MOUTARDE
MOUTARDE. Sinapis. Plante de la famille des crucifères , dont la semence est. employée dans l'économie domestique et dans la médecine. Plusieurs variétés se partagent la faveur des médecins et des gastronomes : ce sont principalement la moutarde noire et la moutarde blanche, dont la dernière surtout a pris , dans ces derniers temps, une colossale et absurde réputation. Ce n'est pas cependant que cette seuience ne jouisse d'une action réelle, mais c'est que l'on en a, de beaucoup , exagéré les bons effets.
La moutarde dont on se sert plus particulièrement est la moutarde noire , qui croît sans culture et même comme plante parasite dans les champs où l'on cultive les céréales. La plante est négligée ou employée comme fourrage ; les semences qu'on recueille sont rondes, lisses, de la grosseur d'un grain de millet, d'un rouge noirâtre , sans odeur, sans saveur, à moins qu'elles ne soient broyées et humectées. Lorsqu'elles sont réduites en poudre et délayées dans l'eau chaude, elk-s développent une vapeur extrêmenl acre et piquante qui irrite douloureusement la conjonctive et les voies lacrymales.
Les recherches des chimistes et des pharmaciens, sur la moutarde, ont montré qu'elle contenait une huile douce et grasse dans une proportion assez considérable, plus une matière particulière dont la nature est même encore un sujet de contestation, et qu'on a successivement appelée acide sulfo sinayic/ue , sinapisine et sulj'o-sinapiiiiie. Quoi qu'il en soit, le plus utile résultat de ces recherches a été de démontrer que le principe actif de la moutarde est plus solulile dans l'eau que dans tout autre véhicule , car on en a extrait par la distillation cette huile volatile qui , entre autres propriétés reuiarquables , possède celle de se dissoudre dans l eau et de lui communiquer une odeur vive et une saveur caustique. Une seule goutte de cette huile agit comme un caustique violent sur la peau et surtout sur les membranes muqueuses. L'existence du soufre et du phosphore a été signalée dans cette substance. D'ailleurs l'expélience déjà très-ancienne a manifesté ses propriétés; on sait que la moutarde pulvérisée et délayée dans un liquide , plus ou moins aqueux , étant appliquée sur la peau , y détermine plus ou moins rapidement la rubéfaction , la vésication et même une sorte de cautéiisation : et cette action a été utilisée depuis très-long-temps dans la pratique usuelle ; de telle sorte que ce médicament peut être considéré comme le révulsif par excellence pour l'usage externe. Peu importe, après tout , que cette activité médicamenteuse se développe parla pulvérisation ou le mélange de l'eau , ou qu'elle préexiste dans la semence entière. L'action des sinapismes doit être surveillée ; on a vu , quelquefois à la suite d'une application trop prolongée, une sorte d érysipèle phlegmoneux excessivement douloureux et opiniâtre qui , se prolongeant pendant plusieurs semaines , prive les malades du sommeil et peut leur occasionner une fièvre assez sérieuse.
Administrée à l'intérieur , dans son état d'intégrité parfaite , la semence de moutarde traverse le canal intestinal sans éprouver de notable altération; néanmoins les observateurs ont remarqué qu'elle avait pour effet d'entretenir la liberté du ventre ; avantage que bien d'autres substances pourraient également procurer. Le condiment appelé moutarde , et qui consiste dans la poudre de moutarde délayée dans le vin ou le vinaigre, avec addition de divers aromates, exerce sur les organes digeslils une stimulation qui peut être salutaire dans l'état sain , qui peut favoriser la digestion de quelques alimens un peu réfractaires , mais qui n'est jamais d'une bien grande importance. Quelquefois la poudre de moutarde a été donnée à l'intérieur dans diverses affections où l'on avait reconnu ou supposé la faiblesse ; mais jamais elle n'a été prescrite à une dose assez forte pour que ses effets immédiats ou thérapeutiques aient été bien constatés. Ces emplois divers sont excessivement rares , surtout de nos jours où l'on se borne à faire avec la moutarde en poudre des cataplasmes appelés sinapismes , nom qui par extension a été donné à tous les épithèmes irrilans et révulsifs. On met aussi cette poudre dans les bains de pieds qu'on prescrit dans des vues analogues. La dose est arbitraire.
Quant à la moutarde blanche , elle est beaucoup plus grosse que la précédente , plus huileuse et beaucoup moins pourvue de principes acres. Sa composition chimique diffère en outre, d'une manière notable , en ce qu'il ne s'y trouve point de sinapisine. Cela rend raison de l'action très-faible qu'elle exerce sur le canal digestif, action qui serait nulle si l'on n'avait soin de la décortiquer, en la faisant passer entre deux meules un peu écartées comme on le fait pour l'orge perlée. De cette manière la semence peut éprouver une digestion plus ou moins complète, qui met ses principes stimulans plus^iinmédiatement en contact avec les parois de l'estomac et des intestins. On peut facilement concevoir dans quels cas une pareille médication peut être utile, et combien il est absurde de vouloir l'appliqii'jr à toutes les maladies sans distinction comme le veulent faire certains charlatans , auxquels , comme c'est l'usage, il n'a manqué ni compères ni dupes.
En résumé , l'histoire médicale se réduit à |>eu de chose ; comme condiment , son emploi et son abus ont des résultats peu importans : une digestion un peu plus active, une irritation plus ou moins vive et généralement passagère de l'estomac , sont tout ce qu'on peut observer. Sous le rapport de la thérapeutique, c'est un moyen de révulsion fort énergique pour l'exlérieur, moyen dont on peut à volonté graduer l'action. Pour l'intérieur, c'est un excitant dont l'impression locale sur le canal digestif peut être utilisée. Au reste, on n'a pas remarqué que la moutarde portât son action d'une manière spéciale sur tel ou tel organe, et non plus qu'elle semontràt particulièrement ellicace contre une maladie ou contre une classe de maladies , et même les auteurs, nous parlons
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des auteurs honorables , n'ont pas cherché à la recommander comme spécifique.
Les doses et le mode d'administration varient. S'il s'agit de l'usage externe , on prescrit de prcférence la farine de moutarde noire qu'on délaie dans l'eau chaude pour les bains de pieds , ou dont on fait avec de l'eau bouillante , bien préférable au viuaigre usité jadis , une bouillie plus ou moins épaisse dont on couvre les parties qu'on veut échauffer et rougir. Trois ou quatre heures suiïisent pour déterminer une vive irritation et pour provoquer la formation de cloches. Lorsqu'on n'a pas besoin d'opérer aussi énergiquement , on se borne à saupoudrer d'un peu de moutarde en poudre la surface d'un cataplasme : c'est ce qu'on nomme sinapisme mitigé. A l'intérieur la moutarde peut se donner à la dose de deux, quatre ou six gros. On n'a pas encore utilisé l'huile essentielle acre contenue dans la moutarde. (F. Ratier. )
PNEUMOTHORAX. Fojez VEKXEnsE.
RAMOLLISSEMENT. Le mot ramollissement revient souvent , depuis quelques années , dans le langage médical. C'est particulièrement depuis les travaux de MM. Lalleraand et Rostan sur le ramollissement du cerveau, que de vives discussions sur la nature de ce ramollissement en particulier , et du ramollissement de tous les organes en général, ont été mises en quelque sorte à l'ordre du jour.
On sait cjue l'ingénieux et savant auteur des Lettres anatomo-paihologiques sur le cerveau et ses dépendances . avait, à la suite d'une argumentation approfondie, professé l'opinion de la nature inflammatoire du ramollissement du cerveau. On sait que, de son côté , M. Rostan avaitsoutenu que ce ramollissement , dans un très-grand nombre de cas du moins, n'était point inflammatoire. La question ne tarda pas à se généraliser , et les deux opinions rivales ne s exercèrent plus seulement sur le ramollissement du cerveau , mais sur le ramollissement de tous les organes en général.
Ainsi généralisée, la question a été d'autant plus difficile à résoudre , que sous le nom de ramollissement on n'a pas toujours désigné un état morbide, toujours /e mé/«e, et , pour ainsi dire, u/a'i^o^:<e. Élutlier ainsi le ramollissement d'une manière abstraite , c'est une mélliode féconde en interminables disputes. Mais en particularisant le sujet , en déterminant exactement toutes les conditions étiologiques , anatomiques et physiologiques d'un ramollissement donné , la solution de la question relative à la nature du ramollissement pourra être donnée d'une manière précise , claire et certaine.
Assurément , on ne saurait méconnaître la nature inflammatoire du ramollissement du cerveau , tel qu'il a été décrit par le célèbre professeur de Montpellier. Mais ce n'est pas à dire que le ramollissement du cerveau ne puisse pas apparaître dans les cas où cet organe n'aura pas été enflammé. La gangrène est aussi une cause de ramollissement; il en est de même de la décomposition cadavérique , etc. Que conclure de là ? qu'avant de s'occuper de la détermination de la nature du ramollissement , quel qu'en soit le siège , il faut , comme nous
I avons déjà dit, exposer exactement les circonstances diverses au milieu desquelles s'est produit ce ramollissement.
Le mot ramollissement, employé comme synonyme d'inflammation, est donc , ainsi que nous l'avons exposé dans le Traité de l'encéphalite ^ éminemment vicieux, puisque, d'une part, l'état anatomique désigné sous ce nom n'est pas constamment le résultat d'une inflammation , et que, d'autre part, cette maladie , sous certaines formes et à certaines périodes de son cours, a pour caractère anatomique Yinduration. Ajoutons que le mot ramollissement, tel qu'il est généralement employé , et notamment par M. le professeur Lallemand, signifie perte de cohésion ^ friabilité , J'ragilité du tissu qui en est le siège, et que cette /"ra gili té , signAée pour la première fois par Dupuytren , comme un caractère anatomique de l'inflammation, coïncide quelquefois avec une induration apparente. C est ainsi que dans le second et le troisième degré delà pneumonie, le poumon est induré , hépalisé , comme on dit, et non ramolli à proprement parler, bien que l'organe, en apparence induré , se laisse facilement pénétrer , déchirer , et qu'il soit devenu réellement friable ^fragile. Le mot ramollissement manque , par conséquent, d'exactitude dans certains cas. Au reste, c'en est trop sur une question purement verbale.
Revenant à la question de chose, nous terminerons en disant que le ramollissement, considéré en lui-même , ne saurait être considéré comme le caractère infaillible d'une inflammation qu'autant qu'il coïncide avec d'autres circonstances qui appartiennent exclusivement à cette maladie. Certainement, néanmoins , de toutes les causes qui peuvent entraîner l'état anatomique qu'on a désigné sous le nom de ramollissement , I inflammation est la plus commune.
II faudrait faire preuve d'une grande légèreté d'observation et de jugement pour confondre les uns avec les autres , et le ramollissement par putréfaction après la mort, et le ramollissement par gangrène, et le ramollissement par inflammation.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que la simple mollesse ou flaccidité des tissus et des organes ne doit pas être prise pour un ramollissement proprement dit.
Pour éviter des répétitions superflues , nous renvoyons aux mots inflammation , GAKGRÈNE , PUTRÉFACTION. ( J- BoUILLAUn).
RÉUNION, s. f. Synonyme de synthèse. On entend par ce mot, en chirurgie, l'acte par lequel les lèvres d'une plaie , quelle qu'en soit d'ailleurs la na-
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lure, sont mises en contact. On lui donne des noms difTérens suivant l'époque .a laquelle ou refFecUii;. Ainsi , quand on rap|)roclie les bords d'une solution de continuité peu de lempsaprès qu'elle a été produite et avant que la suppuration soit établie , on dit que la réunion est par ;^;-eOT/V?/-e intention , primitii/e , immédiate, o\i encore une cicatrisation par adhérence ; quand, au contraire, des circonstances particulières eaipêchent le rapprochement , quand l'intlammation et la suppuration s'emparent de la plaie , et que la réunion ne s'opère qu après que ces phénomènes sont calmés , elle est dite alors meV/iaîe , consécutii'e ou cicatrisation par granulations ; enfin, dans quelques circonstances , elle tient une sorte de juste milieu entre les réunions immédiate et médiate; on laisse passer les premiers accidens inflammatoires : on laisse aussi dégorger les lèvres de la plaie ; puis on les rapproche : c'est ce que j'appellerais volontiers une réunion mixte. Il y a bien encore d'autres degrés intermédiaires aux precédens; mais nous nous tiendrons aux trois principaux dont nous venons de parler ; les autres n'ofTrent pas des caractères assez tranchés et ne seraient que des subdivisions futiles.
Avant d'entrer flus avant dans l'exposition delà réunion et pour éviter des répétitions inutiles, nous devons renvoyer aux mots amputation, adhésion, CICATRISATION, et surfout à l'article i'laie. Là, en effet, il est question des phénomènes locaux et généraux des solutions de continuité qui guérissent par reunion immédiate : on y parle des conditions favorables à celte réunion, des circonstances qui , au contraire , y portent obstacle ; du travail particulier qu'emploie la nature pour la conservation des parties divisées; de I utilité de la reunion immédiate dans les diverses espèces dé plaies ; des complications spéciales et générales qui s'y opposent; de la manière la plus convenable pour la mettre a exécution ; des moyens mis en usage pour mieux en assurer le résultat , par exemple, des bandelettes agglulinatives , de la suture, des bandages, de la position, etc. ; enfin on y tiouvera aussi la description des phénomènes locaux et généraux de la réunion secondaire , des considérations générales sur ses avantages et ses inconvéniens , et l'indication des cas où elle convient comme de ceux dans lesquels la réunion immédiate doit lui être préférée.
Comme on le voit, les articles dont nous venons de parler ont singulièrement amoindri notre tâche, en la rendant plus facile : nous n'aurons donc à nous occuper ici que de généralités et de donner une sorte d'appendice à tout ce qui a ele dit ailleurs sur cet important sujet ; cependant nous entrerons de loin en loin dans les spécialités , quand leur importance nous paraîtra le commander ou lorsque nous jugerons qu'on n'en a pas parlé assez longuement aux articles que nous venons d'indiijuer; mais , dans ce cas môme, pour éviter trop de longueur, nous systématiserons la matière et en ferons, autant qu'il nous sera possible, des groupes naturels dans lesquels seront successivement comprises les opérations qui auront entre elles le plus d'analogies, le plus de points de contact. Nous commencerons toutefois par un coup-d'œil historique sur le sujet qui va nous occuper, parce que jusqu'ici on ne l'a présenté que d'une manière incomplète et parce qu'il ne sera pas sans utililé de suivre la marche de l'esprit humain, depuis ses premiers pas dans la voie du progrès jusqu'.à nos jours , dans 1 étude des divers points qui touchent à la réunion. Sur ce sujet, comme sur presque tous les autres, nous aurons à constater cette bizarre intermittence qui jalonne, si nous pouvons ainsi dire, l'histoire de la science, et la marque de périodes plus ou moins circonscrites, ici de progrès, là de pas rétrogrades , tantôt de succès et de conquêtes, tantôt d'insuccès et de perles. Nous ferons même observer, avant d'aller plus loin, qu'il est, pour le moins, remarquable qu'à 1 époque que nous ne craignons pas, dans un mouvement de vanité qui pourrait être mieux placé , d appeler Venjance de l'art , les idées les plus saines aient été émises sur le traitement des solutions de continuité , et que près de trois mille ans aient passé sur ces premiers fruits d'une sage expérience, tandis qu'il y a à peine quelques années que nous sommes fixés sur les principes qui doivent sur ce sujet diriger la conduite du chirurgien. C'est en remontant la chaîne des siècles que nous avons atteint le progrès : c'est en prenant celui-ci à sa source que nous l'avons développé ; c'est enfin, qu'on nous passe l'antithèse , en reculant , que nous avons avancé.
