toutes faites avec la ferme volonté d'agir sur elle ; bien que placée à quelque 1» distance de moi , elle ne tarda pas à s'endormir et à tomber en sornnambut) lisme ( écoulez! ). Je fis enlever exprès toutes les lumières de la pièce où I) nous nous tenions ; nous nous trouvâmes alors dans l obscurité. Je pris ma B montre avec toutes les précautions nécessaires pour qu'elle ne pût être même » aperçue par la somnambule, et la plaçai sur son front, le cadran étant dij» rigé vers la peau , et le reste de la montre étant soutenu et entièrement ca- I» ohé par la paume de la main droite ; j'appuyai les doigts de l'autre main sur I» les paupières, pour augmenter et maintenir leur occlusion déjà complète par » elles-mêmes. — Qu'avez-vous sur le f ont ? demandai-je à la somnambule. — » Une montre , me répondit-elle, après un peu de réflexion. — l^oy ez l'heure. » — Je ne puis. — f^oyez la ; je le veux. — La grande aiguille est sur le 6 , la » petite est après le 7, me répondit-elle, après une forte concentration . Nous pas- » sâmes dans l'appartement à côté , qui était éclairé , et nous pûmes constater » qu'il était sept heures et demie à la montre ( c'est ce que la somnambule au- » rait pu dire , s'il n'était apparemment plus poétique et plus magnétique de » dire que la grande aiguille était sur le G et la petite api-ès le 7 ).... Je tournai » plusieurs fois sur elles-mêmes les aiguilles de ma montre , sans savoir moi- » même à quelle heure elles s'étaient arrêtées, puis je la plaçai avec les mêmes » précautions sur l'occiput delà somnambule : — Quelle heure eslilà ma mon- >i tre ? Elle resta long- temps concentrée et dit enfin : La plus grande aiguille » est sur le 5, la plus petite est entre le 3 et le 4^ mais plus près du 3. — Je pas- » sai dans la chambre éclairée , et je vis en effet que ma montre marquait trois
II heures vingt-cinq minutes. »
|l Les amis de M. Fillassier placèrent la montre sur l'épigastre de la sonuam-
bule , par-dessus les vêtemens : l'œil épigastrique , malgré le bandeau que ces vêtemens formaient au-devant de lui , ne se trompa pas plus que l'œil du front et celui de l'occipital. C'était un argus que cette femme : son corps était tout œil , et quel œil ! un œil qui voit dans l'obscurité mieux que ne voit notre chélif œil, proprement dit , en plein midi.
Mais c'est avoir assez fatigué notre première somnambule, passons à la seconde. Nous avons déjà fait quelque connaissance avec elle, puisque, comme nous l'avons noté plus haut, c'est celle à laquelle M. Fillassier doit l'avantage d'avoir été guéri d'une affection gastro - intestinale chronique, et d'une couche de mucosités collée sur les parois de l'estomac et des intestins. N'oublions pas que celle-là était née et avait été élevée ])0ur le diagnostic et le traitement des maladies. C'est M. Chapelain qui élève ainsi et dresse certaines femelles. Le portrait de cette iemiae , dressée , pour ainsi à\rc , à la chaste des maladies , mérite d'être mis sous les yeux du lecteur qui n'a pas peur des sorciers , surtout quand il ne les voit qu'en portrait. « Madame V..., âgée de trente -sept » ans , est assez grande, maigre, sèche , et douée de cette constitution particu- » lière où prédominent les os , les veines et les nerfs , constitution en quelque » sorte érectile , dans laquelle l'exaltation et l'affaissement, l'emeokpoint et la » MAIGREUR , la rougeur et la pâleur se succèdent avec la rapidité de l'éclair, à » la moindre action de l'atmosphère ou des hommes. Ses cheveux d'un blond » foncé , ses yeux enfoncés et perçans , sa figure maigre et vieille , mais pleine » de feu , et même un peu dure, lui donne quelque chose de l'air qu'on prête 11 aux sorcières. « On le voit, si le portrait n'est pas de fantaisie, il nous promet une curieuse série d'actes plus merveilleux les uns que les autres. Ce qui suit satisfera la curiosité des plus exigeans.
