‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 128 sur 316 · BRY · texte numérisé non relu

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Lorsque des escarres profondes se forment, que là'gangrènc se développe , on doit employer des médicaments convenables pour arrêter les progrès du mal. Si des foyers purulents se font jour à travers la peau , si les muscles se dénudent , et si le pus fuse dans leurs interstices , il n’y a souvent d’autre moyen de sauver le malade que de recourir à l’amputation, qui ne doit être pratiquée qu’après que toute inflammation a cessé, et encore cette fâcheuse ressource n’est-elle pas toujours suivie du succès.

En résumé , la brûlure eèt une maladie grave et fréquente ; on doit à l’instant recourir à l’emploi des moyens les plus simples pour la combattre. Dans tous les cas imminents, les conseils d’un homme éclairé sont urgents. Avant de terminer cet article , il est bon de rappeler un moyen populaire que nous avons vu employer généralèment , avec un grand succès, en Angleterre, dans les usines à fer : c’est un mélange à parties égales d’eau de chaux et d’huile d’olive battues ensemble et étendues sur la brûlure par les forgerons, qui le connaissentsouslenom d’huilede Caron. Cette espèce d’onguent fait cicatriser assez promptement les plus graves brûlures que se font les ouvriers , qui, du reste, paraissent attacher une grande confiance à ce remède, qui est placé, dans les ateliers, à la disposition de tous ceux qui sont exposés aux brûlures , si fréquentes dans ces usines.

La série des remèdes que nous venons de conseiller est peu nombreuse. Nous avons voulu qu’elle fût aussi simple que d’un commode emploi: c’est aux mères de famille à suivre nos conseils , qui , nous en sommes assurés , leur seront profitables; l’eau est à la portée de tous. Une provision de massettes d’eau est chose facile à faire; la pommade conseillée est simple à préparer , et mérite la confiance de ceux qui liront cet article , car c’est après de nombreuses tentatives la meilleure que nous ayons trouvée.

Gillet de Grandmont, Docteur en médecine , cx-secrétaire-général de la Société de médecine pratique ,

bryone [bot. et mat. méd.), s. f. (bryonia , du grec bryéin, végéter, pousser, croître abondamment). C’est, comme on voit, à cause de sa prodigieuse force de végétation que cette plante a été ainsi nommée. On l’appelle également couleuvrée , parce qu’elle rampe et s’entortille à la manière des serpents. La similitude de son port et l’analogie de son feuillage avec celui de la vigne sauvage l’a aussi fait désigner par l’expression de vigne blanche ( ampelos Zeufté,Dioscoride.) Quant à son titre de navet du diable, elle le doit à la forme do sa racine et à son goût détestable. Enfin , elle est encore connue dans plusieurs localités sous le nom de brioine, corruption manifeste du mot bryonia. C’est le bryonia alba de Linné , dont le bryonia dioica de Willdenow ne paraît être qu’une variété. Linné et la plupart des botanistes rangent la bryone dans la monœcie syngénésie ; d’autres, au nombre desquels il faut compter MM. Mérat et De Lens, la placent dans la diœcie gynandrie, famille des cucurbitacées.

