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A LA MASSE

coiilcnucclansuu gros.

Aromatiques 200

Astringens et amers 66

Résineux et balsamiques. . . 48

Opium 24

Semences de crucifères.

Agaric 12

Scille

Terre sigillée

Sulfate de fer

Amylacés , sucrés , gommeux, excipiens

Va»" ■A 30° Vie" 'A 60'

7 grains.

Èlectuaire de rhubarbe et de séné composé (calholicum double de rhubarbe). Prenez : racines de polypode, 8 onces ; racines de chicorée , 2 onces ; feuille» d'digremoine et de scolopendre , de chaque 4 onces j faites un sirop , suiranl

ELEOLES.

ELEPHA.NTIASIS DES ARABES.

l'ârt, avec 61 onces de sucre; ce sirop étant cuit à 34 degrés bouillant; on y Jèlaye les substances suivantes :

Extrait de casse, pulpe de tamarins , poudres de rhubarbe et de séné , de ifeaqne 4 onces ; poudre de semences de violette, 2 onces; de fenouil et de •acine de réglisse , de chaque 1 once.

Cet électuaire est un purgatif doux ; la dose est de 4 gros à 2 onces. Il conîent, par once, environ l scrupule de rhubarbe, autant de séné, et non moins i'fextrait de casse et de pulpe de tamarins.

L'éiectuaire Unilif (éL-cluairc de séné et de mercuriale compose ào. noXre Pliarmacopée ) est une composition analogue au catholicum , mais sans rluijarbe. Il contient, par once, 1 gros d'extrait de casse , 1 gros de pulpe de tamarins et 2 scrupules de poudre de séné.

Éleclwiive de tuthith et de scammoiiée composé (électuaire diapliœnix ). Prenez : amandes douces mondées, 2 onces, pulpe de dattes et sucre en poudre, le cha<|ue 4 onces ; miel fondu et passé, 18 onces ; poudre de racine de turbilh, î onces ; poudre de scammonée, 1 once; gingembre, cannelle, fenouil et feuilles le rue , de chaque 2 gros. On pile les amandes dans un mortier ; on y ajoute le iucre et la pulpede dattes, et on en forme une pâte bien homogène ;onyajoute ilors le miel despumé et les poudres , et l'on conserve pour l'usage.

Cet électuaire contient exactement par once, un demi-gros de poudre de iiibith et 18 grains de scammonéi; ; c'est un assez fort purgatif, usilé surtout 1 l'hôpital de la Charité , dans le traitement de la colique des peintres. La dose ^st de 2 à 4 gros. ( Guibobrt. )

ÉlÉOCÉROLÉS, o'j ÉL^OCÉrOLÉS. Médicamens externes , mous et )nclueux, principalement composés d'huile fixe et de cire. On le nomme comnunément CÉr.Aïs, litre sous lequel il en a été traité précédemment.

( GUIBOUIÎT. )

ÉLEOLÉS, ou ÉL^OLÉS. Médicamens liquides qui résultent de l'action lissolvante d'une huile fixe sur une ou plusieurs substances. On leur donne communément le nom d'huiles médicales , d'huiles pnr infusion , ou plus sinitlement d'huiles de telle ou telle substance. Mais quand les noms huile d'olives \huilc d'amandes douces signifient, pour les pharmaciens comme pour tout e monde, de l'huile extraite des olives ou des amandes , nous demandons si es noms huile de ciguë el huile de cii/nomille peuvent représenter autre chose (ue des huiles exprimées de ciguë et de camomille? le nom spécial d'eYieo/e le cigué' o» de camomille est donc préférable à tous égards. En vain voudrait-on eterde la défaveur sur beaucoup d'améliorations semblables apportées à la nonenclature pharmaceutique; il est inévitable qu'elles finissent par être généalement adoptées.

Les éhcolés peuvent se préparer avec différentes espèces d'huile, telles que elles d'olives, d'amandes douces ou de pavots ; mais on préfère en général la iremière qui n'est pas siccative comme celle de pavots , et qui rancit moins acilement que l'huile d'amandes douces.

L'huile fixe dissout l'huile volatile des plantes , la chlorophylle , plusieurs □ atières colorantes et résineuses, le principe vésicant des cantharides , etc. )n détermine son action à l aide de la macération , de la digestion ou de la écoction; mais il faut observer que cette dernière opération ne se fait pas au legré d'ébullition de l'huile, qui ne peut pas bouillir sans être fortement altéée. Elle n'a lieu qu'au moyen de l'eau qui se trouve dans les plantes soumises l'opération ou qu'on y ajoute à dessein. On continue cette ébullition en agijnt continuellement le mélange jusqu'à ce que l'eau soit presque toute évapoée. On passe et on exprime le marc , on filtre l'élseolé et on le renferme dans n vase de verre bien bouché. Les éheolés les plus usités sont les suivans : Élœolé de camomille. Prenez : fleurs de camomille romaine récemment sellées , 2 onces ; huile d'olives , I livre. On confuse les fleurs tie camomille pour a diminuer le volume ; on les fait chauffer avec I huile , au bain-marie penant deux heures, dans un pot de faïence, on exprime fortement, et l'on filtre papier. On prépare de même les élceolés des plantes dont les noms ùyent: sommités d'absinthe , feuilles de rue j fleurs de mélilot , fleurs de illepertuis .

Elœolé de belladone. Prenez : feuilles récentes de belladone , 2 livres ; jile d'olives, 2 livres. Pilez la belladone dans un mortier de marbre, mettez-la ?ee l'huile dans une bassine sur le feu , et faites bouillir en agitant continuelment jusqu'à ce que la plus grande partie de l'eau soit évaporée , etc. On répare de même les élœolé s de ciguë, de jusquiame .,de morelLe , de nicotiane de stramonium.

Elœolé de camphre (huile camphrée). Prenez : camphre purifié, 1 once; uile d'amandes douces , 7 onces. Dissolvez le camphre dans l'huile à l'aide de trituration, et filtrez.

Elceolé de cantharides. Prenez : cantharides pulvérisées, i once ; huile d'odes, 8 onces ; chauffez au bain-marie pendant six heures , et filtrez. Elœolé des solanées (baume tranquille). Prenez : feuilles récentes de bella- )ne , jusquiarae, mandragore, morelle , nicotiane, stramonium et pavots ancs,de chacune 4 onces; huile d'olives, 6 livres. Préparez comme l'élœolé de îlladone. 'Versez le liquide exprimé et encore chaud dans- une cruche qui jjntienne 2 onces de chacune des plantes suivantes : sommités séchées d'ablathe , de romarin , de sauge , de thym , de menthe poivrée, fleurs de lavande, 'aites macérer pendant quinze jours; passez, exprimez et filtrez. Cet éla;olé est calmant. Ou l'emploie en frictions, ou ou applique sur la peau îs flanelles qui en sont imbibées. Autrefois on le faisait prendre aussi à l'inrieur; mais ou a cessé, avec raison , de le prescrire de cette manière.

(Gdibourt. )

ELEPHAINTIASIS, s. m.; mot dérivé du grec éléphant. Cette expres-

sion fut d'abord employée par les médecins grecs pour désigner une maladie de la peau principalement caractérisée , à l'extérieur du corps , par des tubercules durs, proémiiiens, d'une teinte fauve ou bronzée, par la chute des poils et la diminution de la sensibilité des téguraens. {Foj'ez Éléphaktiasis des Grecs.) Plus tai'd, les traducteurs de Rhazès ont décrit sous le nom d'éléph.intiasis certains gonflemens durs, difformes, de tout un membre ou de quelque autre partie du corps , dont les dimensions deviennent de plus en plus considérables. ( Foyez Éléphantiasis des Arabes. ) ( P. Rayer. )

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES. On a décrit et on désigne encore aujourd'hui sous le nom d'élépliantiasis des Arabes certaines intumescences des membres, du sciotum , des grandes lèvres, de la face, etc., ordinairement accompagnées d'une hypertrophie de la peau , et distinctes du phlegmon , de l'œdème et des tumeurs sangriines. Les premières notions un peu exactes de cette maladie se trouvent dans Rhazès et Aly-Abbas, et c'est pour cela qu'elle a recule nom d'élépliantiasis des Arabes. M. Alard avait pensé que les dcveloppemens anormaux qui la constituent étaient constamment précédés d'une inflammation des vaisseaux et des ganglions lymphatiques. Un assez grand nombre de faits ont établi qu'elle pouvait être la suite tl'attaques érysipélatcuses ; les observations de M. Bouillaud et quelques autres, publiées postérieurement dans mon Traité des Alaladies de la peau , ou recueillies sous mes yeux par M. Gaide, ont prouve, en outre, que l'état variqueux , le relrécissenienL ou l'oblitération des veines étalent des causes non moins évidentes et non moins constantes de cette maladie.

§ l' i'. L'éléphantiasis des Arabes attaque le plus ordinairement les membres abdominaux ; le plus souvent un seul membre est afl'ecté ; ils peuvent l'être tous les deux à la fois ou successivement. ( Alard, obseiv., I, .H.) Hendy décrit celte variété sous le nom de jumbc des Barbades ; M. Alibert sous celui de lèpre tuberculeuse éléphantine.

Dans un assez grand nombre de cas , cette intumescence des membres inférieurs est annoncée, d'une manière aiguë, par une douleur plus ou moins vive dans l'aine et le jarret, suivant la direction de la saphène et des principaux troncs des vaisseaux lymphatiques , et par le développement d'une raie rouge , d'une corde, dure, noueuse, tendue, ressemblant à un chapelet de petites tumeurs sous-cutanées, étendues du pli de l'aine jusqu'au genou ou à la malléole (Hendy, observ. 2, 4, 9) , ou bien de la malléole vers l'aine ( obseiv. 8) , ou bien encore par'une attaque d'érysipèle. Dans presque tous les cas, la peau prend une teinte érylhémateuse et le tissu cellulaire sous-cutaiié devient le siège d'une tuméfaction considérable. Les articulations voisines sont raides et contractées. Souvent, dès le début, frissons prolongés , soif très-vive, mal-aise, anxiété, efforts violons pour vomir, vomissemens , parfois délire, puis chaleur intense accompagnée de contractions plus fréquentes du cœur et suivies de sueurs générales ou partielles et de la cessation des symptômes fébriles. Dans l'espace d'un ou de plusieurs mois, ces phénomènes reparaissent sous forme d'accès , à des intervalles plus ou moins éloignés , qui peuvent varier en nombre , de trois (Hendy, obseri>. 17 ) à quatorze par an ( Hendy, observ. 16), ou se renouveler seulement au bout de sept ans ( Hendy, observ, 19 ). Ces accès dont le nombre et la durée ne peuvent être prévus ni calculés, sont suivis d'une augmentation progressive du volume du membre , qui d'abor<l paraît être due en grande partie, au dépôt d'une certaine quantité de sérosité dans le tissu cellulaire. Plus tard, le membre devient dur et ne conserve plus l'impression du doigt. Les ganglions lymphatiques de l'aine et du jarret, souvent devenus plus volumineux , sont quelquefois sains et indolens. A cette seconde période, cette maladie existe sans trouble autre que celui qu'entraîne inévitablement la déformation du membre. Il peut acquérir des formes si bizarres et des dimensions si disproportionnées avec celles des autres parties , qu'il est impossible de s'en faire une idée sans en avoir vu quelques exemples, ou du moins sans avoir consulté les dessins qui en ont été publiés. En efl'ct , tantôt la tumeur est pleine et unie comme un sac bien rempli ou comme une outre. Tantôt elle est par étages , de sorte que chacun des accès parait avoir fait sa tumeur particulière. Après les premières attaques , la peau est ordinairement lisse et sans changement de couleur ; des vaisseaux rampent quelquefois au-dessous d'elle , et lui donnent une teinte rembrunie ; peu à peu elle acquiert de la rudesse , surtout dans le voisinage de l'articulation du pied ; elle se couvre de mamelons, de petites veines, et l'épiderme devient plus épais, comme dans l'ichtyose. Enfin il se forme quelquefois des gerçures et des crevasses sur le membre , qui devient d'une difformité extraordinaire. Chez quelques malades, on a vu les articulations du genou être le siège d'inflammations chroniques très-rebelles.