Avant Hippocrate, alors que les héros demi-dieux se faisaient chirurgiens , l'art ne consistait que dans quelques pratiques transmises par tradilion ; et, sans égard aucun pour les variétés nombreuses que peuvent présenter les plaies, on les traitait toutes de la même manière ; on les faisait suppurer et on les pansait avec des sucs de plantes renommées , le tout avec grand accompagnement de prières et d'invocations. Cependant Hippocrate , dont les ouvrages résument si bien à-la-fois et ses connaissances propres et sans doute aussi celles de ses prédécesseurs, a donné d'excellens conseils sur la réunion immédiate et l'a grandement préconisée. Ce mode de traitement est donc de bien vieille origine. Depuis Hippocrate jusqu'à l'école d'Alexandrie , la chirurgie fut négligée, et les préceptes les plus sages furent oubliés , bien que Dioclès ( de Caryste ) ait tenté de les remettre en vigueur, en inventant une longue série de bandages qui devaient en assurer l'exécution et le succès ; Praxagorc , celui-là même qui eut le premier l'heureuse audace de pratiquer la gastrotomie dans la passion iliaque , essaya aussi, mais vainement, de ramener aux vrais principes delà réunion; cependant Vécole d'Alexandrie, devenue si célèbre par l'impulsion féconde qu'elle sut imprimer aux éludes anatomiques, mit à profit l'expérience acquise, et établit une fois encore ce mode de traitement qui déjà avait subi tant d'alternatives de proscription et de faveur. Erasislrate , le plus en renom de cette école , joignit l'exemple au conseil , et , plus que personne , conti ibua à lui assurer la faveur si bien méritée dont elle jouissait à cette époque. Ajoutons que , sur sa recommandation, l'esprit inventif des Grecs et des Arabes s'exerça
sur les bandages et les instrumens les plus propres à seconder les effets de la réunion. Si nous arrivons à Cehe , nous y voyons des idées sur ce sujet encore mieux arrêtées et plus développées que celles que nous avons signalées chez les auteurs précédens ; il s'est attaché , en effet , a mieux spécifier qu'on ne l'avait fait jusqu à lui les cas divers où l'adhésion est possible de prime abord, et ceux où il serait inutile de la tenter, et s'est étendu aussi plus longuement sur les moyens les plus favorables pour l'obtenir. Il n'est pas jusqu'aux amputations pour lesquelles il n'ait conseillé la réunion immédiate, et cela de la manière la plus positive. Écoutons-le lui-même. Après avoir décrit le procédé à suivre dans l'amputation , il ajoute, en parlant de la plaie du moignon : Lœvanda est, supràtjue inducenda culis , quœ sub ejus modi curatione laxa esse débet , ut quàm maxime undique os conlegut; et plus loin, comme s'il avait craint de ne pas être assez compris : Ccetera posteà sic Jcicienda ut in vulneribus in quibus pus nioi'eri non débet prceceptum est. Qu'on juge maintenant jusqu'à quel point quelques auteurs contemporains ont eu droit de s'enorgueillir de ce qu'ils osent encore appeler la plus belle conquête delà chirurgie moderne ; mais ce n'est pas tout. Galien est même allé plus loin que Celse : il a mieux distingué les deux espèces de réunion ; il les a bien définies; il a aussi mieux analysé les caractères qui les différencient l'une de l'autre, et a donné surtout plus d'extension aux préceptes généraux qui doivent diriger dans le traitement des solutions de continuité.
Ces vérités , filles de l'expérience , semblaient donc à tout jamais acquises à la science ; cependant il n'en fut rien comme on va le voir : Paul d'Égine , ce dernier et paie reflet de la chirurgie greccjue , essaya quelques protestations en faveur de la réunion qui était déjà complètement tombée dans l'oubli; mais ce fut en pure perte et bientôt, chez les Arabes même, la chirurgie, dépouillée de tout son éclat passé, ne sut plus que cautériser les plaies et leur appliquer des emplâtres au lieu de les réunir. Après , yJlbucasis dont les écrits firent foi pendant les siècles suivans, n'eut pas assez de force pour secouer les préjugés et adopta lui aussi ce mode vicieux de traitement qui , comme ou le pense bien , ne fut pas rectifié par les moines , ces chirurgiens improvisés qui plus tanl envahirent tout l'Occident chrétien, et firent tomber l'art dans l'état de honteuse dégradation dont l'histoire nous a transmis le souvenir. Dès cet instant, et pendant le cours de plusieurs siècles, les pratiques les plus barbares firent oublier l'expérience du vieux temps; la suppuration fut considérée comme une condition inévitable et nécessaire de toute solution de continuité , et de là les tentes introduites dans les plaies, de là aussi ces puériles discussions sur la question de savoir lesquels étaient préférables des humcclans , des relâchans ou des caustiques , et à quelle époque convenaient les dessiccatifs et les incarnatifs; c'est à peine si Guy de Chauliac , malgré l'autorité de son nom , put faire suspendre ces ridicules subtilités scolastiques , vers le milieu du quatorzième siècle. Cependant en \!i70, Vianco en Italie, par son opération de rhinoplastie aux dépens de la peau du bras , rappela un instant l'attention sur la réunion immédiate , mais ce ne fut qu'un effort avorté ; un siècle environ plus tard, Wuriz , en Allemagne , attaqua directement et d'une manière un peu sérieuse l'utilité des onguens et des sétons , et ébranla dans l'opinion des chirurgiens instruits de son époque la réputation déjà vieillie des arcanes et de leurs analogues. Déjà en 1696, Cotbalch j chirurgien anglais, réunissait les plaies par la sulure et les bandages , et devint célèbre par ses succès; mais les arcanes ne perdirent pas tout-à-fait leur autorité , ils furent seulement déplacés, et des mains des médecins ils passèrent entre celles des charlatans; c'est du moins ce qui résulte de la lecture de l'ouvrage de Purmann qui rapporte entre autres l'histoire d'un guérisseur ambulant qui , sur la place publique de Glogau, se fit, en présence du peuple, treize incisions au bras, et se montra parfaitement guéri le lendemain; l'emplâtre qu'il employait était simplement un composé de mucilage et de gomme. Comme on le voit, c'était la réunion immédiate qui, déguisée par des applications emplastiques , produisait ces espèces de prodiges auxquels applaudissait la foule étonnée. C'est aussi la réunion immédiate qui a fait le succès des remèdes sympathiques qui eurent à leur tour leur vogue et leur faveur. Au reste cette remarque n'avait pas échappé à John Bell qui reproche aux chirurgiens d'alors d'avoir douté de la réalité de ces faits au lieu d'avoir cherché à les interpréter. Par ces moyens , en effet , les solutions de continuité n'étant pas tourmentées par les tentes et les inédicamens irritans , et leurs lèvres étant mises en contact , leur adhésion était prompte, c'était tout simple, et pourtant personne à cette époque ne s'est avisé d'une explication si naturelle ! C'est une vérité à peine croyable. Nous forons la même remarque au sujet des entes animales; les auteurs anciens rapportent en effet des cas de succès assez nombreux de ces opérations , et ils n'y ont rien vu en faveur de la réunion immédiate, comme si ce n'était pas à elle qu'il fallait rapporter tous ces effets et ceux d'opération de bec-de-lièvre et ceux de transplantation de certains organes , si tant est qu'ils aient réellement eu lieu et ceux de rcapplicalion de parties entièrement séparées du corps , et ceux plus récens de chéiloplastique , de bronchojdaslique , de staphyloraphie , d urétroplastique et enfin ceux de vaginoraphie , etc. , etc. Comment se fait-il qu'on n'ait pas interprété tous ces succès en faveur de la réunion immédiate , et que , partant de là , on n'en ait pas aussitôt étendu l'application ?
La chirurgie en était encore à ce point de doute et d'ignorance quand vint l'immortel /"(i'-e , si justement nommé le réformateur de l'art :! à lui surtout appartient l'honneur d'avoir détruit les préjugés les plus funestes , d'avoir soustrait la chirurgie au joug honteux de la routine et de la superstition , et d'avoir surtout défendu la réunion immédiate contre les attaques injustes du charlatanisme et de l'ignorance. En 1606 , Fabrice de Uilden continua l'ceu-
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vi e Je réforme si bien commencée par Paré , et combattit avec avantage les erreurs si malheureusement accréditées sur le travail de la suppuration et de la cicatrisation. Il faut dire néanmoins que nonobstant l'exemple et les conseils de ces deux puissantes autorités , l'usage des lentes et des sétons ne fut pas complètement abandonné ; mais la majeure partie des chirurgiens y renoncèrent , et entre aa{resyésale,Guillemeau,Maiiano S<inlo, et surtout Dlagnti qyû a été un des apôtres les |)lus ardens de la réunion iuimédiate. Frappé à juste raison des idées si remarquables de Galien sur ce sujet, il avait déjà parlaitement saisi la marche de la nature dans l'adhésion primitive ; c'est ce dont ne permet pas de douter le passage suivant : Namque ex nulrimento in extremitatihus vasoruin divisarum partium existcnte et a poris resudante , generatur porlio (jucedam substantiœ parti agglutinandœ similis , qnœ est gluten solutas partes conjun^ens et ad prislinam uiiionem reducens , etc. ( De vevd curatione vulnerum); c'est déjà, comme on le voit , une bonne idée de cette /^-zw/y/je plastique dont on a fait tant de bruit , il y a peu de temps encore , comme d'une chose nouvelle.
Un siècle plus tard, la réunion immédiate fît encore des acquisitions importantes , et parmi ses défenseurs brillent au premier rang , Lecat , de la Moihe , J.-L. Petit et Platner.
Sharp , vers le milieu du dix-huitième siècle , assure qu'il y avait plus de quatre-vingts ans avant lui qu'on avait essayé de guérir les plaies par inosculation , même celles des amputations , et lui-même en réunissant ces dernières par des sutures a obtenu des succès remarquables, bien que Sam. Cooper avance qu'il fut forcé plus tard de renoncer à ce moyen. Lowdham , dans le Currus triomphalis e térébenthine de. Jonge , avait déjà conseillé en 1679 , de la manière la plus positive, la réunion immédiate après les amputations , et plus tard Valentin\A défendit avec chaleur contre l'opinion de ceux qui pensaient que tout os dénudé devait nécessairement s'exfolier. Alançon ne contribua pas peu aussi à la propager , d'abord par des succès nombreux , mais particulièrement en présentant TelTrayant tableau de quarante-six amputés sur lesquels celte méthode de traitement n'avait pas été appliquée , et qui tous éprouvèrent des accidens formidables. Enfin B. Bell, dans son cours de chirurgie en 1788 . John Hunier et surtout John Bell , dans son célèbre traité des plaies en 1796, dissipèrent le reste de préventions qui s'élevaient encore contre la réunion immédiate , et finirent de la populariser en Angleterre.
Pendant que les chirurgiens d'outre-mer marchaient ainsi de progrès en progrès , la France, sous le point de vue qui nous occupe, restait stationnaire , lorsque Desault, en 1783, par un beau succès obtenu par la réunion immédiate, pour une amputation de la cuisse , donna le signal de la réforme ; Peicy l'imita, et sur quatre-vingt-douze amputés à l'affaire de Newbourg, il n'en perdit que six. Ce beau résultat aurait dû sans doute convertir les partisans les plus obstinés de la réunion secondaire, et l'on comprend à peine comment Pelleian, malgré tous les faits qui surgissaient de toutes parts , a pu rester fidèle à ce mode de pansement ; malheureusement il tit plus , car il l'attaqua violemment ; mais en 1812, M. Maunoiv, de Genève , lut à l'Institut un excellent Mémoire sur la réunion immédiate, la défendit contre les reproches que /"e/Ze/a/z lui avait adressés , trouva dans l'ouvrage même de ce dernier des armes qu'il sut habilement tourner contre lui ; et, enfin , deux ans après , M. Roux compléta la défense, en appuyant par des faits les raisonnemens de M. Maunoir. Ajoutons encore que notre maître, le professeur Dubois , dont les savantes leçons ont fait tant d'élèves , n'a pas peu contribué à faire des partisans à la réunion ; nous en dirons autant et du professeur Richerand, et surtout de Delpech , dont M. Serre , de Montpellier , a si bien exposé les idées , dans son excellent Traité de la réunion immédiate, en même temps qu'il a vengé celle-ci de toutes les attaques injustes qu'on lui avait adressées. Pour terminer enfin ces recherches historiques , peut-être déjà trop longues , disons que grâce à ce concours nombreux de protestations en faveur de la réunion immédiate , elle tient maintenant à-peu-près partout le rang que ses succès lui ont si bien mérité ; qu'aujourd'hui, en France , comme en Angleterre, comme en Italie, et dans tout le nord de l'Europe , elle jouit d'une faveur qui n'est plus contestée, et que tout le monde presque applaudit à ce conseil d'Assalini, qu'on trouvait naguère si paradoxal , savoir : que toutes les plaies , depuis la piqûre faite à une veine pour obtenir quelques onces de sang , jusqu'à Pincision faite à L'utérus , pour en extraire le fœtus , doii>ent être réunies par première intention.
Qu'on ne croie pourtant pas que tout soit fini encore au sujet de la réunion immédiate, bien qu'elle ait fait faire déjà d'immenses progrès à la chirurgie. Les principales questions qui se rattachent à cet important procès ont bien déjà été résolues après de longs et inléressans débats; une expérience mille et mille fois répétée a bien déjà parfaitement établi les conditions de son application ; mais il y a encore plus d'une prévention à détruire . plus d'un contradicteur à convertir. Si on ne rencontre plus d'antagonisme direct et exclusif, il reste encore contre elle , surtout à Paris , une demi-incrédulité , ou tout au moins une opposition dans les détails qui ne laissent pas que de lui nuire, d'autant mieux qu'elles partent d'hommes chers à la science, et à la parole desquels on est généralement habitué d'avoir foi ; elles finiraient même , si elles se prolongeaient encore, par compromettre les belles destinées qui l'attendent : aussi croirionsnous n'avoir rempli qu'imparfaitement la tâche que nous nous sommes proposée, si nous ne répondions quelques mots aux principales objections qu'on lui a faites.
