ANTISCORBUTIQUE
ANTIMONIATE DE POTASSE. Ce composé se nommait autrefois antimoine diaphorétique ; on l'obtient en chauffant fortement dans un creuset une partie d'antimoine dur, réduit en poudre fine, avec une partie et demie de nitrate de potasse. L'antimoine, passé au summum d'oxigénation , ou à l'état d'acide antimonique , se combine avec la potasse du nitrate. En lessivant le produit avec de l'eau, on le sépare en deux portions ; l'une très-soluble , avec excès d'alcali, l'autre , fort peu soluble, neutre, et constituant véritablement Yaniimoniate de potasse. Ce corps est très-blanc , insipide, inodore , formé de 22 parties d'alcali et de 78 d'acide antimonique. On lui attribuait autrefois une grande qualité sudorifique ; il est à peine employé aujourd hui.
ANTIMONIEUX (acide). M. Berzélius donne ce nom au deutoxide d'antimoine, en raison de la propriété qu'il possède de rougir le tournesol, lorsqu'ill est à l'état d'hydrate, et de neutraliser les alcalis. { Guidourt. )
ANTIMONIQUE {acide). On nomme ainsi l'oxyde d'antimoine formé par j l'action du nitrate de potasse sur l'antimoine, et qui constitue Vantimoine< diaphorétique ., par sa combinaison avec la potasse. On peut l'obtenir pur, en précipitant par un acide l'eau de lavage de l'antimoine diaphorétique. On le nommait autrefois matière perlée de Kerkringius. ( Gdibodrt.)
ANTIPATHIE, -voyez Aversion.
ANTIPIÉRIOBIQUE, adj. On donne depuis quelques années celte qualification aux agens thérapeutiques qui jouissent de la propriété de prévenir le retour des accès dans les affections périodiques. Ces agens sont nombreux ; maisu quelques médicamens seulement possédant cette vertu à un haut degré et d'unei manière assez constante pour qu'on ne puisse par la leur contester , c'est à euxi surtout que cette épithète est ordinairement appliqué. Nous citerons pourj exemples le quinquina, la valériane, le sulfate et le sous-carbonate de fer,i l'oxyde de zinc.
Nous ne chercherons pas après mille autres à expliquer la inaiiière d'agir; des antipériodiques. Toutes les exphcations qui ont été données jusqu'à ce jouri de leur action singulière nous paraissent insuffisantes, et pour enlreprendreii d'en substituer une à celles qui ont cours aujourd'hui dans la science, il faut! attendre que la nature des affections intermittentes nous soit mieux connue. De cette connaissance seule peut en effet découler la tlicorie dont il s'agit; il eût sulfi de remarquer qu'il n'existe presque aucune analogie entre les propriétés évidentes des antipériodiques, pour sentir que ce ne pouvait être dans l'étudedes propriétés de ces agens qu'il fallait chercher la raison d'une vertu commune] à tous , et pourtant insaisissable dans chacun en j)articulier. Qui ne voit en^ effet, que la théorie qui expliquerait d'une manière satisfaisante la vertu antipériodique de quinquina, ne saurait expliquer la vertu antipériodique des. ligatures placées autour des membres; que celle qui rendrait raison de la manière d'agir de ces dernières, ne serait pas applicable à l'action des vomitifs, des saignées , de la valériane , etc., lorsque ces moyens préviennent le retour des accès des affections intermittentes ? Nous aurons occasion de revenir sur ce s^jet aux articles Imtermittekce, Intermittente, Périobiqtie. {Voyez ces mots.);
De tous les moyens antipériodiques, le quinquina est le plus constant dansi ses effets. Il serait difficile ensuite de ranger les autres moyens par ordre d'efficacité; la valériane, les sulfates et les carbonates de fer et la ligature sont' à peu près sur la même ligne ; l'oxyde de zinc uni à la jusquiame et à l'extrait de valériane (pilules de Méglin), l'émétique associé à l'opium (potion du docteur Peysson), l'opium seul à hautes doses et sous la forme de laudanum, les saignées, les vomitifs, les rubéfians viennent ensuite. Nous plaçons en dernière ligne le», bains de surprise, les écorces de chêne et de marronnier, la petite centaurée ,f le tannin , la gélatine, l'angusture, et l'arséniate de soude. La plupart de cèw agens n'offrant aucune analogie entre eux dans leur manière d'agir, quelquesuns même ayant des propriétés entièrement opposées, enfin les conditions dansi lesquelles les uns et les autres sont efficaces variant à l'infiui, il est impossiblede se livrer à leur sujet à des considérations générales de thérapeutique ; nousi renvoyons par conséquent aux articles spécialement consacrés à chacun d'eus.i
(L.-Ch. Roche.)
