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DE LA THÉRAPEUTIQUE AU XIX^ SIECLE. XII

que doit s'appliquer tout l'art du médecin. Quo natura vergit, eo ducendum. Ailleurs enfin son travai commence, les nécropsies permettent toujours de le constater ; mais il a été insuffisant et trop faible pour lutter contre les effets de la cause morbifique. Jusque dans l'insuccès éclate sa puissance. La mort l'annonce aux vivants, et il est aussi impossible d'en méconnaître l'action que de nier la puissance qui modèle les contours de l'homme dans le sein maternel, les maintient pendant l'accroissement et dans le cours de la vie, malgré la rénovation continuelle de la matière, malgré les difformités congénitales et les déformations acquises sous l'influence des forces supérieures.

Rien n'est mieux établi, à mon sens, que l'action providentielle ordinairement heureuse de la nature médicatrice ; et ce que je viens de dire sur ses insuccès ne détruit point le fait principal.

Les parties divisées ou coupées se réunissent ou se reproduisent en reformant des tissus normaux ou des organes complets. L'homme peut reproduire le cristallin enlevé sans sa capsule (Textor, Leroy), tous les os longs enlevés sans leur périoste (Flourens, Blandin, OUivier); il refait la peau divisée, ainsi que les canaux excréteurs de Wharton et de Sténon ; il refait ses cordons nerveux (Schwan, Vulpian), etc.; mais c'est surtout chez les animaux inférieurs où l'on voit les plus merveilleuses régénérations des tissus et des organes. Bonnet a montré que les Naïdes, coupées en vingt ou vingt-six morceaux, engendraient vingt ou vingt-six Naïdes, et qu'on pouvait voir douze fois leur tête se reproduire après la section. ~ La Planaire, coupée en deux, se complète et la tête se refait un estomac, tandis que la partie inférieure comprenant l'estomac se.refait une tête. — Les crustacés régénèrent leurs pattes arrachées. ~ La Salamandre dont on coupe le bras refait sor bras avec les muscles, les nerfs, les vaisseaux et les vingts os qui le constituent, etc., etc., etc.

Ailleurs, ce sont les forces générales de la vie qui luttent contre les causes de mort. Ainsi s'expliquent le réveil des hibernants par un froid excessif, la résistance des poumons à l'absorption de l'oxygène au delà des proportions convenables, la guérison des maladies héréditaires, etc., etc.

Les hibernants s'engourdissent à la température de quelques degrés au-dessus de zéro et passent ainsi' plusieurs mois dans un état de torpeur considérable, n'ayant plus qu'une température propre de 3 à k degrés au-dessus de celle de leur atmosphère. Si dans cet état on-les expose à un froid plus rigoureux, à — 3 ou — k degrés, ce froid les tue, car son impression est assez vive pour être sentie malgré la torpeur, et il réveille à moitié l'animal en provoquant de fortes contractions musculaires et une réaction contre cette souffrance (de Saissy). Dans ce cas, la température s'élève et elle monte de -f 3 ou 4 degrés à + 25 degrés dans la première heure, à + 36 degrés dans la seconde ; mais si l'expérience est prolongée, la température s'abaisse de nouveau par degrés, l'animal cesse de pouvoir produire de la chaleur et il retombe dans une léthargie qui devient mortelle par l'intensité du froid (1). Le frisson de la fièvre, qui n'est qu'une succession de contractions musculaires s'exécutant simultanément dans les muscles antagonistes, et qui embrasse quelquefois le système musculaire tout entier, constitue une des formes les plus curieuses de la contraction musculaire statique, car elle produit de la chaleur au sein des muscles qui se contractent. Ainsi on constate déjà, pendant le frisson, et surtout après, une élévation de température qui peut être portée très-haut, à 3, à i et môme à 5 degrés au-dessus de la température normale. Le tremblement que détermine le froid est un phénomène du même genre; c'est évidemment un procédé instinctif de l'économie, qui cherche à résister à l'abaissement de la température par la contraction statique des muscles, etc. Que signifie cet effort de l'animal pour produire de la chaleur, et cette lutte momentanée de l'organisation contre une température trop rigoureuse, sinon l'effet d'une puissance conservatrice naturelle qui réagit contre un agent de destruction.

Il en est de même dans l'expérience qui consiste à placer un animal dans de l'oxygène pur ou dans un appareil à air comprimé de Pravaz. Au delà d'une certaine proportion nécessaire à son hématose, l'animal ne consomme pas plus d'oxygène qu'il ne faut, et l'action chimique de ce gaz n'augmente pas en proportion de sa quantité. MM. Hervier et Saint-Lager ont mis ce fait hors de doute dans leurs expériences sur l'homme enfermé dans un réservoir d'air comprimé. D'abord, sous l'influence d'un excès de pression peu considérable, la respiration et la circulation se ralentissent, il s'exhale une plus grande quantité d'acide carbonique produit par la quantité d'oxygène plus forte renfermée dans un même volume d'air; mais si la pression dépasse certaines limites, l'oxygène cesse d'être absorbé, la quantité d'acide carbonique exhalé diminue très-notablement et n'augmente plus qu'après la sortie du bain, lorsque la vie reprend son exercice régulier. Il est donc impossible de faire pénétrer par la pression

(1) F. Edwards, Influence des agents physiques sur la vie, p. 507,

XIV INTRODUCTION

atmosphérique, dans le sang en circulation, au delà d'une certaine quantité d'oxygène, et il y a un point de saturation que les forces physiques et chimiques ne peuvent dépasser.

