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Levain. Essai sur l'eczéma. Paris, 1830. in-i

, (P. R.iTEn.)

ELECTRICITE ( thérapeutique. ) Le sentiment de la conservation et le désir de la santé sont si naturels à I homme , qu'il n'est presque pas de découverte nouvelle dans laquelle il n'ait cherché un moyen de calmer ses maux, (fe prolonger sa vie, et dont il n'ait fait une application à la médecine. Dans une foule de cas , il est vrai , ces applications ont été stériles ou même fâcheuses ; parce qu'avant de les tenter , on n'avait pas sullisamment étudié les propriétés des agens qu'on poussait, en quelque sorte, dans le domaine de la thérapeutique. C'est qui est arrivé pour l éleclricité. A peine les premiers phénomènes en sont-ils observés qu'on veut les utiliser ; des hypothèses s'élèvent; on ne connaît ni la nature intime ni la cause des phénomènes observés, et cependant on conclut analogie entre le fluide nerveux et le fluide électrique. D'ailleurs la théorie physique même de l'électricité ne présente pas de consistance, et subit successivement des variations remarquables. D'abord on admet deux fluides C[ui tendent à se combiner et à s'équilibrer dans les corps ; plus tard, on n'en reconnaît plus qu'un seul , qui suit de grands courans, et qui s'accumule dans les corps, ou leur est soutiré suivant diverses circonstances. Après la découverte de l'électricité vient celle du galvanisme , qu'on croit d'abord être un ordre de phénomènes différens ; mais bientôt des recherches plus exactes montrent que la différence n'était qu'apparente , et que c'était seulement un cas particulier du développement de l'électricité : aussi la réunion fut-elle promptement opérée; et les travaux modernes tendent à rassembler dans un même faisceau les faits relatifs au magnétisme avec ceux de l'électricité et du galvanisme.

On a traité à l'article Aimant de tout ce qui est relatif à l'usage médical du magnétisme ; nous n'avons donc à exposer ici que les effets de l'électricité sur l'économie animale , et les applications qu'on en peut faire au traitement des maladies; nous supposons connues de nos lecteurs les théories anciennes et modernes, dont rex.position appartient aux ouvrages spéciaux. D'ailleurs les faits sont indépendans de la manière de les envisager, et c'est d'eux seuls que nous nous occuperons ; et nous tâcherons de les présenter de telle sorte, que le changement c(ui pourra survenir dans les doctrines physiques , n'influe pas sensiblement sur les jngemeus et les préceptes que nous allons consigner dans ce travail.

On sait l'influence qu'exerce sur les êtres vivans l'électricité de l'atmosphère ; l'état de mal-aise , d'abattement et d'anxiété qu'on éprouve par le temps orageux en est une preuve. Mais d'ailleurs ce phénomène se dissipe sans laisser de traces au bout d'un temps assez court, et ne peut fournir que de faibles lumières sur les effets de l'électricité , produite et administrée au moyeu de nos appareils. L'action funeste de la foudre elle-même n'apprend rien à ce sujet; car , ni chez les animaux qu'elle tue , ni chez ceux qu'on fait périr par une sorte de charge électrique, l'ouverture des corps ne fait rien découvrir qui mette sur la voie des connaissances positives.

A l'époque où furent faites les premières expériences sur l'électricité appliquée au corps de l'homme , on l'ut frappé de l'action énergique qu'elle exerçait, et l'observation de ces phénomènes remarquables parla facilité et la régularité avec lesquelles on pouvait les produire, fit naitre de brillantes espérances et de séduisantes théories. On avait fait mouvoir et revivre , en quelque sorte , des cadavres : on crut .-jvoir découvert et saisi le principe de la vie; on pouvait le rendre à ceux qui l'avaient perdu , ou tout au moins le ranimer là où il serait languissant. Qu'est-il resté de tout cela ?

L'électricité administrée , soit au moyen de la pile galvanique, soit au moyen de la machine , diffère dans ses résultats en ce que , dans le premier cas , son action est plus soutenue, tandis que , dans le second , elle est plus énergique. Si l'on met un individu en contact avec le conducteur d'une machine électrique en action , l'électricité, s'il n'est pas isolé , le traverse pour se rendre au réservoir commun : on ne remarque pas qu'il s'opère chez lui aucun changement notable , et lui-même n'éprouve aucune sensation particulière. Dans le cas QU

lÉLECTRICIïÉ.

ÉLECTRICITlé.

le sujet est isolé , le fluide s'accumule chez lui ; on voit se hérisser les cheveux elles villosités à l'approche d'un excitateur; on peut tirer de toutes les parties du corps des étincelles lumineuses. D'ailleurs , dans les expériences qui ont été faites sur cette espèce de ôr/m e/ec<AvV/;(e ( c'est ainsi qu'on l'appelle ), on n'a rien remarqué qui dénolât une action spéciale sur aucun organe , et les cfTets qu'on en a observés, savoir: l'accélération du pouls et l'accroissement de la transpiration cutanée, sont des phénomènes généraux qui , outre qu'ils n'ont pas lté constatés d'une manière constante, se présentent dans presque toutes les circonstances où l'économie se trouve soumise à une stimulation quelconque, et même dans ceux où les sujets sont soumis à l'action d'un appareil dont la nouveauté peut agir sur leur imagination.

Lorsqu'au lieu d'immerger le sujet de l'expérience dans un bain électrique , ou présente une partie de son corps à un conducteur de la machine en mouvement, il se procluitdes étincelles qui font é(irouver, dans le point qu'elles frappent, une douleur plus ou moins vive, semblable à un pincement, et à laquelle se joint, si l'appareil est d'une assez grande dimension , une secousse douloureuse , produite par la contraction brusque d'un ou de plusieurs faisceaux de fibres musculaires sous-jacentes au point frappé par l'étincelle. Ces contractions, d'ailleurs, sont absolument semblables à celles qui surviennent spontanément dans diflérenles afl'ections convulsives , ou qu'on provoque par l'administration de la strychnine. Le même phénomène a lieu lors([ue , l'individu étant isolé et saturé , en quelque sorte , d'électricité , on présente , à quelque point de la surface cutanée, un conducteur qui ne soit point terminé en pointe ; l'étincelle se fait apercevoir , et les contractions musculaires se manifestent : et, d.ins l'une et l'autre expérience, si les étincelles se succèdent nombreuses et rapides , la peau devient douloureuse et rouge , elle s'échauffe, et finit par devenir le siège d'une inflammation qui s'étend en rayonnant; précisément comme celle qu'on produirait en plaçant un point de la peau au foyer d une lentille convexe. Cette inflammation pourrait aller jusqu'à la mortification.

On peut se servir, au lieu de conducteurs terminés en boule , comme ceux qu'on emploie communément , dépeintes soit jmétalliques , soit faites de bois ou de telle autre substance non conductrice. Alors on épi'ouve dans la direction de la pointe une sensation qui, dans le premier cas, n'est qu'un souffle léger, et dans le second, un picotement faible accompagné d'un petit bruit de crépitation, et d'une aigrette lumineuse lorsqu'on est dans l'obscurité. L'action de CCS pointes est extrêmement faible , en ce qu'elle ne s'exerce que sur un point infiniment circonscrit. Il y a entre cette manière d'administrer l'électricité et celle qui consiste à employer les conducteurs en boule , la différence qu'on observe entre les eCTets des douches , suivant le diamètre de l'ajutage dont on se sert.

La même comparaison s'applique également bien à l'électrisalion par frottement ou à travers la flanelle , qu'on peut assimiler à la douche en pluie , ilans laquelle cent petites colonnes d'eau viennent frapper les parties que l'on veut douclier. Chacune des villosités devient un conducteur ; d'où il résulte que le jet électrique se trouve divisé à l'infini. Dans ce cas , on voit l'action de l'électricité être plus superficielle que profonde; elle se borne à la peau , et y suscite un fourmillement accompagné d'une douce chaleur.

