SUPPLÉMENT
Nous avons consigné dans ce Supplément quelques articles importans et qui auraient fait une lacune dans notre Dictionnaire, mais nous n'avons pu admettre, sans sortir de notre cadre de Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , plusieurs termes d anatomie et de physiologie que l'on nous avait signalés, comme des omissions.
CREOSOTE. Foyez Ptroligketjx [acide).
EXCRÉTION. Foy ez Sécrétions.
KELOIDE. s. f. Nom par lequel on désigne des tumeurs olivaires ou cylindriques, persistantes, rougeâtres, lisses, souvent ridées à leur surface , dures et résistantes, sans battemens ni bruissemens dans leur intérieur, légèrement proéminentes , s'élargissant ordinairement en plaques et dont la circonférence envoie des prolongemens cylindroïdes ou conoïdes qu'on a comparés aux pattes de crabes ou d'écrevisses (xvj))) , pince d'écrevisse).
§ I. Symptômes. Les apparences de la kéloïde ne sont pas , à son apparition , les mêmes que celles qu'elle présente lorsqu'elle a acquis la forme qui la caractérise . Au début , on voit s'élever, sur un point de la peau saine, et plus souvent sur la cicatrice d'une pustule phlyzaciée, d'une plaie, d'une brûlure , etc. , un point rougeâtre, de la forme et de la dimension d'un grain d orge; ce point est quelquefois le siège d"une assez vive démangeaison. On a vu plusieurs kéloïdes apparaître en même temps sur plusieurs points de la peau irritée par le développement antérieur de pustules phlyzaciées. J'ai vu la kéloïde se déclarer à la face , après une variole confluente ; au bout de plusieurs mois , les petites tumeurs qui l'avaient annoncée présentaient tous les caractères propres à la kéloïde éloilée ou entièrement développée.
Lorsqu'on examine avec soin les kéloïdes dans le premier temps de leur formation , on voit que ces petites tumeurs ovoïdes ou cylindracées , qui n'ont encore que la dimension d'une noisette ou d'un tuyau de plume, offrent à leur surface de petites rides transversales , souvent indolentes , sans chaleur morbide : elles sont rarement le siège de prurit ou de picotemens , et plus rarement encore elles sont traversées par des élancemens douloureux.
Plusieurs mois , et quelquefois plusieurs années après leur apparition , ces tumeurs s'étendent dans le sens de leur longueur et prennent la forme d'un doigt ( kéloïde cylindracée , Alibert). En même temps , les rides transversales , déjà remarquées à leur surface, deviennent plus prononcées; la tumeur conserve sa dureté , sa résistance , et présente une sorte de tubérosité aplatie à une de ses extrémités , tandis qu'elle parait ridée et comme flétrie à l'autre. Dans cet état, la kéloïde n'offre point de battemens ni de bruissemens sous la main appliquée à sa surface , comme en produisent les tumeurs érectiles ; mais elle est cependant susceptible de se gonfler accidentellement sous l'influence d'une augmentation de la chaleur extérieure du corps, sous celle d'un violent exercice , aux approches de la menstruation , etc. Les kéloïdes présentent quelquefois de très-pelits vaisseaux sanguins à leur surface et presque toujours de petites bifurcations et des embranchemens qui leur donnent un aspect caractéristique.
Au lieu de s'étendre uniquement en longueur, la petit tumeur rougeâtre et persistante , par laquelle la kéloïde a débuté , s'élargit quelquefois dans tous les sens, prend une forme irrégulièrement quadrilatère ou arrondie (kéloïde ofalaire, Alibert). Les bords durs et proéminens s'élèvent inégalement, et le centre pai-aît déprimé. Les limites de la tumeur , alors nettement circonscrites, sont facilement reconnaissables , à la teinte rougeâtre de l'altération qui s'arrête brusquement ; mais , au lieu d'être régulièrement terminée , comme dans la kéloïde cylindracée , la tumeur de la kéloïde oi'alaire envoie de plusieurs points de son contour des prolongemens en forme de cônes qui se perdent dans l'épaisseur de la peau , à plusieurs lignes de la circonférence de la tumeur.
Lorsque la kéloïde , arrivée à ce degré , est abandonnée à elle-même, au bout de plusieurs mois sa partie cent aie ou quelques points de sa circonférence deviennent le siège d'un travail intérieur, à la suite duquel ces points delà tumeur perdent leur résistance , se rident, se flétrissent et se transforment en des espèces de brides analogues à celles des cicatrices qui sont la suite de brûlures au troisième degré Au reste , la marche des kéloïdes est si lente , les accidens ou incommodités qu'elles occasionnent sont, en général, si légers , que j'ai vu des malades se refuser au traitement qu'on leur proposait pour en obtenir la guérison.
§ II. Causes. J'ignore si l'on a observé la kéloïde chez les enfans , avant la seconde dentition; la plupart des cas qui ont été publiés, et ceux que j'ai ob-
DlCT. DE MÉDECINE ET DE CmnUUGlE PBATIQTÎES.
servés , étaient survenus chez des adultes ou des vieillards. Une petite inflammation locale circonscrite, une égratignure , l'altération de la peau à la suite de la petite-vérole, de la brûlure, etc., sont les causes déterminantes les plus ordinaires de ces tumeurs. Il paraît , en outre , que leur développement est lié à un état particulier de la constitution, et qu'on les a observées chez des individus de tempéramens différens ; cependant les individus d'une constitution lymphatique en sont plus fréquemment attaqués.
