I. Infection purulente
L'infection purulente se produit après une phlébite suppurée non adhésive (Hunter, Velpeau), après une suppuration dans une région très-vasculaire et une phlébite capillaire (Cruveilhier), après une embolie purulente (Virchow), après l'ouverture d'un abcès, avec vastes décollements pendant le développement d'un phlegmon diffus, après une angioleucite et un érysipèle (Velpeau).
Parfois dans une plaie en suppuration la déchirure de vaisseaux et l'absorption du pus cause l'infection purulente surtout chez les individus qui ont une vaste plaie en suppuration depuis un certain temps.
L'infection purulente existe encore à la suite des phlegrnasies viscérales suppurées, à la suite de la variole pendant la période de suppuration.
Dans l'infection purulente il y a mélange de pus ou de matières septiques, sepsine des Allemands, avec le sang (Velpeau, Blandin, A. Bérard, Cruveilhier, Castelneau et Ducrest, Nélaton, Sédillot, Laugier, Biliroth, A. Weber, Verneuil) ; les infections purulentes après l'angioleucite et l'érysipèle seules semblent faire exception, à moins qu'il n'existe une phlébite en même temps que l'angioleucite et qu'il y ait une absorption du pus enfermé dans les gangUons suppurés.
L'infection purulente donne lieu à des abcès métastatiques dans les poumons, le foie, la rate et les différents points du corps, seidement quand la maladie a duré plus de sept à neuf jours. — Ou bien l'abcès est dû à des globules sanguin arrêtés, autour desquels une inflammation se montre (Cruveilhier), ou bien c'est dans les capillaires alimentés par une artériole oblitérée par un caillot migrateur embolique que l'abcès se forme (Virchow), ou bien encore c'est un abcès développé en vertu d'une so* de diathèse purulente (Teissier) avec irritation locale telle qu'une broncho-pneumonie, une pneumonie lobulaire, une hépatite, une splénite, une synovite, etc.
il y a des abcès métastatiques sans infection purulenli (Sédillot), et des infections purulentes sans abcès métastatiques. Les produits purulents s'arrêtent quelquefois dan< un organe et y produisent un abcès au même titre que la dysenterie, cause des abcès du foie sans infection purulente.
On peut guérir de l'infection purulente, mais cela est rare (Nélaton, Vidal de Cassis, Sédillot).
L'infection purulente est habituellement la conséquencf d'une lésion inflammatoire terminée par suppuration, dan> le cours de laquelle apparaît une phlébite, ou d'une phlébite jirimitive, ou d'une angioleucite.
Un frisson violent durant de un quart d'heure à une demiheure, se répétant plusieurs fois dans la journée ou plusieurs jours de suite, frisson accompagné de rétraction des membres, de refroidissements, de pâleur, et suivi di" sueurs peu abondantes et visqueuses ; la fréquence de la respiration, un malaise profond et une anxiété qui fail place parfois à une sorte de bien-être, caractérisent \u début d'une infection purulente. Il y a des infections purulentes qui débutent par des sueurs profuses saii frissons.
Les malades atteints d'infection depuis plusieurs joui présentent : une fièvre continue ou une espèce de fièvr rémittente, de la soif vive et une perte de tout appétii Des frissons irréguliers se répètent, une bronchite sui vient, la face prend une teinte ictérique et les maladt meurent dans le coma ou asphyxiés par une sécrétic
INFE
roncliique abondante. Lorsque la maladie dure plus longtmps et qu'il y a infection purulente chronique, il y a uelquefois des douleurs articulaires, ou des abcès, les leurs sont rares, la peau est sèche et se recouvre
écailles épidermiques ; les malades sont toujours somolents et n'ont plus d'appétit, la diarrhée survient et les puise. Une bronchite, une pneumonie, une pleurésie, ne péritonite, sont dans ces cas la cause immédiate de
mort.
Dans l'infection purulente, occasionnée par une plaie, s bourgeons de cette plaie sécrètent une moins grande ianlité de pus, la partie devient œdémateuse et les mades n'en souffrent presque plus.
Au début d'une infection purulente, le frisson initial dique aussi bien une pneumonie, une péritonite, un »cès, l'extension de l'inflammation, qu'une absorption de is ; mais l'absence des autres signes qui caractérisent :s lésions, puis la répétition des frissons et l'abattement bit doivent faire penser à l'infection purulente.
L'infection purulente apparaît du huitième au quantième jour de la durée de la suppuration d'une plaie. Thérapeutique. — Qu'il s'agisse d'un phlegmon difl'us d'un phlegmon circonscrit, lorsqu'il y a du pus formé enfermé, on doit lui donner largement issue; — lors- 'il y a phlébite, lier la veine est une opération toujours lieste au malade et dont il faut s'abstenir. La compresn (Reil, Abernethy, Velpeau) est quelquefois très-utile X malades; (V. Phlébite). — Appliquer des sangsues sur ganglions qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques de Région atteinte d'angioleucite et d'érysipèle (Blandin, bert) peut être très-utile dès les premiers jours ; passé temps, cette pratique est nuisible.
iLes plaies seront pansées avec la décoction de quinquina un autre liquide. V. Abcès et Plaies.
pLe malade sera réchauff'é pendant les frissons et on lui |inera une potion avec l'opium, à dose de 5 à 15 cenfi- Éiimmes d'extrait, ou 40 grammes de sirop diacode. — I purgatif (Vidal), un éméto - cathartique (Dumas de l\ntpellier, Samson), sont bons au début. — On donnera, Ci outre, les tisanes de camomille, de limonade sulfurique^ c gomme, ou les tisanes diurétiques, de chiendent, de ti Haie ou de nitrate de potasse :
Eau d'orge
sirop de vinaigre. .
