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ÉCLECTIQUE

» n'est autre chose qu'une méthode philosophique qui a pour but de faire res- » sortir la fraction de vérité infailliblement contenue dans chaque théorie, » afin d'en composer une doctrine qui soit l'expression de l'ensemble systéma- » tique des connaissances d une époque. Cette méthode porte tour-à-tour l'es- » prit sur divers points de vue , au lieu de le tenir fixé sur un seid ... Du reste, «jusqu'à présent, l'éclectisme n'a point élevé de doctrine; à la place des n croyances qu'il a toutes ébranlées, il n'en a encore substitué aucune; son » plus grand service est d'avoir montré que sur aucun point la science n'était » faite , et que toutes les tliéories actuelles étaient insuffisantes pour expliquer » tous les faits qui chaque jour enrichissent la science. « {Journal hebdomadaire de Médecine , tom. 1 , pag. 128-29. )

Aux passages précédens en faveur de l'éclectisme , opposons les suivans tirés des écrits de MM. Roche et Ruchou.x, ses adversaires déclarés.

11 En interdisant l'adoption île toute théorie exclusive , dit M. Roche, l'éclec- » tisrne consacre un principe retardataire; car c'est au contraire une théorie » exclusive comme celle de l'attraction qui doit faire l'objet de tous nos vœux. « En prescrivant de clioisir dans toutes les théories ce qu'elles ont de bon, sans » donner les moyens de le reconnaître , il fait un précepte de la diversité dans

» les vues , au lieu de consacrer -celui de l'ensemble et de l'unité Ses vices

» surtout frapperaient tous les yeux , si par impossible l'éclectisme parvenait à n se constituer tin jotir. Qu'on se fasse , en effet, une idée d'une doctrine dans « laquelle on invoquerait tour-à-tour pour expliquer les maladies , la plupart » des théories qui se sont succédé depuis Hippocrate jusqu'à nous. Ne serait ce » pas le plus indigeste chaos ? Les adeptes eux-mêmes pourraient-ils s'y recon- » naître et s'entendre ? El n'est ce pas une singulière doctrine que celle dont le 11 sort est de ne pouvoir jamais se produire , et qui , si elle essayait un jour de » planter au milieu du monde savant son étendard bariolé , verrait à l'instant » même se disperser ses partisans étonnés de sa bizarrerie, et chacun d'eux de- 11 mandant la proscription de la couleur qui blesserait sa vue, la réduire en n lambeaux , et travailler involontairement à sa ruine ? o {Préface des Nouveaux Eléinens de pathologie niédico-chii urgicale , 2'^ édition. )

M. Rochoux, dans une note sur l'éclectisme, qu'il a lue à l'Académie royale de Médecine, s'est appliqué à démontrer que cet éclectisme, considéré soit comme méthode, soit comme système, n'existe réellement pas et ne saurait exister. Il n'existe pas comme méthoilc , car , dit M. Rochoux, tous les moyens cju'il propose pour parvenir à la découverte de la vérité, font partie de ceux dont l'ensemble constitue la méthode dite expérimentale. Il n'existe pas comme système, attendu que, aussitôt que, sur un point scientifique quelconque , la vérité s'est fait connaître , il n'est (dus possible de fermer les yeu.x à sa lumière, et que, d'ailleurs, on aura beau choisir dans des systèmes dont chacun est réputé faux, il sera impossible d'y rencontrer la vérité qu'on cherche.

M. Rochoux , en terminant ses réflexions sur l'éclectisme , porte , aux médecins partisans de cette méthode ^réi^twlixc universelle , le dt'fi de citer une seide vérité qui ait été introduite dans la science par voie d'éclectisme.

Quel parti nous reste-t-il à prendre maintenant? Faudra-t-il nous ranger autour du drapeau bariolé des éclectiques , ou bien , au contraire passer du côté de leurs antigonistes ? Ceci réclaaie quelques explications. Si l'éclectisme consiste à choisir une doctrine intermédiaire entre deux systèmes exclusifs en sens opposé, et qui ne pèchent l'un et l'autre que parce qti'ils s'excluent réciproquement, d'une manière trop absolue, assurément nous nous prononcerons pour l'éclectisme. Ainsi , par exemple , au lieu d'adopter exclusivement le soiidisme ou 1 humorisme , nous rccoiinaitrons la doctrine qui consiste à admettre que les solides et les liquides sont les uns et les autres susceptibles d'altérations, et nous la reconnaîtrons cette doctrine, parce que d'incontestables faits lui servent d'appui et la Icgiliinent pour ainsi dire à nos yeux. En un mot. si, éclairé du flambeau de l'expérience, de la raison et d'une saine critique, réclectisme a pour but de rechercher, dans tous les systèmes, dans toutes les doctrines, les vérités qi;i peuvent y être renfermées, et de construire avec ces vérités un système cjui soit une fidèle représentation de toutes nos connaissances à une époque donnée de la science; si tel est, nous le répétons, l'objet de l'éclectisme, nous ne pensons pas qu'il puisse trouver un seul contradicteur. Malheureusement ce n'est pas une chose facile que de déterminer ainsi ce qui est vrai dans chaque système que l'on veut faire servir à la construction d'un édifice scientifique complet. Considéré sous ce point de vue, l'éclectisme nous représente en quelque sorte le beau idéal des systèmes. Toutefois, un système qii' embrasserait exactement tous les faits actuellement connus en médecine, n. serait lui-même qu'un système provisoire, puisqu'on vertu du mouvement progressif dont cette science est animée , l'époque n'est pas éloignée où l'on aura pu recueillir des faits qui ne rentreront nullement dans les diverses catégories de ceux dont se compose le système jusque là généralement adopté. De là, la nécessite d'un nouveau système ou du moins d'une modification dans celui précédemment en honneur. Et ce n'est pas seulement la découverte de nouveaux faits qui enfante des révolutions scientifiques ; il en est de même d'une interprétation nouvelle des faits déjà connus. Ajoutons qu'à chaque révolution scientifique, comme à chaque révolution politique , trois partis principaux ne manquent jamais de se former. Les uns adoptent pleinement et franchement la révolution scientifique, les autres la combattent et regrettent l'ancien ordre de choses, tantlis qu'enfin d'autres s'efforcent de faire triompher une doctrine mixte, tempérée, qui soit en quelque sorte la diagonale des deux autres. Oa est assez disposé à donner la préférence aux partisans de cette dernière doctrine , sous prétexte que la vérité , comme la vertu , se rencontre toujours dans un juste milieu In medio stut virius. Toutefois , les systèmes réputés extrêmes ne sont pas toujours faux , et le vrai ne siège nécessriremcnt ni au côté gauche

ECTHYMA.

( SOO )

ECTHYMA.

nî au côté droit, ni au cenire de l'espèce de grande chamlre que constitue la réunion des hommes qui travaillent à sa recherche.

Quoi qu'il en soit , se montrer partisans de l'éclectisme tel que nous venons de le caractériser, c'est réellernent faire cause commune avec les disciples de la méthode expérimentale , puisque les préceptes de cet éclcci isme sont essentiellement ceux que proclan.e cette méthode. Et qu'on ne croie pas que ce rapprochement soit forcé , puisque nous le trouvons dans le résumé du mémoire de IM. Jules Guérin lui-même, l'un des plus vigoureux champions de l'éclectisme.

«L'éclectisme théorique et pratique des anciens, dit-il, contenait les élé- >^ mens île la méthode expérimentale; et, mieux déterminé, l'éclectisme con- » siste dans l'application de cette méthode (la méthode expérimentale) à la » science des maladies. »

On le voit, les longues dissertations dont les écoles et les académies retentissent au sujet de l'éclectisme , ne sont , en dernière analyse , que le commentaire de cette phrase de l'immortel Baglivi :

Duo prœcipui sniit mediciriœ cardiiies , valio scilicet et oliservatio.

11 rcsulle des explications dans lescjuelles nous venons d'entrer, que l'éclectisme dont nous déclarons adopter les principes , ne diffère que de nom de cette méthode expérimentale et rationnelle à laquelle les Galilée , les Bacon, les Baglivi , etc., oiit attache leur nom.

Il est un autre genre d'éclectisme méilical contre lequel on ne saurait s'élever avec trop de force. Celui-là, confondant la raison avec la foi, et transformant la science en une espèce de religion . n'admet ni ne rejette aucun sysléme; prêche l'indifFérence en matière de médecine, trouve des raisons pour et contre toutes les doctrines , repousse toute assertion formelle et posilive , et ne croit pour ainsi dire à d'autre divinité qu'à celle du doute. Suivant les partisans de cet étrange éclectisme, un effet toujours identique en soi peut provenir de causes essentiellement dillérentes , et réciproquement une cause, bien que toujours la même, peut déterminer des effets esseiilielLement diffcrens. Ils vous diiont. par exemple, que tantôt la matière tuberculeuse est le produit d'une irritation , et que tantôt elle en est indépentlante ; que telle lésion détermine tantôt tels symptômes bien rigoureusement déterminés, et que tantôt elle existe sé.ns donner lieu à aucun de ces symptômes, etc , etc. Un tel éclectisme nous parait tellement contradictoire aux principes d'une saine logique, qu'en vérité ce n'est pas la peine île s'occuper à le réfuter.

Ainsi donc, en résumé, il existe deux espèces d'éckclisme : 1» celui dont nous venons de parler eu dernier lieu , et qui semble alleslei' dans ses partisans l'oubli des premières notions de la logjf[ue; 2" celui dont nous avons traité en premier lieu , et qui se confond évidemment avec la méthode expérimentale et rationnelle elle-même. C'est pour n'avoii' point fait attention à celte identité que plusieui's auteurs, aussi distingués par la sagacité de leur esprit que par la solidité de leur jugement , ont attaqué avec trop de chaleur celle dernière espèce d'éclectisme.

Espérons que le mot éclectisme étant désormais plus rigoureusement défini cl toujours employé dans un seul et même sens , nous ne le verrons plus chaque jour devenir la soiu-ce d'une foule de disputes oiseuses et vraiment déplorables. La plupart îles disputes dont il est l'objet sont si bien de pures querelles de mots, qu'en parcourant attentivement les écrits pour ou contre qu'il a fait naître, il est rare de ne pas trouver dans les uns et dans les autres une profession de Jbi /neVAca/efondamenialement l.i même. Concluons franchement, d'ailleurs^ que le mot éclectisme , qui ne représente aucune idée qui ne soit contenue dans ce que l'on désigne généralement aujourd'hui sous le nom de métliode expérimentale et rationnelle , poiu ruit être avant.igeuseinent retranché du vocabulaire médical. Qu"est-il besoni d'iui tel mot pour indiquer les [irocédés qu'il convient de mettre en œuvre pour juger les syslèu'.es et pour en élever de nouveaux? Ce n'est que du tribunal éternel où siègent l'expérience et la raison , seuls juges infaillibles, que relèvent les systèmes , les théories et les doctrines; que si les éclectiques conviennent de cette vérité, ils reconnaissent par cela même que leur méthode n'a de nouveau que le nom. Que si, au contraire, la méthode qu'ils préconisent est autre que celle dont il vient d'être question ( méthode expérimentale et rationnelle), il ne nous reste qu'a protester hautement contre elle.

Andrnl. Delà valeur îles ibcories en nieileciue. [Journal Iwbdumaclaire de Médecine lum. l", 182«.)

J. JjouUiniid. Réllcxioiis sur les sjslèmcs en géiiéial et sur l'écleclisn.e en particulier. [Journal heùdoinadaire , toni. 1^", 1828. J

JRilies. Discours sur l'écleclisme niérlical. MonI pellicr , 1829, in-S".)

C Saucerotte. De l'éclectisme médical tel (ju'il peut êire conçu à l'épotjue actuelle. {^Journal hebdoniadnire , tom. 6 , 1830.)

J. Guérin. Mémoire sur l'éclectisme eu médecine. Paris , 1831 , in-S".

( J. Bonii.LACD. )

ECTHYMA , s. m. , dérivé de v/.'j'jiawo , exhalo , evaporo , ou de :xCvav, rompre avec fureur. Celte expression, que les traducteurs latins ont rendue par pustula , parait avoir été employée, dans ce sens, par Hippocrate {Epid., Zi'6. 3 ) , et c'est sans doute, d'après cette acception primitive , que Willan a imposé le nom à'cci.hjma à une espèce d'inflamuialion pustuleuse de la peau bien distincte de toutes les autres, el dont les pathologistes n'avaient point donnné, avant lui, de description exacte.

I"''. L'ecihyma est une inflammation de la peau , non contagieuse , caractérisée par des pustules larges et proéminentes , élevées sur une base dure, circulaire et d'un rouge très-animé. Ces pustules appelées p/ilj zciciécs par

'Wjllan (vojezcemot), presque constamment discrètes, apparaissent le plus ordinairement d'une manière successive, sur une ou plusieurs régions du corps. Lors de leur dessiccation, elles se couvrent de croûtes brunes, circulaires, epai.sses, adhérentes, qui, après leur chute, laissent sur la peau des taches rougeàtres . dont le centre offre ordinairement une petite cicatrice. ■

Les apparence^, diverses que le degré d'intensité ou la marche plus ou moins rapide de rintlammation impriment au développement des pustules de l'ecthyma, rapprochées de l'âge et des constitutions des personnes qui peuvent en être affectées , avaient conduit 'Willan à en admettre quatre variétés : Ecth. vulgare , ecth. infantilis , erht. luricliim , ecth. cachecticum ; mais elle ne me semblent pas reposer sur des bases assez fixes pour être adoptées. Je préfère la distinction suivante, pins simple, plus vraie , et plus pratique : 1° ecthyma aigu ; 2" eclhyma chronique.

L'ectyhma peut se développer sur tontes les régions du corps : on l'observe surtout sur les épaules, le cou , les membres et la poitrine ; il se montre rarement à la face et sur le cuir chevelu. Je l'ai vu former une espèce de zone autour du tronc. Les pustules qui le caractérisent envahissent quelquefois toute la surface du corps; plus souvent encore elles sont bornées à une seule région.

