DE LA THÉHAPEUTIQUE AU XIX- SIÈCLE. XLIII
La médication antispasmodique doit être mise en usage dans la plupart des névroses et des névralgies. Elle produit d'excellents effets dans l'hystérie et dans les névroses bizarres qu'elle traîne à sa suite; dans l'hypochondrie, dans le nervosisme (1); dans la migraine, dans les convulsions idiopathiques, dans l'épilepsie, dans la chorée, dans les spasmes, tels que le hoquet, la toux nerveuse, l'œsophagisme, etc., etc. Quelquefois certaines maladies aiguës graves ont, à titre de complication, des spasmes, des convulsions ou du délire sympathique, qu'il faut traiter isolément, et, dans cette circonstance encore, la médication antispasmodique doit être employée. C'est ainsi qu'on traite quelquefois le délire aigu de la pneumonie par du musc à haute dose, ou l'éclampsie puerpérale par l'asa fœtida, la valériane, etc.
Les principaux médicaments antispasmodiques sont : les fleurs de tilleul, les fleurs et les feuilles d'oranger, l'élher sulfurique, nitrique ou acétique, le chloroforme, l'oxyde de zinc, le cyanate et le valérianate de zinc, le camphre et l'e.tu sédative, la valériane, le valérianate d'ammoniaque, le musc, le castoréum, l'ambre gris, le succin, l'asa fœtida, la gomme ammoniaque, le galbanum, le sagapénum et l'opoponax, l'huile de cajeput et l'huile animale de Dippel.
On pourrait regarder les aneslhésiques comme appartenant à cette médication, et en effet, à petite dose, ils sont plutôt antispasmodiques que narcotiques; mais comme en les employant à dose plus élevée Ùs produisent un profond sommeil, j'ai dii les considérer comme appartenant à la classe des hypnotiques.
10° Mi'dicalion révulsive.
La médication révulsive a pour but, comme je l'ai dit ailleurs (2), de produire sur une partie malade, ou dans son voisinage, ou enfin très-loin d'elle, un phénomène temporaire ou permanent dont l'influence soit de nature à guérir la maladie primitive.
Elle repose sur le fait de la sympathie qu'ont certains tissus et certains organes les uns pour les autres.
Dès les premiers temps de la médecine on a constaté, dans l'évolution des maladies et de leurs complications, des phénomènes singuliers formant entre eux des antagonismes physiologiques ou morbides, et produits par l'augmentation de l'activité vitale d'une partie au détriment de celle d'une région plus ou moins éloignée. C'est l'observation de ce fail important qui a permis à l'immortel législateur de la pathologie, à Hippocrate enfin, de dire dans un aphorisme célèbre : Auo -rrôvtov a,aa yivotuvwv pvj xaTà tov aÙTov b fifoS^Azipo; âfjia'jpoT tov Trsjov (3), que je traduirai librement de cette manière : Lorsque deux opérations morbides s'accomplissent simultanément sur des parties éloignées, la plus considérable anéantit l'autre. — Pour Hippocrate ce travail est révulsif, avricrrraT!?, lorsqu'il a lieu dans des parties éloignées du corps, et dérivatif, irapo^tjfTw^i?, au contraire, lorsqu'il se produit dans une région voisine du siège du premier mal : À-^ztcnact;, iki toTjiv avw, xarw, avw, Inl yÂTw. La révulsion a lieu dans les affections du haut vers le bas, et dans les affections du bas vers le haut. Uapo^^rcvai; ri i; tà-/ xtfalry, rj i; rà irHyta, r, pàXiîTa ptKtt {k). La dérivaUon, ou sur la tête ou sur les côtés, là oia les humeurs tendent le plus.
Sur ces aphorismes repose la doctrine de la révulsion d'Hippocrate vivifiée par le génie de Galien, et venue jusqu'à nous malgré les modifications dont elle a été l'objet. •
On pourra discuter sur l'importance du fait, mais il est impossible d'en nier l'existence. La révulsion et la dérivation nous viennent d'Hippocrate, et représentent des choses dont il suffit de faire l'énoncé pour être compris de ceux à qui on s'adresse. — C'est Galien qui a développé la doctrine, telle qu'elle est arrivée jusqu'à nous, soit dans ses œuvres, soit dans les livres d'Oribase, de Fernel, de Sennert, de Barthez, de Sabatier, etc., etc.