Herbacée grimpante , vivace, extrêmement commune, dans presque tous les climats cette plante croît le long des haies, autour des buissons, auxquels elle s’attache par ses vrilles, et parcourt ainsi jusqu’à plusieurs mètres d’étendue. Sa racine, qui est la seule partie employée en médecine, est charnue, succulente, fusiforme, souvent bifurquée, de la grosseur du bras, de la cuisse, et quelquefois plus, marquée de stries circulaires, superficielles, de couleur blanc-jaunât«J à l’extérieur, grisâtre intérieurement. Elle exhale, lorsqu’elle est fraîche, une odeur vireusa, qu’elle perd en très-grande partie par la dessiccation. Sa saveur est âcre, amère, nauséeuse. C’est en automne qu’il convient de la récolter. Nos paysans , qui en font un fréquent usage pour se purger, la font infuser dans du vin , du cidre , de la boisson , etc. D’autres fois , par exemple au printemps, ils ont recours à un autre expédient : ils creusentle sommet de cette racine et prennent une cuillerée du suc, qui ne tarde pas à se rassembler dans la cavité qu’ils ont faite : c’est là ce qu’ils appellent Y Eau de bryone, dont l’action est si violente qu’il n’est point du tout rare qu’ils en soient très-dangereusement incommodés. En Allemagne , en Suède et dans plusieurs autres contrées , ils remplissent de bière ce trou ou gobelet , et boivent le lendemain le liquide , qui est devenu émétique et purgatif. Les bateleurs, magiciens, devins, jongleurs, banquistes, en un mot, l’innombrable horde des fripons qui exploitent de tous côtés la crédulité du peuple , se servent de cette racine , desséchée dans du sable chaud et diversement configurée , pour imiter les mandragores, à l’aide desquelles ils amusent les sots et leur soutirent de l’argent. ( F. notre article Belladone, § 2; B. sans tige, ou Mandragore.) Les pousses de la bryone ne paraissent pas participer des propriétés délétères de la racine ; ce qui s’observe , au reste, dans la plupart des plantes grimpantes. Darwin , qui en a mangé , affirme qu’elles sont aussi bonnes que les asperges, et c’est ce que nous avait déjà appris Dioscoride. Nous verrons tout à l’heure que, dans la racine même, tout n’est pas poison , et qu’on en peut retirer une fécule abondante très-propre à servir d’aliment. L’analyse chimique démontre, en effet, dans la racine de bryone, deux substances principales savoir la bryonine , qui est rougeâtre et d’une excessive amertume, et la fécule amylacée, qui, lorsqu’elle est pure , ressemble à toutes les autres fécules. Citons, à cet égard, celle qu’on extrait de l’arum ; et surtout celle du manioc , dont des peuples entiers font leur nourriture.

Dans les accidents auxquels la bryone, administrée à doses trop élevées , pourrait donner lieu, il faudrait d’abord s’efforcer de faire vomir le malade avec des corps gras , huileux, mucilaginoux, et par l’introduction des doigts ou des barbes d’une plume dans le gosier, et traiter ensuite l’inflammation gastro-intestinale qu’aurait développée cette substance, par les sangsues, les bains , les cataplasmes, les boissons adoucissantes et les autres moyens dits antiphlogistiques.

Malgré les éloges que cet agent pbarmacolo-

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gique a reçus des anciens qui l’employaient souvent , et de quelques modernes qui le regardent comme un des meilleurs succédanés indigènes du jalap , du séné , du méchoacan et même de l’ipécacuanha , il faut néanmoins reconnaître qu’il est fort délaissé de nos jours , sans doute à cause de son infidélité. Fraîche , cette racine est tellement énergique , qu’il est difficile d’en régler l’activité et d’en gouverner la médication. A l’état sec , il est vrai , elle a beaucoup perdu de sa puissance, mais si diversement et si irrégulièrement , que le praticien ne peut plus guère savoir au juste sur quoi compter. Ces motifs ne sont-ils pas plus que suffisants pour mériter à ce médicament l’abandon dans lequel il est généralement tombé? Quoi qu’il en soit, c’est un très-violent purgatif, qu’on a quelquefois utilisé comme hydragogue, eraménagogue, anthelminthique, etc. On a eu , dit-on , à s’en louer dans certains cas de manie et d’épilepsie, dans l’asthme humide, la goutte, les rhumatismes chroniques, les hydropisies, les vers, les vieux ulcères, etc. On s’est aussi servi de la racine de bryone en application externe , pour ses effets résolutifs , détersifs , vé sicants.

Les espèces du genre bryonia, dont on fait plus particulièrement usage dans quelques autres régions du globe , sont : au cap de Bonne-Espérance, le B. africana, et dans les Indes, le B. callosa, le B. cordifolia, le B. epigœa, le B. grandis, le B. rostrata, le B. scabra.