ANTIPHLOGISTIQUE, adjectif pris souvent comme substantif , de«v7<et* flr/ta'i littéralement ce qui est contraire à l'inflammation. Si, par antiphlogis-» tiques , on devait entendre tout ce qui contribue à guérir les phlegmasies, cettel classe d'agens thérapeutiques embrasserait à elle seule la plupart des autres ,^ car il est peu de moyens qui ne puissent être employés au traitement soiM direct , soit indirect de I'inflammation. {Voyez ce mot.)
Dans l'état actuel de nos connaissances, on désigne sous le nom de traitemenW antiphlogistique , celui qui se compose des évacuations sanguines tant générale»^ que locales; des boissons aqueuses, amilacées, mucilagineuses , acidulés, det l'usage des bains, des applications émollientes, et de l'abstinence plus ou moins* complète des alimens. Cette méthode , qui réussit dans un très- grand nombre* de cas , n'est pas cependant tellement appropriée à l'inflammation, qu'on nW doive s'en départir souvent , et la remplacer par l'emploi des excitans divers,) des astringens, des narcotiques, etc. Employée sans mesure , elle peut avoiri des inconvéniens assez graves, et compromettre le salut des malades. Maisi aussi bien souvent, les antiphlogistiques habilement maniés, ont suffi pouri ramener à la plus florissante santé des sujets atteints d'inflammations méconnuesi ou exaspérées par un traitement excitant. C'est aux articles spéciaux qu'ils convient de chercher les détails relatifs à l'emploi de cette méthode dans lel traitement des diverses inflammations : nous croyons devoir y renvoyer poun | éviter d'inutiles répétitions. (F. Ratier.)
ANTISCORBUTIQUE. A l'époque où l'on croyait que le scorbut provenait d'un principe ou d'un vice spécial, on donna le nom d'antiscorbutiques aux moyens considérés comme propres à détruire ce vice. Il serait peu convenable, \
ANTISTPHILITIQUE. ( 289
dans un ouvrage tel que celui-ci, de séparer le traitement du scorbut de , l'histoire anatomique, physiologique et éliologique de cette affection. C'est ] pourquoi nous renvoyons à l'arlicle Scoebdt l'indication et l'examen des diverses médications qui, sous le nom d'antiscorbutiques , ont été vantées contre cette maladie. (J. Botullacd. )
ANTISCROPHULEUX. On a désigné sous ce nom les me'dicamens que l'on croyait doués d'une vertu spécifique contre la maladie scrophuleuse. On s'est long-temps imaginé que les scrophules dépendaient d'un vice particulier ou même d'un virus que l'on pouvait neutraliser par l'emploi de .certains remèdes. Aujourd'hui que la théorie de cette maladie est plus exacte , on a reconnu que les médicamens décorés du nom d'autiscrophuleux avaient un mode d'action bien différent de celui qu'on leur supposait. Quelques-uns d'entre eux ont été reconnus utiles , d'autres réellement nuisibles. On appréciera cette médication à sa juste valeur, h l'article Schrophtjles. {Voyez ce mot.) (J. Bocillaud.)
ANTISEPTIQUE. On a donné ce nom aux agens thérapeutiques propres à combattre la décomposition putride qui peut se manifester dans un ou plusieurs points de l'économie animale. On a des exemples de ce genre de maladies dans les affections gangréneuses , dans les maladies désignées sous le nom de fièvres putrides, etc. Les antiseptiques furent surtout en honneur sous le règne de î'humorisme. Le solidisme les avait presque totalement exilés du domaine de la thérapeutique. Les expériences et les observations multipliées qui ont été faites dans ces derniers temps pour prouver la réalité des affections putrides, ne permettent pas de considérer comme chimériques les moyens appelés antiseptiques. C'est à l'article Maladies putrides, Putridité , etc., que seront indiqués les divers agens qui méritent réellement le nom d'antiseptiques.
( J. BOUILLAUD
ANTISPASMODIQUE. On a désigné sous cette dénomination les médicamens propres à faire cesser le spasme. Comme le spasme comprenait un trèsgrand nombre de maladies différentes par leur siège et même par leur nature , il ne faut pas s'étonner si le nombre des antipasmodiques cités par les auteurs est si considérable, et si les trois règnes ont été mis à contribution pour fournir des médicamens de ce genre. Depuis que des observations précises et rigoureuses nous ont appris que diverses affections spasmodiques n'étaient que les symptômes d'une irritation plus ou moins intense des centres et des cordons nerveux, on a vu que plusieurs antispasmodiques ne devaient être puisés que dans les antiphlogistiques , et que sous ce point de vue la doctrine des anciennes écoles sur l'action des antispasmodiques en général, réclamait d'importantes réformes. îNous verrons à l'article Maladies spasmodiques, Spasme, quels sont les médicamens auxquels il faut conserverie nom d'antispasmodiques. Exposer ici ces médicamens, sans approfondir l'histoire des maladies contre lesquelles ils ont été administrés, serait s'exposer à n'être pas compris. On ne saurait trop répéter que l'on ne peut discuter convenablement sur la valeur d'un médicament ! qu'après avoir étudié , sous le triple rapport de ses causes , de ses symptômes et de ses caractères anatomiques , la maladie à laquelle s'applique ce médicament.
