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la question, celui que cite M. Fodéré , et qu'il a observé chez son épouse elle-même , je crois pouvoir en tirer la même conclusion. Cet auteur j.ustement estimé s'exprime ainsi : « A la première fille dont mon épouse accoucha, elle eut des douleurs d'enfantement à l'époque du neuvième mois, suivant son calcul et le mien ; je l'examinai et je sentis distinctement une vessie pleine d'eau. Mais tout se termina par une abondante évacuation de sérosités; mon épouse se rétablit et n'accoucha que quarante jours après. Deux ans plus tard , nourrissant son enfant , elle éprouva de nouveaux symptômes de grossesse , et fut obligée de sevrer. Elle n'accoucha également qu'à dix mois et demi d'une grossesse bien avérée à ses diverses époques , et elle eut aussi au terme de neuf mois les mêmes fausses douleurs que précédemment, avec écoulement de beaucoup de sérosités. » Il arrive souvent qu'une femme, à une époque plus ou moins rapprochée du terme de sa grossesse, éprouve quelques symptômes d'un accouchement prochain , qui, s'il arrivait, ne serait qu'une sorte d'avortement, et que tout se rétablit jusqu'à l'époque ordinaire de l'accouchement. Tel peut être le cas rapporté par M. Fodéré. On sait aussi que les femmes qui ont été exposées une fois à un accouchement prématuré, sont quelquefois sujètes au même accident dans le cours d'autres grossesses et aux mêmes époques. M. Fodéré dit avoir constaté les diverses époques de la seconde grossesse. Mais quelque confiance que mérite certainement ce praticien, il était nécessaire que son observation fût accompagnée des détails qui pourraient faire partager sa conviction aux personnes qui n'ont pas été témoins des faits : le signe qui a paru suffisant à quelques-uns pour constater la grossesse peut ne l'être réellement pas. Quelque différence qui existe entre les mouvemens spasmodiques dans l'abdomen et les mouvemens du fœtus, ne peut-on pas quelquefois les confondre, et surtout si, déjà persuadé de l'existence de la grossesse par quelqu'autre signe, on n'apporte pas à l'examen toute l'attention nécessaire. Des praticiens recommandables avouent être tombés dans cette erreur. Le seul fait qui me paraisse présenter en faveur des naissances tardives les élémens d'une démonstration complète, est le suivant qui m'a été communiqué par M. Desormeaux ; ce professeur accoucha la personne qui fait le sujet de l'observation. Une dame, mère de trois enfans, était restée dans un état de démence à la suite d'une fièvre grave. Un médecin pensa qu'une
grossesse pourrait avoir une heureuse Influence sur l'aliénation mentale. D'après cette indication lemaricoliabita avec sa femme, mais il eut la précaution de laisser un intervalle de trois mois entre chaque cohabitation, pour ne pas s'exposer à détruire le résultat d'une conception commencée; et il tint une note exacte par écrit des jours où la cohabitation eut lieu. Dès qu'il y eut des signes de grossesse , il s'abstint de toute relation sexuelle avec sa femme. Celle-ci, douée de principes très-sévères de morale, était d'ailleurs soigneusement veillée par des femmes à cause de sa maladie. Elle accoucha d'un enfant mâle neuf mois et demi après l'instant de la conception. Dans ce cas le retard de l'accouchement n'a été que de quicze jours, et l'on ne peut pas en tirerrigoureusement de conclusion relativement à la réalité des naissances que l'on dit avoir eu lieu plus long-temps après le terme ordinaire de la grossesse? D'après ces diverses considérations, je ne crois pas pouvoir adopter l'opinion exclusive de A. Petit , qui prétend que non-seulement il est très-possible que le terme de l'accouchement soit retarde jusqu'au onzième et douzième mois, et même au delà , mais encore qu'il est invinciblement démontré que la chose est plusieurs fois arrivée ainsi. Il me semble plus prudent de rester avec de la Motte, Mauriceau, Rœderer, Baudelocque, indécis sur la réalité des naissances tardives, sans nier tout-à-fait leur possibilité. Tel est probablement l'esprit qui a dicté la disposition du Code relative à ce sujet. Le retard d'un mois qu'il admet prévient quelques injustices , si la variation de la durée de la grossesse est plus considérable qu'on ne le croit communément. Si, au contraire , la grossesse peut réellement se prolonger au delà du dixième mois , il ne peut y avoir qu'un très-petit nombre d'individus victimes de la rigueur de la loi; tandis qu'une extension plus grande pourrait être cause de désordres infinis , compromettrait la morale publique et les intérêts des familles dans lesquelles l'ordre naturel des successions pourrait être journellement interverti.
