SI
Total 4 morts sur 7 femmes.
/)//ler janvier 18-6 au 1*^'" juillet [le relei^é n'a pas été fait jusqu'au 31 août y M. LAENNFC s' étant aille dans le mois (le juillet , el ayant succombé le 13 août 1 826; , il est entré 13 péripneumonies dont voici ie tableau :
1° HOMAIES.
Profession.
Remouleur
Chapi'lier
Journalier
Doiiie.stitjue. . . .
Cociier
Poifietiier
Maçon . . •
Mijçon
M enuisier
Ciiarrelier
Age.
St'jour,
Morts .
Total 2 mons sur 10 hommes.
2° FEJIMES.
Cuisinière
Cuisinière
Passementière . , ,
Total 1 mon sur 3 femmes.
En résumé , sur 30 péripneumonies , il y en a eu 12 de mortelles, c'csl-i-dire que la mortalité a été exactement des ficux cincjuièmes (les malades. Ce relevé, fait sur les cahiers de visite que M . Lecoutt ulx tient depuis une quinzaine d'année.s, doit être recommandé ^ l'attention du lecteur iniparliai. Ce n'est pas , on le pense bien , pour porter la moinilre atteinte à la vér.icité d'un illustre observateur , dont personne plus que nous ne respecte la mémoire, que l'on publie ce tableau contradictoire, mais un iquemeiit pour prouver que M. Laennec aura fait ses relevés sur des notes peu exactes.
M. Laennec aj'ant combiné les émissions sanguines avec le tartre stibié à haute dose, il est di/Ticile de déterminer quelle a été la part exacte de chacun de ces deux élcmens thérapeutiques. Mais si Toii admettait comme démontré , avec M. Laennec, que par la méthode ancienne des émissions sanguines, on perd un pneumoniqiie sur six ou huit, il s'ensuivrait évidemment que la combinaison des saignées et du tartre stibié à haute dose aurait l'avantage sur les saignées employées seules.
M. Laennec assure que, dans la ville, il ne se rappelle aucun péripneumonique qui ait succombé malgré l'usage du tartre stibié, si ce n'est un vieillard de 72 ans qu'il avait vu avec M. le docteur Juglai-. Or, si je ne me trompe, la mémoire de cet illustre observateur se trouverait ici en défaut. En effet, parmi les pneumoniques auxquels M. Laennec a pu donner des conseils, doit figurer, je crois, un des professeurs de la faculté qui succomba , malgré l'usage du tartre stibié.
Rapprochons maintenant des chiffres de la mortalité par la méthode de rémétique a haute dose dans les cas rapportés ci-dessus , celui de la mortalité réelle qui eut lieu parmi les malades que le cousin de M. Laennec soumit à la même méthode et qui est de 6 sur 10, c'est-à dire de plus d'un sur sept. En réunissant maintenant les malades traités par ces deux médecins à ceux traités par M. Louis, nous aurons W'.l malades , parmi lesquel 18 ont succombé , et partant une mortalité de I sur 6 environ.
M. EUis n'ayant perdu par la méthode de rémétique à dose vomitive , que 5 pneumoniques sur 47 , c'est-à-dire moins de 1 malade sur 9, il s'ensuit que cette méthorle devrait être préférée à celle de Rasori , tandis que , dans la manière de calculer de M. Laennec , le résultat de la méthode de M. EUis est beaucoup moins Ja.i'orable que celui obtenu par le tartre stibié à haute dose. On objectera que les cinq malades dont M. Ellis a eu à regretter la perte , n'étaient pas dans des circonstances aussi désespérées que ceux morts dans le service de M. Laennec. A la bonne heure; mais jusqu'à ce que M. Ellis ait déclaré que les cinq malades qu'il a perdus auraient pu être guéris par la méthode rasorienne, chacun de nous est fondé à regarder Tobjeclion précédente comme non avenue.
Quant à la mortalité par l'emploi de l'oxide blanc d'antimoine , nous avons à regretter que M. Trousseau n'ait pas fourni toutes les données nécessaires à la solution de cette grave question. Celte méthode étant déjà tombée en désuétude , il n'est guère probable qu'on ait occasion de recueillir de nouveau des faits assez nombreux pour savoir à quoi s'en tenir sur sa valeur.
11 nous reste enfin à exposer les résultats que nous a fournis la méthode des émissions sanguines, telle que nous l'avons pratiquée. Non moins sévère envers nous qu'envers les autres, nous compterons parmi nos morts ceux mêmes qui n'ont point joui du bienfait de cette méthode ; mais nous nous réservons de décharger ensuite les saignées des malheurs dont elles ont été toul-à-fail innocentes.
Sur un total de cent deux pneumonies ou pleure-pneumonies , dont les relevés ont été publiés depuis les mois de septembre et d'octobre 1831, jusqu'à
la même époque delà présente année (1834), tant par moi que par MM. les docteurs Donné , chef de clinique. Th. Lemasson , Nolé et principalement M. Jules Pelletan, qui a succédé à M. Donné dans les fonctions de chef de clinique; sur un total de cent deux pneumonies ou pleuro-pneumonies, disonsnous , quatre-vnig-dix ont été guéries el douze ont été funestes, "^'oici d'ailleurs l'indication des divers relevés qui ont été publiés dans le Journal hebdomadaire des progrès des sciences et des institutions médicales.
1831 (tom. IV etv),
1832 (tom. vin),
— (tom. ix),
1833 (tom. si),
— (tom. xii),
— (tom. xiii),
1834 (tom. 11 m).
1 1 cas,
11 guéris
1 mort.
