‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 142 sur 311 · MIXTURE · texte numérisé non relu

MIXTURE

sant fenuenter une dissolution aqueuse de miel à laquelle on ajoute divers in-

grédiens suivant le pays.

En médecine, le miel sert à édulcorer tantôt l'eau seule, c'est ce qu'on nomme hydromel, à plus juste titre que la liqueur précédemment signalée, tantôt les diverses infusions ou décoctions connues sous le nom de tisane, aux propriétés desquelles il ajoute peu, mais qu'il fait prendre avec plus de plaisir. On prépare pour cet objet un sirop de miel , dans lequel ne se trouvent plus les substances étrangères dont sont quelquefois mêlés surtout les miels communs. Si dans ce sirop qu'on nomme melLite on ajoute du vinaigre , on a la préparation

connue sous le nom d'oximel simple , et à laquelle on a prêté des vertus expec»

torantes et autres qu'on explique bien autrement que parla spécificité. Nous ne nous occupons pas des oxiraels composés, qui maintenant sont tombés en désuétude, et qui d'ailleurs doivent leurs propriétés bien moins au miel, simple excipient qui pourrait êlre remplacé par tout autre , qu'aux substances médicamenteuses plus ou moins actives qu'on y fait entrer.

On a renoncé également à l'usage extérieur du miel : s'il peut être utile comme adoucissaut, il a plus que d'autres substances analogues l'inconvénient de salir et de poisser les parties sur lesquelles on l'applique. Quant aux topiques plus actifs faits avec le miel , comme le miel égyptiac , on ne peut se refuser à reconnaître que ce sont les sels et oxides métalliques dont l'action curative est réelle.

En réduisant ainsi à leur juste valeur la propriété du miel, nous avons eu l'intention , non pas de déprécier une substance utile et d'autant plus estimable qu'elle est vulgaire , mais de montrer que si elle mérite la préférence dans les cas où il est facile de se la procurer , il serait peu raisonnable de se mettre en frais de temps et d'argent pour l'aller cbercher au loin , et de la préférer aux substances analogues qu'on aurait à sa disposition. (F. Ratier.)

MILIAÏRE. ^oyez Sdette.

MILLEPERTUIS. Hypevicum perforatum. Plante appartenant au genre liypericum qui, dans la classification de Jussieu, donne son nom à une famille naturelle de la polyadelphie polyandrie de Linné. C'est une plante très-commune qui croit dans les lieux découverts des bois , et qui se trouve dans les contrés tempérées de l'Europe. Ses feuilles, vues à contre-jour , semblent percées d'une multitude de petits trous qui ne sont autre cbose que des utricules remplies d'une huile voljtile abondante, et à laquelle peuvent se rapporter, en grande partie, au moins les propriétés qu'on lui a reconnues. Toute la plante d'ailleurs et même son fruit sont imprégnés de cette huile volatile, qui n'est pas la seule partie intéressante, puisqu'on y trouve également de la résine, du tanin , et une matière colorante que l'on utilise dans différens pays.

Le millepertuis se distingue par une saveur amère et chaude à laquelle se joint un arrière-goût styptique , et par une odeur pénétrante et résineuse qui se manifeste surtout lorsqu'on l'écrase entre les doigts et qu'on met en liberté l'huile volatile. H est assez singulier que le millepertuis n'ait pas appelé 1 attention des chimistes plutôt qu'une foule de végétaux insiguifians ; il aurait dû pourtant exciter leur intérêt, moins par les merveilles qu'en avaient raconté les anciens, que par l'évidence de ses propriétés ; et il est probable qu'on pourrail l'employer avec avantage, tant en médecine que dans les arts.

L'action thérapeutique de cette plante ne peut être jugée que par analogie^ car elle est depuis long-temps inusitée, après avoir joui d'une réputation extraordinaire. Elle parait néanmoins digne de reprendre place dans notre matière médicale indigène. Les élémens qui la constituent expliquent les éloges que lui accordent les auteurs de l'antiquité et du moyen âge, et rendent raison des succès qu'ils en ont obtenu dans certains cas : car il est évident que, dans une foule de circonstances , les observateurs ont été superficiels ou prévenus. On comprend bien son action styptique et tonique, fébrifuge, anthelmintique ; mais on ne peut admettre aussi facilement qu'elle soit diurétique, lithontriptique et anti-hystérique. Quant à ses vertus contre la phthisie pulmonaire et la rage, elles sont encore plus douteuses. A raison des qualités merveilleuses qu'on lui avait attribuées ou reconnues , le millepertuis devait être fort employé ; aussi le retrouve-t-on dans une loule de compositions officinales plus ou moins oubliées aujourd'hui.

On emploie principalement les sommités fleuries en infusion à la dose de deux gros à demi-once. L'huile volatile qu'on en extrait se prescrit par gouttes. L'huile d'hypericum qui se trouve encore dans les pharmacies est de l'huile dans laquelle on a mis macérer la plante , et qui s'est chargée d'une partie de ses principes. On ne parle pas qu'il en ait été préparé en extrait , et cependant il est à croire qu'il ne serait pas sans vertu, surtout si l'on employait l'alcool qui dissout les substances résineuses. (F. Ratieb.)

MIXTURE (pharm. ). Mélange anomal de différens liquides. La mixture est pour les liquides ce que les masses pilulaires sont pour les corps mous et solides : tous les liquides peuvent en faire partie ; par exemple, les résines fluides , les huiles volatiles , les teintures et les esprits alcooliques , les sirops , les extraits, les acides , les sels dissous , etc. D'un autre côlé , comme les potions , les juleps et les loochs sont aussi de véritables mixtures, il en résulte que la seule manière d'utiliser ce motest de le restreindre à quelques mélanges magistraux très-actils, d'un petit volume, et destinés à être pris par gouttes sur du sucre ou dans un liquide approprié. Les praticiens anglais emploient ce mot différemment : pour eux une mixture est un liquide aqueux , peu ou point sucré , rendu trouble ou émulsif parla suspension d'un corps insoluble. C'est ainsi qu'ils ont des mixtures d'amandes , de gomme (immoniiu/ue , de craie , de corne de cerf calcinée , de résine de qayac , etc. La plupart de ces mélanges sont inusités en France , ou sont modifiés de manière à être compris dans quelque autre genre de médica-

MOPfOMANIE.

ment ; par exemple , la mixture d'amandes diffère peu de notre èmulsion simple ; la mixture de craie et celle de corne de cerf calcinée répondent à la décoclion blanche de Srdenham , etc. (Guibourt.)

