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DES RESSOURCES I)E LA NATURE DE L'HOMME DANS LA GUÉRISON DES MALADIES

De la nature niéilieatrice.

Quand on examine la succession des êtres appartenant aux espèces /îo/nma/e, animale, végétale, on voit que dans leur court passage sur le globe ils sont soumis à l'action d'une loi de destruction et de répartition. La génération est chargée de combler les vides de la mort.

11 en est de même dans V individu, dont l'organisme reproduit le phénomène observé dans l'espèce. Les molécules de l'être sont soumises à un double mouvement de destruction et de réparation. Celles qui se détruisent sont remplacées par de nouvelles qui obéissent aux lois de \à promorphose et prennent la place et la forme qui leur sont assignées d'avance par la force vivante.

L'homme est soumis à ces lois de l'espèce et de l'individu. Il vient combler les vides d'une génération antérieure, en attendant qu'il disparaisse à son tour. Chez lui, tout est sujet à un continuel mouvement d'apport et de départ, et sa substance se renouvelle sans cesse.

Requieque sine ulla

Corpora vertuntiir, nec quod fuimiisve, sumusve, Gras erimus

(Ovide, Métamorp/ioses, XV.)

Ce n'est pas un être corporel régi par les seules propriétés de la matière. Sa triple nature le sépare des corps inanimés en le rapprochant du monde des esprits. Doué, en tant que vivant, d'une force spéciale à tous les êtres animés, il en a de particulières à son espèce, pour lui donner la pensée, la conscience et le jugement; pour maintenir la forme extérieure de son corps et celle de ses organes ; pour régler les métamorphoses de ses tissus, l'exercice et la durée de ses fonctions, etc., etc. Cette force, qui le fait vivre de la vie ordinaire et naturelle, l'assiste dans la souffrance lorsque, troublé par des impressions morbifiques, il lui arrive d'être malade. Conservatrice de la forme et des fonctions normales, elle lutte pour rétablir la structure organique altérée par la maladie. Sa présence se révèle à chaque instant par le travail dynamique et organique qu'elle réalise au sein de l'orgaiTisation, pour éliminer un poison, un venin ou un corps étranger, pour isoler ou séparer un produit morbide des parties saines qui l'entourent, pour réunir des os fracturés, pour oblitérer une artère largement ouverte, pour absorber les matériaux solides ou liquides d'une inflammation des parenchymes ou des séreuses, pour limiter, par la pétrification, l'accroissement de certains produits morbides, etc., etc., etc. Il n'est pas une maladie organique dans laquelle on ne découvre la preuve de son existence, soit par des résultats curatifs complets, soit au contraire par une simple ébauche, lorsqu'une action intempestive l'arrête et l'empêche de réa-

DE LA THÉIUPEUTIQUE Al \LV SiÉCLE. XI

liser complètement sou œuvre de réparation (1). Hippocrale donnait à cette puissance le nom de nature, et la doctrine qui a consacré son intervention dans les actes pathologiques est connue sous le nom de naturisme. C'est ce que d'autres ont appelé force vitale, puissance intérieure, force ou nature médicatrice.

Dans les actions physiologiques, si harmonieusement préméditées, le consensus, qui les entraîne à un but commun est bien réellement l'effet d'un effort conservateur agissant pour une fin commune, et les actions réflexes ou sympathies ne sont pas autre chose que des manifestations physiologiques commandées parla puissance de conservation de l'être.

Le grain de tabac introduit dans les narines et qui fait brusquement contracter le diaphragme et les muscles du ventre pour éternuer, met bien en jeu la contractilité du tissu musculaire, mais l'éternument ainsi provoqué est un acte réflexe conservateur de l'être et nécessaire à l'expulsion d'un corps étranger.

L'aspect d'une table bien garnie de mets succulents inonde la bouche de salive, la vue de son enfant fait monter le lait dans les seins de la mère pour un but qu'il est à peine utile d'indiquer, et, si c'est une propriété des glandes salivaires ou mammaires de faire le lait ou la salive, c'est l'effet de la puissance conservatrice des êtres qui fait paraître ces liquides à propos lorsqu'ils sont nécessaires et sans aucun contact irritant ni aucune excitation mécanique. — Un froid modéré engourdit les hibernants et détruit leur faculté de produire de la chaleur; mais un froid plus rigoureux les réveille, ranime la calorification pour un moment et les fait périr s'il se prolonge.

