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a exnmiivé successivement les muscles de la vie individuelle et les muscles de la vie de relation. Les animaux , sujets de ces exriences , avaient été tués de trois manières différentes , et les individus humains étaient morts à la suite de diverses maladies. Dans les quadrupèdes mammifères , dont la mort générale avait été déterminée par celle du cerveau, les organes contractiles ont perdu leur faculté de se contracter par la pile galvanique, dans l'ordre suivant: le ventricule aorlique , le gros intestin, l'intestin gi'êle , l'estomac, les iris, le ventricule pulmonaire, les muscles locomoteurs, l'oreillette aortique, l'oreillette pulmonaire. Le système digestif des ruminans, si différent sous le rapport de sa forme et de ses fonctions , ne présente à l'action galvanique que des différences peu marquées. Ayant aussi examiné des oiseaux par le même moyen , IVysten s'assura que la contractilité s'éteignait à peu près dans le même ordre. — Les autres manières de produire la mort, surtout celle qui est occasionée par l'asphyxie au moyen de certains gaz délétères , introduisent des variétés importantes dans la durée de la contractilité, qu'elles diminuent sensiblement. Les asphyxies par l'hydrogène sulfuré, en général celles qui s'opèrent lentement , produisent ce résultat. Le contact de l'air fait perdre promptement la faculté contractile.
Les expériences tentées par le même médecin sur l'homme qui avait succombé à diverses maladies , ont produit quelques résultats asSsez intéressans. — La contractilité existe toujours une heure après la mort ; elle s'éteint d'abord dans les muscles droits , puis dans les pectoraux , enfin dans les membres. Les sujets morts à la suite de maladies aiguës conservent plus long-temps la sensibilité à l'action galvanique que ceux qui ont succombé à la suite de maladies chroniques. Parmi ces dernières, celles qui portent atteinte à la nutrition, telles que la plitljisie et le cancer de l'estomac, diminuent la faculté contractile plus que les autres , même que les hydrolhorax et les leucophlegmasies, etc.
On voit, d'après ce qui précède, que l'action galvanique exerce sur la contriactilité une influence analogue à l'influence nerveuse. Voilà pourquoi, si l'on excite les nerfs musculaires peu de temps après la mort, par le galvanisme , il agit alors sur les nerfs dans lesquels il existe encore quelque puissance, et produit d.es convulsions générales; mais lorsqu'après un laps
de temps plus considérable cette puissance est anéantie , il ne détermine plus que des contractions partielles.
Effets thérapeutiques de l'électricité.
§ I. Des divers modes d'électrisalion — Pour diriger l'électricité sur les corps vivans et en particulier sur le corps humain , on emploie trois modes principaux : i° la machine électrique ordinaire; a° la bouteille de Leyde; 5° l'appareil voltaïque. Ces procédés varient selon l'intensité qu'on veut donner à l'électrisation; suivant la partie qu'on se propose de s(mmettre à l'influence électrique, etc. Nous allons entrer dans quelques détails.
A. Èlectrisaiion par la machine électrique ordinaire; instrwmens nécessaires a cette opération. ■ — Il faut d'abord une macjiine électrique dont le plateau ait de vingt- quatre à trente-deux pouces de diamètre [voyez plus haut la description de cette machine); en second lieu un isoloir ou tabouret isolant , c'està-dire une table soutenue par quatre pieds de verre; cet isoloir est destiné à recevoir le malade assis sur une chaise ou sur un })anc ; des fils de laiton terminés à leurs extrémités par des crochets et des boules pour établir la communication entre le conducteur et le corps à électriser ; des excitateurs, c'est-à dire des figes de métal terminées soit par une pointe simple pu double adaptée , au moyen d'une vis , à l'une de ses extrémités : cette pointe peut être en bois, en bois vernis ou en métal, elle est destinée à soutirer ou à épancher l'électricité dune manière ]>resque insensible; soit par une boule plus ou moins volumineuse dont l'effet est de produire des étincelles ; l'autre extrémité de ces tiges est reçue dans un manche de verre pour isoler l'opérateur ; enfin des chaînes ou cordes, métalliques destinées à faire perdre l'électricité dans le réservoir commun, — Muni de ces divers instrumens on peut soumettre le malade à l'action électrique; on peut l'électriser de plusieurs manières par bains , par étincelles, par aigrettes, par commotion.
1° Du bain électrique. — On donne le nom de bain électrique à la simple communication établie entre un individu et le conducteur d'une machine électrique en mouvement , au moyen d'une tige métallique dont nous venons de parler, que cet individu soit isolé ou non.
2" Electrisation par étincelles. — L'individu commnnifjuant avec la machine électricpie, étant isolé et par conséquent chargé
d'une certaine quantité d'électricité, tend à s'en débarrasser sur les corps voisins; si l'on présente à quelques points de son corps un excitateur terminé en boule, non électrisé , et communiquant avec le sol au moyen d'une chaîne, l'électricité s'échappera sous la forme d'une étincelle. On peut encore verser l'électricité au lieu de la soutirer, en établissant une communication entre l'excitateur et le conducteur de la machine, et présentant cet excitateur au point du corps d'un homme non isolé.
S** Électrisation par pointes et aigrettes. — On soutire ou on verse le fluide électrique d'une manière beaucoup moins énergique que la précédente, au moyen des pointes dont nous avons parlé. Ce procédé ne diffère du précédent que par la forme des excitateurs. Si l'on opère la nuit on apperçoit une aigrette lumineuse Si on approche assez près du corps une pointe métallique, on sent dans la direction de la pointe comme un souffle léger.
On électrisé encore à travers la flanelle ou par frictions. On couvre d'une flanelle la partie à électriser, et l'on passe fort près de cette flanelle laboule d'un excitateur. On peut employer les deux procédés décrits, c'est-à-dire verser ou soutirer l'électricité.
On a dirigé sur des individus tantôt l'électricité vitrée, tantôt l'électricité résineuse, et les effets obtenus n'ont pas été sensiblement différens.