102 90 -1- 12 = 102 La mortalité a donc été de 102/12=8 1/2, c'est-à-dire de 1 sur 8 1/2, au lieu de 1 sur 3 , différence réellement très-considérable , ptiisque , sur 300,000 péripneumoniques, par exemple, 100,000 succombent par l'ancienne méthode, tandis que, parla modification que nous lui avons fait subir, on n'en perdrait qu'environ 35,000, c'est-à-dire qu'on en sauverait 65,000 de plus que par la pra tique ordinaire.
M. le docteur Lacaze, médecin à Montgeron , près Paris, vient de publier dans les n^s 36 et 37 du Journal hebdomadaire pour cette année (1834), un relevé de quarante-deux cas de pneumonies traitées par les saignées à haute dose. De ces qitarante-deux cas, un seul a été mortel, d'oii l'on voitque la mortalité a été bien moindre encore ici que dans les séries que nous avons rapportées plus haut. Mais nous devons faire remarquer que , parmi les cas observés par M. le docteur Lacaze, il y en a eu beaucoup de légers , et qui n'ont pas exigé les larges saignées, répétées coup sur coup , tandis que , sur les cent deux qui nous sont propres, à peine s'en est-il trouvé trois ou quatre qui pussent rentrer dans cette dernière catégorie. Quoi qu'il en soit, si nous ajoutons les malades de notre honorable confrère , M. Lacaze, aux nôtres , nous aurons une masse de 144 pneumoniques, parmi lesquels 13 auront succombé , ce qui donne une mortalité d'un peu moins de 1 sur 11.
11 nous semble qu'une méthode qui, depuis trois ans, nous a constamment fourni de si beaux résultats, mérite au moins qu'on la prenne en considération .
Sur huit ou dix malades, nous avons combiné les émissions sanguines copieuses avec le tartre stibié à la dose de huit à douze grains dans un julep de six onces, et nous n'avons point eu à nous repentir de celte combinaison. Dans quatre cas , nous avons employé l'oxide blanc d'anlimoine, soit seul , soit uni aux saignées. Deux de ces cas étaient très-graves et se terminèrent d'une manière funeste. Des deux cas où l'oxide blanc fut administré seul, un était tellement léger que nous criimes pouvoir, sans le moindre risque , nous abstenir de la saignée; l'autre était grave sous le point de vue del état adynamique du sujet , mais léger sous le rapport du peu d'étendue de la pneumonie , qui occupait un seul sommet.
Il s'agit maintenant de spécifier avec quelque précision les cas dans lesquels la mort eut lieu. Un des malades de cette catégorie , couché au n» 9 de la salle Saint-Jean-De-Dieu , était arrivé au deuxième ou troisième septénaire de la maladie et dans un marasme squelettique tel , qu'à peine si nous osâmes le saigner. Il fit le sujet d'une des leçons de M. le docteur Dalinas pour le concours à la chaire de clinique , vacante par la mort de M. le professeur Leroux. M. Dalmas, ainsi que tous ceux qui avaient vu le malade , considéra son état comme étant entièrement désespéré.
Un deuxième malade, atteint d'une double pneumonie , après avoir été saigné deux fois , refusa opiniâtrement de nouvelles saignées , et c'est un de ceux auxquels l'oxide blanc d'antimoine fut administré par suite du refus des saignées.
Le troisième cas a pour sujet une femme qui mourut le jour même de son entrée, sans traitement. La pneumonie était au troisième degré.
Un quatrième pneumoniqiie succomba aussi sans traitement. Arrivé dans la soirée, il était mort le lendemain de son entrée, au moment de la visite, en sorte que je ne le vis qu'à l'amphithéâtre. Un cinquième succomba trente-six heures après son entrée , et partant sans avoirsubi aucun traitement complet.
Un sixième, traité par les saignées et l'oxide blanc combinés , avait une pneumonie aiguë , entée sur une pleurésie chronique avec carie des côtes, etc.
Chez un septième , la pneumonie datait de huit à douze jours au moment de l'entrée , et se trouvait compliquée de délire et autres phénomènes ataxiques.
Chez un huitième, la pneumonie était double , parvenue au huitième jour et compliquée d'une diarrhée que le malade attribuait à une potion émétisée qu'il avait prise chez lui.
Des huit malades morts dont nous venons de parler , aucun , en conscience, hors celui , peut-être, qui a refusé les saignées , ne pouvait être sauve que par un miracle.
Quant aux quatre autres cas qui complètent le chiffre de notre mortalité (12), bien que leur état fiit des plus graves, comme ils ont été soumis à notre méthode praliquée dans toute sa plénitude , ils doivent naturellement compter parmi les péripneumonies contre lesquelles elle a échoué.
