ART. 1". DE LA CÉRÉBRITE
§ le''. Caractères anatomiques. — Les caractères anatomiques de la cérébrite varient beaucoup, selon les diverses périodes de cette phlegmasie. C'est pourquoi nous allons , comme nous l'avons annoncé, décrire successivement les altérations qui caractérisent chacune de ces périodes. Cette marche est, d'ailleurs , celle que M. Lallemand a suivie dans son excellent ouvrage , où il a étudié tour à tour, 1° le ramollissement avec infiltration de sang ; 2° le ramollissement avec infiltration de pus ; 3» les abcès récens ; 4" les abcès enkystés ; 5° les indurations ou tumeurs rouges j 6" les indurations mincès, irrégulières et les cicatrices.
Première période. — Congestion ^ fluxion sanguine , sans lésion notable de la structure de la substance cérébrale. — La substance cérébrale est comme injectée de sang , rouge, tuméfiée et sensiblement plus ferme que dans l'état normal. On pourrait comparer cet état à la turgescence sanguine qui caractérise l'érection. C'est un phénomène digne de remarque que la facilité avec laquelle se gonfle et s'érige en quelque sorte la pulpe cérébrale , sous l'influence d'une vive irritation. C'est en raison de cette circonstance que , chez l'homme , lorsqu'il existe une ouverture accidentelle du crâne correspondante à une portion enflammée du cerveau, on voit celle-ci s'échapper et faire hernie à travers l'ouverture indiquée. Dans les nombreuses expériences que j'ai faites sur les animaux, pour la détermination des fonctions du cerveau , j'ai souvent enflammé partiellement cet organe , après avoir préliminairement pratiqué une perforation du crâne. Or, dans tous ces cas , j'ai vu promptement une masse plus ou moins considérable de la substance cérébrale faire saillie au dehors , à la faveur de la perforation pratiquée au crâne.
Dans la période que nous décrivons , qui répond à l'engouement péripneumonique commençant, le sang dont la substance cérébrale est comme gorgée , n'a point encore subi d'altération notable ; si l'on incise la portion engorgée, ce liquide ruisselle en gouttelettes multipliées de la surface des incisions. Li rougeur de cette surface , en quelque sorte sablée de sang , prend une teinte rutilante par le contact de l'air, teinte qui contraste d'une manière frappante avec le fond blanc ou gris de la pulpe cérébrale. La congestion sanguine a été quelquefois assez brusque et violente pour briser quelques vaisseaux capillaires , et alors une certaine quantité de sang est infiltrée dans la substance cérébrale, oti ce liquide peut former de petites ecchymoses , des espèces de foyers apoplectiques très-circonscrits. La rougeur offre d'ailleurs plusieurs nuances , et passe, par une sorte de dégradation , du rouge le plus foncé à une simple couleur rosée.
Sans doute que déjà , dans ce premier degré de la phlegmasie, la substance cérébrale tend à se désorganiser : toutefois , une induration légère de cette substance , jointe à la rougeur et à la congestion sanguine , tels sont les seuls caractères anatomiques bien tranchés que l'on rencontre chez les individus qui succombent pendant cette période. Peut-être la substance cérébrale a-t-elle déjà moins d'élasticité que dans son état normal , et commence-t-elle à devenir fragile , si l'on peut ainsi dire ; mais ce caractère est alors si peu marqué , qu'il est fort difficile de prononcer à cet égard.
Deuxième période. — Friabilité, ramollissement, suppuration diffuse. — Dans cette période , l'organisation de la substance cérébrale est manifestement altérée : cette substance a notablement perdu de sa résistance, de sa force de cohésion, de telle sorte qu'elle se rompt et se déchire au moindre effort. Cette
ENCEPHALITE.
ENCEPHALITE.
fragilité ou friabilité de la pulpe céiébrale coïncide arec une infiltration sanguine ou purulente , ou sanguine et purulente à la fois ; et comme , par ce mélange d'un liquide avec elle , la pulpe cérébrale tend pour ainsi dire à passer de l'état solide à l'état liquide , quelques auteurs ont décrit sous le nom de ramollissement du cerveau l'inflammation de cet organe. Cette expression caractérise, en effet, d'une manière assez heureuse, la période que nous étudions; mais il n'en est pas de même pour celle que nous avons décrite précédemment, ni pour celles que nous décrirons plus bas.
Quoi qu'il en soit, il importe de ne pas confondre la perte de cohésion que la substance cérébrale a éprouvée, avec la liquéfaction qui peut résulter de de son mélange avec le sang ou le pus. 11 est des cas où cette friabilité se renconlre en même temps que la pulpe paraît plus consistante que dans l'état normal. C'est ainsi que le tissu cellulaire ou pulmonaire enflammé se déchire, se casse, en quelque sorte, avec une étonnante facilité, bien qu'alors il soit induré (de là les noms d'induration , d'hépatisation , sous lesquels on désigne un des degrés de l'inflammation du poumon ). Quel que soit le mécanisme selon lequell'inflammalion, à une certaine période , prive ainsi les tissus de leur force de cohésion, toujours est-il que cetteyrag-(/iie, signalée d'abord piii M. Dupuytrcn , cl bien étudiée plus tard par M. Lallemand, constitue un des caractères anatomiques qu'il faut prendre en sérieuse considération.
Cette circonstance favorise l épanchement, soit du sang, soit de la sérosité, soit du pus dans la substance cérébrale enflammée. Le ramollissement dit inflammatoire du cerveau n'est réellement qu'une suppuration diffuse de la pulpe t|ui constitue cet organe. Le pus, infiltré au sein de cette pulpe, la dissout en quelque sorte , et tend, ainsi qu'il a été dit plus haut, à lui faire partager sa liquidité. Ce ramollissement est , d'ailleurs , susceptible de plusieurs degrés , depuis celui où la substance cérébrale est à peine plus molle que dans sa texture normale, jusqu'à celui où elle est transformée en une espèce de bouillie ou de crème peu épaisse. Dans cet état de colliquation , la substance cérébrale est réellement désorganisée. Sous le rapport de la coloration, on a distingué deux espèces de ramollissement. Lorsque cette altération est récente, aiguë, elle est accompagnée d'une vive rougeur, et du sang est mêlé quelquefois au pus infiltré dans la pulpe cérébrale : c'est là le ramollissement rouge. Quand j au contraire , l'altération est déjà ancienne , qu'elle est survenue lentement , il peut arriver que la congestion sanguine soit à peine apparente ; c'est là le ramollissement i/afic ou crémeux de certains auteurs.
C'est surtout cette dernière forme de ramollissement que des auteurs ont voulu rejeter du nombre des altérations que l'inflammation du cerveau entraîne à sa suite. Nous ne prétendons pas discuter ici quelles sont les différentes causes sous l'influeuce desquelles le cerveau et les autres organes en général peuvent se ramollir; mais nous pouvons affirmer qu'il est des cas dans lesquels un ramollissement inflammatoire du cerveau peut exister sans injection et rougeur notables. M. Lallemand a démontré cette vérité que nous avons aussi tâché de développer dans le traité de l'encéphalite. Depuis la publication de ce traité , de nouvelles observations sur l'homme, et, de plus, des expériences nombreuses dans lesquelles j'ai produit des phlegmasies artificielles du cerveau de divers animaux, m'ont confirmé dans l'opinion cjue nous venons d'indiquer. On trouvera , à l'article Ramollissement de ce Dictionnaire , l'exposition des différenfes circonstances au moyen desquelles on peut parvenir à distinguer les ramollissemens produits par l'inflammation de ceux qui seraient le résultat d'une autre cause.
Il est certains ramollissemens du cerveau qui sont accompagnés , non d'une teinte rouge ou d'un blanc plus ou moins mat, mais d'une couleur d'un beau jaune- serin. Il est vrai que , dans les cas de ce genre que j'ai observés , il existait une infiltration sanguine plus ou moins marquée , et que par conséquent la coloration jaune n'était probablement qu'une dégradation de la teinte rouge (on sait en effet que, à mesure que l'absorption s'empare du sang épanché dans un de nos tissus , la couleur rouge ou noirâtre passe peu à peu à une teinte jaune ).
Troisième période. — Abcès avec ou sans kystes ; cicatrisation. — Dans celte période, le pus, d'abord simplement infiltré au sein de la pulpe cérébrale, brise peu à peu les cellules dans lesquelles il était retenu ; et, sa quantité devenant de plus en plus considérable, il se réunit de manière à former des foyers que l'on désigne sous le nom d'abcès, ou de collections purulentes. Les abcès du cervau , ainsi que ceux du tissu cellulaire , peuvent être distingués en abcès récens et en abcès anciens. Le pus des premiers est en contact immédiat avec la substance cérébrale qui lui sert de paroi; le pus des seconds, au contraire, est comme emprisonné dans une membrane plus ou moins épaisse, connue sous le nomde/ijite, et de là le nom d'abcès enkystés, sous lequel on connaît ces sortes d'abcès.
Le volume des abcès du cerveau est très-variable : il égale quelquefois celui d'un œuf ordinaire , et dans certains cas, il s'élève même au delà.
Le pus des abcès du cerveau n'exhale pas en général une odeur bien fétide • il offre une couleur d'un blanc jaunàUe , quelquefois verdâtre ; le plus souveiît, il est homogène et bien lié ; toutefois, il n'en est pas toujours ainsi: on le trouve , dans certains cas , à l'instar du liquide sécrété par les membranes séreuses, enflammées, composé d'une partie liquide et d'une partie concrète ( celle-ci flotte , sous forme de flocons , au milieu de la première ).
Le mécanisme de l'organisation du kyste qui enveloppe le pus ressemble à celui qui préside à l'organisation Aesjausses membranes en général. Qu'est-ce autre chose, en eflet , que ce kyste, sinon une véritable fausse membrane? Des espèces de franges lomeuteuses , de nature probablement fibreuse, tapissant les parois du foyej- purulent ' ^o"*^ ^es premiers rujimens du kyste. Fé -
condée pour ainsi d ire par la substance vivante avec laquelle elle est en contact, la couche pseudo-membraneuse dont il est question, ne larde pas à, s'organiser et à participer elle-même aux phénomènes de la vie. Un rcseaa vasculaire s'y forme de toutes pièces , et, grâce aux anastomoses qui s'établissent entre lui et la substance cérébrale environnante , le kyste contracte des ad hé rences plus ou moins intimes avec cette dernière , et se greffe en quelqae sorte sur elle. Le kyste ne consiste d'abord qu'en une seule lame très-mince^' fragile, analogue, par sa ténuité, h une toile d'araignée; insensiblement, il s'épaissit , et souvent même de nouvelles couches de matières coagulables s'organisent successivement et concentriquement les unes aux autres. C'est par ce mécanisme que se forment ces kystes à trois ou quatre feuillets concentriques qu'on rencontre parfois dans le cerveau ( on sait qu'il n'est pas rare non plus de trouver des fausses membranes pleuréliques organisées , dans lesquelles on peut démontrer plusieurs couches juxtà-posées). Plus les abcès du cerveau sont anciens , plus , en général , sont nombreux les feuillets du kyste qui entoure le pus ; de telle sorte que l'on peut juger par le nombre de ceux-ci de Vdge de l'abcès.
Dans quelques cas, le kyste celluleux se transforme en tissu fibreux ou fibrocartilagineux ; plus rarement, on trouve sur quelques-uns de ses points des incrustations calcaires ou ossiformes.
La face interne des kystes est polie , onctueuse , douce au toucher , et tient le mi lieu entre celle des membranes séreuses et celle des membranes muqueuses.
L'analogie nous porte à croire que le liquide contenu dans les kystes cérébraux peut être entièrement résorbé, et que les régions opposées de leur surface intérieure, après s'être rapprochées et mises en contact, finissent par s'agglutiner ensemble , comme on voit, dans certains cas d'épanchemens pleurétiques, la fausse membrane déposée sur la plèvre costale faire corps avec celle qui revêt la plèvre pulmonaire. Il est probable que, parmi les cicatrices cérébrales qui. jusqu'à ces derniers temps, avaient été considérées comme des traces de foyers apoplectiques résorbés, quelques-unes n'étaient réellement que les restes d'une phlegmasie terminée par la formation d'abcès. Il importe de reprendre en sous-œuvre une matière que les travaux de M, Riobé ont ébau. chée d'une manière si remarquable.
Quoi qu'il en soit, l'endroit où se rencontrent les cicatrices parfaites dont il est actuellement question, se distingue des autres par sa plus grande dureté. Mais ce n'est pas toujours par une cicatrisation aussi heureuse que guérit ou se termuie une phlegmasie suppurative du cerveau. C'est ce que nous allons voir dans le paragraphe suivant.
Quatrième période. — Formation de produits accidentels , de tumeurs de diverse nature. — Ce serait avoir une idée bien étroite d'une inflammation quelconque , qne de borner son étude, sous le point de vue anatomique , à la description des lésions qui caractérisent la congestion pure et simple, la résolution, la suppuration et la cicatrisation régulière. Il est d'une haute importance de faire connaître ce que deviennent et le sang, que l'irritation prolongée fait affluer et fixe en partie dans l'organe malade , et le pus qui , dans cerlainJ cas, s'est infiltré dans la substance de cet organe. Or, de cette combinaison, soit du sa ng , soit du pus avec la substance de l'organe enflammé , de l'organisation de certains élémens contenus dans ces liquides , résultent une foule de produits plus ou moins différens par la forme, l'aspect et la composition intime. Ces produits morbides ou accidentels sont décrits sous les noms de squirrhe, de cancer , à'encéphaloides , de tubercules, de mélanose. Nous avons vu déjà comment d'autres produits , tels que les kystes , les fausses membranes , les cicatrices , reconnaissaient pour cause première une inflammation. Les faits qui démontrent cette dernière vérité ne sont aujourd'hui contestés par aucun palhologiste exercé à l'art de l'observation ; il n'en est pas ainsi de ceux que nous invoquons en faveur de l'opinion : que les tumeurs ou productions squinheuse, tuberculeuse, etc., constituent des effets, des suites, et pour parler le langage de Pujol , des reliquats de l'inflammation. Comme les rapports qui existent entre ces dernières lésions et l'inflammation sont plus éloignés , et pour ainsi dire plus déliés que ceux dont il a été question plu* haut, il ne faut pas s'étonner s'ils ont échappé à la vue courte de quelques esprits. Le temps n'est pas éloigné , nous l'espérons , où cette manière de voir , comprise dans son véritable sens , sera généralement adoptée.
J'ai décrit succinctement, dans le Traité de l'Encéphalite, les diverses productions accidentelles qu'une phlegmasie prolongée ou chronique de l'encé-
phale peut entraîner
sa suite. Il me suffit de les avoir rappelés ici. J'ajouterai
seulement que M. le professeur Lallemand , dans ses 5e et G" lettres , a suivi une marche un peu différente : » L'augmentation de densité étant , dit cet » ingénieux et célèbre observateur, le caractère le plus remarquable et le plus « constant des altérations dont il s'agit, nous étudierons les indurations,
„ comme nous avons étudié les ramollissemens Pour rappeler ce caractère
., commun, nous employerons les expressions génériques d'endurcissement on « A-induration, de préférence aux mots usités , qui tendent à faire croire que les altérations qu'Us désignent sont de nature lout-à-fait différente. » ( Let-
tre 5"=. pae. 236.) -
M Lallemand commence par l'histoire des indurations ou tumeurs rouges qui correspondent aux ramollissemens de même nom ou avec infiltration saR-
T . ..1^. j „.,.. i-c ni,n-i'niises dans le ae-
uine, et s'occupe ensuite des indurations on tumeurs non-rouges a-^'^ ^^ ^'^ veloppement desquelles le pus semble jouer le rôle que rempht «eul le sang dans la production des indurations ou tumeurs rouges. Q''oi qu .l en so. de U méthode d'exposition et de nomenclature adoptée par f • J^-»^"'^"^';' ' est pas moins partisan de la doctrine qui rallie les productions accidentelles indiquées plus haut à l'histoire de l'inflammation du cerveau.
ENCÉPHALITE
ENCÉPHALITE
Les masses luberculeuse , squirrheuse , stéalomaleuse , albumineuse , etc. , que l'on rencontre parfois dans le cerveau, à la suite d'une phlegtnasie clironique , ofFrent de nombreuses variétés sous le rapport de leur forme, de leur volume , de leur situation. Ces différentes espèces d'altérations n'existent pas toujours isolées les unes des autres. Plusieurs d'entre elles peuvent concourir à" la composition de certaines tumeurs cérébrales. On trouvera des exemples de cette combinaison dans les traités cliniques sur les maladies encéphaliques.
Sans doule il ne suffit pas de savoir que les productions luberculeuse, squirrheuse, encépbaloïde, stéalomaleuse, etc., offrent entre autres caractères communs , celui de tirer leur première origine d'une phlegmasie cérébrale. Pour compléter leur histoire, il resterait à déterminer ici d'une manière précise quelle est la raison des différences qui distinguent ces espèces entre elles. Pour parvenir à la solution de ce difficile problème , il faudrait connaître la nature physique et chimique des liquides et des solides au milieu desquels elles prennent naissance ; analyser toutes les circonstances qui peuvent favoriser ou entraver l'organisasion, l'évolution des liquides anormalement épanchés ou sécrétés dans la partie frappée de phlegmasie. Il importe de ne pas oublier, d'ailleurs, que dans certains degrés inférieurs, l'irritation se borne a déterminer une augmentation de nutrition , une véritable hypertrophie de la partie qui en est le siège.
Au reste , il ne faut jamais perdre de vue cette vérité , savoir, que les productions-développées accidentellement dans le cerveau , qu'elles soient organisées ou non , considérées indépendamment de leur cause génératrice , constituent ou de simples corps étrangers , ou des organes parasites dont la présence peut nuir, tantôt mécaniquement , tantôt irritatwcmenl , si l'on peut ainsi dire, à l'accomplissement des fonctions des parties du cerveau avec lesquelles ces productions se trouvent en contact. C'est là un des points de vue sous lesquels les productions accidentelles méritent surtout d'être étudiées.
Je regrette que les limites d'un article de dictionnaire ne me permettent pas de consigner ici les rapprochemens lumineux au moyen desquels M. Lallemand, dans sa sixème et dernière lettre, s'est appliqué à démontrer que plusieurs produtions accidentelles ou plusieurs indurations , pour nous servir de ses propres expressions , provenaient d'un travail de cicatrisation j n'étaient réellement que des espèces de cicatrice. Selon cet auteur , « la seule circonstance n commune à toute cicatrisation, est la transformation de la partie enflammée » et des produits de l' inflammation en un tissu nouveau , plus dur que celui » qui existait aupaiwant , abstraction fiiite de toute considération d utilité n de couleur , de densité , de forme , et même d^élémens de composition, n (Lettre 6e, p. 566-567.)
M. Lallemand avoue ne connaître aucun caractère auquel on puisse distinguer les cicatrices des autres indurations. Ce qui lui paraît démontré, v c'est » que toute altération de tissu due à l'inflammation , commence par le ramolli lissemenl et finit par l'induration, v
Quanta nous, sans attacher peut-être au mot cicatrice une idée aussi e'iendue que le fait M. Lallemand, nous adoptons pleinementle fond de sa doctrine, c'est-à-dire que la production d'une foule de tissus ou substances morbides dans l'intérieur ou à la surface de nos organes est une opération qui se rapproche, dans beaucoup de cas, de celle qui préside à la formation des cicatrices. Mais il est bon de se pénétrer de cette idée; savoir que tous les produits sécrétés par les organes enflammés, surtout dans certains degrés de l'inflammation , ne sont pas aptes à s'organiser , habiles à constituer des cicatrices, et que de leur amas résultent ces tumeurs plus ou moins volumineuses où l'on ne trouve aucun des caractères d'une véritable organisation (les masses tuberculeuses, par exemple), et dont la nature tend, en quelque sorte , à se débarrasser, en développant autour d'elles une inflammation, comme elle le fait dans les corps étrangers venus du dehors, inflammation qui , en raison du but que les auteurs (M. le professeur Dupuytren, entre autres) , lui ont assigné, porte le nom d'éliminatoire.
C'en est assez sur les divers produits que l'inflammation peut entraîner à sa suite dans le cerveau : des considérations plus étendues sur le mécanisme de ces formations accidentelles doivent être réservées pour l'article Ikflammatiom. Ce serait tomber en effet dans des répétitions impardonnables que d'exposer, à l'occasion de l'histoire de chaque espèce d'inflammation, des faits qui rentrent dans l'histoire de l'inflaramction en général.