Aujourd'hui la révulsion et la dérivation sont deux mots qui sont presque synonymes. En effet, on n'établit pas de différence entre les agents révulsifs et les agents dérivatifs. De plus, révulser une maladie ou la dériver, c'est toujours la même chose relativement à l'organe engagé que l'on veut guérir, et il n'y a pas lieu de faire une difierence entre ces mots, à moins d'en revenir aux idées d'Hippocrate.
Ce qui établit d'une manière péremptoire la possibilité d'une révulsion curative provoquée par le médecin, c'est l'observation journalière de la révulsion spontanée. — L'existence de l'une est une pre-
(1) Voyez page 315, De l'état nerveux et chronique ou nervosisme, par E. Bouchul; un volume in-8, 1860,
(2) Voyez pag-e 408, Traité de pathologie générale et de séméiologie ; 1 volume in-8 de 1100 p^ges, avec figures intercalées dans le texte.
(3) Hippocrate, Œuvres, édition Littrc, t. IV, p. 4 83
(4) Loco citato, t. V, p. 477o
XLIV INTHOUUCTiON.
mière preuve de la réalité de l'autre. — l.es piiénomènes sympathiques des organes entre eux, les crises des maladies, les antagonismes morbides, sont autant de motifs qui plaident en faveur de l'idée du déplacement des maladies d'un organe important sur un organe qui l'est moins. Quand on voit l'acte physiologique de la grossesse, et l'afllux du sang qu'il amène dans l'utérus suspendre momentanément la marche de la ph thi si e pulmonaire, qui reprend son cours après la délivrance, on doit croire aux effets de la révulsion. Si le fait n'est pas constant, il est du moins assez commun pour que tous les médecins l'aient observé plusieurs fois. J'en ai vu quelques exemples, et cela suffit comme preuve de ce que j'avance. J'ai vu aussi deux fois la grossesse faire disparaître momentanément Vacne rosacea, aussi appelé couperose, qui reparaissait après l'accouchement. — La lactation chez les nourrices suspend et retarde le travail des ovaires relatifs à l'ovulation et empêche les règles de se produire. — Une maladie aiguë, développée chez un individu qui porte une suppuration d'ulcère ou de vésicatoire, arrèle momentanément la suppuration, qui revient dès que la phlegmasie commence à disparaître. — Un grand écoulement d'urine a quelquefois guéri l'ascite. — Il en est de même de la diarrhée, et cela est si vrai, qu'on peut, ainsi que je l'ai fait plusieurs fois, à l'aide d'une forte dose d'eau-dc-vie allemande (60 grammes environ), guérir pour plusieurs mois et pour plusieurs années une anasarque très-considérable dépendante d'une maladie organique du cœur très-avancée. Un érysipèle fait souvent disparaître une bronchite, etc., etc.
Chez les animaux, le fait de la révulsion est plus facile à démontrer, car on peut multiplier les expériences d'une façon qu'il serait impossible d'imiter chez l'homme. — Des sétons de 50 centimètres appliqués à des chevaux peuvent donner, d'après M. Bouley, li8 grammes de pus en vingt-quatre heures. On en met, suivant les cas, 5 ou 6 à la fois pendant six jours, ce qui fait une spoliation de près de 2000 grammes de liquide en un assez court espace de temps. — De pareils moyens ne peuvent 6tre sans énergie, et en réalité leur puissance curative est très-grande.
La révulsion a été, de la part des médecins modernes, l'objet de recherches sérieuses. Baglivi, Fouquet, Barthez, Goupil, Hufeland, Sabatier, Gazenave, Gintrac, se sont particulièrement distingués sous ce rapport, et, parmi eux, je signalerai surtout les considérations élevées de M. Gintrac (de Bordeaux), dans sa Pathologie interne.
