COLOQUINTE
COMBUSTION HUMAINE SPOZ^TANÈE.
laraent celle médication. Il contiendrait d'ailleurs de so servir de préférence, la colocjnlhin(^, comme d'une substance plus constante et plus uniforme ns ses effets. Cependant il faut convenir que ceux mêmes de la pulpe de colointc sont positifs et incontestables, et que cette substance , bien que venant l'étranger, est rarement falsifiée. Mais quelle que soit sa puissance, on aiprend mal pourquoi et comment elle a été employée autrement que comme rgative. Par exemple on ne voit pas quel résultat particulier elle pouvait oir dans la syphilis, maladie conlie laquelle elle a été préconisée ; et surtout se demande en quoi les aromates que quelques médecins lui associaient uvaicnt ajouter à son eflicacité. Quant à l'action diurétique qui lui est allriée par des auteurs estimables d'ailleui-s , elle est plus que douteuse, d'après observations <]ue nous avons recueillies ou consultées. C'est en vertu de son ion purgative qu'on a pu en observer des cfl'ets vermifuges , liydi agogues , fflcnagogues, et même désobsiruans , puisque l'usage bien dirigé des purgatifs [salutaire dans les cas de vers intestinaux, d'épanchemens séreux , d'amé- I i rliée , et dans les aff. clions diverses confondues sous le nom collectif Obstructions. Il en est ilc même de la sciatique, de la goutte, du rhumatisme, s douleurs aeeasionées par l'abus du mercure, maladies auxquelles on en iiHTait ajouter facilement une foule d'autres. Ce médicament est maintenant u employé en France; mais, par compensation, les mcdécins anglais , du ainsceux que nous avons vus chez nous , enfonfcun usage bien étendu. [La coVoquinte se prescrit le plus ordinairement en poudre, dont dix à douze ■lins suffisent pour produire une purgalion assez abondante. L'extrait qu'on 1 prépare, cl surtout l'extrait alcoholique, est plus actif encore, et ne doit ic administré cju'au tiers de la dose ci-dessus indiquée. La colocynthine est IIS énergique encoie, et deux grains suffisent pour amener des elî'ets sensies. L'action que ce médicament exerce sur l'économie est si puissante, que s frictions faites sur le ventre avec quelques grains d'extrait dissous dans l'alhol purgent au bout d'un temps tr'cs-court. On a même observé qu'il suffisait ■ le manier quel(|ue temps dans la main pour obscrv er ce résultat. Enfin on pporte qu'en Egypte , les gens de la campagne se purgent en creusant une Moquinte et en y mettant infuser du lait ou de l'eau. Mais celte manière d ol'rer est infidèle , et elle expose à une superpui-galiou plus ou moins violente , mslfi cas où le liquide dissoudrait une trop grande quantité de matière live. ( F. Ratier. )
COLOQUINTE. { T'oxiVo/o^'i'c. ) C'est l'un des poisons les plus acres. Un scz grand nombre de faits démontrent son aciion délétère. Des expériences fites par M. Ortila prouvent qu'administré a des cliiens à la dose de deux à Pois gros , soit en poudre , soit en macération dans du vin , soit en extrait , il iicne la mort dans l'espace de douze à vingt-cjuatre heures. 11 agit aussi avec ^aucoup d'énergie , quand on se borne à l'appliquer pulvérulent sur une aie faite à la cuisse d'un chien : il paraît alors être absorbé, car le gros inslin est le siège d'une phlegmasie très-intense. Ce poison est essentiellement l e. 11 détermine constamment une inflammation des oi ganes avec lesquels il 1 en contact, et par conséquent le tube intestinal est la partie essentiellement liade. Des observations assez nombreuses ont été rapportées dans les auteurs, viennent appuyer les faits que nous venons d'établir. Nous citerons la suiinlc qui n'a pas encore été publiée et qui est propre h faire connaître les sympmes et les altérations de tissu que ce poison peut développer. 11 est d'autant us imjiortant de les connaître que les charlatans exploitent souvent ce médi- Dient, à cause de sa grande énergie; on sait, d'aillcuis, que la médecine lit retirer de son emploi sage de bons résultats , et qu'aujourd'hui peut-être, médicament est trop peu employé.
Un homme de quarante-cinq ans, d'une forte constitution, portait depuis ng-teraps au genou droit une tumeur enkystée. 11 s'était adressé il une femme bitant les environs de 1 École-Militaire de Paris , qui avait essayé , mais en iin, diverses applications de substances végétales sur le genou ( cette femme l'ait dans le quartier la réputation de guérir les maladies les plus incurables), a maladie de cet ouvrier ne l'avait pas empêché de continuer son état; seulelent éprouvant du malaise depuis les tisanes qu'il avait prises, il se décida à prder la chambre le vendredi 2 septembre 1824. Le lundi 5 il but le matin , après l'avis de cette femme , une petite quantité d'une liqueur qui lui avait été émise par elle, et peu de temps après il eut des nausées, des vomisseraens , vec un sentiment de chaleur et de brûlure dans la région épi.jiastrique. I! en rit alors une seconde et une troisième dose, convaincu que le médicament roduisait son effet, et imbu qu'il était d'une confiance aveugle dans la peranne qui lui avait prescrit ce remède ; alors survinrent des évacuations alvines bondantes , et extrêmement multipliées ; alors se développèrent des douleurs ilolérables dans toute l'étendue de l'abdomen , et des coliques tellement vioîntes que le malade sautait dans son lit , se jetait et se roulait à terre , accusait ;s souffrances les plus grandes, tout en bénissant la main qui lui avait admiistré ce poison, et tout en tleinandant avec instance à ses camarades qui l'cn- Jiiraient une nouvelle dose du médicament. Bientôt les convulsions les plus fiolentes survinrent , et le malade expira dans la soirée.
i Celte mort rapide éveilla l'attention de la justice , et nous fûmes chargé de |/rocéder à l'ouverture du corps. Nous en rapporterons les principales alléra- [jions. Les membranes du cerveau étaient blanches et un peu plus épaisses que |e Coutume; la substance cérébrale, assez dense , n'était pas piquetée ni inîpctée; une cuillerée de sérosité rosée existait dans les ventricules latérau.x ; les jfaisseaux de la base du cerveau étaient assez gorgés de sang ; et après l'ablation [|e cet organe ainsi que du cervelet , on trouvait dans la cavité du crâne trois I quatre cuillerées de sérosité rosée. Les poumons étaient parfaitement sai ns ;-■ estomac et le duodénum d'un rouge livide à l'extérieur, l'intestin grêle d'une
couleur rosée ; la membrane muqueuse , gastrique et duodénale , d'un ronge vif parsemée d'érosions, boursouflée, se laissant enlever et déchirer avec lu plus grande facilité; ces altérations moins prononcées dans la moitié inférieure de l'intestin grêle; le gros intestin peu coloré K rexicrieur et à l'intérieur ; tout le tube digestif est vide.