Nitrate de potasse.
1000 grammes 100 id.
5 id.
pn peut donner encore
(Stoll.
Electuaire d'arnica.
Poudre de racine d'arnica Poudre d'opium hviit. . .
Sirop de sucre
30 grammes.
5 centigrammes,
în dix doses, une toutes les heures. (Ane. Form.)
Potion de quinine.
Ean distillée ,aa
Sulfate de quinine.
^'ar cuillerées, en vingt- quatre heures.
(Vidal de Cassis, Peau, Nélaton.) Potion de quinine et d'aconit.
Eau distillée.
Eau de Rnbc
ÏW grammes.
Sulfate de quinine. . . 3' Alcoolature d'aconit. . 2 grammes.
4 id.
(Turchetti.) ar cuillerées, en vingt-quatre heures.
INFE llil
Potion d'aconit.
Alconlatnre d'aconit , 1 à 5 grammes.
Sirop simple 80 id.
Eau distillée 100 id.
(Storck, Teissier, Flemming.) Potion camphrée.
Eau distillée 100 grammes.
Eau éthérée camphrée. . 10 id.
Ou : .
Camphre 1 gramme.
Sirop simple 30 id.
(Barbette, J. Franck, Velpeau.) Potion de digitale.
Eau distillée 500 grammes.
E.ftrait de digitale ou teinture de digitale. 2 id. Sirop simple 25 id.
Lavement de quinquina camphré.
Quinquina royal 20 grammes.
Faites bouillir dans :
Eau 300 grammes.
Passez et ajoutez :
Caniiihro 1 gramme.
Délayé dans un jaune d'œuf.
(Récamier.)
Les antispasmodiques et les antiseptiques, ainsi que les affusions froides, sont applicables dans l'infection purulente comme dans les fièvres graves. V. Fièvre typhoïde.
Dans les cas rares où les malades résisteront, s'il leur est possible de prendre des ahments sans vomir, on leur administrera du bouillon, des potages et du vin. — On administrera des lavements de bouillon, si les malades vomissent ce qu'ils prennent. Puis on donnera de la viande saignante, dût le malade la vomir d'abord ; au besoin, on donnera le thé de bœuf préparé de la façon suivante :
Piœuf maigre , 500 grammes , haché menu , dans 500 grammes d'eau froide, chauffez jusqu'à ébullition. Quand le liquide a bouilli une ou deux minutes, passez et exprimez le liquide contenu dans la viande (Hôpitaux anglais).
Contre la diarrhée qui survient à la fin de la maladie, employez les astringents et 1-es antidiarrhéiques comme chez les phlhisiques. V. Phthisie pulmonaire, Diarrhée
et PÉRITONITE TUBERCULEUSE.
La transformation du sang que nous avons proposée contre les intoxications purulentes [Traité de Vérysipéle, 1862) a été appliquée par Hunter (1868 et 1869) avec du sang poussé dans une artère, la radiale ou la libiale postérieure.
IL Infection putride (A. Bérard).
A. Infection aiguë. — Lorsque dans les premiers jours qui suivent une plaie ou une contusion, avant le quatrième jour, c'est-à-dire avant qu'il y ait du pus formé, des liquides sanieux d'une odeur fétide sont accumulés dans une plaie réunie iutempestivement ou sous une eschare gangréneuse, l'absorption a lieu par des veines ouvertes largement ou par des réseaux capillaires présentant des ouvertures multiples, et il y a souvent infection putride aiguë. Les malades sont pris d'un frisson intense et de tous les signes de l'infection purulente. Mais les symptômes ont une acuité beaucoup plus marquée, surtout après une gangrène. Après une plaie, avec ouverture des veines, les malades meurent quelquefois dans les vingt-quatre heures. Quelquefois la diarrhée est le phénomène de début de
7^18 INFR
l'infection, nprès qu'elle a présenté un ordre tle symptômes désignés sous le Lom d'état cholériforme ou d'état typhique (V. CitOLÉiiA et Typhus). 11 y a parfois une élévation considérable du pouls qui reste très-petit.
Dans l'infection putride, les abcès métastatiques et les complications locales et du côté des viscères sont extrêmement rares, parce qu'ils n'ont pas le temps de se produire ; lorsqu'on trouve des phlébites et des angioleucites, elles se sont développées en môme temps que d'autres vaisseaux absorbaient les produits septiques.
L'infection putride aiguë ou infection putride des premiers jours (Batailbé) est toujours mortelle.