§ I[. Sy mptômes et diagnostic de la cérébrite. — 1». Symptômes de l'inflammation générale du cerveau. — A. Période de congestion ou d'irritation. — La cérébrite générale ne se développant , sinon constamment , du moins le plus généralement, que consécutivement à une méningite, ses symptômes se confondent en quelque sorte avec ceux de cette phlegmasie. ( Je suppose ici la phlegmasie de la pie-mère ou du feuillet de l'arachnçide qui revêt les circonvolutions cérébrales ; nous verrons, en effet , '\ l'article Méningite, que l'inflammation isolée de l'arachnoïde pariétale, c'est-à-dire du feuillet qui revêt la dure-mère crânienne, constitue une espèce de méningite qui , sous le rapport sympfomatique, diffère considérablement de la cérébrite générale , soit primitive, soit consécutive à une inflammation delà pie-mère et du fe uillet céi ébral de l'arachnoïde. )
Dans la période qui nous occupe , on observe une exaltation désordonnée des diverses fonctious dont le cerveau est l'instrument. De là le délire sous toutès ses formes, une agitation générale , des soubresauts dans les tendons, des mouvemens spasmodiques , des convulsions; de là une susceptibilité des sens telle , que l'oreille ne peut supporter le moindre bruit , que la lumière la plus faible blesse pour ainsi dire l'œil; une céphalalgie plus ou moins violente, des éblouissemens , des tintemens d'oreille , un état d'endolorisscment gé-
DlCt. DE MÉDECINE ET DE ChIRL'IîGIE PBATIQUES.
néral , phénomènes qui sont en quelque sorte pour les sensations , ce que les convulsions sont pour les fonctions locomotrices, et le délire pour les fonctions intellectuelles.
A ces symptômes idiopathiques , se joignent des symptômes sympathiques plus ou moins marqués , selon l'intensité de l'inflammation et l'irritabilité des sujets. La fièvre s'allume , la peau est sèche ou sudorale ; le pouls fréquent, vif, dur; la respiration accélérée , suspirieuse , plaintive; l'haleine brûlante , le visage rouge , l'œil injecté , la pupille contractée ; la langue rouge , sèche et pointue , la soif plus ou moins vive , l'appétit nul, l'urine foncée en couleur, rare.
Je n'insisterai pas davantage sur ce tableau, attendu que nous y reviendrons à l'occasion de la méningite. Passons à la secoude période de la cérébrite générale, période que je désignerai sous le nom de période de compression ou de collapsus.
B. Période de collapsus ou d'épanchement et de suppuration. — Les symptômes qui caractérisent cette période sont les suivans : un assoupissement plus ou moins profond succède graduellement au délire ; tous les sens sont émoussés ou complètement abolis , les pupilles dilatées , les fonctions locomotrices paralysées (delà cette résolution des membres, cet affaissement de traits qui succèdent aux mouvemens spasmodiques , de même que l'assoupissement au délire) ; le pouls devient petit , plus fréquent quelquefois , d'autres fois plus lent que dans la précédente période , et souvent inégal, intermittent ; de même la respiration devient profonde, rare, irrégulière, sterloreuse ; ainsi que le pouls, elle présente parfois des alternatives d'accélération et de ralentissement; la peau se couvre d une sueur visqueuse, gluante ; enfin , les extrémités se refroidissent lorsque la mort doit être le terme de cet état comateux où sont plongés et comme ensevelis les malades.
C. Période de désorganisation de la substance cérébrale. — Encéphalite générale chronique. — Si les malades ne succombent pas à l'encéphalite générale aiguë, et que celle-ci , au lieu de se terminer par la guérison , passe à l'état chronique, alors on voit survenir lentement dans les fonctions intellectuelles et morales ces désordres qui ont été désignés sous le nom d'aliénation mentale, et cette paralysie générale si bien étudiée par M. Calmeil.
I! me suffit d'avoir signalé ici celte dernière circon.stance ; je renvoie , pour de plus amples détails , aux articles .\liknation mentale el Méningite ctiRONi- QVE. Je vais m'occupcr maintenant des symptômes de la cérébrite partielle , à 1 histoire de laquelle cet article est plus spécialement consacré.
2". Sj-mptômes et diagnostic de L'inflammation partielle du cerveau. — L Sjmptômes locaux. — A. Période d'irritation simple ou de congestion. — Examinons successivement les symptômes fournis par les fonctions locomotrices, les fonctions sensitives et les fonctions intellectuelles et morales.
Lésion des Jonctions locoiyiotrices. — Lorsque la cérébrite partielle est exempte de toute complication , l'un de ses symptômes les plus conslans consiste dans une contraction spasmodique de certaines parties du système locomoteur. Cette contraction , quand elle occupe les membres , leur imprime un état de demi-flexion avec une telle rigidité, qu'il est presque impossible de les étendre. Les membres frappés de cette rigidité ne se meuvent plus , en général, sous l'influence de la volonté. Quand les muscles , d'un côté du visage, sont le siège de la contraction spasmodique et permanente que nous signalons ici , il en résulte une déviation de la commissure des lèvres du côté opposé à l'hémisphère enflammé, ce qui est l'inverse de ce qu'on observe dans 1 hémorrhagie cérébrale ; si l'un des muscles palpébraux est ainsi contracté spasmodiquement , l'occlusion plus ou moins complète de l'œil en est la suite, et celte occlusion active diffère essentiellement de celle qui a lieu par l'effet d'une compression pure et simple du cerveau, comme il arrive dans les épanchemens sanguins ou séreux du cerveau. (Alors l'occlusion des yeux , vraiment passive, résulte de la paralysie du muscle releveur de la paupière supérieure. )
Chez «n assez grand nombre des individus affectés de cérébrite partielle ^ on observe des accès convulsifs plus ou moins violens , simulant quelquefois les attaques épileptiques. Quand cet accident se manifeste, c'est que l'inflammation partielle est compliquée d'une méningite qui réagit sur tout le système encéphalique.
La rigidité convulsive que nous venons de signaler n'est bien marquée que chez les individus atteints d'une cérébrite partielle à marche lente, chronique, et manque même dans certains cas de ce genre, suivant quelques palhologistes. La demi-flexion qui, dans les membres , accompagne la raideur , s"explique-telle par la prétlominance des fléchisseurs sur les muscles extenseurs de ces parties ?
Lésion des Jonctions sensitives. — Quelques-uns des individus atteints de cérébrite partielle se plaignent d'un sentiment de chaleur et de douleur dans les régions de la têtecorrespondantes à l'inflammation. Toutefois, dans un grand nombre de cas de cérébrite partielle, le symptôme indique ne se manifeste point il parait appartenir plutôt à la méningite qu'à la cérébrite elle-même. Quoi qu'il en soit, à ce symptôme près , les fonctions des sens sont assez rarement exaltées , à moins que la cérébrite partielle ne se trouve compliquée d'une méningite. Il est bon seulement de noter que les efforts au moyen desquels on essaie quelquefois d'étendre les membres demi-fléchis, déterminent, en général, une douleur plus ou moins vive.
Il parait , d'ailleurs , que celte intégrité des sens ne se remarque pas distinctement, quel que soit le siège de la phlegmasie cérébrale. Quand celle-ci occupe la base du cerveau , comme il n'arrive que trop fréquemment chez les enfans , il est très-commun de voir apparaître une exaltation plus au moins considérable dans les sensations.
ENCÉPHALITE
ENCEPHALITE.
Lésion des Jonctions morales et intellectuelles. — Lorsque l'inflammatioii n'occupe qu'une portion plus ou moins élendue de l'un des hémisphères cérébraux , et que l'autre hémisphère jouit de toute son intégrité ; les fonctions intellectuelles et morales ne présentent, du moins ordinairement, aucune lésion notablc. Il semble, dans ce cas , qu'il suffise de l'hémisphère sain pour fournir aux frais de l'exercice de ces fonctions. Mais si l inflaramation d'un liémis[)hère réagit sur l'autre, s'y propage , on voit survenir un délire de forme variable , selon l'étendue et l'intensité de l'irritation , et peut-être aussi selon le siège qu'afl'ecte cette irritation sur l'un etl'aulre hémisphère. "D n délire général se développe toutes les fois que l'irritation partielle se généralise , accident qu'il n'est malheureusement pas très-rare d'observer.
B. Période de suppuration, de ramollissement et de désorganisation. — Lésion des Jonctions locomoti ices. — L'état spasmodique est graduellement remplacé par un cta.iAerésoluiion et d'inertie. Si l'on soulève les membres primitivement contracturés, ils retombent de toute leur masse; la commissure des lèvres avaitelle été eulrainée du côlé opposé à l'hémisphère , par l'effet du spasme musculaire, elle revient peu à \iea à sa position naturelle , et plus tard , lorsque les muscles contracturés sont frappés de paralysie , on observe , ainsi que dans l'apoplexie, une déviation de la bouche du côté correspondant à l'hémisphère affecté. Dans ce cas, la joue correspondante à la paralysie est flasque et comme pendante ; et , dans certaines expressions faciales , tels que le rire, le sourire , le pleurer , etc. , les deux moitiés du visage offrent, sous le rapport du mouvement, le contraste le plus frappant.
Tout le monde sait que la paralysie , ainsi que les convulsions , se manifestent dans le côté opposé du corps à l'hémisphère dont la lésion se traduit à nous parles symptômes indiqués. Ce croisement entre le siège des lésions fonctionnelles du système locomoteur et le siège des lésions cérébrales s'explique par renlrecroiseuient des faisceaux antérieurs de la moelle allongée. On cite , il est vrai , quelques faits de paralysie musculaire non-croisée, c'est-à-dire correspondante a l'heinisphère malade. De tels faits sont des exceptions à la règle générale : s'ils ont clé aussi bien observés que le prétendent certains pathologistes , M. Bayle en particulier , on ne peut les concevoir qu'en supposant le non entrecroisemeot des pyramides antérieures de la moelle allongée , dans les cas dont il s'agit, anomalie anatomique qui , jusqu'ici , ne parait pas avoir été constatée directement.
Lésion des Jonctions sensitifes. — ■ La paralysie des organes sensitifs spéciaux n'accompagne pas ordinairement celle des organes des mouvemens et du sentiment général. Cela dépend, sans doute, de ce que les portions du cerveau qui président à l'action des sens spéciaux, ne sont pas ordinairement le siège de la cèrébrile partielle. La paralysie du sentiment ne se joint pas constamment et nécessairement à celle du mouvement. Dans les cas mêmes où elle existe , elle est ordinairement portée à un moins haut degré que la paralysie musculaire. On cite cependant quelques cas dans lesquels il s'était manifesté une paralysie du sentiment dans des membres qui conservaient le libre exercice de leurs mouvemens. Mais n'existait il alors d'autre lésion que dans le cerveau? c'est ce qu'ij serait un ])eii téméraire d'affirmer. M. Lallemand a essayé d'expliquer pourquoi, dans la majorité des cas de l'affection qui nous occupe, la paralysie occupait les organes du mouvement plutôt que ceux du sentiment. Quelque ingénieuse que soit cette explication , elle ne nous parait pas assez rigoureusement démontrée pour que nous ne puissons pas nous dispenser de la rapporter ici.
Lésion des J'onctions intelluctualles et morales. — Il résulte des faits assez nombreux consignés dans le traité de l'encéphalite que j'ai publié il y a quelques années , que lorsqu'un seul hémisphère est ramolli , désorganisé , soit en partie, soit presque en totalité , les phénomènes intellectuels proprement dits peuvent conserver toute leur intégrité. Il est néanmoins des cas où les fonctions intellectuelles ont été aitt'réeset même entièrement abolies chez des sujets dont un seul hémisphère était altéré primitivement. Voici comment ex|)lique ce fait le célèbre auteur des Jîecherclies anotomico-palliologiques sur l Encéphale et ses dépendances : « Quand la portion du cerveau tuméfiée par une inflamma- » tion aiguë ne peut trouver d'issue pour se développer au dehors, l'hémisphère » sain doit être plus ou moins comprimé par l'expansion de l'hémisphère eii- » flammé : de là, le sentiment particulier de tension qui accompagne la céphanlalgie; de là la raison pour laquelle l'étendue des altérations pathologiques « n'est pas toujours en harmonie avec la gravité des symptômes. Cette tuméfaci> tion explique pourquoi , par exemple , on ne trouve qu'un ramollissement de n l'étendue d'une noisette après une hémiplégie complète ; pourquoi les deux » yeux , les deux oreilles perdent presque toujours la faculté de voir et d'en- « tendre ; pourquoi , sur la fin de la maladie , la paralysie devient quelquefois » générale , quoiqu'un seul côté du cerveau soit affecté. C'est à la même cause * qu'il faut attribuer la somnolence , le coma, la perte absolue de l'intelligence; » ce qui le prouve, c'est que les malades chez lesquels une large ouverture a
permis au cerveau de se dilater librement à l'extérieur, ont conservé l'inté- « grité delà vue et de l'ouïe du côté non paralysé , et n'ont éprouvé qu'un léger « affaiblissement de ces mêmes organes de l'autre côté; c'est qu'ils ont été « exempts de somnolence, de coma , etc. , et qu'ils ont conservé , jusqu'à la fin, « l'exercice plus ou moins libre de leurs fonctions intellectuelles. Enfin , ce 51 qui ne laisse aucun doute h cet égard, c'est que toutes les fois que, dans des » cas analogues , on a voulu s'opposer à l'issue du cerveau , les malades sont 51 alors tombés dans un état comateux , et ont jjerdu l intelligence. En résumé , » il existe dans les inflammations aiguës du cerveau deux causes bien distinctes » des symptômes : une altération locale qui produit des phénomènes bornés au I) côté du corps opposé à l'hémisphère malade , une fluxion qui produit une » turgescence plus ou moins considérable , et par suite une compression des
11 parties non enflammées, et des symptômes généraux, tels que la somnolence , 11 le coma, la perte de connaissance, etc. Et comme tontes les inflammations 11 du cerveau ne sont pas également aiguës , et par conséquent accompagnées )i d'une fluxion également énergique , il doit eu résulter quelque différence » dans le rapport de ces deux ordres de symptômes. » i
Lorsque les deux hémisphères sont ramollis , suppurés , désorganisés à la fois, dans une étendue plus ou moins considérable , il en résulte constamment une altération plus ou moins profonde des fonctions intellectuelles et morales. Celles-ci s'affaiblissent alors, se paralysent comme les fonctions locomotrices. On peut lire dans le Traité de i Encéphalite plusieurs observations où l'on voit un idiotisme plus ou moins complet signaler l'existence d'une désorganisation phlegmasique des deux hémisphères. Qui ne sait aujourd'hui que l'affaiblissement des fonctions intellectuelles et morales qu'on observe dans la dernière période des aliénations mentales, coïncide très-souvent avec une altération profonde , une sorte de désorganisation de la substance corticale , désorganisation qu'une |)hlegmasie a entraînée à sa suite ? Dans les cas d'altération simultanée et générale des deux hémisphères , parvenue au degré dont il s'agit actuellement, il ne reste souvent aucun vestige de la vie intellectuelle et morale proprement dite; et quelques malades , privés de leur mémoire, de la faculté de parler, de juger , de penser, de coordonner leurs diverses actions , de les raisonner, peuvent être réellement comparés à ces animaux que nous plongeons dans la plus profonde stupidité , en leur enlevant les lobes cérébraux , ou en se bornant à les désorganiser comme je l'ai fait plusieurs fois , par le moyen de la cautérisation.
Dans les cas que nous signalons , la physionomie , privée de son jeu naturel, est empreinte d'une sorte d'étonnement stupide,et tous les traits respirent, pour ainsi dire , l'idiotisme et rimbccillitè. C'est bien encore alors qu'on peut dire de la face qu'elle est le miroir de l'ame.
C. Période du développement des dii'erses productions accidentelles. — Quelque différente que soit leur nature anatomique , qu'elles soient ou non organisées, les tumeurs ou productions dites accidentelles ont cela de commun qu'elles jouent toutes le rôle de véritables corps étrangers. Sous ce rapport, elles doivent toutes altérer de la même manière les fonctions dont le cerveau est 1 instrument. Que la masse qui existe accidentellement dans le cerveau soit de nature squirrheuse, encéplialoïde , tuberculeuse ou autre, qu'elle soit organisée ou qu'elle ne le soit pas, elle agira mécaniquement sur la substance cérébrale environnante, et la compression qu'elle y exercera pourra paralyser sans retour les fonctions dévolues à celte portion du cerveau. Que si la portion tlu cerveau dans les mailles de laquelle une production accidentelle s'est engendrée , est elle-même atrophiée, inhabile à remplir ses fonctions, ce sera là une source nouvelle de paralysie. On trouvera dans les traités spéciaux sur les maladies du cerveau des faits nombreux à l'appui de ce qui vient d'être dit.
Mais, dira-t on, outre la lésion commune qui vient d'être mentionnée , chaque espèce de production accidentelle n'a-t-elle pas ses symptômes propres et distinclifs ? Je déclare que, malgré l'opinion opposée professée par des auteurs dont j'estime beaucoup le talent, je ne pense pas que, dans l'état actuel de la science, on puisse assigner à chaque production accidentelle des symptômes locaux qui lui appartiennent en propre et exclusivement. Il ne m'est pas rigoureusement prouvé non plus que, à une certaine époque de son développement, chacune de ces productions annonce sa présence par une diathèse particulière. Mais ce n'est pas ici le lieu de nous occuper de cette question. Je renvoie aussi, pour plus de détails sur le diagnostic des productions accidentelles du cerveau, aux articles Cakcek et Tubercules.
Dans certains cas, les productions accidentelles du cerveau ne sont annoncées par aucun symptôme appréciable : ces cas sont ceux où ces productions n'ont qu'un volume peu considérable, et ne se développent qu'avec une extrême lenteur ; alors la compression qu'elles exercent sur les parties environnantes est si faible, et s'opère pour ainsi dire avec tant de ménagement , que les fonctions de ces parties n'en sont point suspendues, et qu'il ne se manifeste aucune paralysie.
Il est beaucoup de jeunes enfans en particulier chez lesquels on rencontre après la mort des tubercules qui n'avaient déterminé aucune lésion fonctionnelle digne d'être notée.
Les symptômes locaux que nous venons d'exposer suffisent pour faire reconnaître l'existence d'une cérébrite partielle , à ses diverses périodes , mais non pour nous permettre de préciser la région ou la partie des hémisphères qui est le siège de la maladie. Il nous reste donc à résoudre, autant que le comporte l'état actuel de la science, celte seconde question du diagnostic de la cérébrite. Pour y parvenir, il nous faut indiquer les modifications que présentent les symptômes spasmodiques , ataxiques ou paralytiques mentionnés précédemment, selon que les altérations phlegmasiques occupent telle ou telle portion du cerveau , et aussi suivant qu'elles affectent l'une ou l'autre des deux substances qui composent cet important viscère.
Comme l'un de nos collaborateurs les plus distingués, M. le docteur Foville, a discuté cette question à l'article Encéphale, qui précède immédiatement celui-ci , je tâcherai de me renfermer dans les bornes les plus étroites. Quant aux légères différences qui pourront se rencontrer entre quelques-unes des assertions émises par M. Foville et les miennes propres, il appartient au temps et à de nouvelles recherches cliniques et expérimentales de les faire disparaître.
1°. Des rapports qui existent entre le siège des lésions des Jonctions locomotrices et celui de La lésion cérébrale , suite de l'injlammation. — a. Les lésions diverses des mouvemens coordonnés de la parole ou de l'articulation de sons,
ENCÉPHALITE
ENCÉPHALITE
me ^laraissent dépendre des lésions des lobules antérieurs du cerveau. Les faits que j'ai rapportes .H l'appui de celte assertion ont trouvé, je ne l'ignore pas , de puissans contradicteurs, parmi lesquels je dois citer MM, Cruveilhier et Lalleinand. Toutefois , leurs argumens ne m'ont pas semblé sans réplique , et je regrette que l'espace ne me permette pas de consigner ici les raisons que je me propose de leur opposer dans un procliain mémoire.
b. La paralysie ou la rigidité des membres inférieurs paraissent correspondre a des lésions des corps striés, et peut-être aussi à celles des lobules moyens du cerveau.
c. Les mêmes symptômes oboervés dans les membres supérieurs annoncent une altération des couches optiques ou des lobules postérieurs du cerveau.
d. Il est difficile de dire à la lésion de quelle partie de la masse encéphalique se rapporte l'état paralytique ou couvulsif des muscles de l'œil et des paupières. Des faits assez multipliés me porteraient à croire que les lésions du voisinage des tubercules quadrijumeaux sont celles qui paraissent produire les symptômes dont nous nous occupons actuellement- Ce qu'il y a de bien certain , c'est que la paralysie des muscles de l'œil et des paupières n'existe pas dans un grand nombre de cas où , par suite d'une lésion des hémisphères , on observe des paralysies , soit des membres , soit de la face , soit des organes de la parole.