MOELLE EPINIERE. Vojez Ehcéphale, Convulsion, Myélite, Paralysie , etc.

MOLE. Voyez Grossesse.

MONOCLE, s. m. Ce bandage destiné, comme son nom l'indique, à i>e couvrir qu'un seul œil , se fait avec une bande de si\ aunes de long sur deux travers de doigts de large. Un jet de cette bande, long d'une aune, est laissé flottant au-dessous de l'angle de la mâchoire inférieure, où un aide le maintient. Le cylindre de la bande , porté ensuite obliquement en haut vers le grand angle de l'œil du côté malade, gagne le front et le pariétal du côté opposé , puis descend à la nuque et vient sous le menton fixer le chef flottant. Ce chef est alors relevé sur la joue, l'œil , le front , le pariétal et la nuque de manière à former, avec le premier jet, un doloire ouvert en avant. La bande achève alors de contourner le cou , gagne la nuque et y fixe le jet qu'on y a conduit , puis remonte sur le front. Un troisième renversé du chef , d'arrière en avant , est fait alors sur le pariétal , le front et l'œil malade; il est maintenu par une troisième révolution de la bande autour de la tête et du cou.

Ce bandage rachète la solidité par l'embarras qu'il cause au malade; il géne les mouvemens de la tête , comprime aisément le cou , nuit au retour du sang , et quoique préconisé autrefois par Moreau de I Hôtel-Dieu, il est presque entièrement abandonné. ( L. 3. Bécin. )

MONOMANIE, de (/.o-jou [jm^hu. Manie sur un seul point. J'ai dit dans mon article aliénation que cette forme des maladies mentales était beaucoup plus rare , qu'en général on ne serait porté à le croire d'après les descriptions des auteurs.

Depuis l'époque à laquelle j'ai composé l'article aliénation , mon opinion: sur la monomanie n'a subi d'autre changement que de devenir plus positive dans le même sens.

Pour quiconque veut examiner de bonne foi les aliénés , le nombre des mala-i des qui semblent pouvoir être appelés à juste titre monomaniaques est onnei peut plus restreint; et encore il n'en est pas un seul peut-être , dont le délire , très-sévèrement analysé, ne soit reconnu beaucoup plus général qu'il ne semblés au premier coup d'œil.

Qu'on se transporte pour apprécier mon opinion à cet égard dans les hôpitauxi d'aliénés de Paris , de Bicêire, de Charenton , et l'on verra que sur les quelques milliers d'insensés qui peuplent ces maisons, il n'y en a presque pas qu'on puisse rigoureusement appeler monomaniaques; pas un seul peut-être. C'est du moins ce que je suis porté à croire, d'après les cas soumis à mon observation.

La folie porte tantôt principalement sur les facultés intellectuelles, tantôt sur les facultés morales ou affectives , enfin sur les sensations et les mouvemens.

Chacun de ces ordres de fonctions peut être plus ou moins profondément altéré relativement aux autres ; eh bien ! les cas dans lesquels les facultés intellectuelles , sans rester intactes , sont altérées moins profondément que lesl facultés morales et affectives, et que les sensations sont ceux qui l'ournisseni le plus de prétendus monomaniaques , et l'on se laisse induire en erreur parce que ces malades, sur une multitude de questions insignifiantes , et traitées eu général avec des formules à l'usage de tout le monde, ne déraisonnent pas,

11 semble , en vérité , quand on rapproche des malades certaines description.' de monomauie , que ces descriptions ont été faites sur le mot et non sur la nature. C'est-à-dire qu'on a décrit ce qui mériterait le nom de monomanie , mai: qu'on n'en trouve pour ainsi dire pas d'exemple dans la pratique.

Insister davantage sur ce point serait entamer une controverse étrangère ai but de cet ouvrage ; je ne puis que renvoyer à mon article aliénation pour ci qui est des caractères fondamentaux et distinctifs des principales espèces di lolie.

Il est cependant quelques considérations pratiques que je ne veux pas néglige i d'exposer ici. '

La monomanie des modernes , mélancolie des anciens , a été surtout concur d'après les cas de maladie mentale, caractérisés par des désordres dans les sen Ji sations , et quelque perversion des facultés morales et affectives. *

Ces cas sont nombreux et se présentent sous deux formes particulières , l'un ' aiguë, l'autre chronique : la foruie aiguë réclame le traitement anti-phlogistiqut ! les saignées et les bains d'affusion me paraissent constituer par leur usage com biné le meilleur traitement qu'on puisse lui opposer. '

Quant à la forme chronique, rien ne réussit mieux pour en triompher quj l'usage patiemment continué d'occupations j)hysiques actives ; on remplit celti indication au moyen des voyages pour les riches et du travail de corps pour le ' pauvres. Le travail conviendrait sans doute aussi bien aux riches qu'aux pauvret mais il est souvent diflicile d'obtenir (l'eux qu'ils se soumettent à ce moyen d ' modifier leur santé. Pour ce qui est des pauvres , il est assez rare aussi qu'o leur procure des moyens de travail réguliers pour tous les jours; il est peu être rare aussi qu'on obtienne d'eux toute la docilité désirable pour qu'ils s soumettent. Ce malheur tient souvent dans les hôpitaux au défaut d'espace. J ne doute pas autrement qu'on ne puisse presque toujours utiliser les bras de C' malades en même temps qu'on les calme et qu'on les guérit.