La kéloïde est, au reste , une maladie rare. Je n'en ai vu que cinq exemples. Dans trois cas, ces tumeurs s'étaient développées sur le sternum sans cause appréciable ; dans un autre , la kéloïde s'était déclarée à la fesse , chez un adulte, sur la cicatrice d'une large brûlure dont il avait été atteint à l'âge de quelques mois ; le dernier cas était celui d'une double kéloïde survenue sur l'une et sur l'aulre joue, k la suite delà petite-vérole ; et quoiqu'il résulte des faits recueillis par d'autres observateurs , que les femmes sont exposées commes les hommes h cette maladie, le hasard a voulu que j'en aie observé quatre exemples chez les hommes et un seul chez les femmes. M. Alibert, au contraire, fait mention de huit cas de kéloïde, dont six chez des femmes , et deux chez des hommes ; une de ces tumeurs s'était développée à la face , une autre sur le cou et les autres sur la région sternale.
§ III. Le diagnostic ne peut pas offrir de diflîculté, lorsque la kéloïde a atteint un assez grand développement, soit qu'elle se dessine sur la peau sous la forme d'une large crête cylindracée rougeâtre , soit qu'elle se montre sous celle d'une tumeur aplatie , envoyant de sa circonférence des prolongemens analogues, par leur forme, aux pattes des écrevisses. Mais les caractères qui distinguent les petites tumeurs rougeâtres par lesquelles débutent les kéloïdes, des tubercules syphilitiques , scrophuleux ou cancéreux , et des tumeurs sanguines , ne sont pas aussi tranchés. Cependant, indépendamment du lieu qu'affecte spécialement la kéloïde , la région sternale , elle offre , même à son début , des caractères distinctifs : elle est plus dure que les tubercules cutanés , scrophuleux ; les petites rides de sa surface contrastent avec la surface lisse et polie des tubercules syphilitiques; les tubercules cancéreux sont ordinairement le siège de douleurs aiguës lancinantes, que l'on n'observe pas au début de la kéloïde ; les tubercules syphilitiques, scrophuleux et cancéreux, finissent toujours par s'ulcérer, sans s'étendre en surface. La kéloïde s'étend et ne s'ulcère pas. En outre, les tubercules scrophuleux, propres à certaines constitutions, sont souvent accompagnés d'ulcères, de cicatrices ou d'autres altérations de nature strumeuse. Les tubercules syphilitiques apparaissent comme une éruption- la kéloïde est très-souvent solitaire et son développement s'opère avec plus de lenteur. Quant aux neei^i vasculaires et aux tumeurs érectiles , accidentelles, ces espèces de tumeurs offrent quelquefois des battemens qu'on n'observe jamais dans la kéloïde ; elles sont molles , s'affaissent et disparaissent en grande partie par la pression ; la kéloïde, plus dure, pâlit sous la pression du doigt et ne s'affaisse pas.
§ l'y. Pronostic et traitement. La kéloïde n'a aucune influence fâcheuse sur la santé générale ; l'espèce de tubercule rougeâtre , par lequel elle débute , tend toujours à s'étendre ; mais il ne s'accroît que d'une manière très-lente , et reste quelquefois stationnaire. On a vu des kéloïdes s'affaisser et disparaître en partie ou en totalité et se transformer en des espèces de cicatrices.
Je n'ai fait qu'un très-petit nombre de tentatives pour obtenir la guérison de semblables tumeurs. Lorsqu'elles reposent sur des parties du corps qui permettent d'exercer une compression assez forte et constante , sur le sternum , par exemple, ce moyen me paraît préférable à tout autre. Dans un cas où j'ai eu récemment recours à son action , la tumeur était déjà considérablement affaissée, lorsque le malade , peu inquiet du progrès ultérieur du mal , demanda sa sortie.
L'excision et la cautérisation des kéloïdes, dans le petit nombre de cas où elles ont été pratiquées , ont été suivies de récidives. Le plus souvent on abandonne ces tumeurs à elles-mêmes, à cause de leur peu de gravité et du peu de succès des moyens à l'aide desquels on les a combattues jusqu'à ce jour.
La kéloïde avait été désignée par Relz sous le nom liizarre de darire de graisse ( Retz, des maladies delà peau et de celles de l'esprit, pag. 55, in-I8 , Paris, 1790). On doit à M. Alibert la première description exacte de celle maladie (Précis thùorique et pratique des maladies de la peau. 2 vol. in 8» , Paris , 1810, lom. i , p, 417 ; atlas , pl. 28 et 28 4;^. — Monographie des dermatoses , tom. II , pag. 195. — Observation de héloîde , recueillie par M. Valleraud de Lafosse dans la TîePHe />ie(/ica/e d'octobre 1829 ). J'en ai rapporté plusieurs exemples dans la seconde édition de mon Traité des maladies de la peau , lom. m , pag. 672, pl. XV , fig. I. „
* (P. Rayée).