On a dit, contre la réunion immédiate (et presque tous ses antagonistes ont répété le même reproche) , qu'elle offrait de graves inconyéniens dans le cas où
une hémorrhagie survenait après une opération. On s'est appuyé sur la difficulté qu'on éprouve à aller à la recherche du vaisseau, le sang s'infiltrant dans les tissus, et sur la douleur que doit déterminer la séparation des parties qui commençaient à s'agglutiner ; mais il est facile de répondre : 1" que ces accidens hémorrhagiques sont moins fréquens dans les cas de réunion immédiate que dans les cas contraires, parce que les lèvres de la plaie, maintenues appliquées l'une contre l'autre , exercent une compression qui , quoique légère, peut trèsbien, aidée de l'épanchement de la lymphe plastique qui a toujours lieu, empêcher l'écoulement de sang de l'intérieur d'une artère même assez volumineuse , ainsi que le prouvent sans réplique les cas tl'opérations de bec-de-lièvre et d'extirpations de tumeurs cancéreuses des lèvi'es Certainement aussi cette compression suffirait pour amener le même résultat dans le cas de ligature trop lâchement serrée ; or ce sont là deux grands avantages que la réunion immédiate a sur la réunion secondaire. Au surplus , on peut très-bien, dans le cas d'hémorrhagie primilive, quelle qu'en soit la cause d'ailleurs , lever l'appareil , séparer avec douceur les bords de la plaie, et aller à la recherche du vaisseau , ainsi que l'ont fait avec succès MM. Lallemand, Roux et Dolpech.
Quant à l'hémorrhagie produite par une trop forte pression exercée sur les lèvres de la plaie, dans le but d'en mieux assurer la réunion , c'est à peine si nous osons en parler, quoique Pelletan y ait insisté d'une manière toute particulière ; car nous n'avons qu'à répondre qu'alors la réunion est mal faite , et qu'il suffit de desserrer l'appareil pour que l'accident cesse.
On a reproché aussi à la réunion immédiate de produire, plus que la secondaire, des hémorrhagies consécutives, particulièrement lors de la chute des ligatures , et aussi d'empêcher d'y porter remède. La première de ces objections n'est évidemment pas fondée , puisque au contraire la pression dont nous venons de parler diminue les chances de cet accident, et puisque le pansement , toujours très-simple , expose moins aux tiraillemens fortuits des ligatures que la réunion secondaire : que si , au contraire, l'hémorrhagie survient parce que l'extrémité d'un vaisseau un peu volumineux a été prématurément coupée par le fil , le traitement est le même , quel que soit le mode de pansement; c'est-àdire qu'il faut lier le tronc principal , comme l'ont fait avec succès MM. Roux, Cerdy, Jobert,et comme nous avons eu occasion de le faire nous-même. Il serait en effet par trop imprudent d'aller à la recherche du bout artériel pour y appliquer une nouvelle ligature. Il n'y a donc rien , dans ces hypothèses , qui puisse prouver contre la réunion immédiate : tout , au contraire , est à son avantage. Ajoutons encore que, dans le cas de réunion secondaire, la charpie, irritant comme corps étranger la surface de la plaie . amène une réaction plus forte qui doit nécessairement augmenter les chances d'hémorrhagie, et qu'enfin l'infiltration du sang le long des vaisseaux et à travers les tissus n'expose pas plus , quoi qu'on en ait dit, aux fusées purulentes dans un cas que dans l'autre.
On a objecté encore contre la réunion immédiate qu'il y avait danger de voir survenir un étranglement inflammatoire : c'est généralement vrai ; mais toute Ja question consiste à rapprocher médiocrement, à éviter une inflammation trop forte et à !a combattre, si elle est arrivée, parles moyens connus de tout le monde. Pourquoi dans certains cas et en vue d'éviter cet accident , ne débriderait-oa pas préalablement les aponévroses résistantes? Mais , en supposant même qu'on n'ait pas pu le prévenir , nous ne voyons pa« quel reproche sérieux aurait encouru la réunion immédiate, car on en serait quitte pour cesser les moyens contentifs, et voilà tout, la plaie serait réduite à une ()laie ordinaire qu'on n'aurait pas réunie, et il resterait toujours en faveur de la réunion immédiate d'avoir tout au moins bénéficié le malade d'une chance très-probable d'une guérison rapide : aussi bien l'étranglement dépend souvent de ce que la réunion est mal faite; or , la faute en est alors au chirurgien , et non à la méthode de paiisement ellemême.
Si lestégumens se réunissent, a-t-on dit , et si les parties profondes , travaillées par une inflammation plus vive , viennent à su jipurer , le pus , ne pouvant sortir, s'infiltre profondément et devient cause d abcès et de fusées purulentes étendues : à merveille ! 11 y a cependant à répoudre que les fils des ligatures doivent suffire pour diriger le pus et éviter qu'il ne se ramasse en foyer ; en outre, par une loi de la nature , qui ne souffre que de très-rares exceptions, ce liquide est toujours porté au dehors par un force excentrique, et de plus , quand les parties profondes s'enflamment, les lèvres de la plaie ne se réunissent pas. Dans ce cas encore , la réunion immédiate n'a donc rien à se reprocher. Mais il y a plus , c'est qu'il est un genre de fusées purulentes , celles , par exemple, déterminées par l'extension de l'inflammation, qui sont plus redoutables que celles dont nous venons de parler, et qui sont certainement plus fréquentes dans les cas de non-réunion : la raison en est trop évidente pour que nous prenions la peine de l'énoncer.
On a également accusé à tort la réunion immédiate de favoriser le développement de l'érysipèle , sous l'influence de quelques constitutions atmosphériques particulières, par l'action irritante des bandelettes agglutinatives dont on se sert habituellement ; mais pourquoi les euiployer? pourquoi n'en pas changer la nature? n'y a-t-il donc pas d'autres moyens contentifs ? Mais, si l'on voulait récriminer, ne pourrait-on pas, au contraire, mettre particulièrement cej reproche sur le compte de la réunion secondaire ? Oserait-on soutenir sans sophisme qu'en froissant la surface de la plaie , qu'en la bourrant de charpie , il n'y a pas plus d'irritation , et partant, plus de chances d'inflammation érysipélateuse? Ce serait évidemment soutenir une chose absurde.
M. Hervez de Chégoin , ayant cru remarquer une mortalité plus grande qu'autrefois dans les cas d'amputation du cancer, surtout quand il est ulcéré depuis quelque temps, a pensé que la cause pouvait en être rapportée à la réu-
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nion immcdiate. Sans entrer clans l'explication qu'il en a donnée avec le talent que tout le monde lui connaît, nous nous contenterons de dire que M. Serre, de Montpellier, conteste le fait lui-même , et , par suite de recherches analogues, il soutient une proposition précisément inverse de celle de M. Hervez : c'est-à-dire que la mortalité est au contraire plus faible depuis qu'on réunit par première intention.
Lorsqu'on emporte une tumeur qui suppure depuis long-temps , cette sécrétion , a-l-on dit , est devenue nécessaire à l'économie, et si on réunit par première intention, cette suppression trop brusque pourra produire sur les organes de graves retentissemens ; aussi quelques chirurgiens préfèrent-ils dans ces cas, avoir recours à la réunion secondaire. Celte objection , toute physiologique, est sans contredit une des plus sérieuses qu'on ait faites contre la réunion immédiate; elle s'appuiesur des considérations évidemment fondées ; cependant il est bon de remarquer qu'il n'est pas toujours facile de saisir la corrélation de la cause à l'effet, et que souvent aussi dans les cas de réunion secondaire , on observe comme dans les cas contraires , des altérations mortelles du poumon, du foie et des autres organes, et pour nous ces altérations , soit dit en passant , sont le plus souvent des effets de phlébites , dont nous parlerons tout-à-l'heure. Il faut dire aussi que ces accidens peuvent tenir à un examen trop superficiel, et parce que quelquefois on pratique des opérations graves qu'aurait dû empêcher une altération plus ou moins étendue d'un ou de plusieurs organes intérieurs. Quant à l'objection en elle-même , nous dirons qu'on peut obvier en partie aux inconvéniens d'une suppression brusque de suppuration, soit par des exutoires , soit par des dérivatifs sur le canal intestinal , soit par les uns et les autres en même temps. A ceux enfin qui soutiennent qu'il ne faut pas réunir à la suite d'ablations de tumeurs cancéreuses, parce que le pus est un moyen d'élimination du virus cancéreux, et parce qu'en conservant plus de peau on est plus exposé d'en laisser qui soit altérée, nous répondrons pour la première partie de l'objection , que ce n'est là qu'une théorie humorale que l'expérience n'a pas encore sanctionnée ; pour la seconde, qu'on ne peut pas mettre sur le compte de la réunion immédiate, une maladresse comnaise pendant l'opération. C'est en effet le chirurgien seul qui est coupable dans cette circonstance ,^arce qu'il aura procédé au mépris de toutes les règles ; la première condition à remplir dans une opération de ce genre, est de ne rien laisser qui ait même l'apparence d'une altération légère. La réunion immédiate ne peut donc être responsable des accidens ultérieurs. Disons hardiment, pour terminer , que toutes choses égales d'ailleurs , il y aura moins' de chances de reproduction , lorsqu'on aura réuni immédiatement, parce que les pansemens seront moins irritans , moins douloureux, et que la cicatrice plus solide résistera plus facilement aux causes extérieures et intérieures cjui peuvent la tirailler et la froisser. Ce sont là de ces propositions qui s'expliquent d'elles-mêmes et qu'il suffit d'énoncer.
On a dit contre la réunion itumédiate , qu'elle favorisait le développement delà phlébite, et qu'on observait plus souvent cet accident que lorsqu'on a recours à la réunion secondaire. Voilà certainement le plus grave de tous les reproches qu'on lui ait adressés, et s'il était fondé rien à nos yeux ne devrait la garantir contre une réprobation générale. Nous qui sommes persuadé que c'est à cette terrible complication que doivent leur mort la majeure partie de ceux qui succombent à la suite d'opérations un peu importantes , nous ne croirions jamais élever assez la voix pour proscrire la méthode de pansement dont il s'agit , comme un véritable fléau, comme un moyen homicide ; mais , heureusement, il n'en est rien , et il ne nous sera pas difficile de prouver qu'on l'a calomniée. Et, en effet, ceux qui croient encore à la résorption du pus , fondent leurs reproches sur ce que la réunion se faisant seulement au niveau de la plaie et nullement en arrière , à cause de la présence des fils des ligatures , il arrive , selon eux , que le pus ne pouvant s'écouler facilement , il baigne continuellement l'orifice des veines et pénètre dans leur intérieur , en même temps qu'il y arrive aussi par l'absorption. Ce liquide altéré par une stagnation prolongée et par l'action de l'air , devient irritant , cnfl jmme les veines dans une étendue et à des degrés variables , et de là les symptômes si graves qui annoncent si irrévocablement la mort des malades. Dans ce cas , l'inflammation de la veine ne serait que consécutive et qu'un effet de la résorption ; ce n'est pas ici le lieu de réfuter ces erreurs , nous en avons parlé longuement ailleurs. Mais nous acceptons l'objection telle qu'elle est posée, et nous nions que la réunion immédiate détermine plus de phlébites que la réunion secondaire, parce qu'on peut toujours éviter que le pus ne croupisse, parce que par une pression méthodique, on peut lui ménager une issue à mesure qu'il se forme , et éviter la pénétration de l'air dans le foyer , parce que la membrane pnogénique pirolège les orifices veineux , et parce qu'enfin la réunion primitive a précisément pour effet d'empêcher toute sécrétion purulente un peu abondante. Voyez même jusqu'où va la mauvaise foi des anti-réiinionistes ( qu'on nous passe l'expression ! ) d'un côté , ils blâment la réunion immédiate , parce qu'elle empêche trop subitement la suppuration , et de l'autre, parce qu elle la favorise et qu'elle est cause de son altération : la contradiction est trop évidente pour qu'ils ne s'en soient pas aperçus , et pourtant ils s'atta. hent à cette objection comme si elle devait à tout jamais perdre la réunion primitive : mais nous irons plus loin ; nous n'admettrons pas que ce soit ainsi que se produise la phlébite, parce que nous ne voyons en elle qu'une extension de l'inflammation de la surface de la plaie au tissu veineux lui-même; or, la réunion immédiate ayant pour effet d'éviter cette inflammation dans la majeure partie des cas, de la modérer dans l'autre partie , il faut nécessairement en conclure qu'elle offre moins de chances de phlébite que la réunion secondaire. Au reste , l'expérience témoigne en faveur de cette conclusion, et nous ne l'avons avancée que parce qu'elle résulte clai-
DlCT. DE MÉOECIIiB £T DE ChIRUKGIE FRATII^UES.
rement d'un nombre immense de faits que nous avons recueillis. Si anciennement on n'a pas parlé de phlébites , ce n'est certainement pas qu'il n'en existait pas , et qu'on dût celte absence à la réunion secondaire ; c'est tout simplement parce que la maladie n'était pas connue , et pour preuve , si on lit attentivement les observations des auteurs anciens , sur la terminaison funeste des grandes opérations, on se convaincra facilement que les symptômes qu'ils indiquent se rapportent parfaitement à ceux qui nous font connaître aujourd'hui l'existence d'inflammations veineuses.
Les veines des os restant béantes à la suite des amputations , l'inflammation peut s'y transmettre avec plus de facilité que partout ailleurs. C'est sans doute à cette cause qu'il faut rapporter la fréquence plus grande des phlébites là où la surface osseuse offre plus d'étendue; par exemple, à la jambe et à l'avant-bras ; aussi est-ce particulièremet dans ces cas qu'une réunion immédiate bien faite nous paraît bien importante, pour ne pas dire indispensable : au point de vue de la phlébite, l'amputation près des extrémités est par la même raison plus grave qu'au milieu des membres.
Puisque nous sommes sur les amputations , nous allons répondre à une objection qu'on a faite à ce sujet contre la réunion immé<liate : on a dit que l'extrémité de l'os scié venant à se nécroser la réunion devient inulile : c'est vrai ; mais il faut dire aussi que cet accident n'arrive pas toujours ; or, rien n'est certainement plus propre à l'empêcher que la réunion , qui a pour effet de protéger l'os contre l'action de l'air et des corps extérieurs. D'un autre côté , en supposant même que la nécrose ait lieu , il n'y a encore rien à conclure contre la méthode de pansement en question , parce que les inconvéniens sont à très-peu de chose près les mêmes que pour la réunion secondaire, et qu'il est très-rare que , dans les deux cas, on ne soit pas forcé plus tard d'avoir recours au bistouii pour débarrasser le séquestre; seulement nous devons noter en faveur de la réunion immédiate , que le corps étranger est généralement plus petit, parce que les parties molles immédiatement appliquées sur lui peuvent plus facilement l'user et l'amoindrir.