Il est un autre moyen d'administrer l'électricité qui consiste h l'accumuler ilans un réservoir, connu sous le nom de bouteille de Lej'de , et h la transmettre ensuite, soit d'un seul coup , soit par des décharges successives et graduées à volonté. Lorsqu'on fait communiquer la garniture de la bouteille avec la doublure extérieure , le sujet ou les sujets de l'expérience épiouvent, dans les parties comprises dans le cercle électrique, une secousse plus ou moins considérable, suivant la force de l'appareil. Cette commotion, qu'il est difficile (le se figuier quand on ne l'a pas ressentie, se propage le long des bras par c.semple , jusqu'à la poitrine , qu'elle comprime douloureusement; elle peut inème,loi squ'elle est très-énergique, devenir dangereuse, ainsi qu'on l'a constaté sur des animaux qu'une décharge électrique a tués par une véritable fidminalion. Il est à remarquer que ces elTets se partagent, sans s'alTaiblir , entre un très-grand nombre d'individus. La secousse éprouvée au moment du choc est le leul phénomène sensible de l'électricité ainsi appliquée. Il ne laisse après lui aucune trace appréciable , pas même dans le cas où il a eu lieu d'une manière assez puissante pour déterminer la mort. On sait , en effet , qu'on ne trouve chez les animaux, ni chez les hommes frappés de la foudre, ni chez les animaux sacrifiés dans les expériences, aucune lésion d'organes qui puisse rendre compte de la mort. Cependant, le D'' Andrieux, qui s'est occupé avec beaucoup de zèle et de talent de l'électricité médicale, nous a dit avoir trouvé chez les animaux r[n'il avait tués par des décharges électriques , des déchirures du cerveau. Ce fait, bien constaté, aurait une grande importance ; il prouverait encore qu'il n'y a pas d'effet sans cause , et que, lorsqu'on n'a pas trouvé celles de la mort, c'est qu'on ne les avait pas bien cherchées.

Les phénomènes produits par la pile galvanique, bien qu'analogues à ceux que nous venons d'exposer, offrent quelques particularités qui ne sont pas à négliger. Si l'on applique , sur la peau saine et préalablement humectée, le ;onducteur zinc d'une pile galvanique, le pùle cuivre étant posé à une distance ilu3 ou moins considérable . il y détermine une sensation douloureuse de chaleur et de piqûre, et la partie qui se trouve en contact immédiat avec le conlucteur devient le siège d'une inflammation qui s'avance avec rapidité jusqu'à a gangrène. L'cscarrhe c(ui se forme alors est plus ou moins étendue , suivant a durée de l'application, la force de la pile, etc. Lorsqu'au contraire on dirige action du galvanisme sur une surface exhalante naturelle ou accidentelle, sur me plaie par exemple, on voit la sécrétion purulente s'y opérer d'une manière rès-active. D'ailleurs, le contact prolongé amène, comme à la peau , la dc-

DlCT. DE MÉDECIKB ÏT DE ChIGURGIE PRATIQIES.

sorganisalion des tissus. Des expériences que nous avons été à même de faire nous ont permis de constater un fait important, et de rectifier uue erreur échappée à un savant observateur. M. de Humboldt avait avancé que les produits de sécrétion , ainsi accrus , acquéraient des propriétés irritantes. Il avait observé sur lui-même , en effet, que la plaie d'un vésicatoire, mise dans un cercle galvanique, laissait couler une sérosité tellement .^cre et corrosive qu'elle enflammait toutes les parties sur lesquelles elle passait. En administrant le galvanisme à une malade affectée de paraplégie , et qui avait au dos plusieurs plaies de moxa en suppuration, nous avons vu la sérosité, qui était sécrétée sous l'influence de celagent , rougir et enflammer les parties sur lesquelles elle coulait. Cependant cette sérosité n'avait pas de propriétés irritantes ; elle n'agissait comme rubéfiante que sur la peau de la malade, et pas du tout sur celle des assistans, où nous l'appliquâmes à plusieurs reprises. Ayant observé , de plus, que l'eau dont nous humections la peau saine formait également une traînée douloureuse et inflammatoire, nous fûmes conduits à conclure que les liquides n'avaient pas de propriété spéciale ; que seulement ils étendaient la sphère d'action du galvanisme, et l'éparpillaient en quelque sorte, comme le fait la flanelle qu'on applique sur la peau lorsqu'on administre l'électricité par frictions.

Nous avons vérifié ce fait en répétant l'expérience et en la variant de plusieurs manières; tantôt en dirigeant le conducteur sur la peau humectée d'eau pure , ou d eau acididée , que nous étendions de manière à former diverses figures ; tantôt en l'appliquant sur des plaies de vésicatoircs, de cautères ou de moxas. Nous ne nous sommes pas bornés à appliquer sur la peau saine la sérosité puriforme recueillie à leur surface. Nous l'avons introduite sous l'épiderrae avec une lancette; le tout sans aucun résultat.

L'action du galvanisme ne se borne pas seulement à la peau ; elle ne s'exerce même sur elle , d'une manière énergique , que lorsqu'elle est soutenue , c'està-dire , quand le conducteur est maintenu en contact prolongé avec le même point d'une |)artie vivante quelconque. Les parties musculaires sont celles qui en ressentent le plus vivement l'influence , ou du moins qui la manifestent d'une manière non équivoque , en se contractant , avec plus ou moins de force et de rapidité , suivant la force de l'appareil dont on fait usage. Si l'on place chacun des conducteurs sur l'une des tempes , et qu'on mette par conséquent la tète dans l'arc galvanique , le sujet de l'expérience éprouve dans fout le crâne une secousse douloureuse, un éclair brille à ses yeux, et les muscles de la face sont agités de contractions convulsives. 11 serait difficile de supporter ces diverses sensations si la pile était très-forte, et si les conducteurs n'étaient soulevés de temps en temps. En mettant les deux pôles sur les joues , on sent au moment du contact une saveur acide très-appréciable, et un spasme de tous les muscles voisins. En plaçant un des conducteurs dans la bouche et l'autre dans l'anus, on détermine une contraction péristaltique accélérée du canal intestinal , qui se débarrasse des matières qu'il contient. Il est à remarquer dans ce cas cjue les contractions plus rapides , et qui sont accompagnées d'un mouvement sensible dans le ventre , n'ont jamais pris , au moins dans nos recherches , une direction rétrograde : aussi n'avons-nous jamais observé de vomissemens. Mais nous avons appris depuis, de M. Andrieux, cju'en changeant le rapport des conducteurs on produisait un mouvement frès-énergique des intestins et de l'estomac , en sens contraire. Lorsque nous avons dirigé les conducteurs sur les attaches du diaphragme , nous avons produit une contraction brusque de ce muscle et une suffocation telle que l'expérience ne pourrait être continuée sans danger. Nous avons tenté sur nous-raême , avec les précautions convenables, de diriger'sur le cœur l'action du galvanisme, et nous n'avons éprouvé qu'un peu d'accélération et d'irrégularité dans les mouvemens de cet organe : il est vrai que nous n'avions employé qu'un petit nombre de paires pour cet essai , que nous n'avons pas réitéré, attendu qu'il ne nous présentait rien de bien utile dans l'application. Une personne qui prend de chaque main un des conducteurs de la pile galvanique, ressent dans les avant-bras, les bras, et même jusque dans la poitrine, si l'arc comprend un grand nombre de cercles, des secousses et des contractions musculaires. Enfin, l'excitation de la moelle épinière et des gros troncs nerveux détermine, dans toutes les parties c[ui en reçoivent les divisions , des secousses et des contractions qu'on peut renouveler à volonté.

Les efi'ets immédiats du galvanisme ne nous ont pas paru présenter de différences sensibles, que nous ayons opéré sur des personnes saines ou sur des malades. Nous avons expérimenté sur nous-raême, dans diverses circonstances, afin d'apprécier mieux les résultats, et de les décrire avec plus d'exactitude. Un fait remarquable nous paraît devoir être consigné : c'est que , quelque violente qu'ait été l'action du galvanisme, une fois qu'elle a cessé, elle ne laisse pas de traces chez les sujets bien portans c[ui y ont été soumis. Bien entendu c{ue nous ne pai lons par des escarrhes qui se forment au point de contact des conducteurs , et que nous avons en vue seulement les effets généraux. Le calorique agit de la même façon lorsqu'il n'est pas accumulé au point de détruire les parties, et cela n'est pas le seul trait de ressemblance qui existe entre ces deux agens physiques si puissans i considérés dans leur manière d'agir sur l'économie anima e. Ils ne sont guère plus marqués chez les malades qn'on soumet à cet agent thérapeutique. Aussi voit-on , en examinant les observations des traitemens galvaniques, que les elfets en sont tellement lents , c[u'il y a presque toujours de l'équivoque sur la véritable cause des guérisons obtenues, Les traitemens par l'électricité donnent naissance au.x mêmes reflexions , et nous devons fixer sur ce point l'attention du lecteur pour le mettre à même d'établir son jugement sur un acent très-énergique au moins dans son action immédiate, mais dont la valeur, dans le traitement des nialailies, n'a pas été éva-

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luce, jusqu'à présent nu moins, d'une manière convenable. Il faut ajouter encore que ilaiis toutes les expériences qu'on rapporte , on s'est servi d'appareils imparf;iits et peu énergiques , ce qui frappe de nullité la plupart des observations qu'on nous a transmises.