F.-E. Plisson.

BUANDIÈRES , BLANCHISSEUSES , LAVANDIÈRES

(Maladies des) fpath. et hyg. pub.). On a donné ces noms divers à des ouvriers et plus particulièrement à des ouvrières qui s’occupent du blanchissage du linge.

Les recherches que nous avons faites ne nous ont pas démontré que ces ouvrières aient été réunies en corps de métiers, on voit seulement qu’autrefois à Paris elles habitaient des rues où elles se réunissaient. Aussi on trouve encore dans la capitale des traces de leur séjour dans la rue des Lavandières-Sainte-Opportune et dans la rue des Lavandières de la place Maubert; cette dernière, dès le treizième siècle, était désignée par le nom de niella lotricum.

Les blanchisseuses, qui sont en petit nombre dans les petites villes, forment une population nombreuse dans les grandes. Dans la capitale et dans les environs, cette branche d’industrie fournit du travail à un très-grand nombre d’individus.

La profession de blanchisseur s’exerce nonseulement pour Paris dans l’enceinte même de la ville, mais encore dans les communes rurales, et particulièrement dans celles de Saint-Denis, Courbevoye, Neuilly, Glichy, Gentilly, Vaavres, Clamart, Auteuil, Boulogne, etc. Dans quelquesunes de ces communes on compte de 5 à 600 ouvriers blanchisseurs ou blanchisseuses.

La localité où cette profession est exercée peut avoir une grande influence sur l’hygiène publique, et cela en raison de la pureté de l’eau : cette influence a été comprise par l’administration; car

nos recherches nous ont appris que les premiers bateaux à lessive mis sur la Seine en 1623 furent, dès 1667, le sujet d’une ordonnance de La Reynie, dans laquelle il est défendu, sous peine du fouet, aux lavandières de laver leur linge dans lepetit bras de la rivière de Seine, le long de la place Maubert, le pont de l’ Hôtel-Dieu, la rue de la Bûcherie, Petit- Pont, pont Saint-Marcel et Pont-Neuf, depuis les fêtes de Pâques jusqu au jour Saint Martin inclusivement (11 novembre), à cause de l’infection et de Vimpureté des eaux qui y croupissent.

Cette ordonnance dit en outre que le linge , à ces époques, doit être lavé dans le courant de la Seine où les eaux sont plus pures.

Cette ordonnance est d’une extrême sagesse, car d’observations et d’expériences faites, il résulte pour nous la conviction que le linge lavé dans une solution quelconque qui a de l’odeur, conserve une portion de cette odeur long-temps même après le blanchissage, de façon que si on lave du linge dans une eau croupie ou marécageuse, le linge conservera une odeur de croupi ou de marécage, et sera, selon nos idées, nuisible à la santé.

Les ouvriers de l’un et l’autre sexe qui blanchissent soit le linge sale, soit les étoffes pour les fabriques de teintures, sont sujets à des affections qui varient selon les localités où l’on fait le blanchissage, la qualité de l’eau, la saison et les substances que l’on emploie soit pour le lavage principal, soit pour les lessives, etc.; nous allons nous occuper d’abord du lavage à l’eau simple, et nous passerons ensuite au blanchissage au chlore et aux chlorures.

Les auteurs qui ont écrit sur les maladies des artisans disent que les blanchisseuses sont sujettes aux rhumes, aux hydropisies, aux paralysies et aux affections rhumatismales. Voici le résultat de nos recherches sur les affections principales auxquelles les buandières ou blanchisseuses sont sujettes le plus souvent.