En plaçant les autres malades sur la liste de la mortalité , j'ai , ce me semble, donné une assez forte preuve de sincérité , je dirai presque de sévérité dans mes calculs ; et qui oserait, d'ailleurs, manquer sciemment de fidélité et de
PNEUMONIE
PNEUMONIE
bonne foi dans les graves questions de la pratique , lorsque nous voyons l'Hippocrate anglais comparer à un homicide quiconque se rendrait coupable d'un tel de'lit médical ? « Bes ipsa etenim , dit ce grand observateur , hret^i loquetur, » an fideliter et sincero animo hïc egerim , an è contià iid instar sceleratissinii « hominis moi umque prqfligalissimoi um , homicidam me prœstiteviin , vel in » terra defossus )t{Prœf.,p. IG,edit. noviss. — MDXXXVI. )
Article v. — Traitement de la pneumonie. De toutes les méthodes qui ont été proposées contre la pneumonie , une seule , presque aussi ancienne que la médecine, a réellement survécu à toutes les autres ; savoir : la méthode des émissions sanguines , secondée suivant les indications, tantôt par les révulsifs ou dérivatifs , tant extérieurs qu'intérieurs , les narcotiques , les antispasmodiques, et, dans ces derniers temps , par le tartre slibié à haute dose. " Depuis Hippocrate jusqu'à nous, dit M. Laennec, la plupart des médecins ont regardé la » pneumonie comme une des maladies où la saignée produit le plus souvent » des effets héroïques. Les bons praticiens n'ont admis à cet égard, que des » exceptions peu nombreuses , et quelques théoriciens , hérÎ'.tiques de la méde- » cine, ont seuls osé proscrire ce remède. >i
Le prince des praticiens du xvii^ siècle, l'immortel Sydenham, établit en principe que le traitement de la pneumonie gît presque entièrement dans la saignée répétée. « Hujus morbicurnlioinrepetitd venœ sectione feré iota stat.n
Je ne connais que deux praticiens qui , de nos jours , aient contribué par leurs travaux , à jeter du doute sur l'elïicacité des émissions sanguines contre la pneumonie. Le premier de ces praticiens est M. le docteur Louis, dont tout le monde connaît les recherches sur les effets de la saignée dans plusieurs maladies inflammatoires , et notamment dans la pneumonie , publiées dans le tome xviiie des Archives générales de médecine. Toutefois, si dans ce travail remarquable , M. Louis, effrayé de la mortalité chez les pneumoniques traités par les émissions sanguines dans le service de M. Chomel , a pu croire que le pouvoir médicateur des saignées était bien moins grand qu'on ne l'avait pensé, il n'est point allé cependant jusqu'à proscrire ce moyen. Le second des praticiens dont nous voulons parler, M. le docteur Trousseau, plus hardi que M. Louis, et pour ainsi dire , ébloui par les succès qu'il obtenait alors de l'usage de l'oxide blanc d'anlimoine , a condamné naguère hautement et solennellement l'emploi des émissions sanguines et a déclaré qu'il se croirait coupable de les pratiquer. J'ignore si notre honorable confrère adopte encore aujourd'hui le même système.
Quoi qu'il en soit, je ne sache pas que les travaux de MM. Louis et Trousseau aient enlevé à la méthode des émissions sanguines beaucoup de ses partisans. Quant à moi , j'ai vu aussi , comme M. Louis , périr un grand nombre de péripneumoniques , traités par les émissions sanguines. Mais loin d'en tirer des conclusions défavorables à cette méthode , je me suis demandé si l'on ne pourrait pas la modifler de manière à la rendre plus efficace , et trois années d'une expérimentation poursuivie avec toute la prudence et tout le zèle nécessaires eu pareille matière, m'ont démontré que cela était , en effet , possible , et j'ose espérer que les recherches statistiques dont il a été question plus haut , auront fait quelque impression sur l'esprit des lecteurs impartiaux.
Je pense donc , avec Sydenham , que les émissions sanguines sont la base du traitement de la pneumonie , et je ne considère que comme des adjuvans , les révulsifs , les dérival ifs et la méthode contre-stimulante elle-même. Ainsi que je l'ai dit précédemment , j'ai eu recours , dans quelques cas, au larire stibié à haute dose; mais comme je ne l'ai jamais employé , que de concert avec les larges émissions sanguines, il m'est difficile de bien déterminer la part qu'il a pu avoir dans les guérisons. Quant à l'oxide blanc d'antimoine , je n'hésite pas à le considérer, lorsqu'il est bien pur, comme un moyen nul , comme une poudre inerte ; et si deux malades qui l'ont pris exclusivement sont guéris, il faut faire honneur de ces guérisons à la nature médicatrice et non à l'oxide blanc d'antimoine. J'ai fait de nombreuses expériences sur cet agent, comme on a pu le voir par un mémoire que M. le docteur Jules Pelletan a publié dans le Jownal hebdomadaire de médecine , et jamais il ne s'est comporté comme un médicament doué delà moindre vertu , de la moindre activité. Les personnes à qui je l'ai donné l'ont, en quelque sorte, pris comme du sable et n'en ont éprouvé, d'ailleurs, aucun accidfcnt. Je me félicite que les recherches que j'ai faitesse trouvent tout-à-fait d'accord avec celles de M. le professeur Andral , dont je m'empresse d'invoquer la grave autorité. Le lecteur me saura gréde consigner ici, textuellement, ce que le savant observateur que jeviens de nommer a dit du tartre stibié et de l'oxide blanc d'antimoine , dans la dernière édition de sa Clinique médicale .
« Dans ces derniers temps on a appliqué à la pneumonie le traitement contre- » stimulant , et l'on a surtout employé contre cette maladie les préparations » antimoniales à haute dose ; j'ai répété ces essais, et voici à quoije suis arrivé.
" J'ai administré le tartre stibié depuis la dose de six grains jusqu'à celle de 1 trente-deux grains en vingt-quatre heures et j'en ai continué l'emploi plusieurs « jours de suite. Je le donnais soit étendu dans quatre verres d'infusion de feuil- » les d'oranger, soit concentré dans une potion de cinq onces. Dans aucun de ces " cas, excepté dans deux que nous avons cités (tom. 1 de la clinique), ie n'ai vu ■> d'accident grave résulter de ce genre de médication : tantôt les malades n'ont » présenté aucun signe d'irritation des voies digestives ; ils n'ont eu ni nausées, » ni vomissement, ni diarrhée, ni douleur abdominale ; la langue est restée hu- » mide et sans rougeur ; tantôt les malades ont eu des nausées , qui , chez quel- » ques-uns , sont devenues si fatigantes , qu'il leur a été impossible de confi- » nuer l'usage du médicament ; d'autres , enfin , ont eu des vomissemens et de » la diarrhée. Mais dans ious les cas soumis à mon observation , il m'a suffi
DiCT. DE MÉDECINE ET DB CHIRURGIE PRATIQUES.
