HOMMES
Salle
Vent.
Saiat-JeaD,
Saignées.
Sangsues.
scarif.
Vésicat.
4 — de 4
guéri le neuvième jour.
4 — de 4
2 appl.
1 large.
guéri le treizième jour.
3 — de 4
guéri le cinquième jour.
4 — de 3
1 large.
mort le onzième jour.
3 — de 3
3 pal.
guéri.
oxide blanc
d'antimoine , 1 très-large
Salle Sainte- Madeleine.
No 11. 5
— de 3 p. 1/2
vésicatoire. Guéri.
2 à 3 pal. sinap,, guérie le douzième jour.
Ce relevé donne pour terme moyen, trois à quatre saignées, quinze sangsues, une application de ventouses scarifiées et un vésicatoire, terme moyen qui ne diffère guère de celui des précédens relevés.
Le total des saignées de cinquanle-sept péripneumoniques compris dans les séries précédentes auxquels la méthode des émissions sanguines a été appliquée, s'élève à deux cent trente , ce qui fait environ huit cent cinq palettes. La moyenne des saignées est donc de quatre et un peu plus.
La somme des sangsues employées est de mille cent cinquante-et-unc. Par conséquent, la moyenne est de vingt-deux.
Le total des applications de ventouses scarifiées est de cinquante-deux. La moyenne est par conséquent un peu moins d'une ventouse.
La quantité de sang retirée par les saignées (de trois à quatre palettes) est de deux cent une livres (en représentant par une livre quatre palettes de sang , évaluation sensiblement exacte.)
La quantité de sang enlevée par les sangsues est de vingt-sept à ving-huit livres (en évaluant à une livre la perte de sang, opérée par quarante sangsues.)
La quantité de sang soutraite par les applications de ventouses (deux à trois palettes chacune), est de cent vingt palettes ou trente livres.
La somme totale du sang enlevé par les saignées, les sangsues et les ventouses scarifiées est donc de deux cent cinquante-huit à deux cent cinquante-neuf livres.
Donc aussi, chaque péripneumonie a dépensé, terme moyen, environ quatre livres, neuf à dix onces de sang, quantité qui ne s't lève pas tout-à-fait au double de celle fixée approximativement par Sydenham pour le traitement d'une pleuro-pneumonie conjlrmée.
Le minimum des émissions sanguines chez les malades inscrits sur les précédens tableaux, a été d'une saignée du bras et de trente sangsues , c'est-à-dire d'environ une livre douze onzes.
Le maximum a été de neuf saignées du bras , cinquante sangsues , et deux applications de ventouses scarifiées, c'est-à-dire d'environ dix livres de sang.
Sur 51 malades dont l'époque de la guérison a été indiquée dans les tableaux, il y en a 12 chez lesquels celte guérison a eu lieu du troisième au sixième jour (chez un, le troisième jour ; chez trois, le quatrième ; chez trois, le cinquième; chez cinq, le sixième). Or, on peut placer dans la catégorie des pneumonies jugulées, celles qui ont été ainsi enlevées avant le septième jour. Par conséquent, dans les relevés que nous publions , un peu plus du quart des péripneumonies ont été réellement jugulées. Ce résultat pourra surprendre quelques-uns de nos honorables confi'ères ; mais il n'en est pas moins l'expression rigoureuse de faits observés avec le plus grand soin et qui se sont passés en présence de nombreux témoins. Sur ce point , je le sais , comme sur quelques autres , les objections ne manqueront pas. Qu'il me soit permis de prendre encore ma réponse dans l'illustre auteur que j'ai déjà tant de fois cité : « Si quis hïc ohjiciat alias œquè in hac arte versâtes non idem mecum de his rébus scnlire ; meuin non est quid sentiant alii , disquireve , sed meis ohseri'ationihus adslruere Jidem , quod ut Jaciam , lectoris patientiam desidero tanlùin , non favorem. «(Sydenham.)