Je puis citer pour preuve ce qui s'est passé dans la division des aliénés ( l'hospice de la Vieillesse-Hommes, il y a quelques années. Le médecin de' service, M. Fcrrus , sut obtenir d'un grand nombre de malades en traitenoe qu'ils s'occupassent des con.struclions faites dans son service; il vit et fit connaît

MONSTRUOSITÉ

MONSTRUOSITÉ

les résultats heureux de ce moyen. Je ne sais si , les constructions terminées , d'autres moyens de travail ont pu êire procurés aux insensés de cet ibospice.

I Un autre exemple , bien propre à lever tous les doutes sur la possibilité et l'utilité dorganiser des moyens de travail dans une maison d'aliénés , est fourni par l'asile départemental de la Seine-Inférieure.

Depuis plus de quatre ans, les travaux de la buanderie , la culture des jardins très vastes de la maison , les soins demandés pour le sciage du bois , le transport du charbon de terre, en un mot , tous les travaux domestiques sont exécutés par nos malades.

Ceux de ces travaux qui demandent le plus de force sont réservés aux hommes, tandis que les soins delà buanderie, de la lingerie , tous les objets de bouture reviennent aux femmes.

\ Les bienfaits du travail auraient depuis un plus long espace de temps ete ponnus de nos malades sans des obstacles qui ont duré plusieurs années.

Ce fut enfin aux lumières de deux hommes auxquels je porterai toujours une )rofonde reconnaissance , M. le coQite de Murât , alors préfet du département ilela Seine-Inférieure, et M. Auguste Le Pasquier, aujourd'hui préfet du Filistère , que je dus d'en triompher.

Quatre ans d'expérience sans un seul accident me garantissent actuellement a durée illimitée de ce bienfait pour les insensés de l'asile. D'un autre côté , 'administration trouve dans l'économie qui résulte de l'emploi de leurs bras, les ressources qui lui permettent de procurer d'autres secours à ces mallieureux.

Georgct. Examen médical des procès criminels dans lesquels Taliénatiou mentale a été allé- ;uée comme moyen de défense , Paris, 1B25, in-8°. — Discussion cl nouvelle discussion melico-légale sur la folie, suivies de l'examen de plusieurs procès criminels, Paris, Ib'26-1B28, i part. iii-8°.

Marc. Consuitalion médico-légale pour Henrielte Cornier, Paris, 1826, in-S". — Consideraions médico-légales sur la monomanie ( Mémoires de V Académie royale de médecine, Paris, 1833, 1. ni, p. 28).

1 £. EsqiiiroL Note médico-légale sur la mononianie homicide, Paris, 1827, !n-8°. I Haiiffhaiter. Médecine légale relative aux aliénés , aux sourds-muets , ou les lois appliquées Ilux désordres de l'inlelligeace, trad. do l'allemand par Cliambeyron , avec des notes par Esjuiro! et Itard , Paris, 1827, in-8».

1 Coltnrd de Marligny. Questions de jurisprudence médico-légale sur la monomanie , Paris , 11828 , in-8".

li. Regnault. Du degré de compétence des médecins dans les ijuestions judiciaires relatives S l'aliénalioh mentale, Paris, 1830, in-8°.

( FOVILLE. )

MONSTRUOSITE, s. f. Terme générique par lequel on désigne les nombreuses allcrations congénitales , que les êtres vivans peuvent présenter dans leur organisation. mot monstre , autrefois repoussant , et auquel s'attachaient des idées d'horreur ou de dégoût , ne doit plus exprimer aujourd'hui ]ue l'état d"un individu, qui s'écarte, à des degrés divers, dans une ou plusieurs Je ses parties , de la conformation ou de la structure , qui constituent le type de son espèce et de son sexe, à l'âge oii on l'observe.

I. Pendant long-temps les monstruosités ne furent considérées que comme des jeux et des écarts extraordinaires de la nature , ou de la force créatrice (les êtres animés. On croyait souvent y découvrir des preuves de la puissance ou de la colère de la divinité. Les observations fournies par le hasard étaient superficielles , incomplètes ; on se bornait à décrire les apparences extérieures les parties ; et, séduites par des ressemblances illusoires ou grossières, les imaginations effrayées se plurent h rapporter les monstres à une foule de types Jtrangers, hideux ou ridicules.

Cet état d'enfance d'une branche très-importante de l'étude organique se prolongea jusqu'à la fin du dix - septième siècle, et au commencement du dix - huitième. Alors seulement apparaissent des descriptions anatomiques judicieuses et complètes des anomalies de l'organisme ; alors aussi surgissent , pour la première fois, des théories plus naturelles et plus philosojihiques , pour expliquer les causes et l'origine des monstruosités , les uns voulant qu elles lussent primitives , les autres les attribuant; à des causes accidentelles , ou à des paladies du fœtus. Winslow , Haller , Morgagni , se distinguèrent surtout dans cette carrière nouvelle.

Enfin , de nos jours , l'étude des anomalies d'organisation des èires vivans a pris un nouvel essor. Elle a été rattachée aux lois qui présiilent à la formation Isuccessive des divers organes , des divers appareils , et est devenue à son tour une des bases sur lesquelles repose la doctrine de l'unité de composition des animaux , en même temps qu'elle fournit à la physiologie générale les considérations de l'ordre le plus élevé. D'après les idées professées en Allemagne par MM. Sœmmerring, Meckel et Tiedemann ; en France par MM. Geoffroy Saint-Hilaire , Serres , Brescliet, et qu'a si bien développées M. Jourdan ; d'après ces idées , dis-je , un monstre , dans l'acception la plus générale de ce .terme, n'est qu'un fœtus , chez lequel un ou plusieurs organes n'ont pas participe aux transformations successives qui font le caractère de son organisation complète. Le nouveau-né qui offre celte disposition, n'est pas malade, dans l'acception généralement admise de ce mot; seulement il est privé d'une organisation aussi parfaite que celle qui appartient aux autres individus de son espèce. Nous verrons plus loin, jusqu'à quel degré cette loi est applicable à la totalité des anomalies organiques , dont les animaux peuvent présenter des exemples.