On voit que ce poison n'exerce pas d'action directe sur le cerveau, que cetorgane n'est affecté que consécutivement à la phlegmasie du tube intestinal ; que par conséquent l'évacuation du poison des premières voies, que d'ailleurs il suffit de favoriser par l'eau tiède , et la médication an liphlogistique sont les seules indications à remplir. Il n'existe pas de contre-poison de la coloquinte.
( Alph. Devep.gie. )
COBIA , zco,w; sommeil profond accompagné d'insensibilité physiijue , et d'où l'on a |)eine à lirer les malades qui en sont affectés. Le coma est nécessairement le symptôme de quelque lésion du cerveau , et suppose le plus ordinairement une compression de cet organe due à une congestion ou à un éj)ancl!ementde sang, de pus, de sérosité, etc. Les palhologi.stes en distinguent deu.x variétés , savoir : le coma vigiL, qui est accompagné de délire , et le coma somnoLciUum , dans lequel le malade demeure profondément assoupi jusqu'à ce qu'on le réveille , pour retomber ensuite dans le mêuie état de sommeil.
Le coma est un sommeil plus profond ijue rassou])issement ou la somnolence, moins profond que le carus ; mais il est lié au même ordre de lésions, et doit par conséquent être étudié tîans ces mêmes lésions et non en lui même. (Fo) ez Apoplexie, ('atalepsie, etc. ) ( i'. Jollt. )
COMBUSTION HUMAINE SPONTANEE. Celle dénomination n'est applicable qu'à un genre particulier de combustion , qui se développerait scuts cause déterminante , soit à l'extérieur , soit à l'intérieur du corps de l'homme. Sous ce rapport, je ne pense pas qu'il existe de fait bien avéré de combustion humaine spontanée , et sans nier sa possibilité , je la mets en doute.
Ce que l'on doit entendre aujourd'hui sous celte dénomination, consiste donc dalTs une combustion d'une partie, ou même de la totalité du corps , reconnaissant pour cause déterminante, le contact, plus ou moins immédiat, d'une subst incc en ignition , et oû la masse de parties brûlées n'est jamais en rapport avec la faiblesse du moyen comburant. Comme ces sortes de combiisiions diffèrent, sous beaucoup de rapports, des brûlures même le.e plus profondes , il faut bien les en distinguer par une épithète^parliculière, et je crois qu'il est bon de lui conserver celle qui est à la tête de cet article jusqu'à l'époque où des faits plus nombreu.x, mieux observés peut être, feront connaitri' sa nature et permettront de la mieux spécifier. Les noms de flagration humaine, incendie humain , qui lui avaient été donnés , ne sont pas ap()licables à cet accident ; je vais exposer les principaux traits qui le caracléi iscnt et chercher ensuite à en expliquer les phénomènes.
Ce sujet est très-important pour la médecine légale ; c'est parce que Lecat l'avait approfondi, qu'il parvint à réhabiliter l'honneur d'un nomme Willet , condamné h une peine infamante , comme l'auteur de la mort de sa femme , qui avait réellement succombé h une combustion spontanée.
J'ai rassemblé sous forme de tableaux les faits qui m'ont paru les mieux constatés. S'ils n'y sont pas détaillés, au moins s'y présentent-ils dans un ordre tel , que l'on peut en déduire des conséquences générales. Je me réserve d'ailleurs tl'cn reproduire les particularités les plus importantes. J'y joins l'iiisloire particulière d une combustion que j'ai été à même d'observer et qui est encore inédite.
La nommée Bally (Marie-Jeanne-Antoinette ) , âgée tîe cinfpiante-un ans , blanchisseuse , demeurait à Paris , quai de l'École , au quatrième étage , dans un petit cabinet de huit à neuf pieds de longueur, sur cinq à six de largeur ; deux fenêtres très-étroites donnant sur un corridor éclairaient celle jiièce. Il y avait pour tous meubles une chaise, une cassette dans un coin de la chambre, et de petits rideaux de mousseline aux fenêties; il n'y avait pas île lit. Le soir du 25 déceiubro 1829 , cette femme rentra chez elle comme de coutume , c'està-dire dans un état d'ivresse. Le lendemain à huit heures du malin , les voisins sentant une odeur forte de fumée , on pénétra dans la pièce et on y trouva la femme Bally coucliée à terre presque totalement brûlée, les pieds tournés vers la cheminée oû il n'y avait pas de feu ; sous un de ses bras était encore le moiitant delà chaise sur laquelle elle s'était assise, et sous elle existait un gueu.x (pot de terre dans lequel les femmes du peuple mettent du feu pour cliauff>jr leurs pieds ). On y observait quelques débris de braise provenant de la combustion de la chaise; tout le plancher était tapissé d'une suie noire , et une poutre à nu dans le mur de la chambi e avait été superficiellement charbonnée ; la cassette était intact ainsi que les rideaux de mousseline des croisées , cjuoiqu'ils se trouvassent à trois pieds du cadavre. Celle femme était connue tians la maison pour s'enivrer tous les jours.
La levée du corps fut faite par l'autorité judiciaire , et il nous fut envo3'c h la Morgue. C'est après avoir été frappé de la combustion avancée qu il offrait , que j'ai cru devoir me rendre sur les lieux pour mieux juger de l'élat de la chambre oû la combustion s'était opérée.