Les succès que la réunion immédiate a obtenus entre les mains des chirurgiens de la capitale , n'ayant pas égalé ceux de beaucoup d'autres localités, il a fallu en chercher la cause , et on a trouvé tout simple d'en accuser le climat; mais on n'a fait que se payer d'un mot. On n'a pris aucune peine de faire sentir le rapport de la cause à l'effet , et la question eu est toujours restée au même point. Aussi bien elle était presque insoluble; car il aurait fallu tenir compte de trop de choses à-la-fois et du genre de maladie pour laquelle l'opération aurait été pratiquée , et des complications , de leur nombre , de leur nature , des constitutions atmosphériques, de li température, du régime des malades, des imprudences qu'ils peuvent commettre, de leur situation morale, du traitement interne qu'on leur fait subir, et de la manière dont l'opération aura été faite, de celle dont la réunion aura eu lieu, des accidens qui peuvent survenir, etc., etc. Toutes ces circonstances et beaucoup d'autres encore doivent certainement apporter de grandes différences dans les résultats ; et, par exemple, n'est-il pas tout naturel que ces opérations , praticjuées sur des militaires généralement jeunes et vigoureux, se terminent tout autrement que celles pratiquées dans les hôpitaux civils , où arrivent des malades pour la plupart épuisés par des travaux et des privations de toute espèce? Comment se fait il d'ailleurs qu à Londres, où le climat est moins salubrc que celui de Paris , la réunion immédiate y réussisse mieux? C'est sans doute parce qu'on sait mieux en faire usage. Concluons que l'influence du climat, tout en conservant son importance, ne mérite pas celle qu'on y a attachée, et qu'elle est à-peu-près la même pour la plaie , soit qu'on réunisse, soit qu'on ne réunisse pas. Assurons aussi , sans crainte de nous tromper , que la manière dont les lambeaux sont taillés et les vaisseaux liés, que la situation qu'on donne à la solution de continuité, que la manière dont on pratique la réunion, et enfin les moyens contentifs qu'on emploie pour l'obtenir apportent dans les résultats plus de différences que ne pourraient le faire les climats.
Quelques partisans timides de la réunion immédiate, tout en avouant son importance dans la majeure partie des cas , en repoussent l'application pour les plaies du cuir chevelu , parce que , di,seiit-ils , si l'adhésion n'a pas lieu et que le pus stagne au fond de la plaie , il s infiltrera , irritera les tissus , produira des fusées étendues , augmentera la dénudation et pourra enfin transmettre l'inflammation aux méninges; mais LamoLte^ Jean-Louis Petit, Richlcr , Callisen , Pott , etc., ont déjà fait justice de ces exagérations : ils ont prouvé par l'expérience que ces accidens sont bien plus à craindre quanil on ne réunit pas et qu'on bourre ces plaies de charpie. Oui , il faut, à leur exemple, réunir lors même que l'os est dénudé , parce qu'il arrive souvent que l'exfolialion sensible n'a pas lieu , parce que , dans tous les cas , la nécrose , si elle arrive , sera moins étendue et qu'on en sera quitte plus tard pour ouvrir les petits abcès qui se formeront. Au surplus, la peau du crâne se trouve dans des conditions de structure on ne peut plus favorables à la réunion; seulement on aura soin, si le cas le permet, d'éviter l'emploi des sutures, parce qu'il y aura moins de chances de voir survenir ces inflammations érysipélateuses , qui compromettent si souvent la vie des malades.
C'est par des raisons analogues qne Desault repoussait la réunion immédiate pour les plaies au niveau des cartilages : elle n'y a jamais lieu , disait-il , que d'une manière fort lente ; mais qu'importe, puisqu'elle y est possible?
Pelletan a encore objecté que , chez les sujets maigres, la peau étant généralement surabondante et flasque, on ne peut que très-difficilement mettre les bords en contact parfait , qu'ordinairement ils chevauchent l'un sur l'autre, et, qu'enfin, si on les tire en arrière pour mieux obtenir leur rapprochement , il
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reste entre eux et les chairs un vide dans lequel le pus se ramasse et produit des accidens. Mais la réponse est facile : si , en effet , les choses se passent comme le dit Pelletan , il n'y aura d'autre accident que la non-réunion , et la plaie se trouvera dans les conditions en faveur desquelles il plaide, c'est à-dire celles d'une plaie qui suppure. Après cela, nous le demandons, en quoi la méthode par adhésion aura-t-elle été nuisible ? Mais ce n'est pas tout : nous aurions pu justement nous refuser à la concession que nous avons faite, car quel que soit le degré de maigreur du sujet, on peut toujours , sinon par les bandelettes agglutinatives, au moins par les sutures, maintenir les lèvres de la plaie en un contact aussi complet que possible.
Après avoir parlé des prétendus inconvéniens de la méthode adhésive, disons quelques mois de ses avantages , ou plutôt , ce qui reviendra au même , opposons l'une à l'autre les deux méthodes.
Lorsqu'on réunit, on met en contact des parties analogues et de température égale , des surfaces recouvertes d'un liquide doux auquel elles sont déjà habituées, et qui, naguère, faisait partie d'elles-mêmes; l'action si iiiitante de l'air, des corps étrangers de toute espèce et des pièces de l'appareil ne peut évidemment avoir prise sur la plaie : de là , inflammation locale peu intense; de là, moindre chance d'étranglement ; de là , douleur moins vive et partant moins de réactions, moins de spasmes, moins de phénomènes nerveux enfin, et moins aussi de ces retentissemens funestes qui vont exciter les sympathies morbides des organes intérieurs, les associent aux dangers immédiats de l'opération et tuent brutalement celui-là même qui offrait les plus belles conditions de succès. Croirait-on , pourtant, qu'il est encore des chirurgiens qui accusent la réunion immédiate de produire le tétanos? Que leur répondre? rien, si ce n'est que l'accusation est fausse , que le fait est impossible. On ne peut que leur dire que si jamais elle est entrée pour quelque chose dans le développement de ce fatal accident , c'est qu'alors elle a été mal faite , c'est qu'on n'a pas conservé assez de peau , qu'on a réuni des parties contuses , meurtries , déchirées , qu'on a tiraillé les lèvres de la plaie, qu'on a laissé des corps étrangers ; bref, qu'on n"a pas observé les règles consacrées par le bon sens et l'expérience.
La réunion immédiate l'emporte , surtout sur la secondaire , par la simplicité des pansemens ultérieurs qui peuvent toujours être faits sans déterminer de douleur. On comprend aussi comment les froissemens étant bien moindres , il y a moins de chances de voir survenir ces hémorrhagies consécutives, qui quelquefois compromettent si gravement la vie des malades.
Pour les amputations surtout la méthode adhésive offre des avantages incontestables , et l'on conçoit à peine de nos jours la résistance de quelques chirurgiens du plus haut mérite. Souvent , en effet, les plaies les plus vastes guérissent avec une rapidité extraordinaire, et sont dans tous les cas réduites à la plus grande simplicité. Par la réunion secondaire, les tégumens et les muscles venant à se rétracter , l'os dénudé se nécrose , les déhorde dans une étendue variable , et le moignon devient conique. Mais ce n'est pas tout , car plus tard, et toujours après un temps fort long, lorsque la portion néciosée vient à se détacher , la peau ne peut plus s'allonger assez pour recouvrir le sommet du cône, et alors la cicatrice forcée de se faire par dessiccation , ne se consolide qu'avec peine et à la suite d'un re[)os long temps prolongé. Les moindres froissemens suffisent , en outre , pour amener des déchirures et des ulcérations interminables. Ajoutons que quelquefois , comme l'a vu Pelletan lui-même, la peau se recoquille en-dedans et favorise la stagnation du pus.
Dans les cas d'affaiblissement déjà existant, la réunion immédiate ne l'augmente pas , tandis que la secondaire , en déterminant une suppuration abondante, peut amener promptement le malade à cet état de dépérissement qui constitue le marasme et qui emporte un bon nombre d'opérés.
M. Lisfi-anc a justement observé , au sujet des diverses opérations tentées sur les veines variqueuses ( et l'on sait combien son opinion doit avoir de poids dans cette matière ) , que lorsqu'on laisse leur membrane interne au contact de l'air extérieur, elle s'enflamme avec la plus granile facilité; aussi a-t-il conseillé avec raison d'ensevelir les extrémités coupées au-dessous des tégumens, et de réunir la plaie par première intention.
Un autre avantage de la réunion immédiate est de préserver les plaies de la pourriture d'hôpital, et l'on sait quels cruels ravages cette redoutable complication est capable de produire. C'est une épidémie de ce genre qui a déterminé le célèbre Delf/ei h à couper les fils des ligatures près de leurs nœuds , et à réunir le plus immédiatement possible, à l'aide de la suture , toutes les plaies, sans en excepter celles des amputations. Dès ce moment, la pourriture n'a plus fait de nouvelles victimes , et bientôt elle a quitté tout-à-fait la localité que naguère elle ravageait. On comprend bien du reste un résultat pareil ; il est si naturel et si simple que tout le monde aurait pu le prévoir et pourtant (chose à peine croyable ! ) ,il est des chirurgiens cjui osent encore accuser la réunion immédiate de favoriser le développement de cette complication.
Nous avons annoncé que nous examinerions successivement la réunion immédiate dans ses diverses applications aux principales opérations , de manière à en présenter un tableau général , mais forcé que nous sommes de nous maintenir dans des limites fixées à l'avance, cet examen nous mènerait beaucoup trop loin , et nous devons y renoncer; nous le pouvons d'autant mieux qu'à chaque opération on a parlé déjà du mode de pansement le plus favorable.
Ph, J. Roux. Mémoires et ob.'^ervation.'i sur la réunion immédiate des plaies après l'amputation des membres dans leur conlinnité , Paris, 1814, in-S".
M. Serres. Traité de la réunion immédiate et de son influence sur les progrès récens de la ctiiiurgie dans toutes les opérations, 1830, in-8°.
Avary. De la réunion immédiate après toutes les amputations des membres , Paris , 1834 , in-4''.
J. L. Snnson. De la réunion immédiate, de ses avantages et de ses inconvéniens, Paris 1834, in-B".
( Ph. Fr. Blandin. )
ROSEOLE. 3. f. Dans la première édition de mon yraiié des Maladies de la peau, j'ai décrit, d'après Willan , sous le nom de roséole ^ plusieurs éruptions cutanées , aiguës , non contagieuses , fugitives , caractérisées par des taches rouges, diversement figurées .peu ou point préominentes et ordinairement précédées ou accompagnées de symptômes fébriles. De nouvelles observations m'ont démontré qu'il était impossible de distinguer plusieurs espèces de roséoles, généralement admises , de l'érylhème; en outre, j'ai pensé qu'il convenait de rechercher si une autre variété , dont les taches ressemblent assez bien à celles de la rougeoie {^roseola infantilis), et qui forme le type principal de ce groupe, n'était pas elle même une modification ou une variété de la rougeole sans catarrhe. Mais les faits ne sont pas assez clairs, ni mes idées assez arrêtées pour que j'ose détruire le groupe formé par Willan. Quoi qu'il en soit , voici les caractères qui ont été assignés , par cet auteur, à ces diverses éruptions dont l'existence ne peut être contestée, quel que soit le nom qu'on leur donne , et quelle que soit la place qu'on leur assigne dans une classification nosologique-
1°. Ruseola œsliva. Cette variété, quelquefois précédée d'une légère fièvre , apparaît d'abord sur les bras, la face et le cou; dans l'espace d'un h deux jours , elle est répandue sur le reste du corps et y produit un picotement et une vive démangeaison. Elle se montre sous la forme de petites plaques distinctes, plus larges , plus pâles et plus irrégulières que celles de la rougeole, séparées par des intervalles nombreux où la peau a sa couleur naturelle. D'abord rouges , elles prennent bientôt la couleur rose foncée qui leur est particulièie. Le pharynx présente la même teinte, et le malade éprouve en avalant une sorte de rudesse et de sécheresse dans la gorge. Le second jour l'éruption continue à être animée ; immédiatement après , son éclat diminue , de légères taches d'un rouge obscur persistent jusqu'au quatrième jour et disparaissent entièrement le cinquième ainsi que le dérangement de la constitution.
Quelquefois cette efïlorescence, bornée à certaines parties de la face et du cou , et à la partie supérieure de la poitrine et des épaules , se montre sous la forme de plaques très-légèremeut élevées, qui causent de violentes démangeai sons , mais ne produisent pas le fourmillement qui accompagne l'urticaire. La maladie dure au plus un septénaire. L'éruption parait et disparait quelquefois à plusieurs reprises, sans cause appréciable ou à la suite d'affections morales vives , ou bien après l'ingestion d'alimens épicés et de liqueurs échauffantes. La rétrocession de l'exanthème est ordinairement accompagnée d'un dérangement des fonctions de l'estomac, de céphalalgie , d un état de langueur et de lassitude que le retour de l'éruption fait disparaître sur-le-champ. Cette variété survient ordinairement , pendant l'été, chez les femmes douées d'une constitution irritable ; elle est quelquefois liée à des affections intestinales de la saison et semble représenter un état intermédiaire entre l'érylhème et l'urticaire, qui doit être combattu par une diète légère, des boissons acidulées et quelquefois par des laxatifs.
2o. Boseola a utumnalis. Cette variété attaque les enfans dans l'automne , et se montre sous la forme de taches distinctes , circulaires ou ovales , d'un rouge sombre et qui augmentent successivement d'étendue jusqu'à ce qu'elles aient acquis la dimension d'une pièce de vingt sous. Elles apparaissent principalement sur les bras et se terminent quelquefois par desquamation. Cette efïlorescence n'est accompag née que de peu de malaise et de démangeaison; c'est évidemment une variété d'érythème. M. Ant. Todd Thomson cite, d'après Bateman, deux cas qu'il rapporte à cette variété et qui furent accompagnés de symptômes fébriles très-graves.
3". Roseola annulata. Elle est quelquefois accompagnée de symptômes fébriles; alors sa durée est courte; dans ti'aiitres cas, il n'y a aucun dérangement dans l'ensemble des fonctions et l'éruption continue pendant un temps inditerminé. Elle paraît sur presque toutes les parties du corps sous la forme d'anneaux roses , dont les aires centrales ont la couleur ordinaire de la peau. Ces anneaux n'ont d'abord qu'une à deux lignes de diamètre ; ils s'élargissent progressivement et acquièi ent quelquefois jusqu'à un pouce et demi de circonférence. Le matin , l'efflorescence est toujours moins animée. Lorsqu'elle est chronique, elle est terne et décolorée ; elle s'avive le soir ou dans la nuit et produit de la chaleur, de la démangeaison ou des picoteraens à la peau ; si elle disparaît ou s'affaiblit, l'estomac se dérange, il survient de la langueur, des vertiges et des douleurs dans les membres, symptômes ((ui sont ordinairement calmés par un bain tiède. Lorsque l'éruption devient chronique , elle doit être combattue par les bains de mer et les acides minéraux. La description de cette variété tloit être ultérieurement fondue dans celle de l'érylhème annulalum.
4° Roseola infantilis. Dans cette variété, les taches laissent entre elles de plus petits intervalles de peau saine que dans la roseola œstiva. Lorsque l'éruption est générale, si ou ne tenait compte, pour établir le diagnostic, que de l'apparence de l'exanthème, on pourrait facilement la confondre avec la rougeole vulgaire. Underwood pense que cette erreur a été plusieurs fois commise ( On the diseuses of children , vol. 1 , p. 87). Cette variété de roséole attaque les enfans pendant la dentition , ou elle survient dans le cours d'affections intestinales ou fébriles ; quelquefois elle n'existe que pendant une seule nuit, ou bien elle apparaît et disparait successivement pendant plusieurs jours.
ROSÉOLE.
ROUGEOLE
accompagnée d'un dérangement des principales fonctions. Elle peut aussi se montrer successivement sur différentes parties du corps. Que cette variété soit une modijicaiion de la rougeole ou qu'elle en soit indépendante, elle doit être regardée comme le type du groupe roséole.