2°. Des fapporls qui existent entre le siège des lésions des fondions sensitifcs et celui des altérations cérébrales. — Il nous manque encore beaucoup de faits pour pouvoir résoudre cliniquement le problème ci-dessus. Parmi ceux que nous possédons , il en est qui nous présentent une fâcheuse contradiction. Ainsi , par exemple , quelques observateurs ont publié des cas de paralysie de l'odorat par suite d'une altération des lobules antérieurs du cerveau, tandis que d'autres ont cité des cas dans lesquels l'odoi-at s'était conserve , malgré la désorganisation des lobules indiqués.
En attendant que de nouvelles recherches nous aient procuré quelques lumièl es sur le siège précis des altérations cérébrales correspondantes aux lésions des fonctions des sens spéciaux (la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût) , fixons un instant notre attention sur la question de savoir si les lésions d'un sens plu" général que les précédens , je veux dire le tact ou le sentiment proprement dit, correspondent à l'altération d'un point détermine du cerveau. Les belles expériences de MM. Magcndi et Charles Bell nous ont appris que la cinquième paire de neifs apportait aux différentes parties delà face, et à l'œil lui-même, le principe de leur sensibilité tactile ou générale , et que les nerfs , partant des faisceaux postérieurs de la moelle spinale, répandaient le sentiment aux autres parties du corps qui possèdent ce précieux attribut. Comme les nerfs du sentiment ne se rendent point directement, immédiatement aux hémisphères cérébraux, il ne faut pas nous étonner si , dans la plupart des cas de cérébrite pure et simple, on ne remarque point une lésion profonde de la faculté dont ces nerfs sont les dépositaires ou plutôt les conducteurs. 11 est même assez probable , sans que toutefois on puisse rien affirmer rigoureusement à cet égard, que l'exaltation ou l'extinction du sentiment, dans les cas de cérébrite partielle ; proviennent de ce que la maladie a réagi sur le sj'stème spinal.
3°. Des rapports qui existent entre l'espèce des lésions intellectuelles et le siège de l'affection cérébrale. — Les recherches cliniques ne nous ont encore fourni que bien peu de données pour la solution de ce problème , solution à laquelle se trouve, pour ainsi dire, lié le sort d'une doctrine par laquelle s'est immoitalisé le docteur Gai! , savoir, la pluralité et la localisation des organes des facultés intellectuelles et morales. J'ai signalé ailleurs ( Traité de l'encéphalile) quelques-unes des diflicultés inévitables qu'on éprouve en s'occupant du sujet que nous abordons ici. Je ne les rappellerai point ici , el , renvoyant pour tout le reste les lecteurs à l'article Alikhation mentale de ce Dictionnaire, je me contenterai de répéter que mes recherches sur les rapports qui existent entre la perle de la parole et la désorganisation des lobules antérieurs du cerveau, viennent heureusement confirmer un des points de la doctrine de la pluralité et de la localisation des organes de l'intelligence. Cette perte de la parole , en tant que la suite d'une lésion du centre nerveux qui la régit , et non d'une lésion des nerfs ou de l'appareil cjui la produit immédiatement ; cette perte de la parole, dis-je , nous a paru dépendre, tantôt de ce que la mémoire des mots et le pouvoir d'en créer de nouveaux étaient abolis , et tantôt de ce que la faculté de coordonner ces divers mouvemens sans lesquels toute parole est impossible était frappée de paralysie. Ces deux causes de perte de la parole peuvent d'ailleurs se rencontrer simultanément chez certains malades. Il se pourrait (mais ce n'est encore là qu'une hypothèse) que les lésions de la substance grise des lobules antérieurs fussent la source de la perte de la mémoire des mots et de tout ce qu'il y a de vraiment intellectuel dans la parole, tandis que l'impossibilité de coordonner les mouvemens desquels résulte la parole ou l'articulation des sons correspondrait aux lésions de la substance blanche des lobules désignés. Une circonstance bien digne de remarque, c'est que la faculté du langage articulé n'est souvent lésée que partiellement. En voici quelques exemples : le sujet de la septième observation de mon Traité de l'encéphalite conservait la mémoire de plusieurs mots , tandis que celle de quelques autres s'était totalement effacée de son cerveau. Les sujets des observations trentième et quarante-unième ne pouvaient prononcer que les mots oui non. Certains individus ont perdu la mémoire des substantifs , d'autres celle des adjectifs ou des verbes. De plus longs détails m'entraîneraient au delà des limites qui me sont ici prescrites.
Je ferai seulement observer, avantde terminer cet article, que les malades qui ont perdu ainsi l'usage des mouvemens producteurs de la parole, n'en conservent pas moins la faculté d'exprimer leurs idées et leurs désirs par d'autres langages , tels que l'écriture, le geste. Bien plus, chez eux le langage du geste ou d'action
acquiert une grande vivacité , comme si ce moyen d'expression s'était enriclii de la perte éprouvée par celui qui constitue la parole. On dirait que la maladie a métaraorpho.sé ces individus en véritables muets de naissance, lesquels, comme tout le monde sait, ont le geste très animé , très-expressif.
De la différence des lésions fonctionnelles, selon que l'altération morbide siège dans la substance grise ou dans la snbsUnce blanche du cci'feau. — Quelques auteurs, MM. Foville et Pinel-Grandchamp , entre autres, pensent que les lésions de la substance grise du cerveau déterminent des lésions dans les facultés intellectuelles, tandis que les lésions des fonctions locomotrices dépendraient des altérations de la substance blanche. M. Foville ayant approfondi celle question dans l'article Ekckphale , il serait plus que superflu de nous en occuper encore.
Quant h la question de savoir si les lésions des sensations en général correspondent aux altérations de la substance grise ou à celles de la substance blanche du cerveau proprement dit, elle est d'autant plus insoluble par les données cliniques, que, jusqu'ici, ces données ne nous ont pas appris d'une manière rigoureuse si les sensations résident ou non immédiatement dans cet organe (le sentiment général , néanmoins , paraît résider dans la moelle spinale et non dans les hémisphères cérébraux).
Ce sera rendre un hommage à la vérité en déclarant, avant de terminer notre sujet, qu'il reste encore beaucoup de recherches à faire pour parvenir à découvrir, dans tous les cas, quels sont les symptômes constans, pathognomoniques qui cori espondentexclusivement aux lésions de telle ou telle portion de la masse cérébrale. Toutefois, les progrès incontestables qu'a faits, depuis quelques années , cette partie de la science, nous permet d'en espérer prochainement de nouveaux.
II. Symptômes sympathiques ou de réaction. — \° Influence de la cérébrite partielle sur la circulation. — Lorsqu'une portion assez considérable du cerveau est le siège d'une inflammation aiguë, il en résulte ordinairement un mouvement fébrile i)lus ou moins marqué. Que si, au contraire, l'inflammation est peu étendue, et que sa marche ne soit pas très-vive , la réaction fébrile est alors nulle ou |)rcsque nulle. D'ailleurs, dans certains cas , où, par suite du siège qu'occupe la maladie, les fonctions locomotrices sont plus ou moins profondément lésées , on observe aussi des troubles dans la circulation. C'est ainsi qu'il est assez commun de voir le pouls se ralentir lorsque les symptômes de collapsus se manifestent, que la respiration est fort gênée et stertoreuse ; c'est ainsi que ce même pouls s'accélère, au contraire, que le visage s'injecte et rougit, que la peau s'échauffe, lorsque surviennent des accès d'un spasme général, des convulsions épileptiformes, par exemple. Il n'est pas nécessaire d'insister sur le mécanisme de ce genre de réaction.
Lorsque la cérébrite s'est terminée, par suppuration et qu'elle se prolonge indéfiniment , elle peut donner lieu à la fièvre hectique. Mais , en général cette fièvre est bien moins prononcée que dans la plupart des antres phlegraasies chroniques des viscères.
2°. Influence de la cérébrite partielle surJa respiration. — Les mouvemens respiratoires ne sont pas notablement troublés , toutes les fois qu'une portion des hémis]ihères seulement est le siège d'une phlegraasie. Mais si celle-ci se généralise, qu'elle s'étende aux enveloppes cérébrales , à la moelle spinale, etc. alors les mouvemens de la poitrine peuvent présenter divers désordres : ils se ralentissent , s'affaiblissent dans la période de collapsus et de paralysie ; ils s'accélèrent, deviennent irréguliers et comme convidsifs , dans la période (V irritation ou spasmodique , etc.
3°. Influence de la cérébrite partielle sur les fonctious de V appareil digestif.
— Ces fonctions ne sont sensiblement lésées qu'autant que l'inflammation est assez profonde ou assez étendue pour exciter un mouvement fébrile assez considérable. Les vomissemens , si fréquens dans certaines espèces de méningite, surtout chez les enfans , n'accompagnent point , le plus ordinairement , la cérébrite partielle pure et simple. Lorsque des symptômes d'un profond collapsus se manifestent, les fonctions du système digestif participent elles-mêmes à cet état. Aussi est-ce alors que la constipation , dans certains cas , des excrétions alvines involontaires, dans d'autres, etc., ont été observées. On sait aussi combien il est difficile de provoquer le vomissement dans les cas d'un état comateux très-profond.
4». Influence de la cérébrite partielle sur les fonctions de V appareil urinaire.
— Ce qui vient d'être dit de l'influence de la cérébrite partielle sur les fonctions de l'appareil digestif , est applicable ici. Ainsi , par exemple, dans les cas de collapsus comateux dont nous parlions tout à l'heure , la perception du besoin de rendre les urines est suspendue, comme celle du besoin de rendre les matières fécales ou de prendre les alimens , et les mouvemens volontaires qui concourent à l'excrétion des urines cessent également de s'opérer. Cette excrétion alors n'a lieu que par regorgement, et si l'état comateux persiste longtemps, il est d'une haute importance de recourir au cathétérisme , si l'on ne veut pas voir éclater les graves accidens qu'amène souvent à sa suite la rétention d'urine.
Il a été dit ])lus haut que les symptômes locaux ne pouvaient pas nous faire recoimaître la forme spéciale de chacune des productions accidentelles dont la cérébrite chronique pouvait être l'origine. Il en est de même des phénomènes de réaction que peuvent déterminer ces productions. Si elles se ramollissent, si le mouvement de résorption s'empare d'une portion de la matièie liquéfiée, il en résultera une altération générale de la nutrition. Mais, jusqu'ici, je le répète, nos connaissances ne sont pas encore assez avancées sur ce point pour que nous puissions déterminer, d'après l'altération générale que peut avoir éprouvée la nutrition , quelle est précisément l'espèce de production accidentelle développée dans le cerveau {voyez Cancer, Tubercules, etc.).
ENCÉPHALITE
ENCÉPHALITE
§ III. Des causes de la cêrébrite. — Les cuises déterminantes de la cérébrite sont assez varices. Il faut placer au premier rang les agens vulnérans appliqués sur le cr.îne; les vives émotions morales, les travaux intellectuels immodérés; l'abus des boissons alcoholiques , d'un régime excitant en général ; la suppression , plus souvent l'extension de certaines phlegmasies chroniques extérieures voisines de l'encéphale, telles que les érysipèles de la face , les éruptions du cuir chevelu chez les enfans, les phlegmasies chroniques de l'oreille et des fosses nasales, surtout celles qui sont accompagnées de carie des os du cr.'ine, les irritations des nerfs en général, et en particulier celles des nerfs dentaires et des gencives à l'époque de la dentition ; les épanchemens apoplectiques , les productions dites accidentelles qui , après avoir dù elles-mêmes leur origine à une phlegmasie lente, chronique, deviennent des corps étrangers plus ou moins iritans.
Sur quarante-cinq malades, dont j'ai rapporté l'observation dans mon Traité de L'encéjihalilc , dix avaient eu le cr'inc soumis à l'action des causes vulnérantes ; six avaient éprouvé des affections morales vives ; deux avaient offert les sympt(imes d une irritation inflammatoire des nerfs extérieurs ( chez l'un une ligature avait été appliquée autour du plexus brachial , chez l'autre l'irritation occupait les nerfs dentaires, par suite d une dentition laborieuse) ; tieux eurent un érysipcle de la face, lequel s'étendit au cuir chevelu et finit par envahir les organes encéphalique.^^ ; trois avaient abusé des liqueurs alcoholiques ; deux avaient éprouvé une suppression de phlegmasie chronique extérieure; un état affecté d'otite; trois avaient des épanchemens apoplectiques (chez l'un de ces derniers l'inflammation cérébrale survint pendant l'administration de la noix vomique contre la paralysie produite par i épanchement apoplectique). Chez le reste des malades, nous ne pûmes obtenir aucun renseignement su ries causes déterminantes de leur cérébrite.
En analysant les observations contenues dans l'excellent ouvrage de M. Lallemand. on voit que les malades furent soumis h des influences semblables à celles qui viennent d'être indiquées.
M. Lallcmaïul s'est appliqué surtout à bien signaler une des causes les plus fréquentes des inflammations chroniques partielles du cerveau ; savoir : la carie des os du crâne , et celle du rocher en particulier. Cette dernière cause lui a paru si commune, si puissante, et si peu connue , qu'il a cru devoir l'étudier d'une manière spéciale, et consacrer une partie de sa quatrième lettre à ce sujet important et éminemment pratique.
Je ne dirai rien ici des causes prédisposantes de la cérébrite. Les unes ne sont autres que les causes déterminantes elles-mêmes, agissant lentement et pendant long-temps; les autres ne diffèrent pas de celles qui sont communes à toute inflammation en général. ( Voyez 1^FLA.MMATI0K.)
§ \N . De la marche j de la durée , du pronostic et des complications de la cérébrite partielle. — Comme toutes les autres phlegmasies, la cérébrite se de'veloppe tantôt brusquement et tantôt d'une manière lente , sourde , graduée ; de là la division de la cérébrite en aiguë et en chronique. Cette dernière n'est pas toujours primitive, mais souvent, au contraire, consécutive à la cérébrite aiguë. Lorsque les causes agissent d'une manière impétueuse et violente , que le sujet est jeune, sanguin , irritable , la cérébrite affecte ordinairement une marche aiguë; que si, au contraire, les causes s'exercent avec lenteur et ne possèdent que peu d'énergie, et, qu'en même temps le sujet soit d'un âge avancé , peu sanguin , apathique et froid, la cérébrite se présentera le plus souvent sous la forme chronique.
Quant à la durée de chacun de ces deux modes de la cérébrite, il est impossible de la préciser d'une manière mathématique et qui soit applicable à tous ies cas. Une foule de circonstances peuvent la faire varier ; telles sont , entre autres, le siège et l'étendue de l'inflammation, l'âge, la force, le tempérament des malades, les complications, l'espèce de traitement , etc.
Sur quarante-un malades qui ont succombé à la cérébrite aiguë, et dont M. Lallemand nous a traité l'histoire, vingt-deux sont morts dans le premier septénaire, douze dans le second, et sept dans le troisième. (AV^- ez la deuxième Içttre de cet auteur, page 217.)
En faisant abstraction de la marche aiguë ou chronique que la cérébrite a primitivement affectée chez les quarante-cinq malades dont j'ai consigné les observations dans le Traité de l'encéphalite , et qui ont succcombé , voici h quelles épo((ues la mort est survenue : chez neuf, dans le premier septénaire ; chez six, pendant le second ; chez six encore , pendant le troisième ; chez deux pendant le quatrième; chez trois , pendant le cinquième; chez dix-huit, après deux ou plusieurs mois , ou même après une ou plusieurs années.
Les relevés de ce genre ne nous fournissent que des données trè3-im|)arfaites sur la durée de la cérébrite pure et simple, attendu que, dans la plupart des cas qu'ils embrassent, la célébrité était compliquée de maladies variables qui ont exercé une très-grande influence sur la terminaison de cette phlegmasie.
Une inflammation circonscrite des hémisphères cérébraux n'est pas par ellemême très-grave, eu ce sens qu'elle ne compromet pas immédiatement , et d'une manière prochaine, les jours des malades. Mais lorsque l'irritation se propage à tout le système cérébro-spinal , qu'il s'y joint un épanchement puriforme , séreux ou sanguiu, et parlant une compression plus ou moins forte et étendue, la vie des malades est sérieusement men;)cée. D'un autre côté , pour ne pas exposer à un péril imminent l'existence des malades, une phlegmasie circonscrite des hémisphères cérébraux n'en constitue pas moins une maladie très-fâcheuse , si l'on considère qu'elle tend à désorganiser la portion du cerveau qui en es! le siège , et par consécjuent à déterminer une paralysie plus ou moins étendue, soit des raouvemens , soit de l'iniclligence elle-même , surtout SI les deux hémisphères sont à la fois altérés dans tics régions correspondantes.
Il n'est, pour ainsi dire, aucune maladie dont la cérébrite partielle ne puisse être compliquée. Il nous sufllt de signaler ce fait, dans les détails duquel ce n'est pas ici le lieu de descendre. Ajoutons seulement que ces complications, quand elles existent, méritent d'attirer tonte l'attention du médecin.
§ V. Traitement de la cérébrite. — l". Traitement de la période d'irritation. — Les saignées générales et locales , suffisamment abondantes et convenablement répétées , sont incontestablement le moyen le plus efficace par lequel on puisse combattre la période dont nous nous occupons. Toifs les vrais praticiens se trouvent d'accord sur ce point. Après les émissions sanguines , le moyen le plus héroïque que l'art possède contre la cérébrite consiste dans les applications réfrigérantes sur la tête. Tantôt c'est la glace pilée qu'on emploie (on en remplit à tlemi une vessie dont on recouvre le cuir chevelu , avec la précaution de renouveler la glace, aussitôt que la chaleur est parvenue à fondre celle qu'on a d'abord appliquée); tantôt on pratique sur la tête des afTusions avec l'eau froide (il faut éviter les afTusions froides sur toute la périphérie du corps, attendu que le refroidissement général, produit par ces dernières, favorise les congestions viscérales, en général, et celles des poumons et du cerveau en particulier).
Dans un assez bon nombre de cas, cet emploi combiné, et dirigé avec une sage hardiesse, des saignées et de la glace dissipent promptement, et comme par enchantement, les symptômes de la plus vive irritation du cerveau.
Il n'est pas besoin de dire que la diète absolue, l'usage des boissons rafraîchissantes, acidulés, délayantes, émollientes , suivant les cas, les lavemens adoucissans ou huileux, doivent seconder l'action des antiphlogisliques dont il vient d'être question.
Les révulsifs , tant extérieurs qu'intérieurs , sont aussi quelquefois employés avec succès , soit en même temps que les émissions sanguines et les applications froides, soit plutôt consécutivement à ces dernières, quand elles n'ont pas complètement triomphé de la phlegmasie. Ces révulsifs sont principalement, comme on sait, à l'extérieur les synapismes , les vésicatoires, les sétons, les moxas , les ventouses , les cautères , et à l'intérieur les simples laxatifs ou les purgatifs énergiques. De tous les révulsifs intérieurs, celui qui jusqu'ici a joui delà plus grande célébrité , grâce à l'usage qu'en faisait Desault, est l'émétique en lavage. Trop de succès semblent déposer en sa faveur pour qu'on ne doive pa? en recommander l'emploi.
Quant à l'administration de ce médicament en tant que vomitif, M. Ducrot, et plus récemment M. Lallemand , se sont sévèrement prononcés contre elle. Le second de ces auteurs a eu soin de rassembler trop de faits attestant les graves inconvéniens de cette administration, pour qu'il soit permis de s'en constituer le défenseur.
Je ne sache pas qu'on ait encore appliqué au traitement de la cérébrite la méthode de l'émétique à haute dose.
