Première partie. — Des émanations considérées en elles-mêmes
La production , la nature et l'effusion des e'manations , tel est le triple rapport sous lequel nous les étudierons dans cette première partie. Les détails qu'elle offrira pourront d'abord paraître d'un intérêt pratique assez médiocre j mais quand, dans les deux autres parties, et surtout dans la dernière, on verra qu'on ne peut , sans savoir d'où viennent les émanations , ce qu'elles sont et où elles vont, y rattacher la moindre règle pratique , on comprendra pourquoi leur production , leur nature et leur effusion ont dû nous occuper d'abord.
Considérées dans leur mode de production , le seul rapport d'après lequel on puisse les classer, les émanations forment trois groupes. Les unes provieunent d'une élimination moléculaire , d'une sorte d'évaporation , et présentent nécessairement comme caractère spécial d'être de même nature que le corps dont elles émanent. Les secondes résultent d'une décomposition, et doivent avoir pour caractère propre d'être d'une nature autre que celles des corps dont elles proviennent, les troisièmes, enfin , ont été exhalées par des êtres vivans, végétaux ou animaux. Ainsi donc, élimination, décomposition, exhalation, voilà les trois seuls modes suivant lesquels les émanations sont produites , les caractères spéciaux des trois classes où nous allons les ranger.
Première classe d'émanations. — Elle comprend toutes celles qui résultent d'une élimination moléculaire.
Le calorique parait être le seul agent de cette élimination. Tous les corps, et plus évidemment les fluides, la subissent. Souvent on ne la reconnaît qu'à la réduction de leur masse. Quelques-unes de ces émanations , la vapeur d'eau par exemple , peuvent être réduites et saisies. D'autres ne se manifestent qu'à l'odorat. C'est le cas de la plupart des émanations odorantes , ou odeurs. Il en est enfin plusieurs qui seraient complètement ignorées sans les maladies qu'elles développent. Telles sont les émanations mercurielles et saturnines. Il est probable que , si l'on pouvait toujours rattacher les maladies aux agens qui les produisent, on verrait se grossir beaucoup le chapitre de ces émanations. ( Fojez , pour la vapeur d'eau, l'article Air. Fojez aussi les articles Plomb et Mercure. )
Deuxième classe d'émanations. — Celles-ci proviennent toutes de décompositions. Nous en formerons trois séries : !<> décompositions géologiques : elle* s'opèrent dans l'intérieur du globe , et ne nous sont connues que par plusieurs de leurs produits ; 2° décompositions volontairement ou accidentellement produites , soit par des réactifs , soit par le feu , dans les opérations chimiques ou industrielles ; 3» décompositions par les fermentations. Ces trois séries vont être pas être passées en revue.
§ I=r. Décompositions géologiques. — Elles se passent loin de nos yeux. Quelque gaz , reconnus à leur sortie du sol , les révèlent. C'est l'azote , qui s'échappe de terre avec plusieurs eaux minérales sulfureuses et acidulés, comme l'a prouvé M. Anglada : c'est l'acide hyro-sulfurique, qui sort de même avec certaines eaux , et qui s'épanche dans quelques mines , comme dans les salines de Bex en Suisse ; c'est l'acide bydro-chlorique qui s'élève des fentes et du cratère du Vésuve et d'autres volcans ; l'acide sulfureux , qui émane en abondance de ceux qui sont en activité , et d'un grand nombre de soufrières : c'est l'hydrogène et surtout l'hydrogène proto-carboné, qui se dégage des mines de houille , qui, mêlé à une quantité variable d'azote et d'acide carbonique , constitue le terrible grisou des mineurs; qui s'échappe du sol dans une
ÉMANATIONS
ÉMANATIONS
nultitude de localités , et donne lieu , quand il est enflammé , aux fontaines irdentes , aux feux naturels, etc., etc. ; qui , mélangé avec de l'acide carbolique , s'élance , sans inflammations , des salzes ou volcans gazeux : c'est enfin 'acide carbonique , qui forme l'atmosphère d'une foule de puits , de grottes , le cavités souterraines , et qui sort de terre avec un grand nombre d'eaux.