5". Roseola vai ioLosn. Désoleux et Valenlin ont décrit la roséole vnviolicjue sous le nom d'éruption anomale roiace ( Traité historique et f>ratique de l'inoculaiion , in-S" , p. 238). Diuisdale ( Th. ) a rapporté plusieurs exemples de roséole à la suite de la variole inoculée [Méiliode actuelle d'inoculer la petitevérole , traduit par H. Fouquet, 1772, p. 383 ). Cet exanthème survient quelquefois avant l'éruption de la petile-vérole naturelle ou de la petite-vérole inoculée , plus rarement avant la première. Dans la petite- vérole inocule'e, cette roséole parait une fois sur quinze. Le second jour de la fièvre éruptive, qui correspond au neuvième ou au dixième jour après l'inoculation, on aperçoit d'abord l'exanthème sur les bras, la poitrine et la face, et le jour suivant il s'étend sur le tronc et les extrémités. Les taches longues, irrégulières ou diffuses, laissent entre elles de nombreux intervalles. Plus rarement cette roséole est caractérisée par une rougeur presque générale et légèrement proéminente sur quelques points. Elle dure environ trois jours; le second ou le troisième les pustules varioliques peuvent être reconnues , au milieu de la rougeur roséolée , par leur élévation arrondie, leur dureté et la blancheur de leur sommet; aussitôt qu'elles apparaissent lefflorescence diminue. Elle a été regardée par plusieurs inoculateurs comme l'annonce d'une éruption discrète de petite-vérole. Mes observations, sur la petite-vérole naturelle, conformes à celles de Walker, me portent à penser précisément le contraire.
Cette éruption est difficilement répercutée par un air froid ou des boissons froides. Observée par les premiers écrivains qui ont décrit la petite- vérole , elle a été prise pour la rougeole : c'est ce qui leur a fait dire que la rougeole se convertissait quelquefois en petite-vérole. La roseola variolosa pourrait être rattachée à l'érythème.
6". Roseola vnccina. Cette efflorescence a lieu chez quelques enfans du neuvième au dixième jour après l'insertion du vaccin. Elle apparaît sous la forme de petites taches conQuentes, quelquefois diffuses comme celles de la roséole variolique. On l'aperçoit en même temps que l'auréole qui se forme autour de la pustule vaccinale ; delà elle s'étend irrégulièrement sur toute la surface du corps ; mais elle n'est pas aussi générale que celle qui survient apiès l'inoculation de la variole. Elle est ordinairement accompagnée d'une accélération du pouls et d'une vive anxiété ; comme" la prtcétlente, c'est une vaiiété de l'érythème.
7». Roseola miliaris. Willan dit que cette variété accompagne souvent une éruption de vésicules miliaires avec fièvre ; je ne l'ai point observée.
8». Roseola fehrilis. Dans les fièvres continues et dans les fièvres typhoïdes, Bateman a observé une efflorescence qui ressemblait à la roseola œstiva ou à la rougeole. Il a vu, dans la maison de convalescence, celte roséole survenir trois fois à la' fin d'une fièvre légère. Chez deux de ces malades l'éruption dura seulement deux ou trois jours ; chez le troisième , elle parut le neuvième de la fièvre, après un profond sommeil et une douce tianspiration. Les taches d'une couleur rose brillante , d'une forme ovalaire, légèrement proéminentes et unies à leur surface, développées sur les bras et la poitrine, étaient plus nombreuses à la partie interne des bras. Cette éruption n'était accompagnée d'aucune démangeaison , ni d'aucune autre sensation. Tous les symptômes fébriles s'apaisèrent le même jour, et le malade ne garda plus le lit. Le lendemain l'elflorescence s'était étendue, les taches étaient devenues larges et conQuentes; mais leur couleur , affitiblie surtout à leur centre, avait pris une teinte pourpre, tandis que les bords continuaient à être rouges , et légèrement élevés. Le troisième jour , toutes les taches avaient une tendance à devenir livides; et le quatrième, il en restait à peine des traces ainsi que des symptômes fébriles. L'histoire de cette variété pourrait être fondue dans celle de l'érythème.
9». Roseola rhumatica. 'Une efflorescence roséolée est quelquefois liée à des attaques de goutte ou de rhumatisme fébrile. Bateman a soigné un individu d'une constitution goutteuse, chez lequel une roséole accompagnée d'une forte fièvre, d'une extrême langueur , d'une anorexie complète et de constipation, exista pendant une semaine sur les extrémités inférieures, le front et une portion du cuir chevelu Le septième jour , cette éruption se termina par desquamation , et au milieu de la nuit les articulations du pied droit furent attaquées d'une inflammation goutteuse. J'ai vu des taches roséolées survenir vers la fin d'un rhumatisme. Sous le nom de pelliosis rhumatica , le professeur Schcenlein a aussi signalé cette variété à laquelle il assigne les caractères suivans : douleur plus ou moins vive des articulations et des extrémités , offrant des rémissions , changeant de siège, augmentant par l'influence du froid et s'apaisant par la chaleur du lit; frissons suivis d'une réaction fébrile plus ou moins prononcée, avec accélération du pouls et augmentation de la chaleur de la peau qui est sèche. Un état gastritiue léger avec perte de l'appétit , bouche pâteuse ou amère, enduit muqueux, blanchâtre ou jaunâtre de la langue, annonce le début de la maladie; vingt-quatre ou quarante-huit heures après, et souvent plus tard, apparaît une éruption particulière , qui commence toujours aux jambes et ne s'établit quelquefois que sur les membres abdominaux et le plus souvent se développe en même temps sur les bras et les épaules ; elle existe rarement sur le tronc et jamais à la figure. Cette éruption consiste eu petites taches isolées, arrondiiîs , de la grosseur d'un grain de millet ou d'une petite lentille , rarement proéminentes et d une couleur rouge foncé ou violacé, quelquefois noirâtre. Le nombre détaches est très-variable : ordinairement elles ne sont ni si nombreuses ni si rapprochées entre elles que les vésicules de la miliaire ou les taches de la rougeole. La fièvre cesse et les douleurs rhumatismales quit-
tent le malade ou perdent beaucoup de leur intensité an moment où celte éruption se déclare. Sous l'influence d'un régime et d'un traitement convenables, ces petites taches, dont le nombre peut augmenter par des éruptions répétées, pâlissent el la maladie se termine par une desquamation furfuracée. Si la marche de cet exanthème est troublée , soit par l'influence du froid et de l'humidité , soit par des applications répercussives , les lâches disparaissent tout-à-coup et les douleurs reparaissent plus aiguës qu'elles n'étaient au commencement de la maladie , les articulations se gonflent , les mouvemens deviennent douloureux et impossibles et la fièvre se rallume.
Cette maladie, observée à "Wurtzbourg , où les rhumatismes sont presque endémiques, et assez souvent funestes par leur complication avec la miliaire, attaquait les adultes , et plus souvent les hommes que les femmes. M. Fuchs dit que c'est en hiver et au printemps, sous l'influence d'une atmosphère froide et humide , qu'il a observé cette éruption.
Le traitement qu'on lui oppose à l'hôpital de Wurtzbourg, consiste dans l'administration du tartre stibié , s'il y a complication gastrique ; dans l'emploi du vin de colchique, si les douleurs rhumatismales sont graves, et dans l'usage des diaphorétiques , tels que l'acétate d'ammoniaque et la poudre de Dower, pour déterminer l'éruption. On ne permet que des boissons chaudes et adoucissantes ; le régime est simple et antiphlogistique.
Petzold , Nicholson et Hemming ont aussi observé des roséoles arthritiques. Enfin , le docteur Coak a donné la description d'une fièvre éruptive rhumatismale épidémique observée dans les Indes occidentales.
10». Roseola cliolerica . J'ai observé cette variété ilans l'épidémie de choléra asiatique, qui a régné à Paris en 1832. A la suite de la période de réaction il survenait chez quelques cholériques , surtout chez les femmes, une éruption qui apparaissait le plus ordinairement sur les mains et les bras , et s'étendait ensuite sur le cou , la poitrine , le ventre, les membres supérieurs et inférieurs. A son début, elle était caractérisée par des plaques , la plupart irrégulièrement circulaires, s'éloignant plus ou moins dans certains endroits de cette forme, d'un rouge très-clair , saillantes et peu prurigineuses. Très-nombreuses sur les mains , les bras et la poitrine, elles l'étaient moins sur d'autres régions ; sur quelques points elles étaient trè-^-rapprochees et tendaient à se confondre ; entre ces diverses plaques, la peau était saine et formait des ilols blancs et irréguliers • quelquefois l'éruption à son summum était disposée en plaques plus ou moins rapprochées , qui formaient une rougeur ou nappe assez analogue à la scarlatine légère ; sur d'autres points l'aspect de l'éruption se rapprochait davantage de celui de la rougeole, et quelquefois de l'urticaire. J'ai vu cette éruption compliquée d'une inflammation du pharynx et des amygdales, et sa disparition suivie d'une aggravation des symptômes, et même de la mort. Sur la poitrine les taches devenaient quelquefois confluentes et donnaient lieu à des plaques de la largueur de la main, saillantes et assez bien circonscrites. L'éruption prenait ensuite une teinte rose-terne ; à peine pouvait-on en découvrir les traces sur la peau , dans certains points celle-ci était d'un jaune clair. Vers le sixième ou le septième jour , l'épiderme se fendillait et se détachait en écailles très-larges sur les points où l'éruption avait existé. (Duplay , Mémoire sur la roséole consécudve au choléra : Gnz-^ lté de santé j in-4", p. 583, Paris, 1832 )
J'ai déjà indiqué les principales recherches faites sur la roséole , en décrivant les variétés de cet exanthème. Orlov(A. S.) (Programma de rubeolarum et morbillorum discrimine, Kœnisgberg, 1785 , in-d»), Seiler [Diss. de morlillos intérêt ruheolas dfferenlia -vera , in-4o . Wittenberg , 1805)' Heim (Journ. de méd. de Hiifclnnd , \S\2) et Stromeyer { Aug.-Ern. -Philip. ) De rubeolarum et morbillorum discrimine , in-4" , Gœtling, 1816), se sont attachés à taire ressortir les caractères qui le distinguent de la rougeole et de la scarla tine. Il n'est pas aussi facile d'établir une ligne de démarcation entre la roséole et l'érythème. Sans doute on ne peut confondre l'érythème papuleux , sans fièvre, borné au.x mains, et ses plaques saillantes et bien circonscrites , avec les taches de la roséole , plus ou moins étendues et non proéminentes, répandues en nappe sur presque toute la surface du corps et survenues après un mouvement fébrile analogue à celui des fièvres éruptives. Mais si ou compare un certain nombre de faits particuliers d'érylhème et de roséole, on verra qu'il existe entre ces deux affections plusieurs points par lesquels elles se touchent et se fondent l'une dans l'autre : que l'érythème devienne plus général , que ses taches soient un peu moins proéminentes ou bien que les plaques de la roséole par une violence plus grande de l'inflammation , deviennent légèrement saillantes , et les apparences de ces deux exanthèmes se confondent. Ainsi les éruptions cholériques offrent à leur dtibut plusieurs caractères qui les rapprochent de l'érytliema papulatum : elles les perdent bientôt pour revêtir ceux de la roséole. Enfin, la roséole annulaire et la rosco\e automnale , dont la marche peut être chronique, doivent être évidemment rattachées à 1 erythème. Sydenham ( Op. méd. sect. v. cap. 1 , ) pensait que la roséole était une variété de la rougeole ; d autres ont supposé qu'il existait entre la première et la seconde la même analogie qu'entre les variolœ s/juriœet les variolœ verœ ; d'autres enfin tels que F. Hoffmann { Oper. , t. ii ) , Borserii (Lisliiution. médic. vol. i ' p. 3 , f. 382) , Selle ( Pjrelol. melliod. p. 171 ) ; "Willan {On cutan. d'iseases) ' se sont attachés à prouver que la roséole représentait un état morbide particulier, distinct des autres e.x.inthemes. ^^p, Rayer )
ROUGEOLE, s. f. (Rubeola ; morbilli). La rougeole est une fièvre éruptive , exanihémateuse et contagieuse, précédée de frissons, accompagnée de larmoiement, d'éternument , de toux férine , et caractérisée extérieurement par de petites taches rouges de la dimension des morsures de puces , proéminentes sur les points où les follicules sont saillans . séparées par de petits inter-
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stices in égiiliers où la peau conserve sa teinte naturelle, formant ensuite parleur réunion de petits croissans qui s'affaissent vers le septième ou le huitième jour , à dater de l'invasion , et sont ordinairement suivies d"une desquamation furfuracée. La rougeole présente plusieurs vai-iétés : 1 Bub. vulgai-is : 2 Rub. sine catan ho sii'a spuria; 3 Rub. nigra ; 4 Fcbris morbillosa ; 5 Rub. anomala ; 6 Rub. maligna.