§ II. Dans sa forme la plus simple et la plus rare { eclhyma a/gu), cette maladie s'annonce, sur une région du corps, le plus souvent sur le cou et les épaules , par de grosses élei^ures , discrètes, rouges, conoides , dures, douloureuses, dont le volume varie entre celui d'une lentille et celui d'un gros pois. Leur base, d'un rouge vif et animé, s'élargit en même temps que la proéminence de leur sommet augmente^ et bientôt on y distingue un point purulent. Dans cet état, ces grosses pustules ont, en apparence, assez d'analogie avec de petits furoncles. Lorsque la suppuration s'établit, leur commet présente souvent un i)elil point noir , qui plus tard est remplacé par une croûte brune, fort adhérente à la peau, dans laquelle elle est comme enchâssée. L'éruptiou des pustules est complètement opérée dans l'espace de quelques jours.

Dans cette forme bénigne de l'ecihyma, à laquelle se rattache l'ecihyma vulgntre de Willan, après un ou deux septénaires les croûtes se détachent. Apres leur chute, il ne reste sur la peau que des taches de rouge livide , de six à huit lignes de diamètre , au centre desijuelles on reiii.irqiie ordinairement une petite cicatrice qui a quelque analogie avec celle que produit une pustule varioliqiie, mais qui en dilî'ére en ce qu'elle a moins de profondeur.

En examinant avec soin la structure des pustules d eclbyma à leurs diverses périodes, on rcconnait : 1° que dans leur premier état [ élemires rougi-.s ) û y a seulement injection sanguine avec tuméfaction pisiforme du derme; 2» que dans un second, il se dépose à leur sommet, et plus rarement sur toute leur surface , et sous l'épiderme ^ une certaine quantité de sérosité purulente ; 3° que, dans un troisième, et peu de temps après, une matière comme pseudo-membraneuse est déposée au centre de l'elevure évidemment perforée; 4° qu'après l'extraction de celle matière et l'enlèvement de l'épiderme , la pustule apparaît sous la forme d'un petit godet entouré d'un bourrelet dur et volumineux; S" enfin, que les jours suivans le bourrelet s'affaisse, en même temps qu'une > cicalricule se forme au dessous d'une croûte dont le centre est enchâssé dans le point où l'on avait observé la perforation.

Lorsque les pustules d ecthyma sont cohérentes , ce qui est assez rare, deux ; pustules ainsi réunies peuvent sembler n'en former qu'une seule dont la circonférence est irrégulière. Alors l éjjiderme est soulevé dans une plus grande étendue ; et si, après l'avoir enlevé, l'on absterge la sérosité purulente qui s'ecoule , deux bourrelets circulaires , et, au milieu , deux petites perforations remplies par deux pseudo-membranes , montrent que ces deux pustules étaient cachées sous un cpancheiiient sous-épidermique commun.

Le développement des pustules de l'ecthyma aigu est accompagné de douleurs lancin.mtes a-sez vives, surtout lorsqu'elles sont groupées sur une seule région ilu corjis. Dans ce cas , les douleurs peuvent rappeler celles qui précè- ^.^^ dent et accompagnent le développemeni du zona. Les ganglions lymphatiques, voisins de ces pustules , sont quelquefois enflammés et tuméfiés.

Cette inflammation pustuleuse de la peau peut être précédée ou compliquée | j d'une irritation chronique des org;ines digestifs, qui persiste après la giiérison des pustules ou cesse avec elle. 11 est rare que cette variété de l'ecihyma ioit accompagnée de désordres fonctionnels des organes de la circulation. !

L'ecihyma chronique , beaucoup plus fréquent que le précédent , se cornpo.'e toujours de plusieurs éruptions successives qui se manifestent , sur le cou , sur j||y les membres et même sur la face , a des époques plus ou moins éloignées. Cha- |, ciine de ces éruptions affecte dans son développement une marche analogue à ^ celle qu'on observe dans l'ecthyma aii^u ; tandis que plusieurs pustules se mon- j tient sous la forme de grosses élev'ures , rouges, d'autres suppurent et d'autres j se dessèchent ou se cicatrisent. Dans l'espace de quelques mois , plusieurs de ces éruptions de pustules phlyzaciées ont lieu sur diverses légions du corps.

Indépendamment de ce moile d'apparition, les pustules de l'ecihyma chronicpie ofl'rent quelques caractères particuliers. En efl'et, tantôt ce sont de larges pustules dont la base est analogue à celle des furoncles, l'élevure tuberculeuse qui les constitue, dans leur premier état, prend dès son origine une teinte rouge foncée; la peau s'enflamme et se tuméfie lentement ; au bout de six a huit jours, l'épiderme qui recouvre ces elevurcs, détaché par de la sérosité noirà.tre ou sanguinolente, se rompt, leur centre se ramollit ; et bientôt elles se couvrent d'une croûte épaisse , proéminente, noirâtre, Irès-adhérente , comuie enchâssée dans la peau, qui se détache au bout de quelques semaines Lorsqu'elle tombe accidentellement ou lorsqu elle est enlevée à l'aide de quelque

' Il fil

ECTHYMA.

ECTROPIOIT.

topique, on voit qu'elle cache une petite ulcération qui, abandonnée à ellemême, se recouvre difficilement d'une nouvelle croûte. Chez les personnes avancées en âge, cacochymes , atteintes d'entérite ou de péritonite chroniques, ces petits ulcères à bords calleux , dont la surface exhale une humeur sanieuse, peuvent persister pendant long-temps , et même faire de nouveaux progrès, surtout lorsqu'ils se sont développés sur les membres inférieurs. Lorsqu'on obtient leur guérisou, ils sont remplacés par des cicatrices qui conservent longtemps une teinte violacée.

Chez les enfans faibles, mal nourris , atteints d'inflammations chroniques de l'abdomen , on observe aussi cette variété de l'ecthyma (ecthyma infuntillis , Willan ) , avec cette différence , que les pustules sont, en général , moins volumineuses.

Lorsqu'il n'existe qu'un petit nombre de pustules à la surface; de la peau , lorsque les éruptions successives ont lieu à des époques suffisamment éloignées les unes des autres , et qu'elles ne sont pas compliquées de lésions d'autres organes , l'ecthyma chronique n'est point accompagné des phénomènes morbides généraux qu'on désigne sous le nom de mouvement fébrile. La coïncidence assez fréquente des inflammations chroniques de l'abdomen avec Teclhyma, chez (les enfans et les vieillards, explique pourquoi la plupart des auteurs, en parlant de ces variétés , ont aussi fait mention de quelques autres symptômes, tels que l'anorexie , les douleurs à l'épigastre , l'irrégularilé des évacuations alvines, la céphalalgie, les douleurs dans les membres, les lassitudes , la diminution de la force musculaire, etc.

On a également observé, quoique plus rarement, des inflammations concomitantes de la conjonctive et de la membrane muqueuse du pharynx. Enfin l'ecthyma se développe aussi dans les exacerbations de certaines maladies chroniques de la peau, du lichen , du prurigo , et surtout de la gale, et plus souvent encore dans la convalescence de la variole.

La durée de l'ecthyma chronique, subordonnée au nombre des éruptions uiccessives qui le caractérisent, est quelquefois de trois ou quatre mois; les lésions concomitantes, s'il en existe, peuvent guérir avant les pustules, ou persister apiès leur disparition.

§ IlL L'ecthyma attaque tous les âges et toutes les constitutions. Il se dé- ;lare dans toutes les saisons, et le plus souvent au printemps : une habitation froide et humide , la malpropreté des vètemens et une mauvaise nourriture sont les causes qu'on a le plus communément assignées à cette maladie, comme a me foule d'autres afleclions delà peau. L'ecthyma n'est point contagieux; ion développement peut coïncider avec une inflammation de l'estomac et de 'intestin.

g IV. Que l'ecthyma soit aigu ou chronique, qu'il consiste en une ou pluieurs éruptions successives, ses pustules larges et proéminentes présentent des ■aractères qui empêcheront toujours de le confondre avec les autres maladies le fa peau. Cette erreur est impossible lorsqu'on compare ses pustules phly- '.aciées aux petites pustules de l'impétigo, de la couperose et du favus. Lorsque es pustules de l'acné ou de la mentagre offrent, comme cela se voit assez fré- [uemment , une base dure et rouge, elles peuvent être plus facilement prises lour des pustules d'ecthyma ; mais la base des premières est plutôt indurée [u'enflammée, et leur mode de développement et de terminaison est bien disinct des premières.

Les pustules de l'ecthyma ne sont ni ombiliquées comme celles de la vaiolc, ni mulliloculnires comme celles de la vaccine, ni contagieuses, comme elles de ces deux maladies.

L'ecthyma peut être plus facilement confondu avec la syphilide pustuleuse hlyzaciée. Toutefois celte incertitude du diagnostic n'aura lieu que dans les as où l'éruption des pustules de l'ecthyma se sera faite d'une manière lente t successive ( ecthyma chronique). Les pustules syphilitiques sont rarement ntourées d'une auréole aussi large que celle des pustules de l'ecthyma. Celler est d'un rouge pourpre ; celle des autres est cuivreuse; les croûtes des pusiles syphilitiques sont ordinairement plus épaisses, quelquefois presque oires, et circulairement silonnées. Les ulcérations qui leur succèdent sont arondies , profondes, taillées à pic , et constamment suivies de cicatrices déprilées et indélébiles; enfin il est très-rare que ces pustules ne soient accompanées d'autres symptômes vénériens qui contribuent à déceler leur nature. Toutefois' il faut reconnaître que s'il est impossible de confondre l'ecthyma igu avec la syphilide phlyzaciée , elle se rapproche par beaucoup de carac- ;res extérieurs de quelques ecthyma chroniques. ( Fojez Syphilides,) Les pustules volumineuses et accidentelles qui succèdent quelquefois à la iqùre des sangsues; celles qu'on détermine artificiellement sur la peau , à aide des pommades stibiées ou des emplâtres saupoudrés d'émétique; celles ui surviennent quelquefois sur les mains des épiciers et des maçons, diffèrent e celles de l'ecthyma par la cause qui les a produites, par leurmarche et leur ructure. { f^oj'ez Inflammations artif:cielles , Peat;. ) ^1 Dans l'ecthyma, l'inflammation de la peau se propage de dehors en dedans, ; lors même qu'elle s'étend au tissu cellulaire sous-cutané , elle ne donne jaais lieu à l'expulsion d'un bourbillon volumineux ; circonstance qui distingue îCthyma des furoncles.

L'ecthyma aigu ne peut être confondu avec le rupia; mais il est plus difficile ia distinguer, des bulles sanguinolentes de ce dernier, les larges pustules de lUrtains ecthyma chroniques (ecth.luridum) , remplies d'une sérosité verdàtre. Néanmoins, les croûtes épaisses formées par leur humeur desséchée ne sont , comme celles du rupia , semblables à une écaille d'huître ou à une coque è'patelle. ( Voyez Rdpia. )

iLes petites vésicules acuminées et contagieuses de la gale, n'ont aucune ana-

i DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

logie avec les larges pustules phlyzaciées de l'ecthyma ; lorsque ces deux éruptions sont accidentellement réunies sur un même individu , il est toujours facile de reconnaître cette complication.

§ V. Le pronostic de l'ecthyma varie suivant que cette maladie est caractérisée par une ou plusieurs éruptions successives, suivant la nature et la gravité des lésions concomitantes, l'âge plus ou moins avancé des personnes qui en sont affectées, la possibilité ou l'impossibilité de les soustraire à l'influence des causes qui ont produit l'éruption. Ii'eclhyma aigu guérit constamment dans l'espace de deux ou trois septénaires ; la durée de l'ecthyma chronique peut être de plusieurs mois.

§ VI. Si l'éruption unique qui constitue l'ecthyma aigu ne consiste que dans quelques pustules éparses , si elle existe indépendamment de toute complication , le malade devra faire usage de boissons délayantes, de bains frais simples ou d'eau de son, et s'astreindre à un régime de vie doux et régulier. Si l'éruption est plus abontante et très-douloureuse , si l'individu sur lequel elle s'est développée est jeune et vigoureux, une saignée générale sera pratiquée et des bains frais et tempérés seront plus fréquemment renouvelés.

La santé des individus atteints d'ecthyma chronique étant souvent détériorée par des inflammations lentes de l'abdomen , ce sont elles surtout qu'il importe de combattre : les émissions sanguines ne doivent être pratiquées que trèsrarement et avec beaucoup de réserve. Une alimentation saine et réparatrice, appropriée à l'état des organes digestifs, des bains simples, tièdcs , peu prolongés, répétés deux ou trois fois par semaine ou alternés avec los bains d'eaux minérales salines, seront la base du traitement. Si l'ecthyma chronique s'est développé chez un enfant à la mamelle, il importera avant tout de s'assurer des qualités du lait de la nourrice ; car son changement est quelquefois nue condition indispensable pour assurer le succès des moyens thérapeutiques.

Les ulcérations que l'ecthyma chronique détermine lorsqu'il se développe sur les membres inférieurs des vieillards, offrent en général un mauvais aspect et sont lentes à se cicatriser. Il est souvent nécessaire d'en exciter la surface, en les touchant avec le nitrate d'argent fondu, ou en les lavant , à plusieurs reprises, avec des décoctions aromatiques, ou une solution de chlorure de chaux.

Ck.-Ed. Asselin. Essai sur l'eelliyma. Paris, 1827, in-4.

(P. Raïer.)

ECTROPION , s. m., ectropium; :y-powi, de =->: , en dehors, et ryj.-jtco , je tourne ; renversement en dehors des paupières.

Cette maladie affecte le plus communément la paupière inférieure.

Les oculistes reconnaissent deux espèces principales d'ectropion. Dans la première, la paupière est saine , mais elle est repoussée en dehors par la conjonctive épaissie par uii engorgement chronique, ou devenue le siège d'une tumeur sarcomateuse ou fongueuse ; dans la seconde espèce, la maladie dépend d'une affection primitive d'un ou de plusieurs des tissus qui entrent dans la composition de la paupière.

L'ectropion qui dépend d'une maladie de la conjonctive a été désigné sous le nom d'ectropion sarcomateux {^ectropium sarcomatosum , ectropium luxurians). Il reconnaît pour causes toutes celles qui peuvent déterminer l'épaississement chronique de la conjonctive, comme, par exemple, l'ophthalmie chronique simple, l'ophlhalmie scrofuleuse ou syphilitique ou blennorrhagique, l'inflammation chronique des glandes de Meibomius, qui s'étend peu h peu à la conjonctive qu'elle gonfle et à la commissure des paupières qu'elle ulcère, ainsi que cela s'observe principalement chez les vieillards où la maladie constitue une variété de Vectropium smile des oculistes ; et quelquefois , ces diverses causes ne se bornent point à déterminer le simple gonflement de la conjonctive, il se forme sur cette membrane des tumeurs, des végétations plus ou moins nombreuses et saillantes.