Etat du radaui e. Cinq pieds de longuetir ; maigreur générale , f.ice et cheveux intacts , ainsi que la partie antérieure du col et la partie supérieure des épaules. La peau de la totalité du dos est détruite dans toute son étendue, ainsi cjuc celle des fesses; il n'en reste aucun vestige. Tous les muscles des goullières vertébrales et ceux du dos et des lombes sont grillés , cornés et réduits à un volume qui ne représente pas la huitième partie de leurs dimensions ordinaires; le coccyx et la majeure parlie du sacrum sont charbonnes , gras , onctueux au toucher. Il en est de même des côtes , mais à un degré moins avancé. Les os iliaques sont dépourvus do muscles. L'anus ainsi que la vulve sont conservés. Les
COMBUSTION ÎÎUMAÏNE SPONTANEE,
COMBUSTION HUMAINE SPONTANEE
côlés du ti oiic et sa partie antérieure sont dans le même état que la partie postérieure. Il n'existe des membres supérieurs que les os et une partie du moignon de l'épaule ; le reste des muscles ne consiste que dans quelques débris de fendons. En général les parties fibreuses paraissent avoir résisté plus que les portions musculaires. Bien que la combustion s'étendit de chaque coté jusqu'aux plis des bras , en parcourant tant le tronc que les membres , il existait dans le creux de chaque aisselle une portion de chemise encore intacte. Les membres inférieurs avaient été brûlés dans leur tiers supérieur. Les bas do cette femme n'étaient pas altérés.
Je suis porté à penser que ces brûlures profondes sont le résultat d'une combustion du genre de celles dont je fais l'histoire. Cette combustion a été tléferminée par le feu contenu dans le pot de terre; et l'étroitesse de la chambre explique facilement l'ignition de la poutre placée tout près du cadavre.
Les combustions spontanées sont communes à tous les pays, mais elles paraissent devoir être plus nombreuses dans les pays froids; les exemples recueillis en France sont assez multipliés , et presque toujours ils se sont présentés pendant des hivers rigoureux. Je crois que beaucoup de cas de ce genre on* échappé à l'observation des médecins appelés à faire les levées de corps. Ils méritent de fixer l'attention.
Les combustions spontanées reconnaissent pour causes prédisposantes l'abus des liqueurs alcoholiqUes : sur les dix-neuf cas que j'ai pu rassembler , seize le démontrent, et chez les trois autres on n'a pas noté si cette circonstance avait
lieu ou non; on peut donc établir que cette cause est presque générale. Quelques auteurs, et Lair en particulier, ont fait observer que l'embonpoint paraissait favoriser son développement. Sans nier la part que la constitution lymphatique peut avoir dans la combustion . je remarque que les individus s-rcs et maigres n'en sont pas exempts ; les n"* 8 et 17 en donnent la preuve; et chez le n" 8 la combustion a eu lieu avec une telle intensité, que malgré une grande quantité d'eau jetée sur le corps pour l éleinilre , elle ne s'arrêta qu'après l'ustion complète des chairs. Cependant la maigreur était , dit-on , extrême. Eu égard au sexe , les femmes paraissent y être plus prédisposées que les hommes ; seize femmes sur dix-neuf individus en ont été atteintes. Comment expliquer celte circonstance? Si l'on admet avec la ))Iupart des auteurs que l'abus des liqueurs spiri tueuses favorise singulièrement cet accident, on pourra s'en rendi'e compte par la connaissance de ce fait, que lorsqu'une femme s'adonne à l'ivrognerie, elle le fait avec excès, comme lorsqu'elle s'abandonne à toute autre passion : néanmoins il faut que la constitution y joue au rôle particulier, car nous ne trouvons que trois hommes alTectés de combustion spontanée, et certes parmi les ivrognes du sexe masculin, il en est un bon nombre qui peuvent rivaliser avec l'autre sexe. L'absorption serait-elle plus active ciiez la femme que chez l'homme et Timbibition des tissus par l'alcohoi aurait-elle lieu plus rapitlement ? Ce sont des questions qu'il est diflicile de résoudre d'une manière absolue. Il est bien vrai que nous voyons les médiramens actifs, exercer une influence directe sur les femmes, à une dose plus faible que chez les hommes , mais on ne peut pas établir de comparaison à ce sujet. Il ne s'agit pas ici des efTels de l'alcohoi sur le système nerveux .mais bien de sou tran-sport dans tous les tissus : la femme est dans le cas dont il est question , peu accessible aux effets de l'alcohoi; elle en a pris une telle quantité et si fréquemment , qu'elle n'en éprouve plus l'influence qu'à haute dose. L'âge devient accidentellement une cause prédisposante. Je dis accideiitellemeut , car il est rare de voir de jeunes fcnitnes adonnées à l'ivrognerie ; à cette époque d'autres passions les dominent; plus tard lorsque leur âge critique est arrivé , lorsque souvent des chagrins domestiques et la misère les abreuvent , alors elles se livrent à ce funeste penchant , et c'est ainsi qu'on voit la combustion atteindre les femmes entre ,50 et 90 ans. JVous ne trouvons qu'une exception à cette règle générale , c'est dans le n" 17 où la combustion fut limitée à un doigt, et où le sujet n'avait que dixs£[]t ans. L'âge doit en outre exercer une autre influence en vertu des modifications qu'il apporte dans l'exhalation : nul doute que la peau absorbe et exhale moins entre cinquante et quatre-vingt ans, qu'à une époque antérieure , et que l'exhalation est('rieure n'étant plus en rapport avec l'absorption intéiieure, ne doive favoriser l'inibibition des tissus. M ais une autre circonstance agit de la même manière et avec plus d'énergie, c'est le froid rigoureux de l'hiver. Sur dix cas où l'époque de la combustion est précisée , nous ti ouvons qu'elle a eu lieu en janvier , février , et décembi e principalement ; une fois en mars , et une fois en juin, encore ajoute t on que malgré l'époque avancée de l'année, le froid était assez intense. Or, quelle cause plus jjuissanfe du défaut d'exhalation rpie le froid qui resserre la peau et l'orifice de ses vaisseaux? N'est-ce pas sous l'influence de celte cause que se reproduisent une foule de maladies qui avaient disparu pendant les chaleurs de l'été.