§ I. Rougeole vulgaire ( MorbilU benigni ; regulares). La rougeole vulgaire oi'lre trois stades. stade (stadium contagii , Rosen \ apparatns efflorescentice , Moiton). La rougeoie vulgaire débute par des alternatives de frisson et de chaleur, par du malaise , des lassitudes dans les membres, de l'abattement, et par un sentiment de douleur et de pesanteur dans les yeux et le front , accompagné d'un penchant au sommeil et à l'assoupissement. Bientôt le pouls s'accélère, la peau devient chaude, la surface de la langue blanchit , ses bords et sa pointe sont d'un rouge animé, la soif se fait sentir, des nausées et quelquefois des vomissemens se déclarent, et l'épigastre est parfois douloureux. liK deuxième jour de l'invasion tous ces symptômes se prononcent de plus en plus; les yeux iteviennent rouges et larmoyans, le malade éternue souvent ; il éprouve du prurit dans les fosses nasales, de l'oppression , un sentiment de pesanteur à l'épigastre , et un écoulement de mucus limpide se fait par le nez. La gorge est légèrement douloureuse, une toux plus ou moins violente se manifeste, et chez les très-jeunes cnfans rassoii|)issement et même des convulsions passagères se joignent quelquefois à ces phénomènes. Le iroifièmej'our , l'intensité des symptômes va toujours croissant , les yeux deviennent plus sensibles et enflammés, les paupières et leurs bords libres paraissent un peu tuméfiés; une toux sèche et fréquente, de l'enrouement et de la dyspnée, un sentiment de constriction il la poitrine, parfois de l'anxiété , de l'assoupissement ou du délire, un vomissement ou de la diarrhée chez les enfans peiulant la dentition , ou des sueurs abondantes d'une odeur particulière et douceâtre précèdent l'apparition de l'exanthème , qui se déclare ordinairement le quatrième jour de l'explosion des premiers symptômes, le quel peut correspondre aux dixième, onzième, douzième, treizième et quatorzième jours de l'iufectiou. — 2<^ stade ( sta/.us inorbi , Moiton; stadium eruplioiiis). De petites taches rouges, distinctes, presque circulaires , peu proéminentes , delà forme et de la dimension de morsures de puces , apparaissent d'abord sur le front , le menton , le nez , les joues et autour de la bouche, et se répandent successivement, dans la journée même ou le lendemain , sur le cou , la poitrine et les membres. Cette éruption est presque toujours accompagnée de démangeaison et d'une vive chaleur à la peau. La plupart de ces petites taches circulaires sont bientôt remplacées par de plus larges, et sont quelquefois disposées en grappes ( rub. corymbosa ) qui ne sont pas exactement dessinées, mais qui se rapprochent de la forme d'un croissant ou d'un demi-cercle { racemalim coalescuitt , Sydeuham ). Ces deux espèces de taches se fondent dans la peau , et ne donnent pas sous le doigt la sensation d'une surface inégale et proéminente. Les taches demi circulaires sont produites par la réunion des petites taches arrondies dont nous avons parlé ; les petits points qui les forment peuvent être quelquefois comptés sur les cercles cjui sont séparés les uns des autres par des interstices où la peau conserve sa teinte naturelle. La couleur de ces petites taches est moins animée que celle qu'offrent les tégumens dans la scarlatine : il suffit de temlre la peau pour faire disparaître la rougeur, tant elle est superficielle. On remarque quelquefois à la surface de la peau de petites élevures papuleuses roses , qui , lorsqu'elles sont très-multipliées , donnent à l'éruption un aspect particulier ( rougeole boutonnée ). Sur le visage cette teinte rouge est à son summum , vers le cinquième jour; le sixième ces taches commencent à s'atTaisser et à s'affaiblir; en même temps celles qui sont situées sur d'autres régions du corps deviennent plus foncées et plus nombreuses. Le quatrième jour de l'invasion , on distingue aussi quelquefois sur la luette et le voile du palais de petites taches d'un rouge obscur , semblables à celles que l'on observe sur la peau. Le cinquième jour elles deviennent confluentes. Cette légère inflammation occasionne au malade une sensation de sécheresse et d'aspérité dans le pharynx , elle s'étend au larynx et aggrave l'enrouement qui s'était manifesté dès les premiers jours. Dès que l'éruption est achevée , la fréquence du pouls , la chaleur , la soif, la rougeur des yeux , le coryza , le mal de gorge , etc. , diminuent considérablement rl'inlensité , et même disparaissent quelquefois complètement. L'oppression el la toux , seules, persistent chez quelques individus, les nausées et les vomissemens cessent même dès le quatrième jour , et la chaleur, l'oppression, l'insomnie, disparaissent ordinairement vers le sixième. — 3^ stade { crisis , declinatio vel desquamalio ). Le quatrième jour de l'éruption , c'est-à-dire le septième ou le huitième de l'invasion, les taches de la rougeole commencent à pâlir dans l'ordre de leur apparition , et prennent alors une teinte jaune-pâle. Ces taches jaunâtres sont plus fixes que la rougeur à laquelle elles ont succédé : on ne peut les faire disparaître en tendant la peau. Bientôt l'épiderme se détache en très-petites lamelles furfuiacées sur les parties où la rougeur a disparu; la peau, devenue sèche et quelquefois rugueuse, est le siège d'une démangeaison fort désagréable jusqu'au dixième ou douzième jour. Quelquefois, cependant, la desquamation est nulle ou insensible, au moins sur quelques régions du corps ou sur plusieurs taches. A cette époque , les symptômes de 1 inflammation des voies aériennes diminuent graduellement; l'expectoration, toujoiu's nulle chez les enfans à la mamelle, est rare chez les adultes dans celte variété ; dans des cas moins simples , la toux et l'expectoration se prolongent pendant la convalescence.
§ II. Rougeole sans catarrhe. Dans des épidémies de rougeole , Willan a remarqué qu'un certain nombre de malades présentaient une éruption dont les apparences extérieures et la marche étaient les mêmes que celles de la rougeole
vulgaire , dont elle difTérait en ce qu'elle n'était point accompagnée de fièvre , de catarrhe ou d'ophthalmic (rubeola sine calarrho ; spuria vel incocta). Il ajoute qu'un intervalle de quelques mois ou même de deux ans s'écoulait quelquefois entre cette éruption et le développemeni de la rougeole vulgaire, qui, le plus souvent, se manifestait trois ou quatre jours après l'éruption non fébrile. Ce fait , je l'ai vérifié plusieurs fois , et je l'ai vu accompagné de circonstances qui établissaient encore mieux la nature morbilleuse de ces éruptions. Ainsi , j'ai vu plusieurs enfans d'une même famille , habitant le même appartement , couchant souvent dans la même chambre, être atteints d une rougeole catari hale fortement dessinée , hors un seul d'entre eux, dont la maladie offrait les symptômes du premier stade de la rougeole et ceux de l'éruption, moins les phénomènes de la bronchite. Ces rougeoles sans catarrhe, considérées comme effet d'une cause épidémique , sont-elles les analogues des varicelles observées dans les épidémies de variole ? Il est difficile de distinguer les rougeoles sans catarrhe de certaines roséoles, autrement que par leur cause : toute distinction entre elles est impossible lorsqu'elles sont sporadiques. ( Koj'. Roséole.)
§ III. Sous le nom de rubeola nigra, Willan a indiqué un aspect peu ordinaire de la rougeole, dont l'éruption , vers le septième ou le huitième jour , à dater de l'invasion, devient tout-à-fait livide, avec une teinte jaune. Cette variété, accompagnée de langueur et d'accélération du pouls, a été principalement observée chez les personnes d'une constitution faible. Le docteur A. ïodd Thomson a vu chez un enfant de huit ans , atteint de cette variété , l'épiderme s'enlever comme une toile d'araignée humide , lorsqu'on pressait le poignet pour tàter le pouls. J'ai vu plusieurs exemples de ces rougeoles noirâtres chez des enfans atteints de tubercules pulmonaires et de cœco-colites chroniques , et qui étaient épuisés par la diarrhée et par la fièvre hectique. La plupart des taches de la rougeole ne s'effaçaient pas par la pression du doigt ; et, lorsque l'existence de ces enfans se prolongeait quelques jours au-delà de la durée ordinaire de la rougeole , la peau présentait des taches morbilleuses qui différaient de celles du purpura simplex par leur forme et leur distribution , mais qui offraient, comme elles, des teintes variées, brunes, jaunâtres, ou d'un gris sale , suivant le degré de résorption du sang déposé dans la peau.
J'a^rapporté , dans la 2e édition de nom Traité des maladies de la peau , une observation bien propreà faire connaître une autre variétéde rougeole noire ou tiéinorrhagique , dans laquelle la plupart des lâches sont d'un rouge vineux, et ne disparaissent pas non plus par la pression. Cette variété ne paraît pas liée , comme la précédente, à un affaiblissement de la constitution par des maladies antérieures ; je l'ai observée chez des imlividus forts et bien constitués. A cette occasion , je ferai remarquer que , dans la rougeole vulgaire , si on examine avec soin et avec précaution la surface du corps , on distingue presque toujours un certain nombre de taches plus ou moins foncées, qui ne disparaissent pas complètement par la pression et qui deviennent jaunâtres, et s'effaceut plus lentement que les autres dans la convalescence.
§ IV. Rougeole sans éruption ( Febris morbillosa ). Cette variété , non moins remarquable que les précédentes , a été observée dans les épidémies de rougeole. Sydenliam fait mention de rougeoles anomales ( 1674) et d'une Jièvre morbdleuse qui régnait dans le même temps , et qui était caractérisée à l'extérieur par une éruption de taches sur le cou et sur les épaules , imitant celles de la rougeole, dont elle difFcrait en ce que, dans celle-ci, l'éruption était répandue sur tout le corps. Grégory va plus loin : il affirme avoir observé des rougeoles sans éruption. IM. Guersent a vu également , dans des familles où régnait la rougeole, quelques individus présenter tous les symptômes de cette maladie , hormis l'exanthème. J'ai plusieurs fois observé des rougeoles dont l'éruption était incomplète, et qui pouvaient être rattachées à la fièvre morbilleuse de Sydenham ; mais je n'ai point vu de faits semblables à ceux indiqués par de Haen , Grégory et M. Guersent , quoique mon attention se soit portée sur ce point depuis quelques années. La grippe et quelques variétés de bronchite régnent quelquefois avec la rougeole.
§ 'V. Rougeoles anomales et compliquées ( Rub. anomalce ). Chez les enfans qui ont la peau fine et délicate, l'exanthème de la rougeole apparaît quelquefois partiellement dès le troisième jour ; souvent il ne se manifeste pas avant le cinquième ou le sixième sur les individus qui ont la peau brune et épaisse ; ses progrès sont quelquefois entravés ou arrêtés par l'exposition au froid ou par un usage intempestif des purgatifs. Une petite fille atteinte de rougeole, éprouvant du prurit dans les fosses nasales , on crut qu'elle avait des vers. Après l'administration d'un purgatif, l'éruption disparut tout-à-coup et ne put être rappelée. Cette rétrocession de l'exanthème estsouvent accompagnée de douleurs intestinales, de diarrhée, de difficulté de respirer, de délire, de convulsions, etc. Dans d'autres circonstances, l'éruption paraît sur les bras, après avoir été observée à la face , ou bien ne se propage point sur les membres qui ne présentent pas une seule tache dans toute leur étendue.
Chez les enfans nouveau-nés , des éruptions papuleuses semblables au strophulus ; chez des malades de différens âges , de petites vésicules analogues à celles de la miliaire , les bulles du pemphigus , des pétéchies, des pustules accidentelles , les pustules de la variole naturelle ou inoculée , des épistaxis, des inflammations vives des paupières , des affections cérébrales, des inflammations plus ou moins graves , telles que le croup, la bronchite, la pneumonie , la cœcocolite, etc., en s'associant à l'éruption de la rougeole, donnent à cette maladie une foule d'expressions symptomatiques dont il faut chercher le modèle dans les observations particulières. Lorsque la diarrhée se déclare dans le cours d'une rougeole, c'est quelquefois un symptôme grave, surtout si elle est accompagnée de toux et d'agitation. Dans la convalescence, ces diarrhées , suivant leur nature ,
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eur durée et leurs efiets , peuvent être dangereuses ou salutaires. Les convulsions sont un accident assez fréquent pendant la dentition , et souvent suivi d'une
erminaison mortelle.
La rougeole peut exercer une influence salutaire sur des inflammations chroniques de la peau. J'ai soigné, à l'hôpital Saint-Antoine, une jeune fille atteinte d'un eczéma chronique de ia face, du cuir chevelu et des oreilles , et qui en fut guérie par une forte éruption de rougeole. D'un autre côté, M. Alibert rapporte l'observation de deu.'s enfans affectés d'eczéma iuipétigineux du cuir chevelu {achor mucijluns ), et qui ayant contracté la rougeole , furent tout-h-coup débarrassés des achores , et ne tardèrent pas à succomber. Dans quelques cas , la rougeole a paru provoquer le développement des tubercules pulmonaires; souvent aussi elle en hâte les progrès (Andral. Clinique méd. , première édition,,t. m, p. 49). Lorsque la rougeole est contractée en même temps que la variole, ordinairement la rougeole se développe la première et suspend alors la marche de l'éruption variolique. Vieusseux rapporte un exemple contraire.
§ VL Maladies consécutii'es (moj-bi secundarii). Penààni la convalescence, on observe sur le dos , les aines ou les membres inférieurs , tantôt des pustules semblables à celles de l'ecthyma , ou bien des pustules accidentelles moins volumineuses, éparses sur les pieds , les jambes , les cuisses ou le scrotum. Dans d'autres circonstances , ce sont des inflammations chroniques des paupières et de leurs bords libres, ou delà conjonctive; des éruptions vésiculeuses sur le pavillon de l'oreille , des engorgemens chroniques des ganglions lymphatiques sous-cutanés; ce sont , enfin , des bronchites , des toux opiniâtres analogues à la coqueluche, des cœco-colites , des pneumonies, des pleurésies, etc., que leur cause spéciale rend souvent plus rebelles que des affections inflaninialoires, ayant même siège et même étendus , mais produites par d'autres influences. La rougeole est quelquefois suivie de phtbisie, comme. F. Hoffmann l'avait déjà reraurqué.
§ 'VII. Obserwations anatomiques. 'Vogel avait placé le siège de l'hexanthèmedela rougeole dans répiderme. Des recherches plus exactes ont démontré que la
rougeole affectaitspécialement la membrane muc[ueusedes voies aériennes, et le corps réticulaire de la peau qu'on trouve injectés chez les individus qui ont succombé à cette maladie. Les caractères anatomiques des inflammations morbilleuses , la rougeur et la sécrétion des bronches ou de l'intestin , ne diffèrent pas sensiblement de ceux que l'on observe à la suite d'autres inflammations non spécifiques des mêmes parties. Laennec présume que l'orthopnée suffocante qui emporte quelquefois les enfans à la suite de la rougeole, est le résultat d'un œdème idiopalhique du poumon. J'ai vu cette difficulté de la respiration produite par une broitchile pseudo- membraneuse très-intense et raor- '■elle. Dans les rougeoles anomales ci compliquées , on trouve des lésions variées suivant les parties affectées ; quelquefois aussi la mort ne peut être expliquée par les altérations des solides observées à l'ouverture des cadavres.
§ VIII. Causes. La rougeole sporadique ou épidéniique est produite par une cause spécifique, dont la nature est inconnue et qui n'agit , eu général , qu'une fois sur un même individu. Celte ma'ladie se transmet facilement parmi les personnes qui habitent une même maison. Cependant, une certaine disposition à la contracter est tellement nécessaire, qu'on voit des individus résister à l'influence d'une première épidémie et être atteints dans une seconde. Tozetti, Schack, de Haen, Meza, assurent qu'ils ont observé plusieurs fois la rougeole sur un môme individu, tandis queRosenstein aflirme que, dans une pratique de quarante ans , il n'a pas vu une seule récidive. Bateman en admet la possibilité d'après le docteur Baillie. Dans une lettre écrite à G. L. Targioni {Avisi sopra la salule umana , vol. vu, Lilt. al sign. dodo lig. Targioni, p. 267-272) , Genovesi dit avoir examiné dans la pandémie rubiolique qui eut lieu en 1787 , dans la ville de Santa-Cruz , quarante-six individus , tant hommes qu'adultes, affectés de nouveau de la rougeole, quoiqu'ils l'eussent eue quelques années auparavant. Dans l'épidémie qui régna à Vire, en 1777 , Duboscq de la Uoberdière eut occasion de traiter , de cette maladie éruptive, plusieurs enfans qu'il en avait guéris en 1773. Depuis la publication de la première édition de mon Traité des maladies de la peau , j'ai observé trois exemples très-remarquables de ces récidives; un est celui d'une petite fille de sept ans, qui, trois mois après une rougeole bien caractérisée , fort grave et compliquée d'une pneumonie, a éprouvé une nouvelle attaque de rougeole , avec catarrhe , toux enrhumée etférine, et qui a été suivie d'une ophthalmie morbilleuse très-rebelle. M.Guersent a observé de semblables récidives.
