LIVRE METRIQUE. VALETIR EN GRAMMES
I livre ou 16 onces 500
12 onces 375
8 onces 250
4 onces 125
z onces .... 62,5
1 once ou 8 gros 31,25
6 gros 23,4
4 gros 15,6
3 gros. .......... 1 1,7
2 gros 7,8
1 gros ou 27 grains 3,9
60 grains 3,25
54 grains 2,93
2 scrup. ou 48 grains 2,60
1/2 gros ou 36 grains 1,95
1 scrup. ou 24 grains 1,30
18 grains 0,98
1/2 scrup. ou 12 grains 0,65
10 grains 0,54
9 grains . 0,49
8 grains 0,43
7 grains 0,38
6 grains 0,33
5 grains. ......... 0,27
4 grains • 0,22
3 grains. 0,16 , 2 grains 0,1 1
I grain 0,054
Quant aux autres mesures de capacité pour les liquides, i] n'y a plus aucune différence à faire entre la pinte et le litre , d'autant plus qu'en les confondant on ne fait que rendre à la pinte sa contenance première , qui était du double du sextier romain, ou presque exactement de 1 kilogramme d'eau. (Voir la Pharmacopée RAisoNNÉE , tom. 1, pag. 133. ) Alors :
Le demi-litre , chopine ou sextier, contient 500 grammes ou 1 litre métrique.
Le quart de litre , ou demi-sextier, contient 250 grammes ou 8 onces.
Le huitième de litre, ou poisson, renferme 125 grammes ou 4 onces.
Le seizième de litre , ou demi-poisson , contient 62 gram. , 5 ou 2 onces.
Le même arrêté ministériel du 28 mars 1812 a autorisé la fabrication d'autres mesures usuelles, toujours dérivées du mètre, mais portant le nom des anciennes mesures, et ayant une valeur presque égale. C'est ainsi que :
1°. Une longueur de 2 mètres a pris le nom Ae^toise métrique , et se divise en 6 pieds comme l'ancienne toise. Celle-ci égalait l mètre 95 centimètres.
2°. Une longueur égale au tiers du mètre, ou à 33 centimètres, a pris le nom de pied métrique , et se divise en 12 pouces et le pouce en 12 lignes. L'ancien pied égalait 32 centim. , 5.
3°. Une longueur égale à 12 décimètres, ou à 1 mètre 20 centimètres , est devenue une aune métrique. L'ancienne égalait 1 mètre 18 centimètres.
40. Une mesure égale au 8^ de l'hectolitre, ou à 12 litres 1/2, porte le nom de boisseau métrique. L'ancien boisseau contenait 13 litres.
Ces mesures sortant entièrement de notre sujet, il est inutile de nous y arrêter davantage; mais à l'article Posologie nous donnerons des tables de rapport de tous les poids médicinaux de l'Europe avec le gramme , et des principaux de ces poids entre eux.
DE
>^ '«•lllilllllllHi: <^4Bi
ABATTEMENT, terme figuré ou métapliorique par lequel on désigne, en pathologie, une diminution notable et soudaine des phénomènes de la puissance nerveuse , c'est-à dire des mouvemens , des sensations et des fonctions morales et intellectuelles.
Bien que l'abattement ne soit le plus souvent qu'un des symptômes d'une affection aiguë plus ou moins compliquée , il n'en est pas moins vrai qu'il existe quelquefois seul, et pour ainsi dire à l'état simple. Dans ce cas , il constitue réellement une maladie qui a ses causes , ses phénomènes propres , son siège , et qui réclame des moyens thérapeutiques particuliers , et lors même que l'abattement n'est que le symptôme d'une maladie aiguë , il importe encore d'en rechercher la nature intime , d'en étudier toutes les circonstances ; car c'est de la connaissance exacte et précise de fous ses symptômes que résulte celle d'une maladie quelconque. Or, un symptôme est une lésion fonctionnelle qui suppose quelque altération organique , soit que cette altération puisse être saisie par nos sens, soit qu'elle échappe à leur exploration. C'est d'après ces principes que nous traiterons l'article abattement.
L'abattement présente des variétés d'intensité et d'étendue. Je veux dire, par ce dernier mot , que l'abattement peut être général ou partiel. Il est général quand tous les phénomènes de l'innervation sont subitement diminués et comme enrayés ; il est partiel, lorsque cette diminutionne frappe que quelques-uns de ces phénomènes. On l'a divisé en abattement pAj-sj^ue et en abattement moral, suivant qu'il porte sur les fonctions locomotrices ou sur les fonctions intellectuelles et affectives.