Il est bien entendu que le médecin ne négligera rien pour combattre les causes sous l'influence desquelles la phlegmasie cérébrale aurait pris naissance. C'est ainsi , par exemple , que la cérébrite traumatique guérit souvent comme d'elle-même , aussitôt qu'on est parvenu à enlever la cause qui l'avait déterminée et qui l'entretenait par sa présence. Cette cause est tantôt une esquille osseuse , tantôt un fragment d'instrument piquant ou tranchant , tantôt une balle, etc., qui auront pénétré dans la profondeur de la substance cérébrale. Dans des cas de ce genre, l'opération du trépan peut être d'une indispensable nécessité.
Ce n'est pas ici le lieu de rapporter des observations particulières àl'appuj des préceptes qui viennent d'être proposés. J'en ai rassemblé un certain nombre dans le traité de l'encéjihulite.
2°. Traitement de la période de suppuration. — Lorsque , malgré l'application de la méthode antiphlogislique , ou que, faute d'y avoir eu. recours , la cérébrite s'est terminée par suppuration; il faut, tant qu'il reste des traces d'inflammation, persister, avec une sage réserve, dans cette méthode, et laisser à la nature le soin de faire disparaître, par le moyen de la résorption, le pus infiltré dans la substance cérébrale.
Existe-t-il des abcès dans l'épaisseur du cerveau , soit récens, soit anciens et enkystés ( existence qu'il n'est pas , au reste , toujours facile de reconnaître )? il pourrait devenir nécessaire de donner issue à la matière purulente, dont la présence est à la fois une cause d'irritation nouvelle et décompression. Malheureusement , dans l'état actuel de la science , si les parois du crâne sont intactes , il est presque impossible de déterminer, d'une manière précise , le siège de la collection purulente. En supposant que l'on pût y parvenir, l'opération à laquelle il faudrait recourir pour frayer au pus un passage au dehors , le trépan enfin, est une opération si grave, qu'on ne se résoudrait à la pratiquer que dans les cas extrêmes. On devrait se décider d'autant moins précipitamment à cette opération dans les -cas ordinaires, que quelques faits portent à croire que le pus des abcès cérébraux peut être résorbé, et que, dans les cas où cette heureuse terminaison n'a pas lieu, il arrive assez fréquemment que les abcès du cerveau n'entraînent pendant long -temps aucun accident grave.
Toutefois, dans les cas où une perforation accidentelle du crâne permet d'atteindre immédiatement une collection purulente formée dans l'épaisseur de la substance cérébrale, nul doute qu'on ne doive l'ouvrir sans hésiter. En effet, l'expérience a suflisamment prouvé que cette opération est suivie, en général , de résultats favorables. On trouvera , par exemple, deux observations h l'appui de ce précepte , dans le mémoire de Quesnay sur les plaies du cer- VKau j mémoire , où pour le dire en passant , l'aulenr a démontré par des faits
ENCEPHALITE.
nombreux une vérité que des expériences récentes sur les animaux ont amplement confirmée, savoir que les plaies du cerveau ne causent par elles-mêmes aucune douleur {ï'ojez Abcès, Céphalalgie, Douleur).
3°. Traitement c/es dwerses productions accidentelles qui ont pu se déi'elopper dans le cerceau , à la suite d'une inflammation chronique de cet organe. — - Quelque diverse que soit la composition analomique de ces productions , qui se manifestent ordinairement sous la forme de tumeurs , leur traitement local, essentiellement chirurgical , ne présente qu'une seule et même indication. Ces tumeurs sont des corps étrangers dont il conviendrait de tenlcr l'extirpation , si leur siège précis nous était connu , et que , d'ailleurs , l'instrument du chirurgien pût toujours , pour arriver jusqu'à eux , impunément franchir l'épaisse barrière que lui opposent les parois osseuses du crâne et la triple enveloppe membraneuse du cerveau.
Je me suis déjà occupé de ce sujet à l'occasion du cancer des centres nerveux: je me contenterai donc ici de renvoyer le lecteur à cet article. Les moyens intérieurs qu'il convient de mettre en pratiipie dans les cas que nous étudions sont purement palliatifs. Les narcotiques seront administrés, si les malades éprouvent des douleurs plus ou moins violentes , comme il arrive quelquefois , et plus spécialement peut être , quand les tumeurs appartiennent à celles que l'on connaît sous le nom de cancer {t\M\s un cas de ce genre recueilli par Georget, les douleurs ofTiaient le caractère lancinant que certains auteurs ont regardé comme propre au cancer , dernière opinion qui , toutefois , est en opposition avec un grand nombre de faits).
On trouvera à l'article Inflammation en général ( forme chroni([uc ) des détails qu'on ne saurait placer dans l étude de chaque phlegmasie chronique en particulier , sans tomber dans des répétitions inutiles.
Il ne faut pas négliger de remédier à divers accideus que nous avons vu se rattacher à la lésion cérébrale. Ainsi , par exemple , il faudra ne pas oublier de pratiquer le cathélérisme , lorsque la rétention d'urine a lieu. La rétention des matières fécales réclame des lavemens laxatifs , elc, etc.
Terminons eu disant que les diverses maladies dont la cérébrite peut être compliquée, léclameut des soins particuliers , qui seront indiqués aux articles consacres à l'étude de ces maladies.
article II. DE la CÉrÉBELLITE OU INFLAMMATION DU CERVELET.
Jusqu'ici nous ne possédons encore aucune description spéciale , aucune monographie ties maladies du cervelet en général et de son inflammation en particulier. Je crois cependant que le moment est venu de ne pas confondre l'histoire des maladies de ce centre nerveux avec celle des autres parties qui concourent à composer l'axe cérébro-spinal. C'est pour cette raison (jue je vais consacrer, dans ce Dictionnaire, quelques mots à la cérébellite , en attendant que de nouvelles recherches permettent d'en tracer une monographie complète-
§ I. Les caractères analomiquss de la cérébellite, soit aiguë , soit chronique , étant absolument les mêmes que ceux de la cérébrite, je ferai grâce de leur description au lecteur.
§ II. A l'exception de la douleur et du sentiment de chaleur qui pourraient se manifester dans la légion du crâne correspondante au cervelet, les symptômes locaux de la cérébellite n'ont été , jusqu'ici , rigoureusement signalés par aucun palhologiste. Il ne faut point s'en étonner , puisque ces symptômes ne peuvent être autre chose qu'une lésion des fonctions propres au cervelet, et que même encore aujourd'hui ces fonctions sont l'objet des plus vives coniroverses. Dans un mémoire que j'ai publié , il y a quelques années , j'ai indiqué les principales opinions qui ont été émises sur ce point important de physiologie; et j'ai conclu, d'un assez grand nombre d'obseivations et d'expériences pratiquées sur les animaux vivans , que, comme Kolando et M. Flourens nous l'avaient déjà appris, le cervelet préside aux actes de la station , de l'équilibration et delà progression. Cependant plusieurs physiologistes , partageant encore l'opinion du célèbre Gall, affirment que le cervelet est l'organe de l'instinct de la propagation , tandis que d'autres , et M. Foville est de ce nombre (voyez son article Encéphale dans ce Dictionnaire ), considèrent ce centre nerveux comme la source et le réservoir de la sensibilité, etc., etc.
Quant à moi , je conserve toujours l'opinion que j'ai adoptée dans le mémoire indiqué plus haut ; et, revenant maintenant aux symptômes de la cérébellite , je crois me conformer aux faits attestés par la saine observation, en disant que ces sympomes consistent en des lésions des fonctions de la station , de l'équilibration et de la progression. Quelques observations cliniques, consignées dans mon mémoire , déposent en faveur de cette assertion. Malheureusement la plupart des observations de cérébellite , soit aiguë, soit chronique, que nous possédons actuellement sont plus ou moins tronquées , et par conséquent incapables de résoudre , d'une manière positive , la question que nous agitons. Mais il n'en est pas de même des observations de cérébellite artificielle que j'ai déterminées chez des animaux d espèces différentes. En effet, ces observations , au nombre de plus de vingt , recueillies avec tous les détails convenables , s'accordent à démontrer que les seuls symptômes constans , et en (\\\t\(\\ie sor\e paihognomoniques àc Li cérébellite déterminée artificiellement, sont les désordres des fonctions de la progression et de l'équilibration.
Lorsque le cervelet est simplement irrité , on ne détruit point les fonctions indiquées , mais on les bouleverse, si l'on peut ainsi dire, pour un certain temps ; c'est alors qu'on observe des sauts , des culbutes , des pirouettes et autres mouvemens bizarres qui s'exécutent avec une telle impétuosité que l'œil ne peut les suivre qu'iaiparfaitement. Au milieu de cette agitation universelle, irrésistible, comme épileptique , l'équilibration est très - difficile ou même impossible. Ces mouvemens désordonnés, celle sorXe à' aliénation , de délire
DiCT. DE MÉDECINE ET DE^ClIHlLEGlE PRATIQUES.
869 ) ENDEMIQUES (MALADIES).
des fonctions de la progression ne tarde pas à se dissiper, quand l'irritation est très-superficielle.
Mais quand une profonde désorganisation du cervelet est la suite de l'inflammation qu'on y a développée artificiellement, alors l'animal est privé sans retour de la faculté de s'équilibrer et de l'exercice de ses mouvemens de progression. Tous les efforts qu'il faità cet égard sont impuissans , et servent seulement à démontrer que , pour être devenu inhabile à coordonner les mouvemens en marche , ou à se maintenir dans un état de station, il n'en conserve pas moins la faculté d'exécuter des mouvemens partiels, et de remuer ses membres dans tous les sens.
Au reste, il serait trop long de détailler ici toutes les modifications des fonctions de progression et de station que la désorganisation plus ou moins étendue du cervelet peut déterminer. Une foule d'affections désignées sous le nom vague de maladies nerveuses , ne tarderont probablement pas à rentrer dans la classe des lésions inflammatoires ou autres du cervelet : telles sont entre autres celles caractérisées , tantôt par la crainte de tomber en marchant, tantôt par une tendance irrésistible à reculer , tantôt par un besoin invincible de courir , d'exécuter des sauts , des culbutes , des pirouettes extraordinaires , sans aucun motif raisonné. (J'ai connaissance de deux cas extrêmement curieux de ce dernier genre , recueillis par feu le docteur Cassan, dans le service de M. Duméril à la maison de sanlé. )
L'érection et l'éjaculation ne me paraissent pas des symptômes essentiels et pathognomoniques des irritations du cervelet , comme l'ont prétendu Gall et M. Serres.
Je n'ai jamais vu la paralysie de la sensibilité ou du sentiment général accompagner la désorganisation complète , la destruction entière du cervelet , circonstance qui devrait avoir lieu, si le cervelet était réellement le foyer central de la sensibilité. 11 est bien vrai que la plus bizarre agitation tourmente l'animal dont on vient d'irrirer le cervelet ; mais c'est une erreur que d'attribuer ce phénomène à une exaltation de la sensibililé. Il constitue , ainsi que je l'ai dit , une sorte de délire des fonctions locomotrices.
§ III. Les considérations relatives à la marche , au pronostic et au traitement de la cérébellite ne différant pas essentiellement de celles dans lesquelles nous sommes entrés à l'occasion de la cérébrite, je ne m'en occuperai pas pour le moment, dans la crainte de dépasser les bornes qui me sont imposées par la nature de cet ouvrage. ( J. Boiiillaud. )
ENDÉMIQUES (MALADIES). Il est des maladies qui sont propres à certains pays , soit qu'elles y régnent continuellement , soit qu'elles y paraissent à des époques tantôt variables, et tantôt conslaramcnl les mêmes. Ce sont ces maladies auxquelles ou a donné le nom de maladies cndèin ques.
Presque toutes les maladies endémiques peuvent cependant se montrer soit sporadiquement, soit épidéniiquement , hors des lieux où elles ont établi leur empire ; ainsi ce n'est pas seulement près des marais que l'homme est exposé a contracter une fièvre intermittente , il n'est pas de contrée où l'on ne trouve quelques individus atteints isolément de l'hypertrophie du corps thyro'ide ; et le choléra morbus , endémique sur les bords du Gange, a envahi plus d'une fois des continens entiers Parmi ces maladies , il en est quelques-unes seulement dont on ne trouve les analogues nulle part ailleurs que dans le pays où elles sont endémiques , telle est la pellagre, qui n'a été observée jusqu'à présent qu'en Lombardiej telle est encore la plique polonaise.
Bien différentes en cela des maladies épidémiques , la plupart des maladies endémiques sont produites par des causes toutes locales dont il est facile d'apprécier l'influence. Ces causes sont si évidentes qu'en les détruisant , on fait disparaître l'affection endémique qu'elles entretenaient. Il y a un grand nombre de maladies endémiques dont on est ainsi parvenu à extirper jusqu'aux moindres traces , au sein de populations jadis décimées par elles. On peut établir comme une loi que le, nombre et la gravité de beaucoup de ces maladies sont constamment en raison inverse du degré de civilisation et de lumière répandues dans un pays. Des contrées autrefois parfaitement saines sont devenues des foyers de maladies pestilentielles, sans que leur climat ail en aucune façon changé , par cela seul que de mauvaises institutions y ont laissé dépérir l'indus " trie ; ainsi un des pays les plus sains du monde était autrefois l'Égyple, et lu peste y est aujourd'hui endémique ; ujie grande partie du littoral de l'Italie, assainie par les Romains, est infectée aujourd'hui de fièvres intermittentes graves ; et l'Irlande, habitée par une population misérable , privée de pain et de liberté , est annuellement ravagée par un typhus meurtrier que portent de village en village les hordes de vagabonds qui les parcoureiît. D un autre côté, à mesure que dans un pays croît et se développe dans tous les sens l'iatelligence humaine , à mesure aussi s'améliore son état sanitaire. Dans le moyen âge, les maladies pestilentielles étaient véritablement endémiques en Europe ; la population de Paris était alors en proie aux ravages du scorbut : sous les règnes de Louis XiV et de Louis XV, les hôpitaux de cette ville e'taient encore toute l'année remplis de scorbutiques. A cette époque aussi , ainsi que l'attestent les écrits du temps , les maladies de la peau , les scrofules étaient dans Paris sinon plus communes, au moins beaucoup plus graves et plus hideuses ; cependant le climat de Paris est resté le même , mais ses habitans ont acquis une plus grande aisance ; ils se sont soumis à des soins de propreté inconnus à leurs a'îeux ; ils ont acquis les moyens de se procurer une alimentation meilleure, des vêtemens plus convenables , des habitations plus saines, où l'entassement a été moindre où un air plus pur a pu être respiré par chaque individu , où des précautions mieux entendues ont été prises contre les différentes vicissitudes atmosphériques. L'homme peut si bien modifier à son avantage l'influence spéciale des localités qu'il habite que, tandis qu'il y a deux siècles il ne pouvait guère
ENDÉMIQUES (MALADIES)
ENDERffilQUE (METHODE).
voyager tians une mer du nord sans éprouver quelque atleinlc du Scorbut , aujour'dhui il sait s'en préserver presque à coup sûr, quels que soient les parages vers lesquels il navigue ; et pour cela il n'a fallu faire autre chose que donner aux matelots une alimentation plus réparatrice et des vêtemens qui tes garantissent mieux de l'humidité. Elle est si grande , cette puissance de l homme , que , là où elle ne s'e.xerce pas , naissent et se multiplient les maladies mêmes qui sont ordinairement le résultat de l'influence de conditions atmosphériques toutes différentes. Ainsi , dans son voyage autour du monde avec l'amiral Duperrey , le docteur Lesson a trouvé les îles s iuvage de la mer du Sud remplies d'individus rachiliques et scrofulcu.x , comme à priori on eût pu penser qu'il en aurait rencontrés par exemple sur la plage humide du banc de Terre-Neuve. Partout, du reste , dans les conditions d'assainissement d'un pays , il en est une qui domine toutes les autres, c'est l'aisance dont jouissent ses habitans. C'est ainsi qu'à Paris les recherches de M. Villermé ont appris que le nombre des décès n'est pas dans les divers arrondissemeijs en rapport direct avec l enfassement des habitans, ce que la théorie aurait pu faire supposer, mais qu'il y a un rapport direct entre le nombre de ces décès et le nombre des locations non imposées ; or, ce dernier nombre représente assez exactement l'aisance plus ou moins grande de ces divers arrondissemens. Voulez-vous encore un exemple bien frappant de ce que peut l'homme sur la vie de l'homme? étudiez la diminution progressive qu'a subie la mortalité dans les prisons de plusieurs pays , depuis une vingtaine d'années. A Lyon, de 1800 à 1806, la mortalité moyenne annuelle des prisons était de 1 sur 19 ; de 1806 à 1812 , elle n'a plus été que de 1 sur 31; de 1813 à 1819, elle a été seulement de 1 sur 34 ; et de 1820 à 1826, de 1 sur 43. A Rouen, un fait semblable se reproduit ; ainsi , dans les prisons de cetteville , de 1812 à 1814 , la mortalité moyenne annuelle était de 1 sur 4 ; et de 1815 à 1816 , elle n'a plus été que 1 sur .51. Différences bien remarquables , et que nous trouvons toujours en rapport avec une amélioration dans les soins hygiéniques accordés aux prisonniers. Citerons-nous encore cet effroj able exemple de la prison de Vilvorde (Pays-Bas ) , dans laquelle en 1802 nous trouvons la mortalité être de 1 sur 1,27, rester à peu jirès telle tant qu'on ne modifie pas l'air et le régime des prisonniers , puis n'être plus successivement de 1805 à 1807 , que de 1 sur 7 , puis de I sur 2U , et enfin de 1 sur 30, par le simple perfectionnement des soins hygiéniques ( Consultez à cet égard le travail de M. Villermé sur les prisons, inséré dans le tome \" des Annales d' Hygiène publique el Je Médecine légale. )
Mais s'il est des maladies qu'une civilisation plus avancée peut faire disparaître d'un pays, ou du moins peut y rendre moins fréquentes ou moins graves, il en est d'autres sur lesquelles il n'est pas prouvé qu'elle ait la même influence. La phlhisie pulmonaire, par exemple , cette maladie endémique des grandes villes , esl-elle aujourd'hui moins commune à Londres et à Paris qu'autrefois ? Nous en doutons : il résulterait même d'un relevé fait à Londres par Bateman, du nombre d'individus emportés dans celte ville par la plithisie pendant le cours du 18e siècle , que cette terrible maladie y est devenue de plus en plus commune. En effet , d'après ce relevé, il ne serait mort à Londres chaque année, dans le premier tiers du 18*^ siècle, que trois mille individus de la plithisie ; dans le deuxième tiers, quatre mille personnes auraient été annuellement entraînées au tombeau par celte cruelle affection; et dans le dernier tiers du même siècle, elle aurait fait par an cinq mille victimes. Mais on comprend facilement avec quelle précaution doivent être acceptés les résultats d'un pareil relevé. Comment en effet a-t-on constaté la nature de la maladie qui sur les registres se trouve inscrite sous le nom de plithisie pulmonaire ? Ne sont-ce pas les progrès de l'observation , £|ui , en apparence seulement , l'ont montrée de plus en plus commune ? 11 est très-vraisemblable que ce n'est pas seulement de nos jours qu'a Paris les tubercules pulmonaires sont une affection véritablement endémique parmi les cnfans de la basse classe qui succombent entre trois et cinq ans. Cependant infiniment peu d enfans parmi ceux qui succombent hors de l'Hôpital des Enfans sont inccrits comme phthisiques sur les registres mortuaires, parce que la phthisie pulmonaire dans la première enfance ne se présente pas avec les traits cjui la caractérisent à une époque plus avancée de la vie. D'ici à quelques années , le perfectionnement du diagnostic viendra modifier sous ce rapport les registres mortuaires , il semblera qu'il meurt plus d'enfans de la phlhisie pulmonaire, et en réalité il n'en sera pas ainsi.