Quelques individus peuvent avoir de fréquentes communications avec des malades affectés de rougeoie sans en être atteints. Une jeune femme, ayant contracté cette maladie, sa fille aînée la prit trois semaines après , et sa fille cadette , âgée de huit ans , qui jour et nuit habitait avec sa sœur, n'en fut point attaquée. Toutefois, le nombre des individus qui paraissent ne pas être aptes à contracter la rougeole, est comparativement moins considérable que celui des personnes non vaccinées chez lesquelles la variole ne s'est jamais déclarée. Borsieri va jusqu'à dire , qu'à peine existe-t-il une personne qui en soit exempte. La rougeole attaque tous les âgf>s, et se développe dans tous les climats. P.~1M. d'Anghiera ( De rébus oceanicis et orbe nova , decad. iv, cap. x , f. 62 ) , dit qu'elle n'existait pas dans le nouveau monde et qu'elle y a été importée en 1518.
On l'observe ordinairement chez les jeunes enfans , quelquefois chez les adultes, très-rarement chez les vieillards. Vogel et d'autres assurent que des enfans en ont offert des traces à leur naissance. Elle attaque les enfans plus souvent après qu'avant la première dentition. M. Baron a remarqué que l'angine et les affections cérébrales étaient les complications les plus ordinaires de DiCT. DE Médecike et ds Chirtjrgie pratiques.
la rougeole chezles enfans à la mamelle. Elle se communique par le contact ou par infection ; elle peut être aussi produite par l'inoculation du sana: des personnes qui en sont affectées , ainsi que l'établissent les expériences de F. Home , vérifiées par Speranza , dans une épidémie de rougeole qui a régné à Milan , en 1822. Ce dernier a inoculé d'abord six jeunes garçons de la Maison de travail ; la maladie a été communiquée et a suivi une marche régulière et très-bénigne. Cette expérience a été répétée par d'autres praticiens, et par Speranza, dans plusieurs autres circonstances et avec un succès complet. On faisait avec une lancette une très-légère incision sur une des plaques rubéoliques les plus larges et les plus enflammées , de manière à ce que la pointe de l'instrument fût teinte de sang. On pratiquait des piqûres sur le bras de l'individu sain, et on les recouvrait d'une bande. Les effets de l'inoculation se manifestaient ordinairement au bout de quelques jours. Alex. Monro (De ven. Ijmphat. valvulosis , in-8°) Berolini, YlWl ^ p. 58) , et Looke {Gentlem. Magaz. 1767 , p. 163), ont inoculé la rougeole avec l'humeur lacrymale et la salive recueillis sur des individus atteints de cette maladie. Dewees rapporte , d'après Chapman , que des essais de ce genre ont été inutilement tentés , en 1801 , au dispensaire de Philadelphie , et, cependant, le sang, les larmes, le mucus nasal et bronchique, et les lamelles exfoliées de l'épiderme, furent successivement employés. Je n'ai point répété ces expériences.
La rougeole règne le plus souvent d'une manière épidémique à la fin de l'hiver, et au commencement du printemps. L'épidémie de rougeole observée en 1671 , à Londres , par Sydenham , et celle qui régna à Upsal, en 1752, décrite par Rosen , fui-ent bénignes : des rougeoles anomales et malignes régnèrent à Londres, en 1674; l'épidémie observée en 1741 , à Plymouth, par Huxham , était souvent compliquée de pneumonie. Wastonavu dans l'hôpilal des enfaiis- Irouvés . à Ijondres , en 1763 et 1768, deux épidémies de rougeoles putrides ; des rougeoles très-graves, compliquées de miliaire , furent observées à Vire, et décrites par Polinière, et par le Pecq de La Clôture, en 1772 et 1773. Les rougeoles qui régnèrent à Paris, en l'an vi , étaient compliquées d'affections abdominales ; en l'an vu, elles étaient quelquefois associées à la scarlatine. Dans une épidémie de rougeole , observée à la fin de 1800, et au commencement de 1801, par Consbruch [f^ermisclite prakiische Bermerkungen , Hufeland, Journ. des Praklischen Heilkunde, B. xiii. St. .3, S. 311 ), quelques enfans furent atteints de Jièures morbilleuses sans éruption. Ils avaient une fièvre violente, avec tous les symptômes catarrhaux qui accompagnent la rougeole , puis il survenait une éruption à peine visible, qui disparaissait rapidement, ou seulement une sueur abondante , ou une diarrhée, ou une évacuation extraordinaire d'urine ; chacune de ces évacuations avait quelque cho«e de spécial ; c'était évidemment , dit-il , des fièvres morbilleuses qui avaient été précédées de Vinjluenza et de la coqueluche. En étudiant comparativement ces épidémies et un grand nombre d'autres, dont l'histoire nous a été laissée, on voit que la plupart ont offert un caractère particulier de bénignité ou de malignité , et que presque toutes ont été précédées d'affections catarrbales, de coqueluches, de grippes ou à'injluenzo , maladies anciennement indiquées comme les préludes des constitutions morbilleuses ; enfin , elles ont quelquefois succédé à des épidémies de variole. Dans l'année 1833 , nous avons observé, à Paris, cette succession signalée par Slôik et de Haen. J'ai vu plusieurs enfans qui, après avoir éprouvé pendant quinze jours une véritable toux férine, ont ensuite été atteints de la rougeole.
§ IX. Diagnostic. Dans le stade de la contagion ou de Vejjferfescence , l'existence de la rougeole peut-être présumée , si la fièvre est accompagnée de rougeur des yeux , de larmoiement, de coryza humide , d'éternument , de douleur et d'ardeur dans la gorge , tie toux sèche et fatigante , de somnolence ; s'il règne une épidémie de rougeole , si le malade n'en a point été atteint antérieurement, si sa famille en est affectée, pu s'il a eu des rapports avec des personnes infectées. Au début de l'éiuplion, le diagnostic n'est pas encore certain ; les petites taches rouges par lesquelles s'annonce la rougeole, tant qu'elles sont isolées, ressemblent beaucoup à celles de la variole; mais elles ne tardent pas à être disposées en petits arcs {in raccmos collectœ , Foreest), et si elles sont ordinairement peu élevées et comme papuleuses, sur la face et le front, elles offrent l'apparence de véritables taches sur la poitrine et sur les membres, bien distinctes des élevures de la variole , qui plus tard deviennent de véritables pustules. La rougeole offre des caractères qui la distinguent suffisamment des autres exanthèmes , et en particulier de la scarlatine. Dans cette dernière maladie la rougeur est en nappe égale et continue, ou du moins ses taches, analogues aux surfaces érysipélateuses , sont beaucoup plus larges que celles de la rougeole, qui laissent entre elles de petits intervalles irréguliers, où la peau conserve sa couleur naturelle. Cependant , lorsque la rougeur et la tuméfaction des joues sont très-prononcées dans la rougeole, elles peuvent obscurcir ou masquer sur le visage, la forme particulière de l'exanihème morbilleux qui est mieux dessinée sur d'autres régions du corps. Enfin , dans la plupart des rougeoles, il y a toux férine, et quelquefois expectoration de crachats pai ticuliers ; tandis que , dans la scarlatine, la langue , la bouche et la gorge sont ordinairement d'un rouge vif, sans toux et sans expectoration. Dans la scarlatine, la desquamation de l'épiderme s'opère en larges lambeaux, surtout à la paume des mains ; elle est furfuracée dans la rougeole. La rougeole diffèie de la roséole (ïété , moins par la forme de l'exanthème, qu'en ce qu'elle est ordinairement accompagnée de larmoiement , de toux, d'altération de la voix, etc. Il est plus difTicile de distinguer la rougeole , et surtout la rougeole sans catarrhe, des éruptions que Willan a réunies sous le nom de roséoles, (f^oyez Roséole.)
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L'existence d'un exanthème, dans Ja rougeole vulgaire , ne permet pas de la confondre avec le catarrhe pulmonaire ordinaire, ou avec la grippe. A la fin de sa durée, le calarihe niorbilleux donne quelquefois lieu à une expectoration particulière , qui a fixé l'attention de M. Lerminier et de M. Andrai. D abord niuqueux, clairs 'et limpides , au bout de trois à quatre jours, les cmchats deviennent épais, arrondis , lisses à leur surface , d'une couleur jaune-verdâtre , parfaitement isolés les uhs des autres et surnagent à une grande quantité de mucus glaireux et transparent, comme les crachats de quelques phlhisiques. Bientôt ces crachais sont remplacés par d autres qui adhèrent au fond du vase, semblent formés d'un mucus grisâtre , homogène , mêlé d'air et de salive , et qui ressemblent aux crachats ordinaires du catarrhe chronique. Chez les jeunes enfans , l'expectoration est nulle ou peu abondante et beaucoup de rougeoles ne sont pas accompagnées d'expectoration.
Quant aux catarrhes morbilleux (rougeoles sans éruption) qu'on a observés dans des épidémies de rougeole , et qui sont produits par la cause spécifique de cette dernière, ils présentent, pendant la vie , quelques caractères propres à les distinguer des inflammations ordinaires des voies aériennes: la toux est sonore, d'un timbre particulier, férine et enrhumée; les crachats sont quelquefois nummulaires , et la durée de cette affection catarrhale est analogue à celle de la rougeole vulgaire. J'ignore si l'humeur ou les émanations d'un catarrhe morbilleux, sans éruption, peuvent donner lieu au développement d une rougeole avec exanthème ; ce qui constituerait un caractère important. Dans la rougeole, il faut en outre , par une exploration attentive des organes de la digestion et de la respiration déterminer l'étendue et l'intensité des inflammations internes qui accompagnent l'exanthème; et en particulier le degré de celles de la membrane muqueuse gastro-pulmonaire.
Les ophihalmies morbilleuses se manifestent ordinairement avant le développement de l'exanthème. Elles sont humilies et séreuses , et suivent la marche de la maladie principale. Chez les enfans faibles ou scrophuleux, elles acquièrent souvent une nouvelle intensité dans le décroissement de l'éruption. Quant aux ophthalmies qui surviennent plus tard , elles sont plutôt dues aux écarts de régime, aux refroidissemens , etc , qu'à la cause spéciale de la rougeole.
§ X. Pronostic. Les épidémies de rougeole , souvent bénignes dans les saisons et les climats tempérés, sont plus meurtrières dans les pays chauds ou très-froids. Toutefois, la même ville ou le même canton, à des époques différentes , peuvent être le théâtre d'épidémies de rougeoles bénignes ou meurtrières. L'épidémie de 1670, observée à Londres, par Sydenham , fut bénigne; celle de 1674 fut remarquable, au contraire, par la fréquence de la complication de Texanthème avec la pneumonie. La rougeole bénigne et régulière ne doit inspirer aucune crainte, surtout lorsque les symptômes généraux s'amendent après l'éruption.
La régularité de lu marche de la maladie , le peu d'intensité des inflammations gastro-pulmonaires et de la fièvre, la moiteur générale de la peau , lors du développement de l'exanthème, une égale répartition des taches sur la face, le tronc et les membres , sont des signes favorables Tissot assure que des évacuations considérables par la sueur, les urines et les selles ,dans le cours de la maladie, sont d'un bon augure. J'ai vu des convalescences très-promptes, sans que ces évacutions aient eu lieu , et des diarrhées plus nuisibles qu'utiles. Les prodromes de l'éruption sont en général plus graves chez les enfans , surtout pendant la dentition. La maladie est plus dangereuse chez les femmes enceintes ou nouvellement accouchées, chez les individus pusillanimes ou chez ceux qui sont déjà atteints depuis long-temps d'une affection chronique de quelque viscère et notamment de tubercules pulmonaires; cependant, en général, la gravité de l'exanlhème est subordonnée à l'intensité des lésions internes qui l'accompagnent ou qui lui succèdent. L'éruption delà rougeole , avant le troisième jour ; son apparition tardive , irrégulière ou incomplète ; sa disparition brusque; la rougeur plombée des taches ; le développement des pétéchies avec une forte dyspnée , sont des symptômes graves. Ils indiquent souvent des pneumonies dont l'existence est facile à reconnaître par l'auscultation et la percussion de la poitrine. Quant à la teinte livide ou noirâtre des taches , elle n'aggrave point le pronostic dans certaines rougeoles hémorrhagiques , qui ne présentent d'ailleurs que les symptômes de rougeoles vulgaires. La disparition de l'éruption par l'impression du froid peut être suivie de métastases graves et quelquefois de la mort. La coexistence de quelques inflammations de la peau et en particulier celle de la variole, rendent le pronostic plus fâcheux, si elles augmentent le ti ouble général des fonctions ; le plus souvent la marche de la variole est suspendue. Des affections du cerveau ou de ses membranes , l'angine laryngée croupale et la bronchite pseudo-membraneuse peuvent occasionner brusquement la mort. Dans la plupart des cas , elle a lieu vers le huitième ou le neuvième jour de l'invasion ou beaucoup plus tard, par suite des progrès des maladies secondaires.
5 XI Traitement. Lorsque la fièvre ou l'inflammation des voies aériennes qui accompagne l'exanthème de la rougeole est peu intense , et qu'elle parcourt facilement et régulièrement ses périodes, le traitement est des plus simples ; couvrir assez les malades pour les préserver du froid et des variations de température , sans les fatiguer par une chaleur incommode : les maintenir à la diète et leur faire prendre-des boissons tièdes et légèrement diaphorétiques , comme des infusions de bourrache et de fleurs pectorales, sucrées ou miellées ; administrer quelques cuillerées d'un looch ou d'une potion gommeuse , si la toux est fitigante , prescrire l'inspiration d'une vapeur émollicnte , qui diminue en même temps le coryza et le mal de gorge; enfin garantir les yeux d'une lumière trop vive ; tels sont les moyens qu'il faut généralement employer dans la rougeole
simple ou vulgaire. Pendant toute cette période , les enfans , qui se découvrent facilement et sans précaution , doivent être surveillés soigneusement jour et nuit. Le traitement de la rougeole sans catarrhe peut se réduire à un régime doux et aux boissons délayantes. Les inflammations qui précèdent, accompagnent ou suivent la rougeole, pour peu qu'elles soient intenses, réclament des soins particuliers. Une application de sangsues à l'épigastre dans le cas de gastro-entérite , et à la partie antérieure du cou dans la laryngite concomitante; une ou plusieurs saignées du bras , lorsque la pneumonie est intense ou déclarée , produisent une grande amélioration dans les symptômes, favorisent le développement de l'exanthème lorsqu'il ne s'est pas déclaré, le régularisent lorsqu'il s'est montré sous la forme d'éruptions successives et incomplètes , et préparent son retour lorsqu'il est subitement disparu.
La saignée peut être employée dans toutes les péiiodes de la maladie , si des complications ou l'intensité de quelques symptômes la réclament; le plus souvent on la pratique avant le développement de l'exanthème; l'apparition ou l'existence du flux menstruel, si elle n"a pas produit un soulagement efficace , ne s'oppose pas à ce qu'on ouvre la veine. Chez les très-jeunes enfans, l'application de sangsues sur la partie supérieure de la poitrine est, en général , préférable à la saignée. Ces applications doivent être répétées aussi souvent que le requiert la gravité des symptômes. Chez les enfans au-dessous de cinq ans , la phléboloraie n'est indiquée que dans les cas d'oppression soudaine avec suffocation ou de pneumonie très-intense. Les piqûres de sangsues coulent quelquefois si abondamment lorsque la respiration est gênée , qu'une personne intelligente doit en suivre les effets : il faut veiller en même temps à ce que la surface du corps soit préservée de l'impression du froid, surtout pendant qu'on renouvelle les linges et les cataplasmes , si on y a eu recours pour faciliter l'écoulement du sang , ou bien encore lorsqu'on découvre le malade , pour en arrêter la perte à l'aide de l'agaric ou d'une cautérisation avec le nitrate d'argent.