B. Électrisation par la bouteille de Leyde. — L'individu soumis à cette action doit toucher d'un côté, immédiatement ou par un corps conducteur, la boule de l'appareil, et de l'autre, la garniture extérieure; dès le moment que ce double contact a lieu, une commotion plus ou moins violente est produite, plusieurs personnes se tenant par la main peuvent la ressentir.
C. Électrisation par la pile voltalque. — Un individu saisit les deux conducteurs qui communiquent avec les deux pôles de la pile. Il est, de la sorte, soumis à une série de commotions qui se renouvellent rapidement et pour ainsi dire sans interruption. C'est cette continuité qui différencie les deux derniers modes d'électrisation, d'ailleurs si analogues.
§ II. Effets des divers modes d'électrisation. — Les effets de ces divers modes d'électrisation sont loin d'être les mêmes. Dans le bain électrique , lorsque l'individu n'est pas isolé, l'effet est presque nul, l'électricité passe rapidement dans le réservoir commun. Lorsqu'il est isolé, la circulation et k pcrspiration se
trouvent accélérées, ce qui néanmoins n'est pas constant. Ses cheveux, ses poils, ceux de ses vêtemens, enfin toutes les aspérités se redressent. L'électricité se répandant à la surface des corps, par la vertu répulsive que nous avons exposée, étant retenue par l'air qui est un mauvais conducteur, c'est par la peau, c'est par les nerfs qui s'y distribuent, que l'électricité agit sur le reste de l'organisme; il est vraisemblable que son influence s'exerce d'abord sur l'encéphale, et par suite, de cet organe sur tous ceux de l'économie. Si la circulation et la perspii-ation sont augmentées, il est nécessaire que les autres fonctions organiques se mettent en rapport. Ainsi la respiration sera plus accélérée, les sécrétions et les excrétions plus abondantes et plus fréquentes? quant à l'agitation, aux céphalalgies, aux insomnies observées chez quelques personnes, on conçoit qu'elles sont une conséquence naturelle de l'augmentation d'activité dans les fondions organiques. On a cependant proposé l'électricité pour favoriser le sommeil. Les pliénomènes que nous venons d'énumérer ne sont pas constans; ils varient suivant la constitution individuelle, et suivanr'l'intensité de la cause excitante.
Dans l'électrisation par étincelles, l'individu soumis à l'expérience éprouve, au moment de l'étincelle, une sensation pongitive, soit qu'on verse l'électricité avec un excitateur sar-électi'isé, soit qu'on soutire cette électricité avec un excitateur communiquant avec le réservoir commun. Si l'on réitère l'étincelle, il se manifeste de la rougeur, du gonflement; j'ai même vu des escarres survenir sur le trajet parcouru par l'excitateur. Si l'étincelle est forte , les muscles sous-jasens entrent en contraction. Les effets sont proportionnés à la force de l'étincelle; l'étincelle souvent répétée qu'on obtient en approchant l'excitateur du malade, ne produit qu'un résultat moins énergique. D'après ces données, on pourra augmenter ou diminuer à volonté la force de l'électrisation.
Si l'on électrise au moyen des pointes , l'effet varie selon que la pointe est plus ou moins acérée, selon qu'elle est en métal ou en bois simple, ou enduit de gomme laque. Si la pointe est métallique et très-acérée, la tension électrique tombe avec la plus grande facilité et même de fort loin, sans effet lumineux, si l'on opère dans le jour. Un souffle léger se fait sentir vers la pointe, d'une manière continue, si on rapj)rochc du malade. On sent une espèce de picotement ou de crrpilalion si la pointe est
mousse; enfin si la pointe est en bois et surtout vernie en gomme laque , qui est un mauvais conducteur, l'effet est plus prononcé; le picotement est plus fort, mais moins suivi. Le peu d'action des pointes les a fait choisir pour verser l'électricité sur des parties très-sensibles, telles que les yeux , les oreilles, etc. , ou pour l'en soutirer.
L'clectrisation à travers la flanelle produit la sensation d'un picotement, d'un fourmillement particulier, proportionnée au volume de la boule et à la distance où elle se trouve de la surface électrisée. Toutes choses égales d'ailleurs, l'effet est plus ])rononcé lorsque l'excitateur est un peu éloigné de cette surface. Ce moyen développe dans la partie électrisée une douce chaleur.
L'électrisation au moyen de la bouteille de Leyde ne se fait })as toujours sans danger. Il est fort heureux qu'au moyen de l'électromètre de Lane, on puisse en mesurer les effets avec une précision mathématique. Toutefois on peut obtenir par ce moyen des effets très-violens. Tous les résultats de l'électricité , depuis la plus simple stimulation jusqu'à l'excitation la plus extraordinaire, peuvent être obtenus par la décharge de cet appareil. Il est prudent de ne commencer que par de faibles commotions ; ce qu'on obtiendra facilement , en ne chargeant la bouteille qu'a un faible degré. On sera maître de produire des commotions graduellement plus fortes , en la chargeant d'un plus ou moins grand nombre de degrés.
Entre l'électrisation par le voltaïsme et la précédente, il n'y a de différence que dans la continuité de l'action. On obtient des effets plus ou moins énergiques , selon que la pile est composée d'un plus grand nombre de plaques, et suivant les surfaces de ces plaques. La rapidité des contractions musculaires déterminées par ce moyen, font tomber les organes dans un prompt et profond collapsus. Il est important de ne pas trop prolonger la durée de chaque application.