§ IV, Constater V existence antérieure de la grossesse, et la possibilité de cet état ou de la conception. La solution de cette question peut se présenter dans plusieurs circonstances importantes, soit en matière civile, soit en matière criminelle. Une femme réclame un enfant dont elle se prétend mère, et on lui conteste cette qualité en disant qu'elle n'a jamais été enceinte, ou qu'elle n'était point apte à le devenir ( supposition de part).
Dans un cas contraire ( suppression de part, infanticide), une femme renie l'enfant dont elle- est accouchée, et prétend qu'elle n'a jamais été enceinte et qu'elle n'a pu le devenir. On doit rattacher aux questions précédentes le cas oii un individu cherche à démontrer ses droits de filiation maternelle, lorsque, par une cause quelconque, la plupart de ses titres ont été perdus, et qu'on lui oppose l'impossibilité dans laquelle se trouvait sa prétendue mère de devenir enceinte, soit à cause de son âge, soit à cause de quelque autre circonstance.
Il est évident que , si l'on pouvait constater l'existence d'un accouchement antérieur, les questions posées ci-dessus seraient aussitôt résolues; mais, aprcs un certain temps, les traces de l'accouchement se sont dissipées , ou il n'en existe plus que des signes très-é(|uivoques. 11 pourrait donc arriver qu'on eût à décider, sur le rapport de médecins ou de témoins étrangers à la médecine, si une femme a été réellemeut enceinte. On conçoit, d'après ce qui a été dit précédemment au sujet des signes de la grossesse, qu'on ne saurait répondre positivement à celle question que dans le cas où des experts auraient constaté d'une manière exacte l'état de la femme, et qu'un simple rapport fait par des témoins inexpérimentés sur les signes les plus apparens de la grossesse, tels que le volume du ventre, la suppression des menstrues, le trouble de diverses fonctions, ne peut conduire {ju'à des probabilités dont il appartient aux magistrats seuls d'apprécier la valeur en les rapprochant d'autres circonstances. Quant aux conditions de la femme qui peuvent faire présumer ou rejeter la possibilité delà conception et de la gros sesse, elles se rapportent à l'âge ou à quelque état morbide temporaire ou permanent.
Si l'on excepte certains vices de conformation des organes génitaux et les maladies aiguës très-graves, il est peu d'affections morbides qui doiv^t faire supposer, pendant leur cours, une inaptitude absolue rfe la femme à la fécondation. On connaît un assez grand nombre de femmes qui sont devenues enceintes, les unes arrivées à peine aux premiers jours de convalescence d'une maladie aiguë , d'autres affectées de phthisie pulmonaire très-avancée, et même de squirrhe et d'ulcération de l'nlérns , avec les symptômes prononces de cachexie. Je ne fais qu'indiquer ici ce point de doctrine, cful sera traité avec plus de développement aux articles relatifs à l'impuissance et à la stérilité.