Telles sont les causes prédisposantes que le tableau précédent nous permet d'établir. Quand aux causes déterminantes, elles consistent dans l'approche plus ou moins immédiate d'un corps en combustion, ce sera une chandelle , une lampe, une chaulTrette , une pipe, un foyer dans la cheminée, souvent trèspeu actif. Il ne parait pas nécessaire que le contact immédiat ait ou lieu, cardans beaucoup de cas les individus étaient placés à quelque dislance du corps comburant. Jamais il n'existe de rapport entre le foyer de la combustion et l'intensité de la brûlure.
Au moment de l'invasion, on a aperçu sur les individus soumis à l'influence àe la combustion une [>etite flamme bleuâtre s'étendre peu à peu à toutes les parties du corps avec une rapidité exliême, ou se limitera quelques-unes. Dans tous les cas cette fl.mimc persisterait jusqu'à la carbonisation, et même l'incinération des parties brûlées. On a plusieurs fois cherclié a l'éteindre avec de l'eau , mais sans y réussir ; on a touché ks parties en uition, et une matière
grasse s'est attachée aux doigts en continuant à brûler. En même temps e odeur des plus fortes et des plus désagréables , ayant quelque analogie ave. a corne brûlée , se répand ordinairement dans l'appartement; une fumée épais: noire, s'échappe du cadavre, et vient s'attacher à la surface des meubles, sij forme d'une suie onctueuse au toucher, et d'une fétidité insupportable. beaucoup de cas , la combustion ne s'est arrêtée que lorsque toutes les chi, ont été réduites en cendres, et les os tombés en poussière. Ordinaireraent|s pieds et une portion de la tête ne sont pas brûlés ; et lorsqu'enfin elle csteclplétement achevée, ou trouve sur le plancher uu tas de cendre tellement pei que l'on conçoit difficilement qu'il puisse représenter la totalité du corps. Ti't cela peut se produire dans l'espace d'une heure et demie. Il est assez rarejvoir les meubles qui avoisinent le cadavre prendre feu ; et si l'on veut jeter , coup d'œil sur la colonne du tableau qui indique l'élat des objet environnai on verra que même des vêtemens n'ont pas été endommagés : lesnumérosC. 10 et 14 en donnent la preuve la plus convaincante. Hàtons-nous d'ajoutij pour ne pas émettre de faits exclusifs , que, dans quelques cas , le contrairl lieu, ainsi que l'attestent les numéros 7 et 18.
La combustion humaine spontanée n'est pas toujours générale , l'exem] suivant lera mieux connaître cette variété que toute espèce de description.
(1 Uu prêtre nommé Berilioli étant monté en sueur dans une chambre, po s'y coucher, fit placer un mouchoir entre les épaules et la chemise; if se t ensuite à lire son bréviaire. Quelques minutes après , un bruit extraordinùi et des cris ayant été entendus , les gens de la maison accoururent et trouvère Bcrtholi étendu sur le pavé, et environné d'une flamme légère, qui s'éloign^ à mesure cpi'on approchait, et qui enfin se dissipa. Une lampe, auparava remplie d huile, était à sec et sa mèche réduite en cendre. Porté dans son et visité par un médecin, on trouva les tégumens du bras droit presque enti remeut détachés des chairs et pendans, de nièaie que la peau de l'avant-bra; ceux des côtés du tronc étaient fortement endommagés. Ces lambeaux fure enlevés et la mains droite scarifiée. La chemise du malade avait été réduite i cendre, ainsi que toute sa calotte; cependant les cheveux et le moucho placé entre les épaules étaient intacts. Le malade , au moment de l'accidenr avait ressenti comme un coup de massue c(u'on lui aurait donné sur le bil droit, et avait vu une bleuette de feu s'attacher à sa chemise et la réduire l'instant en cendre. Le lendemain de l'accident, tout le bras droit était da un état complet de spacèle. La surlendemain , la grangrène s'était emparée i toutes les parties brûlées, le malade était fatigué par des vomissemens cent nuels; en proie à une soif ardente, tourmenté par d'horribles convulsions, rei daul des selles putrides et infectes ; il avait en outre beaucoup de fièvre et i délire. Le quatrième jour il expira , après un assoupissement comateux ; et d rant ce sommeil on observa que la putréfaction faisait de tels progrès , que dé le corps exhalait une fétidité insoutenable. Ou voyait les vers quiensortaie courir jusque hors du lit, et les ongles se détacher d'eax-mêmos des doigts de main gauche. «
Enfin, nous rapporterons une dernière observation qui, seule de son gen nous parait propre à fixer l'attention des médecins. Margucrite-Frédériqii Catherine Heins, âgée de dix-sept ans , petite et délicate, mais jouissant d'u santé en apparence florissante, et bien réglée depuis l'âge de treize ans, quoj que ses menstrues fussent accompagnées chaque fois de grandes incommoilité était afi'ectée depuis long-temps de maux de tête et vertiges qui finirent parl't bliger de quitter le service et de faire le métier de couturière.
Elle était occupée à coudre dans la soirée du 21 janvier 1825 , lorsqu'ell sentit tout à coup une chaleur insolite dans tout le corps , et éprouva une sefi salion de brûlure vrolente dans le fioigt indicateur de la main gauche, au fflf ment où elle voulait prendre un morceau de cire. Au même instant elle vitsoi doigt entouré d'une flamme bleue, dans l'étendue d'un pouce h un pouce e demi, laquelle répandit une odeur sulfureuse particulière. Des effusions d'ea et une serviette mouillée dont le doigt fut enveloppé, ne purent rien conti , cette flamme. Les doigts furent plongés dans l'eau à différentes reprises , (| foule la main sembla alors être en feu. La malade se hâta d'aller chez elle , enveloppant sa main dans son tablier ; le feu se communiqua à ses vêteraens; mais la flamme ne fut Tisible qu'à l'obsciirilé. Arrivée chez elle, elle eut re cours à du lait , dont elle fit des applications pendant toute la nuit , jusqu'à c qu'elle réussit à éteindre la flamme. Cependant il lui resta dans la main un odeur sulfureuse qui se renouvela de temps en temps. Une saignée et quelque; médicamens soulagèrent la malade ; néanmoins , elle conserva une cuisson ar ; dente dans l'avant-bras gauche , qui exhalait parfois l'odeur sulfureuse men tionnée.
