BUG
vent que le séjour au lit et l’application de cataplasmes émollients suffisent pour prévenir la maladie; mais si , malgré ces précautions, l’inflammation marche avec rapidité, c’est à la combattre que doivent tendre les efforts du médecin , car le temps n’est plus où l’on croyait nécessaire défaire suppurer les bubons dans l’idée que le virus s’écoulait avec le pus.
Les applications de sangsues sur la tumeur ou mieux à sa base quand elle est superficielle, une saignée générale quand elle est profonde, le séjour au lit , les applications locales émollientes ou même rendues narcotiques si la douleur est extrême ; les bains généraux , les boissons rafraîchissantes et légèrement laxatives , et surtout un régime sévère seront employés tout d’abord. Il est rare qu’une seule application de sangsues soit suf-, lisante pour prévenir la formation d’un abcès, aussi on y revient suivant l’état des forces du malade. Quelques praticiens disent avoir retiré de bons effets après la chute des sangsues de l’application sur la tumeur de la glace pilée , maintenue en place pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures; ce puissant résolutif doit être employé avec la plus grande réserve, car il est difficile de saisir l’instant favorable à son application.
Quand les bubons sont indolents, on combat avec avantage l’inflammation lente dont ils sont le siège, par des applications de sangsues en petit nombre mais souvent répétées.
Quand malgré le traitement la tumeur s’abcède, il faut donner issue au pus par une ponction faite au milieu de la fluctuation avec une lancette ou un bistouri , quand toute la tumeur n’est pas ramollie; cela vaut mieux qu’une large incision qui donnerait lieu à une cicatrice plus visible.
Autrefois on employaitpresque toujours la pierre à cautère pour ouvrir les bubons suppurés ; aujourd’hui on n’a plus recours à cette pratique que pour les cas dans lesquels la peau est décollée dans une grande étendue et quand elle a perdu sa vitalité, qu elle est d’un rouge livide ou noirâtre, ou bien chez les sujets affaiblis chez lesquels le pus s’est formé lentement. Dans ce cas le caustique a l’avantage de détruire des portions de peau qui s’opposeraient à la cicatrisation et d’exciter dans les parties environnantes , le plus souvent engorgées , un travail de résolution que n’amèneraient pas d’autres fondants même les plus énergiques.
Quand un bubon à été ouvert, il en résulte une plaie qui doit être pansée simplement jusqu’à parfaite guérison; mais celle-ci n’a pas toujours lieu facilement. Quelquefois il se forme des fistules, des décollements, contre lesquels on est obligé d’avoir recours à la compression , aux injections irritantes, aux trochisques de minium, et parfois à l’excision ou à la potasse caustique.
Depuis quelques années, on a recours, pour combattre les bubons, à un traitement tout-à-fait différent de celui que nous venons de décrire; je veux parler du vésicatoire. Voici comment on procède : On applique sur le centre de la tumeur un vésicatoire delà largeur d’une pièce de 20 sous. Lorsque la phlyctène est f armée, on l’enlève, et
l’on place sur le derme, mis à nu, un plumasseau de charpie trempée dans une dissolution de deutochlorure de mercure, vingt grains pour une once d’eau. Au bout de deux ou trois heures , il s’est formé une escarre superficielle; alors on recouvre la tumeur d’un catasplame émollient que l’on continue pendant quelque temps. On voit alors, quelquefois très -promptement, d’autres fois au bout de quelques jours, la tumeur diminuer de volume et se résoudre. Dans quelques cas, on a recours à plusieurs applications successives.
Cette méthode de traitement ne réussit pas seulement pour les bubons chroniques et indolents; elle est employée avec les mêmes avantages pour les bubons récents, alors que la tumeur est chaude et douloureuse, et même lorsque déjà le pus est réuni en foyer. J’ai également recours au vésicatoire sur les trajets fistuleux anciens qui ont résisté aux autres moyens.
Quand on applique le vésicatoire sans y ajouter le plumasseau escarrotique , il n’en résulte pas de grands changements dans la tumeur; aussi a-t-on pu être porté à croire que le sublimé était l’agent principal de la guérison; mais je l’ai remplacé par une dissolution de sulfate de cuivre, deux gros pour une once d’eau, et j’ai obtenu exactement les mêmes résultats. Il est probable que toute substance aussi active, et j’en ai essayé plusieurs, agirait de même. La méthode de traiter les bubons par le vésicatoire , qui est due à un chirurgien militaire distingué, M. Malapert, quoique donnant souvent de bons résultats , n’est pas cependant exempte d’inconvéniens; ainsi elle laisse presque toujours après elle des cicatrices larges, blanches, très-longues à disparaître, et même souvent indélébiles.
Nous n’avons dû nous occuper ici que du traitement local du bubon, renvoyant à l’article Syphilis ce qu’il y a à dire du traitement général.