L'abattement , considéré en lui-même et comme un état morbide simple ou élémentaire , est caractérisé suffisamment par la définition que nous en avons donnée.
Les principales causes de l'abattement sont : 1° des exercices immodérés et prolongés, soit du corps , soit de l'esprit, des affections morales vives; 2° l'influence d'une chaleur brûlante ou d'un froid excessif^ 3o l'action de certaines substances délétères introduites dans le système sangéîn : tels , entre autres , les poisons septiques et stupéfians ; 4o enfin un grand nombre de phlegmasies aiguës , surtout quand elles sont accompagnées d'une congestion notable des centres nerveux.
Il est évident que chacune de ces causes a pour efiet l'affaiblissement plus ou moins profond de l'influx nerveux , et que , parvenue à son maximum d'intensité , elle en amène l'épuisement total ; d'où il suit que , pour connaître la nature intime de l'abattement, il faudrait savoir quelle est celle de ce que nous appelons la puissance nerveuse. Or , c'est là malheureusement un mystère que la physiologie expérimentale n'a point encore suffisamment dévoilé. Ainsi donc, dans l'état actuel de la science, nous ignorons à quelle espèce de lésion matérielle ou organique correspond la lésion fonctionnelle désignée sous le nom d abattement. En d'autres termes , nous ne connaissons pas le mécanisme des causes sous I empire desquelles se manifeste ce phénomène morbide. Remarquez seulement , et cette remarque est importante en pratique , remarquez , dis-je , que tantôt ces causes agissent immédiatement sur les centres nerveux : telles sont les affections morales et les fatigues de l'esprit, et que tantôt elles n'influent que médiatement ou secondairement sur ces mêmes centres nerveux. Pour prouver cette dernière assertion , il suffira de rappeler que l'abattement est
DiCT. DE MÉDECIKE ET DE ChiRDUGIE PRATIQUES.
quelquefois produit par l'action qu'exercent primitivement sur le sang certaines substances vénéneuses. On peut produire à volonté un abattement de cette nature en injectant des matières putrides dans les veines d'un animal. J'ai répété bien des fois cette expérience. Elle a pour résultat constant une diminution subite des phénomènes de l'innervation , et ces phénomènes ne tardent pas à s'éteindre entièrement lorsqu'une quantité considérable de matières putrides a été injectée dans le torrent circulatoire. Il est impossible de ne pas entrevoir une grande analogie entre cet abattement, en quelque sorte artificiel , et celui que déterminent les émanations miasmatiques. (On sait en effet que les typhus auxquels ces émanations donnent lieu ont pour un-de leurs symptômes les plus saillans Vabattement. )
On conçoit que l'abattement est plus ou moins grave selon l'intensité' qu'il présente, suivant la nature de ses causes déterminantes, et aussi selon ses diverses complications.
Quant aux moyens thérapeutiques qu'il réclame , ils doivent être différens suivant les causes dont l'abattement est le produit. Il faut bien se garder de combattre par des excitans l'abattement qui accompagne fréquemment les phlegmasies aiguës ; dans ce cas , le traitement de l'abattement se confond avec celai de la maladie dont il n'est qu'un symptôme. L'abattement pur et simple se dissipe ordinairement de lui-même, lorsque la cause qui l'a déterminé cesse d'agir. C'est ainsi que le repos suffit pour faire disparaître l'abattement qui reconnaît pour cause des travaux excessifs. Celui qui est le résultat d'une affection morale très-vive s'évanouit en même temps que'lle. L'abattement est-il l'effet d'une chaleur ardente , il ne tarde pas à se dissiper , si l'individu peut se soustraire à l'influence de cette chaleur, et s'il fait un usage prudent des moyens rafraîchissans. Ce n'est pas ici le lieu de parler des moyens que l'on doit opposer à l'abattement produit par l'action des miasmes putrides et de quelques autres substances délétères. ( J. Bouillatjd. )
ABCÈS, s. m. ahscessus , du verbe ahscedere , se séparer, s'écarter; mot introduit du temps de Celse , ou par cet écrivain lui-même dans le langage médical , et qui sert à désigner toute espèce de collection purulente formée au sein de l'organisme, et hors des cavités normales du corps. Les amas de liquides qui ont leur siège , soit entre les feuillets des membranes séreuses ou synoviales, soit dans quelques organes creux , tapissés par des lames muqueuses , comme l'estomac , l'intestin ou la v-essie , portent plus spécialement le nom A^épanchemens , et doivent être distingués des abcès proprement dits. Il en sera question lorsque nous traiterons des maladies dont ces épanchemens peuvent être le résultat.
