‹ Dictionnaire de médecine; ou, Répertoire général des sciences médicales considérées sous les rapports théorique et pratiqueChapitre 42 sur 62 · C GRO · texte numérisé non relu

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sont relatifs au volume , à la forme , à la situation et à la direction, à la texture et aux propriétés de cet organe. A l'instant du coït, l'utérus entre en érection, comme les autres organes génitaux. Quand la conception a eu lieu, cette turgescence se soutient, et le volume de l'utérus s'accroît sensiblement, plus d'abord par l'augmentation d'épaisseur de ses parois que par la dilatation de sa cavité, mais bientôt par le développement des parois et de la cavité elle-même. Cet accroissement de volume suit une progression régulière, si ce n'est dans quelques cas de maladie; mais cette progression n'est pas uniforme; elle est plus lente dans les premiers mois, et beaucoup plus rapide dans les derniers. On se fera une idée assez exacte des divers degrés que cet accroissement parcourt, en comparant le volume de l'utérus dans l'état de vacuité avec celui cjue présente cet organe lorsqu'il est arrivé au plus haut point de distension , vers la fin de la grossesse. Alors son diamètre longitudinal est d'environ 12 pouces, le tranversal de 9 pouces, et l'anléro- postérieur de 8 pouces ^. Suivant Levret ( .iirt des accoiichemcits ), la matrice, dans l'état de vacuité, a environ 16 pouces de superficie,et à la fin du neuvième mois, elle en a SSg, en sorte que le rapport de ces superficies est comme i à 21 r?. Le vide, dans le premier cas, peut être évalué à |-i de pouce cube, et dans le second à /(oS pouces cubes, leur rapport est de i à i557. Enfin, le solide de la masse seule de la matrice vide est d'environ 4 j pouces cubes ; celui de la matrice dilatée est de 5i pouces ; ce qui donne le rapport de 9 à 102, ou de i à 1 1 v- Mais ces rapports me semblent trop grands, et Levret, d'ailleurs si exact, me paraît avoir ici établi ses calculs plutôt d'après les deux figures qu'il a fait graver pour démontrer le mécanisme de la grossesse, que d'après la nature; car l'évaluation du contenu de la matrice à 408 pouces cubes, ou à 17 livres d'eau, se trouvera en générai trop forte , l'ensemble du fœtus , du placenta , des membranes et de l'eau de l'amnios ne présentant pas un poids aussi considérable.

La matrice, en augmentant de volume , conserve d'abord sa forme pyriforme, qui est même plus marquée, parce que le développement est plus sensible dans les parois du corps et de la partie supérieure du col. Plus la matrice s'étend et s'élargit dans son fond, observe de la Motte, plus elle se resserre à son orifice. Aussi le museau de tanche devient plus serré et plus

acuminé. L'orifice de l'utérus, au lieu d'être une fente linéaire et transversale, offre une ouverture arrondie, comme Stein l'a remarqué. Mais cette disposition n'est pas également marquée chez toutes les femmes, et ne l'est que dans les premières grossesses. Bientôt l'accroissement du corps de l'organe marchant avec plus de rapidité que celui du col, cette partie prend la forme d'un sphéroïde, à la partie inférieure duquel le col évasé à sa partie supérieure , et restant cylindroïde dans sa partie inférieure , forme une sorte d'appendice. Au sixième mois de la grossesse , le diamètre longitudinal est encore presque égal aux deux autres ; mais ensuite le col s'évase de plus en plus , sa partie supérieure se confond avec le corps , et la totalité de l'utérus forme un ovoïde dont la grosse extrémité répond au fond de l'organe. A la petite extrémité , on remarque la portion cylindrique du col dont la longueur décroit graduellement jusqu'à la fin de la gestation, époque à laquelle le bourrelet de l'orifice seul fait saillie. Ses lèvres, dans les premières grossesses, no présentent ordinairement pas de changement ; quelquefois cependant elles sont fort amincies. Chez les femmes qui ont déjà eu plusieurs enfans, elles sont, au contraire, souvent fort tuméfiées et ccmme infiltrées; l'orifice présente une dilatatioli remarquable, mais le col se rétrécit plus haut, et présente une cavité conique, comme l'extrémité d'un doigt de gant. J'ai cependant quelquefois pu toucher à nu les membranes du fœtus dans une étendue de près d'un pouce dès la fin du septième mois de la grossesse. Chez ces femmes aussi , les bords de l'orifice sont quelquefois partagés en plusieurs tubercules séparés par des scissures plus ou moins profondes, résultat des décliirures qui se sont faites pendant les accouchemens précédens. Le fond et le corps sont les parties qui s'étendent le plus pour concourir à l'ampliation de l'organe, et cependant ce sont celles qui perdent le moins de leur épaisseur. L'extension du fond est telle que cette partie qui, dans l'état ordinaire, ne forme qu'un bord à peine saillant au-dessus de l'insertion des trompes, constitue alors le tiers environ de 1.-; hauteur totale de l'utérus, comme on eu reste convaincu en remarquant que l'insertion de ces canaux à la fin de grossesse se trouve à la réunion du tiers supérieur et des deux tiers inférieurs de l'organe.

L'accroissement de volume et de poids que l'utérus reçoit dès le commencement de la irrosscssc le force à descendre dans

l'excavation du basbiii ; mais il ne peut exécuter ce mouvement que suivant la direction de l'axe du détroit supérieur , car l'angle sacro-vertébral repousse en avant sa paroi postérieure qui est saillante et arrondie. Ainsi, à mesure que l'utérus descend, le museau de tanche se porte en arrière. Du troisième au quatrième mois , le corps de l'utérus devient trop volumineux pour pouvoir être contenu dans le cercle du détroit supérieur; il s'élève alors graduellement au-dessus de ce cercle, et la totalité de l'organe commence a remonter, de sorte que, vers la fin de la grossesse, son segment inférieur repose sur la partie supérieure des os pubis , il fait seulement une légère saillie à l'entrée de l'excavation , et le museau de tanche, fort élevé et porté en arrière , comme il va être dit , ne peut être atteint que difficilement avec le doigt. Pourtant, quand la détroit supérieur est très-vaste, l'utérus ne s'élève pas ainsi à mesure qu'il se dilate , et sa partie inférieure reste plongée dans l'excavation. L'utérus, en s'élevant au-dessus du détroit supérieur, est obligé de suivre la direction de l'axe de ce détroit, son fond étant repoussé en avant par la convexité de la portion lombaire du rachis que la nécessité où la femme est de porter ses épaules en arrière rend encore plus grande. L'orifice, qui est toujours au point opposé au fond, se trouve porté vers l'angle sacro- vertébral. En même temps l'utérus s'incline vers un des côtés de l'abdomen, et est reçu dans une des gouttières qui sont fur les parties latérales du corps des vertèbres. Il se porte plus souvent à droite qu'à gauche. La présence de la portion iliaque du colon, ordinairement remplie de matières fécales , empêche l'utérus de se porter à gauche, quand il commence à s'élever, et le rejette vers la fosse iliaque droite. La masse des intestins grêles est refoulée, par l'ascension de l'utérus, vers le côté gauche de l'abdomen où la direction du mésentère la ramène naturellement, et elle contribue à maintenir et à augmenter la tendance qui porte l'utérus à droite. Ce mouvement d'inclinaison latérale est accompagné d'une rotation de l'organe , telle qu'un de ses bords, le gauche dans l'inclinaison à droite, le droit dans l'inclinaison à gauche, est ramené vers la paroi antérieure de l'abdomen, et que ses faces antérieure et postérieure se dirigent jusqu'à un certain point vers les parties latérales : circonstance qui mérite une grande attention quand on prati([uc la section césarienne.