Ces dcveloppemens anormaux ne sont pas toujours précédés des symptômes de l'inflammation aiguë des vaisseaux et des ganglions lymphatiques, ou des veines de la partie interne des membres inférieurs , indiqués dans presque tons les cas récens de la maladie glandulaire des Barbades rapportés par Hendy; et dans plusieurs autres où elle a été de longue durée ( obseivations 14, 15, 17 18, 21 ). En effet, ces intumescences surviennent quelquefois à la suite d'anciens ii/cèrei des jambes (Andral), d'attaques re'pétées d'érysipèle, de lichen agrius ou d'eczéma rubrum. Alors on n'observe pas la corde noueuse, dure, tendue , présentée par la femme Berton (Alard, ohseiv. I ). Ce symptôme n'a pas été non plus aperçu par M. Bouillaud ( /Jrchives génér. de Méd. , t. 6, p. 56) chez une femme dont les membres inférieurs , énormément enflés et durs comme une pierre , étaient devenus semblables à ceux d'un éléphant. Aussi, dans ce cas, l'engorgement était il consécutif à l'oblitération des veines crurales et de la veine cave. J'ai rapporté {Traité des maladies de la p:au) l'histoire

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES

ELEPHANTIASIS DES ARABES.

d'un malade chez lequel le développement anormal d'un des membres abdominaux coïncidait avec des varices de la cuisse.

1». A la suite de ces intumescences des membres inférieurs , la peau distendue peut conserver sa couleur et à peu près sa teinte naturelle ; mais plus souvent elle est hypertrophiée , au moins sur quelques points, et ressemble assez bien à de la couenne. L'épiderme est ordinairement très-épais. Au-dessous de lui, M. Th. Chevalier (Medic. and chirurgical transactions , vol. XI, p. 63 ) a trouvé les papilles de la peau excessivement élargies , alongées et proéminentes à la surface du derme : sur les points où ces papilles étaient moins de'veloppées, l'épiderme était plus mince. Le chorion était tellement hypertrophié , que dans quelques parties il avait un demi-pouce d'épaisseur et présentait l'aspect granulé qu"il offre dans les grands quadrupèdes. Par sa face profonde, il adhérait au tissu cellulaire induré avec lequel il se confondait insensiblement. Du reste, il n'était ni injecté ni modifié dans sa couleur. Une femme avait eu anciennement un ulcère à la jambe droite : depuis treize ans cet ulcère s'était cicatrisé ; mais le membre avait acquis un développement insolite, une grande dureté ; la peau était devenue rugueuse et d'une couleur brun-foncé assez analogue à celle qui existe sur le bord cubital de la main des Nègres : en quelques points cette couleur était noire. A la dissection , M. Andral trouva le tissu cellulaire souscutané et inter-musculaire sensiblement développé et induré, de plus en plus dense , à mesure qu'il approchait du derme; celui-ci avait considérablement augmenté d'épaisseur, et en plusieurs points ne pouvait cire séparé du précédent r les deux ne semblaient être que des degrés d une même organisation; au-dessus du derme était le corps papillaire, fort développé, évidemment distinct du derme , et qui paraissait être à celui-ci ce que sont les villosilés à la muqueuse intestinale. Enfin, au-dessus du corps papillaire et entre lui et Vépiderme , étaient trois couches bien distinctes : une plus interne, s'enfonçant dans les intervalles des bourgeons du corps papillaire , ne recevant aucun vaisseau, constituée par un tissu cellulo-fibreux (couche albide profonde de Gaultier, couche èpidermique de Dulrochet ) : une seconde plus extérieure , composée de filamens noirâtres très-déliés, entrelacés dans tous les sens, constituant un réseau et qui était véritablement l'analogue de la couche colorée des Nègres : enfin, une troisième tout-à-fait subjacente à l'épiderme, qui , en certains endroits , n'était qu'une ligne blanche analogue à la couche èpidermique des papilles qui , en d'autres , était plus épaisse , plus dure , comme formée d'une série d'écaillés superposées , et qui était certainement la couche albide superficielle de Gaultier, la couche cornée de Dutrochet ( Archi. gén. de Med., mars 1823 ). J'ai fait des observations analogues sur la structure de la peau hyçcilroYihièe (Traités des maladie delà peau , t. 2, p. 360). M. Gaide et moi les avons répétées depuis, et il en a fait connaître les résultats [Obsen'ations des nommés Alard et Fournier ). Après avoir incisé la peau , suivant son épaisseur, on distinguait de dedans en dehors les couches suivantes : l" de petits lobules de tissu adipeux, réunis par du tissu lamincux sain , formaient une couche sous-cutanée ; 2° au-dessus d'elle était placé le chorion, représenté par une bande transversale d'un jaune pâle, évidemment hypertrophié , et dont les aréoles étaient moins distinctes que dans l'état normal; il était en outre imprégné d'une assez grande quantité de sérosité que l'on faisait facilement suinter en le comprimant entre les doigts; par sa face profonde , il envoyait dans le tissu cellulaire sous-cutané des prolongcmens blanchâtres , fibreux , qui s'enfonçaient à une assez grande profondeur ; 3" au-dessus du chorion envoyait une deuxième couche composée de fibres parallèles dirigée de la face superficielle du chorion vers l'épiderme. Cette deuxième couche , évidemment formée par des papilles alongées , et d'un rose violet, avait une épaisseur inégale sur jjlusieurs points , et qui variait entre deux et trois lignes et demie. Ces deux premières couches de la peau étaient rendues distinctes l'une de l'autre et par la direction opposée de leurs fibres et par une ligne transversale , qui résultait de la différence de leur couleur. Entre les fibres parallèles de la couche papillaire , on distinguait à l'œil nu de petits vaisseaux plus faciles à apercevoir lorsqu'on les avait d'abord examinés à la loupe. La face superficielle de cette deuxième couche présentait des mamelons , la plupart lenticulaires .séparés les uns des autres par des ri<les profondes , évidemment formés par les papilles les plus alongées , tandis que les plus petits, réunis sur une même ligne, donnaient lieu aux rides quej"ai indiquées. Par la macération, les papilles , qui formaient les mamelons , devenues libres, apparaissaient, lorsqu'on les examinait sous l'eau, sous la forme d'un léger gazon. Audessus des papilles existait une troisième couche parfaitement distincte de l'épiderme qui la recouvrait : c'était celle que l'on a désignée sous le nom de membrane albide ou cornée. En détachant cette troisième couche, on apercevait des filamens très-delijs qui se rendaient à de petits corps blanchâtres situés et comme appliqués sur la face profonde de la couche albide (follicules): ces petits corps , disposés d'une manière variable, étaient isolés et épars, ou réunis par séries parallèles; d'autres enfin étaient agglomérés sous forme de plaques plus ou moins larges ; tous ou presque tous s'enlevaient avec la couche albide, à laquelle ils étaient adhércns. De ces follicules, les uns étaient exactement arrondis, d'autres alongés en forme de larmes, se terminaient en pointe à l'une de leurs extrémités ; d'autres enfin, plus alongés, paraissaient cylindriques ; quelques-uns présentaient à leur centre et en dehors un point noirâtre qui paraissait être leur orifice. La couche èpidermique , disposée sous forme de membrane, comme la précédente, transparente comme elle, quand elle n'était pas formée de squammes accumulées, était aussi, à sa face profonde, en rapport avec de petits follicules analogues aux précédens. Réunis la plupart tous formes de plaques , ils étaient surtout très-apparens dans les points qui correspondaient aux squammes. Cette dispodlion était constante. De la face

profonde de l'épiderme partaient de petits prolongcmens qui entouraient Ie« poils jusqu'à leur extrémité bulbeuse, et qui étaient bien distincts des follicules.

2°. Dans l'éléphanliasis des Arabes, le tissu cellulaire sous-cutané a éléi trouvé plus dur à mesure qu'il était plus voisin du derme. On a vu le tisiu, adipeux acquérir un développement très-marqué. J'ai aussi trouvé le tissu cellulaire infiltré comme dans les hydropisies anciennes. M. Fabre a vu le tissu cellulaire sous-cutané converti en une couche épaisse, dure, presque fibrocarlilagineuse , présentant sur plusieurs points de petites plaques ossifiées, adhérant tellement à l'aponévrose jambière , aux nerfs , et aux vaisseaux qui U traversent, qu'il était impossible d'isoler ces diverses parties. Le tissu cellulaire sous-aponévrolique et inter-musculaire participait aux mêmes altérations, mais à un moindre degré. Chez une femme morte à la Charité , en 1820, et dont un des membres abdominaux était" affecté d'éléphantiasis , au-dessous de la peau , et à la place des muscles de ce membre , réduits à quelques faisceaux minces, décolorés, M. Andral trouva une masse énorme de tissu cellulaire dur , contlensé, creusé çà et là de vacuoles remplies de sérosité , et ayant en plus d'un point toutes les qualités du cartilage. ( Traité d' anatomie, pathologique , t. 1 , p. 277. )

3o. Hendy a trouvé les ganglions lymphatiques endurcis ou en suppuration, et plus volumineux que dans l'état normal. Les vaisseaux absorbons è\.a\ea\. dilatés, et leurs parois affaiblies , au point de ne pouvoir résister à la moindre injection. Pour moi , je n'ai point observé de ces gros vaisseaux lymphatiques dans les éléphantiasis des Arabes que j'ai disséqués. M. Fabre dit qu'il lui a été impossible de découvrir ces vaisseaux au milieu du tissu cellulaire sous-culané dégénéré. Plusieurs fois j'ai trouvé des glandes inguinales plus volumineuses que dans l'état sain; mais cent fois chez des scrofuleux j'ai observé ce dcvelop- ))ement morbide sans qu'il y eût d'hydropisie ou d'augmentation du volume du membre. Sur le corps du nommé Alard, dont M. Gaide a publié l'observation , les ganglions lymphatiques n'ont pas été trouvés plus volumineu.x que ceux que nous examinâmes le même jour comparativement sur plusieurs autres cadavres : seulement les ganglions de l'aine droite étaient d'un rose assez prononcé , tandis que ceux du côté gauche étaient d'un blanc laiteux. Les vaisseaux qui se rendaient dans ces ganglions n'étaient pas plus volumineux que dans l'état sain. Sur un autre malade, mort d'un éléphantiasis des deux membres abdominaux (Obserifation à\i nommé Fournier), les vaisseaux lymphatiques situés sur la face dorsale du pied gauche et le bord interne du gros orteil étaient aussi petits et aussi déliés que dans l'état sain. Les ganglions du jarret ne présentèrent aucune altération. Mais depuis l'aine gauche jusqu'au point où l'aorte fournit l'artère rénale du même côté , existait un chapelet de ganglions lymphatiques , ayant à peu près chacun le volume d'une amande; les ganglions de l'aine étaient les uns rouges ou rougeâtres, les autres étaient blancs et s'écrasaient facilement entre les doigts ; au-dessus de l'artère crurale, tous ceux qui de l'a s'étendaient le long du bord externe de la veine iliaque et au devant du psoas étaient blancs , s'écrasaient facilement entre les doigts, et l'on en faisait sortir un liquide blanchâtre analogue à dû pus ou à de la m»tière cérébriforme ramollie. Indépendamment de ce chapelet de ganglions, nous en découvrîmes d'autres dans la cavité du petit bassin au-dessous de la veine iliaque primitive où ils formaient, par leur union , une sorte de couche ganglionnaire sous-péritonéale , qui s'étendait sur la face interne de l'iseliion. Les vaisseaux lymphatiques qui se rendaient aux ganglions de l'aine n'étaient pas plus volumineux que dans l'état sain ; et quoique le chapelet de ganglioN dont j'ai parlé fût accolé à la veine iliaque , il ne la comprimait pas d'une manière évidente. M. Bourgeoise constata, sur le membre abdominal droit, que les vaisseaux lymphatiques n'étaient pas plus développés que dans l'état sain; les ganglions lymphatiques du jarret ne présentaient aucune altération ; le» ganglions inguinaux et pelviens , beaucoup moins gros et moins nombreux q«e ceux du côté opposé, disposés en chapelet autour des vaisseaux iliaques, ou sous forme de nappe , s'enfonçaient dans le petit bassin , et pi ésentaient d'ailleurs les mêmes caractères anatomiques que ceux du côté gauche.