Les agents révulsifs sont des moyens susceptibles de détourner le cours du sang d'un organe enflammé, de développer sur une partie saine une activité fonctionnelle plus grande ou une fluxion sanguine et humorale très-considérables. — Ces agents sont hygiéniques, chirurgicaux et pharmaceutiques.
Le calorique extérieur, les frictions de toute nature, les bains chauds et froids, l'hydrothérapie, de petites saignées du pied et du bras, suivant la circonstance, les sangsues en petit nombre, les ventouses sèches et scarifiées, le séton, le cautère actuel, le moxa, les irritants de la peau, tels que les sinapismes, les vésicants, les cautères, l'acupuncture, etc.; les sudorifiques, les stimulants de la muqueuse gastrointestinale et les stimulants spéciaux de quelques organes, tels que les vomitifs, les purgatifs, les diurétiques, les sialagogues, etc., sont des agents de révulsion très-communément employés.
Les uns attirent, détournent ou enlèvent une certaine quantité de sang; les autres opèrent des congestions plus ou moins étendues, des phlegmasies cutanées plus ou moins profondes, depuis l'érythème jusqu'à la vésication; des corrosions du derme, suivies de suppuration; des hypersécrétions cutanées, rénales ou gastriques. Mais ces procédés divers, tous évidemment dans la mesure de leur activité propre et de leur dose, stimulent les tissus de manière à y déterminer une réaction vitale, vasculaire ou nerveuse, plus ou moins intense, et c'est cette action qui doit produire l'effet révulsif. — iMalheureusement cela ne réussit pas toujours, la médication n'a point d'effets constants; mais il suffit de les avoir observés plusieurs fois pour être autorisé à les considérer comme vrais.
Leur action est immédiate ou lenle. Le sinapisme, le vésicatoire ammoniacal, le vésicatoire aux cantharides, agissent rapidement, et quelques heures ou un jour suffisent pour qu'on puisse en apprécier l'effet. La révulsion lenle, faite au moyen des cautères et de la stibiation, s'emploie de préférence dans les maladies chroniques, et principalement dans les maladies qui sont l'expression d'une diathèse, comme la scrofule.
Leurs effets consistent : 1» dans une impression locale de l'organe sur lequel on les applique et qui consiste dans une suractivité vasculaire et nerveuse incontestable ayant un retentissement plus ou moins marqué sur les parties voisines; 2° dans un effet général, indirect, qui peut être, ainsi que Baglivi l'a signalé, une action sympathique ayant pour effet d'accroître la fièvre et d'engendrer des spasmes ou bien une action sédative générale et locale, antagonisme salutaire de l'état morbide antérieur.
Les agents révulsifs ne produisent donc pas infailliblement la révulsion, et ils ont une action différente, plus ou moins favorable, d'après un certain nombre de circonstances que M. Gintrac, en médecin
DE hk THÉltAPEUTIQUE AU XIX-^ SIÈCLE. XLV expérimenté, rapporte à l'organe malade, à l'état général de l'organisme, au révulsif employé et au lieu d'application du révulsif. Les propositions qui suivent sont empruntées à cet auteur.
1° Conditions relatives à Vorgone malade. « Quand un organe est très-vivement irrité, les révulsifs employés seuls risquent d'agir sympathiquement et d'augmenter la maladie. « C'est ce que M. Guenn (de Mamers) a formulé en disant : Toute révulsion dont se ressent l'organe malade est mauvaise.
« Une irritation commençante, ou encore faible, peut Hve arrêtée ou détruite par les révulsifs.
» Quand une affection a perdu de son intensité, mais paraît résister encore ou est devenue chronique, les révulsifs sont d'une grande utilité. »
T Conditions relatives à l'état général de 1 organisme. « Un état général de vive excitation dénoté par la force, la durée, la fréquence du pouls, une haute température et une coloration animée de la peau, exclut l'emploi des révulsifs énergiques.
» Plus les forces paraissent amoindries dans l'ensemble de l'économie, plus la révulsion doit être active.
» Une vive sensibilité, une grande irritabilité organique, réclament des ménagements dans l'emploi des révulsifs. »
3" Conditions relatives aux agents révulsifs eux-mêmes. « Il faut préférer l'agent révulsif dont l'effet immédiat a le plus de rapport avec le mode pathologique qu'il s'agit de combattre. La congestion sera traitée par les révulsifs qui soustraient ce sang, et un flux par l'augmentation des sécrétions antagonistes.