Dans ces derniers temps, des médecins frappésprobablement de l'insuflisance de l'électricité employée d'après les procédés ordinaires , ou jaloux peut-être d'attacher leur nom à un procédé nouveau , imaginèrent de faire pénétrer plus jirofondément le fluide électrique, et de le diriger plus spécialement sur telle pu telle partie, en y enfonçant des aiguilles qui devaient servir de conducteurs ; cette alliance de l'électricilé et de l'acupuncture reçut le nom d'electro-puncture. Elle n'a pas pris une grande consistance dans le monde médical quoiqu'elle ait été annoncée comme un moyen merveilleux , et qu'on ait cité comme preuve de sa puissance une expérience curieuse que nous n'avons pas vérifiée. On assure que si , au moyen d'aiguilles introduites dans la région épigastrique, on dirige sur l'estomac rempli d'aliraens un courant galvanique continu , les substances renfermées dans ce viscère en sont promplemenl expulsées, et que la faim ne tarde pas à se faire sentir de nouveau. Ce fait nous parait d'autant plus croy able qu'il se rapporte avec ce que nous avons observé de l'accélération du mouvement péristaltique du canal intestinal provoqué par le galvanisme. D'adieurs, ceux qui employèrent l'électro puncturé ne s'étaient pas fait une idée bien précise de sa manière d'agir , et même n'avaient pas observé les faits avec une attention suffisante ; car ils n'ont pas signalé l'action chimique trèsénergique qui s'exerce à IVnlonr de l'aiguille. Quant à la théorie, elle était bien vacillante , puisque les uns prétendaient introduire l'électricité dans les parties sur lesquelles ils opéraient , tandis que les autres croyaient leur soutirer le fluide surabondant.

Nous venons d'exposer les effets que l'éleclricité produit sur le corps humain , suivant les diverses méthodes dont on peut se servir pour l'administrer. Ce sont les faits élémentaires, seules bases solides sur lesquelles on puisse s'appuyer pour procéder à quelques applications thérapeutiques , au moins jusqu'à de nouvelles découvertes. Et même, dans ce cas , notre travail ne serait pas condamné à une inutilité absolue , car des faits nouveaux ne changeraient ])as ceux qui ont été bien observés ; et il pourrait seulement y avoir quelque variation dans les théories. Nous nous sommes abstenus , précisément à cause lie cela, de donner aucune explication des phénomènes que présente l'électricité.

En rassemblant et comparant les faits qui précèdent, nous trouvons : 1» qu'au moyen des appareils électriques et galvaniques , on produit des effets semblables , constans et susceptibles d'être prévus et calculés; 2° que les divers modes d'application présentés jusqu'ici n'offrent de différence que relativement à l'intensité, et non pas relativement à la nature de leur action; 3° qu'en conséquence , on doit , dans la pratique raisonnée, réduire le nombre des appareils, et simplifier ceux que l'on conserve, attendu qu'avec la pile galvanique , par exemple, on peut produire tous les effets désirables; 4o enfin, que , si l'électricité peut rendre quelques services aux médecins, elle est bien loin de remplir les espérances qu'elle avait fait concevoir, et de justifier les éloges qui lui ont été prodigués sans discernement.

Lorsque l'électricité fut employée dans la pratique , on était loin de posséder toutes les données que nous avons aujourd hui : aussi les premières applications furent-elles tout empiriques. Ce moyen , d'ailleurs , réunissait autour île lui tout ce qui est capable de donner une vogue extraordinaire; appareils compliqués, effets insolites, secousses douloureuses : il n'en fallait pas tant pour exciter la curiosité et l'enthousiasme. Le charlatanisme s'en empara bientôt, et l exploita presque exclusivement à son profit , sans en obtenir de succès bien réels. Car on ne doit pas appeler ainsi quelques guérisons d'afl'eclions peu graves, et qui d'ailleurs ont été si longues qu'on peut bien faire la part du temps , cet habile médecin. C'est toujours une chose fâcheuse que de voir des applications thérapeutiques faites par des personnes étrangères à l'art de guérir , et par conséquent incapables de juger avec exactitude les faits qui se présentent à leur observation. 11 y a moins de fond à faire encore sur les relations d hommes qui, préconisant un remède nouveau dont ils cherchent à s'adjuger le monopole , se montrent peu esclaves de la vérité , et ne se font pas scrupule d'exagérer ce qui e5)t favorable à leur opinion , et île céler ce qui leur est contraire.

11 faut dire cependant que les expériences faites par la commission de l'Académie royale des sciences , commission composée des savans les plus reeommandables de l'époque, et parmi lesquels figure Franklin, porte au plus haut ilcgré le cachet de la véritable et judicieuse observation. Mauduvt , cjui les dirigea de la manière la plus exacte, n'était pas homme à se laisser induire en erreur par une confiance tén.éraire , pas plus qu'à se prêter à des manœuvres frauduleuses. Franklin, qui avait étudié si complètement l'électricité, lui accordait peu de confiance comme moyen thérapeutique. 11 est au moins trèssingulier qu'on veuille s'autoriser du rapport des commissaires pour faire de l'électricité une panacée ; car il y est dit expressément que les malades, soumis aux expériences, n'ont éprouvé qu'un soulagement équivoque, et surtout a|)rès un temps assez long. On remarque entre autres une femuie qui reste soumise au traitement électrique pendant dix mois et demi, pour n'obtenir qu'une amélioration très-douteuse. Tous les expérimentateurs sont loin d'avoir procédé avec autant de lumière et de confiance ; on peut leur reprocher généralemiiit d'avoir été peu au courant des connaissances physiques relatives à l'électricité , d avoir manqué d'habileté dans la construction et la ilirection des appareils , entiu de n'avoir pas rapporté les faits de manière à inspirer une entière confiance, c'est à-dire, en citant ég.dcmcnt les cas dans lesquels le moyen

thérapeutique a réussi, et ceux dans lesquels il a échoué. Il faut remarquer d'ailleurs qu'on a presque toujours suivi une marche essentiellement vicieuse, savoir d'appliquer tout d'abord l'électricité au traitement des maladies, avant d'avoir commencé par étudier ses effets immédiats sur l'économie animale , c'est-à dire , la manière dont elle modifie les organes dans leur structure intime , ou dans leurs fonctions , afin de savoir d'avance quels résultats on avait droit d'en attendre , et jusqu'à quel point les malades pouvaient en retirer soulagement ou guérison. Ajoutez à ce tort celui d'opérer sur des sujets dont les maladies étaient souvent mal connues et conséquemment mal dénommées, de telle sorte qu'on n'en avait pas calculé la marche naturelle et les chances possibles. En effet , il ne suffit plus , à l'époque où nous vivons , de dire vaguement : ce remède réussit contre telle ou telle maladie, il faut décrire exactement l'affection contre laquelle on l'a essayé, et faire apprécier au lecteur , par des détails suflisans , quelle part le traitement a pu avoir à la guérison.

On avait fait de l'électricité un remède à tous les maux , et par conséquent on l'avait appliquée dans une foule de circonstances où elle devait être au moins superflue. Mais c'est surtout dans les affections qu'on rapportait au système nerveux qu'on l'employait avec le plus de confiance. On soumettait à l'action de la machine électrique , de la bouteille de Leyde ou de la pile galvanique , les sujets affectés de névralgie, de paralysies générales ou partielles, d'aliénations mentales , de la danse de St-Guy , du tremblement des doreurs , etc., parce que l'on couside'rait ces moyens comme propres à agir sur les nerfs. C'est d'ailleurs contre ces affections, ainsi que contre les rhumatismes , le* contractures, etc., qu'on a tenté successivement tant de moyens thérapeutiques dont la réputation s'est successivement éteinte , après avoir brillé d'un éclat plus ou moins vif. On voit également dans les auteurs que les engorgemens lymphatiques qui viennent après les couches et les fièvres intermittentes peuvent être guéris par l'électricité ; mais l'examen des observations qu'ils rapportent à l'appui de leur opinion , observations qui ne sont rien moins que convaincantes , rentre dans les faits généraux de la thérapeutique. Il faut d'ailleurs rappeler ici une observation qui trouve bien souvent sa place , savoir que les maladies, dont nous venons de parler, ont été presque toujours les sujets sur lesquels se sont exercés les fauteurs de remèdes nouveaux , parce qu'elles sont longues et variables dans leur marche. Il existe à Paris une personne qui administre l'électricité contre les maladies vénériennes , et qui assure en obtenir de grands succès. Nous n'avons pas pu consiateji- cette assertion ; mais voici ce que nous croyons en pouvoir dire : ou bien 1 on se sert de l'électricité pour agir localement sur les parties malades , et alors ce n'est qu'un excitant topique comme nous en possédons beaucoup ; ou bien on emploie le bain électrique , moyen peu actif, comme le savent ceux qui ont quelque expérience du lait, et alors , à quoi rapporter les guérisons? lorsque l'on sait surtout que les affections syphilitiques récentes ou anciennes guérissent souvent avec une grande rapidité, lorsque le métiecin se borne à écarter ce qui peut entraver la marche de la nature : ce que font dans une foule de cas les médicamens , et surtout les mercuriaux administrés sans mesure.

