AGONIE
AIGREMOINE.
soutenue par celle de la position de la partie et d'un bandage unissant ou tout au moins contentif. Mais, par cela même que les agglutinatifs n'agissent que sur la peau, ils ne conviennent pas toutes les fois que la solution de continuité s'étend aux muscles de la partie, et que les bords divisés de ceux-ci s'écartent avec force , parce qu'en réunissant seulement l'entrée de la plaie , ils laisseraient subsister dans le fond de celle-ci un vide dans lequel s'accumuleraient des liquides qui deviendraient presque inévitablement la source d'un abcès.
Les agglutinatifs ont quelques iuconvéniens qui tiennent à la nature de leur composition. Le taffetas gommé se durcit , se relire sur lui-même , blesse les parties et demande à être renouvelé assez souvent. Les autres agglutinatifs déterminent souvent des éruptions pustuleuses, et dans les saisons où régnent des érysipèles , des inflammations cutanées qui ont quelquefois des suites fâcheuses, il est de la prudence de s'en abstenir. (L. J. Sanson. )
AGISSANTE ( Médecine ). Par opposition à la médecine expectante , on a nommé médecine agissante celle qui consiste à user de tous les moyens thérapeutiques que semble réclamer la nature des maladies, pour en arrêter la marche , en hi\ter le cours et accélérer , s'il est possible , la guérison. Dans la médecine expectante , on suppose que les maladies ont une marche nécessaire que rien ne peut intervertir , et on la respecte en ne prescrivant que le moins de médicamens qu'il est possible; on croit qu'un principe conservateur auquel on donne le nom de nature médicatrice tend sans cesse à rétablir l'état normal , et on se borne à observer et k aider les efforts de ce principe. Dans la médecine agissante au contraire, moins persuade de la fatalité de la marche des maladies , et surtout moins confiant dans les efforts de la prétendue nature médicatrice, on s'attache de bonne heure à détruire le mal par tous les moyens possibles. Sous les dénominations de médecine expectante et de médecine agissante, on ne désigne donc pas seulement, comme le pensent quelques médecins , de simples différences dans l'emploi plus ou moins réservé des agens thérapeutiques , on y attache encore l'idée des doctrines différentes. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner la valeur de ces doctrines , ou plutôt de ces fractions de doctrines ; nous y reviendrons à l'occasion de la marche des maladies et de la nature médicatrice. ( Voj-ez ces mots. )
En s'en tenant au sens littéral , il n'y a pas de médecine véritablement expectante ; quelque peu qu'il fasse, ne fit-il que priver le malade d'alimens, le médecin agit encore et ne reste pas froid spectateur des phénomènes morbides qu'il observe; il fait donc toujours de la médecine agissante. Mais le médecin agit beaucoup ou il agit peu , et c'est en cela que consiste , suivant quelques-uns, la différence capitale des deux doctrines. Envisagées sous ce seul point de vue, laquelle des deux est préférable? Sans aucun doute , il y a plus de danger à abandonner à elle-même une maladie grave, telle qu'une cérébrite , une pneumonite , etc. , qu'à déployer contre elle toutes les ressources de la thérapeutique; et le médecin le plus amoureux de l'expeclation , atteint de l'une de ces deux affections , ne balancerait pas dans le choix de la médication à lui appliquer ; il demanderait avec instance une médecine active, une médecine agissante. Ce qui est vrai pour les maladies graves ne cesse pas de l'être dans les affections légères : la plupart des maladies chroniques ont commencé par une indisposition à laquelle on n'a pas donné toute l'attention convenable. C'est donc en général la médecine agissante qu'il faut préférer , pourvu toutefois qu'elle ne soit pas turbulente . qu'elle soit rationnelle et bien dirigée ; car sans ces conditions , elle serait beaucoup plus dangei-euse que l'expectation. Il est difficile , au reste , d'établir les préceptes généraux qui doivent la diriger , et nous ne pourrions le faire qu'en termes trop vagues pour qu'ils pussent être de quelque utilité. ( L. Ch. Roche. )
AGONIE , de «-/wv, qui signifie combat. On désigne sous ce nom une collection de phénomènes qui servent pour ainsi dire de passage entre la vie et la mort. En imposant à cette série de phénomènes une dénomination qui signifie combat, lutte, les médecins grecs nous en ont donné une idée plus poétique que vraie. En effet, l'agonie n'est point une lutte entre la vie et la mort; car comment la mort, qui est l'absence de toute action vitale , pourrait-elle combattre contre la vie ? La vie et la mort étant incompatibles chez le même individu , il est assez singulier qu'on ait imaginé de les mettre aux prises l'une avec l'autre.