4°. Dans le compte rendu de l'ouvrage de M. Alard, et dans une observation publiée depuis ( Archives de médecine , vol. 1 1 , p. 3 1.5 et 372 ), M. Bouillaud a appelé l'attention sur l'oblitération ou l'obstruction des veines dont il avait déjà signalé l'influence dans le développement des hydropisies locales. Postérieurement à ses recherches , j'ai observé , dans un cas d'éléphantiasis des deul jambes (Mémoire de M. Gaide, obs. d'Alard) , le rétrécissement d'une des veines saphènes et l'oblitération de l'autre. Sur le membre droit, la veine sapliène mise à nu dans toute son étendue , apparut sous la forme d'un cordon cyliridrique d'un blanc jaunâtre et non transparent, d'un tiers environ moin» volumineux que la même veine dans l'état normal ; la cavité de cette veine fut trouvée rétrécie des deux tiers et presque entièrement oblitérée à la réunion de son tiers moyen avec l'inférieur ; là, ce vaisseau ayant été coupe suivanl son épaisseur , on distinguait sur les deux bouts un point central , dans lequel on pouvait introduire , mais non sans peine , le fil d'argent qui sert de man-drin aux sondes métalliques. Le calibre de ce vaisseau était devenu comme capillaire, dans une étendue de deux pouces environ ; ses parois avaient doublé d'épaisseur ; la veine coupée transversalement dans un point où elle etaU le moins rétrécie, conservait son ouverture béanle comme une artère. La crurale, vers sa jonction avec la saphène, contenait dos caillots de formation récente ; la plupart des autres veines et veinules de ce membre ne présenicren» aucune altération. La veine saphène du membre abdominal gauche contenait des caillots fibrineux d'une formation ancienne , adhérons par leur surface à la membrane interne du vaisseau : le calibre de celui-ci n'était pas rétréci,

ELEPHANTIASIS DES ARABES.

ELEPHANTIASIS DES ARABES.

nais ses parois, comme celles de la saphène droite, étaient épaissies et arté- Halisées. Je dois ajouter que dans l'évaluation de cet épaississement , on a enu compte de la différence qui existe naturellement entre les veines des neoibres inférieurs et celles des membres supérieurs, et que, pour éviter oute erreur, je fis à cette occasion une étude comparative de l'épaisseur relative les veines chez plusieurs sujets. Dans l'observation à'élêphantiasts des Arahesde 'a jambe, publiée par M. Fabre , la saphène, découverte de haut en bas, cessait rètre visible à la partie moyenne de la jambe; on ne la retrouvait qu'à quatre ravers de doigt au-dessous : un stylet très-délié , introduit dans la partie inférieure et supérieure de la veine , conduisait dans deux culs-de-sac. Le reste du onduit de cette veine était rétréci au point de ne pouvoir admettre que diffiilement un petit stylet d'argent; ses parois étaient hypertrophiées et comme •rtérialisées. La saphène externe, sauf l'oblitération, présentait les mêmes aractères ; les veines tibiale antérieure et péronière contenaient du sang. La ibiale postérieure était oblitérée dans une partie de sa longueur. Aucun obstale au cours de sang n'existait dans les veines poplitées , crurales, iliaques X ternes, etc.

5°. Hendy a trouvé les petites artères des parties affectées d'éléphantiasis 'lus volumineuses que dans l'état sain. Dans les deux cas recueillis par J. Gaide à l'hôpital Saint-Antoine , les artères des membres ne nous présenbrent aucune altération. Dans le cas rapporté par M. Fabre , les artères ti- >iales antérieure et péronière étaient incomplètement ossifiées; elles contelaient un peu de sang : la tibiale postérieure était convertie en une tige sseuse cylindrique où le sang ne pénétrait plus ; Tarière poplitée et la crurale taient également ossifiées ; des ossifications analogues se retrouvaient sur les rlères de l'autre membre.

6°. Dans un cas particulier , Nœgèle a trouvé le wer/'tibial augmenté de voime , présentant à sa surface et dans son intérieur des nodosités rondes, vales, formant autant de petits kystes qui contenaient un liquide clair , limide en certains points , trouble dans d'autres. Dans trois cas d'éléphantiasis es Arabes , que j'ai disséqués avec soin, les nerfs ne m'ont offert aucune altébtion. Dans le cas de M. Fabre , le grand nerf sciatique , après avoir conservé n volume naturel jusqu'à la partie moyenne de la cuisse , augmentait ensuite ogressivement de volume jusqu'au creux du jarret, et à un tel point que liacuue de ses divisions était bien supéiieure à la grosseur du tronc qui la lurnit. Dans l'épaisseur du nerf poplité externe , se trouvait une masse gélaneuse , hydaliforme , légèrement rosée et de la grosseur d'une petite amande ; consistance était assez forte ; elle refoulait autour d'elle les fibrilles méduires. Les divisions du poplité interne et de l'externe étaient elles - mêmes îllement augmentées de volume , que le nerf tibial , la branche mnsculo-cunée et le tibial antérieur avaient chacun un volume quadruple de celui qu'ils at dans l'état normal , et présentaient quelques renflemens. Ces nerfs , devons très-durs , conservaient encore assez bien les traces de leur organisation ;

Ferras a rencontré une disposition semblable sur la jambe d'une vieille mme affectée d'éléphantiasis.

7". Hendy a trouvé les muscles mollasses et décolorés. Je les ai vus aussi oins colorés que dans l'état sain. Chez le malade de M. Fabre , plusieurs uscles étaient augmentés , d'autres diminués de volume ; chacun d'eux étaient )nverti en une substance graisseuse. Ils étaient très-durs , et criaient sous le anchant de l'instrument. Le muscle solaire offrait cette dégénérescence bien us que tous les autres ; çà et là se montraient des espèces de traînées de maire osseuse, qui semblaient suivre les intervalles musculaires , et dont quclles-unes allaient se confondre avec des végétations osseuses qui s'élevaient de surface même du périoste du tibia.

8». Dans les cas d'éléphantiasis des membres inférieurs dont j'ai été dans le s de faire l'examen anatomique , les os n'étaient point altérés. Mais chez pluîurs malades , et entre autres chez une femme à laquelle j'ai donné des soins l'hôpital Saint-Antoine , le tibia de la jambe malade était d'un tiers plus vominenx que celui du côté opposé. Chez le malade de M. Fabre, le ligament ter-osseux de la jambe n'existait que dans l'étendue d'environ un pouce, à indroit où il livre passage aux vaisseaux tibiaux antérieurs ; on n'en aperceit plus aucun vestige dans le reste de sa longueur , où il était remplacé par le lame osseuse, inégale, recouverte d'aspérités, ayant en quelques endroits usieurs lignes d'épaisseur. Cette lame adhérait si fort au tibia et au péroné le ces deux os, soudés très -intimement dans presque toute leur étendue, n'en rmaient véritablement qu'un seul. Les surfaces de l'articulation péronéo- )iale inférieure étaient si bien identifiées , si l'on peut s'exprimer ainsi, qu'on voyait aucune trace de démarcation entre elles , même après une macération plus de trois mois. La circonférence du tibia était presque double de ce 'elle est dans l'état normal ; celle du péroné, à sa partie moyenne , était plus le triple. Ces os, si bien soudés entre eux , étaient recouverts d'un nombre odigieux d'aspérités osseuses plus ou r^oins longues , enfoncées dans les pars molles ; leurs bords se prolongeaient sous la forme de crêtes saillantes dirsement contournées , de manière à figurer des espèces de canaux traversés r les vaisseaux et les nerfs qui rampaient à leur surface. La face supérieure s os du pied offrait des aspérités semblables à celles du tibia et du péroné, i densité du tissu du tibia était telle que la scie ne l'attaquait qu'avec la plus ande difficulté -. sa couleur et sa compacité rappelaient celles de l'ivoire. Les rfaces osseuses de l'articulation tibio-tarsieune étaient saines; aucune des irties dures et des parties molles de la plante des pieds ne participait à ces ïérations. MM. Ferrus et Cruveiihier ont observé des dispositions semblaes; et M. Larrey , dans sa description de l'éléphantiasis , parle des douleurs yes suivant le trajet des os.

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

Quant aux lésions des viscères qui peuvent co'incider avec l'éléphantiasis des Arabes des membres abdominaux, voici ce que j'ai observé : Chez le nommé Fournier , le larynx , la trachée artère et les bronches étaient dans l'état normal ; chacune des plèvres contenait de huit à dix onces de sérosité. Le poumon gauche , crépitant, était gorgé de sérosité qui fluait quand on le pressait entre les doigts ; il n'y avait aucune trace d'engouement sanguin; mais il en existait à la partie postérieure du poumon droit , qui , d'ailleurs , résistait plus que le précédent à la compression. Le péricarde était sain; le cœur, d'un volume naturel , contenait dans les cavités droites quelques caillots fibrineux; l'aorte thoracique était saine. La cavité de l'abdomen contenait une très-petite quantité de sérosité transparente. La face interne de l'estomac était divisée en deux parties par une ligne de démarcation bien tranchée qui séparait exactement sa partie antérieure de la postérieure : dans la première, la membrane muqueuse était saine; la deuxième était, au contraire , presque entièrement dépourvue de membrane muqueuse et d'un blanc mat , sur lequel faisaient saillie des vaisseaux bleuâtres qui contenaient une plus ou moins grande quantité de sang et donnaient à cette région une teinte marbrée de bleu et de rouge. La membrane muqueuse s'interrompait brusquement et se terminait par un bord taillé à pic dans la région pylorique, tandis que vers le cardia elle se continuait avec la membrane muqueuse saine ; dans quelques points de cette région , la membrane muqueuse ramollie , avait un aspect grisâtre qui contrastait d'un côté avec l'altération que je viens d'indiquer , et , de l'autre , avec la portion saine de l'organe. L'intestin grêle et le gros intestin présentaient des arborisations nombreuses, séparées les unes des autres par des points dans lesquels la membrane muqueuse, ramollie, avait perdu une partie de son épaisseur. Les ganglions mésentériques n'offraient rien de particulier. Le foie était volumineux , et sa substance jaune assez abondante; les doigts s'enfonçaient difficilement dans son tissu. Les reins , plus volumineux que dans l'état sain, présentaient une altération plus marquée à gauche qu'à droite ; toute leur substance , mais surtout la corticale, était d'un blanc jaunâtre morbide (Anémie), bien distinct de la coloration habituelle de ces organes. Le cerveau et ses membranes ne présentaient aucune altération.

Dans un autre cas , chez le nommé Marie Allard, le péritoine, dans presque toute son étendue , était le siège de granulations nombreuses , surtout sur l'épiploou. La portion de cette membrane qui revêt le canal intestinal était fortement injectée. Un épanchement séro-purulent remplissait en partie la cavité du petit bassin; l'estomac présentait quelques lignes blanchâtres sur lesquelles la membrane muqueuse était ramollie et très-sensiblement amincie. Une altération semblable existait dans plusieurs points de l'intestin grêle. Dans le gros intestin , et surtout dans la portion descendante du colon , on rencontrait de petites ulcérations arrondies , entourées par la muqueuse décolorée et d'un blanc mat. Au niveau de l'S iliaque du colon le tissu cellulaire sous-péritonéal était le siège d'une suppuration abondante ; de vastes clapiers existaient, sans communication avec l'intestin ; cette altération s'étendait assez loin dans le tissu cellulaire du petit bassin. Les autre organes du bas-ventre étaient dans l'état sain.

§ IL L'éléphantiasis des Arabes attaque plus rarement les membres supérieurs. M. Alard en cite quatre exemples. Dans l'un ( Oiie?v. 7 ), le gonflement dur et permanent du bras gauche était survenu après l'application d'un vésicatoire. Dans l'autre, [ouvr. cité, p. 190) le bras droit acquit un tel volume qu'il pesait deux cents livres de Gênes, dont quatre-vingts de sérosité; la tumeur formée par le bras et l'avant-bras ressemblait à une outre pleine ; les artères, les veines et les nerfs n'avaient subi aucune altération; les vaisseaux lymphatiques, très-dilatés, étaient gorgés de lymphe. La troisième est une observation de Fabrice de Hilden. La quatrième est extraite de Hendy, qui en rapporte plusieurs autres, exemples , dans lesquels la maladie s'était annoncée d'une manière aiguë, par une sorte d'engourdissement dans l'épaule et le bras, le développement d'une glande douloureuse dans l'aisselle (Obseri^. 1, 3 ) ou au coude ( Observ. 5) , et d'une ligne rouge à la partie interne du bras et de l'avant-bras. J'en ai observé trois exemples dont la marche a été chronique. L'un, chez une femme à laquelle on avait enlevé le sein droit pour une affection cancéreuse de la glande mammaire , et chez laquelle les ganglions lymphatiques de l'aisselle , devenus squirrheux , comprimaient la veine axillaire {Traité des maladies de la peau, t. 2, p. 630). Le second a été publié par M. Gaide : les veines sous-clavière, axillaire et brachiale étaient remplies par un caillot fibrineux ancien, dont le centre était d'un gris jaunâtre , adhérent à la membrane interne de ces veines. Dans la troisième, recueillie par M. Bonnet, de Poitiers, et qui atteignait l'avant-bras gauche , nous trouvâmes la veine basilique pleine et dure, remplie par un caillot qui adhérait intimement à sa membrane interne ; ce caillot, dur et solide, était grisâtre , décoloré , entremêlé de stries rouges.