)) II faut proportionner l'activité des révulsifs 5 l'intensité de la maladie.
» Si l'action du révulsif doit être assez énergique pour dominer l'irritation qu'il s'agit de détruire, il ne faut pas cependant qu'elle soit assez forte pour provoquer dans l'économie une réaction nuisible ou de dangereuses sympathies.
» Un révulsif n'a pas toujours besoin de faire, sur la partie qui en reçoit le contact, une altération aussi grande que celle à laquelle on l'oppose.
» La persistance de l'action des révulsifs est une condition de leur efficacité.
» Les révulsifs destinés à produire une hypersécrétion ou une sécrétion anomale doivent, pour être efficaces, donner des produits suffisants et de qualité convenable. »
k° Conditions relatives aux surfaces sur lesquelles on applique les révulsifs. « Il faut que la partie qui reçoit l'application d'un révulsif jouisse d'une vitahté suffisante.
» Les révulsifs ne doivent être appliqués que sur des parties saines ef e.xemptes d'irritation antérieure.
» Quand on a le choix des parties sur lesquelles doivent être appliqués les révulsifs, on doit en général préférer celles qui remplissent les fonctions les moins importantes.
» Plus la vitalité d'une partie est élevée, plus la révulsion que son excitement détermine est puissante.
» Quand on veut rappeler une maladie extérieure dont la suppression donne lieu à des accidents graves, c'est sur le siège primitif de l'all'ection que le révulsif doit être appliqué.
» Quand une affection est récente, très-intense, étendue et disposée à se propager, à provoquer des réactions ou à se reproduire, les révulsifs doivent être appliqués à une grande distance du lieu malade. » C'est aussi l'opinion de Baglivi, et de Barthez dans son Traité des fluxions.
« Lorsqu'une affection est légère, circonscrite, sans réaction générale, ou qu'elle est chronique, opiniâtre, fixe ; qu'elle menace de désorganiser les tissus, et qu'elle a résisté aux révulsifs éloignés, c'est près du siège même de l'affection locale qu'il faut agir. »
Toutes ces propositions expriment des vérités cliniques générales, basées sur l'observation des faits ordinaires, et elles constituent, si l'on peut ainsi dire, les lois de la révulsion. — Depuis Barthez, Sabatier et Guérin, on ne les avait jamais formulées d'une manière aussi complètement satisfaisante pour ceux qui ont la connaissance des malades. Il reste encore beaucoup à faire et il serait très-utile de reprendre la question et les différents problèmes qu'elle soulève au point de vue de la science moderne, afin de déterminer les cas où la révulsion est applicable et ceux où il ne faut pas l'employer, pour que le médecin sache enfin ce qu'il fait, pourquoi il le fait, et comment il le doit faire. Malheureusement le problème des impressions révulsives, dans leur rapport avec l'acte curatif, est aussi obscur que tous les autres problèmes thérapeutiques relatifs aux impressions curatives. Entre les moyens employés et l'effet, bon ou mauvais, qu'ils déterminent, il y a pour iniermédiaire l'économie vivante, c'est-à-dire la vie, qui
INTRODUCTION
engendre des effets individuels différents pour chaque personne, ce qui rend impossible leur comparaison absolue dans le rapprochement qu'on veut en faire.
En pareil sujet, quelques fails concluants bien observés peuvent servir de base à un principe, malgré les exceptions réelles tirées de faits contraires.
La révulsion, opérée spontanément ou provoquée par l'art sur une partie saine, a guéri ou modifié une maladie antérieure, c'est là une chose incontestable pour tous les cliniciens; mais, chacun sait que le fait n'a rien de constant, et qu'il peut ne pas se produire. C'est ce qui arrive dans l'emploi de tous les moyens thérapeutiques.