II. Les observateurs modernes ont senti de plus en plus vivement la nécessité

DiCT. DE MÉDECIKE ET DE ClIIRURGIE PRATIQUES.

de diviser les monstruosités en plusieurs groupes , et de les soumettre à des classifications méthodiques , susceptibles d'en faciliter l'élude , de rendre les descriptions des variétés nouvelles plus lucides , et de favoriser la recherche des causes auxquelles on doit rapporter chacune d'elles.

Il serait inutile de reproduire dans tous leurs détails ces classifications, assez nombreuses. Faisons remarquer seulement , que la plupart d'entre elles ont pour base le nombre moindre ou exubérant des organes , leur absence, leur développement incomplet ou exagéré , leur situation dérangée ou leur structure différente du caractère normal. Meckel admet quatre classes de monstruosités , dont la première consiste dans une diminution , et la seconde dans un accroissement d'énergie de la force organique : d'oii résultent des altérations de quantités, en moins ou en plus , des organes. La troisième classe comprend les altérations de la forme extérieure , de disposition interne , et de la situation relative des parlies. La quatrième , que l'on pourrait considérer comme une subdivision de la première, est consacrée aux organismes dans lesquels les parlies de la génération n'ont pas acquis un degré de développement assez considérable , pour que le sexe soit parfaitement déterminé.

M. Ereschet, applirjuant à l'ensemble des monstruosités, les règles qu''avait suivies M. Geoffroy Saint-Hilaire , dans son essai de classification des anomocéphalics , ou anomalies de conformation de la tête, divise ces m.onstruosités en quatre ordres. Le premier comprend les agékéses , de « priv. et A^-jvinjiç, génération; le second les hypergénèses de uît;^, au-delà , et de y;-Ji7ii génération ; le troisième les diplogéwèses de (ir)>M5 double , et de yntaii génération ; le quatrième enfin, les hétérogékèses de fri^cç autre, fti àe y,vi7u, génération. Au jiremier ordre, appartiennent quatre genres : les agènésies , privations oti dévelo]>pem.ens incomplets d'organes; les diastémasies ou défaut d'union des parties similaires , d'oii lésultent les fissures, ou fentes de la partie médiane du corps; les atrésies , eu iraperforations ; enfin, les sjmphysies ou réunions , et confusions d'organe. Le second ordre se divise en deux genres , selon que l'exagération de développement est partielle ou générale. Le troisième ordre comprend les adhérences extérieures des organes ou du fœtus , et les fusions ou pénétrations intérieures des germes. Le quatrième enfin se subdivise en trois genres , selon que les organes sont altérés dans leur situation {ectopies) dans Aeurnomhre {paljpédies) ou dans leur couleur [Icucopatliies , cyanopatliies , cirropatliies.)

M. Breschet s'est surtout proposé, dans cette classification, d'imposer aux monstruosités, des noms qui rappelassent exactement, et leur nature et leur siège. C'est sur cette base que sont fondées les dénominations de chaque sorte d'anomalies , dont l'observation a constaté l'existence. Et bien que plusieurs des termes qu'il a employés fussent déjà introduits dans la science, il n'en a pas moins le mérite d'avoir rendu la nomenclature plus méthodique et plus complète.

Il suffira de ciler ici les classifications de MM. Charvet , Otto , et quelques autres, parce qu'elles sont peu répandues, et qu'au fond elles diffèrent à peine de celles qui viennent de nous occuper.

M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire divise toutes les anomalies en quatre groupes principaux, selon que les êtres vivans qui en sont affectés , présentent des conditions organiques que l'on ne rencontre dans auctme espèce animale ; que l'on ne rencontre jamais dans l'espèce à laquelle ils appartiennent ; qui sont propres à leur espèce , mais qui ne devraient pas , normalement , exister k l'âge où on les observe ; enfin qiii sont propres à l'espèce , et même à l'âge , mais non au sexe de l'individu. Ce dernier groupe comprend l'hermaphrodisme et ses variétés. Les trois autres donnent lieu à des anomalies qui peuvent se diviser ainsi :

I o. Anomalies , simples , légères, ne mettant obstacle k aucune fonction , et ne produisant point de difformité. Ce sont les variétés peu importantes des dispositions des organes.

2°. Anomalies simples encore , mais rendant déjà difficile ou impossible l'accomplissement de quelques fonctions, ou produisant de la difformité- Cette classe comprend les vices de conformation.

3°. Anomalies complexes , graves en apparence sous le rapport anatomique, mais ne mettant obstacle à l'exécution d'aucune fonction et non apparentes à re.'itérieur. Ce sont les hétérotaxies (.-rc/îc; , autre, et tos-;; , ordre) ou transposition d'organes.

4o. Anomalies très-complexes , très-graves , rendant impossible ou (rès-difiicile l'exécution de certaines fonctions , ou même la conservation de la vie , et produisant une conformation très-différente de la conformation normale. Ce sont là, selon M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , les seules anomalies qui méritent le nom de monstruosités.

II est facile de voir que cette classification est entachée dans ses parties principales d'un vague qui laisse de toutes parts le champ libre a l'indécision et à l'arbitraire. Quelle ligne de démarcation séparera les uns des autres les quatre genres d'anomalies? Ne se touchent-ils pas par une foule de points, et une difformité qui paraît peu grave aux yeux d'un observateur, ou qui est sans résultat sur les fonctions d'un individu , ne peut-elle pas sembler importante à un autre esprit, ou chez un autre sujet entraver l'exécution de quelque action organique? Les classifications fondées exclusivement sur les dispositions anatomiques, sur les caractères de structure, sur les positions et les rapports des parties dont l'organisation ne présente pas le type normal , sont préférables k toutes celles qui iront chercher leurs bases eu dehors du sujet lui-même.