Je n'ai cité que les gaz saisis ; mais quand on considère l'impuissance de la :bimie sur la plupart des émanations, la facilité avec laquelle certains gaz , l'acide carbonique et l'hydrogène carboné par exemple , s'échappent de terre, jien que celle-ci ne présente ni trou ni fissure , on doit se demauder si les ;manalions , venant de l'intérieurdu globe, ne seraient pas la cause inconnue de ijuclques-unes de ces épidémies dont la source reste ignorée. Il serait intéresant de rechercher s'il est historiquement vrai que des épidémies graves et brt étendues ont suivi les grands tremblemens de terre , comme plusieurs lUteiirs , Astruc entre autres , l'ont prétendu.
S II. Décompositions volontairement ou accidentellement produites par les éaclifs ou lejeudans les opérations chimiques ou industrielles . — Tous les gaz :onnus peuvent être produits expérimentalement. Beaucoup le sont dans des ipérations industrielles. Nous citerons seulement le deutoxide d'azote et l'acide litreux, qui se dégagent dans les ateliers où certains métaux , le cuivre ou le nercure par exemple , sont mis en contact avec l'eau forte ; l'acide carbonique [ui s'échappe abondamment des fours à chaux , etc. ; et le chlore , l'acide sulureux, l'acide carbonique , l'hydrogène sulfuré , etc., qui chargent l'atmophèredes fabriques de soude artificielle, d'acides, d'eau de javelle, d'eaux uinérales, de certaines blanchisseries, etc., etc.
Les émanations connues des foyers de combustion varient suivant le combusible. Quand on brûle de la houille , c'est de l'hydrogène carboné mêlé d'un leu de carbone , d'acide carbonique et d'acide sulfureux. Le charbon de bois lonne d'abord de l'hydrogène carboné, et sur la fin de l'acide carbonique. Ce iernier gaz est presque exclusivement dégagé dans la combustion de la braise, e la tourbe carbonisée et du coke. Pendant celle du bois , c'est de l'hydroène carboné , mêlé à une fumée composée de substances diverses, j §111. Décompositions produites par les fermentations. — Nous passerons , Lns nous y arrêter, sur les fermentations alcoholique et acéteuse , qui ne palissent donner à l'atmosphère que de l'acide carbonique , pour ménager l'esace à la fermentation putride , source la plus abondante des émanations les lus actives. Celles-ci vont être examinées sous le triple point de vue de leur réduction , de leur nature et de leur effusion.
Production des émanations putrides. — Pour qu'il y ait putréfaction , et , artant , création d'émanations putrides , il faut non-seulement que des maères végétales et animales soient privées de la vie, mais encore qu'elles soient jumises à l'action : 1" d'une chaleur qui ne soit pas excessive ; 2« d'une cerline humidité ; 3° de l'air atmosphérique. C'est ce que l'expérience et l'obseration ont prouvé.
Les foyers de putréfaction qu'on trouve à la surface du globe sont nombreux. iCs uns ne se composent que de matières végétales , d'autres ne présentent ue des matières animales ; d'autres enfin offrent un mélange dans une proporon quelconque de matières végétales et animales.
ILes foyers purement végétaux sont en petit nombre. Les plus notables sont i:s silos où l'air est généralement chargé de beaucoup d'acide carbonique. Il Ut y joindre tous les grands amas d herbes desséchées, comme fourrages, uand elles sont soumises aux causes de la fermentation , et particulièrement à bumidité.
Les foyers purement animaux sont les cimetières et tous les lieux d'inhumaon, les amphithéâtres de dissection, les champs de bataille, les voiries où l'on spose les animaux morts , les fosses d'aisance , et généralement tous les dé- Hs de matières fécales et d'urine ; les fabriques de poudrette , les boyaudees , etc.