C'en est assez sur l'emploi des émissions sanguines dans le traitement de la pneumonie franche, vraie ou normale, à laquelle nous rattachons la pneumonie dite bilieuse, car la complication de phénomènes bilieux ne change nullement la nature de la pneumonie. Les émissions sanguines nous ont du moins réussi absolument de la même manière, et dans la pneumonie avec état bilieux, et dans celle où cet élément n'existait pas.
Il ne nous reste plus que deux mots à dire sur les boissons et le régime qu'il convient de prescrire aux péripncuinoniques. Les boissons seront prises dans la classe de celles qu'on appelle éniollientes et légèrement diaphorétiques. Les malades en boiront la quantité nécessaire pour étancher leur soif (trois, quatre ou cinq pots dans les vingt-quatre heures). On leur fera prendre en même temps quelques loochs blancs ou quelques juleps béchiques. La diète absolue est de rigueur tant que persiste la réaction fébrile. Nous ne pourrions entrer dans plus de détails sans répéter ce qui a été ilit dans divers articles de ce dictionnaire, tels que pleurésie, piîrtcardite, etc. Nous y renvoyons donc, pour éviter des répélilions superflues.
L'efficacité des émissions sanguines ayant élé démontrée par la voie expérimentale, il resterait maintenant à en démontrer l'titililé par la voie rationnelle ou théorique. Cette partie de notre lâche est heureusement moins importante à remplir que la première. Nous nous contenterons des réflexions suivantes ;
Le mécanisme par lequel les émissions sanguines opèrent, ou concourent à opérer la guérison des inflammations en général et delà pneumonie en particulier, est couvert d'un voile que la physiologie n'a qu'en partie pénétré. Toutefois les plus simples notions de la physiologie nous apprennent que, outre l'effet commun qu'exercent les émissions sanguines dans cette phlegmasie comme dans les autres, elles ont encore ici le précieux avantage de procurer à l'organe malade une sorte de repos, condition si avantageuse, comme on le sait, pour la guérison des inflammations. Enlever une certaine quantité de sang, c'est, en effet, soustrane au poumon une portion de Valiment qu'il doit pour ainsi dire digérer, c'est presque le mettre à la diète. En même temps qu'on permet ainsi au poumon de se reposer jusqu'à un certain point , on favorise le dégorgement de son tissu. Mais en diminuant d'une part la masse du .sang qui doit traverser le poumon, et en favorisant, d'un autre côté, le dégorgement de cet organe, on permet à une plus grande quantité d'air de pénétrer dans ces cellules, et l'on prévient de cette manière, dans l'immense majorité des cas du moins , les accidens et la mort qui sontl'inévitable résultat de tout grand obstale à la respiration.
Si les personnes qui font des objections à la méthode ci-dessus exposée, s'étaient donné la peine de répéter les expériences, ou du moins d'assister à celles des autres, on pourrait, peut-être, profiter de leur avis. On trouve plus commode de taxer de mania la pratique dont nous avons signalé les bienfaits , de mettre en question les succès sur lesquels elle s'appuie, et d'avouer que, si les succès sont incontestables , on a eu plus de bonheur que de prudence.
Ce n'est point, heureusement, ainsi que pensent les personnes éclairées et dégagées de toute prévention, qui ont été témoins des résultats que nous avons obtenus. Nous ferons connaître tout-à-l heure les témoignages de quelques-unes de ces personnes. Mais auparavant nous devons dire que, parmi les élèves qui ont suivi notre clinique, nous avons vu de salutaires conversions s'opérer chez ceux qui étaient venus d'abord avec des préventions peu favorables. On en a trouvé quelques-uns qui avaient une telle répugnance pour notre méthode, qu'ils ne craignaient pas d'eng,"ger les malades à s'y refuser. Un assez bon nombre de confrères qui ont bien voulu honorer nos visites de leur présence, nous ont pl usieurs fois félicite sur la supériorité de la méthode que nous mettons en usage. Voici, d'ailleurs, les témoignages que nous avons promis plus haut, et sur la sincérité desquels on peut compter.