La texture de rutéius subit en même temps des cliangemeDS très-remarquables. Sa couleur prend une teinte rouge décidt'i-. L'épaisseur de ses parois ne diminue pas, comme leur énorme distension semblerait l'annoncer. Ce point n'a pas été admis sans contestation. Mauriceau , Stalpart Vander Wiel , Dionis , soutiennent que la substance de l'utérus devient plus mince chez les femmes; et ils s'appuient sur l'observation. Telle était aussi l'opinion de Galien. D'un autre côté Dulaurent, Harvey, Riolan, Bartliolin , Degraaf , Bolin , Deventer, de Méry, de la Motte , Roëderer, Heister , Mursinna , ont trouvé l'utérus plus épais. De Haller pense que les premiers n'ont peut-être examiné que des matrices affaissées par une bémorrhagie. La même pensée m'était venue à l'esprit en remarquant cette dissidence des observateurs. Pour m'éclaircir sur ce point , j'examinai les observations rapportées par ces auteurs , et je trouvai que les uns avaient disséqué des femmes mortes d'hémorrbagie pendant la grossesse, et que les autres n'avaient ouvert que des femmes mortes pendant le travail de l'accoucbement, ou après, lorsque l'utérus était déjà revenu sur lui-même. Les faits que Heister cite d'après sa propre observation semblent mettre la chose hors de doute. Mais laissons de côté ces dissidences nées de la rareté des occasions que l'on avait de disséquer des corps de femmes mortes pendant la grossesse , et voyons ce qui résulte des dissections nombreuses faites dans ces derniers temps par des anatomistes habiles. Ils ont trouvé que dans le commencement de la grossesse les parois utérines offi-ent plus d'épaisseur que dans i'état de vacuité, vers le troisième ou quatrième mois une épaisseur à peu près égale ; que dans les derniers mois ces parois , comparées à ce qu'elles sont dans l'état ordinaire , sont un peu plus épaisses dans le lieu qui répond à l'insertion du placenta; que dans le reste de l'étendue du corps elles sont à peu près d'une même épaisseur, et que au col elles sont sensiblement amincies, mais jamais en raison de l'extension qu'il a éprouvée. Quelquefois cependant l'épaisseur des parois utérines est notablement diminuée; c'est ce qui a lieu surtout lorsque cet organe a subi une distension excessive , soit par l'effet de la présence de plusieurs fœtus, soit par l'accumulation d'une grande quantité de liquide. Dès l'instant de la conception , ces parois commencent à perdre cette densité , cette dureté comparable à celle des organes fibreux les plus fcnius ; elles continuent de se ru-

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mollir à mesure que la grossesse avance. Les tissus qui les forment se distinguent de plus en plus les uns des autres en revêtant les caractères qui leur sont propres. On reconnaît alors que la presque totalité des parois utérines est formée de faisceaux de fibres parallèles , assez molles , dont la couleur rouge devient plus marquée par la macération dans une solution de nltre , et qui jouissent d'une contractilité très-énergique, car c'est à elles seules que l'on peut attribuer les contractions très-puissantes dont j'ai démontré que l'utérus est susceptible. ( ^oy. accouchement ). De ces fibres , les unes sont transversales et forment des arcs de cercle plutôt que des cercles entiers ; elles sont plus apparentes à la face interne de l'organe; quelques-unes de ces fibres transversales s'écartent de leur direction et deviennent obliques. Les autres fibres plus nombreuses sont longitudinales et se portent du fond vers l'orifice. Toutes forment différcns plans qui se croisent et dont la disposition est fort difficile à déterminer. Parmi les anatomistes qui ont cherché à démêler cette disposition, Roëderer et Loder étaient ceux qui avaient le mieux réussi; mais dans ces derniers temps madame Boivin en a tracé la description la plus exacte dans un mcmoiz'e envoyé à l'A cadémie de médecine avec des pièces anatomiques propres à démontrer ce qu'elle avance. Ruisch , qui avait aperçu mieux que ses devanciers la disposition des fibres transversales , mais qui n'avait vu que celles du fond , les décrit comme un muscle particulier , de forme orbiculaire, composé de fibres circulaires concentriques, et destiné à expulser le placenta. Heister est le premier qui se soit élevé contre Ruisch, et ait dit qu'on ne peut pas reconnaître dans la matrice un muscle particulier. Ruisch lui-même paraît avoir abandonné dans sa vieillesse ses idées par rapport à ce muscle. On n'a pas été plus d'accord sur la nature de ces fibres que sur leur arrangement. Les uns, avec Boerhaave , regardent le tissu de l'utérus comme celluleux et doué d'une force élastique ; d'autres , comme Alblnus et Blumenbach, font dépendre sa contractilité d'une force propre, d'une vie propre; Walther attribue ses contractions à l'irritabilité des vaisseaux et à rélasticité du tissu celluleux ; M. Lobstein a émis l'opinion cjue la fibre de la matrice est d'une nature particulière et tient le milieu entre la fibre musculaire et la celluleuse ; que, pour qu'elle devienne susceptible de se contracter dans le moment de l'accouchement,