» de suspendre l'emploi du tartre stibié pour voir ces accidens disparaître.
» Il suit de ces faits que le tartre slibié peut être donné à haute dose, pen- » dant plusieurs jours de suite , sans que , dans l'immense majorité des cas , » son emploi soit suivi d'accidens graves du côté des voies digestives. Mais ce » médicament est-il utile? à cela je répondrai que, sans prétendre nier ce qui » a été avancé par d'autres, dans aucun des cas que j'ai observés moi même , " je n'ai vu la pneumonie être influencée d une manière avantageuse par l'em- » p!oi du tartre stibié à haute dose. Ce médicament ne m'a pas paru d'ailleurs » plus efficace contre la pneumonie dans les cas où il était toléré par les voies » digestives, que dans ceux où il déterminait soit de pénibles nausées, soit des » vomissemens , soit de la diarrhée.
» J'ai aussi essayé contre la pneumonie l'emploi de l'oxide blanc il'anliraoine ; » je l'ai donné, soit dans un looch , soit dans une potion de cinq onres, de- » puis la dose d'un gros jusqu'à celle de huit gros en vingt-quatre heures. Dans « aucun cas , je n'ai vu ce médicament , en le supposant bien lavé , déterminer « de troubles appréciables du côté des voies digestives ; il semble que ce soit » une poudre inerte qu'on introduise dans l'estomac. Je n'ai jamais vu , ainsi » qu'on l'a avancé, que l'oxide blanc d'antimoine ralentit la respiration et la » circulation. Quant à son influence thérapeutique, elle m'a paru toujours bien « peu marquée, et je doute fort, d'après ce que j'ai observé moi-même, que « cet agent ait jamais été de quelque utilité dans les maladies contre lesquelles n on l'a employé, n
Maintenant que nous savons par l'expérience de tous les bons et vrais praticiens , que les émissions sanguines constituent réellement le moyen le plus héroïque dont nous puissions nous servir pour combattre la pneumonie, il ne nous reste plus qu'à préciser , à doser , à Jonnuler pour ainsi dire cette médication. C'est là la partie délicate de la matière que nous agitons. Il ne suffit pas , en effet, de savoir qu'il faut saigner dans la pneumonie, il faut encore savoir combien de fois il faut saigner , quelle quantité de sang il faut retirer, jusqu'à quel temps il faut insister sur les saignées , s'il convient d'employer la section de la veine exclusivement ou s'il ne vaut pas mieux, soit constamment, soit dans quelques cas seulement, combiner celle-ci avec les émissions sanguines locales ; il importe aussi de reconnaître les modifications que réclament l'âge , le sexe, la constitution , l'espèce de la pneumonie , etc., etc. On sait assez que chaque cas, en pratique, se distingue des autres par quelque particularité qu'il importe de ne pas négliger. Il faut donc bien se garder de trop généraliser , et iyuecj'«/i'iec j au contraire autant que possible, sans dépasser toutefois certaines limites , car ce serait tomber d'un excès dans un autre. C'est pour nous conformer à cette sage maxime qué nous allons traiter séparément de la méthode qui convient à la pneumonie franche^ légitime ou normale, et de celle que réclame la pneumonie dite bâtarde , fausse ( péripneumonia noiha , vel spuria ), que j'appellerai aussi anormale.
% I". Des éiiiisiions sanguines appliquées nu traitement de la pneumonie franche ou normale. Avant d'exposer le mode ou la formule qui nous est propre , faisons connaître la méthode ordinaire; telle que nous la trouvons indiquée dans les ouvrages des praticiens les plus distingués.
I. « La pratique la plus communément suivie aujourd'hui dans toute l'Europe, » dit M. Laennec , consiste à faire, au début delà maladie, une saignée de « huit à seize onces , et à la répéter tous les jours, et quelquefois même deux « fois dans vingt-quatre heures , si les symptômes inflamuiatoires ne cèdent » point , ou si , après s'être apaisés , ils reprennent au bout de quelques heures » une nouvelle intensité. Après les cinq ou six premiers jours , on éloigne da- » vantage les saignées ; et un peu plus tard, on ne tire plus de sang , à moins « d'une indication très-évidente par le retour de la force du pouls , l'augmentaîi tion de l'oppression et de la fièvre. «
« La saignée générale, dit M. le professeur Broussais (cours de pathologie « et de thérap. génér. ) , est incontestablement à la fêle de fous les moyens ; « mais il faut la pratiquer le plus prompteraent possible , et coup sur coup , » quand vous avez affaire à un sujet fort... Après la saignée générale, vous » pratiquez de petites saignées locales... n
« M. le professeur Chomel pense que l'on ne saurait déterminer d'une ma- » nière générale le nombre des saignées , la quantité de sang qu'on tire chaqne » fois , ni l'époque de la maladie à laquelle on doit définitivement renoncer à 11 ce moyen puissant... Les premières saignées doivent être, chez les sujets » adultes et bien constitués , de trois à quatre palettes; les dernières de » huit à dix onces... on met communément entre les premières saignées » un intervalle de douze à ving-quatre heures. Très-peu de médecins font )) pratiquer trois fois la saignée dans le premier jour... quant à l'époque de » la maladie à laquelle on ne doit plus recourir aux saignées, elle n'a rien de » fixe. Plus on s'éloigne de l'invasion, et moins les saignées ont d'efficacité; mais « il ne faut pas pour cela , comme l'ont conseillé quelque.s auteurs , y renonï) cer après le cinquième ou le sixième jour; on peut, on doit même y recou- » rir à toutes les époques de la maladie, lorsque l'état des forces le permet, et » que l'intensité et surtout la recrudescence des accidens le rendent nécesn saire.