Les abcès , ainsi appelés , à raison , ou de l'écartement anormal des lames organiques entre lesquelles le pus se rassemble , ou de l'action vitale par laquelle ce liquide est séparé du sang ; les abcès, dis-je, ne constituent jamais des maladies primitives , mais sont constamment l'effet ou la terminaison d'une inflammation antérieure plus ou moins intense, étendue et profonde, des tissus vivans. Toutes les fois que de la suppuration se fait remarquer dans l'organisme , on peut être assuré, quelles que soient les qualités qu'elle présente, qu'une irritation aiguë ou chronique , apparente ou cachée , a existé ou existe encore à 1 endroit même que la collection occupe, ou dans quelque partie éloignée, qui communique avec ce point, et d'où le liquide s'est écoulé. Cette proposition,
ABCÈS
A.BCÈS.
fondée sur les recherches les plus exactes de l'anatomie pathologique, ne comporte pas d'exception, malgré ce qu'ont pu dire quelques observateurs relativement à l'amas de pus , formé par le dépôt de matières absorbées et charriées pendant un temps variable dans l'appareil vasculaire. Les lois de la physiologie repoussent formellement les explications de ce genre. Elles démontrent que le pus se forme sous l'influence delà phlogose , comme les pseudo-membranes, les tissus qui constituent les adhérences , et les variétés si multipliées des productions pathologiques.
Tous les phénomènes qui précèdent la suppuration , et qui accompagnent le développement des abcès, sont subordonnés à la violence, au siège et à la marche plus ou moins aiguë de l'inflammation qui les occasione. Celle-ci ne manque dans aucun cas; mais elle peut affecter des tissus difi'érens, présenter des nuances d'intensité variables à l'inBni; et selon ces .circonstances, les collections purulentes se forment avec lenteur ou rapidité , acquièrent des dimensions considérables ou restreintes , et renferment des liquides dont les qualités diffèrent singulièrement.
L'ancienne division des abcès en abcès chauds ou inflammatoires, en abcès froids , et en abcès par congestion , considérée comme s'appliquant à des tumeurs de nature différente , et provenant de lésions vitales dissemblables , doit donc être rejetée. Les tumeurs purulentes ont toutes la même origine : l'inflammation. Il importe seulement au praticien de bien étudier les modiflcations qu'elles présentent , selon la vivacité de la phlogose qui les détermine , selon la nature des organes qui en sont le siège, et enfin selon que le pus s'accumule dans le lieu même où il est formé , ou qu'il fuse plus ou moins loin, à travers les aréoles celluleuses , pour gagner des parties de plus en plus déclives.
§ ler, FORMATION ET CARACTERES ANATOMICO - PATHOLOGIQUES DES ABCÈS.
lo. Abcès qui succèdent aux inflammations aiguës. — Lorsqu'ils contractent l'inflammation , les tissus organisés se pénètrent d'une quantité de sang proportionnée à la violence de l'irritation qui les agite. D'abord , renfermé dans ses vaisseaux, dont il distend les parois, ce liquide, en s'accumulant avec une vivacité toujours croissante , rompt successivement les digues qui le contenaient, s'épanche entre les élémens solides des organes, se combine avec eux , et les rend ainsi plus compactes et plus pesans, en même temps que leur élasticité disparait, et qu'ils deviennent friables au point de ne plus offrir de résistance aux ligatures , et de se rompre ou de s'écraser sous le moindre effort. Si ce mouvement inflammatoire n'est pas arrêté ou ralenti , les tissus altérés se ramollissent, se détruisent , et, se mêlant au sang qui les pénètre, constituent une matière pulpeuse , que d'ultérieures élaborations convertissent graduellement en pus. Ce liquide est primitivement formé et par les débris solides des organes enflammés , et par les élémens du sang qui sont entrés dans des combinaisons anormales. Ces deux ordres de matériaux sont faciles à distinguer au début de la suppuration , qui est d'abord sanguinolente , et qui, dans certains organes , dont le tissu présente des qualités très-tranchées et difficiles à détruire, entraîne avec elle des débris très-reconnaissables de leur parenchyme. On sait que la suppuration du foie, par exemple, est presque toujours colorée en rouge brunâtre , et retient des portions de substance hépatique qui lui donnent une consistance et un aspect analogues à la lie de vin.