Les foyers composés à la fois de matières végétales et animales sont les plus jmbreux de tous ceux qui causent l'insalubrité d'une foule de pays, et iveloppent les épidémies les plus graves. Généralement les matières végétales dominent. 'Voici les principaux de ces foyers.
"La terre végétale , surtout quand elle est chargée d'engrais, ou de débris igétaux accumulés par le temps , comme dans les pays vierges de culture. Les arais iaZa«5 , particulièrement ceux qui ont été mal construits et sont mal itretcnus. Les côtes basses et peu inclinées j à cause des eaux que les marées laissent et des matières fermentescibles qu'elles y apportent ou qu'elles y ncontrent. Cette cause est particulièrement celle qui rend insalubres tant de ites et de villes maritimes , les Antilles, la 'V'era-Crux , Bender-Abassi , un ■and nombre de point du littoral de l'Adriatique, certaines parties de la orse , etc., etc. Il paraîtrait établi , tant par des expériences directes que par ;s faits observés sur les côtes de Provence et d'Italie , que le mélange des lUX de la mer et de l'eau douce détermine une infection beaucoup plus consiirable que lorsque ces mêmes eaux stagnent isolées ( voir l'ouvrage de '.. Monfalcon sur les marais , p. 70). Les marais d'eau douce : ce sont eux qui indent si malsaines les rives des fleuves , des rivières et des ruisseaux sujets à I déborder ; les pays où le sol , vu sa nature et son inclinaison , ne peut ni )sorber les eaux pluviales, ni en permettre l'écoulement. Ces marais causent nsalubrité , en Afrique, de toute la portion de ses côtes occidentales qui est
Iilre la rivière du Sénégal et la Cafrerie, de la Basse-Égypte après la retraite i Nil , de Madagascar, etc.; en Amérique, de Cayenne , des bords du Misssipi et de l'Orénoque , des savannes de Missouri , des ilanos de Garais , etc., etc. ; en Asie , des plaines du Bengale , des environs de l'Euphrate , 4 Gange , etc., etc. 5 en Europe, du voisinage de Rome et de Mantoue, de la
Sardaigne , de quelques points de la Corse ; et enfin , en France , de la plaine du Forez, de la Brenne , de la Bresse , de la Sologne , etc., etc.
Doivent être assimilés aux marais salans la cale des vaisseaux , et à ceux d'eau douce les canaux mal entretenus , où la vase croupit pendant une partie de l'année ; certains fossés , et particulièrement ceux qui entourent quelques villes fortifiées ; les terrains que l'on inonde volontairement, soit comme moyen de défense , soit pour la culture du riz, soit pour tout autre motif , les eaux stagnantes ou courantes dans lesquelles on fait rouir le chanvre, et enfin les rues et les routes converties en une boue noire et infecte par les eaux pluviales et ménagères, les roues des voitures, les pieds des hommes et des chevaux.
Le mélange des matières végétales et animales se rencontre encore dans les égouts, les puisards, les dépôts d'immondices, les trous de fumier, les étables , etc., etc.
Tous ces foyers ne présentent pas , il s'en faut , une activité constante et toujours égale. La décomposition y est tantôt moins et tantôt plus rapide. On la voit s'y suspendre et puis recommencer. A quelle cause cette inégalité ? à quelle cause celte suspension ?
Régie générale : deux des conditions de la fermentation existassent-elles dans foute leur intensité, si la troisième manque, la putréfaction est impossible.
Règle générale encore : la putréfaction est , toutes choses égales d'ailleurs , en raison directe de l'intensité ou de l'abondance de ses agens, c'est-à-dire du calorique , de l'eau et de l'air , ou même d'un seul de ses agens , particulièrement du calorique et de l'eau.