Dans le tom xi (no 135) du Journal hebdomadaire , après avoir annoncé que de seize pneumoniques à tous les degrés, admis dans notre service, un seul avait succombé, M. le docteur Donné, chef de clinique, s'exprime ainsi : « Toutes ces » péripneumonies ont été vigoureusement attaquées par des saignées copieuses » et répétées, par de nombreuses applications de sangsues et quelques vésica- » toires. Je dois même avouer que l'énergie avec laquelle M. Bouillaudiesa trai- » tées m'a plus d'une fois ébranlé, et qu'il n'a fallu rien moins que le succès » ÉCLATANT qu'il a oblcnu pour me rassurer et me convaincre. Non pas que » j'ignorasse combien les saignées sont avantageuses dans le fraiterûent delà » pneumonie, et que je puisse être étonné de les voir répéter cinq et six fois , et » même davantage, mais c'est plutôt la rapidité avec laquelle ces émissions san- » guines ont été prescrites, le peu de temps que M. Bouillaud a mis entre cha- » cune d'elles, qui ont dû me surprendre un moment. Au reste, les nouveaux » exemples de cette maladie, qui se sont présentés à la Charité depuis l'ouver- » ture de la clinique de cette année (avril 1833), ne peuvent que me faire appré- » cier davantage la méthode de traitement adoptée par M. Bouillaud. Sept nou- » veaux péripneumoniques, entrés dans nos salles , en dix jours , sont déjà en » pleine convalescence.»
Dans les nombreux résumés qu'il a publiés, M. le docteur Jules Pelletan, qui a succédé à M. Donné dans les fonctions de chef de clinique , s'est complu, en quelque sorte, à signaler l'efficacité constante des émissions sanguines à haute dose, dans le traitement de la péripneumonie.
« Ce traitement , dit-il , pourrait être formulé d'une manière presque empi- » rique, et devenir ainsi, qu'on me passe cette comparaison, mais qui rend bien » ma pensée, un nouveau traitement de la Charité. » (Journal hebdomadaire • tome 11 , mai 1834.)
M. Lecouteulx , aide de clinique à la Charité , qui a suivi attentivement, depuis environ vingt ans , les différentes méthodes qui ont été employées à la clinique, depuis Corvisarl et M. Leroux jusqu'à nous , avait joint au tableau qu'il nous a communiqué sur la mortalité des péripneumoniques traités par M. Laennec, les réflexions suivantes :
u J'ai été vivement frappé de l'énorme différence de la mortalité chez les pé- » ripneumoniques traités par les émissions sanguines à haute dose , comparée à « celles des péripneumoniques traités d'une autre manière , et spécialement par » la méthode combinée des saignées médiocres et du tartre stibié. Et non-seu- « lement il meurt incomparablement moins de malades parmi les premiers, » mais encore la convalescence des péripneumoniques traités par les abondantes » émissions sanguines , est beaucoup plus prompte que celle des péripneumon niques soumis à l'autre méthode: en effet , dans ce dernier cas , la convales- » cence ne commence guère que du quinzième au vingtième jour, tandis » qu'elle a lieu vers le neuvième jour dans le premier cas. »
Enfin , M. Racibor.ski , jeune médecin polonais , qui joint à une solide instruction un rare talent pour l'observation et une franchise à toute épreuve, dit dans un article publié par la lancette française (10 mai 1834) : (c Lorsque j'ai » lu, dans l'un des derniers numéros de ce journal, un article sur la clinique » de M. Bouillaud , j'ai senti , comme l'auteur de cet article , le besoin de pu- » blier les résultats avantageux obtenus dans le service de ce professeur. » Après avoir rapporte brièvement quatorze cas de pneumonie, dont un seul fut
PJÎEIIMONIË.
