‹ Dictionnaire de médecine et de thérapeutique médicale et chirurgicaleChapitre 5 sur 612 · DE LA THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

DE LA THÉRAPEUTIQUE

AU XIX' SIÉCLK

Le scepticisme thérapeutique n'a pas de raison d'être, et il n'est plus possible de dire avec Pinel : « Une maladie étant donnée, déterminer sa place dans le cadre nosologique. » — Si la médecine devait borner ses efforts à classer et à décrire les maladies comme les naturalistes classent les animaux, les insectes et les plantes, elle aurait bientôt perdu en prestige dans l'humanité ce qu'elle aurait gagné en considération dans les écoles et dans les académies. Elle doit être avant tout la science qui conduit à la guérison des maladies. Son antiquité en est la preuve. Si l'on pouvait supposer un endroit delà terre où il n'y eût que deux êtres humains en présence, l'un souffrant et l'autre en bonne santé, celui qui se porterait bien se ferait le médecin de l'autre. Ainsi est fait le cœur de l'homme. — « Guérir quelquefois, soulager souvent, consoler toujours. » — Voilà sa devise, et en la lui empruntant, la médecine a montré qu'elle était née de ce premier besoin de l'homme vis-à-vis de son semblable. Aucune société n'a pu se former sans avoir pour premier médecin la compassion tendre, dévouée, aveugle peut-être, empirique toujours ; mais la charité devient vite clairvoyante et apprend à découvrir ce qui est utile et raisonnable, d'oii les premiers essais d'une science qui se fortifie par la foi dans la force de ses moyens.

Celui qui ne croit pas à la thérapeutique n'est pas digne d'être médecin, il ne sera qu'un savant, digne si l'on veut des plus grands honneurs académiques; mais qu'il cesse de compter sur la gloire civile des bienfaiteurs de l'humanité.

Qu'est-ce donc que la foi en thérapeutique? — Est-ce la crédulité aux annonces des ignorants qui proclament la vertu d'un remède sans savoir ce qu'il est, d'où il vient, ni les indications de son emploi? — Est-ce l'empirisme antique proscrivant la raison" du choix des médicaments? Ce n'est rien de tout cela. — Croire à la thérapeutique, c'est rechercher l'utilité des remèdes dans les maladies, après avoir expérimentalement étudié leur action sur l'homme et rigoureusement déterminé leurs effets sur ses fonctions.

La thérapeutique est le but et la fin de toutes les connaissances médicales. La physique, la chimie, la botanique, l'anatomie normale et pathologique, la physiologie, la pathologie et la clinique lui servent de base et lui fournissent tous ses éléments. Sans cette étude, elle redevient ce qu'elle est au commencement de toutes les sociétés, c'est-à-dire de la compassion et de l'empirisme; mais en s'appuyant sur la connaissance de l'homme sain et de l'homme malade, elle devient la plus noble et la plus belle de toutes les sciences, celle qui soulage, qui console et qui guérit.

Pour faire de la bonne thérapeutique, il ne faut pas en exagérer la puissance, il faut en bien connaître les ressources et savoir qu'elle n'est pas une science mathématique 'à la portée de tous, dont les éléments soient toujours les mêmes. 11 ne faut pas oublier qu'il s'agit de l'homme plus ou moins malade,

A INTRODUCTION

différant de son semblable pur sou âge, son sexe, sa race, sa constitution, son tempérament, ses diathèses, son éducation, sa force morale, ses vices et ses vertus, ainsi que par les qualités et les défauts de sa famille, par la localité et les climats où il prend naissance, par la profession qu'il exerce, "le siècle où il vit, la réaction qu'il oppose aux influences physiques et morbides, enfin par la puissance de sa nature individuelle, ce qui fait que, malgré toutes les apparences, deux malades ne se ressemblent jamais assez pour qu'on puisse les considérer comme deux unités de même nature. — Dans ces conditions, ce qui convient à l'un ne réussit pas à l'autre, et la nature inconnue de chacun venant ajouter à l'obscurité du problème de la maladie, il n'y a que le médecin véritablement instruit de toutes les difficultés de la situation qui puisse, en éclairant toutes choses à la lumière de sa conscience et de son génie, prendre une décision convenable dans le choix de sa thérapeutique.

Savoir utiliser à propos les ressources de la nature et les influences morales, hygiéniques, chirurgicales et pharmaceutiques : voilà les conditions de la véritable thérapeutique.

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