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il faut qu'elle subisse des modifications dans sa structure, et que ces modifications entraînent des changemens dans ses propriétés vitales ; enfin que ces modifications sont dues à la présence du sang menstruel , qui est retenu dans les vaisseaux utérins. Il compare l'utérus d'une femme grosse à un organe attaqué d'une inflammation lente et chronique. Mais M. Lobstein , dans la même dissertation, rapporte avoir disséqué une matrice dont le volume approchait de celui d'un utérus du septième ou du huitième mois de la grossesse. Cette matrice était distendue par une tumeur lipomateuse extrêmement considérable. Il était curieux d'observer la marche et la direction des fibres utérines devenues visibles par l'effet de la distension. On sait que dans ces cas, loin que le sang menstruel soit retenu dans les vaisseaux , il existe ordinairement des hémorrhagies abondantes. On sait aussi avec quelle énergie la matrice se débarrasse des corps étrangers qu'elle contient par un travail semblable à celui de l'accouchement. Il me semble qu'il est évident d'après cela que le développement et la faculté contractile des fibres utérines ne peuvent pas être attribués à l'afflux et à la présence du sang menstruel. Je ne m'attacherai pas à réfuter les raisons par lesquelles on a coinbattu la nature musculaire des fibres de l'utérus ; cette discussion m'entraînerait trop loin. .Te me bornerai à faire remarquer que ces fi'bres présentent pendant la grossesse, la couleur, la solidité, la disposition parallèle des fibres musculaires, une contractilité très- développée , et qui suit les mêmes lois que la contractilité des muscles extérieurs ; que Schwilgué a trouvé dans le tissu de l'utérus une grande proportion de fibrine; et que là où l'on reconnaît même apparence et mêmes propriétés, on doit bien aussi reconnaître la même nature. Si l'on objecte l'extrême inertie de ces fibres pendant l'état de vacuité, et la faculté qu'elles ont de récupérer leur contractilité après être restées dans l'inaction pendant un grand nombre d'années , on peut répondre à la première objection , qu'étant arrivées à leur i)lus grand degré de raccourcissement , il est tout naturel qu'elles ne puissent plus se contracter, mais que dès qu'elles sortent de cet état, et subissent un certain degré d'élongation, elles deviennent susceptibles de contraction, comme une foule de faits le démontrent journellement. Quant à la seconde objection , on peut bien admettre dans ces fibres une condition particulière sans leur refuser la nature musculaire. Le tissu cel-

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lulairc qui entre (Luis la texture de rutéius, ('prouve aussi un développement très- remarquable; ses fibres s'allongent, ses aréoles augmentent de capacité. Le péritoine, qui forme la membrane externe de l'utérus , s'étend en tous sens ; mais cette extension ne peut suffire à l'ampliation que cette membrane doit su- ' ])ir. Les replis qu'il forme au voisinage de l'utérus , tels que les ligaraens larges , les ligamens antérieurs et postérieurs se dédoublent ; les portions voisines de cette membrane sont même attirées pour concourir à former la membrane externe de l'utérus distendu. Cet effet est si marqué que quelques anatomistes ont cru qu'il suffisait seul pour rendre raison de l'ampliation de cette membrane extérieure , qu'ils regardent comme n'étant pas susceptible d'extension. Pour apprécier cette opinion sans avoir recours aux autres faits tirés de l'anatomie pathologique , que l'on examine la portion de membrane qui recouvre le corps et le fond «le l'organe et est comprise entre l'insertion des trompes , et l'on sera convaincu qu'elle ne peut pas être fournie par l'accession des parties voisines du péritoine , car l'insertion de la trompe et du ligament de l'ovaire forme de chaque côté un obstacle qui empêche le glissement de la membrane adjacente, et d'ailleurs la densité du tissu qui unit cette membrane à la substance musculeuse s'oppose à ce glissement. M. Ristelhueber remarque avec raison que les ligamens larges ne disparaissent jamais entièrement pondant lu gestation ; que la vessie et le rectum ne se dépouillent pas de leur péritoine , et que la membrane péritonéale de l'utérus ne s'amincit pas. Or il serait très - difficile , dit-il, on pourrait î7iême dire impossible , de concevoir qu'une portion des ligamens larges put suffire à une extension aussi considérable. Il faut donc admettre que le tissu séreux de l'utérus s'étend , et qu'une nutrition plus active prévient son amincissement. La membrane muqueuse est plus rouge; elle s'étend, et les rides qu'elle formait dans la cavité du col sont effacées; les follicules muqueux éprouvent un développement analogue, leurs orifices sont beaucoup plus apparens , leur sécrétion est augmentée, ce qui est surtout remarquable dans ceux qui sont placés à la partie inférieure du col. Cette membrane se trouve en rapport avec le placenta et avec l'épichorion dont la surface lui adhère fortement. La sécrétion menstruelle dont elle est le siège , se trouve interrompue moins par l'effet de la présence du corps qui est contenu dans la cavité îilérine, que par suite des changemens survenus dans la constifu-

fion del'uti'rus, car lorsque la conceplion a lieu pendant l'écoulement des règles, cet écoulement cesse immédiatement. Cependant il est à remarquer que l'effort hémorrbagique , qui, dans l'état ordinaire, produit l'éruption du sang à chaque période menstruelle, continue d'être marqué, comme on peut le reconnaître aux modifications qu'éprouvent le pouls, aux symptômes qui annoncent une congestion sanguine dans les vaisseaux utérins, à l'exacerbation des incommodités dont la femme se trouve affectée. Aussi est-ce aux époques menstruelles que l'on voit survenir le plus souvent les hémorrliagies utérines et l'avortement. Les artères qui se distribuent à l'utérus forment , dans l'état de vacuité, des flexuosités très-multipliécs. Pendant la grossesse, ces flexuosités, ces zig-zags, se déployent en grande partie, mais ne disparaissent pas totalement. Leur calibre augmente d'une manière très-sensible, et cette dilatation se fait remarquer même dans les troncs de ces vaisseaux. Ces cliangemens sont portés encore plus loin pour les veines naturellement moins flexueuses et plus nombreuses que les artères. Leur ddatation a de quoi surprendre les anatomistes qui observent ce phénomène pour In première fois. C'est surtout dans l'endroit qui répond au placenta que les vaisseaux sont dilatés. Là, on voit, principalement près de la surface interne, un réseau de veines de la grosseur d'une plume d'oie en général, qui se croisent et s'anastomosent fréquemment. Les veines qui forment ce réseau , d'un côté présentent des orifices qui s'abouchent avec les orifices des sinus du placenta, et restent béans quand celui-ci est détaché ; orifices dont la grandeur varie, mais qui, en général , peuvent recevoir une sonde de femme , et même l'extrémité du petit doigt. De l'autre côté , ces veines se continuent avec les troncs qui rapportent le sang dans les veines utérines et dans les veines de l'ovaire. Quelques anatomistes ont pris les orifices de ces veines pour des cavités particulières creusées dans les parois de ruténi?. De Haller combat ces erreurs , décrit très-exactement le réseau dont je pprle, et donne aux veines qui le forment le nom de sinus veineux. Hlinter, ne trouvant pas qu'on doive donner un nom particulier à des veines dilatées , a rejeté avec raison la dénomination de sinus. Les vaisseaux lymphatiques très-nombreux de l'utérus acquièrent un calibre très-considérable. Dans la grossesse , dit Cruikshank , les troncs des absorbans hypogastriques sont aussi volumineux qu'une plftmc d'oie, et les vaisseaux sont

eux-mêmes si nombreux , que quand on les a seulement injectés de mercure, on serait presque tenté de croire que la matrice n'est qu'un amas de vaisseaux absorbans. Il paraît que dans certains cas ces vaisseaux sont remplis d'un liquide épais , blancbâlre, d'apparence laiteuse, peut-être de nature puriforme, et que c'est ce qui en a imposé à quelques personnes qui ont cru découvrir dans la matrice des organes destinés à la sécrétion du lait et des vaisseaux qui portaient ce liquide jusque dans les mamelles. Huntcr croit avoir observé que les nerfs qui se distribuent à l'utérus deviennent plus gros pendant la grossesse.