Enfin, dans quelques circonstances, l'épaississement de cette membrane tient au développement de tumeurs fongueuses ou enkystées de diverse nature dans son épaisseur.

L'ectropion qui tient à une affection directe des paupières peut aussi recon-. naître un assez grand nombre de causes.

Dans beaucoup de cas, il dépend d'un raccourcissement de la peau de la paupière, dépendant lui-même d'une cicatrice vicieuse , suite de plaie avec perte de substance, de brûlure, etc. ; assez souvent chez les vieillards , il reconnaît pour cause la paralysie du muscle orbiculaire des paupières , et il est alors toujours borné à la paupière inférieure, et forme une seconde variété de ce que les oculistes ont nommé ertropion sénile. Enfin, dans quelques cas il est déterminé par une plaie ou un ulcère des commissures.

La marche des deux espèces d'ectropion est différente. Dans celle qui est le résultat d'une maladie ayant primitivement son siège dans la conjonctive , lorsque celte maladie est une inflammation, on voit d'abord cette membrane former une espèce de bourrelet demi-circulaire, d'un rouge pâle , et présentant l'aspect grenu des bourgeons celluleux et vasculaires des plaies.

Dans les cas où, ce qui est assez rare, la maladie envahit toute la conjonctive, alors celte mambrane, gonflée, forme une sorte d'anneau saillant au centre duquel apparaît la cornée transparente qui semble enfoncée. A mesure que le bourrelet prend de l'épaisseur, il repousse et renverse en dehors le bord libre de la paupière correspondante , qui bientôt ne peut plus recouvrir et protéger l'œil. Alors , la conjonctive devient le siège d'une inflammation plus vive, dont les suites et les effets seront décrits plus bas.

Lorsque c'est une tumeur, enkystée ou autre, qui se développe dans l'épaisseur de la muqueuse oculaire, alors le gonflement est plus circonscrit, et n'est pas précédé par les symptômes de l'inflammation. Mais le résultat est le même quand la tumeur a acquis un certain volume; c'est-à-dire que la paupière se

ECTROPION.

ECTROPION.

trouve renversée eu dehors , soit en totalité, soit dans une partie seulement de son étendue.

Lorsque raffection dépend d'une cicati-ice trop courte , et que l'on assiste à la formation de celle-ci, on voit peu à peu les bourgeons celluleux et vasculaires entraîner, vers le centre de la perte de substance, les tégumens des parties voisines et le bord libre des paupières , qui s'incline en avant, puis en bas; d'où il résulte que la face interne du voile membraneux est mise en évidence. Quoi qu'il en soit, le renversement de la paupière varie comme la disposition de la cicatrice. Tantôt, en effet, celle-ci forme une simple bride, parallèle, oblique, ou perpendiculaire à la direction de la paupière; tantôt elle occupe toute l'étendue de ce voile membraneux, et suivant que telle ou telle de ces dispositions existe, la paupière est renversée dans une partie de son étendue; ou elle l'est en totalité, et dans l'un et l'autre de ces cas, elle peut être ramenée avec le doigt à sa direction naturelle, de manière à recouvrir l'œil , ou bien elle est raccourcie et laisse une partie plus ou moins considérable du globe de l'œil à découvert, lors même que l'on essaie de la ramener à sa direction à l'aide du doigt. Dans ce cas, la maladie est compliquée de lagophthalmie. Dans quelques cas la perle de substance éprouvée par la paupière a été si considérable que le bord libre de cette partie est adhérent à la base de l'orbite. J'ai eu dernièrement occasion de donner des soins à un malade dont les deux paupières avaient été détruites par un charbon, dans une si grande étendue , qu'il ne restait que leurs bords libres , lesquels , de toutes parts adhérens à l'orbite , laissaient le globe de l'œil constamment et complètement à découvert.

La paralysie du muscle brbiculaire et les ulcérations ou les plaies des commissures ont à peu près le même résultat. Dans les deux cas la paupière inférieure ne peut pas être ramenée au devant de l'œil; mais, dans le premier, c'est parce que le muscle ne se contracte pas , tandis que , dans le second , les efforts qu'il fuit demeurent inutiles parce qu'ils sont privés de points d'appui.

Quelle que soit la cause qui produise l'ectropion de la seconde espèce, il ne tarde pas à s'accompagner du bourrelet delà conjonctive qui se remarque dans celui de la première et qui l'occasione. Il y a seulement cette différence, que, dans l'un , ce bourrelet est la cause du renversement , et que dans l'autre il en est l'effet puisqu'il est évidemment le résultat de l'irritation qu'éprouve cette membrane par le contact permanent de l'air.

L'ectropion , à quelque cause qu'il soit dû , ne constitue pas seulement une difformité; il peut avoir, au contraire, les conséquences les plus graves par rapport à l'organe de la vue. Le bord de la paupière inférieure , éloigné du globe oculaire , ne forme plus, avec la face antérieure de ce globe , la gouttière qui dirige les larmes vers les points lacrymaux; et celui qui appartient à cette paupière regardant lui-même en avant, il en résulte qu'il n'absorbe plus le liquide qui se répand nécessairement sur la joue. D'un autre côté , le bourrelet de la conjonctive, incessamment irrité par l'air, s'enflamme, devient douloureux, et quelquefois, subit des dégénérations diverses; tandis que la cornée perd sa transparence, surtout dans les cas où il y a lagophthalmie, par présenter toutes les modifications qu'y peut apporter l'inflammation chronique.

Chez le malade dont j'ai parlé plus haut, et qui avait eu les deux paupières entièrement détruites par une affection charbonneuse , l'œil , par suite de l'irritation continuelle à laquelle il était exposé, menaçait de passer à l'état cancéreux, et était le siège des douleurs les plus aiguës.

Il faut pourtant excepter en général l'ectropion dépendant de la paralysie du muscle orbiculaire des paupières ; dans celui-ci , en effet, la conjonctive se boursoufle peu, elle prend seulement une teinte rouge plus foncée; mais il donne souvent lieu , quand il dure depuis long-temps, à un accident particulier fort remarquable ; c'est l'alongement ou prolongement du ligament large et du cartilage tarse de la paupière , qui deviennent relativement trop larges , et entraînent ainsi le renversement dont leur accroissement de dimensions est un effet.

Le diagnostic de l'ectropion est des plus faciles ; l'aspect des parties suflît pour faire reconnaître la maladie; la seule difficulté qui puisse se présenter est de déterminer à quelle espèce la maladie appartient, et quelle en est la cause. Mais ce que nous avons dit suffit pour faire sentir que dans aucun cas cette difficulté ne peut être insurmontable.

De même que la marche , le prognostic des deux espèces d'ectropion est différent. En général , l'ectropion déterminé par un gonûement sarcomateux de la conjonctive , ou par quelque tumeur développée dans l'épaisseur de cette membrane, ou au dessous d'elle, est facilement curable; et , d'ailleurs, il ne compromet pas toujours très-gravement l'organe de la vue , parce que, si le bourrelet formé par la co.ijonctive empêche la paupière de recouvrir l'œil , d'un autre coté, ce bourrelet repoussé par la paupière supplée eu partie à celle-ci.

L'ectropion qui reconnaît pour cause une affection du tissu palpébral est, beaucoup plus difficile à guérir.

En effet, celui qui dépend d'une paralysie du muscle orbiculaire des paupières, présente à la guérison tous les obstacles que l'on rencontre ordinairement lorsque l'on veut traiter une paralysie ou une affection sénile. Celui qui est accompagné du prolongement des tissus de la paupière , prolongement qui ne se manifeste ordinairement que quand la maladie est ancienne, offre toutes les difficultés que l'on peut rencontrer dans le traitement des affections séniles, anciennes, et dépendantes de l'ivrognerie , vice dont les malades ne sont point pour l'ordinaire disposés à se corriger. Celui qui est dû à des cicatrices vicieuses , présente d'autant plus de difficultés au traitement que, quoi qu'on fasse

pour étendre ou pour détruire ces cicatrices, la paupière offre trop peu de prise pour que l'on puisse la maintenir, autant de temps qu'il serait nécessaire» dans la situation convenable. L'ectropion de cette espèce est donc le plus souvent incurable ; il compromet aussi plus gravement l'organe de la vue , parce que, bien qu'il soit aussi accompagné du gonflement de la conjonctive, le bourrelet formé par cette membrane, retenu par la paupière, ne peut point se porter sur le devant de l'œil pour l'abriter ; de sorte que c'est principalement cette espèce d'ectropion qui est suivi des desordres graves dont il a été question.

Traitement. — Le traitement de l'ectropion sarcomateux est assez simple.

Si le bourrelet de la conjonctive n'est pas très-ancien , si les végétations sont molles et encore sensibles, Beer donne le conseil d'instiller, entre les paupières, de la teinture d'opium, à laquelle on ajoute ensuite de l'éther sulfurique; d'employer plus tard des pommades rendues stimulantes , et même légèrement cathérétiques , par l'addition du deutoxide de mercure , et enfin d'en venir à l'application du nitrate d'argent. Si les végétations sont fermes et granuleuses , il veut que l'on commence par les scarifier, et qu'on employé ensuite les moyens qui viennent d'être indiqués. Il ne se décide à pratiquer la rescision du bourrelet sarcomateux , que quand ces moyens ont échoué.

Scarpa et la plupart des praticiens pensent aujourd'hui que , sans perdre de temps à employer des moyens dont le succès est plus que douteux, et dont, dans tous les cas, l'action est très-lente , il vaut beaucoup mieux pratiquer de suite cette légère opération, dont l'action est beaucoup plus sûre, plus prompte et qui convient à tous les cas, c'est-àdire aux simples carnosités comme aux végétations indurées, et aux tumeurs de divei-ses natures qui peuvent se rencontrer dans l'épaisseur du bourrelet sarcomateux.

Cette opération est des plus simples.

Le malade étant assis , ayant la tête un peu renversée en arrière, et rnaior tenue par un aide , le chirurgien abaisse avec les doigts médius et annulaire de la main gauche, la paupière inférieure, de manière à augmenter son renversement; il prescrit au malade de regarder en haut : cela fait, il saisit et soulève avec une petite pince à disséquer ou avec une érigne toute la portion engorgée de la conjonctive , ou la tumeur qu'elle renferme , et la retranche d'un coup de ciseaux courbés sur leur plat, ou à l'aide d'un bistouri, le plus près possible du point où la muqueuse oculaire se réfléchit de la paupière sur le globe de l'œil. On en fait autant à la paupière supérieure, lorsqu'elle est aussi soulevée par le boursouflement delà conjonctive.

Un écoulement de sang abondant se manifeste aussitôt que l'opération est achevée, mais il s'arrête bientôt de lui-même, ou par l'immersion de la partie dans l'eau fraîche.

Dès que le sang a cessé de couler , on applique sur les deux paupières et sur la base de l'orbite , en haut et en bas , une petite compresse qui maintient les deux paupières appliquées au globe oculaire , et l'on soutient le tout par u& monocle.

Lors de la levée du premier appareil, qui se fait au bout de vingt-quatre ou trente-six heures , on trouve les parties à peu près revenues à leur état naturel. Les soins consécutifs consistent à laver avec soin les paupières deux ou trois fois par jour avec une décoction émolliente; et si quelque partie de la plaie fournit des bourgeons charnus trop exubérans, ou si les paupières manifestent quelque tendance à se renverser de nouveau, il faut toucher la plaie avec le nitrate d'argent, afin de déterminer le retrait de la cicatrice, et par suite celui de la paupière vers l'intérieur. On peut aussi maintenir les paupières en place au moyen de bandelettes agglutinalives croisées au devant de l'orbite. On renouvelle ces bandelettes tous les deux jours, et chaque fois qu'on les renouvelle, on fait sur les parties voisines des frictions avec de l'huile ou avec de l'axonge.

Quoi qu'il en soit, le traitement doit durer plusieurs semaines au moins.

Quand, dans l'ectropion de la seconde espèce, la paupière renversée est assez longue pour recouvrir le globe de l'œil, ce dont on s'assure en essayant de la replacer avec le bout du doigt, on peut encore y remédier par la même opération, que la conjonctive soit ou non engorgée ; c'est même toujours par-là que l'on doit commencer, quel que soit le traitement qu'il convienne d'appliquer ultérieurement. Cette légère opération réussit souvent à corriger presque entièrement quelques renversemens séniles ou dépendans d'une cicatrice, parce que , dans le premier cas ,ellc redonne à la paupière un peu de soutien, et que , dans le second cas, il arrive souvent que le raccourcissement parait beaucoup plus considérable qu'il ne l'est réellement; de sorte qu'il suffit de ramener la paupière à une direction droite pour faire disparaître à peu près complètement la difformité. On doit la faire lors même que la conjonctive n'est pas engorgée. L'opérateur agit alors, ainsi que l'a dit Bordenave , comme le tailleur qui retranche une partie de la doublure d'un vêtement, lorsque, devenue trop large, elle dépasse le niveau de l'étoffe à laquelle elle est appliquée. Scarpa conseille dans ce cas d'inciser la conjonctive palpébrale prés du bord libre de la paupière, de la détacher jusqu'au globe de l'œil , et de la retrancher , après l'avoir attirée encore à soi , pour en enlever le plus possible.

A ces moyens en seront ajoutés d'autres qui auront pour but de combattre directement la maladie.

Au renversement qui tient à la paralysie du muscle orbiculaire des paupières , on opposera les frictions excitantes avec l'éther sulfurique, la teinture de cantharides , les huiles essentielles, l'huile animale de Dippel, celle de Cajeput , etc. ; l'ammoniaque liquide , l'électricité , etc. ; mais ces moyens doivent être continués pendant fort long-temps , si l'ou veut en obtenir quelque résultat.

ÉCiZ,ÊMÀ.