On regarde communément et avec raison l'âge où la première éruption des menstrues a lieu et celui où cet écoulement cesse, comme les époques où existe et disparaît pour les femmes la faculté de la fécondation, c'est-à-dire quatorze et quarante-cinq ans à peu près, dans nos climats; mais cette règle souffre de nombreuses exceptions. Plusieurs faits démontrent que la conception s'est opérée quoique la menstruation eût été suspendue depuis long-temps , ou qu'elle n'ait jamais eu lieu; par conséquent que ce flux périodique n'est pas rigoureusement nécessaire à la génération. De plus, l'écoulement menstruel, qui est une condition favorable à l'accomplissement de cette fonction , peut se montrer plus tôt et disparaître plus tard qu'à l'ordinaire. On cite quelques exemples de jeunes filles de onze et douze ans, et de femmes de soixante ans et au-delà, qui, dans nos climats tempérés, sont devenues enceintes avant que la menstruation se fût établie et après qu'elle avait cessé. Dans plusieurs cas , la menstruation a semblé reparaître plus ou moins de temps après s'être terminée à l'âge ordinaire , et les femmes qui ont présenté ce phénomène ont pu devenir mères. On ne peut donc pas limiter l'âge où la fécondation peut s'opérer.
§ V. Déterminer si une femme enceinte peut ignorer son état. — Il arrive quelquefois cfu'une femme accusée d'infanticide allègue l'ignorance où elle était de sa grossesse, pour faire excuser les accidens survenus à son enfant par l'omission des soins nécessaires. Une épouse convaincue d'adultère par la circonstance seule de sa grossesse , dont son mari ne peut être l'auteur , pourrait aussi prétendre avoir conçu sans connaître qu'elle avait été exposée à concevoir. Des faits authentiques démontrent qu'il n'est pas indispensable , pour devenir enceinte, que la femme participe à l'acte par lequel ^.s'ppère la fécondation. La conception a eu lieu dans plusieurs cas où les femmes étaient privées de la conscience de ce qui se passait autour d'elles, comme dans l'ivresse déterminée par les narcotiques ou les liqueurs spiritueuses, et même dans l'état de mort apparente. On cite partout l'histoire peu authentique, il est vrai, de cette jeune fille qui, réputée pour morte, alluma les désirs du religieux qui la veillajj^î Rendue à la vie le lendemain, elle accoucha neuf mois après cet événement, au grand étonnement de ses parens et d'elle-même. Il ne serait pas étonnant dès lors X. io
que, quelque évidens que fussent les signes de la grossesse, la femme qui serait devenue enceinte dans l'une des conditions précédentes inéconnùt son état. On fait aussi mention d'exemples bien avérés de femmes qui, connaissant parfaitement les rapports sexuels qu'elles avaient eus, mais qui, simples ou trompées par leur âge, leurs maladies, ou par quelques circonstances particulières, rejetèrent constamment l'idée de grossesse au milieu même des douleurs de l'accouchement, et ne furent désabusées que par la vue de l'enfant qu'elles avaient mis an inonde. Ces femmes , cependant , n'avaient aucun intérêt à ca cher leurs grossesse, puisqu'elles étaient mariées, ou bien elles avaient été trahies par cette ignorance même de leur état, qui les avait empêchées de soustraire leur honte à la connaissance du public. Ces exemples sont rapportés dans les traités de médecine légale de MM. Fodéré et Orfila. Toutefois des cas semblables sont rares, et l'on conçoit la difficulté qui doit exister pour faire des applications particulières. Les circonstances antécédentes, la moralité, la position de la femme, etc., doivent être prises en considération dans la solution de semblables questions. La plupart de ces données sortent des attributions du médecin légiste; il lui suffit d'avoir établi la possibilité du fait. 11 serait difficile, et surtout inconvenant, de prévoir toutes les circonstances qui peuvent être soumises à son jugement dans ces causes scandaleuses.
§§ Yl et VIL Le médecin légiste pourrait encore être appelé à décider si une femme qui a conçu peut être fécondée de nouveau avant d'avoir expulsé le fruit de la première conception; en d'autres termes, si la superfétation est possible, et dans ce cas, à quelle conception on doit rapporter chaque produit de l'accouchement. Cette question sera traitée au mot