» La petitesse du pouls , l'accablement du malade, particulièrement au début » de la pneumonie et l'orsqu'il existe un point de côté très-fort, ne contre- » indiquent pas la saignée ; souvent alors, on voit, après l'ouverture de la » veine, le pouls reprendre de l'ampleur , et les mouvemens devenir plus fa- » ciles.
» C'est particulièrement vers la période moyeiiue de la vie qu'on peut user 0 largement de la saignée dans le traitement de la pneumonie. Chez les enfans
PNEUMONIE
PNEUMONIE
« et les vieillards , on doit mettre beaucoup de réserve dans l'emploi de ce » moyen...
» Lorsque la pneumonie est accompagnée d'une douleur de côté aiguë , pon- « gitive, superficielle, rapplication des sangsues sur le point affecté délivre sou- » vent le malade d'un symptôme fort incommode. »
Après avoir dit qu'on peut employer simultanément avec beaucoup d'avantage, et la saignée et les sangsues, l'auteur de la clinique médicale poursuit ainsi « La première saignée doit être , en général , de seize oitces , et njême de » vingt, lorsque la maladie est à son début. Si l'inflammation continue il ne 5) faut pas hésiter à ouvrir de nouveau la veine ; on peut faire ainsi deu.\ et » même trois saignées dans les premières vingt-quatre heures. Les jours sui- » vans on répétera hardiment les émissions sanguines pour peu que les syraptôn mes ne cèdent pas... La considération de l'âge ne doit que rarement erapê- « cher de pratiquer de nombreuses émissions sanguines. On a souvent laissé I) mourir des vieillards atteints de pneumonie, parce qu'on n'a pas osé les sai- » gner... des observations récentes ont prouvé que la saignée ne doit pas être » plus épargnée chez les enfans que chez les adultes... «
Les préceptes que nous venons de faire connaître sont marqués au coin de la plus saine expérience ; on regrette seulement qu'aucun des praticiens chez lesquels nous avons puisé ces préceptes n'ait indiqué la moyenne des émissions sanguines dans des circonstances données , afin que I on pût avoir quelque point fixe pour se diriger et s'orienter en quelque sorte dans le traitement de la pneumonie. Il ne resterait plus qu'à modifier cette moyenne Ihéiapeutique suivant les circonstances d'âge , de constitution , de sexe , d'étendue et d'intensité de la pneumonie , de la période à laquelle elle est parvenue , etc., etc.
Sydeuham osa, de son temps , faire ce que nous demandons ici :41 évalue à environ quarante onces la quantité de sang qu'il faut tirer pour la guérison d'une pleuro-pneumonie confirmée : du reste, comme on le pense bien , l'Hippocrate anglais reconnaît que cette quantité doit varier selon une foule de circonstances. Kous ne saurions mieux terminer cet article qu'en mettant en entier, sous les yeux du lecteur , la formule générale de ce grand praticien.
« Ul pi'imùm accersor j dit-il, sanguinem è brachio lateris Ai-FtCTi ad un - » ciAS DECEM aut circiler mittendum cujo.... codem ipso die quo accersor ^ si » dolor -vehemenler urgent, sanguinis eamdem quantUalem rursùs delrahi prœ- » cipio , vel nihilomiiiiis die sequenli, ut elium tertio die; atque hoc modo ad t) quartam usquc vicein , continuis quatuor diebus ( nisipriùs œger conualuerit) » TjencE sectionem repelo , ubi sclicet dolor , atque alia sjmptomata admodàm
» sœviunt et quanqniiin in curandis morbis integrum inihi esse voLoj ut plus
» minusve sanguinis pro rei ratione demendum prœcipiam , raro tanien obser- » vavi pleuresin conjlrmatam .> ( Sydenham ne parle ici que de la pleurésie ; mais quiconque a lu attentivement la discription qu'il donne de la maladie, reconnaît aisément qu'il s'agit autant et plus de la pleuro-pneumonie que de la pleurésie simple ) « in adultis minori quàm 40 circiter unciarum sanguinis im- » pensa samitam : licet in pueris semel tantàin aut bis secuisse venam ut plu- 3) rimùm suffecci'it. »
Sydenham , qui , de l'aveu de M. Chomel , et, à plus forte raison , du nôtre, n'a pas porté assez loin la moyenne des émissions sanguines dans le traitement de la pleuro-pneumonie, dit qu'il a vainement cherché un moyen propre à remplacer ces émissions sanguines , et il ajoute , dans son style métaphorique, que l'ouverture de la veine est une sorte de porte par où s'enfuit la pleuropneumonie et par laquelle revient la santé {per ipsum sectœ venœ orijicium et pleuritidi f 'ugam parans et sanilati rediium), et qu'il n'a jamais appris qu'aucun malade eût éprouvé le moindre dommage , comme peuvent le croire les ignorans {ut impeiuis videri potest), par suite d'une si large soustraction de sang ( « ïam largà sanguinis détraclione).