On est donc obligé , dans l'état actuel des choses , de considérer presque comme non avenues les observations ancieiuies rapportées en faveur de l'électricité , d'une part pour les motifs que nous venons d'exposer, de l'autre , parce que dans les expériences modernes on n'a pas obtenu des résultats salisf.iisaiis. Nous avons nous-mêmes expérimenté sur divers malades, et surtout nous avons été témoins de tentatives entreprises dans diverses maladies ; et dans l'une et l'autre circonstance nous n'avons rien vu qui nous ait démontré la puissance de l électricité comme moyen thérapeutique , quelqiie soit d'ailleurs sou incontestable énergie comme agent d'analyse et de réduction.

C'est d'après l'observation des effets remartpiables que produisait le galvanisme sur les corps inertes , qu'on avait été conduit à l'appliquer aux corps vivans dans l'étatde maladie, et à en attendre les lésultats les plus efficaces. Mais dans ce cas l'analogie eut été un mauvais guide. Ainsi , par exemple , ou peut constater chaque jour qu'un appareil galvani jue assez actif pour rougir et foudre comme de la cire de très gros fils de platine , ne produit sur la langue que la sensation d'une saveur acide, et à peine une petite secousse dans les muscles correspondans au point de contact des coutlucleurs. D'ailleurs, l'électricilé peut également agir sur les parties vivantes , en vertu de sà force chimique ; mais alors c'est un caustique comme un autre, et non pas un moyen nouveau qui guérisse les maladies par une influence qui lui soit proiue.

Sans doute, l'excitation assez vive, les secousses plus ou moins douloureuses qu'on provoque au moyen des divers appareils électriques , peuvent trouver place dans un traitement méthodique, et en constituer une partie d'autant plus avantageuse qu'on peut les diriger à volonté sur tel ou tel organe ; en graduer facilement la force et la durée ; les renouveler et les interrompre à souhait. Mais de ce que par exemple , quelques paralysies récentes , partielles et indépendantes de toute lésion organique . dans lesquelles peut-être même la nature avait fait en grande partie les frais de la guérison , se sont dissipées sous l'influence du galvanisme ou de l'électricité , est-on en droit de conclure, comme on s'est empressé de le faire , que ces agens constituent en quelque sorte un spécifique contre la paralysie en général? et surtout peut-on , par une extension que rien n'autorise, si ce n'est un usage vicieux trop répandu chez les auteurs de matière médicale , vouloir l'appliquer au traitement de l épilepsie , de l'hystérie, de l'hypochondrie et de l'aménorrhée, maladies qui reconnaissent des causes si diverses, et qui sont si souvent rebelles h tous les efforts de la médecine ?

Notre opinion , qui i-ésulte d'expériences assez nombreuses dont nous avons été les auteurs ou les témoins, comme aussi de l'examen approfondi des obser-

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ations diverses publiées par ceux qui se sont occupes de celle matière, et de a comparaison scrupuleuse de ces divers ordres de faits que nous avons t.^ché d'apprécier avec exactitude et impartialité, est l» que l'on doit renoncer à l'emploi de l'électricité comme moyen spécifique et exclusif de traitement des maladies ; 2» que ses propriétés non équivoques , et la facilité qu'on a de dinf;er son action sur tel ou tel organe, peuvent le faire entrer avec avantage dans le traitement méthodique et rationnel de diverses affections nerveuses ou autres ; 3" que dans une foule de circonstances, il faut le rejeter, moins encore iComme dangereux que comme évideiument insignifiant.

Si nous ne donnons pas au lecteur les détails des travaux qui nous ont conduits à ce résultat , c'est que nous n'avons pas cru devoir abuser de son temps ; jmais nous avons Tenlipre persuasion que quiconque se livrera aux mêmes re- Icherclies arrivera au même point que nous.

C'est en considérant l'électricité non pas comme spécifique , mais comme un moyen rationnel, que plusieurs praticiens en ont lait des applications véritablement utiles dans la pratique , et auxquelles nous ne pouvons qu'applaudir. Ainsi , le docteur Leroy, d'Étiolés, a proposé, d'après des expéliences curieuses, d'employer le galvanisme dans 1 asphyxie, en dirigeant un courant galvanique sur des aiguilles implantées vers les attaches du diaphragme, de manière à solliciter les contractions de ce muscle, et par conséquent à rétablir la respiration , plus sûrement que par rinsulllalion. Le même uiedecin , ayant pratiqué sur des animaux vivans des incarcérations artificielles de diverses portions du canal intestinal , a observé que les contractions pcristaltiques, suscitées par le courant galvanique, suffisaient pour dégager les anses d'intestin sur lesquelles il avait placé des ligatures. Ce moyen sciait à tenter dans les cas de hernie ou d'étranglement interne, ainsi que dans les invaginations ; et il est probable qu'on en obtiendrait un résultat satisfaisant.

Dans le cas d'accouchemens difliciles , il importe souvent de déterminer d'une manière précise si le fœtus est mort ou vivant , afin de décider si l'on peut agir sur lui comme sur un corps inerte ; ou bien au contraire , si l'on doit le ménager ; en un mot , afin de fixer sur le choix du manuel opératoire à employer. Le galvanisme dirigé sur le fœtus à travers les parois utérines, ou même par l'orifice de la matrice, produit des mouvemens du fœtus pour peu qu'il lui reste une étincelle de vie. Lorsqu'il reste insensible à ces stimulations, il est permis de croire qu'on n'a plus affaire qu'à un cadavre, et de procéder en conséquence. Ce moyen d'exploration , qui peut jeter une grande lumière sur un point des plus intéressans de la pratique obstétricale, est sans contredit une des plus utiles et des plus ingénieuses applications du galvanisme. Les docteurs Baudelocque et Bermondi prétendent, chacun de son côté, à la priorité ; question superflue pour des amis sincères de l'humanité auxquels doit suffire le témoignage de la conscience.

Plus récemment encore , le docteur Pravaz a propose' le galvanisme pour 'cautériser les plaies envenimées. En effet, dans la méthode ordinaire , il arrive souvent que la matière venimeuse n'est pas atteinte et décomposée par le caustique, et que, séjournant sous l'escarrhe, elle peut y continuer ses fâcheux effets. On peut se promettre plus de succès en opérant la cautérisation dans le \ ide; c'est-à-dire , sous une ventouse dans laquelle on dirige les deux conducteurs d'une pile galvanique. De cette façon, la matière venimeuse, attirée au 'd. hors par la succion de la ventouse , et décomposée, en même temps que la surface de la plaie qui a été en contact avec elle , et qui peut en être imprégnée , subit une désorganisation plus ou moins profonde, et est capable de rassurer contre les effets de l'absorption.

On peut objecter à ces diverses applications qu'elles exigent des appareils assez compliqués, et dont la disposition est longue ; tandis que les circonstances où elles pourraient être utiles exigent des secours extrêmement prompts.

Si la théorie physique de l'électricité a subi de nombreuses modifications , la théorie de son application médicale n'a pas été plus constante ; et les divers expérimentateurs ont envisagé, chacun sous un point de vue différent , les faits qui se sont présentés à eux. Ainsi , les uns crurent qu'il s'agissait d'accumuler e fluide résineux ou vitré dans l'individu , suivant qu'ils le supposaient saturé e l'un ou de l'autre de ces fluides. Les autres , qu'il fallait faire traverser les arties malades par un courant rapide de fluide électrique qu'ils considèrent omme unique. D'autres ont prétendu soutirer l'électricité surabondante, u'ils regardaient comme cause de la maladie. D'autres enfin , et ceux-là sont ombreux, n'avaient aucune théorie qui les guidât dans l'emploi de ce moyen : non qu'ils en agissent ainsi par une sage réserve , mais parce que , procédant jen cela comme en toute autre chose , ils administraient l'électricité dans le but guéiir telle ou telle affection, sauf à employer vingt autres moyens si celui-là (ne réussissait pas. On voit d'ailleurs que les diverses théories ont fort peu avancé ïa science , et qu'en somme l'électricité est loin de constituer un agent thérapeutique d'un avantage bien réel, et surtout qui puisse devenir d'une appli- ' lation générale. On n'a pas été plus heureux , lorsqu'on a voulu déterminer sur [uelle partie de l'économie agit l'électricité ; on dit généralement que son inuence se verse sur le système nerveux. Mais bien que cette opinion paraisse robable , et soit assez généralement adoptée ; que même des physiologistes , ardis dans leurs explications , aient voulu établir l'identité entre le fluide lectrique et le fluide nerveux , on n'a encore rien d'assez positif sur cette maière pour qu'il en soit résulté l'application régulière et constante dans ses ésultats.