III. Les lois selon lesquelles se produisent les monstruosités sont importantes

MONSTRUOSITE.

BIONSTRU OSlTlé.

à connailre , non-seulement comme jetant de vives lumières sur l'embryogénie et la physiologie générale, mais encore comme pouvant fournir , en certains cas, de précieuses indications à la médecine pratique , soit qu'il s'agisse d'écarter pendant la grossesse les causes susceptibles d'exercer des influences nuisibles sur le développement du fœtus, soit qu'après la naissance la cliirurgie ait pour mission de remétlicr aux dérangemens jnécaniques de forme, de slruclure ou de noriibre que présentent les organes extérieurs.

A. Les monsti'uosilés , quelque graves et considérables qu'elles soient , ne sont jamais porlèes à ce degré qu'elles fassent entièrement sortir l'individu de la série des èires naturels à laquelle il appartient. Cette loi , manifestement exacte pour l'ensemble de chaque individu , est encore applicable à chacune des parties de l'ordre normal, c'est-à-dire que , dans aucun cas , les organes monstrueux n'éprouvent d'altérations assez fortes pour devenir absolument méconnaissables.

B. Chez les monstres les plus éloignés du type normal de l'organisation de leur espèce , la loi des connexions n'est jamais intervertie au point que les rapports des parties entre elles soient complètement changés , et que l'on ne puisse plus les distinguer par la position qu'elles occupent. Ainsi, le cœur n'a jamais été rencontré dans le crâne , les poumons, dans le bassin, etc.

G. Les difformités sont assujéties à des règles h raison desquelles , elles présentent des dispositions qui se reproduisent toujours dans les mêmes cas. Meckel fait observer par exemple que , lorsqu'il y a deux langues , elles ne sont pas placées de chaque côté , miiis l'une au-dessous de l'autre. La pertoration de la cloison du cœur , la scission de l'urèli e , les coarctations de l'estomac , et une ioule d'autres anomalies oi ganiques ont presque constamment lieu dans des endroits et avec des formes déterminées. Lorsque deux fœtus sont accollés, leurs ]ioints de contact ont toujours lieu ]>ar les surfaces homologues de leurs corps. ]is sont placés côté à côté, face à face ou dos à dos , les régions similaires tendant toujours à se rapprocher.

D. Il existe des gradations manifestes qui lient les monstruosités les plug légères aux plus graves. Ainsi, les multiplicités des organes commencent par les orteils , les doigts, les mexnbres , puis s'étendent à la tête , au tronc, et ne s'arrêtent que dans les cas de deux individus presque complets , ne se touchant que des surfaces très-limitées de la tète , du thorax, du ventre ou du dos. La même loi s'applique à la monstruosité contraire ou à l'absence , à la confusion de certaines parties.

E. Les monstruosités sont d'autant plus fréquentes qu'elles offrent moins de gravité , et portent sur des organes moins importans à la vie. Les anomalies de distribution des artères , par exemple, sont bien plus fréquentes près de la terminaison de ces vaisseaux qu'à leur origine. Les dispositions du cœur qui permettent le mélange du sang rouge et du sang noir sont les plus rares parmi les anomalies ou monstruosités de rap|)areil vasculaiie. il en est de même pour le système nerveux , pour les appareils de la digestion , de la respiration , de la sécréliou urinaire , de la génération , etc.

F. Il existe souvent un balancement très-manifeste entre les organes atteints de monstruosités et les autres , balancement à raison duquel l'excès ou le déiaut de développement dans quelques parties sont accompagnés d'un état opposé dans d'autres. Les observateurs ont signalé depuis long -temps l'excessif développement du visage chez les anencéjihales. On a remarqué plusieurs fois que la présence de six doigts à la main ou au pied était accompagnée de l'absence d'un doigt au membre correspondant de l'autre côté. Cette loi s'étend même quelquefois aux cnfaiis de grossesses difl'orentes, comme le fait remarquer Meckel, l'individu né le second a^-ant en moins les doigts que son ainé avait apportés en plus. Moiand cite un fait de ce genre.

G. Quelques difformités , ou du moins la tendance à les produire , sont héréditaires. Ou connaît plusieurs familles dont tous les individus mâles ont été sexdigitaiies pendant un grand nombre de générations. Il en est de même pour l'adhérence de certains doigts entre eux. Des remarques analogues ont été faites pour le bec de lièvre , l hypospadias , etc.

H. Les monstruosités paraissent être plus fréquentes à gauche qu'à droite. Lorsque l'artère vertébrale , par exemple , naît directement de l'aorte , c'est toujours , selon la remarque de Meckel , à gauche que cette variété d'origine a lieu. Les monstruosités par exubérance sont plus fréquentes dans la moitié supérieure du corps que dans l'autre : c'est elle aussi qui , dans 1 état normal , est le siège du développement le plus précoce et le plus considérable : les monsircs bicéphales sont plus nombreux que les monocéphales à deux corps ; les doigts surnuméraires existent plus souvent aux mains qu'aux pieds, etc. Enfln, les monstruosités aliéctent plus souvent les individus du sexe féminin que ceux du sexe opposé, et ce fait a été constaté, non-seulement pour les organes de la génération , mais pour toutes les autres parties du corps. Cela dépcnd-il de ce que, dans le premier temps de la vie fœtale, il n'y a qu'un se.xe , le féminin? et doit- on en conclure que dans le plus grand nombre des cas de difformités il y a ralentissement d'évolution des organes, et par conséquent persistance t!e ce sexe? Les faits ultérieurement consultés peuvent seuls résoudre cette question.