PNEUMONIE
inorlel, M. Raciborski termine ainsi : «Vous n'avez jamais vu peut-être enlever » le plus grand nombre de pneumonies , et même très- graves, au bout de trois, » quatre, cinq ou six jours. Mais aussi, a-t-on employé les émissions sanguines » avec autant de persévérance et de sugesse que nous l'avons vu faire. C'est » donc dans l'emploi de ce nouveau procédé d'une méthode de traitement con- » nue depuis si long-lemps, que repose toute la ditlérence des résultats. »
§ II. Traile.inent de la pneumonie dite J'uusse , hdlarde , ou anormale (peripneumonia notha vel spuria). Il y aurait un volume à faire sur tout ce qui regarde l'espèce de pneumonie dont il s'agit ici; mais nous devons nous bornlif à répéter que nous rangeons surtout dans celte espèce la pneumonie qui se développe assez souvent dans le cours de certaines maladies typhoïdes , celle qui accompagne quelquefois les fièvres dites éruptives et parliculièrement la rougeole, et celle enfin qu'on observe dans certaines épidémies décrites sous le nom de grippe.
L'expérience nous a paru confirmer ce que Sydenham avait déjà reconnu , et ce que des praticiens d'une époque postérieure à celle de ce grand observateur avaient également remarqué , savoir que les émissions sanguines réussissent moins bien dans cette espèce de pneumonie franche , légitime , normale. Cependant Sydenham ne s'abstenait pas complètement des saignées dans la fausse péripneumonie { peripneumonia noi/ia), bien que, dit-il, dans cette espèce, les signes d'inflammation fussent moindres et beaucoup plus obscures que dans la vraie péripneumonie : Quamlibet in hac specie minora sint (scilicet inflamaïationis signa), longé ac obscuriora illis c/uihus insignilur vera peripnedmonia. Il faisait une saignée le premier jour, donnait une potion calhartique le second jour, pratiquait une nouvelle saignée le troisième jour, administrait une nouvelle potion cathartique le quatrième jour , et la répétait ensuite de deux jours l'un, jusqu'à ce que le malade fût entièrement convalescent. Toutefois , nous sommes forcé d'avouer que nous ne savons trop à quelle variété rattacher précisément la peripneumonia notha de Sydenham : « orta ab exundanli collufie pituitosâ in sanguine aggestd ob hjremis analogiam , et in pulmones explosa. « Elle se rattache probablement à ce qu'on désigne vaguement sous le nom de gripp e.
C'est à la fausse péripneumonie qu'il faut sans doute appliquer les réflexions suivantes de M. Laennec: » Il est quelques cas où la saignée est évidemment i> contre-indiquée , ou au moins dans lesquels on ne peut tirer que très-peu de » sang et une ou deux fois tout au plus : telles sont les pneumonies des vieillards » cachectiques , celles qirr compliquent une maladie dans laquelle les signes » d'une altéi'ation septique des liquides sont manifestes , telles que les fièvres » continues graves , dites putrides ou adynamiques , et le scorbut. »
J'ai surtout expérimenté les émissions sanguines dans les péripneumonies dites fausses qui accompagnent les Jievres éruptives , et j'avoue qu'elles ne se sont pas montrées aussi héroïques dans celte espèce que dans celle dont il a été question dans le § I". Il ne faut pas d'ailleurs oublier que , dans les cas dont il s'agit , la pneumonie n'est , pour ainsi dire , qu'un accident ou du moins qu'un des élémens de la maladie complexe qu'on a à combattre , et qui reconnaît pour cause un agent spécifique. Que si donc les émissions sanguines ne triomphent pas aussi facilement ici que dans les cas de pneumonie normale , c'est que l'élément péripneumonique n'est pas toute la maladie ; c'est qu'il se trouve combiné avec d'autres élémens morbides, avec une infection , une sorte d'empoisonnement du sang, par exemple, contre lesquels les émissions sanguines ont moins de prise ; c'est que surtout nous n'avons pas le moyen de neutraliser la cause spécifique des effets que nous observons , et qui doivent persister jusqu'à l'extinction de cette cause.