Ces deux règles donnent, comme nous allons le voir, la clef de toutes les inégalités et intermittences que présentent les foyers de fermentation.
C'est parce que deux des conditions de la fermentation, l'humidité et la chaleur, manquent dans la congélation, que les substances congelées se conservent , et que pendant l'hiver le voisinage des marais est généralement sans danger.
C'est parce que, tout égal d'ailleurs , l'activité de la putréfaction est en raison directe de la chaleur , que les marais immenses du nord de l'Europe , de la Russie , de la Lithuanie , ont à peine quelque influence sur la santé , et ne paraissent en avoir aucune sur la durée de la vie , que, dans les pays tempérés, au printemps , les marais ne communiquent à l'atmosphère que de l'humidité , et qu'après l'automne , les fièvres qu'ils causaient cessent de se renouveler ; qu'à Rome , et partout où le veut du nord est le moins chaud , il en réduit le nombre ; que les marais des régions équinoxiales ofi'rent tant de dangers; que l'Afrique occidentale est le pays le plus malsain du globe ; que l'insalubrité est si grande à la Guyane , au Bengale , à Batavia , et autres lieux placés sous les tropiques , que les dépôts d'immondices , les voiries d'animaux, les marais, et en général tous les foyers de putréfaction, répandent tant d'odeur et de maladies en été et en automne , et que par le vent du sud les maladies miasmatiques s'accroissent généralement en nombre et en intensité.
C'est parce que l'humidité est essentielle à la putréfaction que les viandes desséchées se conservent; que les chaleurs excessives empêchent, en opérant la dessiccation des corps, leur décomposition ; que le Sénégal est presque salubre quand le soleil ayant complètement desséché ses terrains et ses marais, ils ne présentent plus qu'une croûte épaisse et solide; que, par contre, lorsque la saison des pluies arrive en ce pays, et vient , en détrempant la vase, rendre à la putréfaction l'agent qui lui manquait, les maladies arrivent avec elle; que dans toutes les contrées marécageuses pareille chose s'observe quand, en été, viennent quelques pluies abondantes, surtout après une assez longue sécheresse; que, de toutes les constitutions atmosphériques, l'air chauti et humide est le plus favorable à la putréfaction ; et qu'enfin les localités les plus malsaines ne sont pas celles où il y a en abondance des matières fermentescibles, mais celles où ces matières rencontrent de l'eau.
C'est parce que la présence de l'air, pour être moins indispensable à la putréfaction , lui est cependant nécessaire, que les cadavres retenus au fond de l'eau passent à l'état gras plutôt qu'ils ne se pourrissent; que les maladies sont beaucoup plus rares en Égypte lorsque le Nil débordé couvre la vallée qu'il parcourt; qu'il en est de même dans l'Afrique occidentale , lorsqu'après la saison des pluies le sol a presque disparu sous les eaux; que les lacs et les étangs dont la vase est couverte d'une couche épaisse de liquide , sont moins insalubres que les marais ; que tout le contraire a lieu lorsqu'après sa retraite le Nil laisse exposé à l'air et au soleil un limon noir et épais, des débris de végétaux et des cadavres nombreux d'hommes et d'animaux ; lorsqu'après la saison des pluies en Afrique, au Bengale, etc. , le sol commence à se dépouiller de ses eaux; quand en Hollande, à Batavia et ailleurs, les canaux se tarissent; quand on procède au dessèchement des marais ; lorsque la marée basse laisse à nu dans les ports et sur les côtes des immondices et des débris de toute sorte ; lorsqu'on procède aux exhumations , et enfin toutes les fois que l'obstacle interposé entre le corps putréfiable et l'air disparaît.