3o. L'histoire des cas d'éléphantiasis développés dans d'autres régions du corps est moins complète. L'éléphantiasis du scrohim a été à peu près le seul qui ait été l'objet de recherches anatomiques exactes. L'éléphantiasis du cuir chevelu est très-rare; M. Ricord en a rapporté deux exemples dans la Revue médicale , t. 9, p. 13.

4°. L'éléphantiasis de la face n'attaque quelquefois qu'un seul côté de la figure ; tel était le cas du malade de la neuvième observation de M. Alard, chez lequel l'élcphantifisis me paraît avoir été compliqué d'un eczéma des oreilles. 'V^illiers (Alard, obs. 2) est un exemple remarquable d'éléphantiasis de la face: à la suite d'un excès de table , il éprouva une vive douleur dans la joue gauche et au-dessous de l'arcade zygomatique; cette douleur s'étendit bientôt sous le menton. Les .glandes sous-maxillaires devinrent enflées et douloureuses, la figure se gonfla et devint crylhémateuse ; nausées , légers frisons. Au bout de

ÉLÉPHANTIÂSIS DES ARABES.

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES

six mois nouvel accès, à la suite duquel le malade s'aperçoit que le visage reste bouffi ; cet accès est suivi de plusieurs autres , et la figure devint de plus en plus volumineuse. Dans des cas analogues, la tuméfaction peut arriver à un tel degré que Schenck cite un homme dont la tête surpassait en grosseur celle d'un bœuf; la face était entièrement recouverte par le nez , de telle sorte qu'il fallait soulever la masse qu'il formait pour donner h ce malheureux la faculté de respirer (Obs, med. rar. nov., etc., lib. l,p. 12). Je n'en ai vu qu'un exemple à la suite d'attaques répétées d'érysipèle.

5°. Celte maladie fait acquérir aux mamelles un tel volume qu'il faut les soutenir avec des bandages passés derri'ere le cou. Salmuth [Cent. 2, ohs. 89) parle d'une femme dont les seins augmentèrent tellement de volume, qu'ils pendaient jusqu'aux genoux.. Elle avait en même temps sous les aisselles des tumeurs glandulaires delà grosseur de la tête d'un fœtus. M. Borel , médecin de Castres , cite aussi l'observation d'une femme dont les mamelles devinrent si grosses qu'elle était obligée de les soutenir avec des liens qui passaient derrière les épaules et le cou.

6". M. Alard cite comme un cas d'éléphanliasis celui d'une dame de Berlin {Ephcm. nat., cur. 3, ann. 2, pag. 71 , 1694) qui portait une tumeur ventrale dont la partie inférieure s'étendait jusqu'aux genoux. Cette tumeur, située sous la peau en dehors de la cavité du péritoine, était formée par diverses petites poches agglomérées les unes aux autres comme les vésicules d'un grand poisson. Septde ces cellules, très-fortement adhérentes entre elles, formaient sa circonférence, et une huitième en occupait le centre. Chacune de ces cellules était elle-même divisée en plusieurs petits compartimens qui renfermaient un liquide clair et limpide comme du blanc d'œuf , plus consistant dans quelquesunes , analogue à du blanc d'œuf cuit dans quelques autres, et qui , dans d'autres enfin, était jaune, verdâtre ou roussàtre. Le péritoine ouvert, on ne trouva dans la cavité abdominale aucun vestige de maladie. Les viscères n'avaient éprouvé aucune altération sensible, et se trouvaient seulement un peu déplacés. ]\L Delpech cite aussi un cas d^éléphantiasis des parois de l'abdomen , observé chez une jeune fille de 24 ans, née à Toulouse, qui portait sur le ventre trois tumeurs coniques adhérentes aux parois de cette cavilé, situées vers l'hypogastre et l'ombilic , deux du côté droit , et la troisième du côté gauche. Ces tumeurs présentaient la structure connue des engorgemens qui constituent V Andrum : c'est-à-dire un tissu cellulaire à mailles ou à aréoles très-spacieuses , séparées par des lames très-étendues et à demi opaques ; parcourues par des vaisseaux lymphatiques très-dilatés , des vaisseau.x sanguins rares , très-déliés et peu divisés ; les interstices étaient occupés par une sérosité moitié coulante , moitié solidifiée, et rendue presque opaque par une forte proportion d'albumine.

7". Après les membres inférieurs, le scrotum est la région du corps qu'affecte le plus souvent l'eléphantiasis des Arabes ; il donne à celte partie et au pénis un volume monstrueux. Cette altération a été improprement désignée sous le nom de sarcocèle d'Egjpte (Larrey), Ae hernie charnue ( Prosper Alpin ), ou A'hjdrocèle endémique du Malabar (Kœmpfer). M. Alard en rapporte trois exemples empruntés à Hendy ( Observ. 16), à M. Gilibert ( Obserf. 5) , et aux Ephèméridcs des Curieux de la Nature {Obseri', 108, p. ?12) , M. Duméril en a vu un exemple remarquable chez un homme snr lequel toutes les ressources de l'art avaient été vainement épuisées. M. Delpech en cite deux cas, dont l'un lui a fourni l'occasion d une opération très-remarquable. Chez ce dernier malade, qui était âgé de trente-cinq ans , l'infirmité datait de dix ans. La peau du scrotum était devenue successivement dure , épaisse, tuberculée et coupée de rides profondes ; l'intumescence, d'abord pâteuse, était ensuite devenue consistante, dure et très-lourde. La tumeur formée par les bourses, au moment de son plus grand développement , pesait environ soixante livres. Sous cette masse informe étaient enfouis la verge et les testicules; elle semblait se diviser en trois masses inégales , deux latérales et une antérieure, où l'on remarquait une sorte d'ombilic par lequel se faisait l'émission des urines. Ce malade ne présenta pas les accès êrj-sipélaleux , accompagnés de fièvre, de frissons, de vomissemens , etc. , observés par Kœmper (Amœnit. exotic.,Jasc. 3, obs. 8, p. 557); par Hendy et M. Gilibert, dans des cas analogues. Au reste , plusieurs autres observateurs ont constaté que ces phénomènes manquaient quelquefois; et on retrouve , chez le malade opéré par M. Delpech, les altérations de la peau et du tissu cellulaire, observés dans l'éléphantiasis des membres ; les organes de la génération étaient sains. Sur un autre individu opéré antérieurement par M. Larrey, un des testicules fut trouvé sain et l'autre moins volumineux que dans l'état naturel ( Camp. , t. 2 , obs. l^e, p. 122 ). Dans un troisième cas, dont l'observation a été reproduite par M. Alard, indépendamment de l'altération de la peau et du tissu cellulaire du scrotum , on reconnut, après la mort, que Les testicules étaient enflés comme le reste. Le testicule droit, après qu'on l'eut dépouillé de la tunique vaginale , n'était pas moindre qu'un œuf d'oie. Il était divisé en trois compartimens; une humeur gélatineuse et épaisse séjournait à la paHie supérieure et à l'inférieure, et le centre était occupé par un corps de la grosseur d'une noix ou à peu près , dans lequel venaient se rendre les canaux dcférens , sans avoir éprouvé beaucoup d'altération. La tunique albuginée était bien plus épaisse que dans l'état naturel , et contenait dans son épaisseur un fluide pâle , logé dans de petites cases de la même manière que celles d'un citron. Après avoir ouvert la tunique vaginale du côté gauche, il en sortit deux litres d'un fluide séreux et peu coloré j du reste , les choses se trouvèrent dans le même état que du côté opposé. Lorsqu'on eut enlevé l'enveloppe qui recouvrait le pénis , laquelle avait plus de trois doigts d'épaisseur, on vit que cet organe était de grandeur naturelle et même plus petit qu'il n'aurait dû l'être, et l'on ne put insuffler le corps caverneux , comme il est facile de le faire ordinairement. Tout le reste du corps

était en bon état , excepté le rein droit dont l'ulcération avait sans doute causé la mort. Enfin, suivant Hendy, la maladie des Barbades peut se porter 'a la fois sur les testicules et les glandes inguinales. {Observ. 10.)

L'éléphantiasis des Arabes peut aussi être compliqué d'une hernie scrotale , plus ou moins volumineuse. Tel était le cas du nommé Lajoux , de Toulouse , dont la Société de Médecine de celte ville a publié l'histoire. Tel est encore l'exemple suivant, recueilli par M. Fabre, sur un vieillard âgé de soixantetreize ans, affecté d'éléphanliasis du scrotum et d'une double hernie inguinale, Lorsque ce malade était à jeun , la parlie supérieure de sa tumeur rendait un son clair à la percussion ,'et dans sa parlie inférieure le son était mat. Immédiatement après le repas, la malité s'étendait à tout le côté droit de cette tumeur, et le son restait clair dans la partie supérieure du côté gauche. A jeun, il suffisait de faire boire une certaine quantité de liquide au malade pour que le son devînt immédiatement mat du côté droit. M. Fabre présume, avec raison , que l'estomac était déplacé, et qu'il formait hernie du côté droit. [Foyez Hernie de l'estomac. )

80. J'ai vu , il y a quelques années , dans les salles de M. Dupuytren , une fille publique chez laquelle l'éléphanliasis des Arabes s'était développé aux dépens des grandes lèvres, qui étaient énormément tuméfiées. Des observàlions analogues ont été recueillies par M. Gilibert ( Alard, observ. 11 ),par M. Larrey ( Campagnes d'Égypte , t. 2 , p. 127) , et par M. Talrich ( Delpech , mémoire cité. )

9°. L'éléphantiasis des Arabes peut aussi se développer à la marge de l'anus, comme Bayle l'a observé le premier. Soumis à la dissection, cet engorgement du tissu cellulaire ne présente rien de semblable au squirrhe. Dans quelque endroit qu'on l'incise , on n'y découvre point d'induration squirrheuse ni de matière cérébriforme, mais seulement une sorte d'œdème très-dur, un tissu aréolaire rempli d'un liquide incolore qu'on en fait sortir quelquefois , du moins en partie, à l'aide d'une forte pression; l'engorgement n'est presque jamais circonscrit à la marge de l'anus , il se continue ordinairement plus ou moins dans le tissu cellulaire des fesses , où il se termine d'une manière insensible (Diction, des Sciences médic, tom. III , pag. 609. )

10°. M. Alard indique , comme un exemple d'éléphanliasis d'u/ï des côtés du corps , une observation curieuse , mais qui manque de détails essentiels {Ouvrage cité. )

1 1». Enfin certains développemens anormaux de \a langue , de la luette, du tissu cellulaire sous-muqueux de l'intestin ou sous-séreux des épiploous , etc., ont été rapprochés par quelques auteurs de l'éléphantiasis des Arabes , et seront ultérieurement décrits. ( Fojez Glossocèle.)

§ III. Les individus affectés d'éléphanliasis des Arabes peuvent être atteints de maladies aiguës ou chroniques avant ou après le développement de ces intumescences, qui surviennent quelquefois après des attaques répétées d'eczéma. Mentzell et Bayle ont vu la goutte coïncider avec l'éléphantiasis des Arabes ; des malades alleints de l'éléphantiasis des Grecs [Foyez Eléphaktusis DES Grecs ) ont présenté non-seulement l'œdème des membres inférieurs qui l'accompagne fréquemment , mais de véritables engorgemens durs et volumineux , semblables à l'éléphantiasis des Arabes. En résumé , plusieurs altérations des veines (^varices, phlébite , rétrécis semens , oblitération , etc.) et quelques inflammations de la peau {érjrsipèle, eczéma , lichens, ulcères) sont les maladies que l'on observe le plus ordinairement avant le développement de l'éléphantiasis des Arabes ou pendant son cours.