II. Il s'agit maintenant de faire connaître, avec quelques détails, la modification que nous avons apportée à la méthode ordinaire des émissions sanguines , et d'en esquisser la formule la plus générale. Comme cette méthode , autant et plus encore que l'ancienne, doit être appropriée, accommodée aux conditions d'âge , de tempérament , de force , de sexe des individus , à la violence et à l'étendue de la maladie , etc., elle comporte évidemment une foule de modifications ou de formules particulières , qu'il serait impossible de tiévelopper toutes dans un travail tel que celui-ci. Je me bornerai donc aux questions fondamentales.
Supposons maintenant que nous avons à traiter une péripneumonie d'une étendue et d'une intensité moyenne, au premier ou tout au plus au second degré, chez un individu adulte, d'une force et d une constitution ordinaires. 'Voici comment il convient, selon nous , d'appliquer la méthode des émissions sanguines.
Premier jour. Une saignée du bras , de quatre palettes le matin , une seconde le soir , de trois à quatre palettes. Dans l'intervalle des deux saignées , on appliquera sur le côté douloureux trente sangsues ou eles ventouses sacrifiées de manière à obtenir trois palettes de sang environ.
Deuxième jour. Une troisième saignée de même quantité que les deux premières , et , si la douleur de côté persiste , on réitérera l'application des sangsues ou des ventouses.
Troisième jour. La plupart des péripneumonies du premier degré son arrêtées et, pour ainsi dire, jugulées dès le troisième jour du traitement , et c'est pour cela que je désigne assez souvent cette méthode sous le nom àe jugulante , au lieu de celui de méthode des saignées à haute dose. Que, si la péripneumonie résiste encore le troisième jour, il faut, sans hésiter, pratiquer une quatrième saignée de trois à quatre palettes encore. Quatrième jour. La péripneumonie , même quand elle est parvenue au second
degré, résiste rarement au-delà du quatrième jour. Dans les cas où il en eslji; ainsi , on peut pratiquer encore une nouvelle saignée; mais le plus ordinaire-t| ment il est mieux d'y renoncer et d'appliquer un large vésicatoire sur le côlcj malade. i En RÈGLE GÉNÉRALE , OU ne doit renoncer décidément aux émissions sanguines! que du moment où la réaction fébrile est nulle ou presque nulle, et que la dyspnée et la douleur ont à-peu-près complètement cessé. Si , comme toutes les règles générales , celle-ci comporte quelques exceptions , elle sont-très peu nombreuses.
Cinquième et sixième jours. Il ne s'agit plus que de surveiller attentivement! l'état du malade. Dans les cas les plus ordinaires, la résolution s'opère rapidement, et déjà l'appétit commence à se faire sentir. Dans quelques cas exception nels, une réaction , une sorte de recrudescence peut se manifester, et l'on peut] être réduit à revenir, mais avec plus de réserve et de sobriété , aux émissions! sanguines. Il me semble toutefois que c'est alors ou jamais qu'on pourrait tenter; avec quelque avantage le tartre stibié à haute dose. !
On peut varier la formule que nous venons d'exposer. Ainsi quelquefois , au! lieu de deux saignées en un seul jour, à la dose indiquée, nous n'en n'avonSi fait qu'une de cinq à six palettes. Comme la plupart des malades arrivent à l'hô-p pital dans l'après-midi , ils ne sont saignés qu'une seule fois, le premier jour deji leur entrée, et c'est le lendemain qu'ils sont saignés matin et soir, et qu'une| application de sangsues ou de ventouses scarifiées est pratiquée dans Tinter- jj valle de deux saignées. I
Quelle est la quantité moyenne de sang que l'on relire dans le cas spécifié I plus haut? On peut l'évaluer à 16 ou 20 palettes, c'est-à-dire, 4 ou 5 livres," dose presque double de celle proposée par Sydenham , et qui doit être enlevée dans l'espace de trois ou quatre jours.
Nous venons de nous occuper des pneumonies qui tiennent une sorte de milieu entre les pneumoines très-graves et les pneumonies légères; occupons-nous maintenant de ces dernières. Les pneumonies légères, c'est-à-dire, à-la-fois peu étendues et au premier degré, ne datant que «l'un jour ou deux , sont enlevée&. ordinairement après la troisième émission sanguine. Par la méthode qui nous est familière, j'ose assurer , sans craindre d'être taxé d'exagération par ceux ([ui ont assité à nos visites , que nous guérissons généralement les pneumonies de celte catégorie, sans la moindre difficulté, et, pour ainsi dire, en nous jouant. Il n'en est pas de même des pneumonies très-graves, savoir celles qui envahissent la majeure partie des deux poumons et qui sont parvenues au deuxième et surtout au troisième degré. Il faut porter quelquefois les saignées du bras jusqu'à sept, huit,el même neuf, sans préjudice des émissions sanguines locales, telles que nous les avons précédemment indiquées.
Quant aux péripneumonies cjui envahissent la totalité du poumon, ou qui, sans être aussi vastes , sont décidément parvenues à la troisième période , elles tuent le plus souvent les malades , avant qu'on ait eu le temps de pousser aussi loin les saignées.