Le hasard avait fait découvrir les phénomènes divers de l'électricité ; l'observation et l'étude apprirent peu à peu à les distinguer les uns des autres , à les reproduire à volonté et à les diriger ; on multiplia les appareils : et leur ||Moiiibre considérable, ainsi que leur complication et leur différence , souvent

plus apparentes que réelles, firent croire à des effets très-variés et à une'énergic curative très-puissante. D'ailleurs ceux qui se livrèrent à l'emploi médical de ce moyen ne négligèrent pas les petites ressources avec lesquelles on attire l'attention du public. Mais lorsqu'on dégage la vérité de tout cet entourage artificiel , on trouve qu'en dernier lieu il ne reste que bien peu de choses positives. En effet, tous les moyens employés n'aboutissent qu'à un très-petit nombre de résultats; savoir, à changer d'une manière plus ou moins complète et rapide l'état électrique des individus ou des organes. On pourrait encore demander quels sont les avantages de ces perturbations souvent douloureuses , et si plusieurs appareils ne sont pas île doubles emplois.

Lorsque l'on essaya d'appliquer l'éleclricité dans les maladies, le traitement avait une forme plus bizarre que rationnelle , mais qui ne laissait pas d'en imposer au vulgaire, et même à ceux d entre les médecins qui se contentaient d'un examen superficiel. On commençait par le bain électrique ; puis au bout de quelques jours on clectrisait par étincelles à une ou deux séances par jour. Lorsqu'il s'agissait de paralysies partielles , on administrait des commotions graduées au moyen île l'électroractre de Lane. Quelques expérimentateurs, mieux inspirés, tentèrent de diriger l'électricité sur divers organes , au moyen de conducteurs, dans l'espérance d'y provoquer une excitation salutaire ; mais la lenteur des progrès était telle, qu'il y avait toujours de l'équivoque sui- l'origine de la guérison, d'autant mieux qu'ils ne se servaient que d'appareils assez mal construits , et peu propres par conséquent à produire des résultats certains et énergiques. A la découverte des phénomènes galvaniques on fit une théorie à part, et l'on crut pouvoir espérer des elfets tout particuliers; cependant, les travaux des physiciens les plus distingués de tous les pays ne permettent plus de douter de l'idenlilé de tes deux moyens. Que faire alors de la double théorie? L'une des deux est de trop assurément, lieraarquons d'ailleurs que jus((u'à présent les découvertes des physiciens ont contribué moins à étendre qu'à restreindre l'emploi médical de I électricité , puisqu'ils tendaient à rapprocher et à fondre les uns dans les autres des jdiénomcnes qu'on avait coutume de considérer comme formant des ressources diverses et multipliées ; de même que les chimistes, par leurs recherches, ont restreint le nombre des médicamens , en démontrant l'identité des principes constiluaiis de plusieurs d'entre eux.

Les appareils au moyen desquels on applique au corps huniaiii les fluides électrique et galvanique sont nombreux , compliqués , coiileux ; ils font (qu'on nous passe l'expression) beaucoup d'étalage. En visitant le cabinet d'un médecin qui administre l'électricité , mais qui ne nous parait pas la connaître , nous avons été frappes d'abord de l'espèce de luxe et de magnificence qui y règne , et nous avons compris quel effet doit produire un pareil spectacle sur des personnes étrangères aux sciences physiques , et surtout sur des personnes qui viennent chercher du soulagement à leurs maux. Plusieurs machines électriques , plusieurs piles galvaniques, des bouteilles de Leyde, des électromètres , le tout d'une grande beauté, et brillant d'un vif éclat. Mais bientôt à l'étonnement succéda la réflexion ; et considérant les choses froidement, nous trouv.imes d'abord que la plupart de ces appareils, par leur grande dimension, agiraient d'une manière beaucoup trop énergique sur les individus ; et ayant vu auprès des appareils beaucoup plus petits , nous pensâmes que les autres n'étaient pas là pour l'usage médical, ou bien qu'en les employant on graduait leur portée , de manière à la mettre de niveau avec de moyenne dimension. Rien n'est plus facile, on le sait, que de varier les formes des ajipareils et d'en accroître le nombre; mais on sait également qu'il en est de cela comme des mille formules qu'on peut faire avec un seul médicament.

En somme, la machine électrique, pourvue de ses accessoires, et notamment de conducteurs de diverses formes pour s'adapter aux parties sur lesquelles ont veut agir, suflit pour administrer l'électricité et pour en obtenir tous les effets immédiats , et, par conséquent , tous les effets curatifs qu'on en peut attendre. On peut en dire autant de la pile galvanique, et les différences qui peuvent exister entre ces deux manières de procéder n'ont pas été signalées par nos devanciers , et méritent d être constatées par de nouvelles recherches. On a renoncé aux électrophores de résine et aux bâtons de soufre , avec lesquels on produisait autrefois l'électricité, parce qu'on a reconnu que ces appareils , dont la puissance est très-bornée, ne donnaient pas un fluide plus doux ni plus eflicace, comme le prétendaient quelques uns de ceux qui exploitaient l'électricité médicale.

Si nous avons considéré comme un devoir d'exprimer notre opinion sur l électricité ; si nous croyons que cet agent, fort important sans doute, n'est guère applicable au traitement des maladies ; que surtout les faits recueillis jusqu'à présent sont peu concluans, et les conséquences pratiques qu'on en a déduites peu satisfaisantes ; que par conséquent tout est à refaire dans ce qui concerne l'emploi thérapeutique de ce moyen : nous sommes bien loin de vouloir imposer notre jugement au lecteur , et nous allons exposer la manière d'administrer l'électricité, d'après les règles le plus généralement admises. C'est au praticien éclairé à savoir les cas dans lesquels il peut se promettre du succès du traitement électro galvanique , et à ne l'appliquer , s'il veut expérimenter avec fruit , que sur des sujets dont les affections soient bien reconnues , afin d'éviter les erreurs grossières, quelquefois volontaires , dont fourmillent presque tous les écrits que nous possédons sur ce sujet.

Pour l'emploi de la machine électrique, il faut remarquer d'abord, que quand l'électricilé se transmet par contact immédiat, et que le sujet est traversé par un courant électrique , il ne se produit pas d'effet sensible; aussi ce mode d'électrisation cst-il fort peu employé : au contraire, lorsqu'on présente le conducteur à quelque distance de parties malades, il se produit des élia-

ELECTRICITE

ÉLECTRICITÉ

celles rares et fortes lorsqu'il y a plus d'éloignetnent , rapides et faibles quand il V en a moins. Nous avons indiqué, au commencement de cet article, le bain électrique qui consiste à mettre en communication avec l'appareil un individu placé sur un isoloir, et à accumuler sur lui une quantité plus ou moins considérable de fluide. L'expérience a prouvé qu'on pourrait supporter cette espèce de bain pendant fort long-temps , non seulement sans danger, mais encore sans en éprouver d'elfet immédiat , appréciable et constant. Quelques personnes en éprouvent l'anxiété et le mal-aise qu'on ressent lorsqu'à l'approche d'un orage l'atmosphère est chargée d'électricité.

L'électrisalion par étincelles produit des phénomènes plus circonscrits, mais plus énergiques. On la pratique en présentant un conducteur h la partie sur laquelle on veut agir. Le sujet peut être ou n'être pas isolé; l'effet reste le même, quoiqu'il y ait une légère différence dans la manière dont le fluide électrique se comporte. Mais lorsqu'on opère de cotte manière , il est nécessaire , pour peu qu'on emploie un appareil d'une certaine dimension , d'en gratiner l'énergie au moyen de l'éleclromctre, faute de quoi l'on s'exposerait à des accidens plus ou moins graves.

Les pointes sont employées avec avantage toutes les fois qu'on veut agir sur des parties délicates , et qu'une impression trop vive pourrait blesser. Ces conducteurs sont tout simplement des pointes de métal , ou bien de bois ordinaire ou verni. Ces derniers produisent un picotement léger, tandis que les autres ne font sentir qu'un souflle presque imperceptible.

Quant à l'électrisalion par frictions, elle s'administre en couvrant la partie, sur laquelle on veut agir, d'une flanelle sur laquelle on promène le conducteur (le la machine , en appuyant plus ou moins, suivant qu'on veut concentrer sur Mn point le Jei électrif/ne , ou bien , au contraire , disséminer le fluide sur une surface plus étendue. On comprend facilement qu'une brosse métallique produit le même résultat.

