PRÉFACE
« Milita paucis. »
Dans une époque comme la nôtre, lorsque la science, écrasée par l'abondance des détails et la multiplicité des faits, semble se perdre à l'infini dans l'étude des petites choses, pour se noyer dans de longues et fatigantes descriptions, il nous a paru qu'il pourrait être utile de résumer toutes nos connaissances médicales dans un livre destiné aux praticiens.
De là ce Dictionnaire de médecine et de thérapeutique médicale et chirurgicale.
Par ce temps de dictionnaires historiques, géographiques, communaux, géologiques, littéraires, biographiques, administratifs, scientifiques, religieux, poétiques, biologiques, hydrologiques et médicaux, un dictionnaire de thérapeutique médicale et chirurgicale nous paraît devoir trouver faveur. 11 répond à cette impérieuse nécessité où se trouve le médecin près d'un malade, lorsque, ayant épuisé ce qu'il sait, il veut encore savoir à l'instant ce que d'autres ont fait avant lui et pourraient faire dans la situation embarrassée où il se trouve. Celui-là, surtout, qui est sans bibliothèque, éloigné des centres d'instruction, vivant à la campagne, veut ce qu'on pourrait appeler l'impossible, c'est-à-dire l'aplanissement immédiat des obstacles qui séparent l'inexpérience du véritable savoir. Eh bien ! c'est cet idéal désir du médecin praticien que nous avons essayé de satisfaire en lui apportant, dans un seul volume, tout un résumé complet des pratiques de la médecine, de la chirurgie, des accouchements, de l'art dentaire, de l'oculistique, de l'électrisation médicale, de la médecine opératoire, de la thérapeutique, de la matière médicale et des eaux minérales.
Si fort que soit le volume, il n'est, selon notre épigraphe (s. Multa paucis », qu'un résumé de toutes les connaissances indispensables au médecin praticien.
VI PHÉFACE.
Nous avons voulu résoudre un double i)roblèine :
« Une maladie étant donnée, ({uels en sont les remèdes? Sous quelles formes et quelles doses les employer ? »
» Un remède étant donné, minéral, végétal, matière organique ou eau minéralisée, à quoi est-il bon? Dans quels cas faut-il l'employer? Sous quelle lorme et à quelles doses peut-on le mettre en usage ? »
De la maladie aux remèaes et aes remèdes à la maladie î Voilà ce que nous avons essayé d'écrire en peu de mots, et c'est la réponse aux deux problèmes que se pose perpétuellement le médecin praticien auprès du lit de ses malades.
La médecine et la chirurgie, écrites par deux plumes différentes, tiennent ici un rang égal, car, en réalité, si la médecine est l'art de guérir, cette division de médecine et de chirurgie n'a pas de raison d'être en principe, et elle n'est justifiée que par les besoins de la pratique, qui exige une personne plus expérimentée en ce qui concerne les choses de la main.
Chaque thérapeutique de maladie est précédée d'un résumé des causes, des symptômes et surtout du diagnostic, sous forme de propositions, de sentences et quelquefois d'aphorismes, lorsque le sujet est assez clair et assez évident pour qu'on puisse faire de ces résumés un article de loi. — Cette manière de procéder nous a paru avoir l'avantage de donner une précision plus grande à la thérapeutique, en indiquant bien le but de nos prescriptions.
Une fois la maladie suffisamment décrite, nous en avons posé les indications thérapeutiques, puis nous en avons fait connaître le traitement, variable selon les cas et selon les complications. Ici le régime, les tisanes, les médicaments et leurs formules, ou bien les opérations à faire et les différentes méthodes opératoires à employer.
Après le traitement, pour beaucoup de maladies, nous avons ajouté un formulaire spécial indiquant le mode d'emploi des médicaments d'après les formules des auteurs les plus recommandables et contenant l'énumération des remèdes connus ou peu usités mis en usage par les médecins de tous les temps, et publiés de nos jours par Mérat et Delens, par Bouchardat, par Dorvault et par les plus célèbres médecins.
