‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 27 sur 234 · AIGUËS · texte numérisé non relu

AIGUËS

C'est un amer légèrement aromatique comme nous en possédons des milliers. Le peu de tannin qu'elle contient ne permet pas de la ranger parmi les astriogens énergiques. Que croire après cela des auteurs qui , la considérant comme détersive , tonique et astringente , disent l'avoir employée avec succès contre des affections très-différentes pour le siège et la nature; par exemple dans les engorgcmens du foie et de la rate, dans les hémorrhagies passives , dans les ûux muqueux chroniques , dans les inflammations de la gorge, etc. , sans spécifier les conditions morbides dans lesquelles ils y ont eu recours ?

On conçoit facilement que les doses d'un pareil médicament ne sauraient être d'une grande importance , et que les règles générales de l'art de formuler suffisent pour en diriger l'emploi, en supposant que l'on veuille s'en servir encore.

( F. Ratier. )

AIGREURS (Pathologie), s. f. pl., de acor. On appelle ainsi le phénomène de régurgitation des liquides aigres ou acides, qui s'opère chez certains individus , en santé ou en maladie.

Les aigreurs se manifestent le plus ordinairement après le repas , et souvent pendant la digestion des substances acides. Il est même des personnes qui ne peuvent digérer les alimeus végétau.t sans éprouver ce genre d'incommodité. Il semble que , dans ces cas, la face contractile de l'estomuc soit insuflisante pour opérer l'action digeslive , et que la même cause qui , chez les herbivores, fait passer le bol alimentaire dans un organe supplémentaire de chymification, donne lieu au même phénomène chez l'hoaime qui se nourrit de substances végétales. Les régurgitations acides ont également lieu dans certaines affections de l'estomac, telles que une phlegmasie chronique, une hypertrophie, un squirre de cet organe. Il résulte de là que le phénomène dont il s'agit est bien plus souvent un effet purement physiologique, oit un symptôme de maladie ,. qu'un état morbide proprement dit. Pour mettre cette vérité hors de doute, il suffit d'analyser ce qui se passe dans l'acte de régurgitation. On remarque alors , en effet, que les mucosités gastriques que rendent les malades n'ont pas toujours une saveur acide, qu'elles sont quelquefois fades ou sucrées, quelquefois insipides ou amères, etc.; par conséquent, s'il fallait faire une maladie des acidités ou aigreurs, il faudrait en faire autant des mucosités insipides , fades , sucrées , améres , métalliques, etc.

On observe aussi que les régurgitations sucrées ont lieu peu de temps après le repas , tandis que les régurgitations acides sb manifestent vers la fin du travail digestif, et lorsqu'elles se présentent hors le temps de la digestion, elles ne sont ni acides, ni sucrées; elles sont insipides ou amères. Les malades disent alors qu'ils rendent des eaux, des glaires ou de la bile. Montègre a présenté, en 1812, à l'Institut, une série d'expériences, qui, bien que faites dans un autre but , prouvent toutefois que les fluides gastriques n'acquièrent pas accidentellement des propriétés acides. Bichat et Gosse de Genève, qui jouissaient du fâcheux privilège de vomir à volonté , ont été à même de reconnaître que les alimens deviennent acides pendant la chymification , sans que pour cela la digestion soit mauvaise; Montègre s'est même assuré par l'expérience suivante que l'acidité qu'acquiert alors le bol alimentaire est un effet de la digestion normale. Avant de prendre des alimeus, il avait de la magnésie pour neutraliser l acidité des sues gastriques , et trouvait ensuite plus ou moins d'acidité dans les alimens qu'il rendait , suivant la durée de leur séjour dans l'estomac. De même chez le sujet dont M. Richerand a consigné I histoire dans ses Noiweaux Élémens de physiologie, et qui avait également la faculté de vomir à volonté , le goût des matières rendues n'avait rien d'acide quelques minutes, un quart d'heure après l'introduction des alimens ; mais plustard, les rapports devenaient acides , et au bout de deux heures , l'acidité était piquante, nauséeuse, insupportable. Ces diverses circonstances étant toutà-fait conformes à ce qui se passe dans l'état physiologique , ne peuvent par conséquent justifier en rien la dénomination d'aigreurs, considérées comme maladie, c'est-à-dire comme produits d'une sécrétion anormale de la muqueuse digestive, et ce qui contribuera encore à établir cette vérité, c'est que le phénomène de régurgitation s'observe plus particulièrement chez les individus qui offrent quelque maladie de l'estomac. De plus ou remarque assez ordinairement que , quand on emploie la magnésie ou toute autre substance absorbante, dans le but de neutraliser l'acidité des fluides gastriques , il n'y a pas pour cela cessation de la régurgitation , mais seulement cessation de la saveur aigre ou acide. On doit donc bien distinguer la modification vitale ou organique de l'estomac, qui provoque l'acte de régurgitation et constitue réellement la maladie , de la régurgitation elle-même, qui en est la conséquence la plus ordinaire.

On ne peut nier toutefois que dans quelques cas , rares il est vrai , les fluides de l'appareil sécrétoire de l'estomac n'éprouvent, comme ceux du reste du tube digestif et comme toutes les humeurs de l'économie, une sorte de dégénérescence acéteuse , ainsi qu'on le remarque chez les eufans pendant l'allaitement, chez les femmes grosses, les filles chlorotiques , etc. ; mais, lorsqu'il existe, cet état est alors indépendant du travail digestif, et ne se lie nullement au phénomène de régurgitation, qui peut ne pas exister, bien qu'il y ait dégénérescence acéteuse manifeste des fluides de la bouche, de l'estomac et de l'intestin.

On peut conclure de là que ce ne peut être que dans ce dernier cas qu'il est permis de compter sur l'cflicacité des remèdes dits absorbans , dont beaucoup de praticiens font encore aujourd'hui un si fréquent usage [voyez Absokbans). Le plus ordinairement, au contraire, le praticien doit s'attacher à reconnaître dans les organes digestifs la lésion à l'existence de laquelle la régurgitation se trouve liée. ( Voyez Maladies de l'estomac. ) { P. Jolly. )

AIGUÈS (Maladies). Voyez Maladies.

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