« C'est un être remarquable par sa puissance à sentir les maladies de ses sem- » blables , et à trouver pour elles un traitement propre... C'est vers cette fonc- » tion uniquement que M. Chapelain a concentré toutes les facultés de ma-
« dame V Ce médecin a déterminé pour la première fois le somnambulisme
« chez elle pendant le cours d'une gastro-entérite chronique très-avancée et
» TEKDAKT AU CANCER j ELLE A ETE GUERIE PAR LE SOMMEIL MAGNETIQUE doilt elle
» dormait une heure ou deux tous les jours , et par l'usage de quelques moyens » que dans sa lucidité elle se prescrivait à elle-même... J'ai soumis à son inves- » tigation des malades que ni M. Chapelain ni elle n'avaient jamais vus , des » malades que j'observais depuis long-temps , dont je connaissais les afï'ections » internes, des malades dont le caractère, les qualités morales et intellectuelles 11 m'étaient familières par suite d'une fréquentation habituelle; j'affirme que » celte femme a parfaitement saisi à la première vue leurs maladies, qu'elle leur » a prescrit un traitement très-rationnel, et le plus souvent le même que celui n QUE JE leur FAISAIS SUIVRE. ( D'où il suit que, grâce à M. Fillassier, notre » siècle pourrait, à la rigueur, se passer de l'usage de magnétiser dans le Irai- « temenl des maladies , et qu'il aurait pu lui-même se dispenser de consulter » une somnambule dont tout l'art consistait à prescrire le même traitement que » celui qu'il aurait prescrit lui - même avec ses propres lumières). Elle a fait » plus , elle a SENTI leurs qualités morales, intellectuelles, leurs caractères, >> leurs penchans , leurs pensées intimes. Je l'ai l'ue me donner, sur la préseu- » talion immédiate d'un cheveu de mes amis , médecin résidant en province, à » j)ius de cinquante lieues de la capitale , une consultation parfaitement juste » en tous points. Je l'ai vue diagnostiquer, mais plus diflicilement et avec plus » de lenteur, des affections d'organes dont elle n'a pas les analogues , des or- » ganes génitaux de l'homme ^ comme flux de semence , induration de la verge, » et leur prescrire un traitement on ne peut plus convenable. En général , son » diagnostic est certain. »
M. Fillassier se contente de choisir quatre consultations parmi celles qu'elle a données devant lui, et qu il trouve très-remarquables. L'espace ne nous permet pas de les consigner ici. En admettant, d'ailleurs, comme nous autorise à le faire ce qu'a dit plus haut M. Fillassier, en admettant, dis-je , qu'elle ait été aussi habile que lui dans le diagnostic , et aussi rationnelle dans le traitement des maladies pour lesquelles elle a été consultée , comme il n'y aurait là rien de décidément merveilleux, et que nous nous occupons uniquement ici de merveilles , nous pouvons sans inconvénient nous dispenser de parler en détail et de ce diagnostic et de ce traitement. Il n'y a que la circonstance suivante qu'il ne nous est pas permis de passer sous silence. Consultée pour un cas d'éléphantiasis des Grecs, madame V.... a prescrit l'usage d'une plante qu'il a été impossible à MM. Chapelain et Fillassier de reconnaître d'après la description qu'en a donnée notre botaniste somnambule. J'engage ceux qui seront plus habiles que MM. Chapelain et Fillassier en botanique, à vouloir bien nous donner le nom de cette plante , qui ne peut manquer d'exister, puisque madame .... l'a prescrite. 'Voici , au reste, la savante description de celte plante telle qu'elle a été tracée par notre somnambule : « Je vois une plante dont la racine est ï) comme celle de la carotte jaune, mais se divise de plus en plusieurs racines « plus petites et semblables; sa feuille ressemble à celle du panais; elle est n plus longue cependant. Je la vois dans un pays qui n'est pas très-chaud , où n il y a une espèce d'hiver sans gelée, un temps frais. Ce pays, très-grand, est » entouré d'eau. J'y vois des nègres, mais plus de blancs que de nègres. Je ne « trouve pas de fleurs à celle plante. Elle croit dans le sable , et est aussi coui- « mune en ce pays que la fougère en France; les bestiaux, les chevaux en ■SI mangent la feuille quand ils viennent de mettre bas leurs petits. Ils vont la » chercher comme les chiens le chiendent. Cette plante est sans odeur. Les » nègres de ce pays ont la peau toute marquée ; ils sont plus gros que grands. I) Les blancs y sont de toutes sortes. Les villes sont bâties en bois ; les maisons » sont belles , vastes, ayec de petites lucarnes poiu" fenêtres ; dans les bois de
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« ce pays , il y a de grands singes. Si l'on pouvait avoir cette plante fraîche , il » faudrait en râper la racine et la manger cuite dans l'eau , sans sel ni poivre. » En s'en nourrissant ainsi pendant quelques mois, ce monsieur serait complè- >i lemeut guéri. »
Nous ne saurions trop engager M. Chapelain à vouloir Lien achever l'éducation de la somnambule qu il a si heureusement dressée pour le diagnoslic et le traitement des maladies , en lui faisant apprendre les noms des choses qu'elle prescrit ; car, quelque claires et satisfaisantes que soient des descriptions telles que celle qui vient d'être rapportée , il faut avouer qu'elles ne remplacent qu'incomplètement les noms , et qu'il faudrait toute la clairvoyance d'une nouvelle somnambule ad hoc , pour deviner les objets ainsi décrits.