Au début de la suppuration, le pus, encore imparfait, se montre disséminé cà et là dans la masse enflammée qui le recèle ; les portions de l'organe les plus molles, les plus vivement irritées et les premières atteintes par la phlogose , sont celles qui subissent d'abord la plus profonde altération. Peu à peu , le liquide nouveau devient plus abondant ; les petits foyers qui le renfermaient augmentent de volume , se rapprochent, se réunissent et se confondent en une cavité unique , d'étendue variable. A mesure que ce travail s'opère , le pus est dépouillé par le mouvement élaborateur auquel il continue d'être soumis , et de la matière colorante du sang, et des lambeaux ou des débris organiques qu'il contenait. Il devient de plus en plus homogène , et constitue enfin un liquide spécial , dont les propriétés deviennent de plus en plus différentes de celles de tous les autres liquides animaux. Cette élaboration successive ne saurait être révoquée en doute. Quel chirurgien n'a observé combien la suppuration des abcès ouverts avant leur entière maturité, diffère de celle des tumeurs du même genre dont les parois ne sont que très-tardivement divisées?
Le pus qu'on rencontre dans les abcès aigus qui nous occupent constitue ordinairement un liquide blanc, crémeux, homogène, doux au toucher, plus pesant que l'eau , dans laquelle il ne se dissout qu'en partie , sans odeur désagréable; et n'exerçant par lui-même, tant qu'il reste à l'abri du contact de l'air, aucune action irritante sur les tissus qui le renferment, non plus que sur ceux avec lesquels il est •'«.ccidentellement mis en contact. Afin de le distinguer du mucus épais , opaque et blanchâtre que sécrètent quelquefois les membranes muqueuses irritées , et avec lequel il offre beaucoup d'analogie, on a fait observer que ce dernier liquide surnage l'eau, tandis que le pus se précipite au fond des vases qui en contiennent. Mais celte expérience est loin d'être concluante, car on sait que la mucosité vésicale , alors même qu'elle s'éloigne le plus du caractère purulent, est toujours rassemblée au fond de l'urine avec laquelle elle est rendue. La viscosité élastique du mucus, dont le pus est entièrement dépourvu, nous semble plus propre à faire distinguer ces deux humeurs. Plus la mucosité est pure , et plus cette viscosité est remarquable en elle; elle la perd, au contraire, à mesure que, devenue plus opaque et plus blanche , elle se rapproche davantage du véritable pus , jusqu'à ce qu'enfin elle se confonde manifestement avec lui , et qu'on ne puisse plus l'en distinguer. Ou a dit aussi qu'en ajoutant de l'eau à de l'acide sulfuriquc dans lequel du pus a été dissous, on voit celui-ci former un précipité plus ou moins consi-
dérable ; tandis que quand l'acide , au contraire , est chargé de mucosité , il y apparaît des filamens blanchâtres qui le surnagent. Il est assez rare que l'on ait occasion de recourir à ces expériences , bien que cependant , surtout quand il s'agit d'abcès situés dans les cavités splanchniques , et ouverts à la sur- ; face des membranes muqueuses , il soit fréquemment utile , pour le diagnostic, de s'assurer si le liquide évacué par les selles , par le vomissement avec les crachats, ou par les voies urinaires , est de la mucosité , rendue plus abondante et puriforme , sous l'influence de l'irritation des organes intérieurs , Ou du pus élaboré et rassemblé en foyer, entre les lames de ces mêmes organes , ou à leur voisinage.