Le sang alors afflue vers l'utérus en plus grande quantité; la circulalion y est plus rapide. Aussi la chaleur y est augmentée, comme on le reconnaît par le toucher. La nutrition de l'orgnne s'opère avec plus d'activité. Alors elle ne suffit {)lus seulement à entretenir son volume et sa consistance; elle doit fournir à l'accroissement de la substance de ses parois. On ne peut guère, en effet, admetti-e avec Jenly que l'augmentation de volume des paroisutérines dépend seulement delà présence du sang, quoiqu'il prétende que l'on ne trouvera pas le poids de l'utérus dans l'élat de grossesse beaucoup augmenté, si on a fait sortir le sang qu'il contenait. La sensibilité, ordinairement fort obtuse , se développe à tel point que la femme perçoit les plus légers mcuvemens du fœtus , et qu'à la fin de la grossesse les mouvemens violens qu'il exécute, excitent parfois des douleurs fort vives. Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit de la contractilité des parois utérines; je rappelerai seulement qu'elle paraît en générai être en rapport avec celle de tout le système musculaire de l'individu, et qu'une extension trop considérable des fibres utérines l'affaiblit d'une manière notable , comme on en a la preuve en considérant les phénomènes de raccoucliemcnt ea différens cas.

La recherche des causes qui opèrent la dilatation de l'utérus a beaucoup occupé quelques pliysiologistes. Un grand nombre ont attribué cette dilatation à la présence de l'œuf et à l'accumulation successive de l'eau de l'amnios, qui agissent mécaniquement sur les parois utérines , et les distendent en les amincissant, comme l'eau ou l'air que l'on introduit dans une vessie, l'air que l'on souffle dans l'intérieur dune boule de cire ramollie par la chaleur. Telle était la théorie de Galien et de Mauriceau. Puzos a essayé de la fortifier par des raisonnemens tirés de la

force d'impulbion du liquide qui afflue dans la cavité utérine, et de la puissance active de chacun des points de l'œuf contre les points correspondans de l'utérus. D'autres ont voulu mesurer la hauteur de la colonne de liquide , qui , à partir de la tête , presse contre les parois utérines à travers les vaisseaux. Ils n'ont pas fait attention que l'étendue de la base de la colonne, qui doit entrer comme élément dans la détermination de la force du liquide qui presserait contre les parois utérines, très-petite au commencement de la grossesse, quand les parois sont très-résistantes, irait en croissant a mesure que la résistance décroîtrait, et qu'il n'y aurait bientôt plus de proportion entre l'action et la réaction. Malpighi attribue le principe de la dilatation de l'utérus à la fermentation produite par le mélange des deux semences. Van Helmont, le premier, l'attribua à une action vitale. Il suppose que, dans un songe qui lui représenta les commencemens de notre génération , il vit l'utérus , resserré et plissé- par un artifice inimitable, se développer après la conception, ■proportionnellement à l'accroissement de la géniture, par l'action de son propre blas magnétique. Levret ensuite reconnut que la matrice est entièrement active dans les premiers moniéns de la conception , et' qu'elle devient en partie passive aussitôt que son produit a acquis autant de volume que sa cavité, lors de sa vacuité parfaite, avait d'espace en tous sens. Il s'appuie sur ce que, dans la grossesse extra-utérine, la matrice augmente dé'Volume, et sa cavité devient plus spacieuse, quoique vide ,• mais seulement lorsque l'enfant s'est accru dans ht trompe où dans l'ovaire, ou lorsque le placenta est attaché sur le fond de la matrice. Le même fait anatomique' a été observé par Bertrand! , Santorini , Meckel père, M. Chaussier, et d'autres ariatomisles ; et l'opinion de Levret est actuellement généralement adoptée. Mais est -il nécessaire d'admettté , avec Blumenbach , une action vitale particulière? Je ne le pense pas. On peut très-bien sans cette supposition rendre raison de la dilatation de l'utérus. La turgescence des parois utérines à l'époque de la conception, déterminant leur accroissement 'en tous sens, en largeur et en épaisseur, et proportionnellement à l'étendue de ces dimensions, produit l'amph'ation do la cavité utérine , et l'afflux dans cette cavité d'une lymphe plastique destinée à former l'épichorion, avanrt'arrivée de l'œuf dans l'utérus, comme Bertrandiet Hunter l'ont observé. Cette dilatation active se continue, tandis que X. -..5

l'oeuf, croissant simultanément , agit en soutenant et en distendant les parois utérines, et en y entretenant l'excitation qui y appelle les liquides et les ramollit. Ces phénomènes commencent d'abord dans le fond et le corps de l'organe. Ils se propagent ensuite de haut en bas dans toute la longueur du col, jusqu'à ce qu'il soit totalement dilaté, et que sa cavité soit entièrement confondue avec celle du corps. Deux causes agissent donc de concert, la turgescence des parois utérines et l'action dilatante de l'œuf ; mais la première est plus efficace dans le commencement de la grossesse, tandis que vers la fin c'est l'autre qui prédomine. Si , par une cause quelconque, l'accroissement de l'œuf a lieu suivant une progression plus rapide que dans l'état naturel, alors la dilatation de l'utérus est purement passive et accompagnée de l'amincissement de ses parois.

Les changemens qui ont lieu dans la constitution de l'uténis en produisent nécessairement dans les parties voisines. Cet organe, en s'abaissant, entraîne avec lui la partie supérieure du vagin. Il l'entraîne également lorsiju'il s'élève, et ce conduit s'allonge et se rétrécit ^ mais, dans les derniers mois, sa partie supérieure s'évase et s'élargit à mesure que la portion adjacente du col de l'utérus se dilate et se confond dans l'ovoïde utérin. La vessie est peu à peu refoulée au-dessus du détroit supérieur. Le méat urinaire , tiraillé, allongé, présente à sa partie supérieure une courbure plus considérable que dans l'état ordinaire; son orifice, tiré en haut , s'enfonce derrière le bord de la symphyse des pubis. Les ligamens larges sont en grande partie décomposés par l'écartement des deux feuillets qui les forment ; leur bord supérieur, ainsi que ks trompes utérines et les ovaires qu'il renferme, se rapproche des parties latérales de l'utérus, et se place dans une situation presque verticale , de sorte que l'extrémité interne devient supérieure, et l'externe inférieure. Les ligamens ronds ou cordons sus-pubienssubissentundéplacement analogue; et leur direction, après être devenue perpendiculaire à mi -terme, devient de plus en plus inclinée de devant en arrière. Ils deviennent plus volumineux ; les fibres musculaires qui entrent dans leur composition se prononcent davantage ; leurs vaisseaux se dilatent. Levret remarque que, lorsque le placenta s'attache vers une des parties latérales de la matrice , le ligament rond du même côté devient en même temps plus gros et plus court que celui du côté opposé. Levret, entraîné par ses