Nature des émanations putrides. — L'analyse directe de l'air n'a presque rien appris sur la nature des émanations putrides. Elle a fait seulement reconnaître quelques gaz , dans l'atmosphère de quelques lieux circonscrits : c'est de l'acide carbonique dans les silos ; de l'ammoniaque ou de l'acide hydro-sulfurique, de l'hydrosulfate d'ammoniaque et de l'azote dans les fosses d'aisance et les égouts ; de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné au fond de certains puits creusés dans des terrains de remblai ; c'est enfin un peu d'acide carbonique, trouvé par Guyton-Morvcau , dans l'air de vases où il avait fait pourrir de la viande crue, èt du sous-carbonate d'ammoniaque reconnu dans celui des étables par M. Julia.
lÉMANATIONS.
ÉMANATIONS
Là se borne tout ce que l'analyse directe de l'air a appris sur les émanations putrides : c'est en vain qu'on a soumis à celle analyse les atmosphères les plus fétides, celles des amphithéâtres de dissection , des voiries , des hôpitaux , des marais, etc. ; elle n'y a^ien trouvé.
Ne découvrant rien dans l'air, elle s'est exercée sur les gaz qui s'échappent en grosses bulles du fond des marais, recueillis avantleur mélange avec lui. Elle a trouvé qu'ils sont le plus communément composés de quatre-vingt-six parties d'hydrogène proto-carboné et de quatorze d'azote ; qu'ils contiennent assez souvent une petite quantité d'acide carbonique et quelquefois d'oxigène. Indépendamment des notions fournies par les analyses , l'hydrogène carboné a été signalé par sa combuslion à sa sortie de l'eau et de la fange des marais ; l'acide bydrosulfurique par son odeur et l'altération que les métaux éprouvent dans l'atmosphère d'une foule de foyers ; l'acide carbonique par l'afTaiblissement lies lumières, particulièrement dans la cale et le faux pont des navires. On a présumé que les feux follets observés dans quelques cimetières, résultaient du dégagement de l'hydrogène perphospliorc.
L'humidité atmosphérique condensé a fourni h l'analyse quelques résultats qu'en opérant à l'atmosphère lui-même on n'a pu encore obtenir. Moscuti a vu on suspension, dans de l'eau recueillie de l'atmosphère des rizières et de celle du grand Hôtel-Dieu de Milan , une matière floconneuse qui répandait une odeur cadavérique. Gunlz a trouvé une odeur semblable aux vapeurs condensées de portions putréfiées de cadavre. Brocchi et Rigaud de Lisle ont constaté dans la rosée des marais Pontins un dépôt floconneux de matière animale. Cette rosée, analysée par Vauquelin , lui a présenté quelques sels à base de soude et d'ammoniaque et une petite quantité de matière animale. Des analyses faites depuis par MM. Rigaud et Julia offrent à peu près les mêmes résultats. Ces recherches n'apprennent rien sans doute s\ir la nature des émanalions; mais elles en indiquent le véhicule probable, et c'est ce qui lui donne une certaine valeur.
Quelques gaz dans certaines atmosphères et un peu de matière animale dans l'humidité de quelques autres, voilà donc tout ce que la chimie a pu saisir des produits volatils de la puti éfaction Nos sens et une multitude de maladies montrent assez que les plus abondans et surtout les plus importans de ces ))roduits lui ont échappé. Ils contribuent encore à nous apprendre que la nature des émanations , qui d'ailleurs reste inconnue , est loin d'être identique, et que leur odeur ne saurait servir de mesure à leur activité.
Non, malgré ce qu'ont pu dire quelques auteurs , les émanations ne sauraient Être identiques. Celles que la chimie a constatées ne le sont pas; les autres ne peuvent l'être. Des foyers où rien ne se ressemble , qui contiennent les uns des substances animales , les autres des substances végétales , de l'eau douce ou de l'eau de mer, des cadavres humains ou quelques fourrages avariés , etc. , ne peuvent verser dans l'air des émanations de même nature. Elles ne sauraient être identiques celles qui présentent des odeurs si variées, si opposées; qui causent des maladies si différentes , qui développent en Égypte la peste , aux Antilles la fièvre jaune, aux Indes le choléra, en Italie les fièvres pernicieuses, ici le scorbut, ailleurs la dyssenlerie , etc. On peut donc, sans se montrer facile, admettre comme démontré que ces émanations qu'on ne voit pas , qu'on ne connaît pas, présentent, quanta leur nature, des différences infinies.
