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DE LA THÉRAPEUTIQUE AU \W SIÈCLE

1" De la médication expectante ou expectation.

Ceux qui prennent en mauvaise part le mot (}! expectation affectent de croire et de dire que d'après i'étymologie latine expectore, cette méthode thérapeutique signifie l'attente de la guérison ou de la mort des malades, sans nulle intervention pharmaceutique. 11 y a là une de ces interprétations volontairement mauvaises que réprouve l'honnêteté professionnelle. C'est la répétition de la calomnie lancée contre le naturisme hippocratique par Asclépiade, disant, avec une mauvaise foi qu'on ne saurait trop sévèrement juger, que la médecine d'Hippocrate n'était qu'une méditation sur la mort. Laissons de côté ces appréciations indignes de la science, et sachons que l'expectation ne consiste pas à attendre l'issue malheureuse ou favorable d'une maladie en restant inactif devant ses progrès incessants, mais à attendre l'apparition de symptômes de nature à nécessiter une médication spéciale.

Tant qu'une maladie peut guérir par le repos et la diète, toute médication active est plus nuisible qu'utile au malade et prolonge la durée du mal plutôt qu'elle ne l'abrège. Chez les jeunes sujets et chez l'homme adulte de bonne constitution, la plupart des maladies aiguës guérissent par les seuls efforts de la nature et sans qu'il soit nécessaire de recourir à aucun médicament. C'est ce que démontre surabondamment la pratique de l'homœopathie, où, sous le nom d'un remède réel, on ne donne que des atomes insaisissables, indémontrables et chimériques, dont l'action sur l'organisme est absolument nulle. La seule différence entre les deux méthodes consiste en ce que la première déclare honnêtement ne vouloir rien faire tant que l'état du malade ne l'exige pas, tandis que l'autre trompe le malade en lui faisant croire à l'efficacité d'un remède imaginaire.

S'abstenir à propos, agir lorsqu'il convient ! Voilà la véritable médecine. C'est en s'abstenant lorsqu'on est incertain de ce qu'on va faire, ou des effets d'un remède, pour agir au contraire, selon l'indication, par des agents d'une action connue et déterminée, qu'on rend de réels services aux malades. A cet égard, l'expectation est dans quelques circonstances une médication extrêmement utile, qui ne mérite ni les railleries ni les dédains dont l'accablent l'ignorance et la superstition. Pour mon compte, je la jugerai en lui appliquant une phrase célèbre, retournée pour la circonstance, et en disant : Melius nuUum remédium quam anceps. (Voyez plus haut le chapitre intitulé : Des ressowxes de la nature de l'homme dans la f/uérison des maladies : De la nature médicatrice, page x.)

2" Médication morale.

Tout ce qui est relatif aux influences morales dans la guérison des maladies ayant été longuement développé un peu plus haut, nous croyons qu'il est inutile de nous répéter ici. (Voyez plus haut : Des influences morales dans la guérison des maladies, page xvi.)

3" Médication hygiénique.

Les ressources que l'hygiène fournit à la thérapeutique sont immenses, et nous avons précédemment montré combien il était utile que le médecin essayât de réunir leur influence à celle des agents pharmaceutiques. C'est une des plus solides bases de la pratique médicale, et comme tout ce qui s'y rapporte a été exposé très-longuement, page xxv, dans le chapitre intitulé : Des moyens hygiéniques dans la guérison des maladies, ie ne m'y arrêterai pas davantage.

U° Médication antiphlogistique ou débilitante.

Dans toutes les inflammations aiguës ou chroniques, ou intérieures, on emploie une médication qui a pour but de combattre l'état inflammatoire également appelé phlegiiiasie ou phlogose, c'est la médication antiphlogistique. Elle a pour but, soit de diminuer les forces générales du sujet, soit de tempérer le mouvement circulatoire local, soit d'étouffer une fièvre ou une phlegmasie et de combattre les accidents locaux de l'inflammation.

On emploie dans ce but : — la diète absolue, la diète lactée^ la diète albumineuse et la diète végétale ; les viandes blanches, le repos, les boissons délayantes ou acidulés; — les saignées, les sangsues, les ventouses scarifiées ; — les altérants, tels que le calomel à petites doses souvent répétées ; — le tartre stibié à petite dose ; le kermès et les autres prépai'ations antimoniales contro-stimulantes ; — l'iode et les pjréparations lodiques; l'or et préparations aurifères; — les diurétiques, tels que le nitre, la scille, la digitale, etc. ; — les sudorifiques, etc.

XXXVI INTRODUCTION

Les antiphlogistiques généraux employés à l'intérieur ne sont pas les seuls qu'utilise la pratique médicale. 11 y a, en outre, les antiphlorjistifjues locaux, tels que le froid et les irrigations continues d'eau froide, les bains chauds prolongés, certaines eaux minérales, les injections, les fomentations, les cataplasmes d'orge, d'amidon, de guimauve, de farine de lin, l'huile, l'axonge et tous les émpllients.

