‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 105 sur 234 · BOUGIE · texte numérisé non relu

BOUGIE

Les bougies dilatantes dont on fait le plus communément usage ont pour base une mèche centrale composée de brins de fils de soie écrue , ou mieux encore un canevas plein et solide, composé de la même substance. On les enduit successivement de couches multipliées d'huile de lin épaissie à un feu doux, ou mieux encore de caoutchouc. Comme les algalies , elles doivent être lisses et polies avec soin à leur surface, médiocrement résistantes, et non susceptibles de s'écailler ou de devenir ongueuses, lorsqu'on les replie sur elles-mêmes. Par cela même qu'elles ne sont jamais destinées à séjourner aussi long-temps que les sondes dans l'urètre , leur usage expose à moins d'accidens. Lorsqu'elles sont trop coniques, c'est-à-dire que leur volume décroit uniformément de leur extrémité garnie de cire jusqu'à l'autre, il arrive assez souvent que leur base est ti op grosse , et gêne le méat urinaire , tandis que le reste de l'instrument ne dilate pas suffisamment les portions rétrécies de l'urètre. Cette disposition d'ailleurs affaiblit les bougies , et s'oppose à ce qu'on puisse les introduire dans certains rétrécissemens , autant qu'il serait utile pour les dilater d'une manière convenable. Il est plus avantageux de les rendre presque cylindriques, de leur conserver le même volume dans les cinq sixièmes postérieurs de leur étendue, et de n'amincir légèrement que la partie voisine de leur extrémité antérieure ou vésicale. Elles résistent alors mieux , sont plus faciles à diriger, et même les plus volumineuses d'entre elles peuvent être enfoncées dans toute leur longueur, sans être arrêtées par la résistance de l'ouverture du gland.

Les bougies ordinaires , en gomme élastique , sont quelquefois vides et dures , surtout à leur extrémité , ce qui peut rendre leur introduction forcée dangereuse , et leur présence irritante pour le canal. On évite cet inconvénient en se servant de bougies creuses , en tout semblables aux sondes , à l'exception des yeux dont leur extrémité est dépourvue , et qui ont toute leur flexibilité et leur souplesse.

Plusieurs indications spéciales , nées de la disposition des obstacles qui s'opposent à la libre sortie de l'urine, ont engagé à modifier diversement les bougies dilatantes. Ainsi , quelques praticiens, adversaires du cathétérisme forcé , emploient pour dilater les rétrécissemens très-serrés , qu'ils ne peuvent cautériser actuellement, des bougies dont l'extrémité libre est à-la-fois très-mince , très-polie et très-souple. Ces bougies filiformes présentent sans doute l'inconvénient de n'offrir aucune résistance et de se contourner avec facilité en vrille au-devant des obstacles , au lieu de s'engager dans l'ouverture qu'ils présentent et de la dilater. Leur usage exige donc beaucoup de précautions , et quelquefois on est obligé de les porter jusqu'au rétrécissement, à l'aide d'un cotiducleur qui les soutient, les dirige, et les préserve jusqu'à un certain point de toute déviation. Lorsque, malgré cette attention, elles ne pénètrent pas dans le rétrécissement, ce dont on est averti parce qu'elles conservent toute leur liberté , au lieu d'être serrées et retenues par la coarctation , il convient de les fixer de telle sorte que leur extrémité soit seulement en contact avec celle-ci , et presse légèrement sur elle. La présence de ce corps étranger , d'ailleurs fin , lisse et flexible , provoque , lorsqu'il n'y a ni douleur vive, ni inflammation aiguë des parties , une sécrétion plus ou moins abondante et un relâchement salutaire. Il n'est pas rare de voir pénétrer alors presque spontanément les bougies , vingt-quatre ou trente-six heures après leur introduction, beaucoup plus loin que l'endroit où elles s'étaient arrêtées, ou même jusqu'à la vessie. M. Dupuytren fait assez souvent usage de ces instrumens filiformes , et en obtient presque toujours d'heureux résultats.

Elles n'agissent toutefois , aussi bien que celles dont il a été précédemment question , qu'à la manière des coins , en écartant les parties altérées et rapprochées , et en les comprimant avec plus ou moins de force , de dedans en dehors, ou du centre du canal vers sa circonférence. Les chirurgiens ont à diverses reprises essayé de porter dans l'urètre des bougies susceptibles de se dilater durant leur séjour au milieu de l'humidité de ce canal et d'agrandir celui-ci d'une manière active ; mais les instruiûens de ce genre n'ont jamais été adoptés d'une manière générale. Les bougies de parchemin roulé , par exemple , sont peu employées , et , il faut le dire , ne méritent guère de l'être. Il n'en est pas de même des bougies de cordon à boyau , dont , malgré les éloges de Plenck , on se sert trop rarement , et qui présentent cependant d'incontestables avantages. Il est facile de les graduer, depuis le faible diamètre de la chanterelle la plus fine, jusqu'à celui du n" 2 , après l'introduction duquel, la dilatation peut être poursuivie sans difficulté à l'aide des bougies ordinaires , ou la cautérisa lion pratiquée. On reproche aux cordes à boyau d'avoir une extrémité rugeuse et dure; mais on remédie à cet inconvénient en arrondissant leur pointe avec la pierre-ponce , et en faisant disparaître par le même moyen les inégalités que présente assez souvent leur surface. Ainsi préparées, elles glissent et pénètrent dans le canal aussi facilement que les bougies de gomme élastique les plus lisses. Les cylindres de corde à boyau ne sont pas plus raides que ces derniers; ils se replient aussi facilement au-devant des obstacles et n'exposent pas davantage, quoi qu'en ait dit Ducamp , à faire de fausses routes. 11 est vrai qu'ils absorbent promptement I humidité , et se ramollissent quelquefois avant qu'on ait pu leur faire franchir le rétrécissement. Cet inconvénient entraîne la nécessité d'en changer, et d'en introduire aussitôt un autre. On peut au surplus se servir, pour les porter sans difficulté jusqu'à l'obstacle, du conducteur de Ducamp dont il a déjà été question. L'usage des bougies de corde à boyau est incommode peut-être pour le praticien ? mais n'expose les malades à aucun danger; et eu s'accommodant mieux aux dispositions des parties , en même temps qu'ils produisent des dilatations plus rapides et moins douloureuses, ces instrumens ont sur les simples bougies ordinaires de tels avantages qu'où doit, dans beaucoup de cas, leur donner la préférence.

Un de nous a constaté cet effet, que chez des sujets auxquels les bougies de

Page 1