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DE LA THÉRAPEUTIQUE AU XIX" SIÈCLE

11" Médication spécifique.

La médication spécifique est celle qui met en œuvre des remèdes ayant pour effet spécial et à peu près constant la disparition d'un symptôme ou la guéi ison d'une maladie.

La raison n'est pas son guide, et elle ne relève que de l'empirisme. On apprend qu'une substance possède des qualités occultes neutralisantes de tel ou tel état morbide, et on la met en usage en suivant des règles que l'expérience a consacrées. C'est ce qu'on appelait autrefois des antidotes, mot aujourd'hui synonyme de contre-poison. De même que la spécificité morbide représente la nature propre et les qualités acculles des maladies, de môme aussi la spécificité d'un médicament indique ses vertus spéciales. C'est lin effet direct et mystérieux qu'il nous faut utiliser sans le comprendre.

Il y a, comme je l'ai dit dans le chapitre de ma Pathologie générale (1) consacré à la spécificité, des spécifiques d'organes qui montrent par leurs effets la possibilité des spécifiques curatifs. L'action de l'alcool sur le cerveau, du mercure sur les gencives et sur les glandes salivaires, du plomb sur les muscles extenseurs des doigts, du phosphore sur les os maxillaires, de l'iode sur les glandes et sur la muqueuse pituitaire, de l'aloôs sur le rectum, de la belladone et de la fève de Calabar sur la pupille, de la strychnine sur les mouvements volontaires, de la digitale sur le cœur, du seigle ergoté sur l'utérus, etc., sert de preuve à l'existence d'une spécificité d'action des remèdes sur un organe de préférence à un lutre. Mais, si un médicament peut exalter ou abolir, en totalité ou en partie, les fonctions d'un organe, comment lui refuser une vertu spécifique contre certaines de ses altérations morbides? Cela est impossible. De la spécificité organique à la spécificité curative il n'y a qu'un pas, et, bien que l'une ne conduise pas inévitablement à l'autre, elles sont difficiles à séparer et s'éclairent réciproquement.

La médication spécifique a donc pour but d'appliquer à une maladie le remède occulte que l'expé- L'ience a démontré prévaloir sur elle. Ses moyens sont les spécifiques tirés de tous les ix'gnes de la nature. — Elle oppose le quinquina et ses préparations à la fièvre intermittente et pernicieuse, aux fièvres rémittentes effluviques, aux fièvres larvées, aux névralgies périodiques et à toutes les maladies dont le principal caractère est l'intermittence. — Elle adresse l'ammoniaque à l'ivresse, c'est-à-dire à l'alcoolisme aigu; — a belladone aux impressions morbifiques émanées d'un foyer de scarlatine épidémique afin de préserver 2eux qui n'ont pas encore été atteints, — le soufre comme prophylactique de la rougeole, etc. — Elle utilise la vératrine et le sulfate de quinine à haute dose dans le rhumatisme articulaire aigu, qui guérit très-rapidement sous leur influence. C'est enfin à elle qu'il faut rapporter l'emploi, à titre à% spécifiques, Je l'iode dans la scrofule et les scrofulides, du mercure et de l'iodure de potassium dans le syphilisme ît ses manifestations, du fer dans la chlorose, du tartrate d'antimoine et de potasse dans la pneumonie ligue, de l'ergot de seigle dans les hémorrhagies de l'utérus, du vaccin contre la prédisposition à la /ariole, du semen-contra contre les ascarides; de l'écorce de grenadier, de la fougère mâle et du kousso contre le taenia, etc., etc.

Je voudrais pouvoir dire que chaque maladie a son spécifique; malheureusement il n'en est pas ainsi, st le jour de la réalisation de mes désirs est encore bien éloigné. Cependant ce que la science a sU conquérir jusqu'ici permet de penser qu'elle pourra dérober de nouveaux secrets à la nature.

E. BOUGHUT.

(1) hoc. cit., p. 2U8.

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