JNous voici arrivés à notre troibième lait : mademoiselle Clarice Lef.... que l'on c;'i;>a/f sourile de naissance, fut infructueusement traitée parles médecins les plus rccomraandables de la ca|iita!e. Ses parens , qui , parleur fortune et leurs qualités, tiennent un rang distingué dans le monde , la menèrent chez une de ces prétendues somnambules , qui, sans être dirigées par aucun médecin , donnent elles-mêmes , à tort et à travers , des consultations fabuleuses ( il est bien entendu, en effet, que les somnambules ne peuvent être lucides , clairvoyantes, qu'avec la permission du médecin et de par messieurs les magnétiseurs ). La somnambule non munie Je l'autorisation prescrite par les statuts magnétiques , assure à la jeune Clarice qu'elle ne ressentirait rien de l'action magnétique: prédiction aussi vaine qu'illégitime. En effet, la jeune Clarice vint avec son père consulter M . Chapelain, et non-seulement il la mit en sonjnambulisme, mais aussi (ce que nos plus grands magiciens et nos plus habiles sorcières ne fout pas tous les jouis) il la rendit , en un instant , si clairvoyante , si lucide, si savante analomiste, qu'à la quatrième séance magnétique, u elle déclara » voir parfaitement bien son oreille interne, en donna une description anatom:- » que très-exncle, et affirma qu'elle n'était ]>oint sourde de naissance comme on » le croyait, mais que la surdité provenait de rèbranlemenl communiqué à son n oreille interne par des coups de pistolet et de fusil tirés en signe de réjouis- ■1 sance auprès de la femme qui la portait à l'église , le jour de son baptême. » Rien n est égal à la béatitude qu'éprouvait cette jeune demoiselle , pleine d esprit, mais triste, quand elle dormait du sommeil magnétique que lui procuraient les passes de M. Chapelain. « Si lu savais , disait-elle alors à son père , )> si vous saviez tous combien je suis heureuse dans l'état où je suis ! Je ne puis » le comparer h rienj je ne voudrais jamais eu sortir; cependant il faut être >i raisonnable ; je ne suis pas chez moi. Le magnétisme me fait beaucoup de n bien , c'est lui qui me guérit. » Vous donc , mesdames , qui avez quelque goût pour la suprême béatitude, failcs-vous magnétiser j et , si vous êtes malades , si, par exemple, vous êtes sourdes de naissance, ou bien , parce que votre oreille interne aura été ébranlée par les coups de fusil , ou de pistolet , tirés en signe de réjouissance auprès de la femme qui vous portait le jour de votre baptême , vous guérirez par dessus le marché. Toutefois , faites comme notre demoiselle , pleine d'esprit , mais triste : prescrivez- vous pendant votre lucidité somnambulique , un jour , trois grains d émêticjue ; un autre jour vingt-quatre grains d ipécacuanha. Le vomitif, l èniéto-cathartique produiront leurs iffets habituels {yous n'ignorez pas lesquels) sans que , pour cela, te somnambulisme en soit le moins du monde troublé ; et vous direz , comme elle , moitié en riant, moitié en grimaçant : que c'est mauvais ! mais cela m'est nécessaire. On conçoit, en effet, même sans avoir l'ineffable béatitude d'être en somnambulisme, combien il est nécessaire d'avaler un jour, trois grains d'émétique , un autre jour, vingt- quatre grains d'ipécacuanhâ , quand on est ]>ris pour un sourd ou une sourde de naissance et que notre surdité provient de l'ébranlement de l'oreille interne par le mécanisme religieux indiqué plus haut.
Permettez-moi , cher lecteur, avant de faire mes adieux à mademoiselle Clarice Lef..., de vous dire combien elle avait de reconnaissance pour le magnétiseur qui la rendait si heureuse, et combien aussi sa piété filiale était exemplaire. Laissons parler M. Fillassier, qui, seul, possède un style digne d'exprimer de telles choses. « Pendant les premières séances, dit-il , sa lucidité ne '< s'était concentrée que sur elle-même , et ne s'était occupée que d'elle seule; » mais , rassurée bientôt à cet égard , elle se prit , dans les séances suivantes , à » tout ce qui l'entourait : elle se réfléchit d'abord sur son magnétiseur, M. Clia- » pelain. Quil est bon pour moi et ses malades ! répéta-t-elle souvent ; que son » magnétisme me /ait du bien ! Elle se fixa ensuite sur son père, à qui elle
» DlicODVUlT A DISTA^■CE UNE INFLAMMATIOM CHRONIQL'E COMMEKÇAKTE DU PYLORE, » DO^T IL BE SE DOUTAIT PAS , MAIS QU ELLE DÉCOUVRIT FORT BIEN ; ET POUR LAn QUELLE ELLE P!;ESCRIVIT UN TRAITEMENT ON NE PEUT PLUS RATIONNEL. » AuCUll
de ceux qui savent combien est rationnel le traitement que mademoiselle Clarice prescrit dans les cas de surdité , ne doutera qu'il n'en fut ainsi de celui que celte tendre fille ordonna à son père , et qu'on aurait bien dû nous indiquer, afin ([ue nous puissions faire jouir nos pères de son bénéfice, toutes les fois que nous aurions découvert ou fait découvrir chez eux , à distance , une in- Jlammalion chronique commençante du pylore , dont ils ne se doutaient guère.