Quoi qu'il en soit, examinons à leur tour les parties au sein desquelles les abcès aigus se développent. Aux points blanchâtres disséminés d'abord en petitnombre dansla masse rouge , friable et compacte que constituentles tissus enflammés, succèdent graduellement, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, des collections plus considérables qui se rapprochent et se confondent ensuite par la destruction des cloisons qui les séparent. Cette augmentation successive de la quantité du • pus renfermé dans l'abcès s'accompagne, d'une part, du ramollissement et de la rupture des lames celluleuses placées au centre des foyers, de l'autre, du refoulement des parois de la poche anormale vers la périphérie de la tumeur. Les vaisseaux artériels et veineux les plus considérables , les filets ou les troncs nerveux, les linéamens celluleux les plus solides, sont seuls épargnés; et ces élémens organiques forment, au milieu des abcès, des brides isolées, plus ou moins épaisses , dirigées en sens divers , qui établissent encore des communications variables entre les parties que le pus a séparées. L'intérieur des foyers purulens offre une surface rougeâtre, tomenteuse , d'une texture assez serrée, par laquelle le liquide est isolé des tissus voisins. Cette lame, ordinairement recouverte d'une pellicule grisâtre , qu'il faut enlever avec le scalpel pour mettre à nu sa surface , est évidemment analogue aux membranes muqueuses; elle s'étend en proportion des progr-ès de l'abcès lui-même , et renferme toujours le liquide accumulé dans sa cavité. Par sa face interne , elle est libre et en contact avec le pus ; par l'autre , elle adhère aux parties environnantes et se confond avec elles, se rapprochant d'autant plus de la circonférence de la ! masse phlogosée que le ramollissement de celle-ci est plus complet, et que ; l'abcès est parvenu à un degré plus parfait de maturité. Elle présente aussi i d'autant plus d'épaisseur et de solidité, que la collection qu'elle renferme | existe depuis un temps plus long , et qu'elle-même s'est plus lentement orga-' nisée. Dans les parties abondamment pourvues de tissu cellulaire, telles que les ganglions lymphatiques, les muscles et l'intérieur des membres , les membranes propres des abcès acquièrent facilement une résistance et une densité considérables, tandis que dans les parenchymes, très-mous et très-peu celluleux, comme le cerveau , elle reste pendant long-temps à l'état d'une pellicule vasculaire; à peine distincte du tissu normal avec lequel elle se confond. En général , il est rare que, dans les abcès aigus qui nous occupent, on lui trouve une texture très-solide et une grande épaisseur. Elle se forme avec trop de rapidité pour que son organisation s'éloigne beaucoup de celle du tissu cellulaire ambiant, par les lames rapprochées et condensées duquel elle est produite.
Les fonctions de la membrane propre des abcès ne se bornent pas à contenir le pus et à l'isoler au sein de l'organisme. A l'aide de l'absorption et de l'exhalation fort actives qui s'opèrent à sa surface , elle renouvelle incessamment ce liquide, prévient son altération , et modifie ses qualités, selon les degrés divers de stimulation qu'elle éprouve. La suppuration rassemblée en foyeri n'est point soustraite à l'influence de la vie : elle y participe, au contraire , quoique d'une manière faible et obscure , comme tous les liquides accumulés dans les réservoirs organiques. C'est par l'intermédiaire de son enveloppe vivante qu'on voit, à l'occasion des excitations de tous les genres, le liquide des abcès augmenter ou diminuer de quantité, devenir plus épais ou plus tenace, et souvent se pénétrer des substances introduites, par l'absorption normale ou par l'injection directe , dans le système sanguin. C'est parce que les kystes purulens sont unis par des sympathies étroites aux principaux foyers de l'organisme, qu'ils ressentent d'une manière si rapide les effets des moindres stimulations des viscères , et que les médications dirigées vers ceux-ci contribuent si efficacement , comme nous le verrons plus loin , à déterminer , dans certains cas , la résorption du pus qu'ils renferment. En un mot, la membrane qui enveloppe les abcès constitue la partie la plus importante de ceux-ci; on doit la considérer comme un organe spécial, de création nouvelle, qui prend rang pour ainsi dire dans l'économie vivante, et se place parmi celles de ses parties dont les relations sont les plus manifestes et les plus actives. Ce point de vue ne saurait être négligé, ni par le physiologiste, ni par le prati- , cien , parce qu'il montre comment les abcès, en constituant des centres morbi- 1 des d'irritations plus ou moins vives , restent soumis aux méthodes de traitement employées contre celles-ci, et ne réclament pas constamment, dès le premier abord , pour être guéris , l'emploi des instrumens chirurgicaux.