Le consensus, qui maintient la matière des êtres vivants dans ses combinaisons et] qui dirige l'ensemble par la subordination des parties, n'est pas contestable. La force qui préside à sa formation et à son accroissement ne l'est pas davantage. Donc, il y a une puissance formatrice et conservatrice de l'être dans son état de santé ; mais si elle révèle sa présence dans l'état physiologique, il est difficile qu'elle cesse d'agir au moment de la maladie; en tout cas, elle existe encore ailleurs que dans' la partie malade, par conséquent ceux qui la nient ne la peuvent mettre en doute que pour une partie limitée de l'organisme. Quelle erreur! Cette partie n'est-elle pas vivante, quoique malade; mais si elle est vivante, elle dépend du tôut, et la force générale de conservation existe chez elle comme dans toutes les autres parties du corps.

NovaSiv (pùffîç (YjTyj'p. « La nature {Traité de l'aliment) suffit seule aux animaux pour toutes les choses, elle sait elle-même ce qui leur est nécessaire, sans avoir besoin qu'on le lui enseigne et sans l'avoir appris de personne... Elle est le premier médecin des maladies, et ce n'est qu'en favorisant ses efforts que l'on obtient quelques succès. » Tel est, en quelques mots, le principe de toute la médecine pratique. C'est ce qu'Ambroise Paré a dit plus tard en d'autres termes non moins mémorables : « Je le pansay, Dieu te^uarit. »

En effet, Dieu ellânature sont les principes de toute guérison, et notre art n'a d'autre but que de favoriser, d'imiter ou de provoquer les opérations curatives naturelles.

La plupart des maladies sont susceptibles de guérir sans trai tement actif et par la seule influence de la nature. Voilà ce que le médecin doit savoir dès le début de sa carrière, afin de ne pas se faire d'illusions sur la portée de son art, et s'il veut en apprécier exactement les limites. Il évitera de cette manière le double écueil de la crédulité et du scepticisme, si préjudiciable aux perfectionnements de la science, si compromettant pour la dignité du médecin et si fâcheux pour la santé des malades.

Ceux qui sont très-pressés d'agir disent, comme Asclépiade, que cette doctrine n'est qu'une méditation sur la mort. Ce n'est là qu'un mot, créé par l'ignorance, auquel l'expérience et l'observation donnent le plus éclatant démenti. « Si le sage », dit Fr. Bérard(2), « faisait comparaître toutes les sectes devant son » tribunal et qu'il écoutât avec impartialité les raisons de chacune d'elles, et surtout leurs occupations K) réciproques, les médecins mystiques (croyant à la colère du ciel dans la production des maladies et » les abandonnant aux forces de la nature) auraient peut-être à se reprocher le plus de sottises, mais le )) moins de crimes; et si les malades étaient appelés comme témoins, ils s'élèveraient moins contre » eux que contre les autres. »

Comme l'a dit Bordeu : « La médecine a pour principe une vérité de fait bien consolante pour la plupart des malades, et qui est aussi fort utile aux médecins : c'est qu'il est incontestable que, sur

(1) Voyez E. Bouchut, Traité de pathologie générale et de séméio.ogic. 1 vol. in-8 de 1 J 00 pnges, p. 351.

(2) Doctrine de Montpellier, p. 205.

INTRODUCTION

dix maladies, il y en a les deux tiers au moins qui guérissent d'elles-mêmes et rentrent, par leurs progrès naturels, dans la classe des simples incommodités qui s'usent et se dissipent par les mouvements de la vie. »