Le 25 février , cette jeune fille entra à I hopital général de la ville (Ham bourg ); la face interne du métacarpe gauche était couverte à celte époque di petites cloches ; une grosse vésicule se montrait au doigt médius , et le iende main on en voyait une autre au bout du doigt annulaire, dont la formation aval j été précédée d'une cuisson violente dans la partie. Ces cloches se comportèrCDi absolument comme des cloches de brûlures ordinaires, à cela près que leu base présenta une teinte rouge plus foncée , et que leur marche ne fut pas atiss rapide puisque leur développement complet durait ordinairement vingt-qnatr heures. En frottant le doigt indicateur malade avec de la laine , on y délermi nait une vive sensation de brûlure. L'appétit était médiocre, la soif intense, 1 pouls régulier , et la malade n'oli'rait d'autre phénomène morbide qu'une Ifgcr céphalalgie frontale. La nuit du 26 au 27 février fut bonne, seulement le soQi «leil fui interrompu par quelques tressaillemens vers le matin. Point de cloche nou.velles; mais la main gauche, dont la face dorsale et les doigts étaient dou loureux au loucher , conservait une chaleur particulière. Le thermomètre plac
C0.1IBUSTI0N HUMAINE SPONTANEE.
COMBUSTION HUMAINE SPONTANEE
ir celte main marquait 25» Réaumur; et seulement 17° dans la main droite. In fit sur la malade plusieurs expériences avec des matières combustibles , mais s résultats ne présentèrent rien de remarquable , et les meilleurs électromèes , approchés de la main affectée , pendant que la malade était placée sur Tiloir, restèrent absolument insensibles. Le défaut d'appétit et l'amertume de la )iiche furent les seuls symptômes généraux.
Le lendemain (28 février), diminution des accidens gastriques ; l'ardeur briinte dans la main gauche est aussi très-forte , et la température des deux mains même que le jour précédent. La cloche du doigt annulaire a disparu, celle 1 doigt médian est au contraire plus enflée et douloureuse. La malade aeuenire quelques tressailleraens.
1er mars. Même état. Des étincelles électriques tirées des bouts des doigts de main gauche occasionnèrent de vives douleuis; le lendemain, la cuisson du )utdes doigts, surtout de l'index, fut plus intense et l'agitation de la malade us forte, mais il ne se forma pas de cloches. Du reste , même état.
3 mars. La nuit a été bonne, mais les douleurs des doigis continuent. Nouîlle cloche au côté interne de la première phalange du doigt indicateur.
4 mars. La chaleur de la main gauche est de nouveau de 6° supérieure à :11e de la main droite. Du reste , même état. Les règles paraissent le 5 pour
première fois après l'accident, mais elles n'apportent aucun changement h situation de la malade. — 8 mars. Les menstrues continuent; tressaillemens
olens , ardeur brûlante dans la main gauche, avec 24° Réaumur ( 1 7" dans lu
ain droite). Plusieurs tressaillemens pendant la nuit, accompagnes de cris.
e lendemain cloche au petit doigt; les règles paraissent encore.
; 19-imars. Léger catarrhe, petite cloche au doigt index. Le reste est dans le
ètae état.
ler avril. line s'est rien passé de remarquable jusqu'à ce jour. Une douleur ve, manifestement rhumatismale dans le bras gauche, exige l'application d'iui isicatoire.
5 mai. Point de phénomènes nouveaux. La fille, saine et bien portante du ste, désire s'en aller, et elle sort de l'hôpital pour retourner à son ouvrage. Ce cas , remarquable par l'absence des circonstances qui accompagnent cominiément les combustions spontanées , et par la conservation de la partie affecc, est jusqu'ici le seul qu'on connaisse dans les annales de la médecine.
Cet observation nous fournit-elle un exemple de combustion humaine sponinée , dans toute l'acceplion de cette dénomination? Nous n'en avons pas la \eu\c certaine ; car la combustion a eu lieu le soir, lorsque la malade était à ludre, probablement auprès d'une lampe, d'une chandelle, etc. On ne dit en de cette circonstance. Est-elle un exemple de conibustion humaine sponnée du genre de celles qui sont rapportées dans cet article? Le début de l'afction semble l'indiquer , mais sa marche détruit ensuite toutes les présonip- )ns que l'on aurait pu établir à ce sujet. En effet qu'est-ce qu'une combustion ontanée qui se présente au bout de vingt-quatre jours de durée , avec les jèmes caractères qu'à son début , caractères qui , en résumé , sont ceux d'ime ùlure ordinaire au deuxième degré. Les phénomènes curieux de cette obsertion se sont passés hors de l'hôpital. Le rapport de la malade n'est attesté par icun médecin. Cette observation doit être prise en considération , mais elle : me parait pas suffisamment authentique pour que, d'après elle seule , on adette l'existence des combustions humaines spontanées. Nous sommes trop sount trompés dans les hôpitaux pour accueillir avec une entière confiance tous s faits merveilleux qui s'y observent.
Tels sont les principaux phénomènes que présente la combustion humaine ■ontanée , autant qu'on a pu les recueillir de personnes étrangères à la médene , venues pour donner des secours aux malades. Dans la grande généralité ?s cas , la combustion était totalement terminée, et Ton ne pouvait voir que s résultais.