idées sur la cause de l'obliquité de l'nférus , a pu se tromper sur celte dernière circonstance. La matrice, en s'clevant, refoule la jnasse des intestins grêles qui se place partie Yen la région latérale de l'abdomen , le plus souvent à gauche , partie en arrière et au-dessus de son fond. La face antérieure de cet organe appuie contre la paroi antérieure de l'abdomen , au- dessus du lieu occupé par la vessie. Parfois cependant quelque anse d'intestin se glisse entre la matrice et la paroi abdominale. La masse des intestins grêles pousse au-devant d'elle le colon transverse, l'estomac, le foie; la concavité du diaphragme est augmentée, la cavité du thorax diminuée de haut en bas, mais un peu augmentée dans le sens horizontal par l'évasement du bord inférieur de cette cavité qui suit en partie le mouvement de la paroi molle de l'abdomen. Cependant le vide total du thorax est moindre que dans l'état ordinaire , et le développement des poumons est gêné. La paroi antérieure de l'abdomen, fortement distendue par l'augmentation de volume des parties contenues dans cette cavité, devient très-proéminente. Les parties qui les forment sont élargies dans tous les sens ; les muscles s'amincissent , leurs fibres s'écartent. La même chose arrive aux aponévroses, dont le tissu offre des éraillemens , si je puis m'exprimer ainsi. Les muscles droits, singulièrement élargis, sont éloignés l'un de l'autre; et l'espace aponévrotique qui les sépare présente alors, au lieu d'une bandelette assez étroite, une aire elliptique dont la partie la plus large, qui est au niveau de l'ombilic, a au moins quatre pouces de diamètre. Comme cette partie aponévrotique ne reprend pas après l'accouchement toute sa tonicité première , on la voit souvent , chez les femmes qui ont eu plusieurs enfans , rester affaiblie, et former une saillie longitudinale pendant la grossesse et l'état de vacuité. On l'a même vue dans quelques cas former une sorte de sac assez vaste pour recevoir l'utérus chargé du produit de la conception et une partie de la masse intestinale. Cette sorte d'éventration paraît en avoir imposé à Ruisch, qui l'aurait prise pour une hernie de l'utérus. Les fibres qui forment le contour de l'anneau ombilical sont distendues , et cette ouverture agrandie donne passage à quelque porlion d'intestin et d'épiploon qui commence à faire saillir l'ombilic dès le troisième ou quatrième mois de la grossesse. Les vaisseaux se dilatent. La peau présente, surtout vers la partie inférieure, des vergetures d'une couleur brune ou bleuâtre, qui

forment des lignes courbes parallèles dont la convexité regarde le» aines et le pénil. Après raccouchement, ces vergetures diminuent d'étendue; mais elles ne disparaissent pas complètement. Seulement elles perdent leur couleur , et deviennent d'un blanc luisant comme des cicatrices, et leur surface est réticulée. Il semble que le tissu de la peau ait été éraillé, comme celui d'une étoffe. Chez les femmes d'une petite stature, on remarque quelquefois de semblables vergetures sur les fesses et la partie supérieure des cuisses dont la peau a été fortement tiraillée pendant la grossesse.

Outre ces phénomènes locaux , il en est encore d'autres qui se manifestent dans le reste de l'économie, et qui sont dus, soit à l'action mécanique que l'utérus exerce sur les parties voisines, soit à son influence sympathique sur les autres organes; mais ceux-ci sont en général moins constans que les premiers, et présentent beaucoup de variations dans leur développement; ce qui tient à la différence de l'énergie avec laquelle s'exécutent les fonctions , et à la vivacité des sympathies chez les divers individiis. Je vais examiner ces phénomènes successivement dans les diverses fonctions. L'estomac, lié avec l'utérus par d'étroites sympathies, est aussi un des organes qui reçoivent le plus prompleraent et le plus profondément l'influence de la grossesse. On a vu des femmes être prises des vomissemens dès l'instant même de la conception. Qu'il me soit permis de citer une observation rapportée par M. Lorentz, père. C'est celle d'un mari qui, chaque fois que sa femme devenait enceinte, éprouvait des nausées et des vomissemens. Je ne sais pas nier un fait , tout incroyable qu'il soit , quand il est rapporté par un homme grave et instruit; mais je crois qu'ici on doit moins admirer la singularité du fait que la crédulité de l'historien. La plupart des femmes sont , dans le commencement de leur grossesse , affectées d'inappétence, de dégoût, surtout pour la nourriture animale; quelques-unes de ptyalisme, de nausées, de vomissemens. Ces phénomènes cessent ordinairement vers le troisième ou le quatrième mois, et sont le plus souvent remplacés par un grand appétit et des digestions promptes et faciles. Quelquefois , vers la fin de la grossesse, les digestions deviennent pénibles et lentes, les vomissemens reparaissent; ce qui parait tenir à la compression que l'estomac éprouve, car souvent il suffit de prendre de la nourriture en

petite quantité, et plusieurs fois (iaiis la journée, pour éviter tel inconvénient. Quelques analomistes ont cru remarquer que le foie devenait plus volumineux. La sécrétion de la bile semble diminuer. On serait porté à attribuer* à cette cause la constipation qui a lieu si fréquemment cbez les femmes grosses, dans quelques cas, la lenteur et la difficulté des digestions, et les taches brunâtres qui paraissent quelquefois sur la peau. Le volume et le poids de l'utérus, en comprimant les vaisseaux, gênent la circulation dans les viscères abdominaux et les membres inférieurs, entravent surtout la circulation veineuse et le cours de la lymphe , d'où résultent souvent des varices et des œdèmes de ces membranes et des parties sexuelles. Le sang se porte avec plus d'abondance vers les parties supérieures. Suivant Galien, le pouls des femmes enceintes est plus grand, plus fréquent, plus vif, Bordeu dit qu'il est ordinairement fréquent, assez égal, fort et comme fiévreux. Il ajoute que, dans les deux ou trois premiers mois, il est embarrassé, Vvariable; qu'il se développe à proportion que la grossesse avance, et devient plus ou moins rebondissant ou nasal; qu'il devient ensuite irrégulier , dur, brusque , et de temps en temps avec des rebondissemens ; que celui qui précède de peu de temps l'accouchement est , comme dans toute autre évacuation forcée, plus ou moins convulsif, serré, fréquent, intermittent. Les seuls caractères constans que j'aie observés dans le pouls sont la fréquence et la vivacité, souvent avec de la plénitude et de la dureté. Le sang que l'on tire des veines présente le plus souvent une couenne semblable à celle qu'on observe dans les maladies inflammatoires. Le caillot qa'il forme est volumineux et consistant. Il en est de même de celui que forme le sang que la femme perd pendant l'accouchement. Le sang contient quelquefois cependant beaucoup de sérosité ; la couenne inflammatoire ne recouvre pas moins le caillot. Dans les derniers mois la respiration est gênée et accélérée; ce qui augmente encore la stase du sang dans les parties supérieures. Quant aux modifications qu'éprouvent chez la femme enceinte les sécrétions et les excrétions, j'ai déjà fait remarquer ce qui a lieu par rapport à la menslrualion, à la sécrétion salivaire et à l'excrétion des matières fécales. Il arrive souvent que, dans les derniers mois de la grossesse, la femme éprouve un besoin fréquent de rendre l'urine, à cause de la pression que

