ATTELLE
leur énergie, quand les centres nerveux deviennent le siège d'une atrophie plus ou moins considérable. On conçoit d'ailleurs qu'en raison de la différence de nature, ou d'importance des organes astrophiés , il en résultera des troubles différens dans les fonctions des autres organes. C'est ainsi, par exemple, qu'une atrophie de la moelle épinière entravera puissammant les fonctions locomotrices, qu'une atrophie du cœur sera suivie d'une lésion de la circulation et de Ja nutrition générales , etc. ; tandis qu'une atrophie d'un membre, d'un sens ou de toute autre partie qui n'exerce pas d'influence notable sur le système des autres organes , n'entraîne que la lésion des fonctions dont cette partie est le siège et l'instrument.
§. III. De l'étiologie de l'atrophie et de son mode de production. — Puisque l'atrophie suppose une diminution de la nutricité , il est évident que , pour connaître son mode de production , il ne s'agit que de déterminer quelles sont les circonstances organiques ou anatomiques qui peuvent donner lieu à cette diminution de nutrition. Or , comme le sang est la source commune où tous les organes puisent les matériaux de leur nutrition, ce n'est réellement que dans les lésions de l'hématose et de la circulation que nous pourrons trouver la cause prochaine de l'atrophie. Ces lésions peuvent être rapportées aux trois espèces suivantes : 1° un obstacle quelconque au cours du sang artériel qui apporte à un organe quelconque les principes de sa nutrition ; 2» une altération dans la composition du sang , telle que ce liquide ne contienne pas les élémens propres à la nutrition normale des organes ; 3° un trouble de l'innervation , s'il est vrai que la nutrition soit effectivement sous l'influence directe du système nerveux. Que l'on examine bien attentivement la pathogénie des diverses atrophies, et l'on se convaincra qu'il n'en est aucune qui , en dernière analyse , ne puisse être rapportée à l'une des trois lésions qui viennent d'être indiquées.
Parcourons maintenant les diverses causes déterminantes ou occasionelles de l'atrophie , et nous verrons que leur mode d'action est conforme à ce que nous avons avancé, touchant le mécanisme de cette maladie. 1° Au nombre des causes déterminantes les plus ordinaires de l'atrophie, il faut ranger la compression. Or, celte compression a pour résultat inévitable de diminuer plus ou moins la quantité de sang que reçoivent normalement les capillaires de l'organe soumis à son influence. 2» On sait que le défaut d'exercice de certaines parties, des muscles, par exemple, ne tarde pas à en déterminer l'atrophie. Eh bien , n'est-il pas parfaitement reconnu que l'exercice des organes en général, et du système musculaire en particulier, fait affluer le sang dans leur tissu , et que le contraire doit arriver, quand ces organes restent dans l'inaction? 3" La diminution ou la suspension de l'influence nerveuse nécessaire à l'exercice de certaines fonctions est aussi une cause d'atrophie; cela devrait être, puisque cette absence ou cette diminution de l'innervation coiîdamne les organes où elles se remarquent à une inaction complète ou incomplète , et que nous venons de voir comment cette inaction ou ce défaut d'exercice détermine l'atrophie. 4o Les maladies des organes respiratoires et les maladies des autres viscères en général , quand elles sont prolongées , finissent par entraîner une sorte d'atrophie générale , que l'on a désignée sous le nom de consomption , de phthisie , etc. ; ii'est-il pas encore bien clair que , dans ces cas, c'est à la diminution ou à l'alte'ration de la masse du liquide nutritif ou du sang qu'il faut attribuer l'atrophie ? 5° Enfin, les phlegmasies chroniques sont quelquefois suivies de l'atrophie des organes qu'elles ont affectés. C'est, peut-être , parce que, l'inflammation ayant envahi le système artériel de ces organes , elle l'a rendu inhabile à remplir ses fonctions. Or, nous savons que la nutrition d'un organe ne peut s'exercer dans toute sa plénitude , qu'autant que le système artériel de celui-ci remplit librement ses fonctions , et verse dans la trame de l'organe auquel il est destiné une suffisante quantité de sang.
On trouvera, à l'article Amaigrissemewt, l'indication de quelques autres causes , qui toutes confirment ce que nous venons de dire. Les rappeler ici, serait une répétition superflue.
Le rôle que nous assignons au système artériel dans l'acte producteur de l'atrophie , rappelle celui que lui fait jouer M. Serres dans le mécanisme des monstruosités par défaut. Mais si la théorie de M. Serres n'est encore qu'une ingénieuse hypothèse , il n'en est pas de même de la nôtre , puisque l'on peut produire des atrophies , pour ainsi dire ^artificielles, de certains organes, en liant les principaux troncs artériels qui se rendent à ces organes. Les chirurgiens , comme tout le monde le sait , n'ont-ils pas mis à profit cette vérité dans le traitement de quelques maladies ?
Mais c'en est assez sur l'étiologie de l'atrophie : passons donc à l'article de son traitement.
§. IV. Traitement de l'atrophie. — Les indications thérapeutiques relatives à l'atrophie découlent naturellement des considérations précédentes. La première de ces indications consiste k combattre la cause occasionnelle ou déterminante de l'atrophie. Existe-t-il une compression à laquelle vous puissiez rapporter l'atrophie que vous observez? commencez par faire disparaître cette cause , et vous verrez bientôt l'effet disparaître lui-même. Faites exercer, quand les circonstances vous le permettent, les organes qui ne sont tombés dans l'atrophie qu'à la suite d'une longue oisiveté. Que si l'atrophie dépend de quelque maladie de l'un des principaux viscères , il n'est pas besoin de dire qu'il faut commencer par combattre cette dernière. Je ne parlerai pas des moyens intérieurs qu'il convient de mettre en usage, quand il existe une atrophie générale, attendu qu'ils ont indiqués, à l'article Amaigiussemekt. Quant aux moyens locaux que réclament les atrophies partielles, je ne pourrais les indiquer qu'après avoir fait l'histoire de chacune de ces atrophies en particulier , ce qui m'entraînerait dans des détails que ne comportent pas les étroites limites qui me sont imposées dans cet article. D'ailleurs, comme ces moyens doivent être
appropriés à la cause prochaine de l'atrophie, nous y reviendrons nécessairement et Eaturellement en nous occupant des diverses maladies du sang et du système artériel , maladies qui, comme nous l'avons vu , constituent réellement, dans le plus grand nombre des cas, la cause prochaine des atrophies des divers organes. Nous dirons seulement, en terminant cet article, que les seules atrophies vraiment incurables, sont celles qu'amènent inévitablement les progrès de l'âge; celles qui se lient comme effet à une autre maladie elle-même incurable, telle que serait, par exemple, une atrophie du poumon produite par un épanchement pleurétique très-ancien ; ou bien enfin celles qui proviennent d'un obstacle invincible à l'abord d'une suffisante quantité de sang artériel dans les organes. Les autres, je le répète, s'évanouissent, en général , assez promptement , lorsqu'on est parvenu à faire disparaître les causes sous l'empire desquelles elles s'étaient manifestées. ( Foj-ez Amaigrissement , Abtères ( maladies des) , HÉMATOSE (maladies de 1'), etc.