Varices. Les varices qui affectent particulièrement les blanchisseuses sont celles des membres supérieurs: les efforts continuels qu’elles font avec leurs bras mettent un obstacle au retour du sang dans les cavités droites du cœur; les veines superficielles des bras et des poignets se dilatent insensiblement, et vers l’âge adulte elles commencent à ressentir une espèce de pesanteur et d’engourdissement de ces membres. Dans la vieillesse quelquefois les veines dilatées se réunissent en tumeurs, et les membres deviennent gonflés et œdémateux. Une légère compression méthodique et permanente peut retarder le progrès de la dilatation variqueuse des veines, mais alors les malades doivent s’abstenir du travail ; si elles continuentà travailler aussitôt que la compression cesse d’avoir lieu, les varices reparaissent; la nouvelle méthode de l’application des pincettes sur les vaisseaux variqueux pour en obtenir l’oblitération ne nous paraît pas applicable chez ces ouvrières.

Les varices des jambes sont plus fréquentes chez les repasseuses que chez les blanchisseuses.

Les blanchisseuses, vivant toujours dans les lieux humides, ayant les pieds et les mains sans

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cesse mouillés, deviennent en peu de temps languissantes et souvent hydropiques. L’hydropisie la plus fréquente chez elles est l’anasarque, ou hydropisie générale ; elle attaque les blanchisseuses à l’âge de trente ans; cette espèce d’anasarque asthénique commence presque toujours par les extrémités inférieures, d’où elle s’étend peu à peu à toute l’économie; l’anasarque chronique est presque toujours mortelle. M. le docteur Giraud, dans l’espace de vingt ans de pratique, a connu quarante blanchisseuses attaquées d’hydropisie ; quinze ont succombé à l’âge de 30 , 40 , 45 et 50 ans. Malgré cette assertion qui, selon nous, est l’expression de la vérité, M. le docteur Lombard, qui exerce depuis dix-huit ans la médecine àVanvres, et dont la clientèle se compose pour les quatre cinquièmes de blanchisseuses, dit n’avoir jamais soigné une blanchisseuse hydropique.

Les maîtres blanchisseurs, pendant l’hiver, ont l’habitude de tendre des cordes dans leurs salles à repasser pour y sécher le linge à l’aide de poêles énormes recouverts de plaques en fonte, qui servent en même temps à chauffer les fers ; ces salles sont remplies d’un brouillard épais et d’une chaleur humide qui font éprouver de la gêne dans la respiration. Ces vapeurs chaudes et humides, ainsi que les changements brusques de température pendant le travail prédisposent les blanchisseuses aux affections rhumatismales et surtout au rhumatisme articulaire aigu ; la durée de cette affection chez elles n’est pas très-longue, mais les accès aigus reparaissent ordinairement sous l’influence du froid et de l’humidité; cette affection, pendant la jeunesse des blanchisseuses, se termine toujours favorablement; mais chez les femmes d’un âge avancé elle donne lieu à des atrophies, à des ankylosés et aux paralysies partielles auxquelles sont sujettes les blanchisseuses pendant leur vieillesse.

Les blanchisseuses commencent à travailler à l’âge de 12 ans ; elles sont réglées de bonne heure, mais à mesure qu’elles avancent en âge la menstruation est dérangée ; à l’époque des règles elles ont souvent la fièvre et des maux de tête ; elles ont l’habitude de faire usage des boules de Nancy; on pourrait leur conseiller de ne pas laver à l’eau froide à l’époque critique et surtout pendant l’écoulement menstruel. A l’âge de 35 à 40 ans leurs règles disparaissent. Les blanchisseuses peuvent travailler jusqu’à l’âge de 50 ans; elles vivent rarement au-delà de 60 ans. Cette longévité peu prolongée tient plus à leur mauvaise hygiène qu’à l’insalubrité de leur profession.

La conduite des blanchisseuses est très-déréglée, elles ont presque toutes un parler très-libre e t dissolu ; elles font usage de liqueurs fortes ; elles aiment la danse, le spectacle et les plaisirs de l’amour ; il y en a même qui se livrent à la débauche.

Les blanchisseuses qui travaillent dans les endroits de la rivière où l’eau est très - sale sont quelquefois affectées de fièvres intermittentes. M. Hallé a remarqué que les blanchisseuses qui habitent les alentours de la rivière des Gobelins , rospirant chaque jour les exhalations de l’eau stagnante, sont sujettes aux fièvres intermittentes

et aux maux de gorge gangréneux. Les blanchisseuses de province, qui lavent leur linge dans des endroits où l’eau se renouvelle chaque jour , sont rarement affectées de fièvres intermittentes.