11 est cependant une grande classe de maladies, qui, rares dans les campagnes , sont au contraire véritablement endémiques au sein des grandes villes; ce sont les névroses. Nul doute que ces affections ne doivent devenir plus nombreuses et plus graves , à mesure que l'homme soumet son système nerveux à une excitation plus vive et plus prolongée. Mais nous croyons que, s'il est incontestable que l'habitant des villes est plus exposé à contracter des névroses que l'habitant de la campagne , il n'est pas moins incontestable d un autre côté que les affections nerveuses qui se multiplient k l'infini au sein d'une civilisation qui commence, s'amendent et diminuent sous l'influence d'une civilisation plus avancée. Ainsi les névroses de toute espèce étaient certainement plus communes chez nos Parisiennes sous le règne de Louis XV que de nos jours; en les rendant meilleures mères et meilleures épouses , l'heureuse réforme de notre état social leur a ôté leurs maux de nerfs. Ainsi, les sociétés humaines trouvent dans leur perfectionnement même un remède assuré aux maux qu'elles commencent par créer. On a souvent répété que l'aliénation mentale était devenue de nos jours beaucoup plus fréquente ; nous croyons que ses formes seules ont pu changer ; et s'il est vrai, comme on ne peut guère en douter, que les grandes émolions morales exercent sur la production de la folie la plus grande influence, comment n'admettrait-on pas que , si cette affection a dû être endémique au sein des villes, c'est surtout dans le cours du moyen âge, dans ce temps de dé-
sastreuse me'moire où, au sein d'une société livrée sans défense au choc des passions les plus terribles , il n'y avait ni liberté dans la vie publique , ni sécurité dans la vie privée. Disons avec M. Esquirol que , si depuis quarante ans le nombre des aliénés a paru augmenter en France, c'est que depuis ce temps l'amélioration des établissemens qui leur sont destinés y a fait affluer ces mêmes aliénés, qui auparavant semblaient être moins nombreux, parce qu'ils mouraient inconnus dans les lieux où leur folie avait pris naissance.
Ainsi donc, de quelque côté que nous jetions les regards, nous voyons les maladies endémiques diminuer à mesure que l'homme s'e'claire ou a plus d'aisance. Cei)endant il ne peut pas partout les faire disparaître. Elles naissent encore , quoi qu'il fasse , sous l'empire des diverses influences extérieures auxc|uelles l'homme est soumis, qu'il peut souvent modifier, mais auxquelles il ne lui est pas toujours possible de se soustraire. Mais dans une semblable étude se présente une difiîculté grave; c'est que très-rarement l'une de ces influences agit seule , de telle sorte qu'il est souvent impossible de bien faire la part de chacune d'elles.
La plupart des maladies endémiques sont dues aux influences atmosphériques L'air ])eut agir pour les produire, 1" par sa température, ou trop basse, ou trop élevée, ou variable; 2o par la quantité de rayons solaires dont il est traversé; 3° par ses différens degrés d'humidité; 4° par les différentes substances étrangères qui peuvent s'y trouver accidenlellement mêlées. Dans Irg différens articles de ce Dictionnaire, consacrés à l'histoire de chaque maladie en particulier, on pourra voir comment chacune de ces influences contribue d'une manière plus ou moins puissante à la production de ces maladies, lorsqu'elles sont endémiques.
Les alimens jouent aussi un rôle incontestable dans la production des endémies. Ils agissent tantôt en irritant directement le tube digestif, tantôt en introduisant dans le sang des principes essentiellemeut délétères , tantôt enfin en ne fournissant pas a l'économie une suffisante quantité de matériaux réparateurs. Nous donnerons de plus amples détails sur l'action nuisible que peuvent avoir sur l'homme l'air et les alimens à l'article Épidémies.
Mais toute maladie endémitjuc n'est pas le produit de causes extérieures qui puissent être constamment .ipprériées. Ainsi, pourquoi la pellagre règne t-ellc exclusivement en Lombardie? on l'ignore. Pourquoi est-ce seulement en quelques lieu.x de l'Alriqiic et de l'Asie que I homme est affecté du dragonneau? on ne le sait pas davantage. Pourquoi le goitre s'est-il montré comme une affection endémique dans des lieux où l'on ne peut accuser de sa production ni l'humidité de l'air, ni les boissons, ni les alimens, ni aucune des causes auxquelles on avait cru pouvoir l'attribuer? Il y a dans tout cela bien des inconnues à dégager. , (Andral.)
ENDERMÎQTJE (METHODE). On donne ce nom à une nouvelle manière d'administrer divers médicamens, qui consiste à les appliquer sur la peau, préliminairement dépouillée de son épiderme, soit par le moyen des vésicatoires ordinaires , soit par tout autre procédé. Absorbée par la surface avec laquelle elle est mise en contact, la substance médicamenteuse exerce ensuite son action thérapeutique comme si elle eût été introduite primitivement dans le système digestif.
Cette méthode ne date que de l'année 1823 , et c'est MM. Lembert el Lesieur qui , les premiers, en conçurent 1 heureuse idée.
Avant celte époque, la science possédait un grand nombre de faits qui ne permettaient pas de douter que certains agens , mis en contact avec le derme dénudé , ou dé|)osés dans le tissu cellulaire , n'exerçassent sur l'économie la même influence que s'ils eussent été ingérés ou bien injectés dans les veines, ou bien encore appliqués à la surface des membranes séreuses. Murray avait annoncé, chose assez remarquable, que l'aloès , appliqué sur la surface d'un vésicatoire ou d'un cautère , produit des évacuations alvines. M. Bally avait observé le narcotisme chez un enf;»nt auquel on pansait des moxas avec du cérat lavé dans de l'eau distillée de laurier-cerise. Le même praticien a rapporté a M. Lembert qu'un individu , aux Antilles , préconisait, comme un moyeu infaillible contre la fièvre jaune , les frictions exercées avec du mercure doux, à la surface d'un vésicatoire. II y a déjà bien long-temps que M. le professeur Duméril avait inoculé la petite-vérole , en appliquant à la surface d'un vésicatoire un fil enduit de virus variolique. Le même médecin a guéri une paralysie de paupière en introduisant dans une incision de l'extrait de noix vomique. Quoi de plus vulgaire que l'application du camphre sur les vésicatoires ?
Mais tous ces faits, que M. Lembert a eu soin de consigner dans son Mé^ moire sur la MèlhoJe endermique, étaient en quelque sorte demeurés stériles avant que MM. Lembert et Lesieur n'eussent conçu le projet d'en déduire une méthode nouvelle de thérapeutique. On sentira facilement les avantages qui résultent de la découverte de celte nouvelle voie thérapeutique, si l'on réfléchit que , dans i:n grand nombre de cas , les lésions du tube digestif contreindiquent des médicamens , d'ailleurs très-utiles , et que, dans d'autres cas , en raison d une sorte d idiosyncrasie , ce même appareil ne peut tolérer les médicamens que réclame la maladie.
Frappé de la contre-indication que l'état du canal digestif oppose à l'ingestion des stimulans , dans plusieurs des cas décrits sous les noms de fièvres ataxiques et adynamiques , et convaincu néanmoins de la nécessité de relever les forces des systèmes nerveux et sanguin, M. Lordat, dit M. Lembert (Mém. cité, p. 12), conseille la stimulation extérieure, et déclare que, s'il existait une voie nouvelle d'administration , il faudrait y recourir sans hésiter.
Voici, d'après M. Lembert ,un aperçu succinct des avantages et des inconvéniens de la méthode endermique :
1». La plupart des médicamens ne subissent presque aucun mélange , aucune
ENDERMIQUE (MÉTHODE). ( 8:
altération sur la surface des vésicaloires ; leurs efTels sont toujours dislinets , ne se confondent jamais avec le trouble morbide des organes digestifs.
2». Certaines substances qui sont liabiluellement ou accidentellement sans action lorsqu'elles sont administrées à l intérieur, en manifestent une très-énorgique , quand on les applique suivant la méthode endermique. Celte mélhode a Tavantage incontestable d'épargner aux organes digestifs toute irritation topique , et de ne point laisser le praticien dans l'allernative de porter un corps irritant sur des organes enflammés , ou de priver le malade des bienfaits consécutifs à son absorption. On peut, avec une entière sécurité, prolonger l'emploi des médicamens , et lorsqu'une surface a été altérée par leur contact, rien n'est plus simple et plus facile t[uc d'en établir une nouvelle ; on les suspend aussitôt <fue de leur action résultent des effets nuisibles. Il est , d'ailleurs , quelquefois possible de neutraliser l'action d'un médicament nuisible , en appliquant sur la pl aie du vésicatoire un médicament doué d'une action opposée à celle du 1 précédent.
3°. La mélhode endermique est surtout d'un grand secours dans les cas où les organes digestifs se soulèvent , se révoltent en quelque sorte contre les médicamens prescrits , ou bien dans les cas où il existe une irritation vive de ces mêmes organes.
4o. Quant aux inconvéniens de la mctliode endermique , on peut signaler les suivans. Le contact d'un grand nombre de substances sur la plaie qui succède aux vésicatoires est quelquefois des plus douloureux; certains médicamens deviennent par cela même intolérables , et il en est (jui déterminent la mortification de la surface sur laquelle ils ont été appliqués. 11 est, enfin , des médicamens qni n'exercent absolument aucune action , quand on les adaiinistre parla mélhode endermique.
Cette méthode n'est donc, ainsi que ses auteurs l'ont eux mêmes reconnu qu'une auxiliaire des médications ordinaires. Pcut-èlrede nouvelles expériences agrandiront-elles le champ de ses avantages.
Entrons maintenant dans quelques détails relativement à la mise en exécution de la mélhode endermique.
l». Des procédés pour dénuder le derme. Le moyen le plus généralement usité jusqu'ici consiste dans l'application des vésicatoires. M. Lembert proscrit l'emploi de l'eau bouillante comme agent vésicant, «parce que, dit il, son » action est incertaine, dangereuse , et qu'elle mortifie le plus souvent la super- » ficie du derme ; ce qui la rend inhabile à l'absorption. « En entourant les vésicatoires ordinaires de cataplasmes émoUiens, comme l'a fait M. Rayer, on parvient à dénuder le derme , sans causer aucune douleur aux malades.
M. Trousseau a récemment employé un procédé de dcnudation du derm e plus expédilif que les vésicatoires ordinaires : il verse goutte à goutte une certaine quantité d'ammoniaque sur une compresse de toile pliée en huit , appliquée sur le point de la peau qu'il a l'intention de dénuder. Au bout d'une douzaine de minutes , il enlève la compresse, et au moyen de quelques frottemens exercés avec le bout du doigt sur la région de la peau qui recouvrait cette com|)resse, il détache aisément 1 épidémie. M. Trousseau opère aussi la vésication en se servant d'une pommade ammoniaque ainsi composée :
Prenez: Ammoniaque liquide 3j-
Axonge purifiée 3j-
Suif de mouton gr. vj.
Il applique sur la portion de peau qu'il se propose de mettre à nu , une petite masse de cette pommade, qu'il renouvelle au bout de cinq minutes. Cinq nouvelles minutes étant expirées , il essuie la partie sur laquelle a été appliquée la pommade et enlève ensuite l'épiderme sans difficulté. ( Journal universel et hebdomadaire de médecine et de chirurgie , t. 4 , pag. 62 et suiv. )
2°. De la manière d'entretenir la surface dénudée. Quelque soit le procédé de vésication qu'on ait mis en usage, il faut, avant d'appliquer le médicament sur la surface du derme, enlever soigneusement, non-seulement l'épiderme d'abord, mais aussi une pellicule transparente qui se reproduit sans cesse tant que ce derme n'est pas en pleine suppuration. Quand celle-ci est établie, il faut détacher avec le même soin les concrétions couenneuses. On peut employer à cet effet les lotions avec le chlorure de chaux , recommandées par M. Lembert. « Les exutoires calleux sont, en général , plus faciles à « remplacer qu'à ranimer ; l'œdème , la sanie des bourgeons, leurs fongosités, » nuisent à Tabsorption : dans le premier cas il faut recourir au cérat char- » bonne, et à la cautérisation dans le second. Lorsque l'inflammation se ma- » nifesle à un faible degré , l'absorption est souvent active; mais si elle dépasse >) les bornes d'une excitation modérée , l'absorption est en raison inverse de » son intensité. » ( Essai sur la Méthode endermique , par M. Ant. Lembert , pag. 18. )
Il est des médicamens qui entreliev nent mieux que d'autres la suppuration des surfaces : tels sont , d'abord , d'après M. Lembert, l'extrait descille, la strychnine et l'émélique ; viennent ensuite la quinine, la morphine , l'extrait dejusquiame et le kermès. Parmi les substances qui jouissent d'une action dessicative , on doit noter le proto-chlorure de mercure et l'acétate de plomb. D'ailleurs , la vertu suppuraiive ou dessicatii'e des substances appliquées sur le derme dénudé , ne paraît pas être en raison directe de l'irritation que produisent ces substances.
3". Du mode d'application des médicamens. On disséminera sur la région dénudée du derme la substance médicamenteuse dont on a fait choix. Il convient que cette substance soit du nombre de celles dont l'activité est telle , qu'il suffit d'en employer une très-petite dose pour obtenir l'effet thérapeutique voulu. On réduit le médicament en poudre impalpable , lorsqu'il en est sus-
1 ) ENDERMIQUE (METHODE).
ceptible. On aura soin de l'incorporer d^ins une certaine quantité de gélatine , d'axonge ou de cérat , si son application à l'étal de pureté était trop douloureuse et trop irritante. Si la substance médicamenteuse est ;i l'état liquide , on la ■ jrse lentement et goutte à goutte sur la peau dénudée. On augmente graduellement la dose des médicamens ainsi administrés , avec la précaution de ne jamais l'élever au point de déterminer des accidens, et lorsqu'on a obtenu le succès qu'on se promettait , on ne cesse l'emploi des médicamens que d'une manière graduée , c'est-à-dire en en diminuant chaque jour la quantité.
4». Du lieu d'élection des surfaces à dénuder et de L'étendus qu'il contaient de donnera ces dernières. M. lîally croit avoir constaté que les médicamens ont une action d'autant plus énergique , que les surfaces où ils sont déposés sont plus voisines des centres nerveux. M. Lembert a vu l'acétate de morphine déterminer d'autant plus facilement la dysurie, qu'il était appliqué plus près des organes génito-urinaires. Selon le même observateur, la strychnine, bien qu'elle agisse spécialement sur les membres paralysés, quelle que soit la distance de l'exutoire , a néanmoins un effet d'autant plus inslense cjue cet exutoire est plus rapproché de la partie malade. Appliquée sur un vésicatoire placé aux membres inférieurs , la belladone s'est à peine fait sentir à l'encéphale, tandis que des effets violens ont accompagné son application sur un lieu moins éloigné de ce centre nerveux. Les régions où la peau présente le plus de finesse sont celles qu'il faut choisir pour la formation des surfaces destinées à l'absorption des médicamens. La partie interne des membres est généralement préférable à l'externe.
Quant à l'étendue des surfaces , elle ne doit jamais être très-considérable, puisque , comme il a été dit plus haut, il convient de réserver la mélhode endermique aux médicamens qui, même à très-faible dose , exercent une action très-prononcée. Toutefois , cette étendue devra toujours être proportionnée à la quantité des substances que l'on veut administrer et à l'espace de temps pendant lequel on se propose d'en continuer l'usage.
5". Des moyens de remédier aux accidens que peuvent déterminer quelquefois les médicamens administrés par la voie endermique. La première indication à remplir , dans le cas que nous supposons, consiste , sans contredit , à lever l'appareil qui recouvre le médicament et à bien absterger la surface où il a été déposé. On devra ensuite appliquer sur cette surface une substance qui jouisse de la propriété de neutraliser celle qui a provoqué des accidens. M. Lembert a fait disparaître des symptômes tétaniques tlcterminés par deux grains de strychnine appliqués à la surface d'un vésicatoire , en mettant en contact avec cette même surface deux grains d'acétate de morphine. L'auteur de cet article a démontre par plusieurs expériences qu'il suffit d'empêcher , au moyen d'une forte compression, l'absorption ultérieure d'un poison déjà en partie absorbe , pour faire cesser promptement les accidens que la portion absorbée avait fait éclater. Mais il ne partage pas l'opinion de M. Barry , qui prétend pouvoir retirer au moyen d'une ventouse le poison déjà introduit dans le système circulatoire. La ventouse n'agit qu'en déterminant une compression qui s'oppose à l'absorption d'une nouvelle quantité de poison.
Cela posé sur la méthode endei'mique , citons quelques résultais en faveur de son efficacité.
L'acétate de morphine , dit M. Lembert, employé parla méthode endermique, calme comme par enchantement la plupart des douleurs. Quelques faits que j'ai recueillis récemment confirment l'assertion de M. Lembert. Pendant que je remplaçais M. le docteur François à l'hôpital Saint-Louis , j'ai fait appliquer un demi-grain d'acétate de morphine à la surface d'un vésicatoire placé vers l'origine du nerf sciatique, chez une vieille femme, cruellement tourmentée par une névralgie fémoro-poplitée. Dès le lendemain de cette application , celte femme ne ressentait presque plus de douleur. Un homme couché dans les salles de clinique de l'Hôtel-Dieu, où je fais actuellement le service, éprouvait de vives douleurs à la suite d'un zona du coté droit de la poitrine. Je prescrivis l'application d'un vésicatoire sur ce côté , et lorsqu'on eut enlevé 1 épidémie, un demi-grain d'acétate de morphine fut appliqué sur le point dénudé. Dès le lendemain , la douleur avait considérablement diminué.
Il y a quelques années que je guéris rapidement , en appliquant du sulfate de kinine à la surface d'un vésicatoire , une fièvre intermittente fort grave , chez une femiue qui ne pouvait prendre ce médicament à l'intérieur sans éprouver aussitôt après de violens vomissemens. M. Lembert a, d'ailleurs, cité dans sou Mémoire , quelques cas de fièvres intermittentes guéries par la mélhode indiquée. On trouvera, dans ce Mémoire, des faits qui ne permettent pas de douter qu'on ne puisse administrer par la même méthode , avec un grand succès, une foule d'autres médicamens, tels que la strychnine, les extraits de scille et de belladone, le deulo-chlorure de mercure , l'émélique, le safran , l'assa-fctida , le musc , l'aloès.
M. le docteur Ciriole raconte qu'une névralgie maxillaire , rebelle à tous les moyens qu'on avait employés jusque-là, céda immédiatement à l'application de l'acétate de morphine sur le derme dénudé { voyez le journal la Clinique, 19 août 1829 ).
M. le docteur Trousseau vient de publier, dans le Journal hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie pratiques (tome 4, numéro 62 ), quelques cas de guéi'ison par Vapplicalion de médicamens narcotiques sur 1-. derme dénudé. ( Nous avons indi([ué plus haut comment M. Trousseau procède à cette dénudation. )
Les faits rapportés par M. Trousseau sont au nombre de einq. Le premier est relatif h une névralgie temporo faciale aiguë , guérie à la suite de l'appli-
ENTÉRITE
cation de l'acétate île morphine sur le derme dénudé (la dose fut d'un demigrain). Le second est un exemple de nétralgie Jëmoro-popliiéc à l'état chronique, guérie par l'application de l'extrait de belladonne ( 3 à 4 grains , mêlés à une quantité égale de cérat et formant une pommade, servirentà fristionner la surface d'un vésioatoire appliqué sur la fesse, au point où le nerf sciatique sort du bassin ). Le troisième fait est un rhumatisme fibreux aigu , guéri par l'acélate de morphine , administré suivant la méthode déjà indiquée. Le quatrième fait est de la même catégorie que le précèdent. Le cinquième et dernier est relatif à une duulcur causée par une distension des ligamens rie Carticulalion scapulo humérale , et guérie aussi par l'acétate de morphine appliqué sur le derme dénudé. Je crois devoir communiquer à nos lecteurs les réflexions que M. Trousseau a placées à la suite de ce dernier fait. « Celte ob- » servation , dit-il, piouve que la douleur, si vive dans l'entorse, a disparu » à la suite de l'application d'un stupéfiant sur le derme dénudé, au point » correspondant à la lésion. En serait-il de même dans les entorses de 1 arli- II culation tibio-tarsienne? Pourrions-nous , par ce moyen bien simple, pré- >i venir l'inflammation qui suit la distension des ligamens ? Je l'ignore , puis- « que je ne l'ai point essaye; mais ce fait et celui qui prcccde immédiatement >' m'ont donné l'idée de tenter quelques essais dans les hôpitaux , et, lorsque M j'aurai rassemblé un assez grand nombre de matériaux, je publierai les ré- « sultats de mes observations. »
Je termine ici ce que j'avais à dire sur la méthode endermique. Si j'ai donné une certaine étendue à cet article , c'est que j'avais pour but d'appeler l'attention des praticiens sur celte méthode, avec laquelle la plupart d'entre eux ne se sont peut-être pas jusqu'ici suffisamment familiarisés. Il m'a semblé que les faits ci-dessus rapportés pourraient contribuer à la populariser , pour ainsi dire , et je me féliciterai s'il en arrive effectivement ainsi.