Des indications thérapeutiques que l'électricité pourrait remplir. — Un agent qui produisait des effets aussi extraordinaires dut faire concevoir d'abord les plus hautes espérances, et peu s'en fallut qu'on ne s'imaginât en effet qu'on pourrait , à son aide , évoquer les morts du tombeau. Comme presque tous les moyens thérapeutiques, l'électricité devint une panacée, excita l'enthousiasme universel , et comme eux tous retomba dans un
profond oubli , n'ayant mérité ni l'un ni l'autre. Si les espérances qu'on avait conçues ne furent pas réalisées, il faut le dire, ce fut bien plutôt la faute de ceux qui employèrent ce moyeu que celle de sa véritable inefficacité. Malgré les éloges donnés aux expériences de Mauduyt , il suffît de voir la manière dont les maladies ont été caractérisées, pour s'assurer qu'il était impossible d'en retirer aucun fruit. Prenons pour exemples les /3alalyxies. Cinquante- un paralytiques furent soumis au traitement électrique. Quoi I cinquante- un paralytiques? mais étaient-ce des paralysies dépendantes d'une hémorrhagie cérébrale? mais alors la résolution s'opère d'elle-même dans la plupart des cas; étaient-ce des ramoUissemens de cerveau, des cancers, des tubercules , des acéphalocystes, des tumeurs osseuses, des tumeurs de la dure-mère, des oblitérations des vaisseaux, des altérations locales des nerfs, etc.? car la paralysie est un symptôme de toutes ces maladies et de bien d'autres ; alors que pouvait l'électricité ? N'était -il pas essentiel de déterminer d'une manière plus précise la nature de la maladie qu'on avait à combattre, et n'est-ce pas là une nouvelle et irrésistible preuve que toute la thérapeutique repose dans le diagnostic? Ne nous étonnons donc pas si ce moyen, administré avec si peu de discernement n'a produit que des résultais erronés. Nous nous dispenserons d'exposer les effets produits par l'électricité chez ces cinquante - un malades : ces effets me paraissent devoir être attribués à la nature de leur maladie; c'està-dire que ceux dont la paralysie dépendait d'un épanchement peu considérable , ou ont guéri, ou ont éprouvé du soulagement , chose qui arrive par le seul travail de la nature , sans le secours de l'électricité ou de quelque moyen que ce soit; que ceux dont la paralysie était la suite de toute autre lésion organique , n'ont éprouvé aucun soulagement. Ce n'est cependant pas une raison pour proscrire entièrement ce moyen; nous voulons seulement dire qu'on doit préciser les cas où l'on peut espérer d'en retirer quelque avantage; et sans sortir des paralysies, nous pensons que celles qui reconnaissent pour cause quelques exhalaisons métalliques peuvent être traitées avec succès par cet agent , quelques amauroses produites par une lumière trop vive, par l'usage des stupéfians ; quelques surdités analogues, etc., seront dans le même cas. \
L'électricité exerçant directement son action sur les tiTstcmes
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nerveux et musculaires, il est raisonnable de penser que les maladies qui frappent ces organes peuvent surtout recevoir do son usage des modificalions avantageuses. Ce fut sans doute ce qui fit administrer ce moyen dans les cas de paralysie. La paralysie étant regardée alors, ainsi qu'elle l'a été jusqu'à ces derniers temps, comme une affection essentielle des nerfs, indépendante de toute altération locale. Malheureusement les maladies nerveuses sont encore couvertes d'un voile épais : car toutes les fois qu'on ne connaît pas l'altération organique qui occasione une certaine série de symptômes, on doit considérer la maladie comme très-imj)arfattement connue , et les moyens curalifs que l'on emploie dans ces cas ne sont plus dirigés que sur les chances d'un vain hasard. V hystérie, l'épilepsic , la danse de Saint-Guy ^ une multitude de spasmes ^ la catalepsie^ etc., sont dans ce cas. Qui sait si les phénomènes qui caractérisent l'épilepsie, par exemple, dépendent toujours de la même altération; et qui peut assurer que le même moyen thérapeutique convienne dans tous les cas, et quelle que soit la nature de la cause prochaine ou éloignée de la maladie ? Si cette incertitude règne sur les affections nerveuses, c'est-à-dire sur les affections pour lesquelles l'électricité pai-aîtrait surtout devoir être utile, que ne sera-ce pas des autres maladies pour lesquelles on l'a proposée. Nous croyons cependant que , lorsqu'on a épuisé pour ces affections tout ce que la pathologie générale indique de rationel, c'est à-dire lorsqu'on a combattu vainement la cause de la maladie, qu'on a prescrit les moyens indiqués par l'âge, la constitution du sujet, les maladies antécédentes, qu'on a rempli inutilement les indications fournies par la suppression des menstrues, des lochies, d'une hémorrhagie, d'un écoulement, par la rétrocession d'un exanthème, la guérison d'un ulcère, etc., on peut avoir recours alors aux moyens empiriques parmi lesquels l'électricité tient le premier rang. Une maladie pour laquelle l'électricité a été employée avec succès, quoique rarement, c'est l'asphyxie, puisqu'au moyen de l'appareil vollaïque on est parvenu à faire exécuter à des cadavres des mouvemens respiratoires, n'est-il pas raisonnable de croiie qu'on pourra les déterminer avec avantage chez les asphyxiés? Malheureusement ces individus sont peu susceptibles d'excitation électrique. C'est surtout dans l'asphyxie produite par la foudre que l'électrisalion a été avantageuse.
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Quelques rlmrnallsmes ont été soumis au traitement électrique, mais sans succès bien prononcé. Quelque soulagement a été obtenu par des arthritiques, mais c'est principalement lorsque la maladie reconnaissait pour cause la suppression de la transpiration, laquelle, comme nous l'avons vu, est facilement rappelée par ce moyen, et lorsqu'elle était récente. Quant aux prétendus laits épanchés , nous ne concevons pas ce que les auteurs ont voulu dire, et cette affection est justement rayée du cadre nosologique.
Les surdités accidentelles sont les maladies qu'on a traitées avec le plus d'avantage par l'électricité. Dans presque tous les cas on a obtenu une guérison complète ou un soulagement marqué. Mais la surdité est elle-même le résultat d'un nombre trop grand d'altérations, ainsi qu'il résulte des recLerclies de M. le docteur Itard, pour que ce moyen soit applicable dans tous les cas. L'électricité n'a pas été aussi efficace dans l'amaurose ; mais dans l'amennorrhée elle a presque toujours rappelé l'écoulement supprimé. Dans les affections caractérisées par défaut de ton, telles que les scrofules, l'électricité, agissant à la manière des stimulans, paraît avoir réussi quelquefois. On pourra donc , lorsque tous les autres moyens auront échoué, l'administrer dans les engorgemens glanduleux du col, du mésentère, dans les tumeurs blanches des articulations , etc. , etc. Mais la longueur du traitement, les difficultés que présente son exécution, seront toujours des obstacles qui s'opposeront à son usage. (rostan.)