Effusion et dffusion des émanations putrides. — Quoique formées, elles peuvent être long-temps retenues dans le sol avant de se répandre. Celui des vieux cimetières en est en quelque sorte saturé. Il les retient tant qu'on ne l'ouvre pas ; aussitôt qu'il est ouvert , des maladies , comme on l'a vu à Riom , Ambert, Lectoure, etc. , se développent. Pareille chose a lieu quand on livre à la charrue des terrains vierges , ou le sol d'anciens marais récemment desséchés.
Un fait qui mérite attention , c'est la coïncidence, signalée par tous les auteurs, entre la manifestation de l'humidité atmosphérique et celle des émanations. Elles paraissent et disparaissent en même temps ; les causes qui rendent l'une sensible produisent le même effet sur les autres. C'est au milieu du jour, alors que l'air, grâce à l'élévation du soleil, offre le moins d'humidité, que les émanations présentent aussi le moins d'odeur et de danger. C'est surtout le soir , la nuit , le matin , quand , par l'abaissement de la température , l'eau contenue dans l'air se condense en brouillard ou en rosée, que les émanations frappent l'odorat et altèrent la santé. Ne résulte-t-il pas de ces faits et des expériences rapportées plus haut sur l'humidité des atmosphères malsaines que ce n'est pas précisément à l'air , mais à l'eau qu'il contient , que les émanations sont unies, et que conséquemment celle-ci en est le véritable véhicule?
La dispersion des émanations présente une foule de variétés. Cependant on peut dire , en thèse générale , que les inconvéniens d'un foyer sont d'autant moindres qu'on s'en éloigne plus. Mais de suite il faut ajouter que les vents, la conformation du sol et peut-être d'autres circonstances actuellement inconnues, étendent plus ou moins ce rayon d'activité, et l'élendent souvent beaucoup plus dans un sens que dans l'autre. Quand le foyer existe dans un lieu circonscrit, son rayon d'activité n'en dépasse pas les limites. Si c'est au fond d'une vallée encaissée par des montagnes, comme le bassin du Forez, ce rayon s'y renferme. Par un temps calme il est plus court; les vents peuvent lui donner dans une direction une longueur considérable. L'odeur de tourbe brûlée qu'exhalent les marais de Westphalie s'est, dit-on, fait sentir jusqu'à Bruxelles , Liège et Paris. Quand les miasmes sont entraînés de la sorte, les localités qui se trouvent sous le vent de leur foyer en éprouvent seules l'influence. Une montagne, une foiêt peuvent couper la route, arrêter ou détourner le cours des émanations. C'est ainsi qu Rome, au rapport de Lancisi, n'est devenue insalubre que depuis la coupe d'une forêt épaisse qui la préser-
vait du vent des marais Pontins. Je pourrais multiplier de semblables exemples, mais l'espace me manque et la matière ne les exige pas.
Généralement on admet que les émanations qui s'épanchent dans l'air libre tencrent plus à s'élever qu'à s'étendre. On évalue que, par un temps calme, elles ne dépassent pas quatre ou cinq cents mètres dans leur élévation et trois ou quatre cents au large. Cette évaluation, qui me paraît avoir le tort d'être trop générale, est basée, je crois, sur les observations de M. Rigaud faites aux marais pontins. Ce savant a constaté que Sezze , dont l'élévation est de 306 mètres, est tout-à-fait exempt de leurs atteintes. M. de Humboldt regarde la ferme de l'Encéro, située au-dessus de la Vera-Cruz à 928 uiètres de hauteur, comme marquant la limite supérieure de la fièvre jaune dans ces contrées. Au surplus, cette loi, par laquelle l'insalubrité , dans les lieux d'infection , est d'autant moindre qu'on s'élève plus , rencontre des faits assez nombreux qui paraissent la contredire. En Bresse, par exemple , les hauteurs sont généralement regardées comme plus insalubres que les lieux bas.