Les effets de cette médication, employée avec vigueur, sont très-marqués et souvent immédiats; mais la réaction curative provoquée par elle peut se faire attendre. Au moment môme, elle diminue l'état inflammatoire général, que caractérisent la rougeur de la peau, la chaleur du corps, la force du pouls, etc. Elle amoindrit la congestion et le travail inflammatoire des tissus ; mais ce n'est qu'un peu plus tard, lorsque l'organisme, privé de l'excès de forces qui le surchargeait, peut réagir, que la guérison s'accomplit.

Les impressions de la médication cmolliente, antiphlogistique ou débilitante, sont utiles à provoquer dans l'hypersthénie franche, dans le cas d'oppression des forces et dans la pléthore. Elles conviennent dans les phlegmasies aiguës intenses et dans le rhumatisme, au début de quelques pyrexies, dans les hémorrhagies actives, dans l'anasarque produite par un obstacle à la circulation, dans toutes les inflammations locales, et enfln toutes les fois que la maladie est accompagnée d'une altération du sang, caractérisée par son abondance ou par l'augmentation de la flbrine et des globules.

Contre-indications. — Cette médication est contre-indiquée dans les maladies adynamiques, asthéniques, dans les maladies chroniques en général, à moins de complications phlegmasiques dangereuses. — Il faut bien peser ce qu'on fait avant d'y soumettre les enfants, les femmes, et tous les sujets lymphatiques ou atteints de maladies diathésiques. Les impressions débilitantes produites par elle sont alors plus dangereuses qu'utiles.

5" Médication tonique ou stimulante.

11 y a quelque chose dans l'organisation qu'il est impossible de définir, c'est le ton que présentent les tissus, les organes et l'ensemble de l'homme vivant, c'est-à-dire la fermeté des chairs, l'activité du mouvement de nutrition moléculaire nécessciire à la rénovation des tissus, la résistance des individus aux influences morbifiques, choses essentiellement variables selon l'âge, le tempérament ou les diathèses de chacun et dont l'opposé est la mollesse ou V atonie. Ce quelque chose d'indéfinissable, mais qu'il est facile de comprendre, joue un très-grand rôle en pathologie et en thérapeutique. C'est ici l'explication de la mollesse permanente des tempéraments lymphatiques ou de la constitution scrofuleuse, là l'effet accidentel et passager des maladies adynamiques fébriles ou autres, et ailleurs l'indication de recourir à des médicaments spéciaux réputés stimulants et toniques.

La médications tonique a pour but de produire, au sein du corps vivant, des impressions de nature à provoquer, dans les tissus et dans l'ensemble de la constitution, une force plus grande, permanente et durable. On la désigne aussi sous le nom de médication corroborante.

Il est aussi impossible d'expliquer le pourquoi de cette réaction curative que de rendre compte de tous les effets physiologiques obtenus par les médicaments. L'action réflexe du fer et du quinquina, comme celle de l'opium et de la noix vomique, sont des faits d'observation qu'il est possible d'utiliser dans des circonstances spéciales, mais dont le mécanisme nous échappe entièrement. — Le résultat de l'impression des toniques est d'augmenter la somme de force qui préside à la nutrition des tissus, de manière à leur communiquer une vigueur, une tension, une fermeté, une couleur, une contractiUté organique plus grandes. — Chez un individu sain, ces impressions répétées conduisent à la pléthore; chez un convalescent, ou chez un lymphatique, au contraire, leur effet curatif est de rétabhr la santé et de guérir le lymphatisme.

Les agents de la médication tonique sont très-variés, de nature très-diff'érente, et ils convergent tous au même but par divers moyens. — Chacun, dans son action matérielle, produit un efi"et particulier, et tous rendent l'effet spécial. — Les impressions du fer, du quinquina, du vin et de la viande grillée, ne sont pas les mêmes ; mais, lentement transformées par les forces de la vie, elles produisent un effet semblable, qui est la tonicité. — Ces agents ont une double origine, et on les prend dans la matière de l'hygiène ou dans la matière médicale. Le vin, Yalimentotion abondante et succulente, la. pmre de viande crue, l'insolation, 1 air pur, l'exercice, les frictions, la gymnastique, le massage, les bains d'air et de tnvière, les bains de mer, etc., sont fournis par l'hygiène. — De la matière médicale viennent le fer et tous ses composés, les eaux mmerales ferrugineuses de Spa, de Forges, de Passy, de Contre.r.éville, de Pyrmont, etc. ; le mangw nese, le quinquina et ses dérivés, la gentiane, le colombo, le quassia amara, le lichen, le houblon, la patience, la saponaire, la fumeterre, la chicorée, le pissenlit, l'amée, la petite centaurée, la rhubarbe, etc., ètc.

DE LA THÉRÂI'EIjTIOUE AU XIX.'^ SIÈCLE. XXXVll

Les agents toniques n'ont généralement pas d'action immédiate apparente; ils agissent lentement, graduellement, à la suite d'un usage quotidien régulier, et leur emploi peut être prolongé sans inconvénient.