Si l'homœopathie a trouvé des partisans dans le monde, c'est que la plupart des maladies guérissant par l'influence des seuls efforts de la nature, le malade, qui s'imagine prendre un remède, lorsqu'il ne boit que de l'eau claire décorée d'un nom pharmaceutique, attribue à ce remède illusoire et à la méthode elle-même une guérison dont l'honneur revient à la. nature. Si des médecins trop enthousiastes, et que je crois sincères, adoptent ce système, c'est que, trompés par le résultat et subjugués par le fait accompli, ils se hâtent de conclure de la guérison à l'efficacité du remède, sans connaître la marche naturelle du mal et sans se douter qu'un semblable succès eût couronné Yexpectalion. On l'a vu tout récemment. Un homœopathe annonçait très-pompeusement la guérison de la pneumonie aiguë en quatre et six jours par l'emploi de son système ; immédiatement M. Marotte soumit plusieurs cas de pneumonie aiguë, franche, chez des adultes, à Vexpectation déguisée par l'usage de potion d'eau de réglisse, et il obtint autant de guérisons tout aussi rapides et aussi concluantes en faveur de sa médication. — Mieux vaut s'abstenir que d'employer, hors de propos, des remèdes actifs et dangereux. — Il est préférable d'abandonner une maladie régulière à sa terminaison naturelle, si elle doit être heureuse, que de la compliquer par l'action de remèdes intempestifs. L'homœopathie n'a de succès dans le monde que par sa substitution aux médecins malavisés qui n'entendent pas Vindication et qui ne savent pas s'abstenir à propos. Elle échouera toujours, au contraire, là où il faut agir, et quand elle fait perdre ce moment opportun désigné par Hippocrate sous le nom ({'occasion. J'ai connu un homme, mort de hernie étranglée, avec coliques atroces, vomissements de matières bilieuses, pendant qu'on le traitait par l'homœopathie ; il n'eût pas succombé si, au lieu d'avaler un remède imaginaire destiné à calmer ses coliques et ses vomissements, il, avait eu près de lui un chirurgien assez instruit pour faire rentrer les viscères à leur place dans l'abdomen. L'homœopat-hie, qui n'est qu'une expectalion systématique déguisée, est aussi absurde comme système que les méthodes thérapeutiques qui empoisonnent les malades au moyen de remèdes trop réellement dangereux. Tout cela n'est pas la médecine, ni la thérapeutique. — Agir selon l'occasion en imitant les procédés de la nature, s'abstenir à propos et volontairement, d'une manière raisonnée, voilà le fait d'un médecin expérimenté qui connaît la marche naturelle des maladies.

Connaître la marche naturelle des maladies, savoir comment un mal doit finir lorsqu'il est abandonné aux seuls efforts de la nature, en considération de son espèce, de sa forme, de l'âge du sujet et des circonstances qui l'entourent : tout est là en médecine. Supposez ces connaissances dans l'esprit du médecin, et sa conduite est toute réglée ; il sait agir ou s'abstenir, selon l'indication, agir pour diriger le mal et le conduire dans une voie convenable', ou s'abstenir, au contraire, avec la certitude d'une guérison spontanée prochaine. — De cette manière, l'art n'est pas compromis par des tentatives absurdes ou hasardeuses, et, s'il intervient, c'est qu'il a des chances de succès. La thérapeutique est vraiment la science des indications, pour s'abstenir, ou agir en provoquant des réactions salutaires au moyen d'impressions curatives.

C'est qu'en effet la nature est le principe de toute guérison, et notre art ne consiste qu'à favoriser, à imiter ou à provoquer les opérations curatives naturelles.

Il ne faut cependant rien exagérer : ce serait une erreur de croire que cette action naturelle et réparatrice des désordres survenus dans le corps humain soit A'une puissance à contre-balancer l'effet des impressions morbifiques et à rétablir l'ordre dans les fonctions troublées. 11 n'en est pas ainsi. Trop confiants dans la force du principe et de la puissance médicatrice, ceux qui exagèrent son influence commettent une faute aussi grave que les sceptiques qui en rejettent l'existence. Ils en arrivent, comme Stahl, à rester dans une inaction dangereuse ou funeste, lorsque la gravité du mal et l'insuffisance des efforts médicamenteux nécessitent une intervention immédiate et active. Si l'admission de cette doctrine devait conduire à ce résultat, ce ne serait vraiment, comme l'a dit Asclépiade, qu'une méditation sur la mort. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut entendre l'action de la puissance médicatrice; la conception de cette idée n'implique pas le moins du monde celle de la guérison spontanée de toutes les maladies sans l'intervention de l'art. De ce que rien ne guérit sans l'influence bienfaisante de la nature, il ne s'ensuit pas qu'elle ait pour mission de rétablir toujours et partout l'ordre troublé par une maladie, ni qu'elle ait la force de se suffire à elle-même pour arriver à ce résultat. Non, c'est là une exagération condamnable de la doctrine. Assez puissante dans un grand nombre de cas pour amener, seule, la transition de la maladie à la santé, la nature a besoin d'aide et de direction dans ses efforts, et c'est à les découvrir

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