( J. BOIIILLADD. )
j ANTISTPHILITIQUE, adjectif pris substantivement. Ce mot, substitué avec raison au mot antivénérien , sert à désigner les remèdes auxquels on a i attribué la propriété de guérir la syphilis.
{ Quelle idée s'est-on généralement formée jusqu'à présent des anf isyphililiques? quelle idée doit-on s'en faire aujourd'hui? Ces deux questions conticnueui toute la matière.
' Le mot syphilis , créé par Fracastor pour sa fiction de l'origine de la maladie vénérienne , est employé pour exprimer un être morbide composé d'un grand nombre de symptôme^ divers qu'on a rapprochés et attribués k une cause commune. Les caractères de la maladie ont été tirés de plusieurs sources , telles que lè mode de transmission, le siège, l'aspect, les moyens thérapeutiques, etc. Ils ont servi de base aux théories qui nous sont parvenues et aux méthodes de traitement adoptées. On est habitué depuis un grand nombre d'années à considérer certains agens comme doués de la propriété exclusive de faire disparaître ces symptômes et on les a appelés antisyphilitiques. Un de ces agens surtout, le mercure [voyez ce mot), a été regardé comme l'antisyphililique par excellence; on l'a décoré du titre de spécifique. Ainsi un seul agent, altéré de manière à former un certain nombre de composés, est jusqu'à présent, dans l'opinion commune , le véritable antisyphilitique. Ce n'est que par une sorte de concession qu'on applique cette épithète à un très-petit nombre de substances auxquelles on veut bien accorder quelques propriétés, mais comme accessoires, la salsepareille , le gayae , par exemple.
L'idée d'un principe particidier . sui generis , d'un virus comme cause matérielle de la syphilis, l'observation qu'on a cru faire que le mercure , en faisant disparaître les symptômes qui la constituent, agissait sur le virus luimême, ont entraîné comme par nécessité celle de spécificité; et si des théories plus ou moins vagues et bizarres ont été élevées sur le mode d'action du virus dans l'économie, des théories non moins bizarres et vagues l'ont étésurle mode d'action du mercure sur le virus. Ces deux notions se sont, par la successiondes temps, tellement identifiées , que clans les esprits l'une renferme l'autre; que, dès qu'il est reconnu que le virus existe, le mercure doit lui être opposé par une conséquence forcée. Cette opinion compte plus de trois siècles d'existence. Elle a bien été attaquée de temps en temps jusqu'à nos jours ; mais elle a toujours prévalu ; et l'on pense que l'action des autres médicamens est insuffisante, à peu près nulle, siVantisjphilitiqne par excellence, si ]e spécifique ne leur est associé.
Si ce raisonnement était fondé , cet article serait terminé; un simple renvoi au mot mercure suffirait. Mais, sans me ranger parmi les médecins quirejettent
, DiCT. DE MÉDECIHE ET DE Cinr>T:RGîE PRATIQUES
) ANUS
l'emploi du mercure dans tous les cas , je pense avec Sydenliam et d'autres que ce métal n'est pas spécifique , que d'autres moyens peuvent être appliqués avantageusement au traitement de la syphilis, que par conséquent il est d'autres antisyphilitiques. L'opinion que j'émets ici , et qui ne m'est pas particulière , est basée sur l'expérience des temps antérieurs , sur celle des temps présens , sur celle des autres et la mienne. J'appelle antisyphilitiques tous les agens , quels qu'ils soient, mis en usage pour combattre les phénomènes de la syphilis. Considérés de cette manière les antisyphilitiques sonHihs-nomhi eux , on les trouve dans les moyens pharmaceutiques , dans l'hygiène, dans les moyens de la chirurgie elle-même , puisqu'ils sont souvent invoqués dans le traitement de la syphilis. D'après celle idée je les diviserai en trois classes : agens médicamenteux , agens hygiéniques, agens chirurgicaux. On trouve dans ces trois classes les éicmens , les moyens des méthodes antiphlogistique et révulsive. Le véritable traitement de la syphilis doit donc consister dans un choix judicieux des moyens contenus dans ces trois catégories, dans la combinaison rationnelle de deux méthodes.
D'après ces données, on voit que pour moi le mercure est un moyen auquel je dois reconnaître des propriétés énergiques; mais je mettrai à côté des préparations métalliques très-puissantes, telles que celles de l'or, de l'antimoine, du plomb; des minéraux, tels que l'iode, le soufre, des acides; les médicamens végétaux , appelés à tort ou a raison sudorifiques ne peuvent faire oublier le quinquina, le camphre, l'opium, etc. Pour tout dire en peu de mots , je nommerai antisyphilitique tout ce qui peut contribuer à rétablir l'intégrité des tissus et des fonctions lésés par le virus sj'philitique. (Voyez Syphilis.)