Je suis loin de vouloir en exagérer les avantages , mais il me semble qu'ils sont assez grands pour cju'elle ne doive pas tomber dans l'oubli. En la découvrant, MM. Lembert et Lesieur ont, à mon avis, bien mérité de l'art de guérir. ( J. Bouillaud. )
ENDURCISSEMENT. Voyez Sclérème.
ÉNÉORÊME. Voyez Diagnostic.
ENGELURES. Voyez Congélation.
ENTERITE, s. f. ; enteritis ; de t>7;y!5v, intestin , inflammation des intestins. Ce nom s'applique presque exclusivement à l'inflammation de la membrane muqueuse des intestins grêles , car on désigne plus particulièrement par celui de colite la phlegmasie de la membrane interne de l'intestin colon , dont l'histoire a déjà été tracée dans ce Dictionnaire {voyez Colite). Il ne sera donc question dans cet article que de la première.
De même que la plupart des autres phlegmasies, l'entérite se manifeste à l'observateur sous les formes aiguë ou chronique , continue ou intermittente , et nous aurons à l'étudier sous chacun de ces aspects en particulier. Mais indépendamment des différences qu'elle présente dans ces divers états , indépendammment des modifications que lui impriment aussi les tempéramens , les saisons et les climats , elle se montre sous deux formes bien distinctes, suivant qu'elle affecte plus spécialement tel élément de la membrane muqueuse intestinale que tel aiilre. Il est donc indispensable que nous jetions ici un coup" d'œil rapide sur quelques faits de la disposition anatomique de cette membrane.
La membrane muqueuse gastro-intestinale, outre le tissu cellulaire, les nerfs et les vaisseaux sanguins qui entrent dans sa textureet en forment en quelque sorte le canevas , contient deux autres élémens, ou plutôt un grand nombre de petits organes de deux espèces particulières. Les uns, composés de filets nerveux très-déliés et de vaisseaux sanguins extrêmement fins , ont la forme de petites houpes de la longueur d'une demi-ligne environ ; on les nomme villosiiés. Ces organes se gonflent, rougissent et s'érigent à la manière du tissu crectile , au contact d'un grand nombre de stimulans , et en particulier de quelques-uns que nous ferons connaître. Us paraissent le siège principal, fi ce n'est exclusif, de l'irritabililé de la membrane; les premiers, ils ressentent l'impression des corps èti angers déposés à sa surface , de quelque nature qu'ils soient ; ce .«ont , si je puis m'exprimer ainsi , les organes du tact et du goût de la membrane gaslro-intestinale. Ils existent dans toute l'étendue des voies digestives , excepté dans l'œsophage et à la région cardiaque de l'estomac. Les autres organes que contient cette membrane sont de petits sacs qui s'ouvrent à sa surface chacun par un orifice plus étroit que son fond ; leur fonction est de sécréter le fluide connu sous le nom de mucus , par lequel la membrane est incessamment lubrcfiée; recouverts par les villosiiés, ils en reçoivent l'excitalion qui les frrce à sécréter; on les désigne par les noms de follicules, cryptes, glandes mucipares , glandes de Peyer, de Brunner. Ils sont isolés dans l'estomac elle duodénum, agglomérés au nombre de trente à quarante vers la fin du jéjunum et dans tout l'iléon, et disposés en plaques arrondies ou elliptiques sur le bord libre de l'intestin, enfin , associés deux à deux , quatre à quatre , et rarement en plus grand nombre , dans l'inlestin colon, à son bord adhérent comme à son bord libre.
Or, les recherches et les observations de plusieurs médecins distingues de nos jours, et surtout les travaux de M. Scouletten, démontrent que ces deux séries d'organes peuvent s'enflammer isolément, sous l'influence de causes spéciales , et donner lieu de la sorte à deux groupes de symptômes bien distincts. Nous adopterons donc la division établie par M. Scouletten, et nous admettrons avec lui deux espèces d'entérite, Ventérite villeuse et Veiilcrite folliculeuse. Nous ne prétendons pas toutefois que dans la première de ces plil^masips , les villcsités soient toujours seules enfLamm^es , ni dans la se-
entérite,
conde les follicules; il nous suffît qu'il en soit fréquemment ainsi, et que, dans les cas où l'inflammation n'est pas bornée à l'une de ces séries d'organes, elle y prédomino cependant assez pour imprimer une physionomie particulière à la maladie , cela suffit , disons-nous , pour légitimer la distinction que nous consacrons.
Enfin, il est une troisième forme de l'entérite , dont nous devons aussi donner une description particulière , bien qu'elle n'ait encore trouvé place jusqu'à ce jour dans aucune nosographie ; c'est celle dans laquelle les malades rendent par les selles une quantité plus ou moins grande de fausses membranes ; nous la nommerons entérite pseudo-membraneuse.
Entérite villeuse. — Cette forme de l'entérite affecte indistinctement les individus de tout âge , les deux sexes, et tous les tempéramens. Les tempéramens nerveux et irritables y sont cependant plus exposés : la chaleur atmosphérique prédispose à la contracter. D'après son siège et les fonctions des organes qu'elle affecte, on peut présumer qu'elle doit surtout se développer sous l'influence des causes qui excitent vivement la sensibilité de la membrane muqueuse intestinale ; c'est en effet ce qui a lieu. Ainsi , les alimens fortement épicés , les salaisons , les viandes de gibier, l'abus des acides , tels que le vinaigre ; celui des alcoholiques , les indigestions répétées , l'ingeslion des substances vénéneuses , acres, corrosives , en sont les causes ordinaires. La plupart des entérites villeuses que l'on observe dans la pratique journalière sont fomentées et produites par l'alimentation trop excitante que je viens d indiquer , par les liqueurs spiritueuses , ou par la mauvaise habitude de surcharger à chaque repas l'estomac d'une trop grande quantité d'alimens , et souvent par ces trois causes réunies. Quelquefois cette phlegmasie succède rapidement à l'ingestion d'une boisson glacée; dans quelques cas , elle est l'effet sympathique-de douleurs vives éloignées , pt principalement de celles qui ont leur siège à la peau , comme dans les brûlures ; enfin , on la voit quelquefois produite par la répercussion d'une dartre, ou par la suppression d'une évacuation habituelle, et principalement par la cessalion brusque de la transpiration habituelle de» pieds.
Telles sont les causes spéciales de l'entérite villeuse. Cette phlegmasie peut sans doute se développer aussi sous l'influence des causes productrices de l'entérite folliculeuse; mais cela n'arrive en général que chez les individus nerveux et chez lesquels la membrane muqueuse intestinale est naturellement douée d'une sensibilité trop vive , ou , à plus forte raison, chez ceux qui sont affectés lïentéralgie.
Les symptômes de l'entérite villeuse varient suivant ses degrés d'intensité et suivant qu elle est aiguë ou chronique. A l élat aigu et dans un degré moyen d'intensité, elle se manifeste ordinairement par les symptômes suivans : L'abdomen est tendu, gonflé et ballonné; les parois en sont plus chaudes que la peau du reste du corps : quelquefois une douleur sourde et profonde se fait ressentir à la pression , dans la fosse iliaque droite ; mais ce signe appartient , plus spécialement à l'entérite folliculeuse , et dans celle qui nous occupe , il est jilus ordinaire que le ventre soit indolent à la pression. Le malade éprouve des coliques plus ou moins fortes , que l'ingestion des boissons froides réveille ordinairement. Elles sont toujours exaspérées par les substances alimentaires, et surtout par celles qui sont tirées du règne animal , telles que le bouillon , par exemple ; rarement la diarrhée les accompagne : elles déterminent un brisement extrême des forces musculaires; en même temps une sensation de chaleur intense existe dans les intestins , la constipation est opinàtre , et seulement interrompue quelquefois par une diarrhée bilieuse de courte durée ; presque toujours les malades rendent beaucoup de vents ; quelques borborygmes précèdent toujours la diarrhée bilieuse passagère dont nous venons de parler; les urines sont en général peu abondantes, rouges et sédimenteuses. Aces symptômes locaux se joignent la sécheresse et l'aridité de la peau , la langue est blanche ou jaune au centre , et rouge aux bords et à la pointe ; la soif est vive, l'appétit nul , la bouche amère; la figure est jaunâtre autour des lèvres et vers les ailes du nez , ou bien elle est terne et terreuse , excepté dans les momens de paroxysme, pendant lesquels les pommettes se colorent ; le pouls estpetil et accéléré lorsqu'il y a diarrhée, dur et un peu plein dans le cas de constipation. Cette nuance de l'entérite villeuse est décrite dans les auteurs anciens sous les dénominations d'embarras intestinal simple et à'embarras intestinal bilieux { voyez ces mots ).
Lorsque celte maladie acquiert ou possède dès le début un haut degré d'intensité , elle s'accompagne d'un cortège de symptômes plus graves et plus nombreux, en raison des sympathies plus étendues qu'elle réveille. C'est surtout sur le cerveau qu'elle réagit ; et alors , à la chaleur brûlante et à la sen ibilité vive de l'abdomen , à la soif inextinguible qui dévore le malade , à la rareté , la rougeur et la concentration des urines , à la difficulté de leur excrétion , à la vivacité et à la fréquence extrême du pouls, à la sécheresse et la rougeur ou la teinte brune de la langue , viennent s'ajouter de l'anxiété , de l'oppression , des soubresauts dans les tendons, une agitation continuelle , une céphalalgie plus ou moins forte, du délire, presque toujours agité et quelquefois furieux , des cris, des vociférations, de l'insomnie; en même temps , les yeux sont vifs et étincelans, quelquefois fixes et hagards, et tantôt l'éclat de la lumière et le bruit fatiguent le malade , tantôt au contraire il ne distingue plus nettement les objets, et ne perçoit que confusément les sons; assez souvent les avant-bras sont fléchis sur les bras, et se laissent difficilement étendre; enfin , chez les jeunes enfans , il se manifeste souvent des mouvemens convulsifs.
Cette dernière forme de l'entérite a long-temps été confondue sous les noms de fièi>re maligne, nevi'euse , cérébrale , alaxique , avec les inflammations du cerveau ou de ses enveloppes , et avec toutes les phlegmasies intenses que des
EKTÉRITE.
ENTÉRITE
symptômes ci'rcbraiix accompagnent. On Tobserve surlotil chez les femmes , cliez les enfuns et chez les individus dont les sympathies entre resloniac et l'encéphale sont lrès-acli\ es ; on l'observe encore chaque fois que l'inflammation gaslro-intestinale est très-douloureuse; par exemple, lorsqu'elle est produite par un poisoii corrosif ou un irritant violent. L'irritation cércbi'ale est, à n'en pas douter , dans cette forme de l'entérite , et surtout au début , sous l'influence de la phleginasie gastio-intestinale ; elle en suit tous les progrès , elle s'exaspère ou diminue avec elle , elle guérit par les moyens qui détruisent celle-ci , et s'aggrave sous l'influence des irritans de la membrane intestinale. Cependant, pour peu qu'elle se prolonge, les membranes du cerveau s'enflamment ; aussi trouve-t-on lrès-fi é(juemment l'arachnoïde injectée chez les individus qui succombent à celte pldcgmasie.
L'entérite villeuse débute rarement d'une manière subite et violente ; cela ne s'observe guère que lorsqu'elle est produite par une cause énergique , comme l'ingestion d une substance très-irritante. Dans le grand nombre des cas , les malades éprouvent pendant quelques jours un peu de plus soit que de coutume ; leur appétit est diminué, ils ont la langue sale , couverte d'un enduit jaunâtre, la bouche fade; ils éprouvent quelques coliques sourdes et une chaleur incommode à la peau quelques heures apiès le repas , et alors la maladie s'aggrave et se montre bientôt sous l'une des deux, formes précédemment décrites , parce qu'ils continuent de prendre des alimens, et souveiit de s'exciter par du vin, des liqueurs ou du café; ou bien elle éclate tout-à-coup avec violence , à l'occasion d'un écart de régime ou de toute autre cause.
La marche de cette plilegmasie n'est presque jamais rapide, excepté dans les cas où elle est l'efl'et d une substance vénéneuse , et dans ceux où elle s'accompagne de symptômes cérébraux ; on ne la voit guère menacer la vie des malades, quel que soit son intensité, avant douze à quinze jours de durée ; et d'un autre côlé, ce n'est que dans les cas où elle est très légère qu'elle se termine avant le troisième jour. On peut donc Bxer à peu piès sa moindre durée à trois jours , sa durée moyenne à quinze ou vingt, et sa plus longue durée à quarante. Elle se termine le plus ordinairement par résolution ; quelquefois , surtout si elle est négligée ou mal traitée, elle passe à l 'état chronique. Elle n'est en général meurtière que loraqu'elle règne éj)idémiquement.
A l'état chronique, l'entérite villeuse se reconnaît aux symplômcs suivans : le ventre est le siège d'une douleur sourde, principalement autour de lombibc ; la pjession , les secousses du cheval, et celles de la voiture , réveillent ordinairement celte douleur, mais sans lui donner jamais beaucoup d'intensité ; elle devient ordinairement plus vive trois à quatre heures après l'ingestion des alimens ; chez quelques malades même, c'est le seul moment auquel elle se fasse sentir': tous les écarts de régime et la plupart des slimulans l'exaspèrent. Les malades sont en général tourmentés par une petite soif continuelle ; ils ont souvent les lèvres d'un rouge foncé , habituellement sèches et parfois fendillées; leiu- peau est aride , et l épiderme s'en détache par écailles pulvérulentes sur toutes les parties du corps ; ils sont fatigués par des vents et des borborygmes continuels; les garde-robes sont rares, difficiles, et les matières excrétées sont noires, desséchées et roulées en petites boules ; de temps en temps, cependant, il se déclare un peu de diarrhée; le ventre se tend et se ballonne ordinairement pendant les digestions , il se rétracte dans 1 intervalle ; un amaigrissement leut , mais graduel et continu , s'opère ; les forces se perdent chaque jour. En général , les malades sont assez calmes dans l'intervalle des digestions : c'est après le repas , et surtout après celui du soir, que la soif et la douleur se manifestent, et il s'y joint presque toujours un peu de chaleur de la peau et de fréquence du pouls. Ces redoublemens du soir donnent aux symptômes de la maladie une apparence d'intermittence quotidienne qui n'eu impose pas au praticien exercé.
Chez les jeunes enfans , l'entérite villeuse chronique présente quelques caractères particuliers. Ainsi , elle est presque toujours accompagnée de diarrhée de matières glaireuses ou verdâtres ; elle détermine quelquefois l'engorgement inflammatoire des ganglions mésentériques ; le ventre est ordinairement bouffi, ballonné, et son volume contraste d'une manière frappante avec la maigreur des extrémités ; les petits malades sont tristes et s'assoupissent lorsque les alimens traversent l'intestin grêle, c'est-à-dire, une à deux heures après les repas. Ces symptômes sont accompagnés , comme dans l'entérile villeuse chronique des adulies , de soif habituelle , de chaleur et de sécheresse de la peau , de douleur abdominale , et de fréquence du pouls. On a long-temps confondu celle afi'ection avec le car'reau ; j'ai essayé d établir le diagnostic diff"érentiel de ces deux maladies , en traitant de cette dernièx-e , je n'y reviendrai donc [)as ici ( voyez Carreac ).
La durée moyenne de l'entérite villeuse chronique ne peut pas être déterminée, même d'une manière approximative , puisqu'on voit cette maladie se prolonger chez certains sujets pendant plusieurs années, sans donner la mort. Son pronostic est en général favorable. Tant qu'il n'y a pas une décoloration profonde de la peau, que les digestions des alimens légers et liquides s'opèrent bien , on a tout lieu d'espérer la guérison; mais lorsque l'amaigrissement est extrême , la peau couleur de cire , les digestions très-difficiles ou même impossibles , et que les selles sont cendrées ou blanchâtres, il reste bien peu de chances de succès. Un engorgement ancien de ganglions mésenlériques nombreux , un épanchement de séiositc dans la cavilé péritoné.de, rendent eijcore le pronostic beaucoup plus grave. Enfin, si une diarrhée liquide et abondante vient s'ajouter à ces derniers symptômes , la perte du malade est inévitable.
A l'ouverture des cadavres des individus qui succombent à l'entérite villeuse aiguë , on trouve la membrane muqueuse intestinale, rouge, injectée, quelquefois épaissie, souvent facile à déchirer, et s'enlevanl sous forme de larges
DiCT. DE MÉnECIKE ET PE CHIRURGIE PRATIQUES.
plaques rouges , épaisses et saignantes ; les valvules connivcntes sont plus développées , et enfin les villosilés sont rouges , gonflées et saillantes. A la suite de l'état chronique, la rougeur de la membrane est plus foncée ; elle tire sur le brun ; les villosités sont violacées , brunâtres , ou même tout-à-fait noires ; on ne distingue plus bien les vaisseaux capillaires injectés comme à l'état aigu , c'est en quelque sorte une teinte de la membrane, disposée par plaques plus ou moins étendue, qui se fait remarquer. Quand la maladie a été de longue durée, on trouve souvent la membrane muqueuse érodée et parsemée çà et là d'ulcérations à bords usés et à fond bleuâtre, et entourés d'une auréole rouge. Il ne faut pas confondre ces ulcérations avec celles qui s'observent dans l'entérite folliculeuse , et dont nous tracerons bientôt les caractères.
Traitement. Le traitement de l'entérite villeuse aiguë se compose presque exclusivement de moyens antiphlogistiques , tels que les saignées locales , les boissons délayantes , les cataplasmes et les lavemens émolliens , et la diète.
Lorsque la pldegmasie est peu intense et ne provoque qu'une faible accélération du pouls, il suffit ordinairement pour la dissiper de quelques jours de diète , de l'usage des boissons froides , gommeuses ou mucilaneuses , et des cataplasmes et des lavemens émolliens. Mais lorsquelle est plus vive, il faut y joindre nécessairement l'emploi des saignées locales, autour de l'ombilic et dans les flancs , si l'on ne veut s'exposer à la voir prendre plus d'intensité et se prolonger indéfiniment. On proportionne le nombre des sangsues et celui des applications qu'on doit en faire , à l'intensité de la plilegmasie , à la force , au tempérament et à l'âge des malades ; il est impossible de tracer des règles à cet égard : c'est 1 habitude de voir des malades qui peut seule apprendre à apprécier ces rapports. Les boissons acidulés nuisent presque toujours dans cette forme de l'entérite ; elles agacent les villosités déjà enflammées. On retire au contraire d'assez bons effets en général de 1 emploi de quelques narcotiques à doses fractionnées. Ainsi, par exemple, cinq à six gouttes de laudanum de Rousseau , ou trois à quatre gros de sirop diacode dans quelques onces d'eaux distillées de laitue ou de pourpier , par cuillerées plus ou moins rapprochées, contribuent souvent d'une manière très efficace à la guérison. Il faut s'en abstenir cependant quand l'inflammation est très-intense , et surtout quand elle réagit sur l'encéphale : ils nuisent alors plus fréquemment qu'ils ne sont utiles. Dans c dernier cas, ceifii de réaction sur l'encéphale, on est quelquefois obligé d'appliquer quelques sangsues deri'ière les oreilles ou aux tempes , pour combattre l'irritation encéphalique , prescjue toujours arachnoïdienne , qui, d'abord symphathique , s'est convertie en un véritable état inflammatoire.
La diète doit toujours être absolue : ])lus elle est sévère et plus la marche de la maladie est rapitle ; chez les très-jeunes enfans, surtout , l influence d'un ou deux jours de diète est extrèmeuient puissante. En général , on relire peu d'avantages de l'emploi des bains dans l'entérite villeuse aiguë , excepté chez les enfans ; il vaut donc mieux se borner, dans l'emploi des moyens externes , aux fomentations et aux cataplasmes émolliens. Onpeutles rendre narcotiques, ainsi que les lavemens , par l'addition de la décoction de pavot.