§ IV. L'éléphanliasis des Arabes se montre surtout dans les parties du corps où la circulation veineuse est le plus ordinairement ralentie, dans les membres inférieurs ou au scrotum chez l'homme ; cette maladie n'est ni contagieuse, ni héréditaire. Ou l'observe dans tous les âges , le plus ordinairement chez les adultes , et plus rarement chez les vieillards et les enfans. Sur une vingtaine d'exemples de cette maladie que j'ai recueillis à Paris, il en est plus de la moitié dans lesquels elle s'est développée sans causes externes appréciables. En France, il n'est peut-être pas de département dans lequel cette singulière affection n'ait été observée. M. Delpech assure qu'on a vu de nombreux exemples dans le Roussillon , surtout dans les environs d'EIsne. Suivant Cazal, elle est très-commune dans les Asturies {Histor. nalur. y medic. de el principade de Asturias , pag. 321, 323). J'ignore si on a fait, en Angleterre ou sur le continent, d'autres observations dans le but de rechercher si quelque condition topographique ou d'autres circonstances ont réellement une influence marquée sur le développement de cette maladie. A l'île de Barbade , on en attribue la fréquence à l'impression soudaine du froid, à la fraîcheur pénétrante des nuits et des courans d'air que l'on établit dans les maisons. On assure que celte maladie est endémique sous quelques points de la zône-torride, et on l'observe principalement sur la rive gauche du Gange, dans l'Égypte, la Nubie , etc., où de semblables influences agissent continuellement.

§ V. Lorsque l'éléphantiasis des Arabes s'annonce par des symptômes fébriles, accompagnés d'une douleur suivant le trajet des veines, des vaisseaux et des ganglions lymphatiques d'un membre , il offre alors à peu près les mêmes caractères que certains œdèmes, observés chez les nouvelles accouchées , et dans lesquels les veines principales des membres ont été trouvées obstruées par des caillots fibrineux. (Rayer , article OEdème, Dictionnaire de Médecine en 21 vol. ). Lorsque la peau est devenue mamelonnée, tuberculeuse, dans l'éléphantiasis des Arabes , l'altération qu'elle éprouve offre quelque analogie avec celle qu'on observe dans l'éléphantiasis des Grecs. Mais dans celui-ci , les mamelons ou tubercules sont consécutifs à des taches d'une teinte fauve, et en constituent le principal caractère extérieur ; tandis que dans l'éléphautiasis des Arabes les mamelons sont accidentels , ne surviennent que dans le»

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES

ÉLÉPHANTIASIS DES GRECS

,i derniers temps de cette maladie, et sont toujours accompagnés d'autres lésions des parties situées sous la peau.

En résumé , dans un cas d'éléphantiasis des Arabes, ce qu'il importe le plus , c'est de déterminer si la tuméfaction des parties affectées est produite par du tissu cellulaire induré , imprégné de sérosité, et hypertrophié , ou par du tissu adipeux, ou un développement anormal de la peau , des muscles et des autres tissus qui entrent dans l'organisation des membres ou des parties affectées; si les vaisseaux et les ganglions lymphatiques sont enflammés, et si l'engorgement est consécutif ou non à un obstacle au cours du sang noir, déterminé par la compression , la dilatation, le rétrécissement ou l'oblitération d'une ou de plusieurs veines.

§ VI. Suivant le docteur Hendy, dans quelques cas rares, l'éléphautiasis des Arabes peut se terminer spontanément par la guérison. Après avoir éprouvé plusieurs attaques, un homme atteint d'éiéphanliasis du scrotum fut réveillé un matin par une humidité désagréable autour des cuisses , due à un fluide qui s'épanchait par une crevasse de la peau malade. On recueillit environ six onces de cette humeur dans un bassin. Peu de mois après cette attaque , ce malade en eut une autre accompagnée d'une pareille évacuation par le scrotum , à la suite de laquelle cette partie fut presque réduite k son état naturel. ( Hendy, obs. 22.)

Les symptômes inflammatoires observés dans la première période de l'éléphantiasis des Arabes doivent être combattus par les applications émoUienles, les bains tièdes et les émissions sanguines; les craintes que l'on a suggérées contre l'emploi de la saignée ne sont pas fondées. Je l'ai employée avec succès dans les accès , dont elle abrège la durée et l'intensité. Dans la période chronique , la saignée a été suivie d'un soulagement au moins momentané, lorsque lus malades se plaignaient d'un sentiment de tension douloureuse dans les membres affectés. J'ai aussi obtenu d heureux effets des saignées locales au pli de l'aine, ou au creux du jarret , des aisselles ; etc. La partie affectée , placée autant que possible dans une position qui facilite le retour du sang vers le cœur , doit être couverte de cataplasmes émolliens ; ou enveloppée de flanelles imbibées de décoctions adoucissantes et narcotiques. Si le gonflement s'est développé sur l'un des membres abdominaux., le malade doit garder le lit penidant quelques semaines.

Les émétiques et les purgatifs ont été administrés à cette période avec des succès variés ; je les emploie rarement. On a beaucoup vanté les effets antispasmodiques de l'oxyde de zinc sublimé à la dose de six à huit grains par jour. Hendy assure que ce remède calme les vomissemens et les anxiétés qu'éprou- TCnt les malades lors des exacerbations périodiques del'éléphantiasis. IMusieurs médecins de l'ile de Barbade, frappés delà fréquence des vomissemens pendant les accès , ont cru nécessaire de les favoriser et même de les provoquer. Le docteur Hendy s'est élevé contre celte pratique.

Chez les femmes, la grossesse est une circonstance très-défavorable. Une jeune fille des environs du Hàvi'e, s'étant mariée contre mon avis, est devenue trois fois enceinte ; à la suite de chaque grossesse, le membre abdominal droit, atteint d'éléphanliasisis , s'est énormément tuméfié.

On est parvenu à guérir un assez grand nombre de malades à l'aide de la compression seule ou combinée avec quelques autres moyens. Cette méthode a complètement réussi à Bayle et à M. Alard , chez un de leurs malades qui 'était atteint d'éiéphanliasis depuis douze ans. Un homme vigoureux venait chaque matin presser la jambe du malade en tout sens , et continuait cette manœuvre pendant trois quarts d'heure ou une heure , après quoi on appliquait un bandage roulé depuis les orteils jusqu'aux genoux. M. Lisfranc est taussi arrivé à des résultats remarquables par l'emploi habilement combiné de scarifications , de la compression et des saignées locales. J'ai obtenu moi-même, par cette méthode , des guérisons inespérées. Elle est surtout applicable aux cas d'éiéphanliasis des membres constitués par une hypertrophie du tissu cellulaire sous-cutané , avec ou sans infiltration de sérosité. Si elle ne peut réussir complètement, lorsque la tuméfaction des membres est en partie due au développement anormal des muscles et du tissu osseux, elle détermine toujours la résorption d'une certaine quantité de graisse et de sérosité : résultat qu'on est toujours heureux d'obtenir. Toutefois la compression seule suffît , dans le plus grand nombre des cas ; les scarifications me semblent aujourd'hui d'une application assez rare : lorsqu'on croit devoir en pratiquer, elles doivent être faites aune assez grande distance les unes des autres , afin que les cercles inflammatoires , qui peuvent se développer autour d'elles, ne se réunissent pas. Ordinairement l'inflammation , produite par vingt ou trente scarifications d'un demi-pouce à un pouce, pratiquées sur un membre, est peu considérable; si elle acquérait quelque intensité, il faudrait la combattre parles saignées locales et générales, et par les applications émollientes et narcotiques fraîches. Avant de faire de nouvelles scarifications , il faudrait attendre que les premières fussent cicatrisées.

Plusieurs médecins ont recommandé l'application de vésicatoires et de cautères sur les parties affectées d'éiéphanliasis , espérant que l'issue d'une certaine quantité de sérosité contribuerait à diminuer le volume des organes malades. J'ai couvert de vésicatoires volans les membres atteints de cette affection , sans obtenir aucun avantage de ces tentatives.

Les essais faits avec les préparations arsenicales ne doivent plus être répétés.

Api-ès leur guérison , les malades affectés d'éiéphanliasis des membres abdominaux doivent s'assujétir à porter un bas lacé ou un bandage compressif, mrtout lorsque plusieurs veines sont variqueuses.

Fatigués parle poids énorme des parties affectées , plusieurs malades eu ont

réclamé l'amputation, comme une dernière ressource contre un mal incurable. M. Alard assure que ceux d'entre eux qui ont survécu à cette opération ont été de nouveau atteints de l'éléphantiasis sur d'autres régions du corps , ou bien qu'ils n'ont pas tardé à succomber aux suites d'une ou plusieurs phlegmasies des viscèrc'"'dont ils ont été frappés. Une femme qui, depuis l'âge de quinze ans , avait de fréquentes attaques de la maladie des Barbades , se trouva tellement incommodée du volume de la jambe affectée qu'elle demanda qu'on la lui amputât : peu de temps après , elle eut à l'autre jambe un accès si terrible, qu'elle y succomba. (Hendy, ohserv. 24.) La nommée Marie Prevat, dont j'ai rapporté l'histoii e dans mon Traité des Maladies de la peau, subit l'amputation de la cuisse droite, dans le mois de mars 1823, à la suite d'un éléphantiasis des Arabes dont elle était affectée depuis l'âge de sept ans. En janvier 1825, la maladie affecta le bras droit , et fut combattue , avec succès , par M. Lisfranc , par les saignées locales , les mouchetures et les vésicatoires. A ces insuccès M. Delpech a opposé que M. Delmas , chef des travaux analomiques de la Faculté de Montpellier, avait pratiqué l'amputation du bras dans des circonstances tout-à-fait semblables, et sans qu'il en fût résulté de récidive. Un malade, opéré par M. Larrey d'un éléphantiasis du scrotum , était en voie de guérison, lorsquece célèbre chirurgien le quitta pourse rendre à Alexandrie. Authier , opéré par M. Delpech, le 11 septembre 1820, quitta l'hôpital de Montpellier dans les premiers jours de février 1821 , avec l'apparence d'une assez bonne santé , mais ayant une petite toux. A son arrivée à Perpignan il était pâle, entièrement décoloré : son pouls était d'une petitesse extrême. 11 mourut le 23 du même mois , d'une inflammation du foie , du péritoine , de l'bypochondre droit et de la plèvre du même côté. M. Talrich a opéré, avec succès, en 1811 , une jeune femme atteinte d'un éléphantiasis développé aux. parties sexuelles; et, en 1828, elle continuait de jouir d'une bonne santé, Nœgèle a également pratiqué , avec succès , l'amputation de la jambe , dans un cas d'éiéphanliasis. Cette question n'est donc pas encore entièrement résolue.

BJiazès. Cum Serapio Averrocli. Edit. G. Frank. 1533.

J. Hendy. Mémoire sur la maljdie glandulaire des Barbades , prouvant qu'elle a son siège dans le système lympliali((ue ; traduit de l'anglais par A. Alard. ( Mémoires de la Société medicale d'émulation de Paris , t. 4, p. 44 )

Alard. De l'iDltammation des vaisseaux absorbans lymphatiques dermoiides et sous-cutanés (éléphantiasis des Arabes ), nouvelle édition , in-S", 6gures. Paris, 18124.

£oH/7/aH(f. Observations d'éiéphanliasis des Axibes, tendant à prouver que cette maladie peut avoii" pour cause première une lésion des veines avec obstacle à la circulation dans ces vaisseaux. (^Archives générales de Médecine , t. 6, p. 567.)

Delpech. Observation d'un cas d'intumescence énorme du scrotum , symptôme d'éiéphanliasis. ( Chirurgie clinique , t. 2, p. 5.)

Nœgèle. Amputation de la jambe dans un cas d'éiéphanliasis, pratiquée avec succès au milieu (les tissus dégénérés. ( Archives générales de Médecine , t. 13, p. 426.)

A Gaide. Observations sur l'éléphantiasis des Arabes. {Archives générales de Médecine , t. 17, p. 533.)

Jiabre. Observation d'éléphanciasis des Arabes. {Revue médicale française et étrangère- (Oclobre 1830. )

Martini et Horach. Observationes rarioris degcneralionis cutis in cruribus elcplianliasis simulantis. Lipsiae , 1828, in-4'>, fig. (L'observation rapportée par M. Martini ne simule pas l'éléphantiasis des Arabes : elle en oiFre l'histoire exacte.)

(P. Rater.)

ELEPHANTIASIS DES GRECS. Maladie grave , chronique , caractérisée à l'extérieur par des taches luisantes , comme huileuses , bientôt remplacées par des tubercules peu saillans , irréguliers , assez mous , rouges ou livides à leur début , présentant plus tard une teinte fauve ou bronzée , ordinairement indolens, susceptibles de se terminer par résolution ou par ulcération, apparaissant le plus fréquemment à la voûte palatine, à la face , et surtout sur le nez et les oreilles devenus le siège d'un boursouflement hideu.x; et considérable.