GANGLIFORME, adj., g'«/?g-///b77«iV, qui a la forme, l'apparence d'un ganglion. Sœmmering a désigné par cette expression le cercle ciliaire, dans lequel il a vu une suite de renflemens formés par les nerfs du même nom. Quelques anatomistes ont appelé les ganglions nerveux /îfcxu* gangliforines. (a. b.)
GANGLION, s. m. , g^««^/io«, du mot grec yxyyxlov , par lequel Hippocrate désignait, comme on le fait encore aujourd'hui, les petites tumeurs synoviales qui se développent dans le voisinage des tendons. En anatomie, on appelle ganglions de petits organes d'une figure arrondie, qui interrompent la con ■ tinuité des nerfs, et sont composés de fdets nerveux et d'une substance propre. Galien leur a le premier appliqué ce nom , dont quelques auteurs modernes ont singulièrement étendu le sens, en rangeant parmi les ganglions piesque toutes les parties
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du centre nerveux de l'homme et des animaux vertébrés, ainsi que les renflemens nerveux des animaux invertébrés. Les glandes lymphatiques ont été comparées par Sœmmering aux ganglions des nerfs, et M. Chaussier leur a donné positivement le nom de ganglions lymphatiques. On appelle encore ganglions vascuculaires sanguins les organes tels que la rate, le thymus, les capsules surrénales , formés principalement par une réunion de vaisseaux sanguins et lymphatiques, et rangés à tort parmi les glandes. (a. béclard. )
GANGLION, s. m., ganglion , yayyxUv. On donne ce nom, en chirurgie, à des tumeurs enkystées, qui se développent sur le trajet des tendons ou des aponévroses, et au voisinage des articulations. Les ganglions se présentent ordinairement sous la forme de tumeurs arrondies , légèrement déprimées , plus ou moins mobiles, élastiques, indolentes ou peu douloureuses, sans changement de couleur à la peau, et dont le volume varie depuis celui d'une noisette jusqu'à celui d'un oeuf : rarement acquièrent-ils un volume plus considérable. Ces tumeurs peuvent se montrer au voisinage de presque tous les tendons ; on les rencontre le plus souvent sur le dos de la main et au poignet : on les observe aussi sur la face dorsale du pied , principalement sur le tendon du muscle long extenseur du gros orteil , au devant de la rotule, au jarret, en dehors et en dedans des tubérosités du tibia. J'en ai vu aussi derrière le coude , au niveau de l'olécrâne ; sur l'épaule au-dessus de l'acromion ; à la fesse , sur la tubérosité de l'ischion; et à la cuisse, en dehors du grand trochanter.
Le plus ordinairement les ganglions paraissent sans cause connue ; d'autres fois ils se développent à la suite de coups, de pressions prolongées ou d'exercice forcé. Ceux qui se manifestent au devant de la rotule sont plus fréquens chez les personnes qui appuient souvent leurs genoux contre le sol. J'ai opéré l'année dernière, sur une dame très-pieuse, deux semblables tumeurs ; celle qui couvrait la rotule droite avait acquis un tel volume , qu'elle empêchait presque complètement la génuflexion. S. Cooper a observé qu'elles ne sont pas rares en Angleterre, chez les domestiques qui se tiennent à genoux pour frotter les appartemens. Les ganglions de la face dorsale du pied dépendent presque toujours de la pression des chaussures, ou d'efforts que )rs malades ont faits pour mettre des bottes trop étroites. Leur
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développement se fait ordinairement d'une manière lente ; quelquefois il a lieu très-rapidement. Un jeune homme d'une vigoureuse complexion était, depuis un an, sujet à des douleurs qui paraissaient de nature rhumatismale. Il éprouva tout à coup et sans cause connue , de violens élancemens au devant de la roJule droite ; bientôt il se développa sur la même partie une tumeur qui, en trente-six heures, avait acquis le volume d'un gros œuf, et présentait tous les caractères appartenant aux ganglions. Une incision pratiquée sur sa partie moyenne donna issue à un demi-verre de sérosité sanguinolente, et nous permit de constater que ce liquide s'était épanché dans la capsule membraneuse qu'on trouve fréquemment entre la face antérieure de la rotule et les tégumens. La suppuration s'établit dans cette membrane , dont l'intérieur paraissait rouge et enflammé. Des adhérences s'établirent entre ses parois • et le malade , parfaitement guéri, sortit de l'hôpital Saint-Louis, quinze jours après son entrée. L'inflammation de la membrane synoviale et l'exhalation de la lymphe sanguinolente, lors de la formation de ce ganglion, me paraissent devoir être regardées comme essentiellement critiques.
Les ganglions dépendent de l'accumulation de la synovie d.ins les gaines membraneuses qui enveloppent les tendons ou les aponévroses, et facilitent leurs glissemens; ce sont de véritables bydropisies des membranes synoviales non articulaires.