IV. Parmi les hypothèses successivement présentées pour expliquer la production des difformités, on doit distinguer celle qui les rapporte à des dévialions, à des exagérations ou à des ralentissemens de la force plastique; du msus fovmcaiH'us , qui préside à l'évolution ou à l'accroissement des organes. Mais avec quelque complaisance que l'on caresse cette idée, il est manifeste qu'elle ne peut rendre compte de tous les faits connus , de tous ceux que l'observation présente chaque jour. Examinons les cas qui se rapportent à cette grande loi de

l'organisation, et indiquons ensuite ceux qui dépendent d'influences différentes, d'un autre ordre de causes.

Et bien que plusieurs anatomistes commencent à s'élever contre la théorie de Meckel, Tiedeman , Geoffroy Saint-Hilaire , et autres savans observateurs , il me semble encore très-vraisemblable que l embryon humain parcourt effectivement dans son évolution successive, plusieurs des types d'organisation qui présentent à l'étal adulte les principaux groupes de l'échelle animale, et que beaucoup de moiistruosités dépomlent de la suspension ou de l'arrêt de ce développement à une période variable de sa durée. C'est à cette cause que l'on peut attribuer dans l'appareil digestif, l'absence ou la faiblesse excessive de la paroi abdominale antérieure ; la terminaison de 1 intestin en cul-de-sac , à des distances variables de l'anus ou de l'estomac ; la persistance d'une sorte de cloaque entre le rectum , le vagin ou l'urètre ; l'imperfection des mâchoires , la saillie ou la disjonction des os incisifs , la fente des lèvres, de la voûte palatine, du voile du palais, etc. C'est encore à celte cause que l'on peut ra;>porter les différens cas d'hypospadias , d'extrophie de la vessie , d'absence du vagin , de rétention des testicules dans l'abdomeii.

Le système nerveux central reste également , chez certains sujets , imparfaitement développé, et analogue à celui des animaux inférieurs. Il est à remarquer à ce sujet que les monstruosités affectent alors diverses parties du système nerveux cérébro-spinal avec d'autant plus de prédilection que ces parties se développent plus tardivement. Ainsi , la moelle , formée la première , est moins souvent altérée que l'encéphale ; la moelle allongée et les tubercules quadrijiimeaux manquent moins souvent que les hémisphères.

La même loi, appliquée à l'appareil circulatoire, explique assez bien la persistance d'une seule cavité ventriculaire qu'aucun développement musculaire n'est venu séparer, ou l'existence entre les oreillettes d'ujie cloison mince, fragile et incomplète.

Il serait inutile de multiplier davantage ces exemples. En général , on peut admettre , toutes les fois qu'un organe est sain d'ailleurs , exempt de cicatrice» et non comprimé par d'autres parties , cjue la monstruosité par imperfection qu'il présente dépend d'un ralentissement ou d'un arrêt survenu dans son développement. L'anatomie embijologique a démontré ce fait très - remarquable que les vaisseaux ne nai.ssent pas du cœur et les nerfs de l'encéphale ou de la' moelle épinière, mais que les uns et les autres se développent avec les organes' auxquels ils appartiennent, et qu'ils vont successivement se réunir, les premiers , au centre circulatoire , les seconds aux parties centrales du systèmi nerveux. Il résulte de là que l'absence du cœur, que celle de l'encéphale ou la moelle rachidienne n'entrainent pas nécessairement l'absence des artères oi£ des veines, non plus que celle des nerfs, des appareils des sens ou des organes locomoteurs. M. Serres rapporte à l'appui de cette proposition , relativement au système nerveux, des cas dans les<juels le cerveau étant double et l'uppareM pulmonaire simple, il n'existait que deux nerfs pneumo-gaslriques ; tandis que chez d'autres sujets, à double appareil respiratoire et à cerveau unique oii trouva quatre nerfs destinés k les animer.

Et cependant , selon l'auatomiste que je viens de citer, chaque partie du système nerveux, et , par analogie, chacune des autres parties de l'organisation,' est subordonnée, dans son développement, à l'évolution de ses artères. Plus l'artère parait à une époque voisine de la conception, plus la partie à laquelle elle appartient sera précoce dans son développement ; exagérez le calibre de la branche artérielle , et la partie présentera un volume correspondant ; effacez au contraire , par la pensée, le tube sanguin , et l'organe sera également supprimé. Cette théorie a déjà été attaquée avec succès. Elle repose sur une substitution , assez fréquente dans les sciences , de la cause à l elfel. Les artères suivent et ne précèdent pas les organes ; d'où il résulte que ce n'est pas parce que le tube artériel manque que la partie tarde à paraître ou ne parait pas du tout ; mais que c'est au contraire parce que l'organe reste sans évolution, qu'aucun vaisseau ne s'y développe , qu'aucune artère ne s'en détache et ne converge vers \e cœur.

Il serait toutefois inexact de dire que le cerveau , d'une part , que le cœur et les artères , de l'autre , sont sans influence sur le développement des diverses, parties du corps. Nul doute que, mis eu relation avec les organes , ces centres d'action n'exercent sur leur développement une action considérable. Ce qui a lieu d'ailleurs après la naissauce , dans une foule de cas pathologiques , le démontrerait surabondamment, si l'on en pouvait douter. On comprend donc trèsbien cpie l'absence ou la destruction de l'un des renfleniens spinaux coïncide avec le développement incomplet des membres abdominaux ou thoraciques, que I hydropisie d'un hémisphère cérébral accompagne l'atrophie des membres du côté opposé. On comprend également que la compression il'une artère , en s'opposaut à l'ariivée d'une quantité sufiisante de sang dans quelque partie du corps, entrave l'accroissement de cette partie , et la maintienne dans un état prescjue rudimentaire. Mais il y a loin de ces faits à une théorie qui soumet d une manière absolue l'évolution d'un organe à la présence ou à l'absence primitive de ses artères. Notez d'ailleurs que l'influence est réciproque , même après la jonction des vaisseaux et des nerfs à leur centre respectif; c'est-à-dire que, si les maladies ou les faiblesses de ce centre, ou bien encore la compression du tube de communication, peuvent entraver le développement de l'organe, la maladie, l'inertie, la compression de ce même organe entraîneraient un défaut analogue d'accroissement dans l'artère, le nerf ou la portion correspondante du centre nerveux.