Nous sommes naturellement conduits à exposer les principales opinions émis par les auteurs pour expliquer ce phénomène Quelques médecins ne voient en que de fort ordinaire dans cette sorte de combusiion humaine spontanée, oici comment s'exprime M. Dupuytren dans ses leçons cliniques {Lancette ançuise , février 1830, n° 97 , et nouveau Diclionnnire de mé lecine art. Comstion liumaine spontanée , par M. Breschet) : « L'alcohol , sous le rapport de m imbibition dans les tissus, n'entre pour rien dans le développement de la jmbustion. A une époque où les cadavres étaient rares, où il n'existait pas amphithéâtres publics , j'ai souvent brûlé , à l'aide de quelques fagots , les déris de plusieurs cadavres disséqués. Le feu y était mis le soir, et le lendemain latin tout était consumé : j'avais le soin d'y ajouter des parties graisseuses , et 1 combustion était d'autant plus active et plus prompte que ces dernif>res y ■iistaient en plus grande quantité. Je ne connais pas , ajoute-t-il , d'exemple de ombustion spontanée chez un individu maigre et sec; tous, sans exception , laient extrêmement gras. Si mainlenant on porte son attention sur les phéuolenes qui se manifestent à la suite d'une combustion spontanée, si l'on veut oter que la chambre dans laquelle elle a eu lieu et trouvée pleine de vapeurs paisses , les murs recouverts de matière noire carbonisée ; qu'ordinairement es ruisseaux de graisse couvrent le sol, avec quelques cendres, et parfois uelques fragmens osseux, et forment les seuls débris d'un corps naguère or- ;misé, notre remarque obtiendra une nouvelle créance. » « Voici comment les faits doivent se passer le plus souvent : Une femme rene chez elle après avoir pris une dose plus ou moins forte de liqueurs spiritueu- 3s ; il fait froid , et , pour résister à la rigueur de la saison , un peu de feu est Humé. On s'assied sur une cliaise, une chaufferette placée sous les pieds. Au oma produit par les liqueurs spiritueuses , vient se joindre l'asphyxie déterlinée par le charbon. Le feu prend aux vêtemens; dans cet état lu douleur se
DlGT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
change en une insensibilité complète. Le feu gagne , les vêtemens s'enflamment et se consument ; la peau brûle , l'épiderme carbonisé se crevasse , la graisse fond et coule au dehors ; une partie ruisselle sur le parquet, le reste sert.i entretenir la combustion ; le jour arrive et tout est consumé. "Voilà comme l'alcohol a été cause occasionelle de la combustion; c'est en produisant le coma qu'il agit, et non pas par un prétendu amalgame avec nos tissus. «
Quant à la flamme bleuàire qui l'accompagne presque toujours, voici comment s'exprime M. Dupruyten k ce sujet : Il n'est personne qui , dans les chaleurs, n'ait observé ce phénomène. Lorsque la putréfaction est avancée, que les corps ont pris cette couleur livide et bleuâtre qui la caractérise, et qu'on entre le soir dans les amphithéâtres, on est frappé d'une lueur phosphorescente, qui entoure et recouvre les cadavres, analogue à la phosphorescence que l'on remarque quelquefois sur la mer, dans les chaleurs de l'été. La plupart de ces corps appartiennent à des individus qui ne se faisaient pas faute de liqueurs alcoholiques; une auréole de combustion les entoure , et cependant on n'a jamais observé dans ce cas de combustion spontanée. »
Nous avons retracé avec détail les idées de M. le professeur Dupuytren , parce qu'elles appuient le mieux la première hypothèse émise sur la combustion spontanée. Pour nous, qui ne partageons pas -son avis , exposons actuellement les raisons qui peuvent porter à admettre quelque chose de plus qu'une combusiion ordinaire résultant de celle des vêtemens qui entourent l'individu brûlé. Je laisse momentanément de côté ce qui se rattache à l'iiiibibilion des tissus par l'alcohol , c'est la base d'une seconde hypothèse. M. Dupuytren a brûlé avec facilité et à l'àide de quelques fagots les débris de plusieurs cadavres provenant de la dissection. Voici comment s'exprime à ce sujet M. Breschet. (Nouueau Dictionnaire de Médecine) . v L'expérience m'a appris bien souvent , dans nos amphilhéâlres , que tous les cadavres mis au feu pour les déiruire ne brûlent pas avec la même promptitude; les sujets maigres, musculeux, jeunes, demandent beaucoup de combustible , pour être incinérés, tandis que les sujets gras brûlent rapidement et à l'aide d'une très-petite quantité de bois ou de tout combustible. »
La science possède plusieurs exemples de combustion humaine spontanée chez des individus très-maigres Lecal rapporte l'exemple d une dame Roison , âgée de quatre-viugls iius,Jbrl maii^re, et ne buvant que de l'eau-de-vie depuis plusieurs années, qui était assise dans son fauteuil devant le feu. Sa femme de chambre s'absenta pour quelques momens; à son retour, elle vit sa maîtresse tout en feu , elle crie; on vient; quelqu'un veut abattre le feu avec sa main, et le feu s'y attache corfime s'il elle l'eût trempée dans de l'eau-de-vie ou de l'huile enflammée. On apporte de l'eau , on en jette avec abondance sur la d.ime, et le feu n'en paraît que plus vif. // ne s'éteignit pas que toutes les chairs ne fussent consumées ; son squelette fort noir resta entier dans Is Jaulcuil qui n'était que roussi ; une jambe seulement et les deux mains se détachèrent des os. On ne sait point si le feu du foyer avait pris aux habits. La dame était dans la même place où elle se mettait tous les jours; le feu n'était point extraordinaire et elle n'était pas tombée. (Mémoire tie Lecat.) Je citerai encore le n^lS de mon tableau , et j'ajouterai que l'état en plus ou moins de l'embonpoint n'a été signalé , srir les dix-neuf exemples que j'ai recueillis , que sur quatre inilividus , deux sont très-gras et les deux autres très-maigres.