En somme , il est aisé de voir que ces quatre manières d'administrer l'électricité (et il serait extrêmement facile de les multiplier) aboutissent à peu près au même point, et que les deux dernières pourraient être supprimées sans inconvénient, attendu qu'elles constituent seulement des moyens d'afl'aiblir ou de diviser le jet électrique, Quant à la première , son action est au moins très-faible.

Au moyen de la bouteille de Leyde , on peut changer d'une manière rapide l'état électrique d'un individu ou d'un organe , et l'on s'est servi quelquefois, dans des vues thérapeutiques, des secousses plus ou moins fortes de cet appal eil dont on est à même de graduer les efTets. Son emploi est fort simple. Il suflît de charger la bouteille , en la mettant en contact avec le conducteur d'une machine électrique en mouvement, et de la décharger sur la partie du corps à laquelle on désire imprimer une commotion. Ces impressions peuvent se i enouveler à volonté.

La pile galvanique constitue un moj en tout à la fois énergique et commode d'administrer l'élccti icilé. Ses cfl"ets sont plus constans, et sont moins influencés par les vicissitudes atmosphériques, que ceux de la machine électrique. Les considérations générales de physique étant étrangères à ce Dictionnaire, nous nous bornerons à dire que l'on préfère actuellement la pile à cuve , qui est connue de tout le monde. Elle consiste dans une boite de bois , alongée et garnie de plaques carrées de cuivre et de zinc, disposées alternativement par couples parallèles, et de telle sorte qu'il reste entre cliacun d'eux un vide plus ou moins considérable. Ou remplit la cuve, jusqu'aux quatre cinquièmes de sa hauteur, d'une eau acidulée avec un vingtième d'acide nitrique , en ayant soin d'essuyer le bord supérieur des plaques et les bords de la cuve. Les conducteurs se composent d'une plaque carrée en cuivre , qui se place dans un intervalle entre les couples , plongeant dans le liquide; de leur partie supérieure part un fil métallique de longueur variable , qui à son extrémité passe dans un tube de verre destiné à les isoler. L'un des deux est terminé par une plaque circulaire enveloppée de drap , l'autre par un bouton plus ou moins volumineux. Le nombre des plaques comprises entre les deux conducteurs détermine l'intensité des effets produits, ce dont on peut s'assurer en éloignant et rapprochant tour à tour les conducteurs. Il faut avojr soin de constater la force des secousses avant d'agir sur le malade ; et pour peu qu'on manie cet appareil, on verra qu'un petit nombre de couples suflit pour produire des phénomènes très-sensibles, et qu'on ne pourrait jamais employer les immenses piles qu'on voit dans certains cabinets , et à plus forte raison les batteries formées de plusieurs piles réunies. On ne doit pas oublier que 1 liumidité est indispensable au développement des phénomènes galvaniques, et en conséquence on aura soin de mouiller avec de l'eau pure ou acidulée les parties sur lesquelles on veut appliquer les conducteurs.

Les précautions qui doivent présider à toutes les tentatives thérapeutiques sont applicables à l'administration de l'électricité. Là, comme toujours, il convient de graduer les efTets immédiats, et de les proportionner à la force du sujet en général , et à la délicatesse des parties sur lesquelles on veut opérer. C'est d'après les mômes principes que l'on peut régler le nombre et la durée des applications. Les auteurs d'ailleurs ne présentent à ce sujet rien de précis et qui puisse servir de guide. Quelques-uns prescrivent d'employer vingt à trente couples pour la pile galvanique , mais celte quantité est souvent trop considérable. Nous n'avons jamais pu, dans nos expériences, aller jusqu'à vingt-quatre couples d'une pile dont les plaques avaient deux pouces carrés de dimension. A moins qu'ils n'aient voulu parler de plqques plus petites ; ce qu'ils n'ont pas fait. Pour l'électi icité avec la machine élccli iquc , on peut prolonger indéfiniment, s.ins aucun danger, le bain électrique, de même que les courans k travers telle ou telle partie. Il n'eu est pas de métric des étincelles qu'on fait

agir sur la peau , ou qu'on en tire , le sujet étant isolé. Si l'on prolongeait leur action sur un même endroit, sans désemparer, on verrait bientôt la peau rougir, devenir douloureuse et s'enflammer. Il faut donc promener , sur différentes parties de la peau, l'excitateur, de manière à ne faire éprouver qu'un pincement supportable, et à produire seulement un peu de rougeur. C'est ce que l'on obtient d'ailleurs en couvrant la peau de flanelle , ou bien en employant une brosse communiquant avec le conducteur , et que l'on fait agir au moyen d'un manche isolant. L'électrisalion au moyen des pointes est si faible, que l'on peut l'employer long-temps sans produire d'efi'et immédiat , comme aussi sans déterminer de changemens salutaires dans l'état des malades. 11 est prudent, il est même indispensable, lorsqu'on administre l'électricité au moyen de la machine, de se servir de l'électromètre ; appareil avec lequel on peut calculer avec la plus entière précision les effets électriques, et qui permet de les augmenter ou de les diminuer à chaque instant , avec la plus grands facilité.

Dans cet ouvrage nous ne saurions donner une description assez exacte des appareils avec lesquels on produit les phénomènes électriques , nous devons les supposer connus de nos lecteurs ; et ceux auxquels ils seraient totalement étrangers ne pourraient en prendre une idée suffisante pour les disposer et les employer convenablement. C'est donc aux ouvragesde physique générale et aux ouvrages spéciaux sur l'électricité médicale , qu'il convient d'avoir recours. On a beaucoup écrit sur ce sujet; mais les personnes qui auraient l'occasion de se livrer à quelques recherches de ce genre , verront qu'il y a peu à profiter dans les ouvrages que nous possédons. Sous les rapports des faits, ils sont incomplets et quelquefois infidèles ; sous le rapport des théories , ils sont presque tous frappés de nullité par les travaux récens des physiciens sur rélectro-magnétisme. Nous devons citer comme nous ayant été utile le Mémoire de Manduyt surles difféienles manières cl' culininisLref l' électricité , et Ohserfatioiis sur les effets qu'elles ont produits. Ce travail, exécuté avec conscience, est de ceux qui n« vieillissent pas. 'L'Essai sur l'emploi médical de Péleclricité et du gali'anisme , par M. Thillaye, et l'article Électricité du Dictionnaire des Sciences médicales , sont également bons à consulter, quoique l'article Électbicité soit charge de détails accessoires peu nécessaires. Il nous serait facile de citer le» titres d'une foule d'ouvrages, mais qui n'apprendraient rien aux praticiens pour lesquels nous devons écrire, et qui ne pourraient être utiles q^i'à ceu? qui voudraient étudier l'histoire de l'électricité médicale.

Cet article était terminé, sans que nous eussions pu obtenir de M. le docteur AndrieuK. les renseignemens suivans qu'il vient de nous communiquer. C« médecin , qui se livre à la pratique de l'électricité médicale , a bien voulu nous admettre dans son cabinet, nous faire assister à ses expériences, et nous fournir avec le plus entier abandon les explications nécessaires. Bien différent de la plupart de ceux qui se sont occupés du même sujet, M. Andrieuxn'a point cherché dans l'électricité un spécifique ni une panacée; il a voulu voir quels étaient les effets de cet agent sur l'économie animale dans l'état sain , et quelles applications on en pourrait faire au traitement des maladies; il a multiplié les recherches , simplifié les appareils dont il a régularisé l'action avee une précision mathématique; il a procédé, en un mot, d'une manière vraiment philosophique , et est arrivé à ce résultat , savoir: qu'avec l'électricité, lorsqu'on en connaît bien la portée, on peut susciter des médications diverses , et remplir ainsi des indications curalives très-mullipliées, comme on peut le faire , d'ailleurs , avec la chaleur , avec le froid, avec l'eau, ou tel autre agent naturel. Les travaux de M. Andrieux étant encore inédits en grande partie, nous avons cru de notre devoir de ne pas les encadrer dans notre article , avec lequel d'ailleurs ils s'accordent très-généralement, ainsi que le lecteur pourra facilement s'en convaincre, et de présenter séparément un rcsura» succint, et sous la forme de propositions.

1". Dans l'état actuel des connaissances, l'électricité produite par différens appareils peut être introduite dans le domaine de la thérapeutique, non pas comme un moyen spécifique applicable à tous les cas sans distinction, mais comme un agent physique extrêmement puissant, dont les effets peuvent être prévus, calculés, modifiés et dirigés avec plus de facilité et de précision quo ne le peuvent être la plupart des médicamens connus, et avec lequel on peut susciter dans l'économie les phénomènes les plus divers, et, par conséquent , remplir un très-grand nombre d'indications curatives.

