CHAPITRE VI. — ANATOMIE HUMAINE
L’anatomie est cette branche des sciences naturelles qui nous fait connaître le nombre, la forme, la situation, les rapports, les connexions et la texture de toutes les parties dont l’assemblage constitue un corps organisé, et auxquelles on peut réduire ce dernier par des moyens purement mécaniques. Ainsi envisagée, l’anatomie embrasse tous les êtres organisés végétaux ou animaux, d’où les distributions suivantes : 1° anatomie végétale ou phytotomie ( phuton , plante, temnô, je divise), dont nous venons de donner un exposé succinct; 2° anatomie comparée, ou anatomie des animaux ou zootomie (zoon, animal, temnô , je divise) ; 5° enfin l’anatomie humaine ou anthropotomie ( anthropos , homme), androtomie ( andros , homme, etc.) C’est celle dont nous avons à nous occuper ici.
Les anatomistes modernes, par leurs travaux incessants et leurs réflexions approfondies, ont considérablement agrandi le cercle des faits dont elle se compose et des applications dont elle est susceptible. De là les divisions suivantes qui fondent aujourd’hui autant de branches particulière de l’anatomie et que des travailleurs spéciaux tendent à isoler de plus en plus
1° Anatomie normale, physiologique ou descriptive, ou simplement anatomie. C’est celle qui trace dans un ordre méthodique les caractères extérieurs, la configuration matérielle et les rapports immédiats des organes.
2° Anatomie générale. C’est celle qui s’occupe des parties élémentaires ou constituantes de ces mêmes organes et emprunte à l’analyse chimique, au microscope toutes les données nécessaires pour résoudre le problème de leur organisation.
3° Anatomie du fœtus ou de développement, ovologie. C’est celle qui suit tous les organes dans les différentes phases de leur développement, depuis le moment où l’ovule est fécondé jusqu’à celui où le fœtus arrivé à terme quitte le sein de sa mère.
4° Anatomie philosophique ou transcendentale. Celle qui s’élève de la connaissance de tous les organes pris séparément et dans leur ensemble aux lois générales de l’organisation.
5° Anatomie chirurgicale, topographique ou des régions. C’est celle qui s’occupe plus particulièrement de la disposition relative des organes dans une partie déterminée de l’économie, fait connaître les rapports qu’ils y affectent les uns à l’égard des autres, et tire de là des préceptes pour guider la main du chirurgien qui doit pratiquer une opération dans ces mêmes parties.
INTRODUCTION
6° Anatomie pathologique on morbide. C’est celle qui étudie les altérations dont les organes peuvent devenir le siège d’une manière accidentelle, dans leur forme, leur volume, leur continuité, leur structure, etc. Elle a pour résultat d’établir les relations qui existent entre ces altérations et les phénomènes observés pendant la vie et qui en sont la manifestation.
Article premier. — Anatomie descriptive.
Nous emprunterons à Bichat les considérations suivantes sur les bases qui doivent présider à l’étude et à la classification des organes dont se compose le corps humain. Nous ne saurions prendre pour guide un esprit plus lucide, un génie plus élevé.
« L’usage ordinaire, dit Bichat, est de diviser l’anatomie en ostéologie, myologie, angéiologie, névrologie et splanchnologie. Mais le moindre coup d’œil jeté sur les organes suffit pour montrer le vide de cette division, qui sépare divers organes qui devraient être unis, et qui en unit plusieurs qui devraient être séparés. Peut-on, par exemple, isoler le cœur d’avec les vaisseaux sanguins, le cerveau d’avec les nerfs? les uns appartiennent cependant à la splanchnologîe, les autres à l’angéiologie et à la névrologie. Dans la splanchnologie, les viscères sont examinés par ordre de régions, c’est-à-direà la tête, au cou, à la poitrine et dans l’abdomen. Qu'en résulte-t-il ? que la bouche et l’œsophage se trouvent séparés de l’estomac ; que l’organe du toucher ne se trouve point réuni à ceux de l’ouïe, de la vue, etc. A l’époque où les usages des appareils organiques étaient encore un mystère, on pouvait les distribuer par régions ; mais aujourd’hui que nous connaissons le but auquel tend l’action de chacun, aujourd'hui que l’anatomie descriptive n’est que le premier pas dans l’étude des fonctions, ce sont ces fonctions ellesmêmes qui doivent nous servir à diviser les appareils qui les exécutent Par là, l’élève trouve déjà dans ces divisions anatomiques une introduction à la physiologie ; il s’habitue à considérer, pour ainsi dire, les organes en action, à ne point voir dans ceux qu’il dissèque des corps inertes, isolés, et dont l’étude est aussi fastidieuse pour l’esprit qu’eux-mêmes sont rebutants pour nos sens.