La lessive bouillante expose les blanchisseuses à des accidents très-graves, surtout quand on se sert de chaux mêlée aux cendres. M. Pâtissier prétend que les vapeurs lixivielles peuvent causer l’asphyxie ; et à l’appui de son opinion, il rapporte l’observation suivante recueillie par M. Aupepin : Le 11 novembre 1819 on avait coulé pendant toute la journée la lessive dans une petite buanderie, la chaudière était chauffée avec du bois, et les vapeurs n’avaient pour issue qu’un tuyau en poterie. Le nommé Boisenté, âgé de 47 ans, ayant alimenté lui-même le feu jusqu’à minuit, ferma exactement la porte ainsi que la fenêtre et se coucha avec son fils sur une soupente établie dans le même endroit. Le lendemain malin, cet homme ne s’étant pas levé à son heure accoutumée, les voisins cherchèrent mais vainement à l’éveiller. La porte fut enfoncée , et l’on trouva les deux individus dans un état complet d’asphyxie. Appelé de suite , M. Aupepin les fit retirer de la buanderie et exposer au grand air; des frictions répétées sur tout le corps et une saignée du bras les rappelèrent à la vie ; le soir ils avaient recouvré complètement leur connaissance ; ils n’éprouvèrent aucune suite fâcheuse de cet accident.

Aujourd’hui on n’emploie plus de chaux pour la lessive, et nous avons observé que les inconvénients dont nous venons de parler sont très-rares.

Les lessives à présent sont faites avec la soude obtenue par l’hydrochlorate de soude, ou avec les cendres et une dissolution de potasse du commerce : ce dernier mélange occasionne aux blanchisseuses des crevasses et des excoriations aux doigts ; quelquefois ces affections sont tellement intenses qu’elles sont accompagnées d’inflammation et de fièvre, souvent même les mains deviennent calleuses et les doigts demi-fléchis , de façon qu’on a de la peine à s’en servir.

Les linges des hôpitaux et surtout les bandes et les chemises des individus affectés de maladies vénériennes , dartreuses, etc. , pendant le lavage exhalent des odeurs fétides qui sont très-insalubres pour la santé des blanchisseuses et la salubrité du voisinage. En Angleterre et dans quelques pays d’Allemagne , on se sert de machines particulières pour laver le linge des malades ; cette invention a le double avantage de laver le linge en très-peu de temps et d’être très-utile à la salubrité publique. On commence aujourd’hui à faire usage en France de ce procédé. On pourrait y suppléer en faisant tremper le linge des hôpitaux dans de l’eau contenant une petite quantité de chlorure de chaux.

L’ophthalmie catarrhale chronique affecte les blanchisseuses pendant l’hiver : cette maladie a son siège particulièrement dans l’intérieur des paupières et dans les glandes de Meïbomius ; elle est quelquefois opiniâtre aux médicaments topiques les plus énergiques , et pour en obtenir la guérison il faut recourir à la pommade de Guthrie, composée de nitrate d’argent, d’extrait de saturne et de laudanum de Sydenham; la dose de ce*

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substances doit varier selon le degré d’intensité de la maladie et la sensibilité des malades ; pour s’en servir il faut prendre gros comme un petit pois de cette poudre , la mélanger avec un peu de beurre non salé et la passer entre les paupières avec la barbe d’une plume; après quelques jours de ce traitement la guérison ne se fait pas attendre.

Ramazzini conseille aux blanchisseuses de porter les vêtements secs et de quitter ceux qui sont mouillés aussitôt que leur ouvrage est fini; de se frictionner le corps ; de détourner la face des vapeurs de la lessive chaude et d’oindre souvent leurs mains avec l’onguent rosat ou le beurre.