ECZÉMA

Lorsque, le renversement étant très-ancien , le cartilage tarse a pris beaucoup d'accroissement, et que la paupière est devenue relativement trop large, Weller enlève avec la conjonctive un lambeau elliptique et transversal du caritilage tarse vers le milieu de la paupière, puis ensuite il réduit.

On peut encore , dans ce cas , mettre en usage le procédé d'Adams , qui sera décrit plus loin.

L'ectropion qui dépend d'une plaie ou d'un ulcère d'une des commissures , disparaît par le traitement de ces affections.

On a proposé plusieurs moyens pour remédier à celui qui dépend d'une cicatrice vicieuse.

Celse conseille de diviser, par une incision courbe faite près la base de Torbile, les tégumens de cette partie; d'autres ont conseillé l'ablation de la cicaitrice dans les cas où elle est e'troile et saillante ; mais le plus grand nombre des jcliirurgiens repoussent aujourd'hui cette opération, paj-ce que, quoi qu"on (fasse, suivant eux, les bords de l'incision se rapprochent , et qu'après la guéii'ison , la difformité se reproduit tout aussi forte, sinon plus forte, qu'auparavant.

Il paraît pourtant que dans quelques cas ce procédé peut réussir; Malvani en a publié un exemple remarquable dans le cahier de juillet 1829, du Journal général de Médecine , et quelques oculistes pensent que si l'on employait convenablement les bandelettes agglutinatives et les autres moyens de maintenir la paupière étendue , ce procédé réussirait plus souvent.

Dzondi, qui en a obtenu plusieurs succès , l'a modifié ainsi qu'il suit.

Il commence par faire opérer pendant quelque temps des frictions en différons sens, qui ont pour but d'alonger autant que possible le tissu de la cicatrice et celui de la paupière, et de rendre à celle-ci une partie de sa mobilité. Ce résultat obtenu , il incise la cicatrice horizontalement dans toute son étendue et dans toute sa profondeur, en pénétrant jusqu'au tissu cellulaire , qu'il détache, afin de rendre aux parties toute leur mobilité. Il panse d'abord la plaie simplement; au bout de quelques jours il applique dessus un onguent composé de parties égales de basilicum et de pommade tie cantharides. Son but est de provoquer la formation de bourgeons celluleux et vasculaires, qui acquièrent iin grand développement. Il panse pour cela toutes les vingt-q uatre heures , ou plus souvent, et quand il a réussi à établir des bourgeons fermes et consistans qui dépassent le niveau de la peau d'une ligne ou d'une ligne et demie, et qui s'opposent au rapprochement de la division, il cesse les applications excitantes, et laisse la cicatrisation s'opérer.

Il est inutile de répéter que , dans tous ces cas , il est indispensable de maintenir les paupières appliquées au globe de l'œil à l'aide des moyens indiqués plus haut. W. Adams a remédié à l'ectropion entretenu par une maladie du tissu même de la paupière, en pratiquant sur celle-ci une incision en V, dont la base correspondait au bord libre, et en comblant ensuite la perte de substance au moyen de quelques points de suture, qui servirent à rapprocher et à mettre en contact les lèvres de la plaie.

Enfin, lorsqu'il y a en même temps renversement et lagophthalraie un peu considérable, Dzondi a proposé de suppléer à la partie de paupière qui a été détruite, par le moyen d'un lambeau de peau pris sur la face.

11 veut que l'on pratique pour cela , sur la partie de la face la plus voisine, trois incisions qui circonscrivent un lambeau de forme appropriée à la perte de substance ; que l'on sépare ce lambeau des parties sous-jacentes , en le laissant loutefois adhérer par une assez large base qui corresponde à son quatrième :ôté ; qu'on le relève et qu'on le mette en contact avec les deux lèvres de la perte de substance , préalablement rafraîchies au moyen de l'instrument tranchant, et qu'on le réunisse de chaque côté à ces lèvres par quelques points de suture.

On conçoit du reste que ce procédé a pour but principal de couvrir l'œil plutôt que de rémédier à la difformité.

Il n'est point applicable aux cas où la presque totalité des paupières ayant Hé détruites, leur bord libre est resté adhérent au pourtour de l'orbite. Dans ;elui que j'ai cité , il ne m'est resté d'autre parti à prendre pour calmer les iouffrances aiguës du malade, et pour prévenir la dégéuératiou cancéreuse imninente, que de vider l'œil.

M.-O. Kerck. De ectiopio. Tubing , 1733.

PelUer de Quengsy. Recueil d'observalions sur les maladies des yeux. Bordenave . Mémoire dans lequel ou propose un nouveau procédé pour traiter le renverseneol des paupières. ( Mémoires de V Académie royale de Chir. , t. 5 , iu-4°.) Harder. Dissertatio de cclropio, entropio et trichiasi. Jen., 1785. Richter. Aufangsgrûndo der wunderlzneykunsl, 3 ter Band. Goettinjue, 1790. Scarpa. Osservazioni sulle malaltic dcgli occiii. 1803. Tf^enzel. Manuel de l'oculiste. Paris, 1808.

fy, Adams. Observations pratiques sur l'ectropion, etc. Londres , 1812. Roux. Parallèle de la chirurgie anglaise avec la chirurgie française. Paris , 181?. Beer. Lehre von der augenkrankheiten. Wien., 1817. B. Travers. Synopsis of die diseases of the eye. London , 1820.

Malvani. Mémoire sur l'eclropioa. [Journal général de Médecine , cahier de juillet 1829.)

(L.-J. Sanson. )

ECZEMA, s. m., dérivé de £xÇ;<a , efferi'esco , employé d^ns la collection lippocratique pour désigner certaines éruptions incomplètement décrites, et luquel Willan a assigné un sens précis, lorsqu'il s'en est servi pour dénommer ine inflammation de la peau , souvent bornée à une seule région du corps, ca- •actérisée à son début par de très-petites vésicules non contagieuses, ordinai- •ement très-rapprochées ou entièrement agglomérées , qui se terminent par la ésorptioa du fluide qu'elles contiennent, ou par des excoriations superfi-

cielles , accompagnées d'une exhalation séreuse (eaux rousses, vulg,), à laquelle succèdent un état squammeux de la peau, ou de nouvelles éruptions de même nature.

Souvent borné à une seule partie du corps, l'eczéma peut être général, et se montrer simultanément ou successivement sur plusieurs régions. Il affecte de préférence celles où les follicules sont nombreux et très-apparens , le cuir chevelu , les oreilles , et plus rarement la face, le tronc, le pourtour des ongles, la face dorsale des mains et les membres supérieurs. Il s'étend quelquefois sur les membranes muqueuses. Chez l'homme, on l'observe fréquemment à la partie interne des cuisses , au scrotum , à la marge de l'anus ; chez la femme , il se développe parfois sur les membranes muqueuses du mamelon , de la vulve et du rectum ; chez les enfans , il affecte spécialement la face et le cuir chevelu , et s'étend quelquefois jusque dans l'intérieur de la bouche, des fosses nasales et de l'oreille externe.

L'eczéma est aigu ou chronique. Dans tous les cas , la maladie est caractérisée par une seule ou plusieurs éruptions successives , sur une même région ou sur diverses parties du corps; quant aux vésicules, elles sont agglomérées sur de larges surfaces, ou disposées en groupes irréguliers et rarement sous forme de bandes. Lorsque l'eczéma est général , on observe quelquefois sur le même individu toutes ses variétés , à différons degrés, à différentes périodes: dans d'autres circonstances, une d'elles se montre , seule, et avec tous ses caractères distinctifs.

§ 1er. Symptômes. — Dans V eczéma aigu j l'éruption des petites vésicules est annoncée par un sentiment de fourmillement , et quelque fois par un véritable prurit , elles apparaissent avec ou sans rougeur , chaleur et tension, et présentent dans leur disposition trois variétés bien décrites par Willan : lo eczéma simplex ; 2° eczéma rubrum ; 3° eczéma impetiginodes.

1" Dans l'eczéma simple , variété ordinairement très-bénigne, la peau surmontée de vésicules conserve le plus souvent sa teinte naturelle; il n'y a ni chaleur ni tuméfaction; les vésicules très-petites, plus ou moins rapprochées, contiennent une petite gouttelette de sérositéiimpide; lorsqu'elle est résorbée, l'épiderme qui concourait à sa formation se ride et se détache sous la forme d'un très-petit disque. Plus souvent encore , les vésicules, après quelques jours d'existence, se rompent ou sont détruites par le frottement ; la gouttelette séreuse s'écoule , et donne lieu à la formation d'un grain jaunâtre, qui ne tarde pas à se détacher; laissant un petit point rose, tantôt sec, tantôt humide, entouré d'un cercle blanchâtre. Dans ce dernier cas, on aperçoit un très-petit orifice d'où suinte une gouttelette séreuse qui, en se desséchant, forme une croûte de la grosseur d'une tête d'épingle. Quelquefois aussi des lamelles d'épiderme altéré, et rendu plus épais par l'humeur desséchée des vésicules , sont détachées delà peau. Souvent, à cette époque, et sans causes connues, il se fait une nouvelle éruption qui suit en tout la marche de la première , et l'eczéma devient chronique.

Un de mes élèves, le docteur Levain , a fait connaître une variété de l'eczéma simple qui n'avait pas été décrite par 'Willan, ni par aucun des patliologistes qui, depuis lui, ont fait une étude spéciale des maladies de la peau. Elle s'annonce par de petits groupes de vésicules , dont la dimension varie entre celles d'une pièce de dix et de quarante sous. Ces vésicules sont nombreuses, très-petites, en tout semblables à celles des autres variétés d'eczéma , et par conséquent beaucoup moins volumineuses que celles qui caractérisent l'herpès phljclénoïde . Ces groupes sont disséminés sur la peau , qui n'est rouge que dans les points affectés. Sur ces taches rouges, surmontées de vésicules, l'épiderme peut quelquefois être détaché et enlevé d'un seul morceau ; sa face interne est humide et présente des petits points blancs ou d'un jaune foncé , produits par l'humeur des vésicules; le derme est rouge non ulcéré. Ces groupes de vésicules ont une assez grande analogie avec ceux de l'herpès prœputialis , et cette variété de l'eczéma semble être le moyen de transition entre ces deux éruptions vésiculeuses.

L'eczéma simple envahit souvent toute la surface du corps , spécialement chez les enfans , les jeunes gens et les personnes irritables. Sa guérison est ordinairement rapide ; ses récidives sont assez rares. Les maladies avec lesquelles on peut le plus facilement le confondre, sont les éruptions vésiculeuses arti/icj'eZ^ei produites par l'insolation, et le lichen simplex. Pour éviter cette dernière erreur il suffit de se rappeler que les vésicules contiennent de la sérosité, tandis que lesélevuros du lichen sont solides et donnent une gouttelette de sang lorsqu'on les perce.

2» L'inflammation de la peau est quelquefois plus intense (eczéma rubrum ) : la partie qui va être le siège de l'éruption se tuméfie, devient chaude , rouge et luisante comme dans l'érythème ou l'éiysipèle. Elle est surmontée de petites vésicules confluentes, d'abord transparentes , puis promptement laiteuses , qui se rompent et donnent lieu à un écoulement de sérosité roussâlre(eauar rousses, vulg. ). Plus tard l'épiderme , imprégné de cette humeur épaissie , se ramollit sur quelques points, se détache sur quelques autres, se dessèche sous forme de lamelles jaunâtres peu épaisses, 'qui sont aussitôt remplacées par des croûtes légères, provenant du dessèchement de la sérosité qu'exhalent les surfaces malades. Enfin la peau présente çà et là de petits points roses autour desquels l'épiderme forme un véritable liseret, irrégulièrement découpé , qui indique la dimension des vésicules.

Lorsque l'eczéma rubrum est très-intense, la chaleur, la rougeur et la tension persistent ou même augmentent pendant plusieurs jours : les vésicules naissent et se rompent rapidement; le fluide qu'elles fournissent irrite les parties déjà très-douloureuses , et son contact donne lieu à des excoriations superficielles plus ou moins étendues. La peau rouge , privée de son épiderme , pa-

ECZÉMA

raît parsenàêe d'une multitude de pores qu'on pourrait couvrir avec la tète d'une petite épingle , et d'où suinte une humeur roussâtre , quelquefois avec une telle abondance , qu'elle inonde le linge des malades : ce sont les orifices enflammés des follicules ( darlre s(/uammeuse humide). D'autres fois les petites vésicules se réunissent , se confondent et forment des bulles irrégulières , analogues à celles qu'on remarque dans certains érysipèles. L'épiderme soulevé dans une grande étendue se rompt ; des flots de sérosité s'échappent; la couche sous-épidermique , mise à nu , fortement tuméfiée , présente, outre les orifices déjà indiqués , des fausses membranes blanchâtres, molles, peu adhérentes. Enfin l'exhalation séreuse diminue et finit par se tarir ; des lamelles épidermiques, d'abord humides et peu adhérentes, rendues jaunes et verdâtres par l'humeur qui les imprègne, se dessèchent, tombent et sont ensuite remplacées par d'autres lamelles plus sèches et plus persistantes. La peau perd insensiblement sa tension et sa chaleur; la rougeur diminue, et les parties recouvrent lentement leur état naturel , annoncé par la formation d'un nouvel épiderrae , semblable à celui des parties saines. Mais souvent de nouvelles éruptions surviennent, et l'eczéma rubrum devient chronique,

30 L'eczéma et l'impétigo ont entre eux une grande analogie, sous le rapport des régions du corps sur lesquelles ils se montrent, et sous celui de l'élément lie la peau dans lequel ils se développent [lesjollicules) ; aussi n'est-il pas rare de voir , sur le même individu , quelques régions de la peau affectées d'impétigo, tandis que d'autres sont envahies par l'eczéma. Il arrive quelquefois aussi que des surfaces plus ou moins considérables des tégumens sont surmontées d'un mélange de vésicules d'eczéma et de pustules d'impétigo, et plus fréquemment encore l'on voit les vésicules d'eczéma devenir purulentes et donner lieu à une variété que Willan a décrite sous le nom d'eczéma impetiginodes. Lorsqu'elle débute d'une manière aiguë , la tension , la chaleur et la rougeur sont considérables ; ce n'est plus de fourmillement ni de démangeaison dont les malades se plaignent; mais d'élancemens , de douleurs très-vives. Les vésicules deviennent rapidement purulentes , et l'humeur qu'elles contiennent se concrète sous forme de croûu-t verdâtres, lamelleuses , qui ne tardent pas à tomber, et mettent à découvert une surface dont la rougeur est aussi intens^ que celle du carmin. Lorsque l'éruption est considérable , la matière ichoreuse qu'elle fournit est tellement abondante que tous les appareils de pansement , les draps, les couvertures en sont imprégnés; l'odeur en est des plus désagréables ; elle est fade et analogue à celle que répand une large brûlure en suppuration. Ordinairement il existe autour de ces eczéma impétigineux un cercle ronge, tuméfié, parsemé de petites vésicules transparentes ou laiteuses, en tout semblables à celles qui caractérisent Y ecïcma rubrum. Parfoisles vésicules et les croûles se renouvellent et la maladie devient chronique.