l'utérus exerce sur la vessie. On ;i pensé que la séciétion urinaire devait être plus abondante; mais aucune observation directe ne le prouve. Les mamelles, dont les connexions sympathiques aveoPutérus sont si intimes, commencent souvent à entrer en action dès l'instant de la conception; les femmes y éprouvent dès lors de la tension, des picolemens , des élanceinens. Souvent aussi cela ne commence qu'à l'époque où la période menstruelle aurait dû avoir lieu, et quelquefois plus tard. Bientôt les mamelles augmentent progressivement de volume; la glande mainmaire se développe, s'arrondit, et en même temps devient plus mobile ; le mamelon forme une saillie de plus en plus marquée ; ja couleur et celle de l'auréole qui l'entoure prend une teinte plus foncée, et souvent brunâtre; les int-galités que l'on remarque sur cette portion de la peau sont plus saillantes; les veines qui rampent sur la peau de la mamelle deviennent plus apparentes, et quelquefois cette peau offre des oraillcmens semblables à ceux qiie l'on voit sur l'abdomen. La glande mammaire sécrète, et le mamelon laisse échapper d'abord une lymphe visqueuse et transparente, mais ensuite de véritable lait. La transpiration cutanée ne paraît pas éprouver de modifications remarquables dans sa quantité; on a cependant prétendu qu'elle était moindre. On a aussi avancé qu'elle subissait des changemens dans sa nature , et on s'est appuyé sur l'odeur aigre particulière qu'exhalent les femmes grosses. Je suis porté à regarder cette opinion comme peu fondée , car je n'ai jamais reconnu cette odeur particulière dont on parle. La nutrition paraît en général moins active clans les premiers mois; mais ensuite elle le devient davantage, et il n'est pas rare de voir les femmes engraisser d'une manière remarquable pendant la grossesse. Quelquefois cependant on les voit pendant ce temps perdre leur embonpoint et leur fraîcheur. La recherche des causes de cette différence nous entraînerait trop loin, et ne nous donnerait sûrement que des hypothèses pour résultat. La calorification est augmentée, ce cjui est manifesté par le sentiment de chaleur que ressentent continuellement les femmes enceintes, par la facilité avec laquelle elles supportent le froid, et l'aversion qu'elles ont pour tout ce qui peut favoriser en elles la production de la chaleur ou empêcher sa dissipation.

L'influence que reçoivent les organes de la locomotion se réduit au relâchement des symphyses du bassin , qui rend la

station et la marche pénibles, et à la fatigue des muscles produite par l'augmentation du poids du corps et la répartition désavantageuse de ce poids, qui force la femme à rejeter fortement les épaules en arrière pour conserver l'équilibre , et exige une contraction forte et soutenue des muscles postérieurs du rachis pour maintenir cette attitude. Encore faut-il remarquer que les effets du relâchement des symphyses ne sont sensibles que sur un petit nombre de femmes , et que la fatigue des muscles est à peine remarquable chez les femmes douées d'une grande énergie musculaire. Je ne parlerai pas de l'influence que l'on a attribuée à la grossesse sur la consolidation des fractures. Il est actuellement généralement reconnu que cette influence est nulle; et, dans quelques cas d'exception, on doit l'attribuer ou à des circonstances étrangères à l'état physiologique de la femme enceinte, ou à une disposition individuelle qui , rendant les sympathies plus énergiques et les actions vitales moins actives , fait que le travail organique dont l'utérus est le siège ralentit ou suspend toute action semblable dans les autres organes ; nous en verrons d'autres exemples plus loin, lorsqu'il sera question des maladies de la grossesse.

On a beaucoup exagéré les modifications que la grossesse imprime aux facultés intellectuelles et sensorlales, parce qu'ici, comme dans presque tout ce qui a été dit sur l'état physiologique de la grossesse , on a confondu ce qui tenait à une disposition maladive avec ce qui appartient à l'état naturel. Autant les sens internes ont perdu pendant la grossesse, dit Goubelly, autant les sens externes gagnent. Cet auteur cite une dame qui n'avait le jugement sain que pendant la grossesse , où elle perdait la mémoire. Après ses couclies , elle recouvrait la mémoire au détriment du jugement. 11 rapporte aussi avoir vu des femmes recouvrer l'usage de l'ouïe pendant leur grossesse. Ces observations et beaucoup d'autres qu'on pourrait leur joindre ne sont que des exceptions, et ne peuvent servir à établir une loi générale. Tout ce qu'on remarque en examinant un grand nombre de femmes prises dans toutes les conditions de la vie, c'est que la grossesse exalte la sensibilité, la susceptibilité nerveuse, et dispose au développement des affections nerveuses.

De ce qui vient d'être exposé, il résulte que l'influence gêné-

3;p GUO

raie de la f,Mossessf^ sm l'organisme consiste dans une excitation plus favorable que nuisible à rexécution des fonctions. S'il est vrai pour un certain nombre de femmes que la grossesse soit une maladie de neuf mois, il n'en est pas ainsi pour le plus grand nombre, et pour beaucoup elle est l'époque de la vie où elles jouissent de la plus brillante santé.