2°, Mais , pour obtenir de semblables résultats , l'électricité doit être administrée d'une toute autre façon qu'elle ne l'a été jusqu'à présent ; car la plupart des faits n'ont été qu'entrevus , mal appréciés et mal décrits.

3". La perfection des appareils est de la plus haute importance. En efl'et, les moindres circonstances suffisent pour faire varier les résultas d'une manière extraordinaire: aussi ne peut-on se promettre de succès, si l'on ne possède iiu appareil instrumental complet, et si l'on n'a pas une grande habitude de le disposer et de le faire agir; ce qui restreindra toujours beaucoup l'usage de l'électricité.

■lo. Les appareils employés pour produire , ou plutôt mettre en mouvement l'électricité, sont la machine électrique et la pile galvanique. Il convient de 1e» avoir d'une grande dimension ; afin de pouvoir disposer d'une quantité d'électricité assez considérable, dans les cas où l'on aurait affaire à des sujets pCM sensibles à l'impression de cet agent. Mais ce qui importe surtout, c'est da» voir des moyens de régler et de mesurer l'action de l'électricité. La physique les fournit à celui qui sait les chercher; le pendule, le calcul des disti^nces, etc., sont employés, dans ce but, de diverses manières que nous nepouvons mentionner ici.

ô". L'électricité produite par la pile galvanique paraît être de la même na-

ÉLECTRICITÉ

ÉLECTUAIRES.

ure que celle dégagée par la machine , au moins si l'on en juge par les résulats. Elle produit sur les parties qu'elle touche une stimulation très-active , qui Isemble se transmettre le long des neri's , et qui amène des résultats divers , suivant la nature des tissus sur lesquels on la dirige, comme aussi suivant la durée de l'application et l'activité de l'appareil.

6». De même que la chaleur , l électricité peut se borner à stimuler les parlies, ou bien agir chimiquement sur elles et les désorganiser. Ainsi l'on peut lar son moyen produire l'excitation de la peau, sa rubéfaction, sa vesication, 3t même sa mortification plus ou moins étendue.

7». Lorsqu'on l'applique aux organes cxhalans et sécréteurs, on active leurs fonctions, mais sans en modifier les produits. On fait sécréter à volonté les glandes salivaires et lacrymales , le foie et les reins.

8û. Si l'on agit sur les organes contractiles, on les provoque à fonctionner lans le sens qui leur est propre ; ainsi l'on fait contracter à volonté tel muscle; jn provoque l'évacuation des substances contenues dans l'estomac et les intestins , en y activant le mouvement pcristaltique , ou bien, au contraire , en y provoquant un mouvement opposé. On peut également opérer artificiellement 'expulsion de l'urine , en dirigeant le conducteur sur les parois de la vessie.

9o. Ou a pu même, dans quelque cas , en dirigeant l'électricité sur l'utérus , I provoquer une exhalation sanguine.

10". Excepté les cas où , le contact des conducteurs ayant été prolongé , il în est résulté une désorganisation des tissus, les effets de l'électricité ont beau Sire actifs , il ne reste pas de traces dans leur action. Ainsi , après des secousses musculaires telles que pourrait les produire une forte dose de noix /omique , les sujets des expériences ne conservent aucun souvenir de Timîression qu'ils ont reçue.

11". L'électricité peut être dirigée à volonté sur telle ou telle partie, en jlaçantles conducteurs sur les principaux troncs nerveux qui s'y rendent, ou Dien en y enfonçant des aiguilles qui deviennent des conducteurs plus directs.

12. Tandis qu'un médicament introduit, dans l'économie, détermine des effets fu'il n'est pas toujours facile de prévoir et de calculer, et surtout qu'il est impossible de borner lorsqu'ils prennent un développement exagéré , la stirauadon électrique peut être portée sur tel ou tel point, y être soutenue et accrue > volonté , y être suspendue à l'instant même. On peut exciter à volonté une lartie sans qu'aucune autie participe à l'excitation, ou bien , au contraire, timuler l'organisme tout entier , en respectant une partie délicate ou malade.

IS". Il est facile de concevoir les applications rationnelles que l'on peut aire d'un agent qui se montre à la fois si puissant et si docile, si l'on peut exprimer ainsi. Outre les divers degrés d'excitation de la peau qui constiuent des Èooyens d'excitation directe ou révulsive , l'électricité se montrera , :uivant le besoin, vomitive, purgative, sialagogue , emménagogue. Quel noyen précieux dans les cas d'empoisonnement par les narcotiques , pour dé- )arrasser le tube intestinal des matières vénéneuses qu'il renferme, sans exer- •ersur lui une action souvent nuisible, comme les vomitifs ! On peut égalenent , dans la paralysie de la vessie , l'employer pour rappeler la tonicité de a tunique musculaire et remplacer l'évacuation mécanique, par la sonde, à aquelle on est souvent réduit. Et dans cet état analogue de l estomac , dans ■es dyspnées atoniques qui succèdent aux gastrites chroniques, et dans les- [uelles les alimens , ne pouvant pas être poussés par l'action péristaltique iffaiblie , subissent l'influence des réactions chimiques , un moyen qui fait conracter les faisceaux charnus, sans courir le risque de rappeler la phlegmasie le la muqueuse, nest-il pas à tenter? Dans l'asphyxie, l'électricité s'est nontrée efficace ; elle pourrait l'être dans la paralysie indépendante de lésion trganique ; et si elle n'a eu que des succès équivoques, cela tient à ce qu'on l'en a pas su tirer le parti dont elle est susceptible. Elle n'a jamais été emdoj'ée que d'une manière timide et imparfaite.

13". Cependant, malgré son étonnante énergie, il s'en faut que l'électricité oit un remède universel. Dans une foule de cas où son emploi paraissait paraitement indiqué , elle est restée absolument inefficace. Tant la puissance de a médecine dans la guérison des maladies est contestable et problématique! 14». Il

n'y a que les effets immédiats de l'électricité sur lesquels on puisse ompter. Avec de bons appareils , et en se maintenant dans les conditions dentiques, on peut les prédire à coup sûr, et les reproduire autant de fois [u'on voudra. Reste l'art difficile de les appliquer à la thérapeutique.

15°. Ici, comme ailleurs , on peut difficilement profiter de l'expérience des utres ; et il est certain que celui qui voudra administrer l'électricité sans "être familiarisé avec les appareils , et sans en connaître par expérience tous es effets immédiats , s'exposerait à la voir , entre ses mains , ou rester stérile >u même devenir dangereuse.

Nous n'avons pas eu l'occasion de constater tous les faits annoncés par A. Andrieux ; mais nous sommes disposés à ajouter foi à ses assertions. Ce que lous avons pu voir par nous-mêmes , et les explications pleines de clarté qu'ils lous a données, nous inspirent la plus entière confiance. Mais, quelle que soit 'activité de l'électricité , nous ne restons pas moins convaincus que ce moyen le sera jamais d'une application vulgaire ; car il est difficile de se faire une idée les précautions nécessaires pour assurer le succès des opérations , et pour leur lonncr le degré de certitude et de régularité que M. Andrieux a su découvrir ans ses expériences. D'ailleurs, le prix des appareils s'opposera toujours à ce ,ue les médecins puissent généralement se les procurer.

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^ ( Andral et Ratieb. )

ELECTUAIRES. (Pharmacie.) Les électuaires sont des médicamens mous dans lesquels le sucre, l^miel, ou les sirops qui en dérivent, servent d'excipient à des substances de nature très-diverse , mais le plus ordinairement à des poudres ou à des pulpes.

Les électuaires appartiennent, par leur excipient, à la grande tribu des médicamens sacchai oliques , qui comprend , sous la dénomination Ae saccharolès solides , les grains , les tablettes et les pastilles ; sous celle de saccharolés mous, les électuaires, les pâtes et les gelées, et sous celles de saccharolés liquides, les sirops et les mellites. Quant aux électuaires eux-mêmes, ils ont porté les différens noms de conserves ou de marmelades., appliqués à des électuaires simples ou qui ne contiennent , outre le sucre ou le miel , qu'une seule poudre ou pulpe végétale; A' électuaires on de coiij'ections , appliqués à des électuaires très-composés , restes de la polypharmacie des anciens, -«t dont quelques-uns ont résisté aux progrès de la science médicale et au cours des siècles ; enfin celui CCupiates, donné spécialement à ceux de ces médicamens qui contiennent de l'opium, et appliqué sans aucune raison , dans les temps modernes , aux électuaires magistraux. Nous ne reconnaissons d'autre nom générique à tous ces médicamens que celui A' électuaires , et nous les divisons seulement en deux sections , les simples et les composés.