L'eczéma impétigineux peut durer plusieurs semaines, se porter d'une partie sur une autre , ou enfin envahir presque tout le tégument externe; le plii« souvent cependant il n'occupe qu'une région. Lorsqu'il ne tend pas à passer à l'état chronique , tous les symptômes s'amendent , l'inflammation diminue , les croûtes tombent , l'épiderme est reproduit, et la peau violacée n'ofi're plus qu'une légère desquammation.

Les trois formes aiguës que je viens de décrire offrent des nuances extrêmement variées. Le plus souvent , les accidens ne s'étendent pas au-delà de la partie malade ou des régions sur lesquelles l'éruption s'est développée. Lorsqu'elle est fort étendue elle est accompagnée de symptômes généraux ; le pouls devient fréquent; il y a de la soif, de l'anorexie, etc.; le sommeil est interrompu, les douleurs sont exaspérées parla chaleur du lit; quelquefois les mouvemens sont impossibles ou fort douloureux. Les complications les plus fréquentes sont des gangtionites dans le voisinage des parties affectées, et cbez quelques malades une inflammation de l'estomac et de l'intestin.

4". Eczéma chronique. — Les trois variétés de l'inflammation de la peau, qui constituent l'eczéma aigu , peuvent se présentera l'état chronique ; c'est même , il faut le dire , la tendance naturelle de l'eczéma rubrum et de Yimpetiginodes. Souvent, après la rupture des vésicules, l'inflammation s'aggrave , envahit les couches profondes de la peau et même le tissu cellulaire sous-cutané. Excitée par des éruptions vésiculeuses rapprochées, et par le contact d'un fluide ichoreux abonda;it,.la peau s'excorie, présente des gerçures que cei tains mouvemens rendent plus étendues et plus profondes, surtout si la maladie s'est développée entreles doigts, aux mamelons, à la marge de l'anus, aux jarrets, etc. Dans le plus grand nombre des cas , les régions affecte'es offrent d'abord l'aspect d'un vésicatoire en suppuration , et fournissent une sérosité purulente d'une odeur désagréable qui pénètre facilement les linges appliqués sur la peau. Ces eczéma fluens provoquent de vives démangeaisons, accompagnées de cuisson : la peau , vivement enflammée , devient sanguinolente, d'iine couleur violacée, et parait parsemée d'une multitude de petits pores d'où suinte une sorte de rosée séreuse. Fatigues par un prurit des plus violens, les malades ne parlent que dâcreté de sang , de Jeu intérieur, etc. ; ils ne peuvent se livrer au sommeil; leurs souffrances momentanément assoupies, renaissent, souvent tout à coup et sans causes appréciables ; alors rien ne peut modérer l'ardeur qu'ils mettent à se gratter; une sérosité sanguinolente s'écoule de la peau déchirée; les démangeaisons deviennent intolérables , surtout dans les eczéma du périnée , de la marge de l'anus , de la vulve et du rectum ; et lorsque la ma^ ladie est abandonnée à elle-même, cet état se perpétue souvent des mois, des années entières.

Lorsque l'inflammation est diminuée, l'eczéma chronique prend un autre aspect : après un laps de temps plus ou moins considérable , les éruptions ou vésiculeuses ou vésiculo-pustuleuses deviennent plus rares, et finissei't même par ne plus se reproduire; les croûtes qui, d'abord humides et épaisses, étaient

aussitôt remplacées que détachées de la peau , deviennent de plus enplus minces , sèches et adhérentes; la peau se couvre de petites écailles jaunâtres {dartre squammeuse ou furfuracée de quelques auteurs ), parmi lesquelles on rencontre quelques croûtes sanguines , suites de légères excoriations produites par les ongles des malades. L'exhalation séreuse est remplacée par une simple exfoliation épidermique plus ou moins abondante. Plus ces eczéma ont été intenses , plus leur durée a été longue, plus leur disparition entière se fait attendre; et pendant long-temps on aperçoit encore des débris qui peuvent faire juger de l'existence antérieure de cette maladie. S'il se fait une nouvelle éruption vésiculeuse sur ces surfaces qui ont été ou qui sont affectées d'eczéma , les nouvelles vésicules se rompentbeaucoup plus vite que celles qui se développent sur des régions qui n'ont pas encore été envahies : à peine existent-elles pendant cinq à six heures ; ce qui tient sans doute au peu de résistance qu'offre l'épiderme de nouvelle formation. Enfin il arrive quelquefois que de petites éruptions vésiculeusos se forment sous l'épiderme épaissi et altéré.

§11. Après avoir décrit d'une manière générale l'eczéma à l'état aigu et à l'état chronique, et les principales variétés c[ue celte maladie peut offrir , je vais indiquer les particularités qu'elle présente sur diverses régions du corps.

1. Eczéma du cuir chei^elu. — Extrêmement fréquent chez les enfans à la mamelle parvenus à l'âge de trois , cinq et huit mois , et à l'époque de la seconde dentition , il n'est pas rare chez les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, surtout chez ceux qui ont les cheveux blonds , la peau blanche et délicate, doué d'une constitution lymphatique ou scrophuleuse , et dont la tête est souvent en forme de calebasse. Cette variété , séparée à tort de l'eczéma (uo^-ez Teigne muqueuse), occupe tantôt la partie postérieure de la tête seulement , tantôt toute sa SU] face , et s'étend presque toujours sur les oreilles , la nuque, le front et la face. Chez les très-jeunes enfans, les vésicules de l'eczéma répandues sur le cuir chevelu et les tempes , forment bientôt des croûtes minces qui acquiè* renl nue plus grande épaisseur à mesure que le suintement continue. Le cuit chevelu tuméfié fournit en abondance un fluide visqueux , qui enduit et COll« les cheveux en masses et par couches , et forme en se desséchant des croûtes lamelleuses jaunes ou brunes. Dans cet état d'acuité , la tête est chaude , le cuir chevelu rouge et tendu ; les enfans sont en proie à une démangeaison dont rien ne peut exprimer la violence ; elle redouble lorsqu'on leur découvre la tète ou qu'on l'expose à l'air; ils la frottent violemment contre leurs épaules, et pour peu que leurs mains soient libres ils se grattentavec une vivacité inou'ie, ^t le sang coule sous leurs ongles. Lorsque les cheveux ont été coupés avec soin et les croûtes enlevées à l'aide des cataplasmes ëmolliens , le cuir chevelu , mis h nu, sur quelques points semble enduit d'un fluide d'une apparence caséeuse. Quelquefois l'inflammation se propage au tissu cellulaire sous-cutané, qui forme de petites tumeurs proéminentes accompagnées d'une douleur tensivo très-aiguë, et qui se terminent ordinairement par suppuration. Les gangliens de la nuque et des régions parotidiennes deviennent douloureux, et se tuméfient. Dans quelques cas , les vésicules de l'eczéma sont mélangées de pustule» d'impétigo, et les croûtes sont alors beaucoup plus épaisses et adhérentes. Une grande quantité de poux se montre aussi en même temps sur le cuir chevelu.

Si les enfans atteints de cette éruption sont entourés de soins convenables , si l'on fait tomber les croûtes au moyen decataplasmesetdelotionsémollientes, l'inflammation du cuir chevelu diminue, et ordinairement le suintement se tarit. Si ces soins sont négligés, les linges qui enveloppent la tête imprégnés du fluide sécrété par les surfaces enflammées, augmentent le prurit; l'inflammation devient chronique et plus profotide , les bulbes des cheveux s'enflamment, et leur chute peut avoir lieu sur une surface assez eonsidérable , en même temps que le cuir chevelu prend un aspectyu/j/u/ace.

L'eczéma du cuir chevelu se propage très-souvent au front, aux tempes, à la face , à la nuque et aux épaules. Lorsque le suintement ichoreux s'arrête tout-à-coup et amène le dessèchement trop prompt des croûtes , les enfans deviennent mornes, taciturnes, inquiets , mal portans. D'un autre côté , lorsque la sérosité coule avec abondance , lorsqu'elle arrose et pénètre de toutes parts le cuir chevelu , les principales fonctions s'exécutent souvent avec la plus parfaite régularité, et la santé des enfans s'améliore quelquefois pendant toute la durée de celte inflaramatioii. J'ajouterai même que pendant la dentition, ceun qui sont affectés d'eczéma de la face et du cuir chevelu ont rarement des convulsions ou des diarrhées abondantes rebelles. Cette observation s'accorde avec celle de M. Billard , qui dit avoir vu à l'hospice des Enfans-Trouvés un assez grand nombre d'eufans à la mamelle , atteints d'eczéma du cuir chevelu (teigne muqueuse), qui après la guérison lente et naturelle de celte inflammation , ont offert un état de santé et de fraîclieur remarquable.

Chez les adultes, l'eczéma chronique du cuir chevelu atteint spécialement les individus lymphatiques ou scrofuleux ; à l'âge critique les femmes en sont plus souvent affectées que les hommes. La plupart de ces eczéma , d'abord fluens et humides, deviennent plus tard squammeux et furfuracés ; alors la tuméfaction , la rougeur et la chaleur de la peau sont presque nulles; le cuir chevelu, dépouillé des squammesqui le recouvrent, parait légèrement rouge et luisant. Les squammes sont quelquefois d'une couleur argentine etnacrée, et ressemblent assez bien aux pellicules dont les plumes des jeunes oiseaux sont enveloppées. Quelquefois des paquets de cinq à six cheveux sont enchatonés de ces squammes qu'ils dépassent par leur e.\.trêniilé libre et par leur extremilt» adhérente. Dans cet état, l'eczéma ne provoque que des démangeaisons peu vives , et la tête n'exhale aucune odeur.

Quelquefois l'eczéma chronique du cuir chevelu se propage aux oreilles et

ECZÉMA

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aux sourcils , allaqne le bord libre des paupières , provoque la chute des poils et détermine des ophlhalmies chroniques , rebelles.

On observe rarement l'eczéma du cuir chevelu chez les vieillards, probablement à cause des changemens survenus dans l'organisation de la peau. Je l'ai vu plusieurs fois coïncider avec une sécrétion folliculaire cérumineuse , abondante.

2. Eczéma de la face. — L'eczp'ma de la face chez les jeunes enfans accompagne souvent celui du cuir chevelu et des oi eilb^s ; plusieurs auteurs l'ont décrit sous le nom de croûte laiteuse. Il se montre ordinairement sur le front, les joues et le menton ; les petites vésicules qui le caractérisent, disposées en i;roupes irréguliers, dépassent à peine le niveau de la peau, qui acquiert liientôt une teinte érylhémateuse ; au bout de quatre ou cinq jours ces vésicules se rompent, donnent issue à un fluide visqueux et jaunâtre qui se concrète et se transforme en croûtes minces , jaunes , verilâtres ; de nouvelles vésicules ne lardent pas à se développera la circonférence de ces groupes ou dans leur voisinage ; l'humeur qu'elles contiennent s'épanche à la surface de la peau , en même temps qu'un suintement considérable s'établit au dessous des premières squammes ou croûtes , et ajoute encore à leur épaisseur et à leur étendue. Si cette maladie est abandonnée à elle-même, plusieurs éruptions ont lieu jusqu'à ce que toute la face soit pour ainsi dire enveloppée de lamelles jaunâtres. Souvent l'humeur séreuse ou séro-purulente est très-abondante (eczéma impetii^^inodes) ; au dessous des lamelles ou des croûtes , la peau est 1 un rouge très-animé, parsemée d'une multitude de petits orifices, couverte Je légères fausses membranes ; elle se gerce, s'excorie, sur les joues , vers les Lommissures des lèvres , dans renfoncement qui les sépare du menton ; ces gerçures sont augmentées par la succion, les pleurs et les cris. Plus tard l'ec- 5cma de la face présente tous les caractères d'une inflammation chronique : les v-esicules sont rares ; l'écoulement devenu peu abondant se tarit , et la peau ie couvre de lamelles sèches et grisâtres , qui se détachent sans se reproduire ; les surfaces malades, pourvues d'un épiderme très-mince, restent encore ong-teraps éry Ihémateuses, et deviennent le siège d'une desquammation furfuracee , qui , elle-même , finit par cesser. Jamais les excoriations et les fissures gui accompagnent les eczéma de la face ne laissent de cicatrices. Celles que l'on jbserve quelquefois sont le résidtat des excoriations que les enfans se font avec leurs ongles : pour les prévenir, il convient de leur envelopper les mains Dendant la nuit; car j'en ai vu qui se mettaient le visage en sang à force de se gratter lorsqu'on ne prenait pas cette précaution.

L'eczéma de la face se propage quelquefois au bord libre des paupières , ni.x. membranes muqueuses de la bouche, des fosses nasales et des conjonctives; l'épilhélium rapidement détruit sur celles qui en sont pourvues , est remplacé par de pelites fausses membranes blanchâtres. Lorsque l'eczéma des paupières envahit les conjonctives , tous les symptômes d'une ophthalmie|aiguë se déclarent : les yeux deviennent rouges , larmoyans, sensibles à la lumière ; les bords libres des paupières sont tuméfiés et œdémateux. Dans les fosses nasales l'eczéma donne lieu à un prurit fort incommode, et à un écoulement étide et très-abond.int. Cette maladie envahit rarement la bouche ; je l'ai vue bornée à la lèvre inférieure autour de laquelle elle formait une espèce d'anneau; quelquefois la membrane muqueuse buccale rouge et tuméfiée présente ça et là de petiles ulcérations superficielles, analogues k des aphthes, et les enfans rendent la salive en abondance.