En résumé , par la méthode des saignées répétées ainsi coup sur coup , et portées au nombre de quatre dans les vingt-quatre heures, on ne perdia presque aucun des péripneumoniques chez lesquels la maladie est récente, peu étendue ou du moins d'une étendue moyenne, et n'ayant pas encoi'e atteint le troisième degré. C'est à cette série de pneumonies que s'applique dans toute sa plénitude le passage suivant de Sydenham : « Quinimà conslanter assero , hune morbum , » qui , si jtixla prcecepta à nobis damnata tractelur j inter palentissimas orci » januas meriio recensetur ^ œquè cerio ac tuto methodo jam à me prœscripto » ( ut de brei'issinio quo pi q/ligatus tempore nihil jam dicam ) , ac alium quem » libet morbum debellari. »
Au contraire , malgré la méthode que nous venpns de faire connaître, et à plus forte raison, en dépit de toute antre méthode, les pneumonies arrivées au troisième degré, celles qui, sans l'avoir encore atteint, occupent la totalité ou la presque totalité des deux poumons , sont à-peu-près constamment mortelles. Dans la première catégorie des péripneumonies, ce n'est que par exception que la mort arrive; dans la seconde catégorie , au contraire, la mort est la chance ordinaire, et la guérison la chance exceptionnelle. Et comme dans un trèsgrand nombre de cas, la pneumonie tend , non seulement à passer du premier au second degré, de celui-ci au troisième , mais encore à envahir une plus grande masse du poumon, il est de la dernière évidence qu'on ne saurait attaquer la maladie de trop bonne heure, ni trop s'attacher à étouffer la maladie dans son berceau , à la juguler en un mot, ce qui n'est réellement possible que par les émissions sanguines pratiquées comme nous venons de le pioposer.
Mais, objecteront quelques-uns , peut-on juguler, comme vous le dites, une inflammation quelconque en général et la pneumonie en particulier '? De graves autorités , je le sais , paraissent mettre en doute la possibilité de juguler ou de faire avorter les inflammations. M. Louis a puissamment contribué , par ses travaux d'ailleurs si importans , à répandre ce genre de doute. MM. Choniel et Andral professent , jusqu'à un certain point, la même opinion. « Nous trouve- )i rons dans cet ouvrage [la Cliniq. méd.) , dit M. Andral, de bien fréquens « exemples de phlegmasies qui, attaquées dès leur début ou pendiint leur )i cours par d'abondantes saignées, n'en continuent pas moins leur marche» « soit qu'elles doivent se terminer par la santé ou par la mort. 11 y a, je crois , » très-peu de cas dans lesquels une maladie puisse être ainsi enlevée tout- » à-coup par une émission sanguine.» (Cltiiiq. méd.,t. m, p. 8. i^^édit.)
Quelque imposante que soit l'autorité de cet honorable confrère (et elle l'est pour moi autant que pour qui que ce soit), je dois regarder comme plus imposante encore l'auloritc des faits : or , depuis que j'emploie les saignées plus largement
PNEUMONIE
PNEUMONIE
qu'on ne le fait ordinairement, j'ai si souvent jugulé des inflammations bien constatées , des pneumonies confirmées , pour me servir de l'expression de Sydenliam , que je ne puis partager complètement l'opinion de M. Andral. Je pense donc que si , jusqu'à présent , les cas de pneumonie jugulée ont été si rares, c'est que les émissions sanguines n'avaient pas été suffisamment répétées coup sur coup , ni assez copieuses. Il est bien entendu , comme le mot l'indique lui-même , que pouryog-u^er une pneumonie , il faut qu'elle soit récente , c'està-dire à son premier degré ou tout au plus à son deuxième. Qu'est-ce , en effet, (^ue juguler une pneumonie, sinon de l'arrêter avant qu'elle n'ait atteint son troisième degré ou la période de suppuration? Par conséquent, une fois qu'elle est arrivée à ce degré , ce serait un contre-sens grammatical à-la-fois et thérapeutique que de prétendre la juguler.
Sydenham croyait aussi à la possibilité de juguler la péripneumonie, comme on peut s'en assurer en relisant le passage ou j'ai consigné sa méthode. MM. Andral et Chomel , eux-mêmes , ne nient pas absolument la possibilité de faire avorter la pneumonie , comme le prouveront les citations suivantes : « Une ou 11 deux très-larges saignées faites dans les premières heures de la pneumonie, î en ont quelquefois immédiatement arrêté la marche, ou réduit à deux ou trois » jours la dui'ée d'une affection qui cesse rarement avant le septième , et qui se » prolonge très-souvent beaucoup au-delà. » (M. Chomel, article Pneumonie du dict. en 21 7.10/.. )
Après avoir recommandé de commencer par une large saignée le traitement de la pneumonie , M. Andral ajoute: «Lorsque la pneumonie est légère, les » signes d une résolution commençante ne tardent pas à se manifester. C'est » dans des cas de ce genre, poursuit-il, qu'on peut dire que la saignée a yérita- » blement enlevé la maladie, n D ailleurs , en consultant le relevé de M. Andral sur la durée de la pneumonie , on voit qu'il cite des cas où la maladie n'a duré que quatre à cinq jours. Or, ces cas appartiennent à ceux où l'on peut dire que la maladie a réellement avorté , soit par les efforts de l'art seulement , soit parles efforts combinés de l'art et de la nature. ( Il est bien rare que la pneumonie avorte par les seuls efforts de la nature mèJicatrice. )
Les faits et les exemples étant les seuls appuis solides des préceptes, je demanderai au lecteur la permission de mettre sous ses yeux des tableaux où se trou- vent indiqués avec soin les saignées et les autres moyens que nous avons employés contre la péripneumonie. Ces tableaux , rédigés par M. le docteur Jules Pelletan, embrassent 57 cas, dans l'un desquels seulement la méthode des émissions sanguines ne tut pas employée. Ces tableaux mettront en évidence la vérité de ce que nous disions tout-à-l'heure , savoir : que cette maladie est assez souvent jugulée quand elle est combattue énergiquement et , pour ainsi dire , à outrance, dès son origine.