Signes de la grossesse. — Ces signes ont été distingués en signes de la conception et signes de la grossesse. Les signes de la conception portent sur des pbénoiuènes ou particuliers à certaines femmes, ou tellement fugaces que la plupart d'entre elles ne les remarquent pas. Ces phénomènes sont un sentiment de volupté plus grand éprouvé par les deux &exes pendant le coït , la rétention de la liqueur séminale qui ne s'écoule pas au dehors après cet acte, la sécheresse du pénis, un sentiment de douleur, comme d'une colique dans la région ombilicale, un certain mouvement vermiculaire dans le même lieu , les mêmes sensations dans la région hypogastrique ou dans une des régions iliaques ou ischiatiques ; une pesanteur dans l'utérus, ou un mouvement comme s'il se gonflait et était le siège de borborvgmes ; un spasme général caractérisé par des frissonnemens, quelquefois des nausées et des vomissemens ; deux jours après la conception, une tuméfaction spasmodique de l'abdomen, accompagnée d'une grande sensibilité de cette partie; de l'anxiété, de la tristesse, de l'abattement, de la pâleur avec la diminution de l'éclat des yeux , de la fermeté et de la fraîcheur des paupières et des traits de la face, et l'apparition d'un cercle bleuâtre autour des yeux. Est-il nécessaire de parler de cet orgasme que l'on dit produire le gonflement de tout le corps d'une femme nouvellement enceinte, et de cette épreuve déjà citée par Catulle, laquelle consiste à mesurer avec un fil le col d'une nouvelle mariée la veille et le lendemain de ses noces , pour constater s'il a augmenté de volume; épreuve que, dans des temj)s plus rapprochés de nous , on a proposé de faire d'une autre manière ? Il n'est pas plus utile de citer l'expérience de l'hydrumel , qui, suivant un aphorisme d'Hippoci-ate , administré à une feuime lorsqu'elle va se livrer au sommeil , lui donnera des coliques si elle est enceinte. On a encore regardé, dit M. Maugars ( Dissert, sur les signes de la concept lion , etc. ) , comme un signe de fécondité et de conception , lorsque l'odeur séminale se propageait jusqu'à l'organe du goût-

La plupart de ces signes oui été ol)servés isoléinont, *)uréiniis en plus ou moins grand noinhre chez quelques femmes ; miiis il s'en faut de beaucoup qu'ils soient constans ; et , comme on n'est pas sur de les voir se reproduire, que d'ailleurs ils peuvent tenir à d'autres affections , et que le plus souvent les femmes n'éprouvent à l'instant de la conception ou peu après rien de remarquable , on ne peut que les considérer comme des signes particuliers à quelques individus. D'autres de ces signes sont fondés sur des observations incomplètes et mal faites , ou sur des idées purement hypothétiques; de sorte que noîis n'avons réellement pas de signes qui puissent faire reconnaître avec certitude que la conception a eu lieu , que dans un grand nombre de cas nous n'avons pas même de quoi baser un soupçon, et que dans quelques-uns seulement nous pouvons acquérir des présomptions plus ou moins fortes.

Les signes de la grossesse sont divisés en signes rationnels et signes sensibles , en signes communs et particuliers. Les signes communs se renconlpcnt chez toutes les femmes, les signes particuliers seulement chez quelques-unes.

On donne comme signes rationnels de la grossesse, i*^ la suppression des règles ; i^ l'augmentation du volume de l'abdomen et la saillie du nombril; 3° la tuméfaction des mamelles, la tension douloureuse de ces parties, le développement du mamelon, son cliangement de couleur, et l'excrétion d'une certaine quantité de lymphe laiteuse; 4° l'anorexie, les dégoûts, le ptyalisme, les nausées, les vomissemens; 5" l'état du pouls ; 6*^ divers chan^emens dans l'habitude du corps et les facultés intelicctuelles et morales. J'ai déjà parlé de ces phénomènes ; je n'y reviendrai ici que pour apprécier leur valeur dans le diagnostic.

i** La suppression des règles. Lorsqu'elle a lieu sans cause appréciable chez une femme bien portante, et qu'elle n'est suivis d'ancun symptôme morbide, on doit la regarder comme un signe presque certain de grossesse. Hippocrate en avait déjà fait la remarque dans ses Aphorismes. Mais, d'une part, une femme peut devenir enceinte avant que la menstruation se soit établie : les observations en sont fi-équenles dans les auteurs. Une femme qui n'a jamais été réglée , ou dont les règles sont supprimées, soit parles progrès de l'âge, soit accidentellement, devient quelquefois enceinte. Des cas de cette espèce, que j'ai eu occasion de rencontrer, m'ont fait voir que c'est dans cette

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classe qu'il faut ranger une partie des observations de grossesse prolongée. Deventer cite une femme qui l'a assuré qu'elle n'avait jamais été réglée que pendant le cours de ses grossesses. Baudeloque dit en avoir rencontré plusieurs qui n'avaient été réglées périodiquement que pendant leurs grossesses également. Souvent aussi le commencement de la grossesse coïncide avec quelque circonstance qui pourrait être la cause de la supjjression des règles, et qui en impose et au médecin et à la femme elle-même, et d'autant plus facilement qu'elle désire ou craint de devenir mère , sans compter qu'il y a beaucoup de femmes qui ont intérêt à donner le change sur leur état. Enfin, certaines constitutions épidémiques, telles que l'épidémie bilieuse qui a été observée par Finke, dérangent le flux menstruel, et l'absence d'une cause évidente et individuelle pourrait induire en erreur le médecin peu attentif. D'une autre part , il n'est pas rare de voir des femmes dont la menstruation est régulière, continuer d'éprouver cette évacuation pendant les premiers mois de la grossesse. Cependant il faut remarquer qu'en général elle subit alors quelque modification remarquable, soit pour le retour des périodes, soit pour la quantité de sang excrété. J'ai vu quelques cas dans lesquels l'apparition des règles en petite quantité, et dans un temps insolite, était un signe presque assuré de la conception. Théoph. de Meza rapporte qu'une femme , reçue dans l'Lôpital de Copenliague, eut régulièrement et périodiquement ses menstrues jusqu'au cinquième mois de sa grossesse, et qu'ensuite le sang continua de paraître tous les jours en quantité assez considérable. On pourrait croire que cet écoulement était dû, non à la sécrétion menstruelle, mais à l'implantation du placenta sur le col de l'utérus. On voit aussi quelquefois les règles reparaître vers les derniers temps de la grossesse, après avoir été supprimées depuis l'instant de la conception, ou après avoir continué de couler pendant les premiers mois. Mais on doit faire sur ces cas la même remarque que sur le précédent. Il arrive aussi que, chez la même femme, les règles, habituellement supprimées pendant la grossesse, se montrent cependant dans d'autres grossesses, et souvent sans cause apparente. J'ai remarqué que cela était fort fréquent dans certaines années, ^et jetait beaucoup d'incertitude sur le diagnostic des premiers temps de la grossesse. Je ne pouvais attribuer un efFet

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aussi général qu'à une cause également générale , telle que l'influence de la constitution atmosphérique.