C'est toujours chez des individus mal disposés ou épuisés que l'infection putride aiguë se montre.
Chez les individus qui ont une plaie de la bouche avec fractures du maxillaire, il y a une intoxication qui est due à ce que les malades respirent l'odeur infecte du pus et se nourrissent de liquides putrides formés dans la bouclie (Richet, Chassaignac).
L'infection putride aiguë est causée en grande partie par l'absorption locale du gaz méphitique engendré dans la plaie. (A. Després.)
TJiérapeutique. — Il est impossible de guérir l'infection putride aiguë, mais on peut la prévenir.
Chez les sujets affectés de maladies qui ne réclament pas une opération immédiate, on la prévient en améliorant l'état des malades s'il existe un embarras gastrique ou s'il y a dépression physique et morale. V. Indications opératoires.
Chez les blessés et opérés, on prévient l'infection en les nourrissant et en les réchauffant à partir du moment où le traumatisme a eu lieu.
Les pansements avec le vin^Celse, Fabrice d'Acquapendente), avec l'alcool ou l'alcool camphré (Batailbé), — les purgatifs (Guy de Cbauliac), l'ipécacuanha chez les accouchées (Legroux), les décoctions vineuses de quinquina sur les parties gangrenées, sont de bons moyens préventifs.
La cautérisation des plaies avec le fer rouge ou avec la pâte au chlorure de zinc (Bonnet, de Lyon), lorsque des liquides sanieux et d'une odeur fétide sont sécrétés, peut rendre de véritables services, même au moment où le frisson initial de l'infection putride a eu lieu. On peut arriver ainsi à arrêter le mal en oblitérant par la cautérisation les voies de l'absorption.
Chez les nouvelles accouchées les injections vaginales alcoolisées, ou avec la décoction de quinquina, et les injections avec le permanganate de potasse au vingtième, seront faites dès que les malades présenteront plus de cent pulsations, et quand les malades seront évidemment sous le coup d'une infection putride aiguë, plutôt que sous le coup d'une métrile, d'une péritonite et d'un abcès des ligaments larges. V. ces mots.
Sur les blessés ou opérés, chez lesquels des veines ont été largement ouvertes, on ne réunira jamais par première intention ; on pansera à plat, avec des compresses imbibées d'eau-de-vie camphrée. — Lorsque les plaies seront fétides, on pansera avec le permanganate de potasse ou Ton cautérisera avec la pâte au chlorure de zinc, ou avec le fer rouge (Bonnet).
Chez les individus atteints de gangrène, on pansera avec l'eau-de-vie (Velpeau), avec la poudre de quinquina, avec la poudre de quinquina et de charbon, on enlèvera les cschares au fur et à mesure qu'elles se détacheront.
On nourrira les blessés et les accouchées, et l'on admi-
INFE
nistrera dés les premiers frissons les médications énergiques employées contre l'infection purulente, et en première ligne le sulfate de quinine (Beau) et la tisane au chlorure de soude. V. plus haut.
B. Infection chronique, infection imtride lente (A. Bérard). ~ Les abcès froids, les abcès par congestion, les caries, les nécroses et les tubercules des os, les tubercules pulmonaires, les fistules osseuses, les péritonites et les pleurésies chroniques, les kystes de l'ovaire suppurés, donnent lieu à une infection lente qui procède ou bien pav une poussée, se rapprochant de l'infection putride aiguë et suivie d'un état d'affaiblissement progressif, ou bien par ce dernier état.
L'infection putride s'observe à la suite de l'ouverture d'abcès existant depuis longtemps et dans lesquels l'air s'est introduit (Bérard, Lisfranc), elle s'observe dans les maladies des os avec abcès circonvoisins, et elle se produit alors parce que l'absorption se fait aux dépens du pus et principalement du sérum du pus.
L'infection putride chronique n'est pas seule la cause delà mort, il s'y joint un épuisement produit par une suppuralion abondante ou par l'odeur du pus qui pénètre dans les voies respiratoires et empoisonne comme un miasme.
Quand un abcès ou une fistule donnent issue à un pus fétide, quelques frissons, de la fièvre avec de la chaleur à la peau, caractérisent le début de l'infection putride chronique.
Les malades maigrisent, présentent de légers accès de fièvre le soir, la peau prend une teinte terreuse, les forces tombent, l'appétit s'affaiblit, des sueurs fréquentes se moutrent, de la diarrhée avec subdelii'ium arrivent, et les malades s'éteignent pour ainsi dire empoisonnés lentemenlel faute de pouvoir réparer les perles (|u'ils éprouvent par la suppuration.
Les suppurations longues et l'infection putride amèneni presque toujours des accidents dont le principal est un engorgement des poumons et quelques dépôts plastiques qui ne sont pas une véritable phthisie pulmonaire (Velpeau).
L'infection putride peut être guérie à la condition que la source du pus sera tarie, et souvent la mort sera retanléi' si la fétidité du pus cesse sous l'influence d'ouvertures convenables et d'injections désinfectantes. j
Thérapeutique. — On prévient quelquefois l'infcclioii i
putride en ouvrant les abcès par la méthode sous-culanéc. i,