Blanchissage au chlore. — Le chlore (acide muriatique oxigéné) a été recommandé en 1794 pour le blanchiment des toiles, fils et autres tissus; les premières expériences furent faites par Berthollet, et l’opération a pris ensuite le nom do blanchissage Berthollien. Aujourd’hui on exécute ce travail de la manière suivante : on fait dégorger les toiles , on rince à l’eau chaude s’il s’en trouve à disposition , comme cela arrive lorsqu’on emploie une machine à vapeur ; on passe dans une lessive neuve, on rince au foulon , on étend sur le pré pendantsix à huit jours et on passe au chlorure de chaux pendant deux heures au moins, et douze heures si on en a le temps.

On rince les toiles, on les savonne, on les passe au foulon, on les lessive, on les rince, puis on les fait tremper dans un deuxième bain de chlorure de chaux comme la première fois; au sortir de ce bain on les rince, puis on les plonge dans le bain acide composé d’environ quatre-vingt-dix-neuf parties d’eau et une partie d’acide hydrochlorique. Si on les plongeait dans le bain d’acide sans les rincer préalablement, le blanc n’en serait que plus beau, mais il se ferait un dégagement de chlore qui pourrait nuire à la santé des travailleurs.

Le chlore dissous dans l’eau peut légèrement incommoder les ouvriers; ils ressentent un picotement d’yeux, un peu de toux, mais sans accidents graves; les chlorures présentent moins d’inconvénients. Un excès de chlore fatigue les ouvriers faibles, un peu affectés de la poitrine, et les force à quitter le travail.

Les recherches que nous avons faites nous ont démontré que le linge humide lavé par le chlore ou par les eaux chargées de chlorure , n’est nullement nuisible à la santé; dans les premiers jours le linge exhale une légère odeur de chlore qui disparaît promptement. Pour empêcher les inconvénients auxquels sont sujettes les personnes qui travaillent pour le blanchissage au chlore, il faut : 1° choisir les ouvriers qui ne sont pas sujets aux affections de poitrine; 2° les placer dans des ateliers très-vastes; 3° établir des courants d’air; 4° faire boire du lait tous les matins aux ouvriers qui y travaillent comme on le pratique dans les ateliers de M. Payer.

S. Furnari et A. Chevallier.

bubon fchir.J, s. m., en latin lubo, en grec bou- Mn , même signification.

On désigne sous le nom de bubon une tumeur for-

mée parles ganglions lymphatiques enflammés, tumeur qui se manifeste principalement àl’aine, mais qui se voit quelquefois aussi au cou ou à l’aisselle et en général portout où il se trouve des ganglions sous-cutanés, parsuitedephlegmasiesdéveloppées sur le trajet des vaisseaux lymphatiques qui se rendent à ces ganglions. Bubon vient du grec bonbon, qui veut dire aine ; or comme l’engorgement ganglionnaire peut se développer ailleurs, on voit que ce nom est impropre. Aussi dans ces derniers temps lui a-t-on substitué celui d 'adénite, inflammation d’une glande , qui ne vaut guère mieux. La présence des bubons entraîne avec elle l’idée de syphilis ; cependant on en voit dans d’autres maladies ; la peste, par exemple. D’un autre côté il peut y avoir infection vénérienne sans bubon. Les ganglions lymphatiques de l’aine , du cou, do l’aisselle , peuvent s’enflammer sous l’influence des mêmes causes ; ce que nous disons des premiers peut en général s’appliquer aux autres.

Les bubons inguinaux plus fréquents à gauche qu’à droite se distinguent en superficiels et en profonds, suivant qu’ils sont situés devant ou derrière l’aponévrose crurale. La cause immédiate des bubons est l’absorption de la sécrétion d’une surface ulcérée ou enflammée qui se trouve en communication avec les ganglions. Mais on voir quelquefois le bubon survenir sans symptôme local antécédent, c’est ce qu’on nomme bubon d’emblée. Tout le monde n’est pas d’accord sur la possibilité du bubon d’emblée ; quelques - uns le nient positivement. Il est de fait qu’un examen attentif des parties génitales nous a fait souvent découvrir des ulcérations ou des cicatrices là où l’on avait affirmé qu’il n’existait absolument rien ; mais aussi nous avons été obligé quelquefois de regarder le bubon inguinal comme complètement primitif.