Je uic vois encore forcé d'ajouter quelque chose à l'histoire vraiment curieuse, édifiante et convertissante de madeuioisellc Clarice , en copiant toujours textuellement l'auteur de celte légende magnétique: « Sa facilité à saisir, et en se
jouant, pour ainsi dire, les phénomènes ambians , se tournait quelquefois » contre elle-même ; c'est ainsi que je l ai vue prendre les douleurs de dos , de .. ventre, les palpitations de cœur , les seircmens précordiaux, tous les mal-
aises , enfin, d une jeune demoiselle de dix-huit ans, atteinte d'une affection >- des poumons , du cœur et de 1 inleslm , et qui n'avait avec elle d'autre con-
tacl que d'être dans la même pièce A mesure qu'elle guérissait, sou som-
-MÀGNETISME.
« namLulisme devenait de plus en plus lucide, et nous étonnait par sa vue i » loujoursinfaillible, dansl'cspace elle temps.... (ici , lecteurs, je réclame votre ' » plus sérieuse attention , si vous en êtes encore capables). Dormant , à Paris^ 1) dans le salon de M. Chapelain , mademoiselle Clarice voyait, à Arcis-sur- ' » Aube (sans longue-vue, bien entendu) sa mère, décrivait son occupalioa'; n 3ans le moment, son attitude, ses pensées intimes; précisait, en entrant ? " dans les plus petits détails, le moindre changement que sa mère y apportait; i n prédisait , pour une heure, un jour , plusieurs jours plus lard , la visite de \ 0 telle ou telle personne à sa mère , leur entretien, la venue de telle ou telle î » leltre, l'effet que sa mère en ressentirait immédiatement, ses réflexions | » ultérieures... La jeune somnambule annonçait aussi à son père , rarri\ée des i » lettres de sa mère, et disait, d'avance, leur contenu. Elle vit un jour sa , » mère soutirante, et elle dicta, i)our elle , une consultation qui arrivait à Arcis- ! » sur-Aube au moment où monsieur son père recevait à Paris , la première | » lettre où sa femme lui parlait de sa maladie. » i Ce ne sont pas là toutes les prédictions de mademoiselle Clarice. Je crois , i mais je n'oserais l'affirmer , qu'elle prédit, entre autres choses merveilleuses : i que M. Fillassier feraitsa Biographie magnétique, dans une dissertation dédiée à ; Casimir-Dela vigne, et présentée à la faculté de médecine de Paris, le 30 août 1832, pour obtenir le grade de docteur en médecine (grade ou titre bien inutile pourtant , quand oii a le bonheur de connaître et de pouvoir opérer des miracles de diagnostic et de thérapeutique , tels que ceux dont nous entretenons le , lecteur); 2° que je serais, pour mon malheur, chargé de l'article magnétisme \ animal Ae ce dictionnaire , et qu'après avoir lu ladite Biographie magnétique ! et toute la dissertation qui la contient, je me convertirais enfia à la fui de i MM .Chapelain, Dupolet de Sennevoy, Foissac, etc., etc.; etcjue ma conversion, i' vraiment miraculeuse, serait suivie de celle des deux ou trois personnes qui iJ auront eu la bonté de lire cet article. Je dois ajouter que cette prédiction Je ,f mademoiselle Clarice s'est accomplie aussi ponctuellement que toutes les autres, ;| et que, comme M. Fillassier a eu l'indispensable précaution de le noter: i « toutes les mesures possibles ont été prises pour connaître la vérité sur ces '| » vues, dans l'espace et le temps ; que les recherches étaient faciles entre un(Jl| » famille remplie de probité et d intelligence , et des médecins consciencieux ;:(( » et que , toujours , la lucidité de mademoiselle Clarice a été justifiée par l'évc- ji n nement » ; ainsi qu'elle le sera toujours, dans la suite des siècles , amen. |,