On les emploie, non pas indistinctement, mais les uns de préférence aux autres, d'après des règles que la clinique a établies, dans la convalescence des maladies aiguës, dans l'anémie hémorrhagique et dans la chlorose, dans les cachexies, dans les fluxatoniques, tels que la diarrhée, la leucorrhée, etc. ; dans les dyspepsies nerveuses et dans les névralgies; dans le lymphatisms et dans le scrofulisme; généralement enfm dans tous les cas où il y a pâleur ou mollesse des tissus, atonie des fonctions et diminution de l'élément globulaire du sang.

Une chose qu'il faut connaître, et sur laquelle j'aurai occasion de revenir, c'est que les toniques, à part leur effet matériel, immédiat, n'ont pas nécessairement l'action tonique qu'on leur suppose. En effet, les propriétés des médicaments ne sont que la mise en œuvre de leurs éléments aux prises avec la nature vivante dans chaque individu. Or, bien que cette nature soit semblable au général, elle diffère au particulier, d'où il suit qu'un médicament, toujours un dans sa composition, rencontre fréquemment des organismes dénature diverse, et fournit une réaction curative différente, d'oii il suit encore que les médicaments n'ont pas toujours les mêmes effets, et ce qui est tonique chez un individu peut bien être irritant chez un autre.

D'une autre part, ou remède que nous considérons comme étant doué de propriétés toniques, parce qu'il relève la force et le ton d'organes affaiblis, peut cesser d'être tonique en très-peu de temps et devenir, au contraire, un débilitant, par suite de l'excès d'action imprimée à l'activité vitale. — Après un déploiement de force exagéré survient une fatigue réelle qui peut faire comprendre ce qui arrive après l'emploi trop prolongé des toniques. — Après l'ivresse et sa force, l'abattement. Gomme l'a dit Giacomini, qui range le quinquina dans les hyposthénisants, les toniques prolongés produisent l'inertie des tissus et des organes. Gela est très-vrai, et il faut savoir exciter les organes d'une façon modérée, si l'on ne veut dépasser le but qu'on se propose d'atteindre.

La' médication stimulante a pour but de produire des impressions suivies d'une augmentation de l'activité vitale de certains tissus, de certains organes et quelquefois môme de l'économie entière. Elle a pour moyens ce qu'on appelle les stimulants, les excitants et les irritants.

Les impressions stimulantes sont extérieures ou intérieures, générales localisées on spéciales. Ainsi les frictions, la vésication et le massage sont des impressions stimulantes extérieures, différentes de l'impression intérieure produite par l'alcool et les boissons aromatiques. L'action de ces dernières ne ressemble, en rien à la stimulation spéciale de l'ulérus par le seigle ergoté, de la vessie par les cantharides, des nerfs par la strychnine, des reins par le vin blanc et le nitrate dépotasse, etc.

Les impressions stimulantes générales, violentes, sont dangereuses et produisent la lièvre. En effet, sous leur influence, la circulation est accélérée, la chaleur accrue, la coloration animée, la sensibilité plus vive, et il se produit une sorte de mouvement fébrile local et général. Par le fait des impressions stimulantes partielles et spéciales, la réaction physiologique est plus bornée, et il se fait, dans les tissus ou dans l'appareil stimulé, une congestion inflammatoire qui peut aller jusqu'à la phlegraasie et la gangrène, exemple : la stimulation des vésicanis, des caustiques, etc., etc.

D'après la durée de la réaction produite par les impressions des stimulants, on a distingué ces remèdes en stimulants permanents et en stimulants diffusibles. — L'ammoniaque, l'alcool, les boissons aromatiques, sont des stimulants diffusibles, tandis que l'or, le phosphore, l'iode, etc., sont rangés dans la classe des stimulants permanents.

Les stimulants généraux de l'organisme sont tirés de la matière de l'hygiène ou de la pharmacie. Les premiers sont : le calorique, la lumière, Vair chaud et sec, le galvanisme, les frictions sèches ou aromatiques , les bains chauds, l'alimentation succulente, les vins généreux, le thé, le café, les passions expansives, etc. Dans la matière médicale on trouve, les boissons aromntiqueset fermetées, le vin, l'alcool, etc. ; les huiles volatiles tirées de l'orange, du citron, de la vanille, de la cannelle, delà muscade, du raifort, du cresson, du cochléaria; les balsamiques, tels que la térébenthine, le copahu, le storax, le benjoin, le baume du Pérou, le baume de Tolu, etc. ; le soufre et ses composés dans les eaux minérales.

1° Les stimulants des bronches : ce sont les expectorants.

2" Les stimulants du cerveau : ainsi le café, le vin, l'alcool, le thé, l'arnica, le haschich, le phosphore, l'ammoniaque, etc., excitent les fonctions de l'encéphale de la manière la plus active.

8" Les stimidants de lu moelle épinière : ce sont : la noix vomique, le fève de Saint-Ignace, la strychnine,

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