Les bubons ont été observés par quelques auteurs comme symptômes consécutifs chez des gens qui n’avaient pas vu de femmes depuis fort longtemps, mais chez lesquels il y avait eu maladie vénérienne antérieure. Ces cas sont bien rares. Il existe bien à la vérité des engorgements ganglionnaires avec des symptômes constitutionnels, mais alors , s’il n’y a pas d’ulcérations pour les expliquer , il y a presque toujours des affections cutanées qui peuvent bien leur donner naissance.

Dans le plus grand nombre des cas , les bubons reconnaissent pour causes une ou plusieurs ulcérations aux parties sexuelles , ou une vive inflammation de leur membrane muqueuse; mais il n’est pas nécessaire qu’une ulcération ait un caractère particulier pour produire un bubon. Toute solution de continuité, toute irritation peuvent lui donner lieu. Ainsi on voit les glandes de l’aisselle s’engorger par suite d’une piqûre aux doigts , celles de l’aine par suite de l’irritation produite par un cor ou seulement par suite d’une chaussure trop serrée.

Les bubons occupent presque toujours le même côté que l’ulcère qui les produit. Quelquefois un seul ulcère détermine un bubon à chaque aine. C’est rarement au début d’une ulcération syphilitique que le bubon se fait voii ; elle est alors trop enflammée pour que le pus qu’elle sécrète soit ab-

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sorbé : ce n’est quelquefois que lorsque la cicatrisation commence.

Les bubons sont plus fréquents chez les hommes que chez les femmes. C’est au genre de vie plus ' actif chez les premiers que cette différence doit être attribuée, ainsi qu’à la présence bien plus rare des chancres à la vulve qu’à la verge.

On a distingué les bubons en inflammatoires et en indolen ts.Dans le premier cas voici ce qui arrive: qu’il y ait ou non des symptômes vénériens aux parties génitales , que ces symptômes soient à l’état aigu ou qu’ils touchent à leur guérison, le malade, sans causes appréciables, ou bien après un excès , une marche forcée , éprouve de la gêne dans une des aines ; s’il y porte la main , il sent une ou plusieurs petites tumeurs roulant sous la peau , douloureuses à la pression , parce que le tissu cellulaire les unit entre elles; peu à peu elles augmentent de volume, deviennent plus sensibles et perdent de leur mobilité. Bientôt toute la région inguinale participe à cet excès de sensibilité; les mouvements de la cuisse sont pénibles et douloureux^ les malades sont obligés pour marcher d’écarter fortement les jambes.

Lorsque plusieurs ganglions ont été pris isolément, ils ne forment plus alors qu’une seule tumeur, qui augmente chaque jour de volume, devient rouge, dure, rénitante. A ces accidents locaux ne tardent pas quelquefois à se mêler des symptômes généraux : fièvre , douleurs de tête , envies de vomir. C’est surtout quand l’inflammation occupe les gauglions situés profondément, que les symptômes généraux sont plus intenses , parce qu’ici l’étranglement est plus considérable.

Le bubon indolent suit une marche beaucoup plus lente , il ne présente presque aucune sensibilité. La tumeur a quelquefois déjà acquis un certain volume quand le malade s’en apperçoit. Il n’y a pas de changement de couleur à la peau; les ganglions ne s’agglomèrent que très-tard; les mouvemens de la cuisse ne sont pas pénibles; il n’y a pas de symptômes généraux. Quelquefois les bubons , qui dans le principe étaient indolents , passent à l’état aigu sans cause appréciable : le contraire se voit aussi assez souvent.

Les bubons peuvent se terminer par résolution, soit spontanément à mesure que les symptômes primitifs se guérissent, soit par le secours de l’art lorsque les antiphlogistiques et surtout le repos sont employés à temps.