§ l«r. Quelques auteurs assurent que ce développement de l'éléphantiasis des Grecs est ordinairement précédé d'un état de langueur et d'abattement physique et moral; James Robinson l'indique comme un des symptômes les plus remarquables de la première période de celte maladie.

Les taches et les tubercules qui caractérisent l'éléphantiasis des Grecs se montrent quelquefois sur la peau, avec une sorte d'acuité et un appareil fébrile assez prononcé ( développement par yZuxiora , Th. Heberden ) ; plus souvent la marche des symptômes est lente et progressive (développement par congestion , Th. Heberden). Le développement des tubercules est quelquefois précédé d'un changement de couleur des tégumens , qui chez les blancs deviennent ternes , bronzés , ou acquièrent une teinte qu"on peut comparer à celle de la peau des mulâtres. Chez les nègres les taches sont plus foncées que la peau ; chez les blancs, elles sont ordinairement fauves ou rougeâtres, légèrement élevées au-dessus du niveau des tégumens. Ces taches, irrégulières et disséminées, à peu près comme celles du psoriasis guttaia, sont luisantes comme si elles étaient imbibées d'huile (Adams), ou couvertes d'un vernis. Elles sont quelquefois insensibles ; plus souvent, sans que la sensibilité soit complètement détruite , elles peuvent être comprimées fortement avec le doigt sans douleur. Tout-à-fait au début, et dans la période d'acuité , elles ont quelquefois une sensibilité plus vive que celle de la peau saine qui les entoure ; peu à peu la sensibilité et la rougeur diminuent, et celle-ci est remplacée par une teinte fauve ou bronzée. Dans tous les cas , après un état slationnaire dont la durée est variable, à ces taches succèdent dos tubercules, les uns véritablement cutanés , les autres développés aux dépens du tissu cellulaire.

Ces tubercules cutanés de l'éléphantiasis sont de petites tumeurs molles,

ÉLÉPHANTIASIS DES GRECS

lÊLlÉPHANTIASIS DES GRECS.

arrondies , rougeâtres ou livides , dont le volume varie entre celui d'un pois et celui d'une olive ; quel^iefois ils n'occupent que le nez, les oreilles, plus souvent toute la face ; rarement ils sont développés exclusivement sur les jambes j presque toujours , lorsque les malades vivent plusieurs années , ces tubercules finissent par se montrer sur toutes les régions du cq,->s. L'éléphantiasis reste quelquefois stationnaire ; la peau semble seule altérée ; les principales fonctions s'exécutent d'une manière régulière ; dans un plus grand nombre de cas , l'éléphantiasis se dessine de plus en plus. De toutes les régions du corps, la face est celle qui porte le plus souvent l'empreinte des désordres qui le caractérisent. Elle présente une sorte de bouffissure générale ; la peau du front , parcourue par des rides transversales et profondes , est surmontée de tubercules nombreux ; les arcades sourcilières , gonflées, sillonnées de lignes obliques, sont couvertes de mamelons. Les cheveux. , les poils des sourcils , et les cils se détachent ; les lèvres sont épaisses et luisantes ; le menton et le pavillon des oreilles s'élargissent , s'épaississent , se couvrent de mamelons ordinairement d'une couleur violacée ; le lobe et les ailes du nez sont , en général , plus altérés que le reste de la face ; les narines sont irrégulièrement dilatées ; enfin les joues sont gonflées et le visage , déformé par le gonflement et la bouffissure du tissu cellulaire sous-cutané, devient des plus hideux.

L'espace qui s'écoule entre l'apparition des premiers tubercules et le développement de ceux qui le suivent est très- variable ; la plupart sont prompts à se développer, et leurs dimensions ne sont jamais considérables. Plus tard, et le plus souvent après plusieurs années , la plupart de ces tubercules s'enflamment , se résolvent ou suppurent; souvent cette ulcération des tubercules cstpre'cédée d'un état inflammatoire aigu , pendant lequel ces petites tumeurs et la peau qui les entoure deviennent rouges et chaudes. Le pus sanieux des tubercules ramollis se dessèche promptement et se transforme en croûtes adhérentes , brunes ou noirâtres qui dépassent rarement le niveau de la peau. Au-dessous de ces croûtes il se forme quelquefois de bonnes cicatrices, mais cette terminaison est très-rare.

Lorsque l'éléphantiasis des Grecs débute avant l'âge de la puberté, le développement de la barbe et celui des poils des aisselles et des parties génitales est souvent arrêté. Chez quelques malades les aisselles et le pubis se garnissent de jioils ; mais ils n'ont point de barbe ; seulement quelques poils apparaissent sur le cou, là où il ne s'est pas développé de tubercules. On a aussi observé , chez des adultes, la chute des poils et de la barbe et plus rarement celle des cheveux. J ai déjà dit que la sensibilité de la peau pouvait être obtuse, ou exaltée : quelquefois elle n'est point altérée.

Sur les membres supérieurs , les tubercules suivent la mc-me marche dans leur développement. Ordinairement moins nombreux que sur la face , ils occupent plus particulièrement la face externe et postérieure des avant-bras. La main presque toujours tuméfiée , rarement surmontée de tubercules , offre , chez les blancs , une teinte violacée et moins bronzée que le reste du corps. Aux membre inférieurs, mêmes phénomènes et même mode de développement. L'espace compris entre le talon et le métatarse, rempli par le tissu cellulaire gonfle, rend le pied tout-à-fait plat. Les tubercules des fesses sont assez volumineux ; ceux de la plante des pieds sont aplatis ; les ulcérations des tubercules des jambes sont toujours longues à se cicatriser ; les phalanges des doigts sont quelquefois frappées de mort , surtout lorsque la maladie, compliquée de lésions intérieures plus ou moins graves , marche vers une terminaison funeste. Le tronc offre rarement des tubercules.

La membrane muqueuse de la bouche, le voile du palais, la luette, les amygdales , le pharynx, la membrane muqueuse des fosses nasales présentent aussi ordinairement des tubercules, mais moins volumineux que ceux de la jieau. Une bande longitudinale, formée par de semblables élevures, part des dents incisives supérieures et s'étend vers la luette ; l'inflammation de la membrane pituitaire donne lieu à l'écoulement d'une humeur séro-purulenle , à des douleurs dans les sinus frontaux , et finit par déterminer la carie des cartilages et des cornets du nez. La voix devient rauque, nasillarde, et s'éteint. Les altérations de l'organe de l'ouie , chez les éléphantiques , ne porte guère que sur l'oreille externe , élargie, déformée, d'une couleur violette et quelquefois hérissée de tubercules. Chez quelques malades l'ouïe s'affaiblit; le plus ordinairement cette fonction reste intacte. L'odorat presque toujours altéré dès les premiers temps de la maladie , est anéanti lorsqu'elle est arrivée à un certain degré , c'est-à-dire lorsque la membrane pituitaire couverte de tubercules s'enflamme, suppure, s'ulcère et fournit une humeur abondante et fétide. Les yeux, à part la déformation des paupières, n'offrent ordinairement aucune altération ; il est rare que la cornée soit flétrie , amincie , ou percée de plusieurs ulcérations ; rarement l'iris présente des traces d'inflammation. Quoique la voûte palatine et la membi-ane muqueuse de la bouche soient souvent hérissées de petits tubercules, développés dans les follicules muqueux de cette membrane , le goùl conserve le plus ordinairement son intégrité. Le pharynx finit par se couvrir de tubercules. L'œsophage éprouve rarement celte altéra'tion. Lorsque le malade n'est pas ou n'a pas été mis à l'usage prolongé des purgatifs ou des préparations arsenicales, l'estomac et les intestins exécutent ordinairement leurs fonctions d'une manière régulière. Cependant chez des individus atteints d'éléphantiasis des Grecs, on a trouvé après la mort, les follicules de Peyer très-développés , des tubercules ulcérés ou sur le point de l'être, ou remplacés par de petites cicatrices; les ganglions méscnlériqucs engorgés ou tuberculeux ( IVL Lairoy) ; le foie et la rate n'ont point offert de modifications de leur structure.

Chez tous les individus affectés d'éléphantiasis des Grecs , la voix, plus ou moins altérée dès le début, est presque éteinte à une période plus avancée;

après la mort on a trouvé un épaississement des replis muqueux du larym , des tubercules sur les cordes vocales et quelquefois des ulcérations qui avaient détruit les ligamens thyro-arythénoïdiens. 11 n'est pas rare non plus de voir la membrane muqueuse de la trachée offrir de petites ulcérations. Les poumons sont ordinairement parsemés de tubercules crus ou ramollis. Trois éléphantiques , dont j'ai examiné avec soin les organes après la mort , m'ont présenté cette altération des poumons : d'autres qui ont peut-être succombé à une période moins avancée, ont offert des traces non équivoques de pneumonie.

Les organes de la circulation et de l'innervation n'offrent rien de particulier tant que cette maladie est bornée à la peau. Les auteurs ne sont point d'accord sur les phénomènes que présentent les organes de la génération : suivant les uns, l'éléphantiasis des Grecs arrête toujours le développement des organes génitaux , lorsqu'il se déclare avant la puberté , et lorsque l'invasion de la maladie a lieu après cette époque, ces organes s'atrophient (J. Adams). Pallas affirme aussi que les Tartares, affectés d'éléphantiasis , montrent de l'éloignement pour les plaisirs vénériens. Cependant chez tous les malades que j'ai observés , les organes génitaux étaient assez bien développés; mais , d'un autre côté, aucun d'eux n'était tourmenté du libido inexplebilis, indiquépar plusieurs pathologistes comme un symptôme fréquent de l'éléphantiasis des Grecs. Nieburh rapporte qu'unjlépreux du lazaret de Bagdad, dévoré de désirs vénériens, parvint à communiquer sa maladie à une femme de la ville , qui fut ain.si admise avec lui au lazaret ; ce fait est évidemment inexact, car l'éléphantiasis n'est point contagieux. Toutefois Vidal et Joannis assurent avoir observé ce libido chez des matelots affectés d'éléphantiasis des Grecs.

Les organes de la locomotion , chez la plupart des malades , sont dans un état d'afl'aissement et de débilité remarquable; cependant ce phénomène n'est pas constant : si la maladie s'est déclarée avant la puberté, les sujets restent faibles et se déforment peu à peu: si au contraire le malade a déjà atteint l'âge adulte , et s'il est d'ailleurs bien constitué, la faiblesse musculaire n'arrive que progressivement , et suit la marche plus ou moins rapide du mal. Les lésions du système osseux , admises par plusieurs auteurs et niées par beaucoup d'autres, ne sont établies que par un seul fait consigné dans la dissertation de Ruette. En résumé , l'éléphantiasis des Grecs parait affecter spécialement la peau , les organes de la voix et de la respiration.