J'en suis fâché pour les impatiens, mais nous ne sommes point encore au bout des prodiges dont la vie de mademoiselle Clarice est pour ainsi dire; i tissue. « Son somnambulisme offrait cela de particulier et de rare , qu'elle con- '| » servait l'indépendaïue de sa raison à coté de la soumission de sa volonté à j » celle lie M. Chapelain. Elle avait aussi conscience de la liberté de l'une el j » de l'obéissance de l'autre. M. Chapelain changeait-il, en effet, pour elle l'eai i » en vin , en lait, en un liquide quel qu'il fût, dont lui seul et moi avions 1' » secret ( et il lui suffisait pour cela de magnétiser, sans dire mot, l'eau ave .( » une intention donnée) : Cela a le goût du lait ( duvin, etc. ), disait-elle, ceU \< Il en a la couleur, parce que vous le voulez ; mais je tais bien que ce n'est qu i « de Veau, et cependant je ne puis faire , même en le voulant, que ce ne soit di I » lait quand je le bois. M. Chapelain opérait aussi sur elle la transmutalioi I » des liquides, lors même c|u'elle était éveillée. Il pouvait aussi lui fair i
» VOIR DANS CET ÉTAT ARCIS-SUR- AUBE , QU'iL n'aVAIT JAMAIS VU LUI-MEME. « T] '
jour , ô jour à jamais mémorable ! un jour qu'il faisait nuit , M. Chapelain « fi , ^ » grossir indéfiniment à ses yeux une miette de pain, dont il éleva lentemer ' i » le volume. » Courage ! M. Chapelain , quand on a fait de. tels miracles, o . peut en faire de moindres , et le moment n'est pas éloigné , j ose le prédire ( et > | moi-même aussi je me mêle de faire des prédictions ), où vous aurez trouvé 1 \ ^ secret de la transmutation des métaux, comme pour mademoiselle Clarice vou| t avez trouvé celui de la transmutation des liquides; le miracle de la pierriil philosophale étant opéré par vous , vous ne tarderez point à accomplir celui d i ( mouvement perpétuel et de la quadrature du cercle ; et pour mettre enfin 1 comble à tous vos miracles, vous déterminerez l'Institut de France, auquel voi communiquerez ces immortelles découvertes , à vous décerner ce grantl pr Monfyon, que jusqu'ici personne n'a eu le talent d'obtenir. Que si , un jou: vous ajoutez à tous ces dons que vous possédez , celui de résurrection, vous ra| pellerez à la vie le grand satirique du dix-septième siècle , et par l'art de Iran mutation que vous exercez avec tant d'habileté, vous le forcerez h trouver bon; excellens, les douze fois douze cents vers que fit l'âpre et rude verve de l'autc dur qu'il maudit , et qui portait votre nom, ce qui est cause de ma présen' digression.
On s'intéresse trop au sort de mademoiselle Clarice, pour qu'on ne me d mande pas ce qui est (inaleuienl advenu de sa surdité , après le magnétisra l'émétique et l'ipécacuanha. Je vais le dire, et c'est par là que décidément ' < terminerai le roman historique de cette demoiselle , qui, d' Arcis-sur- Aube , A l elle habite probablement aujourd'hui, voit magnétiquement, peut-être, j > Paris et tout ce que j'écris sur son compte, non moins distinctement c[ue , ; i salon de M. Chapelain où elle dormait comme une bienheureuse, elle voyai ' ' et Arcis-sur- Aube , dont la vue la faisait pleurer de jnic , et les pensées intim | l de sa mère , ce qui n'est pas aussi facile à voir c[ue celte ville , bien qu'elle | i soit pas aussi grosse que Paris. '
J'ai été si long dans le récit du cas précédent , que, pour ne pas abuser de ] couiplaisance du lecteur, je me ferai un devoir de glisser rapidement sur deux autres cas dont il me reste à parler.