1° . Ahcès qui succèdent aux inflammations modérées, chroniques ou laten* tes. — Plus la phlogose qui détermine le développement des abcès se montrei lente et obscure dans sa marche, et moins les foyers purulens sont précédés ow accompagnés de phénomènes appréciables d'irritation. Il n'est pas rared'obseï ver, chez les suj ets lymphatiques et peu irritables, des tumeurs fluctuantes plus ou moins volumineuses , superficielles ou profondes , dans des parties oii aucune douleur vive, aucune chaleur intense ne s'était jusque là manifestée Chez les soldats, le dos , incessamment froissé par le poids du sac ou par le: autres parties du fourniment, est fréquemment le siège des abcès de ce genre La partie antérieure du thorax, et spécialement la région sternale , étan soumise a l'action des mêmes causes , présente également des exemples multi
ABCÈS
ABCES.
pliés de lésions semblables. Les parties fortifiées par des lames épaisses de tissus fibreux, ou garnies d'un tissu cellulaire dense, lamelleux et dépourvu de graisse, sont plus exposées aux abcès qui nous occupent que celles dont les élémens vasculaires et nerveux présentent un développement plus considéi-able. Enfin , les collections purulentes dites spontanées , indolentes ou froides , succèdent presque toujours à des stimulations permanentes ou souvent répétées , mais très-peu intenses et à peine sensibles des tissus vivans ; tandis que , dans beaucoup de cas , celles dont il a été question plus haut sont le résultat d'inflammations aiguës, ordinairement occasionées par des stimulations instantanées et violentes.
A raison, précisément, du degré peu élevé d'irritation dont les parties affectées sont le siège, dans les cas dont il s'agit ici, elles ne se pénètrent que de peu de sang; leur engorgement est à peine sensible; l'abcès, au lieu de commencer par un certain nombre de foyers distincts , se montre , d'abord , sous la forme d'une collection simple , isolée , formée d'une ou de plusieurs aréoles celluleuses et offrant, "dès sa première apparition, une fluctuation manifeste. Il semble, chez quelques sujets, qu'il existe moins, dans les parties affectées , une phlogose réelle, qu'une déviation obscure du mouvement nutritif, à raison de laquelle les tissus, au lieu d'exhaler les liquides qui entretiennent leurs qualités normales et leur souplesse, sécrètent et fournissent un liquide différent, dont l'accumulation produit la tumeur.
Le pus qu'on remarque alors , n'étant pas élaboré sous l'influence du même degré de stimulation , diffère aussi de celui dont nous avons indiqué plus haut les caractères. Il est souvent jaunâtre , séreux, transparent, chargé, de flocons albumineux ou fibrineux, blanchâtres et opaques, ou quelquefois mélangé de lambeaux très-reconnaissables de tissu cellulaire. Dans d'autres circonstances, son épaisseur et sa viscosité le rendent analogue au mucus, ou plutôt , à la couleur près , à l'humeur du corps vitré. Chez certains sujets enfin, il est d'une consistance plus grande, d'une opacité plus marquée , se rapproche du suif à demi figé , ou d'un miel liquide ; et les tumeurs qu'il remplit dors forment, en quelque sorte, la chaîne qui unit les abcès proprement dits aux kystes mélicériques ou stéatomateux. Ceux-ci ne différent, effectivement, de certains abcès exempts de vive inflammation, que par la consistance plus grande des matières qu'ils renferment; et, dans quelques circonstances , il est difficile , pour ne pas dire impossible , de les en distinguer.
Par cela même que les collections purulentes dont nôus traitons se développent avec lenteur et sans s'accompagner d'une irritation intense , leurs parois présentent une organisation plus prononcée que celles des autres variétés des abcès. Il est rare qu'en dehors de la membrane propre du foyer purulent , on n'observe alors, dans les tissus voisins, aucune trace d'engorgement vasculaire et de rougeur. La peau qui recouvre la tumeur, et à travers laquelle la fluctuation se fait en beaucoup de cas immédiatement sentir, est presque toujours libre, mobile et exempte d'altération. Tout le travail morbide semble concentré dans la membrane anormale qui renferme le pus, et dont le développement est le produit de la stimulation des tissus aux dépens desquels elle est formée. D'un rouge grisâtre à sa surface interne, confondue, ou plutôt en rapport, par l'autre, avec les tissus sains du voisinage, cette membrane est tantôt molle, mince et celluleuse, et tantôt épaisse, i-ésistante, d'une texture cellulo-fibreuse ou même fibreuse. Plus la tumeur a tardé à s'accroître , et plus l'enveloppe de la matière qu'elle renferme a pu devenir le siège de dégénérations profondes, qui ont imprimé de nouveaux caractères à ses élémens organiques. Sous ce rapport, les abcès lents et chroniques se rapprochent encore des productions entystées , avec lesquelles ils ont , d'ailleurs , un si grand nombre de points de contact.