Si l'on voulait parler de l'agonie en style figuré , on pourrait dire que ses phénomènes sont les derniers rayons de la vie. Ce que l'éloquent Buffon a dit de la mort , » qu'elle est la dernière nuance de la vie , )i s'applique bien plus rigoureusement à l'agonie.
Quoi qu'il en soit, les phénomènes caractéristiques de l'agonie sont les suivans : affaiblissement profond, puis perte absolue des sensations et de l'intelligence ; immobilité et affaissement des traits , direction des yeux en haut; refroidissement du corps et spécialement des parties les plus éloignées du centre de la circulation , avec sueurs plus ou moins abondantes ; extinction de la voix , respiration lente , laborieuse , accompagnée d'un râle bruyant (râle trachéal, râle des mourans) ; pouls petit, fuyant sous le doigt, irrégulier , intermittent , parfois tout-à-fait imperceptible (lorsque le pouls a déjà disparu , on distingue encore , pendant quelque temps , les battemens du cœur, soit en appliquant la main sur la région précordiale , soit surtout en auscultant cette région) ; mouyemens de locomotion nuls ou presque nuls (le corps de l'agonisant, obéissant, à la manière des corps inertes , aux Jois de la pesanteur , glisse vers les pieds du lit , et la tête roule au bas de l'oreiller).
Plusieurs des phénomènes qui viennent d'être signalés peuvent exister sans que la mort en soit l'inévitable résultat. Cette agonie apparente , fausse , ne doit pas être confondue avec l'agonie réelle. D'un autre côté , la mort n'est pas toujours précédée du douloureux appareil de l'agonie. On sait, en effet, que DicT. de Médecise et de Chirtjrgie pratiques.
dans beaucoup de lésions, elle arrive d'une manière brusque et soudaine ; c'est ce qui a lieu , par exemple , dans les hémorrhagies foudroyantes produites par une blessure , par la rupture du cœur, ou d'une tumeur anévrismale ; on sait aussi que certaines affections morales très-vives peuvent déterminer une mort instantanée. Il est de même des lésions profondes de la moelle alongée , de cette portion centrale du système nerveux à laquelle on a si justement donné le nom de nœud vital. Il en est de même encore de certains poisons, dont l'action est tellement rapide qu'on ne peut la comparer qu'à celle de la foudre. Les phénomènes de l'agonie sont essentiellement les mêmes , quel que soit le genre de maladie à laquelle l'individu succombe. Seulement leur intensité et leur durée varient suivant plusieurs circonstances, telles que l'âge, la force des individus , le siège et la nature de la maladie , etc.
Il est évident que les symptômes fondamentaux de l'agonie dénotent une lésion du système nerveux cérébro-rachidien , lequel régit , comme tout le monde le sait, les fonctions à l'ensemble desquelles notre Bichat a consacré le nom de vie animale. L'agonie n'est donc réellement que le résultat d'une lésion soit primitive , soit consécutive de l'innervation cérèbro-rachidienne.
Le dernier terme de l'agonie, c'est-à-dire la mort, ne paraît autre chose que l'extinction définitive de cette grande puissance que l'on pourrait appeler l'âmephysiologique de Véconomie vitrante.
Toutes les fonctions auxquelles préside le phénomène compliqué de l'innervation cérébro-rachidienne ne s'éteignent pas en même temps. Elles meurent en quelque sorte l'une après l'autre chez les agouïsans. hhtltimiim moriens de ces fonctions paraît être la respiration ; aussi l'expression d'expirer est-elle, dans toutes les langues, synonyme de celle de mourir, et cette expression est de toute justesse.