Les parois des ganglions sont ordinairement fort minces , demi -transparentes et parsemées de vaisseaux sanguins capillaires. Rarement acquièrent-elles l'épaisseur qu'on observe dans beaucoup de kystes séreux avec lesquels il ne faut pas les confondre. Le liquide qu'elles renferment est communément diaphane , albumineux, semblable à. du blanc d'œuf, et de consistance variable. Quelquefois c'est une gelée rougeâtre, épaisse , qui ne s'écoule qu'avec difficulté, ou bien une humeur séreuse fort limpide. Il n'est pas rare de trouver au milieu de ce liquide une plus ou moins grande quantité de corps étrangers qui flottent librement, et paraissent être de véritables concrétions fibro-cartilagineuses , dont le mode de développement est peu connu. M. Bosc a constaté que ces corps n'étaient point de^ entozoaires, ainsi qu'on aurait pu le penser. Ils sont blancs, élastiques, d'apparence fibro-cartilagineuse ; les uns sont aplatis, les autres arrondis ou oblongs ; ils varient, pour le volume,
depuis celui d'un grain de clienevis jusqu'à celui de grosses lentilles. Rarement sont- ils plus gros. J'en ai trouvé soixante-deux dans un ganglion de la paume de la main; plusieurs centaines dans une autre tumeur de même nature, développée entre le grand trochanter et le tendon du grand fessier , et plusieurs milliers dans une semblable tumeur, du volume de la tête d'un fœtus, qui s'était manifestée fort lentement entre la tubérosité de l'ischion et le bord inférieur du muscle grand fessier.
On reconnaît facilement les ganglions à la position qu'ils occupent sur les diverses parties que j'ai indiquées; à la forme, à la résistance, à la couleur, à l'indolence, à la mobilité plus ou moins manifeste de la tumeur. Lorsque la maladie a son siège dans la membrane synoviale commune qui entoure les tendons des muscles fléchisseurs des doigts, la tumeur descend dans la paume de la main d'une part, et de l'autre remonte sur l'avant-bras , au-dessus du ligament annulaire antérieur du carpe. Elle parait réellement double, ou formée de deux tumeurs séparées par un étranglement au niveau du ligament annulaire. Si l'on comprime la tumeur supérieure, elle s'affaisse sensiblement, et celle de la paume de la main devient plus volumineuse et plus tendue. En appuyant sur celle dernière, un phénomène inverse se manifeste ; on sent distinctement de la fluctuation , et si le kyste renferme des corps étrangers, la main éprouveun bruissement particulier , dû au passage de ces corps à travers l'ouverture étroite de communication des deux parties de la tumeur. On a comparé ce bruissement à celui que produiraient des chaînons ou les pignons d'une roue d'engrenage.
Quelquefois les ganglions se forment dans la membrane synoviale qui entoure les tendons des muscles fléchisseurs des doigts, au niveau des phalanges. On voit, dans ce cas, le doigt malade se gonfler insensiblement à sa partie antérieure, prendre la forme d'un fuseau, et la tumeur, à laquelle la partie postérieure du doigt reste totalement étrangère, s'étend plus ou moins loin dans la paume de la main. La fluctuation se fait sentir à travers la gaine fibreuse qui est manifestement dilatée. La maladie est peu douloureuse , et se développe ordinairement à la suite d'une extension forcée des doigts , dont elle empêche la flexion quand elle a acquis un certain développement.
Il faut se donner de garde de confondre les ganglions avec certaines tumeurs que j'ai eu plusieurs fois occasion d'obser-
ver au voisinage des articulations. Elles dépendent de l'accumulation de la s3/novie dans une poche herniaire , que forme la membrane synoviale articulaire en s'échappant à travers un écartement des ligaraens de l'articulation. J'ai disséqué une tumeur de cette nature sur la face dorsale du carpe d'une femme âgée; elle avait le volume d'une noisette, et présentait les caractères d'un ganglion ; seulement, elle disparaissait entièrement parla pression : caractère qui suffisait pour faire reconnaître la maladie. L'ouverture de communication entre la poche extérieure et la membrane synoviale des articulations carpiennes était fort étroite. J'ai vu un autre cas de ce genre de maladie, placé en dehors du genou d'un homme adulte. La tumeur disparaissait par la pression , et le liquide qu'elle renfermait me parut contenu dans le prolongement de la capsule synoviale du genou qui accompagne le tendon du muscle poplité. Dernièrement encore , un malade se présenta à la consultation de l'hôpital Saint-Louis , pour une tumeur qu'il portait au poignet, précisément derrière l'articulation radio-cubitale inférieure. Cette tumeur avait le volume d'une noisette, présentait les caractères d'un ganglion ; seulement en la comprimant elle disparaissait presque complètement , et on pouvait alors constater qu'elle dépendait de la membrane synoviale de l'articulation; elle s'était développée rapidement à la suite d'une entorse du psignet. Des applications répétées de sangsues , les émolliens et le repos ont suffi pour la faire disparaître.
Nous avons vu que les ganglions se développent ordinairement d'une manière lente. Tant qu'ils n'ont point acquis beaucoup de volume, ils ne causent guère que de la difformité et une gêne légère dans les mouvemeris. Quand ils ont leur siège au pied , continuellement irrités par la chaussure , ils sont bien plus incommodes. S'ils deviennent volumineux , ils produisent quelquefois des douleurs plus ou moins vives , et s'opposent bien davantage aux mouveinens de la partie malade. Ces derniers inconvéniens se manifestent d'une manière remarquable dans les ganglions qui s'étendent à la paume de la main, et s'opposent à la flexion des doigts.
Les ganglions peuvent rester stationnaires pendant un grand
nombre d'années. J'ai vu des malades qui en portaient depuis
vingt et même trente ans, sans que, pendant ce long espace de
temps, ils aient aperçu aucun changement dans les carRCtè-'
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rcs (le la tumeur. Dans quelques cas rares, les ganglions guérissent spontanément.
On a eu recours à diverses méthodes de traitement pour guérir les ganglions ; on a quelquefois employé avec succès les applications résolutives, telles que les dissolutions d'acétate de plomb, de sulfate de zinc, les décoctions de tan, de noix de galle, etc. En Angleterre, on emploie fréquemment l'huile d'origan. S. Cooper assure avoir vu souvent des ganglions , même fort gros , diminuer de volume par l'emploi de ce médicament; mais aussi il avoue que rarement il produit la cure radicale, et que presque toujours la tumeur reprend son volume dès qu'on en cesse l'application.