Puis, à côté de la thérapeutique médicale ou chirurgicale des maladies, selon les exigences de l'ordre alphabétique, se trouvent les eaux minérales avec leur composition, leur température, leur mode d'emploi et leurs applications thérapeutiques, la matière médicale indiquant l'origine des substances, leur préparation, leur dose et leur mode d'emploi, enfin leur application dans toutes les maladies.
Ici, nous avons eu de très-grandes difficultés à vaincre. Énumérer le traitement des maladies et les apphcations de la matière médicale sans aucune critique et sans discernement, c'était replonger la thérapeutique dans le chaos dont elle a si grand'peine à sortir. Formuler en toutes lettres notre jugement sur l'importance des remèdes et des médications à employer, c'était allonger démesurément une rédaction que nous tenions à abréger.
Il fallait sortir de cet embarras. Plutôt que de laisser le médecin en face de l'innombrable quantité des moyens curatifs, rationnels ou empiriques, à mettre en usage contre une maladie
l'r.ÉFACE. VII
sans lui donner notre avis sur la ronduito à suivre, et ne voulant pas le plonger dans une incertitude indigne de la science, ce qui eût été lui dire :
Décide, si lu peux, et choisis, si tu l'oses,
nous avons imaginé l'expédient de quelques abréviations qui, sans allonger notre texte, nous ont permis de juger la plupart des remèdes employés dans les maladies et de les classer d'après leur importance. — Ce qui est bon et ce qui a obtenu l'assentiment d'un grand nombre de médecins se trouve marqué du signe algébrique plm H; ainsi, par exemple, le tartre stibié dans la pneumonie franche; ce qui Q^i excellent et presque spécifique d'une lésion ou d'une diathèse, comme le mercure dans la syphilis, le sulfate de quinine dans les fièvres, etc., est indiqué par le signe de deux plus réunis ll+j. Nous avons marqué du signe moins B ce qui est mauvais. — Quant aux remèdes anciens et oubliés ou peu expérimentés, et aux médicaments exotiques en usage aux colonies ou dans les pays étrangers, ne les ayant pas mis en usage et ne voulant pas en juger l'action curative, nous les avons marqués d'un carré vide □ pour n'avoir à en faire ni l'éloge ni le blâme; il signifie : à vérifier. — Enfin, si le lecteur trouve que nos formules et nos médications sont trop nombreuses, nous le prierons de considérer que cet exposé ofFi'e un réel avantage. En effet, depuis le colossal recueil de Dioscoride, chaque jour les médecins renouvellent des formules, et, pour un grand nombre de maladies, notre livre prémunira les inventeurs, car ils y trouveront bien souvent la formule qu'ils croiront avoir découverte.
Des figures en grand nombre ont été placées dans le texte pour en faciliter P intelligence: figures d'accouchement et de dystocie, — figures de médecine opératoire indiquant les procédés à suivre, — figures indiquant les instruments à employer, — figures de matière médicale ou d'anatomie pathologique, etc. Nous n'avons rien négligé de ce qui pouvait servir à donner à ce Dictionnaire le cachet pratique qu'il doit avoir pour entrer dans la Ijibliolhèque de tous les médecins et de tous ceux qui voudront se faire une idée de la thérapeutique au xix' siècle.
Du reste, pour nous montrer équitables envers tous, nous avons cru devoir conserver cette tradition française, qui consiste k citer dans nos publications le nom des nationaux ou des étrangers qui ont découvert une maladie, imaginé un procédé opératoire, apprécié un symptôme ou composé une formule, et, comme nous ne pouvions mettre des notes au bas de nos pages, nous avons placé, aussi souvent que nous l'avons pu. entre parenthèses le nom de l'auteur à côté de son œuvre.
INTRODUCTION