Je sais bien que les battemens du cceur peuvent exister quelque temps après la cessation de la respiration. Mais il n'est ici question que des fonctions qui puisent leur principe animateur dans le système cérébro-rachidien , et il n'est pas démontré que la circulation doive être placée parmi ses fonctions , puisqu'elle peut avoir lieu chez des fœtus privés de cerveau et de moelle épinière.
Étant admis que c'est une lésion d'u système nerveux cérébro-spinal qui est le premier et principal mobile des phénomènes dont la collection porte le nom d'agonie , il nous reste maintenant à examiner si cette lésion peut être observée , constatée par nos sens , par l'inspection anatomique.
Or , ou peut affirmer que , dans divers cas, la lésion dont il s'agit se dérobe complètement à nos insirumens grossiers d'exploration. Dans les cas très-nombreux où l'on rencontre au sein des centres nerveux des altérations considérables , telles que des congestions sanguines ou séreuses , des ramollissemens , des suppurations , des indurations , etc. , il n'est pas toujours facile de déterminer comment ont agi ces lésions organiques, pour produire les désordres fonctionnels qui constituent l'agonie. La raison de cela est très-simple : c'est que le mécanisme de l'action normale des centres nerveux est encore un des grands mystères de la physiologie. Au reste , quel que soit le mécanisme de l'innervation , nous savons !<> qu'il n'est pas toujours nécessaire que les insirumens de cette grande fonction soient complètement désorganisés pour qu'elle soit anéantie; 2» qu'une simple compression suffit pour produire cet effet; 3° que cet effet peut même avoir lieu sans qu'il existe aucune altération appréciable. On dirait, dans ce dernier cas , que , semblable aux forces électriques , la puissance nei'veuse se dissipe par une sorte de déperdition , et rentre dans le réservoir commun.
Quoi qu'il en soit de cette hypolh'ese , je conclus de ce qui précède :
1". Que les principaux phénomènes de l'agonie dépendent d'une lésion du système nerveux cérébro-rachidien ; 2" que la nature intime de cette lésion nous échappe , comme la nature de l'influence nerveuse elle-même, mais que tout nous porte à croire que cette lésion n'estautre chose qu'une sorte d'extinction graduelle, de déperdition, si l'on peut ainsi dire, de l'influence nerveuse ; 3o que cette extinction de la puissance nerveuse coïncide souvent avec des compressions ou des altérations de structure des centres nerveux , tandis que dans d'autres cas elle a lieu sans que l'on rencontre de semblables lésions (c'est ce qui arrive, par exemple, sous l'influence de certains poisons introduit? dans l'économie animale ).
Nous ne pousserons pas plus loin nos réflexions sur l'agonie, pour ne pas anticiper sur celles qui seront présentées à l'article Mort, la mort n'étant réellement que la dernière scène , et, si j'ose m'exprimer ainsi , le dénouement de l'agonie. ( J. Bouiliaud. )
AIGREMOINE , agrimonia eupatoria. (Dodécandrie digyn. L. — Rosac. J.)
Cette plante est vivace et fort commune dans nos contrées , a une tige herbacée, droite et velue, des feuilles pinnées à folioles ovales inégales et dentelées, d'un vert pâle, et des fleurs jaunes réunies en un long épi cylindrique. Le feuilles et la racine sont les seules parties usitées en médecine , et qui , après avoir joui d'un certain crédit , sont maintenant à peu près tombées en désuétude , à raison de la faiblesse de leurs propriétés.
Une odeur assez agréable et faiblement aromatique , une saveur amère et un peu astringente , sont tout ce que l'aigremoine présente au premier examen , efe qui n'a pas inspiré le désir de rechercher plus scrupuleusement sa composition^ intime. Quoi qu'il en soit des analyses qu'on en a faites, il résulte qu'elle renferme une petite quantité d'huile essentielle et de tannin , avec de la chlorophylle. L'eau et l'alcool dissolvent très-bien ses principes actifs.
Si, profitant des lumières de la chimie, qui nous montre dans toutes les substances jouissant de propriétés médicales Irès-développées des principes particuliers auxquels on doit les rattacher, nous examinons l'aigremoine , nous voyons que rien dans cette plante n'autorise à en attendre de grands effets.