Nier la révulsion, parce que des agents dits révulsifs ne révulsent pas toujours la maladie qu'on voudrait détourner, ne signifie rien. Autant vaudrait nier les propriétés sédatives de l'opium et les propriétés stimulantes de l'alcool, parce qu'il arrive souvent au premier d'exciter et au second d'endormir. Ce ne sont là que des objections de fantaisie. La révulsion est un fait dynamique supérieur à toutes ces contestations, et c'est parce qu'il relève de la force individuelle, si difficile à déterminer, qu'il offre tant de différences dans ses manifestations et tant d'incertitude dans ses lois. Un jour peut-être seronsnous plus heureux, et saurons-nous pourquoi la révulsion s'opère, et dans quelles circonstances précises il faut l'employer.
Ce n'est pas tout. La révulsion s'opère non-seulement sur des points éloignés ou dans le voisinage d'une partie malade, niaib on peut la produire encore sur l'organe malade lui-même en y faisant naître une irritation de bonne nature qui prend la place de l'état morbide antérieur de manière à en faciliter la guérison. C'est une révulsion opérée sur place. Ainsi guérissent beaucoup de phlegmasies locales, scrofuleuses ou atoniques, lorsqu'on les soumet à l'application d'irritants locaux produisant une inflammation thérapeutique qui se substitue à l'irritation primitive. Phlegmasies cutanées, phlegmasies muqueuses, toutes cèdent facilement à une phlegraasie nouvelle provoquée par l'impression d'un stimulant spécial.
Le nitrate d'argent dans les ophthalmies, sur les ulcérations chroniques de la peau, dans la dysenterie chronique, dans l'angine couenneuse, etc.; les pommades antiophthalmiques, les vomitifs dans la gastrorrhée, les purgatifs dans certaines entérites, le vésicatoire sur l'érysipèle et les articulations enflammées, les bains très-chauds, les bains alcalins et les bains sulfureux dans quelques maladies de la peau ; les lotions d'eau vinaigrée contre la cuisson du prurigo ; les cautérisations d'acide chlorhydrique dans l'angine gangréneuse et dans la diphthérite buccale, etc., sont des moyens de substituer à des maladies anciennes un état aigu spécial qui change la vitalité des tissus et les dispose à une guérison rapide. Les faits de ce genre sont aujourd'hui si nombreux, qu'ils sont reconnus de tout le monde, bien qu'on ne puisse constamment réussir à les provoquer. Malgré les exceptions, le fait général n'en subsiste pas moins et ne saurait être mis en doute.
La substitution thérapeutique est la conséquence de la mise en œuvre de la sensibilité des tissus malades, et son action est en quelque sorte locale; l'impression produite par le stimulant provoque une réaction qui est moins la conséquence d'une absorption des stimulants que de leur action réflexe sur la sensibilité. Cette action ne doit jamais dépasser certaines limites appréciées d'avance par le médecin. En effet, il faut que la maladie substituée ne soit pas plus grave que celle qu'on a voulu remplacer. C'est là une affaire d'expérience. La marche, la nature et la gravité de la maladie à guérir doivent être déterminées avec soin, afin de pouvoir choisir un moyen substitutif dont l'action ne reste pas en deçà ni au delà de l'effet curatif. On n'emploiera pas, sur un œil atteint de kératite ulcéreuse simple, le nitrate d'argent à la môme dose et de la même manière que dans une ophthalmie purulente des nouveaunés. On ne cautérisera pas une pustule variolique aussi vigoureusement qu'on ferait pour une pustule maligne, etc., etc. Les agents stimulants qu'on emploie dans la médication substitutive doivent donc être proportionnés, dans la nature de leurs effets, à la nature et à la gravité du mal à faire disparaître.
Un second précepte de la médication révulsive locale est d'entretenir la stimulation autant de temps qu'il est nécessaire pour modifier la vitalité des tissus. C'est ainsi qu'on met plusieurs fois par jour une' goutte de collyre au nitrate d'argent dans l'œil atteint d'ophthalmie. Dans quelques cas, il faut prolonge l'action substitutive jusqu'au moment de la guérison, de manière à faire perdre au tissu malade l'habitude de l'inflammation première, et quelquefois même il faut continuer le stimulant pendant plusieurs semaines, car c'est à celte condition qu'on peut espérer un succès de quelque durée.