Loin que des ruisseaux de graisse couvrent presque toujours le sol, on ne trouve quelquefois qu'un simple las de cendres au lieu d'un cadavre et les diverses parties de l'appartement ne sont salies que par de la suie. Mais qu'on porte ses regards sur les individus dont les vêtemens sont journellement atteints par le feu , et l'on verra s'il en résulte pour cela des brûlures que l'on ne peut éteindre par l'eau, qui charbonnent la peau et les parties profondes du corps souvent dans un espace de temps fort court , comme chez le prêtre Bortholi? Si les brûlures sont accompagnées du développement d'une flamme bleuâtre que tout le monde a dépeinte de la même manière, c'est-à-dire en la comparant à celle que donne la combustion de l'alcohol ; la flamme de l'huile seule ou de la graisse n'était-clle pas blanche, très-élevée. surtout lorsque la graisse est à la température à laquelle doit se trouver celle du cadavre en pleine combustion? On conçoit très-bien que des portions de cadavre, placées au centre d'un foyei- , brûlent plus ou moins proraptement sous J'influence même de l'action du bois; mais ce qu'on ne conçoit pas, c'est que la flamme d'une chandelle , le contact de la chaleur produite par une chaufferette développent tout à couj) l'incendie complet d'un cadavre souvent même très-maigre , quand nos ancêtres avalent peine à incinérer leurs corps placés sur un bûcher ! Lorsque le supplice de la mort par le feu était en vigueur , on était obligé d'envelopper les individus de matières très - combustibles , afin de faciliter leur incinération; et comment d'ailleurs expliquer qu'une combustion aussi étendue ne produise.pas assez de chaleur pour mettre le feu aux meubles avoisinans, aux vêtemens même les plus légers placés auprès du foyer? En rapportant l'histoire des faits mentionnés au no 8 du tableau , on ajoute : » On trouva de plus auprès du cadavre consumé, les habits d'un enfant et un écran de papier qui n'avaient reçu aucune atteinte du feu. »
Les flammes phosphorescentes des cadavres placés dans les amphithéâtres de dissection , n'ont aucun rapport avec celles des combustions, car elles ne donnent pas les mêmes résultats. Ce fait, dont l'existence ne peut être révoquée en doute, prouve même contre l'opinion de M. Dupuytren, car avec le même phénomène nous avons deux résultats di fférens : il faut donc bien que le pliénomène reconnaisse deux causes diflêrenles.
Il nous paraît donc difficile de ranger la combustion humaine spontanée dans les combustions ordinaires , et dans cette dernière supposition plusieurs hypothèses se présentent pour l'expliquer : On peut admettre que chez les in-
COMBUSTION HUMAINE SPONTANEE
COMBUSTION HUMAINE SPONTANÉE
dividiis adonnés àTivrognerie, qui prennent une grande quantité d'alcohol, celte substance est absorbée, portée dans tous les tissus, et qu'il arrive un moment où ils en sont assez saturés , que Ton une passe cette expression, pour que l'exhalation par la peau ne soit plus en rapport avec l'absorption intérieure; que les divers systèmes de l'économie en sont alors impi-égnés, et que leur combustion devient facile, même à l'approche d'une cause déterminante bien faible. Dans celte hypothèse, qui est celle de la grande généralité des médecins , tout s'explique avec assez de facilité ; c'est en hiver que les combustions ont lieu , et en hiver l'exhalation est presque totalement suspendue surtout chez les vieillards; il a suffi le plus souvent pour la produire de l'approche d'une chandelle, d une bougie, d'une lampe , source de calorique bien peu puissante en comparaison des effets qu'elle développe. Dira-t-on que les vêtemens ont pris feu ? mais dans plusieurs cas , la partie brûlée était seulement recouverte d'une chemise ; une simple toile peut-elle incinérer jusqu'aux os ? une flamme bleuâtre l'accompagne presque toujours; c'est aussi la teinte de la flamme de l'alcohol. La combustion atteint les femmes de préférence aux hommes; mais d'abord l'ivrognerie des femmes est celle des liqueurs spiritueuses ; ensuite leur constitution lymphatique doit rendre leur tissus plus facilement combustible et perméable. C'est entre soixante et quatre vingts ans qu'elle est plus fréquente, et c'est à cet âge que les femmes boivent le plus d'eau-de-vie. Entin , dans la presque totalité des cas où elle a été observée, le sujet faisait abus depuis longtemps des liqueurs spiritueuses.
Nous sommes portés à donner la préférence à cette théorie , et tout en admettant Timbibition des tissus par l'alcohol, nous ne serions pas éloigné de supposer que ce liquide détermine une modification particulière des fluides et des solides, telle, qu'elle rendrait les tissus plus combustibles , mais cette modification nous échappe.
Est-il possible d'admettre en physiologie cette absorption de l'alcohol ? Plusieurs auteurs, et M. Marc dans son arlicle combustion spontanée du grand Dictionnaire de médecine , la regardent comme bien hasardée , la vitalité détruisant ou modifiant les substances ingérées dans l'économie. Mais pourquoi la rejeter quand on admet l'absorption du camphre, del'éther, de l'ail, et même de beaucoup de substances minérales, le sublimé et les autres préparations mercuricUes , même celles qui sont insolubles, l'arsenic, l'émétique, etc.? N'a t-on pas retrouvé dans Ees fluides des sécrétions certains principes ingérés dans l'estomac ? La matière colorante de la garance ne péuètre-t-elle pas tous nos tissus ? pourquoi donc se refuser à admettre l'absorption de l'alcohol ? Plusieurs observateurs, MM. Cuvier, Duméril et Breschet, aflirment avoir retrouvé dans les chairs d'individus morts d'ivresse , l'odeur de vin ou celle des liqueurs spiritueuses. Metzger soutient le contraire; j'ai eu cependant occasion, il y a peu de temps, de constater le fait à la Morgue, chez un individu mort d'ivresse.
M. Julia-Fontenelle a la à l'institut , en 1828, un mémoire sur les combustions humaines spontanées , dans lequel il a consigné des expériences qu'il avait faites à ce sujet. Je les aborde franchement, et je les regarde comme peu propres à combattre l'hypothèse à laquelle je donne la préférence. Il a pris des tranches de viande, les a fait macérer pendant très-long-temps dans de l'alcohol, de l'éther, de l'huile essentielle de tcrébenihine ; et lorsqu'il lésa approchées d'un corps enflamme, elles ont brûlé, tant que l'alcohol qu'elles contenaient a suffi pour entretenir la combustion, et n'ont plus prcsenlé ensuite' qu'un état légèrement charbonneux ou corné à leur surface. Les premiers efl'ets de la macération d'une matière animale dans l'alcohol , c'est une augmentation de densité des tissus avec diminution de leur volume ; la matière devient analogue à du parchemin. Ces efl'ets ont été ici d'autant plus prononcés, que l'on s'est servi d'alcohol à 38o ; or peut-il y avoir la moindre comparaison à établir entre un tissu racorni, dur, très-probablement modifié chimiquement par l'alcohol qui agit sur la graisse, l'albumine et la fibrine qu'il renferme, et une matière animale vivante dans les milliers de vaisseaux de laquelle on supposerait l'alcohol introduit?