J insisterai d'autant moins sur le quatrième fait, que, sous plusieurs r; ports , il n'est qu'une pâle copie du précédent. Il a pour sujet une dame de qi
MAGNÉTISME
MAGNÉTISME
raille ans ( âge un peu avancé , je crois , pour jouer du rôle Je somnambule magnétique), douée j dit M. Fillassier, de cette constitution sanguine et nerveuse qui ^ oui'erte à toutes les impressions ^ est impuissante à réagir contre elles. Je regrette que l'espace ne me permette pas d'exposer tous les symptômes nerveux qu'elle éprouvait. Cette névrose, bien singulière en vérité, à en juger par la description de M. Fillassier, avait résisté , comme on le présume bien, aa savoir de nos praticiens /es plus habiles , et même an talent de la commère la plus ékonlée. » Le magnétisme seul peut me guérir, disait cette dame, et si je ne guéris pas, je deviendrai folle, ajoutait-elle en pleurant. » M. Chapelain , par sa volonté , chassa loin d'elle cette pensée plus facilement qu'un enfant n'éloigne de lui une bulle de savon gonflée d'air ( c'est M. Fillassier, qui parle ainsi )... Un jour, elle entre chez M. Chapelain, se traînant avec peine
jsur deux béquilles. C'était pitié que de la voir souffrir. « Armé d'une volonté » bienveillante , M. Chapelain (il disparaître, par un magnétisme promené sur « tout le corps , la douleur des jambes , les sanglots , les pensées tristes, et ra- » mena le calme dans cet être si cruellement agité un instant avant , le rire tt " la joie sur cette figure empreinte naguère de souffrances aiguës. — Etes-vous » bien ? lui demanda-t il. — Ah ! oui, monsieur; que je vous remercie! » Madame dormit deux heures environ, el emportait à son départ les béquilles » qui rai'aient portée à son arrivée. »
Une cure si merveilleuse , et qui , comme le dit très-bien M. Fillassier, tient (lu roman, bien qu'elle n'ait d autre défaut que d'être au-dessous de la vérité,
|produisit tout l'efFet que l'opérateur avait droit d'en attendre. « Il y avait la des
|l>i femmes au cœur tendre, mais à l'esprit distingué , des savans à l'intelligence 0 sévère, et habitués il discerner la vérité du mensonge ; et tous témoignèrent " leur étonnement et leur admiration il la vue de ces deux scènes si ditîérentes,
I >' et qui s'étaient succédé, pour ainsi dire, comme l'éclair. Leurs âmes s'étaient " serrées avec la douleur de cette pauvre malade, elles s'épanouirent avec son » bien-être. »
Pour cette somnambule ,M. Chapelain changeait mentalement l'eau en bavaroises au lait ou au chocolat , etc.
Quand une dame, au gré de M. Chapeluin , prend de l'eau pour une bavaroise , elle peut bien , surtout si elle voit à travers des apparlemens exactement fermés, reconnaître les maladies les plus cachées , et je ne suis nullement surpris quand M. Fillassier me dit que cette dame reconnut chez une de ses amies
TJME HÏPEKTBOPHIE VV VEMTRICULE GAUCHE DO COETJE , AVEC IîÉTRÉciSSEMiîKT DE
l'orifice; AORTiQUE. Je n'aurais pas été fâché de savoir comment on a vérifié le diagnostic de ce Corvisart de nouvelle espèce. Il y a bien des médecins qui , sans le secours d'une somnambule des plus lucides , ne sauraient diagnosti(|ucr sûrement la maladie indiquée ci-dessus , et l'on sent que ce n'est pas à ces médecins qu'il faudrait confier le soin de vérifier le diagnostic de leurs somnambules.
La fin du récit de M. Fillassier mérite d'être rapportée. « Je ne doute pas, » dit-il ,que le compérage ne paraisse on ne peut plus manifeste dans ce cas à I) beaucoup de ceux qui liront ces faits. Pour tous ceux qui les ont vus , le soup- " çon même ne s'en est pas élevé ; tant il est qu'il y a dans les faits un je ne sais
\ n quel parfum de vérité et de moralité qui ne trompe jamais leur observateur '< intelligent , mais de bonnefoi, et que ne peut faire vivre sur le papier , pour » le lecteur , l'histoire la plus consciencieuse et la plus véridique. »
M. Fillassier n'a pas assez bonne opinion de ses lecteurs. Quelques-uns, peut-être , pour croire plus fermement encore au miracle magnétique dont il s'iigit, auraient désiré connaître les noms des femmes au cœur tendre, mais à l'esprit distingué et des savans à l'intelligence sévère , qui en furent témoins. Mdis il n'en est pas de même de tout le monde. Quant à moi, je m'en rapporte parfaitement à l'historien , et je croirais peut-être moins au prodige , si je savais
1 les noms des femmes au cœur tendre , mais à l'esprit distingué , et des savans à l'intelligence sévère qui l'ont constaté.
Passons au cincpiième et dernier cas. La personne qui en fait le sujet est une dame de vingt-neuf ans, madame.... \éritable petite-maîtresse; enfin une de ces femmes du monde pour cpii la moindre douleur physique est redoutable à l'égal du supplice le plus cruel.
Atteinte d'une maladie qui simulait la phlhisie pulmonaire, son état alUit en empirant , malgré un traitement rationnel et des mieux entendus ^ prescrit parles médecins les plus habiles. M. Chapelain , qui fut appelé en désespoir de cause, obtint chez cette msA-MAenn somnambulisme lucide , dans lequel elle sentit parfaitement son mal et se prescrii>it un traitement qui , suii'i , amena une
\ guérison complète. Guérie, elle ne put croire qu'elle dût sa guérison à elle-même, et resta incrédule aux phénomènes dont elle ai'ail été le sujet.