Chez les adultes, l'eczeraa rulrum et i'/n/yen'^mo.'/ei de la face est souvent accompagné, d'une tuméfaction générale du visage , et d'un œdème des paupières , semblable à celui qu'on observe dans l'érysipèle phlegmoneux. L'eczéma le la face diffère de cette dernière maladie, en ce qu'il est d'une plus longue furée , et qu'au lieu d'une inflammation exanthémateuse , simple ou compli- ]uée de bulles , la peau offre une éruption vésiculeuse ou vésiculo-pustulense :>rdinairement accompagnée d'une chaleur prurigineuse. Quand l'eczéma de la ace est passé à l'état chronique , l'exhalation séreuse est presque insensible; a face se couvre d'écaillés furfuracées qui tombent et se renouvellent ; les iourcils et les paupières se dégarnissent quelquefois de leurs poils. J'ai surout observé cetle variété difficile à guérir , chez de jeunes filles lymphatiques lont la menstruation n'était pas régulière , ou chez lesquelles le flux menstruel le s'était point encore établi. On la voit rarement chez les vieillards.

3. Eczéma des oreilles. — L'eczéma des oreilles est une des variétés qu'on "encontre le plus fréquemment chez les deux sexes, à tout âge. On l'observe souvent chez les femmes après la cessation du flux menstruel Lorry en a bien jndiqué les caractères (de auribus suppurantihus) .TuQi très-jeunes enfans en sont liouvent atteints; il coïnciile fréquemment avec l'eczéma du cuir chevelu et de

a face dont il suit ou précède quelquefois le développement. Il ne faut pas le confondre avec l'intertrigo, sorte d'érythème de la partie postérieure des oreiles, accompagné de fissures et d'un lé^er suintement. J'en ai aussi observe de nombreux exemples chez de jeunes filles de quinze à ving ans; la plupart n'éaient point encore réglées , ou l'étaient fort irrégulièrement. Lorsque cet >czéraa se montre à l'état aigu , les oreilles deviennent rouges , tuméfiées ; leur olume est souvent doublé ; un fluide roussàtre s'écoule rapidement des vési- 'ules ; des fissures s'établissent, l'inflammation se propage au conduit auditif, lutour duquel se forme quelquefois de petits foyers purulens excessivement louloureux. L'audition est pervertie ou suspendue; les ganglions lymphatiques .-oisins s'enflnmment. Le plus souvent , cet eczéma devient chronique; la peau .e couvre de lamelles d'un jaune foncé , semblables à de légères couches de cire piune fendillées ; un fluide roussàtre dont l'écoulement augmente par la pression , s'échappe des fissures. Souvent lorsque les parties malades paraissent revenir à leur état naturel, tout-à-coup, sans cause connue, une éruption nou-

il. DiCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRUHGIE PRATIQUES.

velle se déclare. L'eczéma des oreilles est ordinairement trcs-rebclle chez les femmes à l'époque critique ; il guérit au contraire facilement chez les enfnns , lorsqu'il s'est développé pendant le travail de la dentition. Ou a conseillé do placer dans le conduit auditif externe des morceaux d'éponge ou des bourdonnets de charpie, afin d'empêcher le rétrécissement de cetle ouverture ; cette précaution a plus d'inconvénients que d'avantages. Dans l'eczéma aigu des oreilles , on atteint mieux le but qu'on se propose par la saignée, les applications de sangsues , les pédiluves , les laxatifs ; dans les eczéma chroniques , le gonflement du tissu cellulaire sous-cutané est rarement porté au point de rendre cette précaution nécessaire. Il est rare que l'eczéma des oreilles ne s'étende pas aux régions parotidiennes , massétériennes et au cuir chevelu ; le plus ordinairement aussi les deux oreilles en sont affectées en même temps; mais la maladie n'est pas toujours au même degré de l'un et de l'autre côté.

4. Eczéma des mnmelles. — L'eczéma des mamelles est beaucoup moins fréquent que ceux que je viens de décrire; je ne l'ai jamais vu chez les enfans. M. Levain en a recueilli plusieurs observations chez de jeunes femmes qui nourrissaient pour la première fois. Il importe de ne pas le confondre avec l'intertrigo ou les gei'çures, qui sont beaucoup plus fréquentes que l'eczéma chez les femmes qui allaitent. On l'observe quelquefois , surtout à l'état chronique , chez de jeunes filles et chez des femmes qui n'ont jamais nourri; j'en ai rapporté un exemple remarquable dans mon 'Traité des Maladies de lu peau. Quelquefois l'inflammation se porte d'un mamelon à l'autre , de très-vives démangeaisons se font sentir, une sérosité jaunâtre ou roussàtre flue abondamment des parties affectées , et imbibe rapiilement les linges dont on les couvre, La membrane muqueuse des mamelons, enflammée dans toute son étendue , mais d'une manière inégale, offre de petiles excoriations semblables à des égratignures linéaires : quelques points sont d'un rouge animé , humides et parsemés de petites gouttelettes séro-sanguinolenles ; quelques autres sont couverts de croûtes jaunâtres qui vont en diminuant d'épaisseur du centre à la circonférence. Cette inllamraation est ordinairement accompagnée de démangeaisons très-vives qui augmentent à l'approche et pendant la menstruation. Les mamelons restent long-temps sqammeux ; ils suintent un jour, et sont secs le lendemain. Enfin, après plusieurs guérisons et plusieurs rechutes , les démangeaisons diminuent , le suintement séreux cesse : il se forme un nouvel épiihélium lisse et uni , comme celui qui recouvre les parties saines. Je n'ai jamais observé chez l'homme l'eczéma des mamelles. Il importe de le distinguer des crevasses ou gerçures simples, et surtout de ne pas le confondre avec les ulcérations syphilitiques ; il est ordinairement très-rebelle , peut durer des années, et réclame un traitement actif, à son début.

.5. Eczéma de la rcgioii ombilicale. — La peau de la région ombilicale offre beaucoup d'analogie avec celle qui circonscrit les ouvertures nalurelles ; aussi l'eczéma du nombril ressemble-t-il beaucoup à celui du mamelon ou de la vulve. Il a été pris pour une blennorrhagie syphilitique. Chez les enfans qui viennent de naître , des tractions exercées sur le cordon ombilical , sa ligature et l'empiloi des corps gras donnent lieu quelquefois au développement de petites vésicules et à de légères excoriations distinctes de celles de l'eczéma.

6. Eczéma de la partie interne des cuisses, du prépuce , du scrotum , du périnée, de la marge de l'anus et de rexti êmité inférieure du rectum chez ihomme. — Ces variétés d'eczéma sont forts rares dans l'enfance ; elles sont plus fréquentes de trente à quarante ans qu'à toute autre époquedela vie. L'eczéma peut commencer par l'une ou l'autre de ces régions , se porter ensuite sur les autres , ou les envahir toutes en même temps. Le sommeil est inlei-rompu ; les malades, tourmentés par un prurit habituel , sont irrascibles , agités; les vésicules naissent, se rompent ou sont déchirées aussitôt leur formation ; desorte qu'il est souvent impossible d'en rencontrer d'intactes. La peau est enduite d'une humeur ichoreuse ; les malades se déchirent avec leurs ongles ; des fissures se forment et donnent lieu à un écoulement séro-sanguinolent ; le pénis, le scrotum , le périnée offre de larges excoriations; la charpie et les linges dont on recouvre ces parties, en sont promptement imbibés ; la marche , les frottemens, la chaleur du lit, quelquefois la présence des pediculi pubis ajoutent encore à l'irritation déjà si vive; l'érection , l'émission des urines, la défécation , sont quelquefois douloureuses. Dans la grande majorité des cas , cet eczéma devient chronique. C'est toujours une maladie longue et rebelle conti e laquelle les patiens sollicitent les remèdes les plus actifs; il est des cas cependant où ils doivent être employés avec beaucoup de ménagement. Un de mes malades , jttteint d'un eczéma chronique de la marge de l'anus , depuis vingt ans , fut accidentellement affecté d'une inflammation très-grave de la membrane muqueuse gastro-pulmonaire , qui céda à une diète rigoureuse, à l'usage du lait d'ânesse, de boissons mucilagineuses , et à l'application d'un cautère. Pendant l'acuité tt la période la plus grave de cette maladie, l'eczéma de la marge de l'anus disparut complètement et se manifesta de nouveau après la guérison de l'inflammation gastro-pulmonaire. Ce balancement des inflammations intérieures et extérieures est bien digne de fixer l'attention des pathologistcs et des thérapeutistes.

On a quelquefois confondu l'eczéma du scrotum et du périnée , etc. , et surtout les fissures qu'il détermine , avec des ulcérations syphilitiques.

7. Eczéma de la partie interne des cuisses, de la vuhe, de la marge de l'anus, des membranes maquruses du T/agin et du rectum. — Les enfans sont rarement atteints de l'eczéma de ces régions ; chez la femme adulte il peut commencer par l'une d'elles , se propager ensuite aux autres ou les envahir toutes à la fois. Comme celui des parties génitales de l'homme , il débute par de la chaleur et un prurit intolérable ; les vésicules se rompent dès leur naissance ; les douleurs deviennent intolérables , des excoriations se forment; la maladie se propage

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aux granJes lèvres , à la membrane muqueuse du vagin , à la marge de l'anus et au rectum. Alors les cuissons, les démangeaisons sont extrêmement vives , l'émission des urines est douloureuse , un écoulement d'une odeur fade a lieu par les parties génitales externes. Le vagin , la face interne des grandes liivres offrent de petites ulcérations rouges superficielles; les malades se livrent quelquefois à l'onanisme avec une sorte de fureur , comme dans le prurigo pudeiuii; les rapports sexuels sont impossibles ou très-douloureux.

Cette variété de l'eczéma a elé quelquefois prise pour une affection sypbilitique, et il est souvent difficile, lorsqu'elle est accompagnée d'un écoulement leucorrhéique , de déterminer si ce flux est la cause ou l'effet du développement de l'éruption vésiculeuse. Cependant , les humeurs qui s'écoulent du vagin , chez les femmes atteintes de leucorrhées ou de blennorrhagies , donnent bien plus souvent lieu à des inlerlvigo qu'à de véritables eczéma.

^. Eczéma des membres inj'érieurs et supérieurs. — Les eczéma des avantbras , des bras et des cuisses ne piésentent rien de particulier; ceux des jambes, chez les vieillards , ont été décrits sous le nom d'ulcères dartreux. Ils débutent ordinairement d'une manière chronique, et sont quelquefois accouip;ignés de varices et d'ulcérations profondes. Le plus souvent l'eczéma des jambes a les caractères d'eczéma ruhi uni. La peau , violacée , tendue , peu chaude , parsemée d'une multitude de petits orifices qui laissent écouler un fluide ichoreux, roussâtre, présente des lamelles jaunâtres, des fissures , ou de larges excoriations. Dans certains cas , on trouve quelques vésicules intactes. L'éruption vésiculeuse se propage quelquefois à la face dorsale dcs pieds et des orteils , a l'intervalle qui les sépare , et alors on observe les mêmes phénomènes que dans les eczéma des mains et des doigts. Au reste , il faut distinguer les eczéma primitifs et suivis d'ulcères, des éruptions vésicuieuses produites par le contact du pus qui s'ecoule d'anciennes ulcérations. La guérison de ces eczéma estdilfieile ; lorsque les excoriations sont guéries, lorsque le suintement séreux n'existe plus, que la chute des croûtes a eu lieu ,"il reste pendant long temps une exfuliation épidermique, un élàt squammeux de la peau , qui conserve une teinte violacée ; et la |ilus légère excitation renouvelle la maladie avec plus de gravité que lors de ses premières atteintes.

9. Eczéma du pli du coude , des aisselles et des jarrets. — Ils offrent dans leur développement et dans leur marche beaucoup de ressemblance avec ceux qui se montrent à la marge del'anus, aux environs des parties génitales île l'un et de l'autre sexe ; ils sont cependant beaucoup moins douloureux ; celui des aisselles est le plus rare. Dans ces régions, la chaleur est ordinairement considérable; elles sont dans un état habituel de moitear ; les follicides sont nombreux, les mouvemens répétés : de là , la violence des démangeaisons , l'abondance de la sérosité, et la formation d'excoriations et de fissures difficiles à guérir. 11 importe de distinguer ces variétés des lichens confluens.

Eczéma des mains. — L'eczéma simple se montre quelquefois dans l'intervalle des doigts, sur la face dorsale des »2a/«s , sur la partie antérieure des poings. J'ai vu ses vésicules disséminées , aussi volumineuses et aussi acuminées que celles de la gale. 11 est vrai que l'une de ces affections est contagieuse et que l'autre ne l'est pas; mais l'expérience qui établit ce caractère, lorsqu'elle n'a pas été faite , ne peut être conseillée. L'eczéma l uhrum se montre assez souvent sur la face dorsale des mains et des doigts , quelquefois dans leurs intervalles, ou au pourtour des ongles ; les vésicules extrêmeuient rapprochées, peuvent donner lieu à la formation de bulles i)lus ou moins considérables. Lorsqu'il est borné au pourtour des ongles , ainsi que je l'ai plusieurs fois observé , il simule assez bien un onjxis ; et lorsqu il ilevient chronique , il peut déterminer la chute des ongles. Dans l'eczéma impétigineux chronique, la peau delà face dorsale des mains s hypertrophie , et se couvre de croûtes larges , épaisses , jaunes ou brunes ; l'intervalle des doigts offre des crevasses [)rofondes , dont le fond est fortement enflammé et dont les bords sont surmontés de lamelles croûteuses. Il suinte de ces fissures un fluide séro-purulent , surtout pendant les mouvemens de flexion. En passant la main sur les surlaces malades, elles paraissent rudes comme l'écorce d'un vieux chêne. Long-temps après , la peau reste dure , sèche , furfuracée , et se fendille facilement.