Je terminerai cet article , l'un des points les plus délicats de la pratique , en déclarant que, dans les cas signalés ici , nous avons plus spécialement insisté sur les émissions sanguines locales (ventouses scarifiées , sangsues sur la poitrine ) , et que la persévérance avec laquelle nous les avons répétées a été couronnée de succès dans des cas où tout espoir semblait perdu. Tout récemment encore, nous sommes venu à bout , par cette méthode, d'une pneumonie probablement lobulaireou disséminée , que presque tous les assistans avaient jugée mortelle, et qui existait chez un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans , affecté d'une rougeole des plus graves que l'on puisse rencontrer. Lorsque ces espèces de péripneumonies n'entraînent pas rapidement la mort, mais qu'elles passent h l'état chronique, elles donnent ordinairement lieu à la phthisie dite granuleuse.
Si l'espace nous le permettait , nous pourrions examiner maintenant jusqu'à quel point est applicable à la pneumonie ce qu'ont dit certains auteurs de l'influence qu'exercent les constitutions médicales sur les maladies épidémiques en général. Nous ferons seulement remarquer que la pneumonie se montre rarement sous la forme épidémique , en ^irenant ce dernier mot dans l'acception qu'il a reçue de Sydenham. Par conséquent on aurait tort d'étendre rigoureusement à cette maladie, considérée d'une manière générale, les théories que divers médecins ont proposées sur les différences qu'une seule et même maladie épidémique peut offrir, selon qu'elle règne sous telle ou telle constitution médicale, différences si grandes au sentiment de Sydenham, que la même méthode par l'emploi de laquelle on aura guéri les malades l'année présente , se7-a peutêtre mortelle l'année suivante. Sydenham ajoute même qu'alors , malgré tous ses efforts , un ou deux de ceux qui se confient les premiers à ses soins, courent grand risque de perdre la vie , jusqu'à ce qu'il soit parvenu à saisir le génie de la maladie, et qu'il puisse procéder avec assurance et d'un pied ferme à «on extermination. Au reste, nous croyons que , même en ce qui concerne les maladies épidémiques proprement dites, on a réellement un peu exagéré l'influence
DiCT. DE MÉDECIME ET DE CHIRURGIE PRATIC^UES,
des constitutions médicales j et ce ne serait pas sans de graves inconvénicns qu'on ajouterait foi à tout ce qui a été écrit sur cette sorte de mystère médical. ( Voyez l'article Constitutions RIédicales ).
SECTION Ile. Pneumonie chronique. La pneumonie chronique offre deux modes bien distincts de développement : en effet, tantôt elle succède à la pneumonie aiguë et tantôt elle se développe primitivement et pour ainsi dire d'emblée, ce qui, en général , n'arrive que sous l'influence d'une prédisposition toute spéciale.
Si l'on considère combien est fréquente la pneumonie aiguë , on aura quelque peine à comprendre ce que nous disent des auteurs de la plus grande autorité sur la rareté de la pneumonie chronique. M. Laennec commence son article sur la pneumonie de ce nom par cette question : Connait-on des péripneumonies chroniques ? cette question , dit-il, ne pourra paraître étrange qu'aux médecins qui ne se sont nullement occupés d'anatomie pathologi(|ue , ou qui ne s'en sont occupés que d'une manière très-légère. Il continue ainsi : « Je ne connais » qu'un petit nombre de cas qui puissent être regardés comme des exemples de » péripneumonies chroniques , et ils sont tous assez rares. »
« Les auteurs, dit M. Andral (cliniq. média.) ^ ne nous semblent pas avoir » sufljsamment appelé l'attention sur l'extrême rareté des pneumonies chroni- » ques sans complication de tubercules ou de mélanoses. Depuis l'espace de » cinq années, nous n'avons vu à la Charité que très-peu d'exemples d hépati- » sation rouge ou grise du poumon qui eût plus de deux mois de date.... Ce- » pendant un exemple bien tranché de pneumonie chronique , a été rapporté » par Bayle, dans ses Recherches sur la pluhisie pulmonaire (obs. 46). La ma- » ladie avait duré de trois mois et demi à quatre mois; elle avait débuté d'une » manière sourde , et on l'avait prise pour une phthisie. On trouva une hépati- » sation rouge complète du poumon droit. S'il est infiniment rare de trouver » une pneumonie chronique sans complication , il est au contraire très-cora- » mun de trouver dans un état d'inflammation chronique les portions du jjou- » mon , qui entourent les tubercules ramollis. Là , le tissu pulmonaire est dur, » imperméable à l'air, grisâtre, infiltré de pus, en un mot, tel qu'il existe dans » le troisième degré de la pneumonie. Nous ne confondons pas , d'ailleurs , » cette infiltration purulente , avec l'infiltration tuberculeuse, si bien décrite 5) par Laennec. »