Il est un autre ordre de subordination de développement entre les organes non moins digne d'attention que les préccdcns. Elle consiste eu ce qvie l'arrêt

MONSTRUOSITÉ

MONSTRUOSITÉ S

l'évolution survenu dans une partie s'étend presque toujours aux parties qui ievaient se former après elle , et qui lui appartiennent en quelque sorte. Ainsi es arrêts d'évolution des centres nerveux en entraînent consécutivement dans eurs enveIo|)pes osseuses ; les parois du thorax sont proportionnées au volume les organes que renferme cette cavité. C'est à raison de celte loi que les systè- ^les organiques les plus tardivement formés et complétés dans leur structiu-e ont aussi ceux qui présentent les monstruosités par défaut de développement; p plus nombreuses. Ils ont à supporter, en effet, et les chances d'action qui leuvent porter sur eux, et les conséquences des actions exercées sur les parties ont le développement devait précéder et comuiander en quelque sorte le leur. Poutes ces règles néanmoins ne sont pus tellement absolues qu'elles ne présen- ;nt un grand nombre d'exceptions.

Plusieurs difformités, consistant dans la fusion de certains organes , dépenent , quoique d'une manière peu distincte au premier abord , de l'an èt de éveloppement des parties qui devaient les séparer. Ainsi , l'absence de l'etlr loïde donne lieu au rapprochement des orbites , puis à la réunion des deux avités orbitaires en une seule , puis à la fusion des deux jeux , qui n'en forlent enfin plus qu'un placé sur la ligne médiane, ce qui constitue la cyclopie à . ;s divers degrés. L'absence des cavités nasales et des os maxillaires supérieurs itraîne celle de la bouche, létal rudimentaire de la mâchoire inférieure, le jpprochement ou la fusion en avant des oreilles , etc.

Répétons-le , un grand nombre de difformités par arrêt de développement ,:ndent les organes de l'homme, soit dans leur forme extérieure, soit dans urs dispositions plus cachées, analogues ou semblables à ce que sont norma- :ment ces organes chez les animaux des séries inférieures. Ce principe est fémd en applications , d'anatomie philosophique et de physiologie générale. , B. L'excès de développement des parties ou leur duplication constituent des ifformités bien moins fréquentes et moins variées dans leurs dispositions que •lies dont il vient d'être question. Les os , les muscles , les vaisseaux , sont le jége le plus ordinaire de ces anomalies. L'appareil digestif offre des exemples ^aucoup plus rares de duplication de la langue , de l'œsophage , du duodénum, ,b quelques portions de l'intestin. On a rencontré, chez quelques sujets, le

t;ur plus ou moins complètement doublé dans ses diverses parties. îl n'est pas re de rencontrer des membres surnuméraires, et entin , par des gradations ccessives, on parvient à la duplication de l'individu tout entier, soit que les jijets adhèrent par des portions de leur surface externe , soit qu'il y ait emboîiment complet de l'un dans l'autre, ainsi que plusieurs anatomistes , et l. Diipuytfen entre autres , en ont rapporté des exemples. C. A un dérangement ou à une direction anormale de 1 action formatrice, oivent être rapportées ces transpositions plus ou moins complètes des viscères loraciques et abdominaux , d'un côté à l'autre , ces variétés d'origine et de di- ;ction des artères , des veines ou des nerfs , dans lesquelles il n'y a ni défaut, j exagération de développement , dont les individus ne ressentent aucun déraniment, et que l'on n'a souvent la possibilité tie constater l'existence qu'après j mort.

ID. Mais toutes les difformités ne sont pas produites par ces aberrations ocjiltes de la force formatrice. Un grand nombre dépendent de maladies déveippées chez le fœtus, pendant la grossesse, et dont il porte encore des traces rs de la naissance. A mesure que l'enthousiasme excité par les travaux, d'ailurs si ingénieux et si importans des anatomistes, dont j'ai si souvent rappelé s noms , s'apaisera , l'attention dirigée sur d'autres objets multipliera sans pute de plus en plus les exemples de difformités de ce genre. Depuis longjmps on avait constaté que beaucoup d'anenccphalies , d'atélo-rayélies , et autres altérations des parties centrales des systèmes nerveux , sont dues à de^ ^iliOjsisies développées dans les cavités, ou dans les enveloppes de ces parties^ iisi que l'attestaient les ouvertures du crâne ou du rachis , le reploiement des jgumens, des os et des membranes de ces cavités , et même l'existence encore Lgranfe de débris de parties altérées dans les eaux de l'amnios. M. 'Velpeau a j'ncontré , sur des fœtus, encore contenus dans la matrice, des portions de embranes , ou des parties solides de la tête, ramollies, comme frappées de ingrène , et incomplètement séparées des parties vivantes du voisinage, i Que sont les résultats des expériences tentées par M. Geoffroy Saint-Hilaire, ïlativement à l'influence que les altérations de la coque des œufs des gallinacés, jtercent sur le développement des oiseaux qu'ils renferment , s'ils ne consistent il des effets de maladies déterminées sur le poulet par l'atteinte portée à soii iveloppe , ou a ses moyens de nutrition ? Indiquer ces résultats comme le prouit d'effets mécaniques , c'est évidemment méconnaître la nature de l'action lue l'on a exercée.

Ces adhérences établies entre le fœtus et ses membranes , à une époque où m organisation est encore imparfaite , ne sont-elles pas l'effet manifeste d'inammations nées dans la cavité utérine , et dont les causes aussi bien que les JDséquences , ont encore besoin d'être altenlivemeiit étudiées ?