'Voilà , dira-t-on , une femme bien incrédule ! Qu'on attende encore un peu , (Bt cette exclamation sera bien plus légitime. Madame H... étant au moment d'accoucher, fait appeler auprès d'elle M. Chapelain, qui la met en somnambulisme el suspend chez elle les douleurs de la parturition... ; mais quand madame H... sent que le fœtus va être expulsé , notre petite-maîtresse se ravise ; elle prie M. Chapelain de l'éveiller et de lui laisser éprouver la dernière douleur , parce que , lui dit-elle , elle en aimera mieux son enfant. Il n'y a réellement qu'une somnambule petite-maîtresse , pour laquelle la moindre douleur
! physique est redoutable à l'égal du plus cruel supplice , qui puisse comprendre ainsi la raison de l'amour maternel.
Ce n'est pas seulement la douleur de la parturition que M. Chapelain suspend chez madame H..., comme vous allez le voir. Ladite dame portait une tu-
j meur sur la partie latérale droite du cou , et désirait vivement, comme toute
I femme petite- maîtresse l'eût désiré à sa place , de s'en voir délivrée. Mais le
DiCT. DE MÉDECINE ET DE CfllRtlRGIE PRATIQUES.
tranchant du fer esl une chose que ne brave pas facilement une petite maîtresse.
Chapelain a trouvé un bon moyen de vaincre la répugnance des petites-maîtiessesqui ont des fumeurs dont elles veulent se débarrasser. Grâce à lui le fer n'a plus de tranchant et n'en coupe pas moins bien. C'est ce que vous prouvera l'opération dont je vais vous entretenir ,. et qui vous intéressera , même après celle de M. J. Cloquet, laquelle vous esl assurément connue. M. Chapelain proposa de io/n/za/Hifi/i'ier madame II... pour lui épargner la ilouleur de l'o- ]>ération ([u'il voulait lui faire ( on voit combien il est important que MM. les magnétiseurs soient chirurgiens et accoucheurs , jusqu'à ce que les somnambules aient acquis le don des opérations chirurgicales , comme ils possèdent celui des remèdes, ou du moins jusqu'à ce que les accoucheurs ou chirurgiens veuillent bien qu'on les initie au magnétisme ). Assiégée de lu pensée quelle souffrirait même en somnambulisme , madame H... opposa à l'action magnétique de M. Chapelain toute la résistance que sa volonté put puiser dans ses Jacullés cérébrales. Toutefois, de récalcitrante qu'elle était un instant avant, le magnétisme vigoureusement administré la métamorphosa enfin en victime soumise et dévouée. Comme à son ordinaire , M. Fillassier nous aflirme que le contraste frappant dans V état de cet être au moment de sa lutte, et pendiint son obéissance , eût suffi pour convaincre un esprit sét'ère , mais impartial , qu'il n'y avait là ni compérage, ni effet produit par l'imagination. Hélas! qu'ils sont rares les esprits sévères, mais impartiaux , s'il n'en existe d'autres que ceux qui seront convaincus par le précédent récit qu'il n'y a , ni compérage , ni effet produit par l'imagination dans les miracles magnétiques ! La grâce suffisante n'est pas donnée à tout le monde , mais poursuivons. 'Vaincue par le suprême ascendant du magnétisme , madame H... enlève d'elle-même le fichu q'iun instant avant elle pressait avec terreur contre son cou , comme pour le sauver du scalpel, pencha la tête à gauche et lendit la partie mnlude a L'instrument, audevant duquel elle alla.... L'opération est achevée , consummatum est , et nonseulement madame H... ne témoigna pas de douleur, mais même pas la plus légère sensibilité. M. Chapelain voulut qu'à son réveil l'insensibilité persistât, elle persista en effet... Ah ! monsieur Chapelain, ce cjue dil ici M. Fillassier est-il aussi vrai , aussi croyable que les miracles du magnétisme. Quoi ! votre victime, pour me servir de l'expression de M. Fillassier , peut, même étant éveillée , être privée , si vous le voulez , de toute sensibilité , et vous vous êtes donné tant de mal pour la plonger dans le sommeil magnétique, précisément dans le but unique de paralyser la sensibilité ! En vérité , voilà bien de la peine perdue ! aussi je vois avec plaisir que plus tard vous en avez agi autrement. En effet , M. Fillassier nous rapporte que , pour évitera madame H... les douleurs du pansement et de la cautérisation de la plaie , vous vous êtes dispensé des frais de la magnétisation somnaoïbulifère ; vous vous contentiez de paralyser la sensibilité autour de la plaie el sur elle. A la bonne heure ; il n'est pas bien de faire des miracles inutiles. Si quelqu'un doutait par hasard du pouvoir qu'avait M. Chapelain de paralyser la sensibilité autour de la plaie et sur elle , voici de quoi confondre cet incrédule, u Un jour madame H... prélendit » qu'elle ne souffrait pas parce qu'elle ne devait pas souffrir. M. Chapelain fit 1) cesser la paralysie de la sensibilité ; à l'instant Mme H... poussa des cris de » douleur , et , repentante , demanda bien vite qu'on suspendit de nouveau la » sensibilité chez elle. » Et madame H..., après des preuves aussi éclatantes de la puissance et de la vérité du magnétisme , reste incrédule ! « L'incrédulité » de madame H..., dit positivement M. Fillassier, résista à ces nouvelles » épreuves. » Je ne puis m'empêcher de convenir que cette incrédulité passe toutes les bornes. Pour moi , je le confesse , jusqu'ici , je n'ai point le bonheur de posséder la foi magnétique , mais je promets solennellement à M. Chapelain de me convertir , quand il m'aura paral^^sé , soit par, soit sans intervention du somnambulisme, qu'il m'aura extirpé une tumeur sur la partie latérale du cou , sans que je m'en aperçoive , et surtout qu'il m'aura fait accoucher sans douleur , ce qui est pourtant une chose impie, car la sainte écriture nous enseigne le contraire.