Pendant l'espace de seize ans qu'il s'est livré d'une manière particulière à l'étude de l'anatomie pathologique, et qu'il a chaque année assisté à l'ouverture d'au moin.s deux cents cadavres, M. Chornel ne se rappelle pas avoir trouvé plus de deux fois une lésion du poumon qui lui ait paru constituer une péripneumonie chronique. Nous avons vu un peu plus haut que M. Andral considérait la quatrième observation de l'ouvrage de Bayle sur la phthisie, comme un exemple bien tranché de pneumonie chronique. Hé bien ! M. Chomel pense que cette observation « pourrait bien n'être autre chose qu'une » pneumonie aiguë , survenue dans le cours d'une pleurésie chronique. « Nous pensons avec Bayle et M. Andral qu'il s'agissait très-effectivement d'une pneumonie chronique et non d'une pneumonie aiguë dans le cas en question.
M. Broussais , comme on peut le voir, dans son bel ouvrage sur les phlegmasies chroniques , ne professe pas tout-à-fait l'opinion des précédens auteurs sur la rareté de la pneumonie chronique , et l'on doit regretter que les faits connus dans l'ouvrage indiqué n'aient pas été soumis à une discussion approfondie par les observateurs qui assurent n'en avoir presque jamais rencontré de semblables.
Depuis quatorze à quinze ans que je me livre à l'étude de la clinique , j'ai fait de nombreuses et attentives recherches sur la question que nous agitons ici. J'avoue que si l'on retranche du nombre des inflammations chroniques du poumon, les cas de tuberculisation de cet organe, ces inflammations sont effectivement fort rares. Resterait donc à discuter ici la grande question de l'identité ou de la non-identité de la tuberculisation pulmonaire avec la pneumonie chronique, terminée par suppuration. Ce n'est point à moi qu'a été confié le soin de cette grave discussion (F'oj. l'article Phthisie pulmonaire). Je n'ai rien négligé de tout ce qui pouvait me conduire à la vérité sur un tel sujet, et après l'avoir envisagé , de bonne foi , et avec une indépendance plénière , je suis resté convaincu , pour mon propre compte , que la tuberculisation pulmonaire succède quelquefois à une pneumonie aiguë, passée à l'état chronique ; mais que dans l'immense majorité des cas , elle n'est réellement autre chose , au fond , qu'une pneumonie affectant primitivement une marche sourde, lente, chronique, latente, comme le disent quelques-uns. Consécutive ou non à une bronchite , à un rhume négligé, selon le langage vulgaire , elle survient chez des individus prédisposés , ou doués d'une constitution spéciale dont chacun connaît les caractères fondamentaux, soit héréditaire, soit acquise. Cette phlegmasie siège , peut-être principalement, sinon exclusivement , comme le pensait l'illustre auteur de l'Histoire des phlegmasies chroniques , dans le système lymphatique du poumon.
Je ne nie donc pas, comme on le voit, la spécialité de la maladie dite phthisie tuberculeuse , de la pneumonie tuberculeuse, s'il m'est permis d'employer cette dénomination ; je soutiens seulement que ce qui constitue la spécialité de cette maladie, ce sont les circonstances d'organisation héréditaire ou acquises, au milieu desquelles on voit se manifester l'élément inflammatoire chronique , qui en constitue , pour ainsi dire , l'essence. Si les recherches récentes de l'un des meilleurs et des plus ingénieu:^ observateurs de notre époque , M. le professeur Lallemand, sont confirmées par de nouvelles expériences, la nature phlegmasique de la tuberculisation des poumons finira, il faut l'espérer, par n'être plus révoquée en doute par personne. Il résulte, en effet , des recherches
POIDS MEDICINAL.