Les maladies héréditaires ne se transmettent pas fatalement et nécessairement à toute la descendance. Elles épargnent un certain nombre d'enfants, tantôt les filles, tantôt les garçons, et tantôt les garçons ou les filles, d'une manière alternative, sans considération de sexualité. Outre l'influence de l'un des procréateurs qui peut l'emporter sur l'autre, dans la génération, il y a Vinnéité physiologique eimorbide, qui crée des variétés individuelles transmissibles par hérédité et qui les détruit au bout d'un certain nombre de générations. Ainsi disparaissent l'albinisme, la coloration rouge des cheveux, le strabisme, la polydactyUe, la macrobie, le nanisme, la scrofule, la phthisie et autres dispositions morbides qui, par leur transmission constante et inévitable, eussent rapidement déformé ou détruit l'espèce humaine. En effet, la même partie malade, le môme organe altéré, reproduits par hérédité dans -toute la descendance d'une famille, feraient des monstres mourant avant l'âge ; les mêmes maladies, atteignant les mêmes sexes dans des myriades de cas, détruiraient les mâles ou les femelles; les mêmes maladies atteignant les deux sexes les détruiraient et anéantiraient l'espèce. Il faut donc voir dans l'intermittence de l'hérédité un fait conservateur, constant, universel, qui n'est point le hasard et qui atteste une finalité dépendante de l'ordre préétabli par la raison première.

La plupart des maladies guérissent seules, en vertu des lois primordiales qui ramènent la substance corporelle et les forces qui l'animent dans leur état d'équilibre naturel, lorsqu'elles ont été dérangées par une impression morbifique. Rien, dans cette guérison, ne se rapporte à une propriété de la matière brute ; tout, au contraire, résulte de l'action du corps vivant, en tant que vivant, et cette action a le caractère de prévoyance qu'on trouve dans toutes les œuvres du Créateur. Sa préexistence comme loi en divinise l'effet. Une impression morbide a produit une phlegmasie obstruant les vaisseaux des tissus; aussitôt dans l'exsudat s'organise une vascularité nouvelle qui doit en faciliter la résorption dans le torrent circulatoire jusqu'à la guérison.

Un exsudât inflammatoire est tellement abondant qu'il ne peut être absorbé par le petit nombre des vaisseaux capillaires de nouvelle formation : d'après les lois de la nature, il se liquéfie, se change en pus, et un travail nouveau le dirige à travers la profondeur des tissus jusqu'à la peau ou vers une cavité séreuse.

Les impressions morbifiques ont engorgé le système circulatoire général ou local : et des hémorrhagies supplémentaires rétablissent l'équilibre.

Lorsque des obstacles se produisent à l'orifice des viscères creux, il se forme, dans les parois de ces viscères, une augmentation de force qui lutte avantageusement contre l'obstacle et favorise l'issue des excrétions ou des expuitions.

Des vaisseaux s'oblitèrent : et tout autour s'organise une circulation collatérale qui rétablit, avec le temps, les foactions circulatoires troublées.

Existe-t-il un corps étranger dans les tissus vivants (balles, drap, aiguilles)? De deux choses l'une : ou un travail naturel l'enveloppe de capillaires nouveaux qui s'oblitèrent, forment une membrane d'enveloppe ou kyste destiné à l'isoler et à protéger les tissus contre lui, jusque dans les parties les plus déhcates; ou bien il provoque une phlegmasie aiguë qui le chasse au dehors au moyen de la suppuration.

Dans les plaies que réunit d'une manière immédiate la lymphe plastique, et dans les réunions secon daires, où le travail de cicatrisation, pour être moins rapide, n'en est pas moins curieux, quel est l'agent curatif, delà nature ou de l'emplâtre adhésif placé par le chirurgien?

Une fracture vient d'avoir lieu, et voilà qu'un suc spécial, gangue d'un nouvel os, déposé entre les extrémités osseuses pour les réunir, les consolide à jamais, avec ou sans l'assistance du chirurgien ; heureux si l'art intervient pour diriger le travail de la nature, mais il ne peut prétendre à autre chose.

Dans les produits morbides déposés au sein des tissus, malgré la violence de la cause diathésique, hi nature entreprend encore, au pourtour de ces produits, un travail de vascularisation destiné à leur enkystement et à leur pétrification. M. Natalis Guillot en a démontré l'existence dans le poumon des individus atteints de phthisie tuberculeuse. Je l'ai constaté bien des fois, et, chez les malades qui guérissent, c'est toujours ainsi que le travail de guérison s'accomplit. Il en est de même des tumeurs du foie formées d'entozoaires : elles s'enkystent, et, si la pression qui résulte du développement des hydatides à l'intérieur n'est pas trop forte, la paroi se pétrifie, et il n'y a plus à craindre d'accidents pour l'avenir.

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