Les collections purulentes , formées autour des corps étrangers , appartiennent presque toutes à celte catégorie. Sous l'influence de l'excitation permanente, provoquée par ces corps , on voit souvent une douleur sourde, gravative et profonde apparaître , résister à tous les moyens employés pour la combattre, et précéder le développement d'une tumeur fluctuante , dont les progrès sont plus ou moins tardifs. L'abcès alors est, dans le plus grand nombre des cas, tapissé par un kyste celluleux , dense et résistant, analogue à celui qui enveloppait le corps étranger lui-même. Il ne s'agit ici que des collections rassemblées autour des corps introduits depuis long-temps dans nos parties , et qui ne les irritaient pas avec violence ; les autres , occasionées par la présence de substances dilacérantes , et accompagnées de vives douleurs , sont préce'dées de tous les signes des inflammations intenses, et appartiennent aux variète's des abcès dont il a été précédemment question.
3". Abcès symptomatiques , ou rassemblés loin des lieux d'où provient le pus qui les ybr/we.— Jusqu'ici nous avons vu la suppuration, élaborée par ■ les tissus irrités , s'accumuler dans les endroits mêmes où elle a été formée. Mais si les organes affectés sont entourés d'un tissu cellulaire lâche, aréolaire , offrant des mailles larges et facilement perméables ; si surtout le liquide sécrété est versé par quantités presque insensibles dans ce tissu , qu'il n'irrite pas avec violence , et qui lui présente une voie libre pour gagner des parties plus déclives, il s'infiltrera graduellement, cheminera au loin, et viendra former, a des distances plus ou moins considérables, des tumeurs connues sous le nom de dépôts ou d'abcès par congestion , et qui doivent être appelés symptoniatiques , puisqu'ils sont toujours le résultat ou le symptôme de maladies plus graves ou plus profondes. Les os, les articulations entourées de beaucoup de muscles , telles que celles de l'épaule et de la hanche , et plus fréquemment encore les diverses pièces dont se compose la colonne vertébrale, sont le siège ordinaire des inflammations
suppuratives qui donnent lieu aux abcès symptomatiques. Dans tous ces cas, le pus, formé par l'exhalation anormale qui accompagne toujours l'érosion du tissu osseux , use d'abord, affaiblit, et perfore ensuite les lames fibreuses qui constituent le périoste, les capsules ouïes autres enveloppes des diverses pièces du squelette. Cette première barrière étant surmontée, le liquide purulent trouve un tissu cellulaire sain , des intervalles musculaires libres , et des voies, pour ainsi dire, toutes tracées, pour se porter de haut en bas, en obéissant à l'action de sa pesanteur, vers les régions les plus déclives , et pour se rapprocher de la périphérie du corps. C'est ainsi que les abcès développés dans l'articulation de la hanche viennent s'ouvrir le long des faces antérieure, postérieure ou interne de la cuisse; que ceux de l'épaule se font jour à la circonférence du bras; que ceux dont les nécroses ou les caries des os longs sont la source , cheminent pendant un temps variable entre les muscles, avant de se rapprocher des tégumens et de paraître audehors.
Relativement aux abcès déterminés par les ramollissemens et les érosions des vci'tèbres et de leurs fibro-cartilages , le pus qui en provient soulève ordinairement les parties molles situées au-devant du rachis. Si la maladie réside à la région thoracique, il s'accumule sous les plèvres, et quelquefois, au lieu de descendre vers l'abdomen, on le voit suivre la direction des côtes , user les muscles intercostaux , et former , sur les côtés ou à la partie postérieure du thorax , des abcès plus ou moins éloignés des points d'où il tire son origine. Dans certains cas rares , on a vu le pus cheminer ainsi endehors des plèvres, contourner entièrement la poitrine, et venir se frayer une issue au voisinage du sternum.