§ 111. Complications. — Une foule d'observations , recueillies sous mes yeux par M. Levain, prouvent que l'eczéma peut coexister avec la plupart des maladies qui attaquent le tégument externe. Très-souvent on aperçoit des pustules d'iuipctigo au milieu ou dans le voisinage d'une région occupée par l'eczéma. C'est même sa complication la plus naturelle et la plus fréquente. Je l'ai vu coïncider avec la lèpre dans l'intervalle des plaques squammeuses , et guérir pendant que cette dernière persistait ; comme si chacune de ces maladies avait tenu à une condition particulière. Chez une jeune femme atteinte d un psoriasis lort é'endu, existait en même temps un eczéma Jluenl des

oreilles et de la face. J'ai vu l'eczc ma coïncider avec des sy phi 1 ides scjuammeuses. Des bulles de rupia, des pustules d'ecthyma , des furoncles se montrent quelquefois sur des indiviilus atteints d'eczéma chroniques d'une ou plusieurs régions du corps. Certains eczéma des parties sexuelles et du cuir chevelu sont accompagnés iXu pedicidi qui excitent sans cesse les malades à se gratter. Quelquefois l'eczéma précède la gale; d'autres fois il est occasioné par des pommades employées dans le traitement de cette maladie. Chez les enfans , des inflammations des membranes mucjueuses coïncident ou alternent souvent avec le développement de cette éruption. Lorsqu'elle est générale , lorsque la sécrétion est abondante et dure depuis long-temps, il peut survenir de la toux , du dévoiement. Ces accidens ont lieu surtout chez des vieillards aft'aiblis ou épuisés par des maladies antérieures. J'ai vu l'eczéma du cuir chevelu , de la face et des oreilles envahir les membranes muqueuses des yeu.\, du nez, du conduit auditif, douiicr lieu à des o[)hlhalmies intenses, à des otites et des coiyza

chroniques , suivis d'écoulemens abondans et fétides. La grossesse peut développer l'eczéma , compliquer et entraver son traitement. Chez les enfans, il envahit quelquefois la membrane muqueuse de la bouche. L'eczéma des jambes , chez les vieillards , est assez fréquemment accompagné d'œdème , de tumeurs variqueuses et d'ulcères , qui retardent ou empêchent sa guérison. J'ai vu peu d'eczéma chez les phthisiques; souvent, au contraire, il coïncide avec des gastrites, des entérites et des bronchites , surtout chez les enfans. La conséquence pratique à déduire de ces observations, c'est que le traitement de l'eczéma doit être modifié suivant le nombre , la nature et l'intensité de ces diverses complications.

§ l'y. Ohseivations anatomiques. — Les follicules cutanés sont le siège primitif de l'eczéma. En effet, si cette maladie peut atteindre presque toutes les parties du tégument externe , elle se montre de préférence à la face interne des cuisses, des exti êmités supérieures et inférieures , aux plis des coudes, aux i jarets, aux aisselles , aux aines , au cuir chevelu , au scrotum , à la vulve , à la marge de l'anus , et généralement sur les endroits où les follicules sont le plus l développés et le plus nombreux L'eczéma du cuir chevelu est très-fréquent chez les enfans, et à cet âge les follicules sont nombreux et volumineux ; il est rare, au contraire , chez les vieillards. Les petits pores que présentent les surfaces enflammées et humides ne sont autre chose que les ortlices des follicules. \ Enfin l'eczéma se montre rarement dans les régions où leur existence est doa- | teuse , à la paume des mains , à la plante des pieds , aux régions rotuliennes et i olécrâniennes. Dans l'eczéma simplex le corps papillaire n'est point injecté; il i 1 est dans l'eczéma rubrum ; les couches profondes de la peau , le tissu cellulaire sous-cutané sont quelquefois enflammés; lorsque la peau est excoriée, elle peut se couvrir de pseudo membranes analogues à celles que l'on observe à la 1 surface des vésicatoires. Dans les eczéma impétigineux c\uoin(\aes>., j'ai observé ( a la surface de la peau de légers mamelons, dus à une sorte d'élongalion des papilles. L'épiderme éprouve lui même diverses altérations-; dans les eczéma i chroniques il se résout en une sorte de poussière farineuse , ou se détache en petites lamelles. Dans certains eczéma des mains, l'épiderme soulevé et des- ; seclié tombe par larges écailles jaunâtres , plus épaisses lorsqu'elles ont élé imbibées de sérosité. Enfin, dans quelques cas, l'épiderme est détruit; le derme mis à nu est recouvert par des croûtes ilont l'épaisseur est variable. Le ;j liquide, sécrété parles surfaces malades, tantôt séreux, limpide, peu odo- ' ranl, est quelquefois trouble, jaune, verdàtre, et plus ou moins consistant; il a une odeur fade nauséabonde dans l'eczéma impéligmeux , surtout lorsqu'il existe un très-grand nombre de pustules d'impétigo mélangées avec les vésicules de l'eezéma. En se desséchant, celte humeur donne lieu à la formation de croûtes qui ont quelque ressemblance avec celles de l'impétigo. Lorsque l'inflammation est vive, elle peut envahir les follicules pileux, la matrice des ongles, et déterminer la chute de ces appendices. En résume, le siège primitif et constant de l'eczéma est dans les follicules de la peau ; mais d'autres élémens de cette membrane peuvent être affectés dans l'eczéma rubrum et impetiginodes. Le corps papillaire, toute l'épaisseur du derme , le tissu cellulaire sous-cutané et les ganglions lymphatiques s'affectent consécutivement ; de là ces petits abcès qui se forment chez les enfans atteints d'eczéma de la tète, et ces ganglionites douloureuses qui se terminent quelquefois par suppuration; D'autres maladies de la peau ( l'acné , la couperose, la mantagre, l impétigo, la variole , etc. ) affectent aussi évidemment les follicules. Il existe donc entre les maladies de la peau des difiërences qui doivent être recherchées ailleurs que dans les élémens anatomiques qu'elles affectent.

§ V. Causes. — J'ai vu plusieurs eczéma impétigineux se développer exclusivement pendant la grossesse, cesser avec elle, se renouveler pendant une seconde et troisième gestation , et guérir promptement api ès l'accouchement, quoiqu'ils eussent résisté à divers traitemens. Chez les enfans , le travail de la , dentition et la qualité du lait de la nourrice ; chez les femmes, l'aménorrhée | et la dysménorrhée, exercent quelquefois aussi une influence remarquable sur |' le développement de l'eczéma. \

L'impossibilité où l'on est, dans une foule de cas , de trouver une cause évidente ou probable , porte à penser que l'eczéma est le plus souvent développé et entretenu par une altération des fluides ou des solides. Dans cette maladie, comme dans presque toutes les inflammations , le sang est couenneux. Si un malade guéri d'eczéma est atteint d'une afi'eclion de la peau , il est presque certain qu'il offrira le même genre et la même espèce d'éruption. Celte spécialité de lorme, et probablement de nature, dans les récidives, a été observée dans le pemphigus , le favus , etc., et dans plusieurs autres maladies des tcgumens.

Dans l'enfance et la jeunesse , l'eczéma se montre à la lête ; dans l'âge mi'ir, à la poitrine , à l'abdomen, et surtout aux organes sexuels ; chez les vieillards, le plus souvent aux extrémités inférieures. D'après M. Billard, on remarque assez souvent l'eczéma du tronc et des membres chez les nouveau-nés ; il dit l'avoir rencontré chez des enfans à peine âgés il un jour. M. Levain ayant accouché une femme atteinte d'un eczrma impétigineux de tout le corps, vit clic/, son enfant , deux jours après , quelques groupes de vésicules sur l'avaiit-bras gauche, au cou et aux jarrets, et bientôt un eczéma rubrum se déclara sur le . front et au cuir chevelu. C'est à l'époque de la première et de la seconde dentition que les enfans sont spécialement atteints d'eczéma ; les femmes en soiit plus fréquemment affectées que les hommes , surtout à l'âge critique. Les eczéma chroniques du cuir chevelu , des oreilles, des sourcils et des paupières, sont communs chez les scrofuleux. L'eczéma n'est point contagieux ; mais dans quelques circonstances , surtout lorsqu'il est fluent , l'humeur qui en découle peut déterminer sur des parties saines une éruption vésiculeuse. M. Levain a

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vu un eczéma aigu de îa vnlve chez une fenime|dont le mari avait une semblable éruption très-ancienne au scrotum; la première disparut promptement. J'ai recueilli plusieurs faits semblables.

Dans presque toutes les maladies on observe des récidives ; dans aucune elles ne sont aussi frcquenles qu'à la suite de l'eczéma. J'ai recueilli une foule d'exemples de rechutes inattendues que déterminent les variations de température , les erreurs de régime , les affections de 1 âme , etc. J'ai vu des eczéma guérir et se reproduire douze ou quinze fois dans l'espace de plusieurs mois , même sous l'influence du régime le plus rigoureux et le plus régulier. Ces rechutes ont lieu surtout chez les personnes irritables et nerveuses.

§ VI. Diagnostic. — L'eczéma est de toutes les maladies de la peau celle qui présente les apparences les plus variées ; car suivant qu'il est aigu ou chronique, simple ou compliqué de pustules , il peut être caractérisé par des vésicules avec ou sans rougeur , par des excoriatinns humides et fluentes , par des squammes croûteuses ou de petites écailles furfuracées.

Willan et Bateman ont rattaché à l'eczéma plusieurs éruptions vésiculeuses artificielles, qui sous le rapport de leur nature et do leur traitement en sont tout-à-fait distinctes. Tel est l'eczéma solare (coup de soleil), qu'on observe chez les laboureurs au temps des moissons , chez les habitans des villes qui vont passer les beaux jours à la campagne, chez les forgerons , les ouvriers , etc. La peau de la face , du cou , des mains , et généralement toutes les régions habituellement découvertes, devenues érylhémateuses , présentent un très-grand nombre de petites vésicules analogues à celles de l'eczéma, et qui, comme lui, se terminent rapidement par une légère desquammation fui furacée. oyez Inflammations artu'icielles , Peau. )

Quelques préparations mercurielles produisent aussi une éruption vésiculeuse qu'on a rapprochée de l'eczéma , dont elle olfre tous les caractères extérieurs, mais qui par sa nature et sa marche a plus d'analogie avec les inflammations artificielles. (Foyez Hydrarctiue. ) Plusieurs autres substances , les emplâtres de poix de Bourgogne, de Sparadrap , de diachj'lum gommé, de ciguë et d'opiuui^ les sucs de quelques plantes de la famille des euphorbiacées , l'huile de croton tiglium , les lotions sulfureuses , les acides suflisamment étendus d'eau, etc., ont aussi la propriété de développer sur la peau de petites vésicules qui par leur forme, leur disposition et leurs dimensions se rapprochent plus ou moins de l'eczéma; mais ces inflammations vésiculeuses artificielles en difTèrent essentiellement par leur nature , et guérissent toutes avec une facilité et une promptitude qui contraste singulièrement avec lu ténacité et les fréquentes récidives de cette maladie.

Les vésicules de l'herpès sont globuleuses, environnées d'une auréole inflaminatoire et beaucoup plus volumineuses que celles de l'eczéma. Les petites gouttelettes séreuses qu'on observe quelquefois dans le rhumatisme, dans les péritoiiiles puerpérales, dans les dothinenthérites , ete [vojez Sudamina), sont dénuées des caractères inflammatoires et bien distincts des vésicules de l'eczéma.

Lorsque l'eczéma simple occupe les intervalles des doigts, les poignets, les plis du coude , les jarrets et la partie antérieure de l'abdomen, il est quelquefois diflicilc de le distinguer de la gale : car c'est à tort que l'on a avancé que les vésicules de l'eczéma étaient toujours plates et agglomérées ; je les ai vues aussi volumineuses que celles de la gale et comme elles éparses et un peu acuminées. Mais la gale est essentiellement contagieuse; l'eczéma ne l'est pas; celui-ci est presque toujours aigu , la gale est constamment chronique; enfin, le prurit de l'eczéma est une espèce de cuisson, celui de la gale est une sensation plutôt agréable que pénible. Les petites papules rouges, solides , prurigineuses du lichen ne sont point transparentes comme les vésicules de l'eczéma simplex j et surtout ne contiennent point de sérosité. Dans le lichen confluent et chronique (lichen agrius Willan ) , lorsque les papules agglomérées eu larges groupes ont été excoriées par les ongles, la peau tlevenue rouge et sanglante fournit un liquide séro-sanguinolent qui prend, en se tlesséchant , un état intermédiaire aux squammes et aux croûtes qu'on peut facilement confondre avec I eczéma rubruin fluent ; aussi ce degré avancé et très-grave du lichen a-l-il été rapproché, (lar M. Alibert, des excoriations de l'eczéma ,.et fondu dans sa description de la dartre squammeuse humide. Les petites pustules psydraciées de l'impétigo contiennent, dès leur naissance , une humeur épaisse, jaune verdâtre. L'eczéma impetiginodes offre à son début ou des vésicules transparentes qui deviennent rapidement purulentes, ou , ce qui est plus rare, un mélange de vésicules d'eczéma et de pustules d'impétigo. Les croûtes de l'eczétua impeiiginodes sont moins épaisses, plus sèches et plus compactes que celles qui résultent de la rupture des pustules d'impétigo qui sontjaunes, verdâtres, rugueuses, inégales , chagrinées, et ressemblent assez bien à la gomme du cerisier. L'ec- •iéma de la vulve et du vagin détermine un écoulement abondant qui pourrait Être pris pour une blcnnorrhagie; mais il est rare qu'on ne rencontre pas quelques vésicules intactes dans le voisinage des parties affectées. Dans les cas de syphilis, les démangeaisons sont presque nulles; dans les eczéma des organes sexuels, elles sont le plus souvent intolérables. Quelquefois il est difficile de 'distinguer les eczéma chroniques devenus squaiiimeux, des lichens et des prurigo anciens développés aux parties génitales. Lorry me parait même avoir confondu ces trois maladies rebelles dans sa description du prurigo-pudendi. Toutefois, avant d'être parvenu à l'état squammeux, l'eczéma des parties génitales est accompagné d'un suintement abondànl qu'on n'observe point dans les autres affections dont je viens de parler. L'eczéma ilu cuir chevelu, à l'état de desquammation, n'est pas toujours facile à distinguer du pityriasis capitis; cependant il est rare qu'on ne roiicontre pas des lamelles jaunâtres, et même des croûtes sur quelques parties du cuir chevelu ou des oreilles , ce qui n'arrive pas dans le pityriasis , maladie essentiellement furfuracée , el qui ne flue jamais.