Quand les ganglions occupent la membrane synoviale qui entoure les tendons des fléchisseurs des doigts , on peut avoir recours aux manuluves alcalins , aux frictions mercurielles et à une légère compression, exercée avec une petite bande. Ces divers moyens m'ont parfaitement réussi chez un de mes confrères qui portait depuis plus d'un an une semblable tumeur , pour laquelle on avait inutilement mis en usage diverses méthodes de traitement.
La compression a été employée dans le traitement des ganglions ; tantôt on a recommandé aux malades de comprimer tous les jours leur tumeur avec le pouce ; tantôt on a exercé une compression permanente sur la tumeur, au moyen d'une plaque de plomb soutenue par une pelotte et un bandage circulaire. Ces procédés ont réussi dans quelques cas , soit seuls , soit combinés avec les frictions aromatiques ou mercurielles. On peut les employer pendant quelque temps sans inconvénient, en faisant attention néanmoins à ce qu'ils ne produisent point l'inflammation de la tumeur , car on a des observations qui prouvent que des ganglions irrités ont dégénéré en des tumeurs fongueuses de mauvais caractère.
La compression forte et instantanée de la tumeur, pour opérer la rupture du kyste, constitue une autre méthode de traitement. Pour l'employer, on place la partie malade sur une table; on applique sur la tumeur la pelotte d'un cachet garni ou une pièce de monnaie enfermée dans un mouchoir , et on exerce dessus une vigoureuse pression avec tout le poids de son corps. On entend un craquement particulier, dû à la rupture du kyste; 1.1 tumeur s'affaisse tout à coup; le liquide qu'elle renfermait
s'épanche dans le tissu cellulaire voisin , est absorbé ; les parois de la poche s'enflamment, contractent des adhérences, et la maladie est ordinairement guérie radicalement en peu de temps. L'année passée, j'ai rompu de la sorte un ganglion du volume d'un petit œuf , qu'un homme de l'hôpital Saint-Louis portait sur la partie inférieure de la face dorsale de l'avant-bras. Des applications résolutives furent faites sur l'endroit affecté, et la guérison ét.iit complète le troisième jour. J'ai vu quelquefois des ganglions qu'on avait rompus, se reproduire deux ou trois fois, et nécessiter de nouvelles pressions.
On a aussi proposé de passer un séton à travers les ganglions, pour évacuer le liquide qu'ils renferment, et déterminer l'inflammation et l'adhérence de leurs parois ; cette méthode n'est point sans danger. On trouve, dans le Journal de Médecine, un cas dans lequel une tumeur cancéreuse s'est développée à la suite de l'irritation produite dans un ganglion par le passage d'un séton.
Si les ganglions ont résisté aux diverses méthodes de traitement que je viens de faire connaître , et s'ils deviennent douloureux ou fort incommodes, en gênant les fonctions de la parti»; qui en est le siège , il faut en faire l'extraction , si on juge la chose possible. Pour cela , on fait sur la tumeur une incision longitudinale ou cruciale, suivant son volume; on dissèque exactement le kysie en séparant les adhérences celluleuses qu'il contracte avec les parties voisines, et on en fait l'extirpation. Il faut, pendant l'opération, éviter de crever le kyste, parce qu'alors l'humeur gluante qu'il renferme s'échappe subitement , ses parois s'affaissent, et sa dissection devient beaucoup plus longue et plus difficile.
L'opération achevée, si le ganglion est peu volumineux, on réunit la plaie avec un emplâtre agglutinatif , et on la panse simplement avec de la charpie et quelques compresses qu'on soutient par un bandage contentif. On obtient ainsi sa réunion par première intention. Quand la tumeur est fort volumineuse, et que sa dissection a été longue et pénible, il est préférable de remplir le fond de la plaie avec de la charpie mollette, de ne point réunir immédiatement la plaie, et d'obtenir la cicatrisation par adhésion secondaire, après la suppuration des parties incisées. J'ai vu plusieurs fois en effet, dans des cas semblables où l'on avait réuni immédiatement la j)Iaic, la cica-
trisation primitive ne point se faire, le sang retenu dans la plaie se décomposer ; celle -ci prendre un mauvais aspect, les parties voisines se gonfler , devenir le siège d'un érysipèle douloureux , et des symptômes fâcheux se manifester.
Lorsque le ganglion s'est ouvert de lui-même après une inflammation de ses parois, ou qu'il est ulcéré , ce qui est fort rare, on doit circonscrire la tumeur par deux incisions elliptiques, et enlever la peau et les parties voisines dont la texture est altérée. Il faut faire attention de ne laisser subsister aucune portion du kyste , car il pourrait devenir le siège d'une excroissance de nature fongueuse qui s'oposerait à la guérison.
Les ganglions qui ont leur siège à la paume de la main et renferment des corps étrangers, ne doivent être opérés que dans les cas où leur présence est tellement incommode qu'ils empêchent le malade de se servir de cette partie. Les accidens qui suivent fréquemment l'incision de ces tumeurs , doivent rendre ce précepte de rigueur. En effet, soit qu'on les ouvre simplement à la paume de la main ou au devant du poignet , soit qti'on les incise à la fois à leurs deux extrémités, presque constamment il se manifeste des accidens formidables, les parties se gonflent et deviennent fort douloureuses ; la plaie se boursoufle , et fournit une suppuration jaunâtre, ichoreuse; des symptômes fébriles de mauvais caractère se développent, et quelquefois les malades succombent à une opération qui paraissait d'abord fort simple , et devoir être exempte de danger. J'ai vu deux fois la mort suivre l'incision de semblables tumeurs, bien qu'on ait employé, pour combattre les accidens, les moyens les mieux indiqués. M. le docteur Cruveilhier rapporte des cas analogues dans son Traité cV Anatoinie pathologique. D'autres fois les malades perdent en grande partie les mouvemens des doigts, et, après avoir couru les plus 'grands dangers, restent estropiés.