Pour en finir avec celte incrédule de madame H...., je vous dirai que sa petite fille, âgée de 18 mois, tomba malade, et que son méiiecin ainsi que M. Jadelol , appelé en consultation , jugèrent tous deux sa position désespérée. Madame H ... écrit alors à M. Chapelain pour le prier de la venir voir. M. Fillassier était chez M. Chapelain lorsque la lettre arriva, o Retenu par beaucoup )i de malades il me pria , M. Fillassier, d'aller voir madame II.... et son enfant. « Il me donna, pour endormir la mère, un anneau qu'il magnétisa fortement n dans celle intention. « Quelque forte que fût la dose de magnétisme , dont M. Chapelain eût saupoudré l'anneau , elle ne fut pas suffisante , et madame H.... pria le porteur d'aider à son action , ce qu'il fit par un procédé que je n'ai pas le temps de vous décrire. Le succès fut complet , attendu que la pitié de M. Fdlassier étant grande pour cette mère au lit de son enfant mourant^ l'action magnétique fut puissante et prompte à élever le somnambulisme au point le pl'iS parfait.
« Alors , s'offrit pour moi , dit M. Fillassier , et pour l'amie {madame H
« avait une amie auprès d'elle) présente à ce spectacle, une scène touchante , « à la vérité de laquelle on croit quand on l'a vue , parce qu'elle ne pouvait » être feinte , mais qu'il est impossible de rendre. » Tout-à-coup , par une illumination soudaine, madame II.... , dans l'attitude d'une sibylle inspirée , dicte une consultation que M. Fillassier écrivit, et qui mérite de parvenir à la dernière postérité. Voici quelques échantillons de ce que l'esprit-saint magnétique dont madame H.... était pénétrée lui révéla : " L.4. peau des tuyaux et des « poches par lesquels elle (son enfant) respire et makge est très-bouge et » couverte de matières gluantes, épaisses Qu'ii FA.CT faire couler; il faut
MAGNÉTISME
MAGNÉTISME
» ES MÊME TEMPS ETEIKDnE CETTE ROUGEER j LE CERVEAU EST SAIN ET BLANC , MAIS » TBÈS-PALli ET TRÈS-IBKITABLE , A CAUSE DE LA MALADIE DE LA POITRINE ET DU VEN" » TRE , ET SURTOUT A CAUSE DES REMÈDES QD ON A EMPLOYES, COMME LES VÉSICA- 11 TOIRES ET LES SI^APISMr;S. IL FAUT DONNER UN LAVEMENT FAIT AVEC DE l'eAU DE » SON ET UNE INFlilON DE FLEURS DE MAUVE (UN BAIN TIEDE PENDANT LEQUEL ON » METTRA SUR LA TETE DES COSIPRESSES TREMPEES DANS l'eaU VINAIGREE FROIDE; » DES CATAPLASMES, DES FOMENTATIONS, DE l'eAU DE CHIENDENT LEGERE, MAGN ÉTISÉE •1 ET SUCRÉE AVEC TRES-PEU DE SIROP , SONT ÉGALEMEKT PRESCRITS). LE LOOK (OR- » DONNÉ PAR LE MEDECIN ) EST THOP LOURD , IL FAUT LE SUPPRIMER J IL AJOUTE » AUX GLAIRES QUI SONT DEJA DANS l'eSTOMAC ET LES BOYAUX , ET ENDORT L EN-