Ce qui vient d'être dit de l'effusion et de la diffusion des miasmes putrides peut s'appliquer à toutes les émanations.
Troisième classe d'émanations. — Elle comprend celles qui sont exhalées par des êtres vivans , végétaux ou animaux, sains ou malades.
Beaucoup de végétaux exhalent des émanations odorantes. Quelques-uni, comme le mancenillier, le rhus toxicodendron , l'upas tieuté, etc., en laissent échapper qui sont réputées dangereuses. Ces émanations, que nous notons ici pour mémoire, ne nous occuperont pas.
Nous ferons de même pour les émanations des animaux sains et malades. Elles passent généralement pour être sans action sur l'homme. Un fait rapporté par M. Decazis dans la Rei/ue médicale (septembre 1827) semble cependant démentir cette opinion.
L'homme , considéré comme foyer d'émanations, les exhale par ses surfaces, et plus spécialement par les voies pulmonaires et la peau. L'exhalation qui les produit n'est pas à beaucoup près également active chez tous, ni chez le même individu à des époques différentes , et par ses diverses surfaces. En tête des influences qui tendent à l'accroître, on doit mettre la chaleur du dehors et tout ce qui accélère sa production intérieure. On doit y ajouter un grand nombre de maladies et particulièrement celles qui paraissent nécessiter une dépuration. La chimie n'a rien appris sur ces émanations , sinon qu'en recueillant l'humidité atmosphérique, on peut en saisir quelques traces. C'est l'odorat et les maladies qu'elles causent qui ont appris le peu qu'on connaît sur elles. Il est certain que leur nature est diverse. Elles ne sauraient être identiques, sortant d'individus qui présentent des conditions organiques si différentes , affectant l'odorat de manières si variées , se présentant ici avec une influence presque nulle, là avec une activité effrayante et produisant des effets si opposés. Règle générale : leur action est beaucoup moindre quand elles viennent d'individus sains que lorsque c'est d'hommes détériorés ou malades. Les grandes épidémies causées par ces émanations se sont montrées surtout parmi des individus qui étaient au physique détériorés , épuisés par des fatigues et des privations de toutes sortes, et au moral afi'ectés de tristesse , de regrets et de découragement. Telles sont les conditions que Ton rencontre ordinairement dans les armées battues , dans les garnisons après un long siège, chez les prisonniers de guerre et autres, chez les malades et blessés, chez les noirs pris parla traite, etc. Un individu isolé, quand il est sain, peut être plus ou moins désagréable par sou odeur, mais ne pourrait guère avoir d'autres inconvéniens. S'il est malade , et que sa maladie soit contagieuse, ses émanations peuvent avoir les résultats les plus désastreux ( vojez Contagion). Elles peuvent être nuisibles encore , indépendamment de la contagion, s'il est affecté de certaines fièvres , de la petite vérole , s'il présente des plaies, des ulcères eu suppuration, etc. , etc. , et surtout si elles sont alors concentrées dans uu lieu étroit et clos. Toutes les causes qui activent la fermentation putride, comme l'air chaud et humide, accroissent l'activité des émanations humaines; une température froide et sèche produit l'effet contraire. La diffusion de ces émanations se fait suivant les lois dont nous avons parlé. Ce qu'on doit surtout redouter, c'est leur concentration dans des lieux circonscrits , ainsi que l'ont démontré tous les entassemens d'hommes dans des hôpitaux, des prisons , des casernes, des vaisseaux, et à bord de ces pontons britanniques qui ont dévoré, au rapport du général Pellet, plus de 150,000 Français.