J.-L. BÉGIN
DENTELA.IRE D'EUROPE, /'/j/raJag-o earo/^cea , herbe an cancer, malhcibe; pentandrie monogynie , Linn. ; plumbagiiiées , Jbss. La deuftlairc est une plante assez peu connue, et peu employée chez nous, mais fort commune dans les déparlemeiis méridionaux île la France et dans tout le midi de l'Europe. Son activité très-considérable l'a fait remarquer depuis long-temps, et lui a donné une réputation populaire ; mais ou peut voir là , comme dans beaucoup d'autres cas, avec quelle légèreté on procédait autrefois; car on ne possède pas même d'analyse chimique d'un médicament dont l'acreté extrême devait fixer l'attention des observateurs. En efi'et, toutes les parties de la plante, et spécialement la racine, renferment un principe âcre qui paraît de nature volatile,, puisqu'il s'atténue par la dessiccation.
Appliquée sur la peau, la racine dti dentelaire l'irrite et l'enflamme ; et, dans quelques cas, on a vu l'inflammation qu'elle produit devenir assez considérable pour exiger la saignée et tm traitement antiphlogistique actif. On l a quelque fois employée comme masliealoire , et elle a produit alors une copieuse sécrétion de salive. Les essais qu'on a tentés sur ses propriétés vomitives et purgatives n'ont pas eu de suite , à cause de l'incertitude des résultats. On a reconnu cependant qu'elle agissait sur les voies digestives à la manière des substances acres.
Il n'est pas douteux que la dentelaire , ou plutôt le principe âcre qu'elle renferme, ne pût trouver place dans la matière médicale, si d'ailleurs on ne possédait une surabondance de substances analogues.
Les vertus anlicancéreuses , antidysentériques ou autres de la dentelaire sont maintenant oubliées , et ne sont plus de nature à provoquer une discussion sérieuse; mais il est convenable de dire ici quelque chose de sa propriété antipsori([ue , dont la croyance , long-temps maintenue , vient de s'éteindre , il y a quelques années. Tous les auteurs de matière médicale disent que la dentelaire était employée dans le midi tie la France , depuis un temps presque immémorial, contre les affections psoriques. La Société royale de médecine fit constater ce fait par ses commissaires , et depuis lors la réputation de la dentelaire semblait fixée d'une manière inébranlable. Le professeur Delpech, de Montpellier, avait coutume de traiter les galeux avec l'huile de dentelaire, préparée comme il sera dit plus bas. Il arriva que, par la négligence ou l'infulelitédu pharmacien , quelques personnes n'employèrent, au lieu de celte huile médicamenteuse, que de l'huile d'olives fraîche, et qu'elles n'en guérirent pas moins d'une manière prompte et solide. Cette observation ne pouvait être pertlue pour l'habile professeur: il fit des expériences en grand , et trouva que les onctions huileuses simples guérissaient la gale plus promptement , non seulement que les frictions avec l'huile de dentelaire, mais encore que les frictions sulfuro-savonneuses. [V oyez Journal général de Médecine , lora. 99 . pag. 107 et suivantes. )
Voici comment on einployait la dentelaire : on prenait trois onces de racine, que l'on faisait bouillir dans une livre d'huile d'olives , qui, par cette opération prenait une teinte verdàtre. Le résidu de la décoclion était enfermé dans un nouet de linge. C'est avcccenouet, trempé ilaiis l'huile ainsi préparée, qu'on faisait des onctions ou des frictions sur les parties couvertes de boutons. On ne voit pas trop à quoi sert le nouet ; si l'huile est bien préparée, et que la décoction y ait introduit toutes les parties actives du médicament, le résidu doit être insignifiant. ( F. IUtier. )
DENTIFRICE. P'ojez Dekt.
DENTITION, dentiiio , cJb-j-ixtrii , c-h-j-Kfjiy.; éruption des dents; c'est du moins de cette façon qu"il fai.it entendre le terme deutiliou eu médecine pr;jti-
que; la formation première , le développement ultérieur des dents jusqu'à leu apparition ne doivent point nous occuper ici.
On dislingue une première et une deuxième dentition ; la première mérit surtout notre attention, à cause des phénomènes morbides auxquels elle donn fréquemment occasion ou naissance ; ces désordres nous occuperont surtout mais il faut aussi dire quelques mots des phénomènes normaux qui la signaler et l'accompagnent.