La plupart de ces taches cutanées, de ces ?tcet'i malerni , sur lesquels se sont sercées les imaginations de tant de commères , ne consistent-elles pas dans une Itération morbifique et irritative du derme , dont les vaisseaux sont trop déveappés, dont la susceptibilité est exagérée, dont la destruction aura lieu à une poque plus ou moins éloignée de la naissance ?

Enfin, ne sont-ce pas des pressions mécaniques , des situations anormales du belus , dans la matrice, qui déterminent ces déviations des membres thoraci- :ues ou pelviens , ces pieds-bots congénitaux , ces luxations congénitales des ptes du fémur, sur lesquels un grand nombre d'observateurs ont fait des recher- (lies , et que l'orthopédie combat assez souvent avec succès?

Ces causes de monstruosités sont celles dont l'étude importe le plus en jnédecine , parce qu'elles dépendent de circonstances qu'il sera peut-être un jour possible d'apprécier avec exactitude, de prévenir, ou de faire cesser, avant qu'elles aient produit des désordres assez graves pour compromettre la vie , ou nuire à l'exercice des fonctions , ou même produire des difformités appréciables . Malheureusement , la science est encore h faire sur ce point , et il faut espérer que lorsqu'on aura épuisé la mine ouverte par les anatomistes , aux travaux desquels je rends d'ailleurs toute justice, la médecine pratique et la physiologie pathologique auront aussi leur tour.

"V^. Sous le rapport de la thérapeutique, les monstruosités doivent être divisées en internes et en externes. Les premières, ordinairement cachées , a[)préciablcs seulement par leurs effets, sont presque toujours au-dessus de la puissance de l'art.

Les secondes peuvent devenir l'objet d'opérations ou d'applications de moyens orthopédiques, susceptibles de les faire disparaître, ou du moins d'atténuer les inconvéniens (ju'elles entraînent. Ainsi l'on rétablit la vue empêchée par une cataracte congénitale, ou par la persistance de la membrane pupillaire ; on réunit le bec de lièvre , la fente de la voûte palatine ou du voile du palais ; on ouvre les orifices de la bouche, de l'anus , de l'urètre , du vagin ; on ampute certains doigts surnuméraires, certains prolongemens des parties génitales ; on sépare les paupières, les membres ou leurs subdivisions réunis par des adhérences plus ou moins intimes , etc.

L'orthopédie, dans ses conquêtes rapides, parvient, en redressant, en dirigeant d'une manière convenable l'accroissement des individus , après la naissance, à remédier, quoique avec lenteur, à la plupart des pieds-bols , aux déviations des genoux, aux saillies des trochanters produites par le défaut de profondeur suffisante des cavités cotyloides , aux défauts d équilibre entre les deux moitiés latérales du corps et aux incurvations variées de la colonne vertébrale qui en résultent.

En définitive, pour le médecin praticien , la lâche la plus importante à remplir consiste, lorsqu'un enfant vient de naître, à examiner atentivement les diverses parties de son corps, à explorer les ouvertures naturelles; et si quelque monstruosité existe, à remédier sans délai à celles de ces monstruosités qui peuvent être instantanément détruites , ou à préparer les moyens de combattre plus tard efficacement les autres.

MONSTRUOSITES (Médecine légale ). Les monstruosités, envisagées sous le rapport de la viabilité , sont d'un intérêt puissant en médecine légale ; nous avons cru devoir les envisager sous ce point de vue, et en former un tableau qui répondra à presque tous les besoins dans les circonstances où un médecin peut être appelé h prononcer.

r-' ORDRE. — JGENÈSES.

1" GENRE. — AGÉNÉSIES.

Acéphalie. — Non viables.

Anencéphalie. — Quelques-uns ont vécu 20 jours.

Hydropisie congéniale. 1". Celle des ventricules du cerveau, avec absence de quelques-unes de ses parties. — Mort avant ou à la naissance.

1". Celle des ventricules du cerveau, avec développement complet de cet organe. — Vie pendant un temps plus ou moins lon^.

3". Celle de l'extérienr du cerveau complètement développé . — Viables.

Aprosopie. — Non viables.

Ateloprosopie. — Non viables.

Absence 1° des yeux, paupières, iris. — Viables. Bouche. — Non viables.

Lèvres , langue, oreille externe. — friables. 2° de l'épiglotte, pénis, scrotum, testicules. j

Vésicules séminales, utérus , vagin , quelques côtes. \ (.'i^jjigg Quelques vertèbres, une partie d'un membre. i Mains , vessie. J 3" OEsophage , estomac , foie , cœur , poumons. — Non viables. Cloison ventriculaire ou oriculaire du cœur, diaphragme. — Viables.

2e GENRE. — DIESTINJSIES.

Ou défaut d'union des parties similaires ; fissures sur la ligne médiane, du crâne , avec encéplialocèle volumineux. — Non inables. — avec encéphalocèle peu volumineux. — Viables. Spina bifida, avec hydrorachis, situé en haut de la colonne vertébrale. — Peu de jours de vie.

situé plus bas. — Quelques mois et même 1 ou 2 ans.

Lèvres , os maxillaire , langue , voile du palais , vessie , verge , urètre , matrice , vagin. — Viables.

De la ligne médiane de l'abdomen , avec hernie considérable des organes abdominaux. — Non viables.

Exomphalie, avec hernie des organes abdominaux, et quelquefois des viscères thoraciques. — Non viables.

Ces deux dernières monstruosités , avec déplacement peu considérable des viscères on sans déplacement. — Viables.

Extrophie. — Viables.

MORELLE

MORELLE

3e GENRE. — ATRESIES.

Ou itnperforations

De membrane pupillaire , Urètre. \ .les paupières. Vagin. (

(Je la bouclie , Matrice. >

lie l'anus. i des œsophage et intestin. — Non viables.

4e GENRE. — SYMPHISIES.

Ou réunion , confusions d'organe.s.

Monopsie. Fusion plus ou moins complète des yeux. — Non viables. des autres parties du corps. — Fiables.

Page 1