§ II. On n'observe que très-rarement l'éléphantiasis des Grecs en France, et les occasions de se livrer à des recherches anatomiques sur cette maladie sont plus rares encore. Toutes tendent à établir que les éléphantiques succombent presque toujours à des inflammations aiguës ou chroniques des organes de la voix , de la respiration et de la digestion. Ceci résulte au moins de trois observations que j'ai recueillies. Dans l'une d'elles , que je cite de préférence à cause de son extrême exactitude, MM. Gaide, Raisin et moi, nous nous assurâmes , par la dissection , que la teinte bronzée de la peau n'était pas due à une matière pigmentaire déposée à la surface du corps papillaire ; la couleur du derme était altérée dans toute son épaisseur , par suite de changemens éprouvés dans sa structure. L'épiderme ramolli dans les points correspondaus aux rides, s'enlevait facilement, mais non sous forme de membrane, comme dans l'état sain et après la macération ; mais bien sous celui d'une bouillie, comme cela a lieu souvent pour la membrane albide à la surface du corps papillaire. Incisée perpendiculairement à son épaisseur, la peau paraissait hypertrophiée, surtout sur les points tuberculeux; sur les parties latérales du menton , elle avait deux lignes au moins d'épaisseur. Quelques points du derme offraient de petits ramoUissemens superficiels ; la matière ramollie se détachait facilement eu grattant la surface de la peau avec un scalpel. Ces points ramoUis et ces petites ulcérations se voyaient principalement sur les ailes du nez. Il existait , en outre , une véritable ulcération à bords tranchés , irrégulièrement circonscrite sur un point du menton. Les ailes du nez étaient recouvertes d'une couche blanchâtre , produit de la sécrétion augmentée des follicules sébacés. Cette couche enlevée , on apercevait un grand nombre de points saillans d'un blanc nacré , continus à de petits prolongemens épidermiques qui, s'enfonçant dans la cavité des follicules, formaient de petits tuyaux que l'on pouvait extraire à l'aide d'une légère traction. Alors la peau paraissait comme perforée par une foule de petits conduits dans lesquels la tête d'une grosse épingle pénétrait facilement à une ligne environ de pi'ofondeur. La peau du front, des joues , ou des membres , présentait quelques points couverts de croûtes que surmontaient des tubercules ulcérés; le cerveau n'offrait aucune altération. Les fosses nasales réunies par la destruction presque complète de leur cloison, présentaient les altérations suivantes. La membrane muqueuse entièrement détruite dans quelques points, permettait de voir à nu les os du nez; ailleurs elle était enduite d'une couche mucoso-purulente assez épaisse; dans quelques points elle était blanjchâtre et ramollie, sur d'autres elle se détachait facilement en lambeau.x irréguliers et peu étendus; dépouillée de la couche mucoso-purulente , elle présentait un assez grand nombre de saillies mamelonnées dont on pouvait extraire de petits corps filiformes d'une demi-ligne à une ligne de longueur, formés très-probablement par l'humeur concrétée des follicules. La surface interne du larynx était tapissée par une couche assez épaisse de mucus purulent; au-dessous de cette couche, la membrane muqueuse , d'un blanc beaucoup plus mat que dans l'état normal , amincie dans presque toute son étendue, présentait une ulcération d'une ligne de largeur sur deux de longueur, qui laissait à nu le muscle crico-arythénoïdien du côte droit. Sur la face postérieure de Tépiglotte , existaient également de trèspetites ulcérations ; les bords et le sommet de ce fibro-cartilage, ulcérés dans toute leur étendue , avaient un aspect grisâtre ; vers la base de l'épiglotle, une petite quantité de matière noire était déposée dans l'épaisseur de la membrane

ÉLÉPHAWTIASÏS DES GRECS.

ELEPHANTIASIS DES GRECS,

i'mqiieuse du larynx, là où elle se continue avec celle du pharynx. La trachée 'était pas sensiblement enflammée; les bronches ne présentaient pas d'autres térations que la coramunicatiou de quelques-uns de ces petits tuyaux avec es cavernes tul>erculeuses. Le tissu cellulaire sous-cutanc de la partie antéeurc du côté droit du col était infiltré de pus; plusieurs ganglions du voinage étaient augmentés de volume, d'un gris jaunâtre, et plus mous que ins l'ctal naturel ; la glande thyroïde éiait moins colorée que dans l'état sain. Il giand nombre de petits tubercules , blanchâtres, granulés, de la grosseur un fort grain de millet, étaient répandus dans le lobe supérieur du poumon t oit , beaucoup plus malade que le gauche ; ces tubercules étaient plus nomreux à son sommet , qui présentait, en avant, une caverne dans laquelle irait pu loger un œuf de pigeon. Entre les tubeicules et quelques autres élites cavernes, le tissu du poumon d'un rouge brun était assez fortement duré. Le lobe inférieur présentait celte dernière altération. Un assez grand 3mbre de tubercules et quelques petites cavernes existaient dans le poumon niche, uni aux parois de la poitrine par de nombreuses adhérences celluuses , peu résistantes. A droite , quelques adhérences plus anciennes et plus ircs entre la plèvre costale et le poumon. La cavité de la plèvre contenait un tre environ d'un liquide séro-sanguinolent. Le cœur, mou, petit, ne prcsenil aucune autre altération. Deux ulcérations superficielles et ovalaires, d'une jne et demie, sur le bord gauche de la langue. La face antérieure du voile du alais était légèrement blanchâtre ; du côté gauche , ses bords étaient le siège ulcérations analogues à celles que j'ai dit exister sur Tépiglotte. La paroi ostérieure du pharynx offrait dans toute son étendue , mais principalement à i partie supérieure, une coloration d'un blanc mat, bien distincte de la cou- :ur rosée et normale de cet organe ; sur la surface libre de la membrane muueuse de cette région, on voyait de petits mamelons irréguliers, d'autant lus rapprochés qu'on les observait plus haut, plus rares inférieurement , se lontrant encore çà et l'a sur l'œsophage , et faisant au-dessus du niveau de la embrane muqueuse une saillie d'une ligne et demie environ. Ces mamelons aient dus à l'inégal épaississemcnt de la raembra)ae muqueuse, comme ou □ avait s'en convaincre en l'incisant perpendiculairement dans une certaine ngueur. Cette hypertrophie indurée et mamelonnée de la membrane uiuueuse était évidemment analogue à celle que présentait la peau. La memrane muqueuse de l'estomac, saine près de l'extrémité pylorique, trèsnincic près de son grand cul-de-sac, était entièrement détruite dans quelques oints. Des arborisations vasculaires assez prononcées se faisaient remarquer ans presque toute l'étendue de ce viscère et du canal intestinal. Celui-ci pré- ?ntait en outre trois ulcérations arrondies qui avaient détruit la membrane luqueuse dans toute son épaisseur : l'une située à quelques pouces du duodéum, l'autre à la partie inférieure de l'iléon, et la troisième à la partie moyenne u gros intestin. Sur la face cœcale de la valvule de Bauhin , existait encore une etite ulcération alongée moins profonde que les précédentes. La membrane luqueuse de la partie inférieure du gros intestin était, dans quelques points , lisiblement ramollie. Le foie était dans l'état naturel ;'ld vésicule biliaire était •ès-volumineuse et remplie de bile ; les reins n'offraient rien de particulier, es glandes du mésentère n'étaient point altérées; la vessie était dans l'état lin; la rate était grosse et de couleur bleuâtre; le pénis et les testicules meut des dimensions ordinaires ; la consistance de ces derniers était à peu rès la même que celle des ganglions de l'aine; leur couleur était d'un jaune run. Les ganglions inguinaux, très-gros, surtout ceux du côté gauche, avaient consistance et la couleur d'un foie gras.

§ in. J. Robinson , qui a observé l'éléphantiasis des Grecs à Calcula, en a jdmis deux espèces : l'une est l'éléphantiasis Zaiercu/eux, dont je viens d'ex- [oser les caractères I et II) : l'autre , caractérisée par des plaques fauves, irges, étendues, flétries , ridées , insensibles , accompagnées d'une légère desjuammation et d'une déformation particulière des pieds et des mains, se termine ar de larges ulcérations qui détachent des parties plus ou moins considérables des jiembres ; c'est l'éléphantiasis anaisthetos (qui ne sent pas) (d'« priv.; «(jfai/o^.xt, [entir) , et qui correspond au barras d'Aviceune , observé par Winterbotom.

§ l'V^. L'éléphantiasis des Grecs est aujourd'hui une maladie particulière aux égions équatoriales et tropicales ; plus commune chez les pauvres que chez les iches , elle affecte les indigènes, et les étrangers après un séjour plus ou moins onsidérable ; elle a été étudiée par Pockoke, dans l'Asie mineure ; parProsper l^lpin , MM. Desgenettes et Larrey, en Egypte; Bruce, en Abyssinie; Adams t Th. Heberden , à Madère ; Marsden , à Sumatra ; Marschal , à Ceyian ; Ro- )inson et Ansley, dans l'Inde; Bergeron , à Cayenne. On l'observe aux AnlUes , à St.-Domingue , à la Martinique , à la Nouvelle-Orléans ; à l'ouest de 'Afrique; dans les îles qui sont au sud-est de ce continent, à Bourbon, 'a j'Ile-de-France , à Madagascar ^ etc. De sorte qu'il paraît démontré qu'une [empérature élevée, jointe à de l'humidité et à de fréquentes variations atmosphériques , sont des conditions nécessaires ou au moins très-favorables à son léveloppement. Toutefois , cette maladie a été observée en France sur des Indigènes : MM. Valentin et Fodéré l'ont vue aux Martigues et à Vitrolles ; M. Delpech assure qu'elle se montre fréquemment dans le Roussillon , surtout jians les environs d'Elsne. Reste à déterminer si elle a pris naissance dans ces ocalités, ou si , comme tout porte à le croire , elle y a été transmise par hérédité. La même incertitude règne sur l'origine de l'éléphantiasis observé dans les plaines de Tarragone.

Il est d'autres conditions dont l'influence sur le développement de l'éléphantiasis des Grecs est moins évidente que celle des climats : les eaux croupissantes des marais , les chaleurs humides de l'automne , les lieux bas et mal aérés, la malpropreté , une mauvaise nourriture, l'exposition du corps aux

DiCT. DE MÉDECIME ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

pluies, etc. : toutes ces causes ne se trouvent-elles pas réunies dans des lieux où l'on n'a jamais observé l'éléphantiasis des Grecs?

A l'époque des Croisades, l'éléphantiasis des Grecs se répandit, en Europe, d'une manière très-remarquable , du moins si on en juge par le grand nombre d'asiles qui furent ouverts en faveur des malheureux qui en étaient atteints ( Rayer , art. Léproseries , Dictionnaire de médecine en 21 vol. ) Toutefois il ne faut pas oublier qu'on y recevait d'autres malades.

Arétée , Galien , Cullen, Forestus , Darvin , Pinel , ont avancé , sans preuves , que l'éléphantiasis des Grecs était contagieux. D'un autre côlé^ les faits observés dans l'Inde ])ar J. Robinson et Ainsley (Medic.-Ckir. irans.. vol. X); à Madère par J. Adams et Th. Heberden; ceux en petit nombre que j'ai moi-même recueillis en France, où j'ai vu des créoles élépliantiques vivre et habiter avec des familles nombreuses, sans jamais communiquer cette horrible maladie , prouvent , à n'en pas douter , que l'éléphantiasis des Grecs ne se transmet pas d'un individu malade à un individu sain. Un de mes élèves, M. Raisin fils , plusieurs fois et pendant plusieurs jours , à diverses reprises , a porté les habits d'un élépliantique , sans éprouver le plus léger dérangement dans sa santé. Aujourd'hui, tous les observateurs semblent s'accorder à regarder l'éléphantiasis des Grecs comme non contagieux.

Une foule de faits attestent que des Européens ont contracté cette maladie pendant leur séjour dans l'Inde ou aux Antilles. Des femmes atteintes de l'éléphantiasis des Grecs ont donné le jour à des enfans qui n'en ont jamais été affectés ; mais il n'est pas moins vrai qu'il peut être héréditaire. M. Alibert a vu deux femmes qui l'avaient reçu de leurs parens ; et, après de nombreuses observations faites au lazaret de Madère, J. Adams {Obs. on morbids poissons, etc., 2e édit. Lond. 1807,in-4o) et Th. Heberden ( Mcdic. transact. , vol. 1) pensent non-seulement que cette maladie peut être héréditaire, mais qu'elle se transmet quelquefois à plusieurs générations. Les recherches du docteur Ainsley , dans l'Inde, me confirment dans l'opinion de ces habiles observateurs.

Au lazaret de Funcahle , le plus grand nombre des individus affectés de l'éléphantiasis des Grecs n'avaient point encore atteint l'âge de la puberté. D'après les rapports de J. Adams , dans l'espace d'un siècle on y avait reçu cinq cent vingt-six hommes et seul.;ment trois cent soixante-treize femmes ; différence de près d'un tiers en faveur des premiers. Enfin, M. J. C. Soarès de Meirelles assure qu'au Brésil sur cent personnes attaquées d'éléphantiasis des Grecs , quatre-vingt-dix sont d'un tempérament sanguin ou bilioso-sanguiu. ( Diss. sur l'histoire de l'éléphantinsis , \n-\o. , Paris , 1827 .)