§ Ii?r. Pkéiiumènes normaux de la première dentition. — On a vu plus d'un fois des enfans naître , comme Louis XIV , avec une ou plusieurs dents, et un fois même nous avons trouvé , à la naissance , deux incisives , non seulemci sorties , mais presque tombées , puisqu'elles ne tenaient plus aux gencives de I mâchoire inférieure que par un long filament charnu. D'autres fois, au cor traire , la dentition est retardée jusqu'au commencement de la deuxième annéi ou plus tard même encore , à l'âge de onze ans par exemple , ainsi que 1 éprouvé une jeune personne que nous avons eue sous les yeux ; à la vingt-un ou vingt-deuxième année, comme on en cite un cas dans les observations d Smellie { Acc. t. 3 , p. 423). Mais d'ordinaire c'est du milieu à la fin de la pic mière année que l'on voit le bord alvéolaire des mâchoires s'épaissir, se sépare en bosselures de plus en plus saillantes , et en même temps l'enfant perdre 1 sotiimeil, s'agiter, se plaindre, porter les doigts à la bouche , répandre abori damment la salive , mordre les corps qu'on lui présente et trouver souvent un' satisfaction évidente lorsque l'on presse ou qu'on frictionne avec le doigt 1( gencives tuméfiées. Le prurit douloureux qui motive ces particularités se prci page quelquefois au voisinage, et l'on voit alors l'enfant se frotter souvent lesUl vres, les narines, l'angle des yeux; agiter sa tète surToreillier par un balancemeil latéral souvent répété, surtout quand c'est à la mâchoire supérieure que l| douleur a son principal siège. Cet état peut durer plusieurs semaines et mêrni plusieurs mois; l'éruption, en effet, ne suit pas toujours de très-près le grot sissement des gencives; s'il est des enfans dont les dents sortent presque ini tantanément et sans douleurs, il en est chez lesquels celte éruption sembi pendant long-temps imminente avant de se terminer, et l'on peut juger qu ce terme n'est pas prochain encore, quel que soit le volume du bord alvéolairt tant que l'on voit régner sur sa superficie ce filet saillant , reste du bor tranchant qui dans les premiers temps de la vie représentait seul les gencive: Lorsque ce filet s'efface, la gencive rougit, s'amollit, devient très-sensible a moindre contact , et la salivation redouble , à moins que la fièvre ne soit ass< vive pour la supprimer. Peu après , un point devient blanchâtre, une simpi pellicule recouvre l'extrémité delà dent, puis cette pellicule se perfore comir par ulcération, une pointe, un angle du petit os fait saillie ou bien paraît et core entouré d'un bourrelet qui en surpasse le niveau. Ce premier travail fait il arrive souvent que les progrès ultérieurs se font avec rapidité, et que la coi ronne soit tout entière en deux à trois jours; d'autres fois il faut encore bear coup de temps pour ce dernier effort , surtout si la dent est mtilticiispidt (molaire ); car alors chaque pointe perfore assez souvent isolément la gencivi' et ce n'est qu'après la réunion de ces ouvertures isolées que l'éruption se con plète. Les accidens sympathiques cessent pourtant ou diminuent du moir beaucoup après la première perforation.
L'ordre suivant lequel sortent les dents varie fréquemment; voici néanmoin en peu de mots celui qui peut être considéré comme le plus ordinaire. De si mois à deux ans et demi paraissent, à intervalles variés, d'abo)-d les incisive: médianes, ptiis les latérales , les premières molaires , les canines, les deuxièm» molaires; les dents de la mâchoire inférieure précèdent assez généralement leurs homonymes de la mâchoire supérieure. A ces vingt dents s'ajoutent, veil la cinquième année, quatre premières grosses molaires, qui établissent el quelque sorte le passage entre la première et la deuxième dentition; car elle' sont persistantes comme celles t[ui doivent les suivre. \ § II. Phénomènes normaux de la deuxième dentition. — C'est versl'âge desed ans que les incisives s'ébranlent, se détachent ou sont arrachées au moindre cl? fort; elles sont bientôt remplacées par des dents plus larges et plus fortes, surtonl| en haut. Le renouvellement des vingt dentsdela première dentition se faitdan' le même ordre que leur éruption, mais avec bien plus de lenteur et d'irrégularit i encore, et ce n'est qu'après ce renouvellement, c'est-à-dire vers 11 ou 12 ans qu' paraît la deuxième grosse molaire; la troisième tarde jusqu'à l'âge de 21 ans env i ron, etde làlenoradedent desagessequ'on luidonne. Sou apparition est quelque^ fois bien plus tardive encore, et il n'est même pas rare qu'elle manque tout à faili Les symptômes dont il a été question plus haut pour la première denlilioij n'accompagnent point leur renouvellement : les dents nouvelles sont apparenf tes aussitôt ou presque aussitôt après la chute de celles qu'elles doivent rem) placer; mais quelque chose d'analogue a lieu, a un degré ordinairement bieij plus faible , lors de l'éruption des grosses molaires. | § III. Phénomènes morbides de la première dentition. — Sans doute on f quelquefois exagéré l'influence de la dentition sur la santé des enfans en ba âge ; mais ce serait tomber dans une grave erreur que de soutenir avec quelquel médecins la parfaite innocuité de cette fonction si fréquemment laborieuse! Souvent , nous n'en doutons point, elle n'est qu'une cause occasiouelle , qu'uni' circonstance propre à décider une maladie imminente; mais qu'elle agissd comme cause essentielle ou accessoire , -elle n'en est pas moins une complical tion fâcheuse et qui mérite foute l'attention du médecin. Le trouble qui en rc| suite peut se faire ressentir dans toute l'économie , ou du moins dans toute lél tendue des principaux systèmes qui répandent partout la nulrilion et la vie, lij vasculaire et le nerveux ; ou bien il borne ses effets à un appareil , à un organe | Celte considération déterminera l'ordre que nous allons suÎTre dans l'exposé de I incommodités dont la première dentition peut être cause. i
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