BOUGIE
gomme élastique déterminaient de vives irritations, elles dilatent le canal en peu de jours , et , par cela même cfu'elles se ramollissent, ne causent aucune douleur pendant leur action. Rien n'égale la rapidité aveclaquelle, en changeant d'heure en heure les bougies de corde à boyau pour en substituer de plus volumineuses à celles qui sont ramollies et dont la présence n'est plus utile ; rien n'égale, disons-nous , la rapidité avec laquelle s'opère la dilatation^ de manière à rendre faciles les cautérisations qu'on n'aurait pas e.xécutées sans cette préparation préliminaire du canal. (Voyez Observations sur les maladies des organes gcnito-u7-inaires j observations 2 et 7. )
Après les cautérisations , lorsque l'uiètre a recouvré dans l'endroit malade sa capacité normale , il est souvent utile de maintenir ce degré d'ampleur à l'aide d'une dilatation , renouvelée une ou deux fois par jour , et soutenue pendant un certain temps à chaque séance , atîn d'obtenir la consolidation de la guérison. Mais comme l'urètre n'a nul besoin d'être alors distendu dans toute sa longueur, et que le méat urinaire, qui est plus étroit que le reste du canal, supporterait difficilement la présence de bougies de quatre lignes et demie de diamètre, si elle durait pendant quelque temps , Ducamp a imaginé de se servir alors de bougies dites à venCre. Ces bougies, d'un diamètre médiocre, portent à un pouce et demi ou deux pouces de leur extrémité un renflement plus ou moins considérable, dont le diamètre est gradué par des numéros semblables à ceux qui servent à mesurer le volume de tous les instrumens qu'on introduit dans l'urètre. Le méat urinaire , à raison de l'élasticité du lissu du gland, se laisse facilement distendre pendant les courts instans nécessaires à l'introduction des plus gros de ces renflemens , et lorsque ceux-ci sont arrivés à la portion malade de l'urètre , ils'la maintiennent dilatée sans que, ni en avant ni en arrière, les parois du canal éprouvent aucune gène. Les premières bougies à ventre étaient faites en toile enduite de cire jaune et lissées avec le plus grand soin ; depuis lors , divers fabricans , et entre autres M. Verdier, en ont préparé en gomme élastique , auxquelles on donne généralement la préférence , à raison de leur plus grande solidité , et de la résistance qu'elles opposent au ramollissement que la chaleur de l'urètre fait éprouver aux autres.
Il est à remarquer que les bougies dilatantes en gomme élastique ne pénètrent facilement qu'à travers les obstacles situés dans la portion droite du canal. Lorsque les rétrécissemens correspondent à la courbure, leur extrémité vient ordinairement heurter contre sa partie inférieure, h raison de la tendance qu'elles conservent à se redresser. On évite , du moins en partie, cet inconvénient, en donnant aux bougies une courbure permanente , qu'elles prennent assez facilement lorsqu'on les maintient pendant plusieurs jours repliées sur elles-mêmes. Alors leur bec se maintient relevé et se présente, au-delà de la symphyse , dans une direction plus favorable. Les bougies en cire, par cela même qu'il suffit de les courber légèrement avant de les introduire, et qu'elles se moulent plus exactement sur la forme et la direction des parties, glissent alors plus aisément et sont souvent gardées en excitant moins de gêne, de don- Ictn- ou d'irritation que celles en gomme élastique. Quelquefois cependant leur présence est douloureuse ; mais les cas de ce genre sont assez rares. Un fait intéressant que démontre la pratique , c'est que l'existence du premier rétrécissement dans la portion droite de l'urètre est souvent une circonstance favorable à la pénétration des bougies dans les coarctations suivantes, même lorsqu'elles correspondent à la courbure. Il semble que l'instrument Soit guidé par le premier obstacle , comme par une filière, et qu'il éprouve dès lors moins de tendance à se dévier.
Il nous reste peu de choses à ajouter concernant les bougies médicamenteuses. Elles sont rarement employées dans la pratique. On les fabrique en trempant des morceaux de linge triangulaires dans un emplâtre approprié aux indications que l'on veut remplir ; on roule ensuite ce linge suivant sa longueur, de manière à donner de la solidité à l'instrument, qui doit enfin être laissé sur le porphyre. L'emplàire de diachylon vièux , auquel on ajoute de la cire , de l'huile d olive , et, selon l'occasion , du mercure, du sulfure d'antimoine, de l'oxide rouge de plomb, ou d'autres substances également stimulantes, constitue ordinairement la base des bougies amplastiques. Elles sont presque toujours ti op coniques, mal polies, faciles à ramollir parla chaleur, et, par conséquent, d'un emploi difficile. Il est fort douteux qu'on essaie jamais de les remettre en honneur.
M. Hecquet, et avec lui plusieurs praticiens allemands , conseillent l'usage de bougies médicamenteuses , longues de deux à trois peuces, composées d'une mèche ceniralc, recouvci te d'une préparation dont la gomme-adragant forme la base , et dans laquelle on incorpore, selon les indications à remplir, du «lento-chlorure de mercure , de l'acétate de plomb cristallisé , de l'alun , de la potasse caustique , des extraits d'opium ou de jusquiame , etc. Ces bougies, imitées de celles des Arabes, se fondent dans l'urètre , et sont destinées à remplacer les injections dans le traitement des blennorrhagies.
Faisons mention, en terminant, des bougies armées , (\u'on prépare en fixant dans une excavation faite à une bougie ordinaire un morceau de nitrate d'argent, qu'on porte rapidement jusque sur la portion de l'urètre où siège l'obstacle qui s'oppose à l'excrétion de l'urine. On conçoit toute l'imperfection des instrumens de ce genre et tous les dangers qui doivent résulter de l'iutrotluction , dans un canal muqueux, d'un caustique dont rien ne gradue ni ne limite l'action , et fpii , toujours à nu , peut attaquer les parties saines aussi bien que celles dont il s'agit d'opérer la destruction. Quant aux bougies armées à l'aide d'un cylindre de nitrate placé à leur extrémité , elles ne doivent jamais être employées sans un conducteur qui préserve le canal de l'impression du caustif(ue et qui le dirige sur l'obstacle. Cet instrument doit être généralement pro- .scrit,eton lui prélere à juste titre le porte-caustique, dont l'action s'exerce dir centre du rétrécissement à la circonférence.