« Plusieurs anatomistes ont bien senti l’importance de ces considérations. Haller, en réunissant toujours la description des organes à l’examen des fonctions, a été nécessairement conduit au mode de division que je viens d’indiquer. Ce mode est celui de Sœmmering dans son Traité de la Structure du corps humain. MM. Cuvier et Duméril ont aussi choisi les fonctions pour caractères de la classification des organes animaux. Je suivrai la même marche : elle est la seule qui puisse être adoptée dans l’état actuel des connaissances.
« En prenant les fonctions pour classer les organes, il est évident que les divisions anatomiques doivent varier comme les physiologiques. Or, ces dernières diffèrent, comme on le sait, dans plusieurs auteurs. J’en ai adopté une, dans mes cours de physiologie, qui me paraît avoir quelque avantage, et que j’ai indiquée dans mon ouvrage sur la Vie et la Mort. L’uniformité exige que je l’applique à la classification des appareils. — Je divise donc les appareils en trois classes; 1° ceux de la vie animale, qui sont destinés à mettre l’animal en rapport avec les corps extérieurs, à recevoir l’impression de ces corps, à s’en éloigner ou s’en rapprocher, etc.; 2° ceux de la vie organique, qui ont spécialement pour usage de composer et de décomposer le corps, de lui enlever les matériaux qui l’ont formé pendant un certain temps, et de lui en fournir de nouveaux ; 3° ceux de la génération, qui, purement relatifs à l’espèce, sont pour ainsi dire étrangers à l’individu, que les deux premières classes d’appareils regardent exclusivement.
« Les appareils de la vie animale sont ceux : 1° de la locomotion ; 2° de la voix, double moyen par lequel l’animal communique volontairement avec les corps extérieurs, qui agissent sur lui par les sens externes ; 3° de ces sens externes, qui reçoivent les impressions extérieures ; 4° du
INTRODUCTION
sens interne, qui perçoit ces impressions, les réfléchit, les combine, et prend en conséquence des voûtions ; 5° de la transmission des sensations et du mouvement, qui établissent des comimunications entre les sens externes qui reçoivent, et le sens interne qui perçoit les impressions ; entre celui qui prend la volition et les appareils vocal et locomoteur qui exécutent la volition.
« Les appareils de la vie organique sont : 1° celui de la digestion, qui élabore en premier lieu les substances nutritives ; 2° celui delà respiration, qui puise dans l’air des principes nécessaires au sang pour nourrir les organes, et en rejette d’autres ; 5° celui de la circulation, qui porte à tous ces organes les substances nutritives ; 4° celui de l’absorption, qui l’en rapporte, et qui en même temps puise sur diverses surfaces les fluides qui y sont déposés ; 5° celui de la sécrétion, qui rejette au-dehors le résidu nutritif par le moyen de fluides qui auparavant servaient à d’autres usages de l’économie.
«. Les appareils de la génération sont : 1° celui de l’homme ; 2° celui de la femme; 5° celui qui est le produit de l’union des deux sexes (Bichat, Discours préliminaire du Traité d’anat. descript.).
Voici un tableau qui facilitera l’intelligence de cette classification, aujourd’hui généralement
1° des os et de leurs dépendances, cartilages et ligaments.
2» des muscles et de leurs dépendances, tendons et aponévroses.
du larynx et de ses dépendances.
1° de l’œil.
2° de l’oreille.
3° des fosses nasales.
4° de la langue.
5° de la peau et de ses appendices, poils, ongles, etc.
1° du cerveau et de ses membranes.
2° de la moelle épinière et de ses membranes,-
1° des nerfs cérébraux. .
2° des nerfs des ganglions.
1° delà bouche.
2° du pharynx et de l'œsophage.
3° de l’estomac.
4° des intestins grêles.
5° des gros intestins.
6° du péritoine et de l’épiploon,
1» de la trachée-artère.
2° du poumon et des plèvres.
1° du cœur et du péricarde.
2° des artères.
3° des veines du système 4° des veines du système
Le système absorbant de Bicbat, qui comprend les vaisseaux lymphatiques et leurs ganglions, rentre dans le précédent.
1° des voies lacrymales.
2° des voies salivaires et pancréatique.
! 3° des voies biliaires, du foie et de la rate.
4° des voies urinaires, reins, uretère, vessie, etc.
1° du testicule, de ses membranes, de son réservoir.
2o de la verge.
De la vulve et du vagin.
De la matrice et de ses dépendances.
1° des membranes de l’œuf et du placenta.
2° du fœtus.
Une chose importante dans une science purement graphique comme l’anatomie descriptive, c’est la nomenclature. 11 serait bien à désirer que les auteurs s’entendissent pour donner le même nom à chaque partie, et, autant que possible, un nom qui exprimât une des manières
général.
abdominal.
adoptée :
1° Locomoteur .
2° Vocal