On objecte encore à cette théorie l'expérience suivante. Si l'on allume une lampe à esprit de vin, l'alcohol brûle et la mèche reste intacte; ainsi donc, ajouta-t-on , en supposant l'imbibilion des tissus par l'alcohol, ils ne devraient pas brûler lors de la combustion de ce dernier, dont la chaleur n'est pas suflisante po ir enflammer une mèche de colon. Mais on ne remarque pas que la mèche, plongée par une de ses extrémités dans l'alcohol, s'imbibe oontinuelleiçent de ce liquide, par son tissu qui fait l'office de tubes capillaires et qu'elle fournit ainsi à la combustion. Aussi, lorsque la lampe est tout-à-fait vide, le coton de la mèche brùle-t-il.
M. Marc , partant de cette donnée , que la substance combustible doit avoir la |>ropriété de pénétrer ayec facilité dans toutes les cellules et les vaisseaux de
l'économie ; que les gaz inflammables sont les corps qui réunissent le mieux conditions, admet que sans leur secours on ne saurait expliquer la combii bilité. Il suppose donc qu'un gaz inflammable doit s'accumuler dans les celli du tissu cellulaire, ainsi que la lymphe s'y accumule chez les hydropiques ;t i sans admettre comme préexistante toute la quantité de gaz nécessaire pir achever la combustion totale du corps, on peut supposer avec fondeœit que celle-ci se complète en donnant lieu à un nouveau développement gaz qui s'eflectue des parties enflammées , surchargées d'hydrogène.
A l'appui de cette théorie, il cite les faits suivans : Morton vit sortir flamme sous la peau d'un cochon, au moment de l'incision. Ruysrh observai fait semblable en approchant une lumière de l'estomac d'une femme qui p dant quatre jours avant sa mort n'avait pas pris de nourriture. Un bouchei Neuf-chàlel ayant ouvert, en 1751, un bœuf qui depuis quelque temps était li malade et très-enflé , il s'échappa de la panse un jet de flamme qui s'éleva à p de cinq pieds de hauteur. Ce gaz avait été allumé par l'approche d'i lumière que tenait une jeune fille. Enfin, le docteur Bailly a fait une expérie plus curieuse en présence des élèves , sur un cadavre extraordinairement ( physémaleux. Chaque fois que l'on faisait une incision longitudinale, il dégageait un gaz qui brûlait avec une flamme bleue. La ponction de l'abdoii en donna un jet qui produisit une flamme de six pouces de hauteur.
M. Marc rapporte en outre , d'après des auteurs dignes de foi, que plusie: individus qui faisaient abus de l'eau-de-vie , ont eu des éructations inflamc bles; et partant de cette donnée, que l'on ne peut nier le développement gaz inflammables dans le corps humain, il doit aussi être permis d'admel leur accumulation plus ou moins grande dans le tissu cellulaire , suivant q i est plus ou moins lâche; que par conséquent le tronc sera aussi le plus si à cette accumulation ; le corps humain rendu ainsi combustible , il admei nécessité du voisin^ige d'un corps enflammant; mais comme la combust.. spontanée a lieu d'une manière rapide et générale, il regarde comme insuffisjt le voisinage d'un corps en combustion , tel qu'une chandelle , une lampe, ei ce qui l'engage à admettre une disposition idio-électrique de l'individu, s'i puyant sur les faits bien connus du développement d'électricité de certai parties du corps de quelques personnes, pendant les froids rigoureux de l'hiv soit en se peignant les cheveux, soit en ôtant un vêtement de laine ou de s( Il suppose alors que l'étincelle électrique, une fois développée, parcourt tt le corps avec une rapidité telle , que les victimes n'ont pas le temps d'appe du secours. Cette théorie repose donc sur deux faits principaux : le dévelop ment d'un gaz inflammable dans le tissu cellulaire ou dans les cavités du tro et un état idio-électrique, susceptible de produire spontanément la combusl i de ces gaz. Or il ne peut pas y avoir de développement de gaz dans le ti i i, cellulaire , sans un état emphysémateux ; il n'a jamais été noté ; et les indivi chez lesquels la combustion spontanée s'est manifestée étaient la plupart d i un état parfait de santé. En supposant même que cette accumulation de gaz existé , il serait impossible de concevoir son inflammation dans les cellulesji tissu cellulaire; car la flamme ne peut pas pénétrer à travers une toile me jlique et à plus forte raison à travers les pores de la peau. Supposerons-n 't sa sortie au moment de la combustion ? il faudra alors admettre sa reproduct continuelle pour l'entretien de celle-ci. D'une autre part , la supposition d état idio-électrique est une complication d'hypothèse qui n'est pas justifiée ■ des faits.
Enfin, M. Julia-Fontenelle a supposé qu'il existait , principalement chez femmes , une diathèse particulière , qui , jointe à l'asthénie qu'occasione l'â une vie peu active , et l'abus des liqueurs spiritueuses , peuvent donner lie une combustion spontanée. Que si , ajoute-t-il, l'alcohol joue un rôle dans ce afl't'clion, c'est en donnant lieu aux causes précitées , c'est en produisant ce dégénérescence dont nous avons parlé, laquelle engendre de nouveaux prodi très combustibles , dont la réaction détermine la combustion des corps. Ce explication est de nature à ne rien expliquer; ellene me paraît pas susceplil de discussion ; elle est du genre de celles que l'on admet en médecine qiia le raisonnement devient insuffisant.
Si nous avons adopté une opinion sur la combustion humaine spontané c'est que nous la croyons capable d'expliquer tous k's faits authentiques c la science possède en ce moment ; nous sommes loin de la donner comme ci taine, et les dissidences d'opinions que nous avons reproduites dans cet artic engageront les médecins à recueillir avec le plus grand soin tous les faits q leur pratique pourra leur faire rencontrer. Ceux déjà connus doivent ctrepi fondémcnt gravés dans la mémoire des médecins légistes afin qu'ils ne s'ex[. sent pas à laisser monter à l'échafaud, l'homme que les soupçons de la maire lance ou ceux de l'impéritie ont déjà conduit sur les banc des accusés.
( Alph. DEVEReiE. )