Dans certains cas, malgré le traitement le mieux entendu , le mieux suivi , on ne peut faire avorter la tumeur , elle suit son cours et arrive à la suppuration. Cette terminaison est d’ailleurs la plus fréquente, elle s’annonce par des élancements dans la tumeur, par de la fièvre, des frissons; mais souvent le malade n’a pas conscience de ces phénomènes : alors la tumeur pâlit ou au moins sa rougeur diminue , les douleurs lancinantes se calment, et l’on sent la fluctuation. La peau s’amincit et finit par se crever si l’art ne vient pas au secours de la nature. Quand l’engorgement est très-profond , la fluctuation est souvent obscure, la présence du pus se devine pour ainsi dire par la cessation des accidents inflammatoires. Dans ce T I.

cas , si l’on craint de donner issue au pus , il peut opérer des décollements considérables, quelquefois même des fusées lointaines.

Lorsque la collection purulente est ouverte , si le décollement n’est pas très-considérable, la guérison ne tarde pas à se faire , et, au bout d’un certain temps, il ne reste dans l’aine qu’une cicatrice plus ou moins visible. Mais quand une certaine étendue de peau est décollée, il arrive souvent que l’ouverture de l’abcès se change en un ulcère large , profond , dont les bords se renversent , se couvrent d’une couenne grisâtre. Souvent aussi il s’organise une espèce de membrane muqueuse comme celle des trajets fistuleux. Ces accidentslà tiennent presque toujours à une lésion profonde de la constitution.

La terminaison par induration n’est pas rare , elle a lieu tout aussi souvent quand le bubon a été à l’état aigu que lorsque sa marche a été chronique dès l’abord. Dans le premier cas les signes d’inflammation disparaissent dans la tumeur , qui devient indolente, quoique conservant le même volume. Dans le second le ganglion augmente peu à peu, mais sans causer la moindre douleur , et il reste ainsi gros, fixe ou roulant sous la peau pendant fort longtemps. Si, par des manœuvres inconsidérées , des applications trop stimulantes , des marches forcées, ou par un accident quelconque, on irrite cette tumeur, elle s’enflamme e t s’abcèdc; d’autres fois, après être restée stationnaire pendant fort longtemps , elle finit par disparaître.

La dernière terminaison des bubons , celle par gangrène est fort rare. On voit souvent la mortification de la peau , du tissu cellulaire ou même de quelques ganglions de l’aine , mais c’est lorsque déjà l’abcès a été ouvert.

Le diagnostic des bubons est en général trèsfacile, surtout lorsqu’ils sont symphatiques d’une affection des organes génitaux , ou des parties environnantes. Dans le cas de bubons d’emblée on pourrait croire à ces engorgements ganglionnaires que l’on voit quelquefois chez les jeunes gens pendant la croissance, ou chez certains individus qui se livrent à des travaux pénibles, ou bien à l’effet des scrofules , mais alors les circonstances antécédentes et les phénomènes concomitants peuvent éclairer le diagnostic.

La région de l’aine est très-souvent le siège de tumeurs dont la nature est tout-à-fait différente de celles que nous venons d’examiner. Tels sont les anévrismes , les varices, les hernies, les abcès par congestion , les hydrocèles , les testicules retenus à l’anneau, les kystes, les tumeurs graisseuses. Nous ne pouvons pas, dans un article comme celui-ci, faire le diagnostic différentiel de chacune de ces tumeurs; qu’il nous suffise de dire que si des erreurs graves ont été commises par des chirurgiens du plus grand mérite , on ne peut pas être étonné de voir souvent la cupidité et l’ignorance faire tourner à leur profit la difficulté du diagnostic des tumeurs inguinales.

Le traitement des bubons est variable, suivant qu’ils sont inflammatoires ou indolents; mais dans les deux cas, lorsque les malades éprouvent les premiers embarras dans les aines , il arrive sou-

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