Lorsque la phlegmasie vertébrale atteint les dernières vertèbres dorsales ou celles des lombes , le pus filtre presque toujours le long des piliers du diaphragme, qu'il soulève, gagne les muscles psoas et iliaque, placé constamment derrière le péritoine, et selon les cas, apparaît au-dehors, soit à travers l'anneau inguinal, lorsqu'il a suivi le cordon testiculaire , soit en sortant par l'arcade crurale, dans les cas assez fréquens où il a filtré le long des vaisseaux cruraux. D'autres fois , surtout lorsque la maladie réside au bas de la colonne lombaire, aux symphyses sacro-iliaques, à l'angle sacro-vertébral ou au sacrum lui-même , la suppuration s'étend dans le bassin , et prend des directions différentes , selon les obstacles qu'elle rencontre sur sa route. Ainsi , chez quelques sujets , elle parcourt la gaîne des vaisseaux sous-pubiens, et gagne avec eux la partie supérieure et interne de la cuisse où elle vient faire saillie. Dans d'autres circonstances , prenant pour guide les vaisseaux fessiers , elle sort par la partie supérieure de l'échancrure ischiatique , et continue ensuite de descendre jusqu'à la pointe de la fesse, où elle se dégage du grand-fessier et forme un abcès. Chez plusieurs malades, on l'a vue s'engager le long du nerf grand sciatique, sortir avec lui du bassin et se frayer une issue à travers la partie postérieure et supérieure de la cuisse. Enfin , le périnée , la marge de l'anus , et le vagin chez la femme , ont quelquefois été soulevés par les tumeurs qui nous occupent, et se sont laissé perforer pour leur donner issue.
Le pus que renferment les abcès symptomatiques de la phlogose et de l'ulcération des pièces osseuses est ordinairement grisâtre, peu lié, entremêlé de flocons albumineux, de caillots sanguins, de portions de phosphate calcaire. Il exhale presque toujours, en sortant, une odeur nauséabonde qui , à défaut d'autres signes, suffirait pour faire reconnaître l'origine et la nature de la maladie. Cette odeur, toutefois, ne se développe presque jamais, et ne devient fétide que quelques jours après l'ouverture delà tumeur, et lorsque l'air a pénétré dans sa cavité.
Si l'on examine les parois elles-mêmes de l'abcès symptomatique, on trouve d'abord, à son origine , ou au point de départ du pus, des désordres plus ou moins profonds aux os affectés. Leur substance détruite dans une variable étendue , leur ramollissement, leur friabilité, la couleur gris-noirâtre de leur substance, la disparition des lames fibreuses qui les revêtaient , sont les caractères les plus ordinaires des lésions de ce genre. Au-dessous de ce foyer principal de la maladie, existe un trajet plus ou moins étendu, creusé dans le tissu cellulaire, le long des muscles et des vaisseaux, et qui conduit jusqu'à la tumeur externe. Dans ce trajet , le tissu cellulaire , graduellement stimulé et refoulé par le pus , est engorgé , durci , devenu lardacé , et quelquefois transformé en un tissu fibro-cartilagineux|, ainsi que la plupart des praticiens ont eu l'occasion de le remarquer. Enfin, à la partie inférieure du canal, ordinairement flexueux, que la suppuration a parcouru, existe une cavité dont l'étendue varie , tapissée à sa face interne par la membrane ordinaire des abcès, et qui, selon les cas, s'ouvre à l'extérieur ou est encore imperforée. La membrane qui la circonscrit est ordinairement peu dense , muqueuse et friable dans ses parties les plus récemment développées; elle correspond par sa face externe au tissu cellulaire du voisinage, qu'elle a préservé du contact du pus , et qui conserve ses propriétés normales. Par son autre face, qui est grisâtre et vasculeuse, elle touche au pus, et se prolonge dans toute l'étendue du trajet de ce liquide. Par cela même que la suppuration qui la forme est à peu près inoffensive pour les tissus environnaus , les abcès symptomatiques se montrent, dès l'instant de leur apparition , sous l'aspect de tumeurs molles , indolentes , accompagnées d'une fluctuation manifeste, et exemptes à leur périphérie de tout engorgement étranger.
Après avoir examiné les abcès en eux-mêmes, faisons connaître leur marche et leurs divers modes de terminaison ; nous pourrons plus sûrement ensuite établir leur diagnostic et tracer les règles de thérapeutique qui leur sont applicables.
ABCES.