L'oppression, l'anxiété, les palpitations, l'agitation qu'on observe les troisième, quatrième et cinquième jours de la rougeole, ne réclament les saignées générales ou locales qu'autant que ces symptômes dépendent évidemment d'une laryngite aiguè , intense , d'une pneumonie ou d'une bronchite très-étendue. Dans tout autre cas, la saignée pourrait être nuisible, en dérangeant la marche naturelle de la maladie, en rendant l'éruption moins abondante et la crise moins franche. Les praticiens qui s'abstiennent des émissions sanguines, voient ordmairement l'oppression se calmer et la gêne de la respiration se dissiper après le développement régulier de l'exanthème. Je dois ajouter que les saignées générales ou locales, pratiquées jusqu'à défaillance par Rhazès , employées avec plus de mesure par Mead et par Selle, n'ont pas sur les inflammations morbilleuses des voies aériennes une influence aussi salutaire que sur les inflammations des mêmes organes produites par le froid ou par toute autre cause, non spécifique. Si l'exanthème vient à disparaître tout-à coup, il faut rechercher si cet effet est dû au développement ou à l'augmentation subite d'une inflammation intérieure, à des convulsions , ou bien, si cet accident a été produit par l'impression du froid. Dans le premier cas, il faut combattre directement les complications ; dans le second , on plonge le malade dans un bain chaud simple , dans un bain de vapeur, ou bien on applique des linges chauds sur la poitrine , le ventre et les extrémités en les renouvelant aussi souvent que cela est nécessaire pour provoquer la sueur et le retour de l'éruption. Si le cas paraît trèsgrave, on promène des sinapismes sur ces mêmes parties. Les vésicatoiies sont plus particulièrement utiles dans les rougeoles compliquées de pleurésies ou de pneumonies lorsqu'une ou plusieurs saignées ont été pratiquées.
Lorsqu'il survient des convulsions chez les enfans attaqués de la rougeole pendant le travail de la dentition , il faut appliquer des s ingsues au-dessous des oreilles , un vésicatoire sur la tète ou à la nuque , donner de petites doses de calomel à l'intérieur en même temps qu'on cherche à rappeler l'éruption à l'aide des bains de vapeur ou des bains sinapisés. La réapparition de l'exanthème ne doit pas toujours conduire à un pronostic favorable; j'ai vu les convulsions persister malgré le retour de l'éruption , et les enfans succomber en quelques heures.
Lorsque la ^/^'ar7■/^ee est abondante, elle doit être combattue parles cataplasmes émolliens sur l'abdomen , par les lavemens de décoction de guimauve ou d'amidon , par la thériaque et l'opium à petites doses. Il ne faut pas confondre ces diarrhées séreuses avec les évacuations glaireuses et sanguinolentes des cœco-colites , qui réclament l'application des sangsues à l'anus ou sur le trajet du gros intestin.
Dans les laryngo trachéites avec toux fréquente, fatigante et avec timbre croupal, il faut pratiquer des saignées locales à la partie antérieure du cou et administrer ensuite le tartre stibié ou l'ipécacuanha. Les efforts du vomissement sont presque toujours suivis d'une diaphorèse salutaire ; à doses purgatives, ces médicamens seraient beaucoup moins utiles.
\J inflammation de la gorge est apaisée par les boissons et les gargarisraes adoucissans, et par les pédiluvcs alcalins; les légères épistaxis ne doivent point être arrêtées.
L'ophthalmie morbilleuse , abandonnée à elle-même , si elle est légère , doit être combattue par les sangsues et les lotions adoucissantes si elle est plus intense; un vésicatoire à la nuque et des purgatifs sont nécessaires lorsqu'elle persiste dans la convalescence ; en général elle est peu grave.
La méthode expectante ou anti-phlogistique modérée est applicable à la variété de rougeole hémorrhagique , qui, par ses autres syrnptômes , se rapproche de la rougeole vulgaire. Lorsque , au contraire, les taches sont très-pâles, d'une couleur livide, et lorsque le pouls est petit et accéléré , la peau à peine
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chaude, et que ces phénomènes sont liés à un élstt cachectique de la constitution , l'eau vineuse , la décoction de quinquina , les potions éthérées et camphrées donnent quelquefois lieu à une réaction salutaire : il faut aussi chercher à la provoquer , toutes les fois que la marche régulière delà rougeole paraît avoir été entravée par l'abus des émissions sanguines ou par l'influence d'hémorrhagies considérables. La pâleur , la lividité des taches , la formation des peléchies, la prostration et d'autres symptômes adynamiques sont quelquefois l'expression la plus commune de la rougeole dans certaines constitutions épidémiques. Les vésicaloires promenés à la surface du corps, le camphre , la serpentaire de Virginie, les préparations de quinquina à l'intérieur , sont les remèdes qui ont été le plus généralement recommandés contre ces rougeoles malignes qu'on observe rarement h Paris. Dans les rougeoles catarrhales très» intenses, dans celles où la bronchite est très-étendue, tandis que l'éruption est peu considérable et, à plus forte raison , toutes les fois qu'une dyspnée suffocante, sans symptômes de pneumonie, peut faire craindre une bronchite pseudo - membraneuse , le tartre stibié ou l'ipécacuanha , administrés le deuxième ou le troisième jour delà maladie, diminuent sensiblement les symptômes de l'inflammation des voies aériennes et favorisent le développement de l'éruption. On a recommandé celte méthode d'une manière générale, pour rappeler l'exanthème après sa rétrocession. J'ai eu plus souvent recours aux saignées , aux bains et aux vésicatoires, lorsque ces cas graves se sont présentés.
Pendant la convalescence , une diarrhée spontanée et passagère favorise quelquefois la guérison des inflammations secondaires , de la conjonctive , du larynx et des poumons ; cependant, en abandonnant à elle-même cette affection intestinale, quelquefois salutaire, on s'expose à voir les malades dépérir sous l'influence de cœco-colites rebelles plus fréquentes que les diarrhées purement séreuses et critiques. Pour prévenir ou combattre les maladies secondaires, quelques praticiens expérimentés conseillent cependant d'imiter le procédé de la nature et d'employer les purgatifs minoratifs , tels que le sirop de fleur de pêcher , la manne, la crème de tartre, etc. J'ai adopté cette pratique pour tous les cas où l'appareil digestif a peu ou point soulFert dans le cours de la rougeole.
Lorsque, malgré cette précaution, les affections catarihales morbilleuses restent stationnaires, s'étendent et se prolongent au-dela du ferme ordin;iire de la convalescence, les vésicatoires volans , appliqués sur la poitrine ou entretenus au bras ou à la cuisse , sont constamment salutaires. Le régime des enfans exige une surveillance active. J'ai souvent fait prendre le lait d'ànesse dans ces bronchites graves , lorsque la rougeole paraissait avoir provoqué ou hâté le développement des tubercules pulmonaires.
L'époque à laquelle la contagion n'est plus à craindre n'est pas rigoureusement déterminée. ISisoXement , seul vaoyita phrophylactu/ue de la rougeole sporadique, doit être prolongé jusqu'au vingtième jour environ. Dans les épidémies de rougeoles graves et inalignes,]a prudence conseille d'éloigner les enfans du théâtre de l'épidémie ; lorsque la rougeole est bénigne , loin de la redouter, on a conseillé de l'inoculer aux personnes qui ne la contractent pas, dans l'espérance d'en augmenter encore l'innocuité ou de mettre la constitution à l'abri d'une infection plus grave.
Rliazès {De variolis et niorbillis, iii-12 , Goeltingae , 178 1 ) ne décrit poiot la rougeole comme une maladie nouvelle ; mais il en a donné le premier une description exacle , et il la distingue de la variole par un nom particulier ( hasba). Les savantes et laborieuses recherclies de Willan ( Miscellaneous Works comprising an inqttirj into the antiquity of measles , etc. , io-S" , Lond. , 1821 ) n'établissent pas dans mon opinion , que celte maladie ait été connue des médecins grecs et latins, ni qu'elle ait été vue en Europe dans le cinquième et le sixième siècle. Constantin dit \ Africain l'a observée dans le onzième siècle et l'a décrite le premier sous le nom de morbilli. Rhazès , Rivière et Senoert ont insisté sur Yaffinitê de la rougeole et de la variole. Hoffmann (Fred. ) [De febribiis , iecl. i , c»^. yni, febris morbillosa) et
Gruner ont regardé la rougeole comme une espèce particulière de fièvre catarrlinle exanOïc ma<(7«e. Sydenham ( Th. ) Opéra med. ^Xn-k" , Genevae , 1769 , lom. i , p. 120-143 ) a donné une bonne description de ses deux formes principales [morbilli regulares ; morbilli anomah). Quelques phénomènes , tels que la lenteur du pouls dans la période de desquamation ( Hasper, Bulletin des sciences médicales de Fèrussac , lom. xi , pag. 125 ) et l'aspect particulier des crachats; (Andral (G.) Recherches sur l'epcpecturation , in-4°, Paris, 1821, p. 27; — Louis , Journal hebdomadaire , t. viii , p. 439) ont donné lieu à des remarques utiles. Des observations intéressantes ont été publiées sur les rougeoles congénitales (Rosen, Maladies des enfans, chap. xiv, pag. 255) , sur le^, récidives de rougeole ( Morlon , Exercit. m , cap. m. pag. 18. — DeHaen, Febr. divis., divis. vi,§6 pag. 107.— Targioni Tozzctti (io\.. Prima racolt. di osservaz. , pag. 101 , ln-8° , Fii enze, 1752. — Duboscq de la Roberdière, Journal de médecine , t. XLVm. — Baillie , Transact. of a societj for the improvement of medic and chirurg. hnowledge , vol. m , p. 258 , 262*. — Cazenave , Journal hebdomadaire , t. iv , pas- 301) , sur les morbilli sine murbillis {de Haen, Traclatus de febr. divisione , s. vi , de febre morbillosa. tiTempore morbillorum epidemicorum , ut et eo variolaruin , fréquentes sunt febres morbillosoB ac variolosœ ^ ita nimirum vocattv, qitod febres }t(E codent modo iisdemque cum symptomatibus decurrant, ac si efflorescentia; hœ subsecuturœ forent , nec subsequunlur tamen. Curatio eadem est, quamquœ ft in stadio contagio<o vartolarum ac morbillorum ». — Bang (Ludov.) , Selecta diarii nosocomii Frederidani pro anno 1781 [Act.
soc. Haen, vol. I, pag. 206 ) : Morbillis adhiic multi œgrotabant Nonnulli febre mobil-
losà cum omnibus ejusdem symptomatibus . excepta ipso exanthemate , decubuerunt. ». — Consbruck , ouvrage cité. La fièvre morbilleuse de Sydenliam était une rougeole anomale , accompagnée d'une légère éruption, dont l'existence ne peut éire conteslée.
La science possède aussi de bons matériaux sur les épidémies de rougeole (Sydenham, ouvrage cité. — Ranoë (Andr.-Br.) , Act. soc. havn., vol. I, pag. 266. — Lepecq de la Clôture, Collection d'observations , tom. T, pag. 484, in-4'', P>oucn , 1778. — Gendron, Epidémie à f^endâme , 1821 [Revue médicale , tom. xin,pag. 53G). — Dufau , Epidémie à Mont-Marsan (Annales de la médecine pliys., avril, 1828 ). — Lombard, Epidémie de rougeole à Genève en 1832 ( Gazette médicale , 1833 , p. 89); sur les complications de la rougeole avec la pneumonie (Sydenham, ouvrage cité (épidémie, 1674). — Pinel, Nosographie philosophique , t. n, pag, 61, in-8'>, 1833 (épidémie, 1799 ). — Guersent, Journal des hôpitaux, in-fol . , p. 521 ) ; ou avec des dyspnées graves ( Reil , iï/emo/'aè. clinic. , iom. l , part. II , pag. 11. — Laennec , Traité de l'auscultation , deuxième édilion . Paris, 1826, t. I, pag. 351. — Andral, Revue médicale ; lom. m, pag. 351, 182i);avec Varachnitis ( Parent-Duchalelel , Traité de l^arachnitis , p. 337); avec la gastrite ei Ventérite {Bv'icheteau , Archives générales de médecine , lom. v, pag. 217 ) ; avec des ecchymoses ( Lancette française , tom. V, pag. 290) ; avec la variole [ Dcliaen, De febre morbillosa ( Ratio med,, tom. IV , pag. 87). — Rougeole suspendant la marche de l'inoculation [Journal général de médecine , tom. iv, pag. 460; ou avec la vaccine ( Gregory ( G. ) ; Lond. med. gaz. , tom. x , pag. 440 ); sur des rougeoles qui n'ont occupé qu'un côté du corps (Rust, Bulletin des sciences médicales de Fèrussac , t. xvi , p. 237 ) , et sur une variété (rubeola varioloïdes ), probablement compliquée de papules ou de vésicules accidentelles (Sauvages, Nosologie méthodique , cl. m , ord. I, gen. 4 , spec. 3); enfin sur les maladies secondaires les plus fréquentes , telles que des infl-immations pulmonaires ou abdominales, et sur d'autres heureusement fort rares, telles que l'amaurose , et t'anasarque produites par la néphrite albumineuse (Gregory, Altération des reins avec ui-ine albumineuse et hydropisie (Archives générales de médecine, tom. xxiv , pag. 396). Le traitement de la rougeole a été aussi l'objet de recherches spéciales : sur les bons effets des émissions sanguines [ Sydenham , ouvrage cité ( in morbillis intercedentibus). — Gendron, Gazette médicale , 1833, pag. 275), sur leurs inconvéniens ( Cazenave, Journal hebdomadaire , t. IV , pag. 75) ; sur l'utilité des vésicatoires dans les rougeoles anomales ( Recueil périodique de la société de médecine , tom. iv , pag. 419 ); sur les émétho'Cathartiques [Hescemel , Recueil périodique de la société de médecine , lom, Vf, pag. 419) , employés comme méthode perturbatrice; sur les lotions froides ( Thaer, Revue médicale, avril 1829 , pag. 127 ) ; sur la curation tles ophthalmies morbilleuses ( Weller , Traité théorique et pratique des maladies des yeux ; trad. franc, par F. S. Reister , 2 vol. , Paris 1828 , tom. Il , pag. 155 ) ; sur Vinoculation de la rougeole (Home (F. ) , ouvrage cité- — Speranza , Bulletin des sciences médicales , tom. XV, pag. 60) ; sur quelques moyens indiqués comme préservatifs ( Tourlual , Gazette médicale , in-4°, 1832, pag. 8 (soufre préservatif de la rougeole) , et sur la mortalité qu'elle a occasionnée à Paris en 1830 ( Journal complémentaire des sciences médicales , tom. XLl, pag. 441 ). La dissertation de J. M. R. Lefort ( Recherches sur l'origine de la rougeole , etc., 10-4°, Paris , 1806 ) et le traité de Roux (G.) Traité sur la rougeole, in-8°. Paris, 1807) méritent d'être consultés.
( P. Rater.)