Cependant les suites de l'opération ne sont pas toujours aussi fâcheuses. On trouve dans les observations de Warner deux cas où ce chirurgien tenta d'extirper deux ganglions considérables qui s'jtaient développés au poignet, et adhéraient aux tendons des doigts. Dans l'opération , il fut obligé de couper le ligament transverse du carpe , et cependant les malades , qui auparavant ne pouvaient fermer le poignet ni fléchir les doigts, recouvrèrent complètement l'usage de ces parties.
M. Goocb. rapporte un cas du même genre, dans lequel la ma-
latUe avait paru après une forte contusion reçue trois ou quatre ans auparavant, La tumeur s'étendait du poignet à la paume de la main, et causait beaucoup de douleur. Ce chirurgien l'incisa, et rendit à la main et aux doigts les mouvemens qu'ils avaient perdus , en employant les applications émollientes et une compression méthodique, exercée par une machine construite dans ce but.
On trouve encore dans les auteurs quelques exemples de réussite de l'opération, et moi-même j'ai été témoin de plusieurs cas dans lesquels l'issue a été heureuse.
On a aussi conseillé pour guérir les ganglions , d'évacuer le liquide qu'ils contiennent au moyen d'un trois-quart, et de se servir de la canule de cet instrument , pour introduire dans leur cavité un liquide iriitant , capable de déterminer leur inflammation et consécutivement leur adhésion. Ce procédé n'est point usité : il en est de même de l'application réitérée de vésicatoires camphrés sur la tumeur, que quelques chirurgiens ont proposée, dans la vue de produire son inflammation et l'absorption du liquide glaireux qu'elle renferme. (j. cloquet.)
GANGLIONNAIRE, adj., qui appartient , qui a rapport aux ganglions. (a. b.)
GANGRENE, s. i.,gangrœna^ 'ycl']ypcitvu, de yp^; je dévore. Nous diviserons cet article en deux parties : dans la première , nous traiterons de la gangrène considérée en général; dans la seconde , nous exposerons l'histoire particulière de plusieurs espèces de gangi'ènes.
De la gajigrènc considérée en général. — Nous définissons la gangrène, avec la plupart des pathologistes modernes, l'extinction totale de la vie dans une partie molle, avec conservation de l'existence dans le reste du corps. On nomme nécrose le même état dans les os. Nous n'ignorons pas que Galien , Paul d'^Egine , Fabrice de Hilden, Paré, Boerhaave, Van Swieten et quelques médecins de notre temps considèrent la gangrène comme une maladie, comme un état intermédiaire entre l'inflammation qui est sur le point de produire la cessation de tous les mouvemens organiques et la mortification elle-même; mais nous n'admettrons point celte acception du mot gangrène, parce que la mort d'une partie peut résulter de plusieurs causes différentes de l'inflammation , ainsi que de plusieurs conditions de l'inflammation, et qu'il faudrait créer plusieurs mois pour désigner l'étal des
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parties qui seraient sur le point de perdre la vie par l'action de chacune de ces causes. Nous ferons remarquer que parmi les auteurs qui ont considéré la gangrène comme une maladie, il en est qui sont tombés dans une étrange contradiction avec euxmêmes , car après avoir avancé que cette affection est queUpiefois curable, ils disent, en parlant de son pronostic, «qu'elle est toujours grave, puisque les parties qu'elle envahit doivent constamment se séparer du reste du corps. » Hébréard , dans son très-beau Mémoire sur la gangrène, distingue avec raison l'état des parties qui en sont affectées, de celui des parties qui en sont menacées; il la définit «l'extinction de la vie dans une partie, et réaction de la puissance conservatrice dans les parties contiguës et les fonctions générales. » Nous ne pouvons cependant admettre d'une manière absolue cette définition , parce que, dans des cas malheureusement trop fréquens, cette réaction conservatrice n'a aucune tendance à s'établir, et que la mortification fait des progrès JTisqu'à ce que les malades succombent. Les pathologistes qui définissent la gangrène une tendance prochaine à la mortification , nomment sphacèle la mortification complète. Pour nous , les mots de gangrène et de sphacèle indiquent la même nature d'altération organique et vitale; ces expressions peuvent, sous ce rapport, être employées comme synonymes; nous ferons seulement remarquer que l'on emploie plus particulièrement le mot sphacèle dans le cas de gangrène profonde d'un membre, ou lorsque la gangrène occupe la totalité ou la plus grande partie d'un viscère.
Les parties molles privées de la vie rentrent sous l'empire des lois de la physique et des affinités chimiques. Elles perdent leur température naturelle, et ne tardent pas à éprouver un mouvement intérieur de décomposition qui change leur couleur , leur consistance, et produit un dégagement plus ou moins abondant de gaz fétides : en un mot, la putréfaction s'en empare. La putréfaction est donc une des suites de la gangrène; mais elle ne doit pas être confondue avec elle : la gangrène peut exister assez longtemps avant le développement de la putréfaction , quand les parties privées de la vie sont dépourvues de fluides, quand elles sont soustraites complètement au contact de l'air, lorsqu'elles sont congelées, etc.; d'autres fois, l'instant de l'invasion de la pouriture peut à peine être distingué de celui de l'invasion de la gangrène : c'est ce qu'on observe dans les cas où celle-ci est produite
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par une cause septique, lorsque la partie affectée est abreuvée d'une grand quantité de fluides putrescibles, et qu'en même temps la chaleur réunie à l'humidité de l'atmosphère favorise le développement et les progrès de la fermentation putride.
La putréfaction d'une partie est le signe le plus certain de sa mort ou de sa gangrène, mais ce n'est pas seulement sous ce point de vue qu'elle doit fixer l'attention des praticiens : pourrait-on en effet, sans de graves inconvéniens, ne pas tenir compte des dangers résultant de l'exhalation continuelle des gaz putrides qui forment une atmosphère infecte et quelquefois contagieuse' autour des malades; pourrait-on aussi considérer comme innocent le contact prolongé des liquides et des solides putréfiés avec des parties encore vivantes.