TABLLAU de la première série comprenant 17 péripneumoniques , admis du 2 avril au 25 mai 1833,
Durée du trnilemeot et époque
Salle Siiot-Jean.
Salle Saiale- Madeleine, Ko 4
de la
Saignées .
Ventouses 5cari6écs.
Sangsues,
Vésicatoires.
Jours .
1 calap. huile de crolon.
» catap. crot.
Ce qui donne pour terme moyen du traitement, pour chaque péripneumonîque, quatre saignées , deux ventouses scarifiées, quarante sangsues, un vésicatoire, onze fois sur dix-sept, et sous le point de vue de la durée du traitement, dix jours.
M. Jttles Pelletan ajoute à ce tableau des réflexions que je dois reproduire. « On signale comme inconvénient de ce traitement, l'extrême épuisement » dans lequel on laisse les malades, et de là les convalescences interminables » qui en résultent. Il n'en est rien; ceux qui articulent de semblables reproches » jugent à priori , se laissent aller à une idée préconçue , et n'ont pas observé. » Il est un fait évident pour tous ceux qui ont suivi avec soin, et sur une assez » grande échelle , les effets de cette méthode , c'est que les malades qui y sont » soumis la supportent très-facilement, et qu'ils ne tardent pas à revenir à leur » état de force normale. »
TABLEAU de la seconde série, comprenant 14 peripneumoniques , admis du 25 maiaii31 août 1833.
Durée du Iraitemenl el époque de la guérisoa.
Vent.
Sang-
Vési-
Sinapis et
Salle Sainl-Jean.
Saign .
scar.
sues.
cat.
purg., etc.
ours.
Mo' 3 (2= au 3= deg.)
6 (1" au 2= deg.)
9 (1" au 2s deg.)
9 au 2<= deg.)
(rechute.)
10 (légère)
11 (l"au 2= deg.)
2 applic.
17 (2" au 3» deg.)
1 purgat.
(rechute.)
18 {2' au 3'= deg.)
3 purgal.
18 (1" au 2= deg.)
2 applic.
/^opiac. ïav.
19 (3= degré.)
) Jaiid. — \ kei m. — [ sinap.
19 (l«r au 2= deg )
4 applic.
22 (3e degré)
2 applic.
3 OK, ant.
(mort.)
26 (2= au 3= deg.)
2 applic.
26 (l"au 2= deg.)
2 applic.
Ce qui donne , pour terme moyen du traitement , quatre saignées, quarantecinq sangsues, une ventouse scarifiée , un vésicatoire, et, sous le point de vue de la durée du traitement, dix jours.
Il est à remarquer que ces résultats sont presque identiques avec ceux signalés dans le précédent tableau. En effet , si l'on veut les comparer, on verra que la seule différence existe dans le nombre des ventouses qui, dans la première revue , était de deux , au lieu d'une , terme moyen. Mais cette différence peut , jusqu'à un certain point, être considérée comme nulle, puisque la quantité moyenne des sangsues est de quarante-cinq à quarante-six dans cette série , tandis que dans la première , elle était de quarante seulement.
TABLEAU delà ti-oisième série , comprenant ^A péripneumonicjues , entrés dans le mois d'avril 1834.
Salle Sainte.
Madeleine. Saignées, Sangsues. Ventouses. N" 5 3 )) 2 applic.
Vés.
Salle St. -Jean.
N"s 7 9 50 2 applic.
Durée de la Purgatifs. maladie.
9 pil. deBellost. 7 jours.
9 g. de croton, 14 jours.
mort.
3 jours.
Ce qui fait , terme moyeu, quatre à cinq saignées, trente-deux sangsues , une ventouse scarifiée , un vésicatoire , huit fois sur quatorze , et deux fois un purgatif. La durée de la maladie a été , terme moyen, de huit jours.
Ces résultats diffèrent peu de ceux qui ont été obtenus dans les deux précédens résumés.
TABLEAU de la quatrième série , comprenant 4 péripneumoniques , admis pendant le mois de mai 1834.
Salle St.-Jean.
N"s 8. 2 saig 8. 5 — 12. 2 —
Salle Sainte- Madeleine.
N" 5. 6 saig
de 4 p. 25 sang. 2 appl. de vent. scar. ; il fut guéri le si.\ième jour. „ » — 2 — 1 vésic. de 8 p. de diamètre ; mort.
» 25 — guéri le sixième jour.
de 4 p. 32 sang. 2 appt. 1 vésic. de 8 p. de diara. ; guérie le six. j.
Ou ne saurait tirer de ce petit nombre de malades, dit M. le docteur Jules Pelletan, des conclusions générales sur le nombre de saignées et de sangsues nécessaires dans le traitement de la pneumonie. Toutefois, on peut voir que c'est toujours la même pratique. Notons seulement que dans cette série, les saignées, surtout les premières, ont toujours été extrêmement fortes. C'est ainsi que, chez la femme du n» 5 , on a retiré , à la première phlébotomie , environ cinq palettes de sang. Ces fortes évacuations sanguines pratiquées par une large ouverture , sont évidemment plus utiles que deux ou trois médiocres saignées qui coulent en bayant.
PNEUMONIE
PNEUMONIE
TABLEAU de la cinquième série ^ comprenant Z pèripneumoniques, admis dans les mois de juin , juillet et août 1834.