§ VII. Pronostic. — Chez les enfans , l'eczéma du cuir chevelu et de la face est quelquefois une éruption salutaire. Lorsqu'il se montre pendant le travail de la dentition, il ne guérit ordinairement que lorsque les dents sont apparues. Chez les jeunes filles dont la menstruation est irrégulière, l'eczéma des oreilles et celui du cuir chevelu sont rebelles et ne disparaissent le plus souvent que lorsqu'un changement favorable s'est opéré dans leur constitution. L'eczéma , chez les femmes parvenues à l'.àge critique , guérit difficilement ; celui qui sur- ^ vient pendant la gestation ne disparait ordinairement qu'après l'accouchement. Lorsque l'eczéma est héréditaire , les guérisons sont souvent suivies de récidives. Chez les cuisiniers, les chapeliers , les teinturiers, les eczéma des mains sont d'une guérison difficile; chez les vieillards , les eczéma des jambes, quelquefois accompagnés d'œdème et de tumeurs variqueuses , sont souvent incurables. L'eczéma résiste d'autant plus aux moyens de gurrison qu'il occupe une plus grande étendue , qu'il est plus ancien , plus invétéré et développé aux extrémités inférieures ou sur le cuir chevelu.

§ VIII. Traitement. — Rappeler l'influence que la grossesse, la dysménorrhée, l'aménorrhée, la dentition, exercent sur le développement de quelques eczéma, c'est faire entrevoir les indications et les temporisations que leur traitement réclame. Il est des eczéma dont la guérison s'obtient 'a l'aide du temps et du régime; d'autres exigent l'emploi de moyens plus ou moins énergiques; il en est dont on ne peut espérer la guérison ou qu'il serait dangereux de guérir. Bon nombre de guérisons attribuées à l'emploi de médicamens peu actifs, doivent être presque entièrement rapportées à la puissance du régime ^ du repos et du temps, dont l'influence est très-marquée , surtout chez les gens du peuple livrés à des occupations pénibles et admis tlans les hôpitaux.

J'ai vu des enfans à la mamelle atteints d'eczéma du cuir chevelu, dont la gérison a été obtenue en les changeant de nourrice. J'ai vu des adultes et des hommes d'un âge mûr atteints d'eczéma chronique des bourses , de la marge de l'anus et d'autres régions du corps , dont les .symptômes étaient constamment aggravés par les plus légers écarts de régime. 11 ne faut pas , sans doute , attacher trop de propriétés curatives à une foule de bouillons radraîchissans , dépuratifs , etc., recommandés contre toutes les afi'ections cutanées et en particulier contre l'eczéma ; mais, d'un autre côté , dans ces derniers temps, on a peut être trop négligé ces moyens ou plutôt le régime alimentaire dont ils faisaient partie. Toutefois il ne fauiirait pas astreindre rigoureusement pendant un an ou plusieurs mois des iuilividus d'ailleurs bien portans et d'un certain âge , à un régime diététique rafraîchissant, car leur constitution pourrait en souffrir.

J'ai vu plusieurs eczéma contre lesquels un grand nombre d'ageni thérapeutiques avaient été impuissans , tant que les malades avaient conservé leurs habitudes , s'étaient livrés à un exercice actif, et qui ont cédé aux mêmes moyens du moment que les malades se sont soumis à un repos prolongé. Le temps finit aussi par modifier l'eczéma et quelquefois par en amener la guérison. Des personnes atteintes d'eczéma chronique ont guéri sans se soumettre à aucun traitement.

Les bains simples ou émoUiens, frais ou tempérés, sont de la plus grande utilité dans les eczéma simples, dans les eczéma fluens , squammeux ou furfiiracés, alors même que les parties affectées ne plongent pas dans l'eau. Vers le déclin de ces affections, lorsqu'il n'existe plus que de la roideur et do la sécheresse à la peau, dans les eczéma chroniques de la face dorsale des mains, des doigts, etc. , les bains de vapeurs aqueuses et mieux encore les douches de vapeurs sont utiles. Lorsque l'eczéma est passé à l'état squammeux , les bains île mer , les bains alcalins, dépouillent facilement la peau des couches épidermiques accumulées à sa surface; mais ils augmentent presque toujours la rougeur, et les squammes se reproduisent rapidement, hes bains locaux vépités plusieurs fois par jour, les lotions d'eau de graine de lin, de fleurs de mauve, de têtes de pavots ou <le lait pur sont souvent utiles dans l'eczéma des parties génitales ; les bains de siège tièdes répétés deux fois le jour, procurent toujours un trèsgrand soulagement. Si l'eczéma s'est étendu sur la membrane muqueuse de la vulve, les injections d'eau de guimauve avec ou sans addition d'acétate de plomb sont utiles. Les bains sulfureux ont été aussi employés à cette période avancée de l'eczéma, surtout chez les individus âgés et affaiblis, lis provoquent quelquefois de nouvelles éruptions; aussi ont ils été avantageux en rappelant des eczéma dont la disparition, spontanée ou obtenue par l'art, avait été suivie d'accidens plus ou moins graves. Les eaux de Loëche ont été souvent cc'useilléef avec succès, dans ce but. Quelquefois aussi elles ont paru faire parcourir plu,rapidement leurs périodes à d'anciens eczéma. J'ai vu rarement les bains sulfureux artificiels avoir d'aussi bons résultats; quelquefois seulement ils m'ont paru diminuer la rougeur et le suintement de la peau , après les avoir momentanément exaspérés. J'ai obtenu des effets analogues d'une pommade sulfuroalcaline , qui ne diffère de la pommade d Helmérieh , qu'en ce qu'elle contient moins de soufre et de sous-carbonate de potasse. Le soufre à l'intérieur ne m'a paru exercer une action appréciable sur les eczéma chroniques , que lorsqu'il produisait un effet purgatif.

Dans les eczéma fluens qui occupent de petites surfaces , les lofions émollientes sont utiles. Lorsque l'eczéma est suivi d excoriations douloureuses et étendues, lorsque la peau est rouge et tuméfiée, ou couverte de croûtes jaunâtres d'une épaisseur assez considérable, il faut remplacer les lotions et les fomentations éraoUientes par des cataplasmes de fécule de pomme de terre , de farine de riz, de mie de pain , délayées dans le lait ou dans les décoctions de racine de guimauve et de têtes de pavot ; ces cataplasmes sont préférables;» ceux que l'on prépare avec la farine de graine de lin, qui provoque quelquefois des éruptions vésiculeuses ou pustuleuses artificielles. Lorsque la peau est

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garnie de poils , ces topiques doivent être enveloppés d'un morceau de gaze . Chez les eufans alleints d'eczéma du cuir chevelu et de la face, lorsqu'on lait usage des cataplasmes , il faut avoir soin de sécher soigneusement la tête et de Ja tenir bien couverte , surtout les premiers jours ; si on omet cette précaution, il survient des otites ou des oplithalmies plus ou moins graves. L'épilalion est une pratique absurde dans la période d'acuité de l'eczéma du cuir chevelu, et n'offre pas d'avantages réels lorsque l'inflummaiion est passée à l'état chronique.

Une compression modérée exercée par un bandage roulé , convenablement appliqué , est souvent employée avec succès chez les vieillards affectés d'eczema vubrum des membres, lorsque des tumeurs variqueuses ou l'œdème compliquent cette maladie , ou lorsque les personnes qui en sont atteintes sont obligées de garder, pendant long-temps l'attitude verticale, sans se livrer 'a beaucoup de mouvement.

On a conseillé de légères cautérisations avec le niuate d'argent fondu , ou a l'aide d'une forte solution lïacide murialicjue pour changer le mode d'activité de la peau, lorsque 1 eczéma est passé à l'étal squammeu.'i. et qu'il existe depuis plusieurs mois ou quelques années. Dans le même but, on s'est servi de pommades de précipité rouge, de cataplasmes faits avec la petite chélidoine , les clématites , l'épurgc; ou on a eu aussi recours aux -uésicatoircs appliques sur toute l'étendue de la peau affectée. Si l'on a obtenu ainsi la guérison d'eczéma chroniquci et circonscrits , souvent on les a aggravés. En général, lorsque l'eczéma est a l'état squammeux ou furfuracé, les pommades adoucissantes sont préférables aux autres, topiques ; les bons effets des pommades d'oxide de zinc ^ et de calomel tiennent certainement, en grande partie, à la graisse de porc dans laquelle ces substances sont incorporées souvent à petites doses.

M. Alibert rapporte l'observation d'un eczéma ( dartre squammeuse humide) dont la disparition occasiona une aliénation mentale. J'emploie constamment les exuloires dans les eczéma rebelles du cuir chevelu et des parties génitales. Lorsqu'on a obtenu ou lorsqu'on veut obtenir la guérison d'un eczéma ancien chez un vieillard , il convient d'entretenir 'a un des bras un cautère ou un vésicatoire. Si la théorie des répercuisions réclame encore bon nombre d'éclaircissemens, il suffit qu'elle soulève des craintes et des incertitudes pour ne négliger aucune précaution.

J'ai déjà dit que l'eczéma du cuir chevelu , de la face et des oreilles, chez les cnfans , était quelquefois une maladie salutaire. Aussi convieiil il d'examiner d'abord s'il ne serait pas dangereux de le guérir; la meilleure terminaison étant quelquefois celle qui s'opère naturellement. On a vu des ophlhalmies, des otites, des entérites disparaitie lors du développement de certains eczéma; et dans ce cas , il faut n'opérer la guérison de ces éruptions que d'une manière lente et graduée. Ces remarques sont applicables à d'autres âges, lorsque l'eczéma se présente dans des conditions analogues.

Les acides végétaux étendus d'eau, les limonades sulfurique , muriatique, tartavique , avec ou sans addition de gomme , le lait coupé avec de l'eau d orge ou de gruau, pour les personnes qui supportent difficilement les boissons acidulées , sont généralement recommandées dans le traitement de l'eczéma aigu et sont peu utiles dans 1 eczéma chronique.

Lorque l'eczéma est aigu , lorsque les démangeaisons sont vives, lorsque l'inflammation est portée à un degré considérable, comme dans l'eczéma rubrum on impeliginodes , il faut pratiquer une ou plusieurs émissions sanguines. J'ai eu occasion de constater un grand nombre de fois l'utilité de la saignée , même dans les eczéma chroniques. Toutefois il est des eczéma qui résistent , et font des progrès sous l'influence des émissions sanguines. Il est difficile de tracer des règles précises pour tous les cas où elles doivent être pratiquées ou rejetées. Lorsqu'une première évacuation a été suivie d'une amélioration notable, c'est, en général , un motif, pour en pratiquer une seconde , après quelques jours de repos. Je fais souvent de ces saignées exploratives , dans le traitement des maladies de la peau. Elles sont presque toujours nuisibles aux individus irritables , peu sanguins , et chez lesquels l'eczéma s'est développé ou exaspéré à la suite d'une excitation plus ou moins violente du système nerveux. Les eczéma héréditaires sont ordinairement fort rebelles, et il ne faut pas s'obstiner à vouloir en obtenir la guérison à l'aide des émissions sanguines. Chez les adultes et les individus d'un âge mûr, les saignées générales sont constamment préférables aux saignées locales. Ces dernières sont les seules qu'on puisse mettre en usage chez les cnfans. Dans les eczéma de la face et du cuir chevelu , de la vulve et de Ja marge de l'anus , on applique souvent avec succès un certain nombre de sangsues, aux environs des parties enflammées. Chez les vieillards , il faut être sobre d'émissions sanguines; cefiendant elles sont quelquefois nécessaires, lorsque l'eczéma est largement excorié et flucnt, ou lor.-.qu'il est accompagné de vives douleurs et d'insom lie.

Dans les eczéma chroniques , surtout dans ceux de la face et du cuir chevelu, les eaux de Sediitz , de Balaruc , le sulfate de soude et de magnésie , la crème de tartre, administrés chaque jour de manière à procurer une ou deux selles liquides , sans coliques , ou bien à doses /juj-ga/iVe^ , deux fois par semaine , pendant deux ou trois mois , sont utiles toutes les fois qu'ils ne suscitent qu'un trouble passager dans les organes digestifs. Il faut cesser leur emploi lorsque leur administration est suivie d'un mal-aise continu, ou d'autres accidens qui peuvent faire craindre le développement d'une inflammation de l'estomac ou de l'intestin. Dans le traitement de l'eczéma chez les enfans, on a rarement recours aux purgatifs ; ils sont nuisibles chez les femmes enceintes et pendant rallaitement. Les individus nerveux et sujets à une constipation habituelle en font usage avec succès. Le calomel administré seul ou associé au jalap peut aussi être employé comme purgatif; mais j'ai constaté que son usage est presque constamment suivi d'une salivation et d'une inflammation douloureuse de

la bouche lorsqu'il est prescrit à doses brisées. Quelques eczéma sont tellement douloureux, les insomnies si fatiguantes qu'il faut recourir à l'action des préparations narcotiques.

Carrère et Bertrand de Lagrésie ont singulièrement vanté les effets de la douce-omère dans le traitement de l'eczéma {dartre srjuammeuse humide). L'un et l'autre associaient au suc , à l'extrait et à la décoction de celte plante, l'emploi des purgatifs et surtout celui des pilules de Belloste. Après avoir mis inutilement en usage le régime et le traitement antiphlogistique , et la méthode purgative contre des exzéma invétérés de la marge de l'anus et des parties génitales , j'ai moi-même quelquefois employé avec succès la décoction de douceamère avec addition d un c[uart de grain de sublimé corrosif] mais ce traitement a ses dangers, ou au moins ses inconvéniens , lors même qu'il est dirigé avec mesure.

Les préparations arsénicales , trop préconisées en Allemagne et en Angleterre dans le traitement des maladies chroniques de la peau , sont quelquefois le seul remède à opposer aux eczéma chroniques rebelles des bourses, delà vulve et de la marge de l'anus, etc. , lorsqu'on veut en obtenir la guérison complète. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit ailleurs des operatii^cs effects de ces médicamens [voyez Arsenic ) et des précautions qu'exige leur emploi; j'ajouterai seulement que c'est souvent un conseil salutaire à donner aux malades que de les engagera supporter patiemment ces infirmités, lorsqu'elles ne sont pas intolérables ; leur disparition passagère étant prrsque toujours suivie de récidives un ou plusieurs mois après la cessation de ces remèdes énergiques.

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