La vie parait quelquefois complètement éteinte dans une partie, et cependant elle y existe encore, l'exercice des actions organiques n'y est que suspendu. Cet état, très-dangereux et trèsvoisin de la gangrène, doit en être soigneusement distingué, parce que la partie qui en est affectée peut revenir à son état naturel. La plupart des pathologistes mordernes lui donnent, avec raison, le nom à^ asphyxie locale; on l'a aussi nommée stupeur complet". On l'observe fréquemment à la suite des fortes commotions, des contusions violentes, de la ligature ou de la compression des gros troncs vasculaires, de l'action intense du froid. Dans ces circonstances , tant que la putréfaction n'est point survenue , on peut encore conserver l'espoir de conserver les parties affectées.
Causes de la gangrène. — Le professeur Boyer range toutes les gangrènes, considérées sous le rapport de leurs causes, en deux classes : les gangrènes de cause externe , les gangrènes de cause interne. Hébréard les rapporte à quatre ordres: 1° gangrènes succédant aux diverses phlegmasies ; 2° gangrènes par l'action des délétères; 3° gangrènes par interruption de communication des parties avec les organes centraux; 4" gangrènes anomales, qui ne peuvent être rapportées à un des trois ordres précédens. Nous adoptons dans nos cours une classification en partie empruntée de la précédente : ainsi nous admettons comme causes de gangrènes, 1° les lésions mécaniques ou chimiques qui désorganisent immédiatement nos parties; a** les lésions mécaniques qui occasionent instantanément une stupeur profonde ; 3** les inflammations très-violentes de cause etxerne, et l'emploi intem-
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pestif des réfrigérens et des narcotiques dans leur traitement; /J" les inflammations qui se développent dans des parties déjà affectées de maladies aslhéniques, telles que l'œdème passif, les engelures, les infilti-ations sanguines, etc.; 5° les inflammations produites par un principe délétère ou par quelques venins; 6" les interruptions accidentelles de la circulation du sang, et de l'influx nerveux par des ligatures ou par d'autres modes de compression, d'oblitération, de destruction des vaisseaux et des nerfs ; 7° les maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux qui empêchent le sang de parvenir jusqu'aux organes les plus éloignés du centre de la circulalion; 8** certaines maladies générales, telles que le scorbut; 9" des dispositions idiosyncrasiques dont on ne peut assigner la nature, mais dont l'observation démontre Texistence; 10° les métastases et les crises.
Cette distribution des causes de la gangrène paraîtra probablement bien surannée à ceux qui ne voient dans cette affection qu'une suite d'une inflammation forte ou faible qui épuise l'action organique dans la partie qui en est le siège : cependant elle est déduite de faits nombreux consignés dans les meilleurs auteurs, et de faits que j'ai taché d'observer sans prévention. Ces faits prouvent que l'inflammation ne précède pas toujours la gangrène; que, dans beaucoup de cas, la cause spécifique de l'inflammation contribue plus que son intensité à éteindre la vie dans les parties qu'elle affecte ; qu'il faut quelquefois produire artificiellement et localement de l'inflammation, et administrer à haute dose des médlcamens bien différens des antiphlogistiques, pour prévenir ou pour arrêter la mortification.
Une observation importante à faire , relativement aux causes de la gangrène, c'est qu'il arrive assez souvent que plusieurs d'entre elles contribuent quelquefois en même temps à la produire, et alors les indications curatives deviennent plus complexes; c'est ce qu'on observe, par exemple, dans les étranglemens avec inflammation, dans les inflammations occasionées et entretenues par l'infiltration ou l'épanchement dans le tissu cellulaire de fluides irritans et seulement putrescibles, tels que l'urine, les matières fécales, etc.
Peut-on rendre parfaitement raison de la manière d'agir pour produire la gangrène, des différentes affections que nous venons d'énumérer? où, si l'on veut, connaît-on parfaitement les différons changemens qui surviennent successivement dans les
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fonctions, l'organisation des solides et la composition des fluides , depuis le moment où les organes commmencent à éprourtr im de ces états morbides , jusqu'à l'instant où la vie a complètement cessé d'y exister? On connaît assez bien cette succession de phénomènes dans les gangrènes produites par la ligature des gros vaisseaux , par étranglement, par l'impression prolongée du froid, par les inflammations violentes de cause externe, etc.; mais on l'ignore presque complètement dans le cas où la gangrène dépend d'une cause délétère, d'une maladie générale, d'une crise, d'une disposition idiosyncrasique ; et nous pensons qu'il vaut mieux, dans l'intérêt de la science, convenir qu'il reste encore beaucoup de recherches à faire, que de prétendre trancher toute difficulté en avançant que la gangrène ne s'établit jamais dans une partie sans un mouvement inflammatoire plus ou moins intense; qu'une inflammation violente épuise l'action organique dans une partie qui en est le siège; qu'une inflammation qui paraît peu intense peut également épuiser cette même action, lorsque celle-ci est naturellement ou accidentellement peu énergique. Ces explications ne nous paraissent pas susceptibles de conduire, dans tous les cas, à un traitement rationnel : elles n'apprennent d'ailleurs rien sur les parties de la question que nous avons signalées comme obscures.
Dijférences de la gangrène. — Outre celles qui résultent de ses causes , il en est encore plusieurs autres. L'abondance ou l'absence des fluides dans la partie qui en est atteinte sert à établir une de ces différences : sous ce rapport, on a distingué la gangrène en humide et en sèche. Cette différence, à laquelle les anciens attachaient beaucoup d'importance, est purement accidentelle; ce qui le prouve, c'est que l'on observe quelquefois sur un même membre des escarres gangreneuses sèches , et d'autres très-humides, et qu'une cause identique occasione souvent ces deux variétés de la gangrène sur deux individus différens. Cependant on déduit de cette différence quelques indications thérapeutiques assez imjjortantes que nous avons déjà fait pressentir, en parlant des fâcheux effets du contact des sucs putrides avec les parties vivantes, et sur lesquelles nous insisterons plus tard.
Les gangrènes, considérées relativement à leur siège, sont distinguées en celles qui attaquent les membres ou les parois du