L'entérite villeuse chronique réclame les mêmes moyens thérapeutiques que l'aiguë; mais quand elle dure déjà depuis quelque temps , il n'est plus possible d'insister autant sur les évacuations sanguines , ni de tenir les malades à une diète aussi rigoureuse. On se contente donc d'appliquer quelques sangsues de loin à loin, chaque fois que l'inflammation semble vouloir s'accroître , ce qu'annoncent l'augmentation de la chaleur cutanée et l'accélération du pouls. On permet quelques alimens aux malades , mais en satisfaisant à cette condition , de les choisir parmi les substances qui ne laissent que peu ou point de résidu excrémentiel après leur digestion, telles que le lait, le sucre, les fécules , la gélatine, les bouillons de poulet ou de tortue, etc. Les bains sont ici beaucoup plus utiles que dans l'état aigu ; on augmente toujours leur efficacité en les donnant avec des décoctions émollientes et en y faisant séjourner long-temps les malades. Enfin , on seconde puissamment les bons effets de ces moyens par les frictions sèches sur la peau , les vètemens de flanelle, l'exercice modiîré , et principalement celui de la voiture , et enfin par l'habitation de la campagne, j'ai vu un très-grand nombre d'entérites villeuses chroniques, qualifiées de carreau , et regardées comme incurables , céder merveilleusement à celte médication, employée sans tergiversation et avec persévérance.
Il est rare qu'on obtienne de grands résultats de l'application des vésicafoires, des sétons ou des moxas , sur les parois de l'abdomen , dans la maladie qui nous occupe; cependant, comme dernière ressource, lorsque la plilegmasie s'est montrée rebelle aux moyens précédens , on peut y avoir recours , mais on ne doit jamais fonder sur eux de grandes espérances.
Entérite folliculeuse. — Cette affection se trouve décrite dans les auteurs , sous un grand nombre de dénominations diff'érentes , suivant les idées diverses qu'on s'est faites de sa nature : c'est la fièvre putride , la synoque {srnochus putris et impiitris) , \a fièvre tfphoïde des anciens; c'est encore la fièvre muqueuse de Rœderer et Wagler , Vadéno-meningée de Pinel , Ventéro-mèsentirique de MM. Petit et Serres , la gastro-entérite adynantique de M. Broussais, la fièvre ou Vnffection typhoïde de MM. Louis et Chomel , la dothinentérite de m". Bretonneau , Viléo-djclidite de M. Baliy. MM. Petit et Serres sont les premiers qui aient rapporté les symptômes de cette affection à une lésion de la membrane muqueuse intestinale.
L'entérite folliculeuse a ses causes spéciales comme l'enréiite villeuse. Les femmes, les enfans, les hommes d'un tempérament mou et lymphatique , et tous les individus qui ont la peau fine , très-blanche , et les cheveux blonds , sont plus exposés à la contracter, et elle prend en général chez eux un caractère de ténacité et de gravité beaucoup plus prononcé. C'est déjà une premièr
ENTERITE.
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difTcrence qu'elle présenle avec l'entérite villeiise , qui attaque indistinctement, ainsi que nous l'avons déjà dit , les âges, les sexes et les tetnpéramens divers. Elle en diffère ensuite, en ce qu'au lieu de se développer comme celle-ci sous l'influence des stimulans de la sensibilité, comme les spiritueux, les épices, etc., elle est ordinairement produite par les stimulans de la sécrétion intestinale, soit qu'ils agissent directement sur les organes de cette fonction, soit indirectement, en diminuant l'action sécrctoire de la peau. C'est ainsi que l'habitation dans les lieux humides, une temjiérature froide et humide, long-temps prolongée, prédisposent éminemment à la contracter; c'est ainsi qu'on la voit naîlre sous l'influence des purgatifs , des aliniens de mauvaise qualité , de ceux , par exemple , qui ont déjà subi un commencement de fermentation ; des fruits non parvenus à leur maturité, du pain fait avec des farines avariées; de l'alimentation avec des substances végétales ou animales que l'on ne mange pas dans les circonstances ordinaires de la vie, mais auxquelles la disette ou la famine forcent d'avoir recours ; enfin, sous l'influence des eaux malsaines , corrompues , pour boisson. L'entérite folliculeuse une fois développée par l'action de l'une ou de plusieurs de ces causes réunies , peut ensuite , lorsqu'elle a beaucoup d'intensité , se reproduire par les miasmes qui se dégagent des individus qui en sont atteints , lorsque ces malades sont rassemblés en grand nombre dans un petit espace , ainsi que cela arrive quelquefois dans les hôpitaux , les prisons , les vaisseaux , et même dans de simples dortoirs de séminaire ou de pension. M. Bretonneau prétend même qu'un seul individu malade de cette atTcction , transporté au milieu d'une population saine , peut communiquer la maladie tout autour de lui. Il pense , en un mot , que l'enléi ite folliculeuse est éminemment contagieuse, et par conséquent Iransmissible d'un individu à un autre, comme la petite vérole et les autres maladies analogues. MM. Leuret et Gendron ont adopté cette opinion , mais elle ne nous paraît pas étayée de preuves suflisantes. Au contraire, des faits nombreux la repoussent, et pour n'en citer qu'un, nous dirons qu'on la voit tous les jours dans les hôpitaux de Paris, sans qu'elle se transmette jamais du malade qui en est affecté à ceux qui couchent auprès de lui.
De légers troubles dans les fonctions digestives , tels que l'inappétence, quelques coliques , un peu de dévoiement qui cesse et reparaît tour à tour , de la faiblesse et du malaise , précèdent souvent de plusieurs jours l'invasion de l'entérite folliculeuse. D'autres fois , ce sont les symptômes de Vemburras intcsteatinal muqueux des auteurs qui ouvrent la scène. Ainsi ,1a langue est recouverte d'un enduit blanchâtre, l'appétit est nul , les alimens pèsent sur l'estomac, et les digestions sont lentes , surtout si l'on se nourrit de laitage et de farineux • les alimens un peu excitans sont au contraire plus facilement digérés ; les malades ressentent des borborygmes , des coliques sourdes; tour à tour constipés et relâchés , ils rendent dans ce dernier cas beaucoup de mucosités dans les selles ; le pouls est mou et ralenti , les urines sont troubles. Enfin, dans d'autres cas , la maladie revêt de prime abord les caractères qui lui sont propres ; elle se manifeste alors sous l'un des aspects suivans :
L'abdomen est sensible à la pression ; l'appétit a disparu; le malade sent un goût aigre, fade et pâteu.\ dans la bouche, qui souvent est recouverte d'aplithes ; la langue est tapissée d'un enduit grisâtre ou blanc et limoneux; elle est en même tem])s un peu rouge sur les bords et à la pointe ; il y a peu de soif; rhaleine est fétide; le malade a de fréquens rapports acides etnidoreux; il éprouve des coliques passagères, quelquefois suivies de selles muqueuses , et contenant parfois des vers lombrics ; le pouls est petit , faible et fréquent , quelquefois ralenti; la chaleur de la peau ne s'élève guère au dessus de l'état normal ; il se manifeste de temps en temps de petites sueurs , ordinairement acides ; la peau est décolorée ; il existe une faiblesse et un abattement considérables ; des douleurs vagues parcourent les membres; enfin, l'urine est épaisse, tro.ible , blanche ou rougeàlre, et laisse déposer au fond du vase un sédiment grisâtre ou briqueté. Lorsque l'estomac participe h l'inflammation , il existe un sentiment de pesanteur et de gonflement à l'épigastre (gastro-entérite muqueuse) , et si elle se prolonge jusque dans le gros intestin , 1 a diarrhée est continue (gasiro-entéro- colite-muqueuse ). C'est cette forme de l'entérite folliculeuse qui constitue principalement la Jièi're muqueuse ou adéno- méningée.
Dans une autre forme de l'entérite folliculeuse , la douleur abdominale peu vive, profonde , ne se fait sentir que dans la région cœcale, et à une pression un peu forte ; la langue est superKciellement recouverte d'un enduit d'un gris foncé , les dents sont sèches , la soif est vive ; le pouls est à peine accéléré pendant la journée ; la physionomie des malades présente l'expression de l'abattement et de la tristesse, l'œil est terne , le teint décoloré et livide , surtout au pourtour des lèvres et des ailes du nez; le malade est couché sur le dos; il a une répugnance extrême au raruvemenl; la peau est extrêraent sèche et rugueuse; rinlelligence est engourdie, obtuse , bien que conservée ; les réponses sont lentes, mais justes , et quand vient le soir , le pouls s'accélère, la peau devient un peu plus brûlante , la sclérotique s'injecte , et il se déclare un délire fugace dont on tire facilement le malade en fixant son attention. Ce paroxysme dure toute la nuit { Petit et Serres ).
Dans le plus haut degré d'intensité, la douleur abdominale est beaucoup plus vive; quelquefois elle est encore bornée au flanc droit , et le ventre n'est pas météorisé ; d'autres fois elle s'étend à tout l'abdomen , qui est alors tendu et ballonné ; les selles sont séreuses ; fétides , les urines peu abondantes - les dents, toujours sèches , sont légèrement fuligineuses ; un enduit brunâtre ^ superficiel et comme pulvérulent, quelquefois une croûte noire et épaisse, recouvre la langue; la soif est vive, la figure exprime un abattement et une tristesse extrêmes ; les pommettes sont d'un violet livide ; l'œil est sombre, profond et toujours injecté ; la somnolence et le délire sont continuels ; les réponses
sont encore justes eependant , mais plus lentes et plus diflieiles;la peau est sèche, rugueuse, quelquefois couverte de pétéchies ; le pouls est fréquent, faible et facile à déprimer ; il y a des soubressauts dans les tendons ; tous les soirs il survient un redoublement ; les urines sont peu abondantes ; toutes les parties du corps sur lesquelles il existe des excoriations, et celles qui sont soumises .1 une pression continue, comme la région sacrée, ont une tendance extrême à se gangréner. Ces deux dernières formes delà maladie constituent la fièvre enléro mésenlérique de MM. Petit et Serres, et la dotliinenlérilc de M. Bretonneau.
Enfin , quand la maladie doit avoir une terminaison funeste, tous les accidens précédemment décrits s'accroissent, la figure se décompose, les (onctions cérébrales s'embarrassent de plus en plus, le malade cesse de répondre aux questions qu'on lui adresse ; l'œil terne , flétri , immobile , est constamment tourné en haut; les narines sont desséchées , et leurs bords paraissent saupoudrés d'une poussière grisâtre; la langue, tremblotante, ne peut sortir de la bouche, qui reste béante et exhale une odeur fétide ; la chaleur abondonne les extrémités; le ventre , s'il était météorisé , s'affaisse et devient insensible h la pression ; la peau se couvre de taches livides et violettes ; elle se gangrène partout où il y a plaie ou pression continue ; le pouls devient extrêmement fréquent , faible , vermicul dire ; la respiration s embarrasse , et le malade succombe ( Petit et Serres).
Mais ce n'est pas toujours ainsi que la mort arrive dans la maladie qui nous occupe. Quelquefois, pendant le cours de cette affection, sans cause connue, et lorsqu'on s'y attend le moins , le ventre se ballonne tout-h-coup et devient d'une sensibilité extrême, que la plus légère pression exaspère encore, la figure du malade se décompose rapidement, il pousse des cris continuels, le pouls devient, misérable , et la mort arrive dans les vingt-quatre heures qui suivent l'invasion de ces accidens. Celte mort rapide est due à ce que l'intestin s'est perforé au fond d'une ulcération, d'où sont résultés un épanchement de matières liquides dans le péritoine, l'inflammation violente et subite de cette membrane, et les symptômes effrayans que nous venons de décrire. D'autres fois, le ventre se gonfle tout-à-coup sans météorisme ; le pouls devient d'une faiblesse et d'une petitesse extrêmes ; une sueur froiile couvre la figure , les extrémités se refroidissent, toutes les souffrances du malade ont disparu , et il s'éteint bientôt sans douleur et sans agonie. Dansée cas, une artère plus ou moins volumineuse s'est ouverte au fond d'une ulcération ; c'est souvent alors en se mettant sur le vase de nuit que le malade périt.
L'entérite folliculeuse chronique n'a pas de symptômes qui lui soient propres ; ils ne diffèrent en rien de ceux que nous avons assignés à l'entérite villeuse chronique.
11 serait superflu , je pense , de mettre en parallèle les symptômes des deux formes d'entérite que je viens de décrire, pour faire ressortir les différences qui les distinguent; le lecteur peut aisément l'aire ce travail lui-même. Je me bornerai à faire remarquer que ces différences se trouvent assez bien résumées, en disant que la fièi're bilieuse et la fièvre ataxique des auteurs appartiennent à l'entérite villeuse, tandis que la fièvre muqueuse et la fièvre ndynamiquc appartiennent à l'entérite folliculeuse. Mais il faut avouer en même temps qu'il n'est pas toujours facile, au lit des malades, de distinguer l'une de l'autre ces deux formes d'entérite ; souvent il arrive que les villosilés et les lollicules participent également à l'inflammation, et il en résulte un mélange de symptômes qui jette de l'incertitude sur le diagnostic. Toutefois cette distinction n'en est pas moins fondée , et, quand on peut l'établir, elle devient d'une importance majeure dans la pratique.
La marche de l'entérite folliculeuse de moyenne intensité est beaucoup plus lente et sa durée bien plus longue que la marche et la durée de l'entérite villeuse du même degré; il en est encore de même si l'on compare ces deux phlegmasics à leur plus haut degré. Ainsi, la fièvre muqueuse, pour me servir de iormulos abrégées qui expriment bien les différens termes de comparaison , la fièvre muqueuse, dis-je, marche plus lentement et dure plus long-temps , en général, que la fièvre bilieuse , et de même, la fièvre adjnainique comparée à Vàfèvre ataxique. Toutes choses égales d'ailleurs , l'entérite folliculeuse du premier degré est plus grave aussi que l'entérite villeuse du même degré , l'entérite folliculeuse adynamique l'est plus que l'entérite villeuse ataxique. On trouve la raison de ces différences dans la nature des lésions anatomiques particulières à chacune de ces affections. Les follicules intestinaux, peu sensibles , doivent par cela même parcourir les périodes de l'inflammation avec beaucoup plus de lenteur que les villosités, organes essentiellement irritables; les mêmes follicules une fois tuméfiés, exigent bien plus de temps pour rentrer dans l'état normal que les villosilés qui n ont subi d'autre altération qu'une injection plus considérable de leurs vaisseaux ; enfin, les désordres que leur inflammation et leur désorganisation entraînent dans la membrane muqueuse et dans le mésentère , sont beaucoup plus graves que ceux que l'inflammation des villosités peut produire.
En effet , nous avons vu que l'inflammation des villosilés n'entraînait ordinairement que l'injection, la coloration, et la diminution de la consistance de la membrane muqueuse, et dans quelques cas seulement , l'érosion et l'ulcération de celte membrane. Les désordres que produit l'inflammation des follicules sont bien autrement graves. Ils consistent, au début , dans un boursoulUement delà membrane muqueuse, qui se montre par plaques de forme elliptique et nettement circonscrites, plus larges, plus épaisses, et plus nombreuses à mesure que l'on s'approche de la On de l'iléon. Ces plaques , nommées plnque.s gaujfrées , en raison de leur aspect , sont formées par des follicules dont le volume est augmenté; on trouve, à l'ouverture des cadavres , chacun de ces petits organes plein de mucus épaissi, ou de pus, ou de matière caséeuse ; ce sont
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leurs ouvertures qui forment les points dcpricnés des plaques. Plus tard, ces plaques augmenteut encore d'épaisseur, quelques follicules, soit isolés , soit au centre des plaques , soit enfin accumulés, prennent un accroissement plus considérable, et se montrent sous forme de pustules généralement arrondies , quelquefois crevassées à leur surlace et excavées à leiu' centre , tantôt d'une couleur rosacée ou noires d'injection , et tantôt pâles, souvent rouges, fongueuses, molles , entourées d'une auréole inflammatoire; enfin , variables en dimensions depuis le volume d'une lentille jusqu'à un pouce et même deux pouces de long sur un demi-pouce de largeur lorsqu'elles sont elliptiques. Enfin, chaque follicule se convertit en un petit ulcère , ou bien , plusieurs se confondent en ulcérations plus grandes. Dans ce dernier cas , les ulcères ont leurs bords coupés à pic , tantôt arrondis , tantôt irréguliers ; ils sont le plus ordinairement elliptiques; leur fond est grisâtre et formé par la membrane musculeuse elle-même , quelquefois même par le péritoine. On trouve quek[uetois , au fond et sur les bords de ces ulcères , des vaisseaux en partie détruits , d'autres fois intacts. Nous avons dit, en parlant des symptômes, que l'érosion de ces vaisseaux donnait quelquefois lieu à une liéniorrhagie mortelle : on trouve alors les intestins remplis d'un sang noirâtre, fluide et fétide. Quelquefois enfin, le follicule tuméfié tombe en gangrène, et il se détache alors comme le bourbillon d'un furoncle , ou bien toute une plaque gauffrée se sépare comme une escarre; enfin, dans quelques cas, une portion plus ou moins étendue de la membrane muqueuse est frappée de gangrène , les autres membranes de l'intestin en sont même quelquefois atteintes. L'intestin se perfore souvent par l'efTet de cette gangrène, mais plus fréquemment peut-être par la simi)le désorganisation ulcéreuse. Entre les granulations , les pustules, ou les ulcères , la membrane muqueuse est quelquefois pâle comme dans l'état sain, d'autres fois elle est trèsinjectée.
En même temps que ces désordres s'opèrent dans l'intestin , les ganglions mésentériques correspondans aux follicules enflammés prennent part à cette inflammation. D'abord, ils augmentent de volume et prennent une teinte rosée ; i)lus tard , tout en continuant de s'accroître , ils prennent une couleur rouge plus foncée et en même temps leur cohésion diminue ; mais bientôt ils diminuent de volume, ils se ramollissent et prennent une teinte lie-de-vin , ils ne tardent pas à être réduits en une bouillie de la même teinte. A la longue , la j)lupart s'atrophient, mais quel(|ues-uns se convertissent en kystes dans lesquels on trouve, tantôt une matière semblable à du pus mêlé de sang, tantôt un véritable pus blanc et crémeux, tantôt enfin du pus concret, semi-tuberculeux. I^e volume de ces ganglions varie depuis celui d'un pois jusqu''à celui d'un œuf de pigeon.
Des désordres aussi considérables expliquent suffisamment, ce me semble, la gravité des symptômes de l'entérite folliculeuse. Quand on réfléchit à l'importance des fonctions que remplit la membrane muqueuse intestinale, et à l'influence prodigieuse qu'elle exerce sur les principaux organes , soit en santé soit en maladie , quand on voit l'inflammation en quelque sorte superficielle des villosités , produire, de l'aveu de tous les médecins , les symptômes graves de l'enténle villeuse intense , doit-on s'étonner que l'inflammation profonde de cette même membrane, bien profonde , puisque les follicules pénètrent toute son épaisseur et sont même logés , pour la plupart, dans la tunique fibreuse placée au dessous d'elle , doit-on s'étonner , dis-je , que l'niflammation profonde de cette membrane et sa désorganisation qui en est si souvent la suite , suffisent seules pour donner lieu aux graves accidens qui accompagnent l'entérite folliculeuse? Et cependant, telle n'est pas l'opinion de la plupart des médecins qui ont écrit sur cette maladie. MM. Petit et Serres , tout en regardant l'altération intestinale comme le point de départ de tous les accidens , pensent qu'un principe délétèie se développe dans l'intestin malade, qu'il est absorbé , qu'il enflamme d'abord les ganglions mésentériques , et qu'ensuite il infecte la généralité des solides et des fluides. Selon M. Bretonneau, qui, le premier, a J)ien précisé le siégé de l'inflammation dans les glandes de Peyer et de Brunner, cette phlegmasie est d'une nature spécifique, comme la variole : « La dothinen- » térie, comme il l'appelle, est, dit-il , une maladie de tout l'organisme, avec a lésion spéciale de l'intestin ou plutôt avec lésion des follicules isolés ou agglo- » naérés qui abondent dans le dernier tiers de l'iléon ; c'est une maladie accom- » pagnée d'éruj)tion intestinale, et non une maladie causée par cette éruption : « car, on ne pourrait sans une grave erreur j imputer les phénomènes morbides ■a qui la constituent Cl la phlegmasie intestinale. » MM. Velpeau , Trousseau, Leuret, Cruveilhier, etc. , partagent cette opinion. Malgré toutes ces autorités, je persiste à croire que tous les symptômes de l'entérite folliculeuse dépendent de la lésion intestinale. Pour défendre l'opinion contraire , il faut supposer, avec M. Bretonneau, que la maladie est de nature spécifique ; or, M Scoutetten l'a fait naître à volonté sur les chiens qu'il a soumis à ses expériences , en les nourrissant avec des viandes gâtées, ne leur donnant à boire que de l'eau corrompue, et les forçant à séjourner dans un lieu sombre , humide, et dont l'air était saturé de miasmes provenant et de leurs alimens pourris et de leurs propres excrétions. 11 faut croire à une marche et une succession nécessaires et invariables dans le dévelop])ement des altérations morbides ; or, c'est ce que l'ouverture des cadavres dément quelquefois , puisqu'on trouve , dans quelques cas , des plaques gaufTrées à côté de pustules et d'ulcérations. 11 faut admettre enfin que la maladie est contagieuse , et nous avons déjà vu que cette opinion u'était rien moins que prouvée. Toutefois les assertions de M. Bretonneau demandent à être examinées de nouveau, elles sont trop graves pour qu'on puisse les repousser légèrement ; il faut convenir d'ailleurs que, à défaut de preuves, de fortes présomptions militent en faveur de quelques-unes d'entre elles. Ce médecin pense, en outre , qu'une première attaque de la dothinentérite en met à l'abri pour l'avenir.