§ 1. Électuaires simples. — Electuaire d'aunce (conserve d'année). — On prépare ce médicament en ramollissant, dans un mortier de marbre, 1 partie de poudre d'aunée avec 2 parties d'eau distillée d'année, et y ajoutant , après quelques heures de contact , 8 parties de sucre en poudre.

Les anciennes pharmacopées font mention d'un grand nombre de conserves qui se préparent presque toutes en réduisant en pulpe , et dans la saison l.i plus convenable, la partie tendre et charnue des végétaux, et la mêlant avec 2, 3 ou 4 parties du sucre cuit en consistance presque solide. Mais ces compositions fermentaient avec une grande facilité et offraient en général des médicamens très-infidèles. Il est donc préférable de ne les préparer qu' i mesure du besoin et avec les poudres végétales bien conservées : il n'y a guère d'exceptions que pour les conserves de fruits et pour celles des plantes crucifères, ces dernières perdant presque toutes leurs propriétés par la dessiccation.

Électuaire de beurre de cacao (crème pectorale de Tronchin ). Prenez : beurre de cacao, sirop de capillaire , sirop de baume de Tolu , de chacun 1 once; sucre en poudre ^ once : mêlez exactement. On prend cet électuaire par cuillerées à café , dans les toux sèches et opiniâtres.

Électuaire de casse. Prenez : parties égales de pulpe de casse et de sirop de violettes ; faites cuire au bain -marie jusqu'à réduction à 1 partie \. Cet électuaire peut se conserver assez long-temps sans altération ; il offre un bon laxatif; la dos^e est de i once à 2 onces.

Électuaire de cynorrhodons ( conserve de cynorrhodons ). Prenez : pulpe de cynorrhodons préparée au vin blanc , I livre ; sucre en poudre I livre i. Mêlez et chauffez un instant au bain-marie. Cet électuaire est astringent et légèrement diurétique, la dose est depuis 1 gros jusqu'à 1 once. C'est un dos médicamens de ce genre qui se conserve le mieux.

Électuaire de roses rouges (conserve de roses). Préparez comme celui d'aunée , avec la poudre de roses rouges et l'eau distillée de roses pâles. Il est astringent, et arrête le cours de ventre et le vomissement. Souvent aussi on s'en sert comme d'excipient pour les pilules magistrales.

Electuaire de tamarins. Prenez : pulpe de tamarins 1 livre ; sucre en poudre I livre ^. Mêlez et chauffez, au baiii-marie, jusqu'à consistance de miel épais. D'une longue conservation ; rafraîchissant et laxatif, à la dose de 4 gros.

§ II. Electuaires composés. — Electuaire absorbant aromatique ( confection de safran composée ). Cet électuaire porte communément le nom de confection d'hyacinthes ; mais il n'a presque plus rien de commun avec cette antique préparation , tant il a subi de réductions et de modifications successives. Contenant autrefois un grand nombre de pierres précieuses (hyacinthes, émcraudes, saphirs , topazes , etc. ). La plupart de ces substances siliceuses en ont d'abord été retranchées , comme étant tout-àfait inattaquables par les sucs gastriques, et elles ont été remplacées par les yeux d'écrevisses qui jouissent d'une propriété anti-acide Irès-marquee. Ensuite on en a éliminé l'os de cœur de cerf, la ràpure d'ivoire , la soie crue, diverses semences, les feuilles d'or et d'argent, et, avec moins de fondement sans doute, les roses r»uges , le santal blanc , le santal rouge , le camphre , l'ambre et le musc. De ces simplifications sont résultées , d'abord la formule de l'ancien Codex de Paris qui conservait encore les hyacinthes, supprimait le camphre, et incorporait la poudre com-

ELECTU AIRES.

posce avec du sirop de limons ; puis celle de Baumé , qni supprimait les hyacinthes , conservait le camphre et ajoulait à la confection quelques gouttes d'essence de citrons.

Précédemment a ces deux formules , Cliaras avait remarqué que l'emploi du sirop de limons contrariait la vertu absorbante du médicament, en saturant une partie de la terre calcaire qu'il contient , et avait conseillé de le remplacer parle sirop d'œillets, dont les propriétés toniques sont d'ailleurs conformes à celles recherchées dans la confection. Lemery avait adopté cette correction, et nous l'avons suivie , M. Henry et moi, dans notre Pharmacopée raisonnée, ■Voici donc la formule de la conj'ection de safran composée ou électuaive absorbant aromatique , telle que nous l'avons donnée.

Terre sigillée et pierres d écrcvisses préparées, de chacune 8 gros; cannelle fine, 3 gros ; santal citrin , santal rouge, dictame de Crète, myrrhe , safran, de chacun 1 gros ; miel surfin, 3 onces; sirop d'œillets, 6 onces. Tous les ingrédiens secs doivent être pris en poudre et bien préparés ; on les mêle ensemble, à l'exception du safran que l'on délaie d.ins le miel fondu avec le sLi-op d'œillets ; après douze heures de macération , on ajoute les premières poudres et on les y mêle exactement. Cet électuairc contien"^ .exactement 1/5 de son poids de corps absorbans et 1/12 d'aromatiques.

É Lecluaire opialé astringent ( clectuaire diascordiura ). La formule en a été donnée à l'article Diascordium. Pour le composer , on prend le bol d'Arménie bien préparé ; les racines , feuilles , fleurs , etc., la gomme arabique , le galbanum et le baume storax ou de tolu parfaitement mondés ou le plus pur possible ; on forme du tout une poudre composée. Alors on fait fondre au bainmarie l'extrait d'opium dans le vin d'Espagne; on y ajoute le miel rosat, cuit en consistance d'électuaire, enfin la poudre composée, et l'on en forme un mélange exact. Un gros de diascordium contient 3/8 de grain d'extrait d'opium.

Électuaive opiaté polyphavmaque ( thériaque d'Andromaque ). L'origine de celte composition remonte à une grande antiquité. Rlilhridate , roi de Pont , en fut le premier inventeur ; il parait du moins que , craignant toujours d'être empoisonné , il fit composer pour son usage ml antitode dont la formule tomba dans les mains de Pompée , qui chargea le médecin Damocrate de la décrire en vers hexamètres, sous le nom même de Mithridate. Plus d'un siècle après, IVéron fit perfectionner le mitliridafe par Andromaque son médecin; et celui-ci en fit une nouvelle description en vers élégiaques, sous le nom de galène , qui veut dire calmant. Ce n'est que plus tard, dans un ouvrage de Galien , que le même èlectuaire se trouve décrit sous le nom de thériaque, titre d'un ancien poème grec de Nicandre : ce dernier nom lui est resté.

La recelte de la thériaque , telle qu'elle a été donnée par Galien , se trouve fidèlement rapportée dans la pharmacopée de Zevvifer ( Pharmacopeia augustana , 1G53 ) et dans celle de Charas. Le Codex de 1758 la contient également, sauf que le poivre blanc s'y trouve remplacé par les écorces de citrons. Cette substitution, que rien ne motive , a été suivie par Baumé et par tous ceux qui sont venus depuis, ce qui n'empêche pas que nous ne l'ayons rejetée. Cette formule porte aussi des trochisques descille , de vipères et d'hédicroi ; cependant Zwelfer avait remarqué qu'il valait mieux réduire ces trois compositions à leurs élémens et les ajouter h ceux de i'électuaire , se fondant surtout sur ce que la plupart des ingrédiens des trochisques d'hédicroi se trouvent déjà dans la thériaque. Le nouveau Codex de 1818 a admis cette correction ; mais il s'est trompé dans son évaluation de la composition des tiochisques de scille et de vipère : M. Henry et moi avons rétabli dans son intégrité la formule de Galien, dans notre Pharmacopée raisonnée. Voici cette formule , telle que nous l'avons disposée.

Thériaque d' Andromaque.

Pre-mière poudre : racines , bois , écorces.

gros.

Pr. Agaric blanc 12

Scille sèche 12

Iris de Florence 12

Cannelle fine 12

Cassia-lignea 8

Spicanard 8

Acore odorant 6

Costus arabique 6

Gingembre 6

Total

gros.

Racine de quintefeuille 6

— de rapontic 6

— de valériane phu 6

— de nard celtique 4

— de méum 4

— de gentiane 4

— d'aristoloche 2

— d'asarum 2

Bois d'aloès 2

1 18 gros.

Deuxième poudre : feuilles, fleurs et sommités.

Pr

gros.

Sommités de scordium 12

Roses rouges. 12

Safran 8

Stœclias arabique 6

Dictame de Crète 6

Malabathrum 6

Warrube blanc 6

gros.

Calaraent g

Chamcedris 4

Cliamœpitys 4

Millepertuis 4

Pouliot 4

Marum 2

Petite centaurée 2

Total : 82 gros.

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