§ V. U importe de distinguer l'éléphantiasis des Grecs de l'éléphantiasis des Arabes, de la lèpre et des syphilides. Dans l'éléphantiasis des Arabes, la maladie ne débute jamais par la peau, car lorsqu'elle survient après un lichen confluent , ou un eczéma chronique, ces affections sont causes et non élcinens de l'éléphantiasis des Arabes : celui-ci se développe dans tous les pays; l'éléphantiasis des Grecs n'a jus((u'à présent été observé que chez des individus qui avaient été dans les colonies, ou qui étaient originaires des régions équatoriales ou qui l'avaient reçu de leurs parens (vojes Éléph.a.ktiasis des Arabes). Quant à la lèpre , elle est caractérisée par des plaques écailleuses d'assez grandes dimensions, arrondies, entourées d'un cercle rougeâlre et proéminent , déprimées à leur centre , éparses à la surface des tégumens , et n'a réellement aucune analogie avec l'éléphantiasis des Grecs ( voj ez Lèpre ). Enfin on a dit que l'éléphantiasis des Grecs n'était qu'une modification de la syphilis ; mais l'éléphantiasis a été observé dans une foule de cas, sans qu'on ait pu accuser d'infection vénérienne récente ou antérieure. D'ailleurs , les taches syphililiqucj ne présentent pas le même aspect que les taches de l'éléphantiasis des Grecs ; celles-ci sont d'un brun luisant, comme huileuses et accompagnées d'une sorte de boufiissure , et quelquefois d'insensibilité de la peau ; les tubercules syphilitiques, rouge , durs , violacés , développés dans le derme , disposés en cercle ou en groupes , et presque to'jjours consécutifs à une blennorrhagie , à des chancres , à des bubons , sont bien distincts des tubercules mous , fauves irréguliers , séparés par de profonds sillons, propres à l'éléphantiasis des Grecs. Enfin, dans les cas rares où l'éléphantiasis des Grecs n'est plus caractérisé par des taches et par des tubercules , mais par des ulcérations saillantes , fongueuses , sanieuses , reposant sur une base molle ; celles-ci ne sont pas moins distinctes des ulcérations syphilitiques, ordinairement faciles à reconnaître à leurs bords indurés , taillés à pic, irréguliers , et à leur surface grisâtre plus ou moins profonde (yoj-ezSYPinuDEs). Les tubercules du cancer de la peau et ceux du lupus ne peuvent être confondus avec ceux de l'éléphantiasis. Les premiers et les seconds ne sont point accompagnés de la chute des poils , du développement de tubercules à la voûte palatine, de l'altération de la voix; ils ont en outre des caractères particuliers, bien constaus , etdislincts de ceux de l'éléphantiasis des Grecs. { Voyez Cancer de la peau , Lupus. )

§ VI. La gravité de l'éléphantiasis des Grec? a été signalée par tous les auteurs qui l'ont décrit, depuis Arétée. Malgré les éloges donnés à certains médicamens , presque tous les cas bien observés tendent à démontrer l'incurabilité de cette affection. Les sujets atteints avant l'âge de la puberté meurent ordinairement avant vingt ou vingt-cinq ans; quant à ceux qui l'ont contracté dans l'âge adulte, ils peuvent traîner une existence pénible plus ou moins longtemps. On en a vu porter plus de vingt ans cette maladie , sans dérangement notable des principales fonctions. Mais ce qui paraît constant et qui ne doit jamais être oublié des thérapeulistes , c'est que les malades périssmt presque toujours à la suite d'inflammations des organes de la voix, de la respiration

ou de la digestion. . . .

§ VII. Dans le traitement de l'éléphantiasis des Grecs, on doit avoir principalement pour but de modifier la nutrition, de chercher à prévenu- le dcve-

ELEPHANTI ASIS DES GRECS.

EMANATIONS.

loppement des tubercules , d'obtenir la résolution des taches et des tubercules exislans , la cicatrisation des ulcérations lorsqu'il s'en estformé , etde prévenir ou d'arrêter les progrès des inflammations chroniques du larynx, des poumons, de l'estomac et de l'intestin, lorsqu'elles existent. Pour atteindre ce but, l'émigration a été conseillée ; un assez grand nombre d'individus atteints de cette maladie sous les régions équatoriales , se sont rendus en France ou en Angleterre , sans y éprouver le plus léger soulagement. Aux Antilles , les médecins envoient les éléphantiques dans l'iledela Désirade, remarquable par la douceur de son climat et la saveur de ses fruits, dans l'espérance que sous cette double influence la constitution des malades sera avantageusement modifiée et le mal ralenti dans ses progrès.

Les éléphantiques doivent changer fréquemment de linge , se livrer à de légers exercices et se tenir dans la plus grande propreté : leur moral doit être soutenu par des soins assidus et dévoués. Indépendamment de l'altération de la peau , quelques malades offrent des symptômes non équivoques d'inflammation chronique du pharynx, de l'estomac, du larynx, de la trachée et quelquefois des poumons : ceux-la doivent être mis à la diète lactée , aux boissons douces et mucilagineuses , à la diète blanche, et , si l'on veut, à l'usage des bouillons de tortue , de veau , de poulet , de vipère , de lézard , etc. Quant aux propriétés spécifiques de la vipère , elles ne sont réellement fondées que sur un rapprochement plus bizarre qu'ingénieux. ( Hcberden, Transact. du collège des chirurg. de Londres. )

D'autres éléphantiques n'offrent point de signes de lésions graves du larynx, de la trachée, des poumons , de l'intestin. On examinera s'il convient mieux de leur conseiller uniquement un régime de vie doux et régulier plutôt que de les soumettre à l'action de moyens énergiques , souvent incertains dans leurs effets primitifs et quelquefois dangereux dans leurs effets secondaires ou éloignés. On réfléchira s'il est indifférent de mettre à l'usage de la teinture de cantharides, des préparations arsénicales, des décoctions de daphne mesereum j etc., des malades que l'observation la plus constante a démontré succomber , eu général , fort jeunes , à des inflammations gastro-pulmonaires.

C'est des travaux des médecins des Colonies que la science attend de nouvelles lumières sur l'éléphantiasis des Grecs ; et c'est pour eux aussi que j'indique ici quelques essais thérapeutiques faits contre cette maladie.

Les médecins indiens ont indiqué Yasclepias giganlea comme une sorte de spécifique. Playfair ( Transact. de la Société Médicale de Calcutta , t. 1, p. 77) a publié sur cette plante des détails intéressans ; et Robinson ( Transact. med. chirurg. de Londres , partie) pense qu'elle peut être utile dans l'éléphantiasis analslhetos.

La salsepareille et la squine ont été préconisées (De Pons). Th. Heberden rapporte l'observation d'un malade de l'ile de Madère, atteint d'éléphantiasis des Grecs , qui en fut guéri par un électuaire dont la squine formait la base et par l'emploi des cautères et des frictions ammoniacales.

On peut détruire les tubercules et les taches par la cautérisation, lox'squ'ils sont peu nombreux; mais presque toujours de nouveaux tubercules ne tardent pas à se développer sur d'autres points. On a essayé d'obtenir la résolution de ces petites tumeurs à l'aide de douches sulfureuses, de douches de vapeur ou d'eau de mer, de frictions ammoniacales , etc. ; toutes ces tentatives n'ont eu encore que des résultats fort équivoques. Les bains , recommandés par quelques auteurs , ont été rejetés par Wallesius et M. Cassan. S. Robinson a recommandé l'emploi des vésicatoires sur les plaques insensibles de l'éléphantiasis anaisthetos. Le deuto-chlorure de mercure à l'intérieur et les frictions mercurielles ont été employés sans succès. On a beaucoup vanté les préparations arsénicales pour obtenir la résolution des tubercules de l'éléphantiasis. Ces préparations ont été employées sous diverses formes et à doses variées ( Robinson , Horace Haymon 'Wilson ). A la suite de ces tentatives , quelquefois on a vu la fièvre s'allumer et les malades dépérir et succomber. Chez deux malades , suivis par M. Raisin avec un soiu particulier , les piilules asiatiques , employées momentanément, furent suspendues au bout de peu de temps, à cause de l'irritation de la membrane gastro-intestinale qu'elles avaient provoquée , sans avoir amélioré aucun symptôme du mal contre lequel elles avaient été dirigées. (^Fojez Arsemic. ) Enfin, MM. Alibert et de Gaynac assurent avoir essayé avec succès l'hydrochlorate d'or chez un jeune homme atteint d'éléphantiasis.

Arétcc. De signis el causis diuturn. morborum, lib. 1 , cap. 13.

Sa description de l'éléphantiasis des Grecs , dépouillée des mctapliores qui robscurcïssent est encore aujourd'hui un des tableaux les plus frappans que nous possédions de ceUe maladie. Scliiiling. De Lcpra commcnlationes. Lug. Batav., 1758 , in-8.

Bonet. Medicina septentrionalis coUectitia. 1787, in-fol., t. 2, lib, 6, figures 4, 5 et 6. Ces deux auteurs ont donné de mauvaises figures de l'éléphantiasis des Grecs. Raymond. Histoire de l'éléplian Jasis , etc, Lausanne , 1767 , in-12.

Cet auteur a confondu .";ous le nom A'èléphanliasis plusieurs maladies distinctes : l'éléphan- Irasis des Grecs, la lèpre, l'éléphantiasis des Arabes , la syphilide tuberculeuse , et quelques autres affections de la peau. Le caractère de l'éléphantiasis des Grecs n'est pas très-clairement exprimé dans les deuj observations rapportées par Kuette [Essai sur l'Eléphantiasis et les Maladies lépreuses. Paris, 1802, in-8 ), qui ne paraît pas avoir distingué l'éléphantiasis des Grecs , de la lèpre et de l'éléphantiasis des Arabes. Les observations de iVl. Goguelin (Bulletin de la Faculté de Médecine de Paris , t. 2 , p. 91); celles de M. Alibert {Description des Maladies de la Peau observées à l'hôpital Saint-Louis. Paris, 1806 et 1818); de MM. Lawrence et Southey ( Two cases of the true elephantiasis , Médico-chirurgical transactions, London , 1815, in-8, vol. 6 ) ; de M. Rayer ( Traité théoricjue et pratique des Maladies de la Peau, t. 1 , p. 667 ), et celles de M. Cajenavc {Considérations sur l'Éphantiasis des Grecs, Journal hebdomadaire , t. 3, p. 146. — t. 4 , p. 45 ), de M. J.-A. Raisin , Essai sur l'Eléphantiasis des Grecs. Paris, 1829, in-4) etc., sont plus détaillées et plus exactes. (Ployez U\h DE CA.ÏENNE.) P. Ra.YER.

ELIXIR . Elixirium, terme de pharmacie donné en général à des médicamens alcoholiques auxquels les inventeurs attribuaient de grandes propriétés. Ce mot paraît dérive de l'arabe alechsiro , qui dénote une extraction lente et prolongée , ou A'elixus , cuit , exprimé. Dans la Pharmacopée raisonnee, ce terme est appliqué spécialement aux alcoholés sucrés médicamenteux ; ceux d'entre eux qui sont purement des Uqueurs agréables , destinées à l'usage de la table , portent le nom de ratafias. Ainsi, dans notre classification , les élixirs et les ratafias forment une section des alcoholés , caractérisée par la présence d'une quantité plus ou moins considérable de sucre. Les seules compositions de ce genre qu'il convienne de rappeler ici sont le ratafia de capillaire composé ou l'clixir de Garus , Vélixir de gajac et de salsepareille composé (élixir antigoutteux de Vilette), Vélixir de quinquina etde safran composé (liqueur dorée ), Vélixir de quinquina et de cascarille éljiéré ( élixir de Chaussier contre le typhus); enfin Véltxir de scammonée (sirop de scammonée du Codex). Les médicamens connus sous les noms d'élixirs de longue vie , parégorique , de propriété, vilriolique de Mjnsicht , etc., appartiennent à différentes sections de TEINTURES ALCOHOLiQOEs et scront mentionnés ou décrits à cet article.

, GuiBOURT.

EMANATIONS; de enianare , provenir, tirer son origine. L'acception attribuée au mot émanation par les uns , est précisément celle que d'autres donnent à celui de miasmes , et d'autres encore à ceux d'exhalaisons ou d'e/fluves. Libre , par cette confusion , d'accepter telle des définitions antérieures qui me conviendra le mieux , je prendrai la plus générale. De la sorte, je pourrai faire , en procédant par voie de généralisation et d'analyse , un résumé des connaissances Aci\M%&s,ivxx les substances qui, par leur effusion dans L'atmosphère, allèrent sa pureté.

Ces substances , comme tous les autres modificateurs , soulèvent d'abord cette question pratique : Que doit-on faire à leur égard ? Pour la résoudre il faut les étudier en elles-mêmes , et les suivre dans leur action. C'est ce que nous ferons dans les deux premières parties de cet article. La troisième sera consacrée aux règles hygiéniques qui découlent des faits exposés dans les deux autres.

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