Traitement. — On est peu d'accord sur les moyens à opposer à l'entérite folliculeuse. Quelques médecins pensent que les antiphlogistiques seuls conviennent d ins cette affection , d'autres prétendent que l'emploi des toni([ues est seul couronné de succès , et les uns et les autres citent des faits h l'appui de leurs opinions. Du sein de cette controverse , et de la connaissance de ces faits en apparence contradictoires , est née une opinion mixte , qui fait consister le traitement de la dothinentérite dans une combinaison des antiphlogistiques, des toniques et des révulsifs. Enfin, plusieurs praticiens, peu confians dans ces diverses médications , qu'ils disent avoir éprouvées toutes sans succès, pensent que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de s'en tenir à la médecine expectante. Nous allons essayer de trouver la vérité au milieu de ces incertitudes.
Remarquons d'abord que le traitement de l'entérite folliculeuse ne saurait être exactement le même à toutes les époques de la maladie , c'est-à-dire lorsque les follicules ne sont que gonflés et enflammes, lorsqu'ils sont en suppuration , et lorsque, par suite de leur destruction , la membrane muqueuse est ulcérée. Remarquons ensuite que si , dans la première période , on peut espérer de prompts résultats de la médication à laquelle on a recours , on ne peut se les promettre aussi rapides dans la seconde et encore moins dans la troisième période, en raison des altérations de plus en plus profondes de la membrane, quelque bien appropriés que soient d'ailleurs les moyens thérapeutiques à ces deux époques de la maladie. Enfin , n'oublions pas qu'en outre de l'inflammation , de la suppuration et de l'ulcération des follicules , il existe une autre lésion dans la maladie qui nous occupe , savoir , l'inflammation et la désorganisation des ganglions mésentériques , et que ces derniers désordres persistent souvent après la guérison des premiers. Ceci posé, voyons quelle doit être la conduite du praticien aux diverses phases de la maladie.
Il est bien évident que dans les commencemens de la maladie le traitement doit être entièrement antiphlogistique. A cette époque , il n'y a bien encore qu'inflammation de la membrane muqueuse et des follicules; on doit donc se proposer pour but et l'on peut espérer de l'enrayer dans sa marche, à moins que Ton n'admette, avec M. Bretonneau, que les prétendus boulons de la dolhinenthérite parcourent nécessairement, comme ceux de la variole, les périodes d inflammation et de suppuration , quelque chose qu'on fasse. Certes , si l'opinion de M. Bretonneau est fondée , le rôle du médecin doit se borner à maintenir dans de justes bornes l'inflammation qui accompagne Véruption intérieure ; et quelques boissons délayantes, quelques sangsues, la diète, des cataplasmes et des lavemens émolliens , suffisent à remplir cette indication. Mais si , au contraire, le développement des follicules est franchement inflammatoire et n'a rien de spécifique , ce qui nous paraît plus vraisemblable, c'est un traitement énergique , c'e^t surtout d'une main moins timide qu'il faut employer les évacuations sanguines locales. Toutefois , lorsqu'après les premières applications de sangsues , convenablement faites, on n'aperçoit aucune amélioration dans les symptômes, ou que cette amélioration n'est qu'instantanée, il devient probable que les follicules sont en voie de suppuration , et l'on sent dès lors toute l'inutilité de nouvelles émissions sanguines. Ce n'est pas que plusieurs fois encore dans le cours de la maladie, la saignée locale ne puisse devenir nécessaire pour combattre quelques accidens inflammatoires, mais il n'est plus permis de l'employer comme moyen principal de traitement.
Combien de temps après l'invasion de la maladie les follicules enflammés passent-ils à l'état de suppuration ? On ne sait rien de bien précis à cet égard ; on peut affirmer seulement que ce travail morbide ne commence guère en général avant le huitième ou le neuvième jour; aussi la plupart des auteurs s'accordent-ils à limiter au dixième jour le terme auquel les évacuations sanguines cessent d'être utiles. Passé ce terme , ils recommandent, les uns, des boissons acidulés, comme les limonades citrique, sulfurique ou acétique , ou l'acide carbonique , secondées par les cataplasmes et les lavemens émolliens , et la diète; les autres , les infusions ou décoctions toniques , et celle de quinquina, de préférence ; le camphre , le musc, etc. Ceux-ci prescrivent le sulfate de quinine à des doses considérables , ceux-là ne craignent pas d'avoir recours aux purgatifs. Ils ne sont d'accord que sur un seul point, c'est sur l'utilité des vésicatoires.
Des guérisons ont été obtenues sans doute sous l'influence de tous ces moyens, mais combien aussi d'entérites foUiculeuses ont été aggravées par le quinquina , le sulfate de quinine , l'acétate d'ammoniaque, le camphre, le musc, la serpentaire de Virginie, et parles purgatifs ! La prudence dit de s'abstenir d'y avoir recours; les boissons miellées et acidulées, les révulsifs et les moyens antiphlogistiques ordinaires suffisent pour triompher de la maladie, si les désordres ne sont pas trop considérables. Je dois à une grande persévérance dans l'emploi de ces moyens simples, des guérisons vraiment inespérées. Mais il faut une profonde conviction pour persister dans cette médecine en quelque sorte expectante , en présence de symptômes aussi graves que ceux que l'on a sous les yeux; les progrès vers le mieux sont si lents et si peu marqués d'un jour à l'autre , que l'on est tenté sans cesse de se jeter dans l'empirisme , dans l'espoir tous les jours déçu d'en obtenir des résultats plus rapides. Malheur aux malades si I on cède à cet entraînement , auquel il est diflicile de résister parce qu'il prend sa source dans un sentiment qui domine constamment les médecins , le désir de guérir le plus promptement possible. Pour une guérison que donne le jeu de lu sard qu'on nomme empirisme, vingt revers viennent attester tout le danger de s'y livrer. Que peut-on espérer du contact des stimulans que j'ai cités , sur des follicules enflammés et suppurés? On se garde bien de les employer à l'extérieur, sur les boutons de la petite vérole ou sur les furoncles , avec lesquels on compare ces follicules malades. Pourquoi donc , quand on établit des analogies , fondées ou non , ue pas en admettre les consé-
ENTÉRITE
ENTÉRITE
qnences ? Pourquoi porter avec tant de hardiesse sur la membrane muqueuse intestinale couverte de pustules et de fwoncles des stimulans que Ton n'oserait pas appliquer sur la peau affeclée de la même manière ? On ne voit pas le mal qu'on fait, voilà l'explication de cette inconséquence et la seule excuse de cette l'uneste Icmérilé. On ne veut même pas le voir, car plutôt que d'accuser le traitement des accidens qui surviennent, ou s'en prend à la malignité de la maladie Oli ! si la maladie pouvait parler.
C'est donc à des moyens simples, mais employés avec persévérance, qu'il faut se borner dans la période de suppuration de l'entérite foUiculeuse. La raison le dit et l'expérience le confirme. A plus forte raison doit-on tenir la même conduite lorsque la membrane muqueuse intestinale est parsemée d'ulcérations. Quel mal ne doivent pas produire alors tous ces irritans, que, par une inconcevable inconséquence, quelques médecins préconisent encore aujourd'hui. A l'exception de la décoction de quinquina , que l'on peut considérer peut-être comme un moyen de hâter la cicatrisation des ulcères intestinaux , suitoul lorsqu'on a quelques raisons de les supposer accouipjgnés de gangrène, je ne vois pas comment il serait possible de justifier plus long-tenij)S l'emploi de pareils moyens. Je concevrais beaucoup mieux que l'on eut recours à certains agens dans lesquels on croit que réside une propiieté cicalrisanle , tels que plusieurs substances balsamiques, l'acétate de plomi) , et le chlorure d'oxide de sodium. Je ne serais pas éloigné même d'essayer ce dernier agent, à la dose de trente à quarante gouttes d'abord, dans une pinte d'eau , tant sa puissance cicatrisante m'a paru énergique à l'extérieur. Enfin, lorsque les ulcères intestinaux sont guéris , mais qu'il reste des ganglions mésentériques suppures, il faut encore écarter de la muqueuse intestinale toute cause irri;anle capable de réveiller l'infla mmation dans ces organes.
Ainsi donc, dans toutes les péiiodes de la maladie, la raison repousse l'emploi des irritans, la nature des lésions y répugne , l'expérience en a prouvd les inconvéniens. On m'opposera sans doute des exemples de guéiisons obtenues par ces agens, mais je ne crains pas d'aflirmer que dans la plupart des cas on n'a pas eu affaire à de véritables entérites foUiculeuses, mais bien , tantôt à des gangrènes intestinales , tantôt à des groupes de symptômes de pulridité comme ceux qui accompagnent la pustule maligne ou toute autre gangrène, et qui paraissent dépentlre il'une infection du sang produite par la résorption de la matière putride du foyer gangréneu.v, etc. , toutes maladies confondues autrefois sous la dénomination de fîèi^i es adynamiquzs , et aujourd'hui sous celles de Jièvres i^ravis et A affections tj plioides. Que si quelques entérites follicuicuses ont réellement cédé à l'emploi des toniques, c'est à tiavers tant de dangers que les malades sont arrivés à la guérison , qu'il est bien permis de croire que c'est malgré les toniques et non par eux qu'ils ont été guéris.
Dans la convalescence de l'entérite qui se montre sous la forme de la fièvre muciueuse des anciens , il arrive souvent que les membranes muqueuses sont pâles et que l'appétit et les fonctions digestives ne se rétablissent pas; c'est alors le cas d'administrer des toniques ; mais , au lieu de recourir aux toniques médicamenteux , il vaut mieux ])rescrire un boa vin pendant les repas. On retire de bons effets cependant des vins de quinquina et des vins amers donnés h jeun. 11 est probable que dans tes cas, la membrane muqueuse gastro-intestinale a passé de l'état inflammatoire à celui d asthénie; qu'elle reçoit, en un mot, moins de sang, et qu'elle est moins excitable que dans l'état normal.
Mais un inconvénient beaucoup plus grave succède assez fréquemment à l'entérite folliculeuse intense , c'est la persistance de quelques ulcérations intestinales après la disparition de tous les autres accidens, et lorsque le malade parait entrer en convalescence. On s'en aperçoit bientôt à l'acci oissement de la chaleur cutanée, à la petite soif, et aux coliques sourdes qui accompagnent la digestion des alimens. Ces symptômes apparaissent avec plus d'intensité, et il s'y joint de la fréquence dans le pouls, à chaque repas un peu plus copieux que de coutume. Aussitôt que ces accidens se déclarent, il faut veiller attentivement au régime des malades, et les nourrir exclusivement de laitage , de fécules et de panades, d'alimens en un mot qui ne laissent que peu de résidu ou qu'un résidu peu excitant après leur digestion.
Enièviie pseudo-memhraneuse. — L'histoire de celte maladie est encore à faire. On trouve à peine quelques mots sur son état aigu dans les écrits de la science, et ce peu de mots se réduit à des détails peu précis d'auatomie pathologique ou au récit de l'expulsion de débris plus ou moins étendus de fausses membranes par les selles. On ignore quelles en sont les causes , si toutefois elle en a de spéciales ; on ne lui connaît pas de symptômes particuliers ; enfin on ne possède aucune donnée sur le traitement qu'il conviendrait de lui opposer. On a remarqué seulement qu'elle se montre rarement isolée, et que presque toujours , quand on l'obecrve , elle accompagne l'angine couenneuse ou le croup : je l'ai vue deux fois , et deux fois dans cette circonstance. MM. Guersent, Bretonneau, Guibert , Louis, etc , ne l'ont également observée que dans ce cas. M. Cruveilhier parait cependant l'avoir rencontrée seule. Voici tout ce qu'il en dit : « Il existe une autre forme d'entérite qui, bien qu'elle ne se rapporte « pas à l'espèce folliculeuse . mérite d être rapprochée des précédentes avec les- » quelles elle a beaucoup d'analogie sous le point de vue clinique ; c'est Yenié- » rite pseudo-meinbraneusc , dans laquelle une portion plus ou moins étendue « delà fin de l'intestin grêle et de la portion voisine du gros intestin est enduite » d'une matière caséiforme . très-adhérente, d im blai? jaunâtre, plus ou moins 1. morcelée, qui forme .i chaque papille une gaîne incomplète ; sous elle la >i membrane muqueuse est d'un rouge foncé. » ( Anatomie patholos,i(jue du Corps humain , !<' livraison. ) D'autres observateurs ont trouvé la membrane muqueuse, au dessous de la pseudo- membrane , rouge, ulcérée (Andral), ecchymosée { Dretouneau ) , boursoufflée , d'un rouge vil ( Guibert ). Dans son
exccWcDle HisCo:'rc anatomique des Inflammations, M. Gendrin décrit ces fausses membranes et l'état des muqueuses au dessous d'elles ; il cherche à en expliquer le mode de formation , mais il ne nous apprend rien sur ce qu'il nous importerait le plus de consigner dans ce Dictionnaire, savoir, les causes particulières , les symptômes spéciaux et surtout le traitement, de cette maladie. A des détails anatomiques, au récit de l'expulsion de fausses membranes par les selles , et à des conjectures sur leur formation , se réduit donc , je le répète, tout ce qu'on sait sur Vcntérite pseudo-membraneuse aiguë. Cette maladie semble former, avec l'angine couenneuse et le croup, un genre d'inflareimation particulière que M. Bretonneau propose de désigner par le nom de diphlériie. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on trouve des pseudo membranes sur toutes les surfaces muqueuses : dans le conduit auditif externe , les narrines, le larynx , les bronches , le pharynx, l'œsophage, l'estomac, les intestins , la vessie et le vagin , et souvent dans plusieurs de ces parties à la fois, ce qui indique évidemment qu'il existe un rapport intime entre toutes ces affections. J'appelle sur ce sujet toute l'attention des praticiens , et je renvoie le lecteur à l'article A^•GINE COUENNEUSE, s'il désirc counaitre mes conjectures sur la nature de cette inflammation , y attachant trop peu d importance pour les reproduire ici.
L'entérite pseudo-membraneuse est beaucoup plus commune, et par conséquent mieux connue, sous la forme chronique que sous la forme aiguë. On rencontre dans la pratique un assez grand nombre de personnes (et, chose remarquable, ce sont presque toujours des femmes ) qui rendent à chaque selle des débris plus ou moins considérables de fausses membranes , tantôt blanches ou molles, tantôt jaunâtres et élastiques , disposées en bandelettes et en filamens , toujours frangées et irrégulicres , et qu'elles comparent à des raclures de boyaux. Quelques-unes en sont à peine incommodées; de temps en temps seulement elles éprouvent quelques coliques , et rendent à la suite une quantité plus forte de ces fausses membranes que d'ordinaire; elles mangent et digèrent bien tant qu'elles ne sortent pas de leurs habitudes, mais au plus léger écart, les coliques se réveillent et les glaires augmentent. D'autres éprouvent des symptômes de l'enterile chronique : elles ressentent habituellement quelj ques coliques sourdes, un sentiment de chaleur et soutient comme de brûlure I dans un point ordinairement circonscrit de l'abdomen ; elles vont à la selle plu- ! sieurs fois par jour, et rendent chatjue fois des lambeaux informes défausses i membranes. L'excrétion île ces pseudo-membranes est très-souvent accompa- I gnée d'une sensation de brûlure vers la fin du rectum , tellement vive , que les malades redoutent extrêmement le moment de se présenter à la garde-robe. Ces malades ont en général peu d'appétit; ils digèrent mal-, leur langue est presque toujours sale, recouverte d'un enduit blanchâtre ou jaunâtre, mais sans rougeur prononcée au pourtour ni à la pointe ; la peau conserve chez presque tous sa chaleur naturelle, le pouls est rarement accéléré, il n'y a pas de soif m irquée. De temps eu temps seulement , dans les saisons humides , à l'occasion d'un écart de régime, et plus communément peut-être sous l'influence des affections morales tristes, la peau s'éth.iuffe et le pouls s'accélère en même temps que les accidens locaux delà maladie prennent plus d'intensité. En deux ou trois jours , ordinairement les symptômes reprennent leur peu d'intensité habituelle; quelquefois cependant ces exaspérations de la maladie se prolongent beaucoup au delà de ce terme.
Je ne crois pas que l'entérite pseudo-membraneuse chronique soit produite par des causes spéciales ; elle se développe , je pense , sous l'influenc des causes ordinaires de l'entérite villeuse ou de l'entérite folliculeuse , et c'est dans l'idiosyncrasie des individus qu'elle affecte qu'il faut voir la raison de sa forme particulière. Son interminable ilurée m'en parait une preuve. On ne concevrait pas , en effet , que cette maladie se prolongeât pendant dix , vingt et trente ans (j'ai dans ce moment sous les yeux une dame qui en est tourmentée depuis une I douzaine d'années), si elle était l'effet des causes ordinaires des maladies, dont j l'action est presque toujours passagère. Il est donc bien probable qu elle est liée à l'idiosy ncrasie des individus , c'est-à-dire à uu état incounu de leur organisation , ce qui ne nous a])prend pas grand chose , et qu'elle en dépend.
On lit dans le Journal général de médecine, cahier de mars 1826, une observation recueillie par M. Bourgeois , qui parait se rattacher à l'entérite pseu- ! do-membraneuse chronique si l'on u'.t égard qu'à la nature des matières excrej tées , mais qui s'en éloigne lors((ue l'on vient à considérer les autres particula- I rites de la maladie. En effet, pendant plus de deux ans , la malade éprouve, par crises , des douleurs intolérables dans l'abdomin, sans qu'elle rende une seule fausse membrane ; puis tout à coup elle en évacue une grande quantité , et continue pendant quinze jours à eu rendre une quantité prodigieuse , et l'on s'a])erçoit qu'une tumeur qui existait au dessus de l'ombilic a disparu. La malade semble guérie pendant six mois ; puis les crises reviennelit peu à peu, la tumeur reparaît , et enfin de nouvelles fausses membranes sont encore excrétées sous l'influence dis veimifuges comme la première fois, et les accidens diminuent de nouveau. Mais cette fois le soulagement n'est pas complet , et la malade succombe quelques mois après cette réappai ition des accidens ; 1 ouverture du cadavre n'a pas été faite. N'est-il pas probable que chez cette malade il existait dans l'abdomen une poche hydatidiquc qui s'est ouverte dans un intestin , et que les piéleudues fausses membranes n'étaient autre chose que des débris d'hydatides ? On voit en effet la dame qui fait le sujet de cette observation , se bien porter aussitôt que la poche d'hydatides est vide, retomber malade à mesure qu'elle se remplit de nouveau , et être soulagée une seconde fois par l'expulsion des kystes hydatidiques , en aussi grande quantité que la première fois. Cette affection n'appartient donc pas à l'entérite pseudo-membraneuse.
Les moyeu* de traitement de l'affection qui nous occupe diffèrent peu de