•2'^. L'augmentation de volume de l'abdomen peut-être produite par tant de causes différentes étrangères à la grossesse , que l'on a dû chercher avec soin à quels caractères on pourrait reconnaître celle qui dépend de cet état. Quand une femme est enceinte , le ventre s'aplatit d'abord dans sa région hypogas- Irique ; vers le deuxième mois on sent de la tension, une certaine rénitence au-dessus des pubis ; bientôt cette partie commence àproéminer ; le volume du ventre augmente progressivement, et cette augmentation se fait de la partie inférieure à la supérieure. La saillie de l'abdomen est très -prononcée en avant, les côtés de cette partie sont aplatis; chez quelques femmes cependant l'abdomen est uniformément distendu dans sa périphérie. Il s'en faut de beaucoup que ces caractères soient toujours tranchés, on ne peut pas toujours en suivre le développement; d'autres causes peuvent les produire en partie. Assez souvent il existe pendant les premiers mois un gonflement spasmodique de l'abdomen qui marche avec rapidité et peut faire illusion. Je reviendrai sur cette affection en parlant de la fausse grossesse. On est généralement d'accord que ces caractères méritent peu de confiance. Quelques médecins en accordent beaucoup plus, et avec raison, aux changemens qu'éprouve l'ombilic. Dès que l'abdomen commence à se développer, la cicatrice ombilicale devient moins enfoncée , bientôt elle est de niveau avec la surface de la peau, du troisième au quatrième mois elle commence à faire une saillie qui acquiert quelquefois deux et trois doigts de longueur. 3Iorgagni remarque que cette saillie a lieu aussi dans quelques cas d'ascite; cette remarque est très-exacte, mais dans ces cas les signes de l'ascite sont trèsprononcés, et il ne peut guère y avoir de doute que sur la complication de la grossesse .ivec l'hydropisie. Quoique je pense que ce signe est de quelque valeur, je suis loin de le ci'oire infaillible.

3° et 4° Les phénomènes qui ont leur siège dans la mamelle et le mamelon ont souvent lieu également après la suppression des règles, quelle que soit la cause'de cette suppression. Ceux qui tiennent aux voies digestives dépendent souvent d'une affection primitive ou sympathique de ces organes ; ils s'observent dans prescpie toutes les maladies de l'utérus. Ces deu.ï

ordres de signes, soit qu'ils soient isolés ou qu'ils se trouvent réunis , méritent peu d'attention, quoiqu'ils ne soient pas entièrement à négliger.

5°. Lorsque vers le milieu du dernier siècle la sémciologie sphygmiquc prit tout à coup une si grande extension, quelques médecins trouvèrent dans les modifications du pouls un moyen infaillible de reconnaître non-seulement l'existence de la grossesse , mais encore ses diverses périodes et la nature du sexe de l'entant. Les journaux de médecine du temps sont remplis d'observations qui ne laisseraient aucun doute, si l'on partageait l'enthousiasme de leurs auteurs. J'ai vu encore des médecins de grand mérite annoncer sur la foi de ce seul signe et la grossesse et l'approche de l'accouchement. En supposant que les modifications du pouls , que j'ai décrites plus bas , fussent constantes pendant la grossesse, et qu'elles ne pussent pas être produites par quelques affections de l'utérus ou d'autres états de l'économie , je pense que la plupart des médecins ne pourront saisir toutes ces nuances , ainsi que cela m'estarrivé, et que l'exploration du pouls pendant la grossesse doit, jusqu'à présent du moins , être réservée pour juger de l'état pathologique.

6". On a avancé- que chez les femmes enceintes la peau prend une teinte d'un blanc plus mat ; que leurs paupières deviennent molles, livides , et s'entourent d'un cercle jaunâtre; que les yeux s'enfoncent dans l'orbite, la couleur blanche delà conjonctive se ternit, l'éclat des yeux est moins brillant, le regard languissant ; qu'un état de langueur s'empare de l'économie ; qu'il y a de l'aversion pour le mouvement, pour le coït, une disposition marquée à l'assoupissement; que l'humeur devient chagrine, acariâtre , qu'il se développe des envies, quelquefois irrésistibles,, souvent pour des choses insolites, bizarres; que la mémoire et les autres facultés intellectuelles s'affaiblissent ou se pervertissent. On cite des femmes qui ont été folles pendant toutes leurs grossesses. Ces phénomènes se remarquent certainement chez quelques femmes d'une constitution faible, que fatigue le travail de la nouvelle fonction qui s'exécute en elles, chez des femmes nerveuses, chez des femmes dont l'utérus jouit d'une sensibilité plus vive, exerce une action sympathique plus énergique ;mais on doit les regarder comme des phénomènes particuliers à quelques, individus, et plutôt comme des symptômes d'un état morbide que comme des signes véritables de la grossesse.

Les signes sensibles de la grossesse tirent leur source du déveioppement de l'utérus et de la présence du fœtus. La manière dont se présente le museau de tanche a fourni des signes que l'on a donné comme certains, chez les femmes enceintes , dit Hippocrate, l'orifice delà matrice est fermé. Galien , Mauriceau et Morgagni ajoutent qu'il doit en même temps être sans aucune dureté et dans une bonne situation, pour que ce signe ait quelque valeur; car la clôture de l'orifice avec dureté de ses bords dénote un état de maladie. D'ailleurs chez les femmes qui ont eu plusieurs enfans, fréquemment l'orifice externe reste béant. La figure circulaire que pren ! cet orifice, et que Stein régai-de comme le signe le moins équivoque de la grossesse , ne se- présente pas toujours chez des femmes qui ont eu plusieurs enfans , comme cet auteur le remarque lui-même. D'ailleurs Morgagni rapporte l'observation d'une vierge de cinquante ans , Loder celle d'une petite fille de trois ans, chez lesquelles cet orifice était de figure circulaire. Suivant M. Chambon, l'orifice de l'utérus est occupé par du mucus plus épais , plus blanc que le mucus ordinaire de l'utérus, qui ne file pas, mais a une consistance pâteuse. Cette observation avait déjà été faite long-temps avant lui , et a été répétée depuis. Il est probable que cette substance, qu'on a vue dès les premiers jours qui suivent la conception , est une portion de cette lymphe plastique qui forme l'épichorion. M. Chambon veut que l'on constate l'existence de cette humeur au moyen d'une tige de huit pouces de long dont l'extrémité en forme de cure -oreille servirait à en amener au dehors quelque portion. Soit qu'on ait regardé ce moyen comme n'étant pas sans inconvéniens , scit que l'on n'ait pas eu confiance à ce signe donné pour infaillible, la proposition de ce médecin n'a pas été adoptée par les praticiens. Les autres signes tirés de la forme , de la situation , de la chaleur du museau de tanche sont trop difficiles à saisir, faute de points de comparaison chez la même femme, et peuvent en outre se rapporter à des états autres que la grossesse. La dilatation du corps de l'utérus est dans les premiers mois plus remarquable à la partie postérieure qu'à l'antérieure. On peut la reconnaître en portant le doigt dans le vagin, surtout si, portant le museau de tanche en avant, on renverse l'organe en arrière. On peut alors parcourir la paroi postérieure, et en constater la proéminence et le développement. On peut aussi, suivant le conseil de Smellie, explorer cette

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